Archives mensuelles :

juin 2014

Pedro Almodóvar au festival Lumière à Lyon en octobre 2014

C’est le cinéaste espagnol le plus célèbre depuis Luis Buñuel et Carlos Saura, Pedro Almodóvar, qui recevra la prix Lumière 2014, vendredi 17 octobre prochain à Lyon, pour la 6e édition du festival Lumière après Clint Eastwood, Milos Forman, Gérard Depardieu, Ken Loach et Quentin Tarentino.
 Pedro Almodóvar est né en Castille-La Manche en 1949, dans un petit village qui apparaît dans l’un de ses films.

Il monte à Madrid en 1968 et dévore des films, tout en travaillant à la Telefónica durant 12 ans. Autodidacte, car les écoles de cinéma ont été fermées par Franco, il achète une caméra super-huit et réalise de 1972 à 1978 des films avec ses amis. En quelques années, il devint une star de la movida, écrivant dans des fanzines, créant des spectacles et des romans-photos, chantant dans un groupe punk rock. Il tourne en 16 mm son premier long métrage Pepi, Lucy, Bom et autres filles du quartier en 1980. Ses thématiques sexuelles dérangent et on le traite de vulgarité jusqu’à ce qu’il triomphe avec Femmes au bord de la crise de nerfs en 1989, succès international et vainqueur de cinq Goyas (les Cesar espagnols). Parmi la vingtaine de films réalisés citons aussi : Talons aiguilles (1991), Tout sur ma mère (1999), Parle avec elle (2002), La mauvaise éducation (2004), La piel que habito (2011) et Les amants passagers (2013). Carmen Maura, Pénélope Cruz, Marisa Paredes, Chus Lampreave, Victoria Abril, Lola Dueñas, Julieta Serrano et Rossy de Palma sont ses actrices fétiches.

« Depuis mon enfance, j’ai une relation passionnée avec le cinéma. J’ai eu la vocation très tôt. J’ai toujours voulu faire des films. En tant qu’enfant, je pensais que les acteurs étaient le cinéma. Plus tard, j’ai découvert qu’il y avait beaucoup d’autres éléments autour d’eux. Des gens, par exemple qui inventaient une histoire et la racontaient. À partir de ce moment-là, j’ai décidé que ma vocation serait celle du narrateur, le maître du jeu, celui qui décide quelle histoire il veut raconter et comment la raconter. Bien que maintenant je sois réalisateur, je pense toujours que les acteurs sont la matière dont est fait le film. Ce sont eux qui matérialisent l’histoire, ils la portent et en font quelque chose de vivant et de réel. Je suis devenu réalisateur pour diriger les acteurs. » Pedro Almodóvar, cité sur Wikipedia.

Pour cette 6e édition qui est toujours de donner à voir le cinéma du passé avec la complicité de ceux qui le font maintenant) il y aura aussi la projection, le 18, de la saga Alien. Des hommages seront rendus à l’actrice italienne Isabella Rossellini et au réalisateur canadien Ted Kotcheff, au musicien Michel Legrand et les cinéastes Claude Sautet, Ida Lupino et Frank Capra feront l’objet de rétrospectives. L’actrice Catherine Frot proposera aussi un concert avec des chansons de Boby Lapointe. On parlera de «Coluche dans le cinéma français», de l’héritage d’Henri Langlois à la Cinémathèque française. Et le quotidien lyonnais Le Progrès ouvrira ses archives photographiques sur les tournages à Lyon.

Alain LIATARD

« La ligne bleue » le nouveau roman d’Ingrid Betancourt, un roman évitable

On est en Argentine dans les années soixante. Julia est une petite fille qui découvre un don hérité de sa grand-mère : des visions prémonitoires lui permettent d’infléchir le cours du destin de ses proches. Années soixante, Argentine, réalité et fantastique, cela rappelle le « réalisme magique ». Mais on est maintenant en 2014 et le « réalisme magique » est loin derrière nous.

Adulte, Julia milite dans la frange de gauche du péronisme avec Theo, son petit ami, dont elle perdra la trace au moment de la tempête. L’Argentine, la France et les États-Unis servent de décors à l’histoire qui s’étend sur plusieurs décennies. Ingrid Betancourt nous propose bien une fiction qui a pour base la cruelle réalité du Cône Sud autour de 1976… et c’est là ce qui devient très vite gênant.

La réalité en question (détentions, tortures, traitements inhumains) est déformée par une fiction qui frôle constamment l’invraisemblance et qui n’apporte aucune nouvelle approche, au contraire. Si on a lu Avec ou sans nostalgie de Mario Benedetti, La route d’Ithaque le Carlos Liscano ou Moi, Victoria, enfant volée de la dictature argentine de Victoria Donda, il est difficile, pour ne pas dire impossible d’accepter ce mélange d’horreurs vécues par beaucoup et de fantaisie, d’autant plus surprenante qu’elle vient d’une personne qui elle-même a connu une longue détention.

L’élément magique, assez peu utilisé du reste dans le roman, enfonce un peu plus le clou : on se demande ce qui se serait vraiment passé si une détenue de l’ESMA, le terrible centre de détention, avait bénéficié, comme Julia, de la vision de sa propre évasion. Cette profonde contradiction provoque le malaise : comment faut-il lire ce roman ? Comme un roman, justement, qui peut faire penser à de l’Isabel Allende ? Comme un document sur les victimes de la dictature argentine ?

On ne sait pas, on ne peut pas savoir. On ne peut que se détacher peu à peu de cette suite de rencontres pour le moins inattendues (découvrir sur une photo de mariage, dans le salon de sa nouvelle petite amie, quelque part aux États-Unis en 2006, le militaire qui vous a torturé trente ans plus tôt et qui est le père de la petite amie…), on se détache au point non seulement de perdre le fil (il y a aussi pas mal de confusion dans les lieux et surtout les époques), mais surtout, hélas, tout intérêt pour des personnages aussi peu crédibles les uns que les autres, et pire, parfois de sourire de ces situations qui voulaient seulement être (mélo)dramatiques : la narratrice ne se refuse même pas l’avion qui tombe sur l’hôtel où l’époux adultère a un rendez-vous secret avec sa jeune maîtresse.

La dictature militaire argentine, les tortures, les ravages psychologiques, autant de sujets à traiter avec un maximum de doigté, ne serait-ce que par respect pour ceux qui les ont vécus. La ligne bleue n’aura aucune difficulté à trouver un vaste public, mais si l’on veut rendre hommage aux victimes, mieux vaut se replonger dans Benedetti, Liscano, Donda ou quelques autres tout aussi fiables.

Christian ROINAT

La ligne bleue de Ingrid Betancourt, éd. Gallimard, 355 p., 19,90 €.

Les faits de l’actualité du 16 au 21 juin 2014

16 juin – ARGENTINE – La Cour suprême nord-américaine a refusé d’examiner l’appel de l’Argentine contre sa condamnation à rembourser 1,33 milliard de dollars à des fonds spéculatifs ayant refusé la restructuration de sa dette. La présidente argentine, Cristina Fernández de Kirchner a promis que son pays continuera à payer la dette restructurée, mais avertit qu’il rejette le « chantage » des fonds vautours et promet d’éviter la faillite.

19 juin – COLOMBIE – Le pays a adopté une nouvelle loi qualifiant de « crimes contre l’humanité » les agressions sexuelles commises dans le cadre du conflit intérieur qui frappe ce pays depuis un demi-siècle.

19 juin – ARGENTINE – Selon le ministère de l’économie argentin, le pays est dans l’impossibilité d’honorer la prochaine échéance de sa dette restructurée, prévue au 30 juin. Cette déclaration intervient après que la justice américaine a rendu exécutoire la condamnation de l’Argentine obligeant le pays à rembourser au moins 1,3 milliard de dollars à deux fonds spéculatifs, dans un litige lié à la faillite partielle du pays en 2001.

19 juin – CHILI – Situé dans le désert d’Atacama, le télescope géant ALMA, constitué de 66 antennes fonctionnant en réseau, avait encore besoin d’une douzaine de radio-télescopes de sept mètres de diamètre, pour fonctionner à pleine puissance. ALMA est un projet mondial à un milliard d’euros, réparti entre l’Europe – à travers l’Observatoire européen austral (ESO) –, les États-Unis et le Japon. Prévu pour observer le ciel pendant une trentaine d’années, le dispositif astronomique est désormais capable de voir plus loin que tout ce que les télescopes du monde ont pu détecter jusqu’ici. Ses antennes, qui peuvent opérer à l’unisson, peuvent agir comme un seul œil géant de 16 kilomètres de diamètre.

19 juin – MEXIQUE – Le gouvernement du Mexique reconnaît 102 journalistes tués depuis 2000. Le chiffre officiel de morts excède celui compté dans les archives des associations et de la CNDH de l’ONU.Selon les données recueillies dans le rapport du gouvernement, les assassinats de journalistes se sont intensifiés à partir de 2006, la première année du gouvernement de Felipe Calderón (2006-2012), moment dans lequel le président d’alors a lancé une stratégie difficile de mettre fin aux cartels de la drogue au Mexique.Alors qu’entre 2000 et 2005 sous la présidence de Vicente Fox, les victimes de crimes contre la liberté d’expression étaient de 21, pendant les six ans de Felipe Calderón, ce chiffre est passé à 71. Le document révèle que l’année la plus noire pour la presse a été 2010, avec un total de 13 décès.

19 juin – ÉQUATEUR – Le célèbre hôte de l’ambassade d’Équateur au Royaume-Uni, le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, et le ministre des Affaires étrangères Ricardo Patiño de l’Équateur, a tenu une conférence de presse conjointe pour rappeler que deux ans se sont écoulés depuis le premier s’est réfugié dans la mission diplomatique équatorienne à Londres. Julian Assange a révélé qu’il ne renoncerait pas à la protection de l’État équatorien et continuerait à rester dans l’ambassade équatorienne de Londres « aussi longtemps que nécessaire et qu’il veut » a dit le ministre Ricardo Patiño.

20 juin – AMÉRIQUE CENTRALE – Le secrétaire à la sécurité intérieure des États-Unis, Jeh Johnson, a parlé de  » crise humanitaire «  à propos des 47 000 enfants non accompagnés qui ont été interceptés aux États-Unis, après avoir traversé illégalement la frontière mexicaine, soit presque le double par rapport à 2012 et cinq fois plus qu’en 2009. En moyenne, 400 enfants arrivent tous les jours. Les plus jeunes n’ont pas plus de 4 ans. Ils viennent du Guatemala, du Honduras, du Salvador. Ils ont franchi la frontière sans leurs parents, guidés par des passeurs qui, pour les derniers kilomètres, leur ont seulement montré le chemin. Le vice-président Joe Biden a entamé une tournée en Amérique centrale, en vue d’un sommet avec les présidents des pays de la région. Joe. Biden entend faire passer le message pour culpabiliser les parents de mettre le sort de leurs enfants dans les mains de criminels.

20 juin – VENEZUELA – Le Département d’État des États-Unis a inclus le Venezuela à sa liste noire des pays qui ne respectent pas les normes minimales de lutte contre le trafic des personnes. Il a également rétrogradé la Thaïlande et la Malaisie dans cette catégorie, comprenant 23 pays, dont Cuba, la Russie, l’Iran, l’Arabie Saoudite, la Corée du Nord, la Syrie, l’Algérie et la Gambie. La présence dans cette liste peut entraîner des sanctions de la part des États-Unis.

20 juin – ALLIANCE DU PACIFIQUE – L’Alliance du Pacifique, cette plate-forme d’intégration économique composée du Mexique, de la Colombie, du Chili et du Pérou, s’est réunie au sommet  [photo] dans l’enclave tropicale de Punta Mita (Nayarit, Mexique). Avec son expansion en Asie, la première ligne stratégique du sommet est l’approche du Mercosur, l’autre zone commerciale importante en Amérique latine, formé par le Brésil, l’Argentine, le Venezuela, la Bolivie, l’Uruguay et le Paraguay. Cette approche tente de dissiper les doutes au sujet de la rivalité entre les deux entités, non seulement pour des raisons de concurrence économique, mais les modèles de redistribution et les dépenses sociales qu’ils représentent. « Nous pensons au-delà des différences légitimes, une entente est possible et nécessaire », a déclaré la présidente chilienne, Michelle Bachelet qui avait fait une proposition aux autres États membres de l’Alliance du Pacifique (AP) au sujet d’une éventuelle coopération avec les États membres du Marché commun du Sud (Mercosur).

20 juin – ARGENTINE – Le gouvernement de Cristina Fernández, après avoir nié une approche pour des entretiens avec ses créanciers, a été forcée à négocier le paiement de 1.330 millions de dollars avec les créanciers bien qu’il ait promis qu’il ne leur payerait pas. Cristina Fernández, a précisé qu’elle cherche une solution négociée pour satisfaire le jugement contre son pays qui est devenu définitif aux États-Unis pour payer les fonds vautours et d’autres créanciers qui ont rejeté les conversions de dette en 2005 et 2010.

21 juin – MEXIQUE – Il est le pays le plus inégalitaire de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). L’écart salarial est le plus élevé enregistré de tous les pays membres de l’OCDE : les travailleurs les plus pauvres gagnent 30,5 fois moins que les plus riches.

Guy MANSUY 

Créer, c’est Résister

Jean Moulin est né à Béziers. Le chef de la résistance française contre l’envahisseur nazi est né à Béziers. Cette ville du sud de la France est dirigée par le Front national depuis les dernières élections municipales. Pour l’artiste français Pierre Marquès il s’agit d’un paradoxe spatio-temporel et même plus : une aberration. C’est la raison pour laquelle l’artiste, originaire aussi de Béziers et installé à Barcelone depuis quinze ans, est revenu en France et  a investi sa ville natale avec des graffitis illustrant le portrait de Jean Moulin et accompagnés de la phrase  Créer, c’est résister.

Il s’agit d’  utiliser le paysage urbain comme seul témoin éternel de l’histoire, revêtir la ville de personnages qu’ont tout donné pour que l’humanité se protège d’un fléau qu’aujourd’hui envahi une nouvelle fois l’Europe, a déclaré l’artiste. Il souhaiterait que cette invasion de graffiti politiques dans les rues soit une nouvelle forme de résistance urbaine collective contre un gouvernement qu’il considère comme rétrograde, étant donné qu’il prend des mesures répressives surtout contre la population d’immigrés. Marquès, auteur d’une production éclectique, est célèbre par ses graffitis représentant la silhouette d’une Kalashnikov.

Le journaliste et écrivain espagnol Jorge Carrión a interviewé Pierre Marquès pour le journal El País et a publié ses propos le 17 juin 2014 dans un article intitulé “Contra el Frente Nacional”. L’article complet en espagnol est disponible en ligne sur le site du quotidien.

Les faits de l’actualité du 28 mai au 15 juin

28 mai – MEXIQUE – Réunies à Mexico, une douzaine de personnalités de la société civile ont créé un “Front national d’autodéfense”, face à l’impuissance du gouvernement à protéger la population contre le crime organisé. “Todos somos autodefensas !” (“Nous sommes tous en état d’autodéfense ”), ont clamé, un à un dans la grande salle du Polyforum Siqueiros de Mexico, le Père Alejandro Solalinde, défenseur des migrants centraméricains dans le sud du Mexique, José Manuel Mireles, fondateur des milices armées de l’État du Michoacán (ouest), Mario Seguro, journaliste kidnappé en 2012 dans l’État de Tamaulipas (nord-ouest), ou encore le sénateur Ernesto Ruffo, ancien gouverneur de l’État de Basse-Californie (nord-ouest).

29 mai – ÉQUATEUR – La justice équatorienne a condamné par contumace à douze ans de prison l’ancien président, Jamil Mahuad, poursuivi pour “enrichissement personnel”. Réfugié aux États-Unis, Jamil Mahuad était accusé d’avoir procédé à des retraits de fonds après avoir imposé un gel des dépôts en monnaie dans les banques pour faire face à une grave crise économique.

30 mai – BOLIVIE – Le téléphérique urbain le plus long du monde permet de parcourir les trois kilomètres qui séparent la station “16-Juillet” d’El Alto, située à plus de 4 000 mètres d’altitude de la station centrale du centre historique de La Paz, 500 mètres plus bas. Un trajet que l’on réalisait jusque-là en minibus en trente minutes, parfois une heure. Contrairement au métro ou au tramway, il permet de franchir sans ouvrages d’art coûteux les obstacles, fleuves et forts dénivelés, pour un coût de construction inférieur à celui d’un tramway.

1 juin – SALVADOR – Salvador Sánchez Cerén est le premier ex-chef insurgé qui dirigera les destinées du Salvador, un défi qui, a-t-il déclaré lors de son investiture en tant que président, il assumait “avec humilité et engagement” avec tous ceux qui veulent voir un pays prospère et réconcilié. Le nouveau président a prêté serment lors d’une session solennelle de l’Assemblée législative en présence des présidents de l’Équateur, Rafael Correa, et de la Bolivie, Evo Morales et les vice-présidents du Venezuela, de Cuba et du Nicaragua, entre autres. Il a promis de lutter contre la violence qui a fait du Salvador le quatrième pays le plus dangereux au monde.

1 juin – BRÉSIL – L’ancien consultant de l’agence de sécurité américaine (NSA) Edward Snowden, réfugié en Russie, a affirmé à la chaîne brésilienne Globo, avoir transmis une demande officielle d’asile au Brésil. Le Nord-américain est inculpé dans son pays d’espionnage et de vol de documents appartenant à l’État.

2 juin – ARGENTINE – Lors du procès des meurtriers de Houria Moumni et Cassandre Bouvier, deux Françaises tuées en Argentine en 2011, les juges ont jugé coupable le guide touristique Gustavo Lasi d’avoir violé et tué les deux jeunes femmes et l’ont condamné à trente ans de réclusion criminelle. En revanche, ils ont estimé qu’il n’y avait pas de preuves suffisantes pour maintenir en prison ses co-accusés.

2 juin – GUATEMALA – Les fortes pluies ont forcé les autorités de la Coordination nationale de prévention des catastrophes (Conrad) de déclarer l’alerte jaune. La mesure a mobilisé l’ensemble du personnel disponible de l’organisme. Dans un village dans le nord du pays, une avalanche a provoqué six victimes, dont deux bébés.

4 juin – BRÉSIL – Le paradis brésilien où un tiers des abeilles tropicales vivent, est menacé. Le Cerrado n’a pas la même exubérance et la renommée de l’Amazonie. Cependant, dans la savane brésilienne, qui occupe 22 % du territoire national, se trouve l’une des biomasses d’Amérique latine les plus riches en biodiversité – 14 000 espèces identifiées de la flore et de la faune. Au cours des dernières décennies, le Cerrado est également devenu la voie de l’expansion de l’agrobusiness brésilien. Mais ce processus a conduit à une série de problèmes signalés par les communautés autochtones et traditionnelles, et les experts environnementaux.

5 juin – VENEZUELA – Après cinq mois de crise politique au Venezuela, la poursuite de la répression a interrompu le  » dialogue  » entre le pouvoir et l’opposition.

5 juin – ARGENTINE – La présidente argentine, Cristina Fernandez, a créé le Secrétariat pour la Coordination stratégique de la pensée national, relevant du ministère de la Culture, à travers un décret publié au Journal officiel. A la direction de ce secrétariat elle a nommé le philosophe partisan du gouvernement de 56 ans, Ricardo Forster. Dans les rangs de l’opposition la candidature a été jugée comme un “cadeau tardif” pour le philosophe.

6 juin – GUATEMALA – Un tribunal de Genève, en Suisse, a condamné à la réclusion à perpétuité l’ancien directeur de la police nationale du Guatemala, Erwin Sperisen, 43 ans, après l’avoir reconnu coupable en 2007 d’avoir été l’auteur matériel de l’assassinat du détenu, Abraham Tiniguar, et co-auteur de l’exécution extrajudiciaire de six autres, lors d’une opération dans la prison de Pavón, la plus grande et la plus dangereuse du Guatemala. L’ancien fonctionnaire a été acquitté de trois autres décès de prisonniers survenus en 2007.

7 juin – COLOMBIE – A une semaine du second tour de la présidentielle, c’est une avancée historique des négociations de La Havane entre l’État et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) :  ils ont reconnu leur responsabilité mutuelle face aux victimes du conflit armé. “Nous ne sommes pas venus négocier l’impunité des uns et des autres ”, dit le communiqué conjoint, qui reconnaît le droit des victimes à la vérité, à la justice et à la réparation.

7 juin – CHILI – La présidente chilienne, Michelle Bachelet, a inauguré à Copiapó, au nord du pays, le parc solaire photovoltaïque CAP,  le plus grand d’Amérique latine et l’un des plus grands parcs solaires photovoltaïques du monde. Sa principale nouveauté est que son financement et son amortissement sont entièrement privés, le groupe de la CAP, le principal extracteur de minerai de fer et le plus grand producteur d’acier du Chili et de traitement de l’acier du Cône Sud. Le projet est développé et construit par la société américaine SunEdison.

8 juin – CUBA – Huit danseurs cubains, membres du Ballet national de Cuba, ont demandé l’asile politique à San Juan de Porto Rico sur le sol des États-Unis. C’est la plus grande évasion de masse depuis de nombreuses années.

10 juin – CHILI – Le gouvernement de Michelle Bachelet a rejeté le projet géant de Hidroaysen, cinq barrages hydroélectriques en Patagonie chilienne (sud), en raison de son impact sur l’environnement. “Le comité ministériel a décidé d’accepter les réclamations présentées par la communauté”, a déclaré le ministre de l’environnement Pablo Badenier. En gestation depuis sept ans et porté par le consortium hispano-chilien Endesa-Colbun, ce projet est fortement contesté par les organisations environnementales qui craignent qu’il ne défigure l’un des derniers paysages vierges de la planète, une région de forêts, de lacs et de glaciers.

10 juin – COLOMBIE – En Colombie, à cinq jours du second tour de la présidentielle, la petite Armée de libération nationale (ALN, d’obédience castriste) s’est dite prête à négocier la paix. Les partisans du président Juan Manuel Santos ont applaudi. L’ONU aussi. Candidat à un second mandat, le chef de l’État, qui a fait de la paix négociée une priorité, a expliqué que les négociations avec l’ALN se tiendraient à l’étranger et sans cessez-le-feu sur le terrain. Son adversaire, Óscar Iván Zuluaga, a dénoncé une “manœuvre électorale”.

10 juin – BOLIVIE – Carmelo Flores Laura, de l’ethnie aymara, l’homme le plus vieux de la Bolivie, et probablement du monde, est décédé, cinq semaines avant d’atteindre l’âge de 124 ans, a confirmé son fils Cecilio, 64 ans, le dernier survivant des cinq fils de Carmelo. Don Carmelo était un berger qui gardait ses moutons et ses lamas dans la communauté Frasquía, province Omasuyos de La Paz, sur les pentes de l’Illampu enneigé et à peu de distance du lac Titicaca.

11 juin – SALVADOR – Le trésorier général du Salvador, Luis Martínez, a informé d’un fait sans précédent dans l’histoire de cette nation d’Amérique centrale : il a ouvert une enquête contre l’actuel ministre de la Défense Nationale, le général David Munguía Payés, pour … “trafic illégal d’armes”, alors que sa charge vient d’être reconduite par le nouveau président Salvador Sánchez Cerén.

12 juin – MEXIQUE – Un scandale de prostitution fait tomber le président du PRI du district fédéral de Mexico, Cuauhtemoc Gutiérrez de la Torre, connu comme le Prince de l’Ordure. Ce représentant de la vieille garde a été forcé de démissionner avant son expulsion imminente du parti pour un scandale de prostitution dans les locaux mêmes de la PRI –  il embauchait des femmes pour des prestations de services sexuels. Le District fédéral est un territoire clé dans la politique mexicaine qui, depuis 1997, est tenu par le PRD, de gauche.

12 juin – COLOMBIE – Les trois bandes criminelles qui au total comptent quelque 4 000 hommes contrôlent le commerce de la drogue et l’exploitation minière illégale dans le pays. A  Buenaventura, le principal port sur le Pacifique, des parties d’un corps démembré ont été trouvées, une pratique des bandes formées par d’anciens paramilitaires qui se sont réarmés et qui se disputent entre eux les routes de la drogue et le contrôle du micro-trafic local. Aujourd’hui, ces gangs criminels sont responsables d’une bonne partie les homicides, de massacres, déplacements forcés, extorsions et menaces dans le pays. A Buenaventura on a découvert qu’ils possèdent des maisons dans lesquelles ils mutilent leurs victimes. La peur dans ce port est responsable de l’exode, en 2013, de plus de 13 000 personnes, selon Human Rights Watch.

13 juin – JAMAÏQUE – Le gouvernement jamaïcain a décidé de dépénaliser la possession de petites quantités de marijuana, rejoignant ainsi les pays qui ont assoupli leur législation.

15 juin – COLOMBIE – Juan Manuel Santos  [photo] a remporté le soutien aux pourparlers de paix avec la guérilla avec sa réélection au second tour de l’élection présidentielle. Il a obtenu 50,9% des voix contre le candidat Óscar Iván Zuluaga, arrivé en tête du premier tour et soutenu par l’ancien président Álvaro Urube champion de la ligne dure contre les FARC, qui se situait à 45%. Le résultat assure la continuité du processus qui est susceptible de faire prospérer les progrès déjà réalisés par Juan Manuel Santos, après trois tentatives infructueuses qui ont pesé sur la confiance des Colombiens dans ce pari. “Le message d’aujourd’hui est aussi pour les FARC et l’ELN: c’est la fin de 50 années de violence ”. Le taux  l’abstention de 60% du premier tour a été réduit au second de 7 %, à 53%.

Guy  MANSUY

São Bernardo, le classique du cinéma brésilien restauré

Ce superbe classique du cinéma brésilien a été réalisé en 1972 par Leon Hirszman (1937- 1987) et est présenté dans une copie restaurée. Paulo Honório est obsédé par l’idée d’acquérir la ferme de São Bernardo dans laquelle il a été ouvrier agricole. Il y parvient à force de tractations malhonnêtes. Pour être respectable, un riche propriétaire se doit de fonder une famille.

Il se marie donc avec Madalena, jeune professeur, qui cherche à se maintenir au courant de l’actualité des questions politiques, sociales et littéraires. Paulo Honório aime sa femme, mais considère le mariage comme une transaction commerciale. Dévoré par une jalousie maladive, il ne supporte plus ses amis et encore moins les cris de son fils. Progressivement Madalena se détruit…

Le film est adapté du roman de Graciliano Ramos, considéré comme l’un des plus importants écrivains brésiliens et qui fut sans nul doute celui qui fut le plus à l’écoute des habitants du Nordeste, région où il naquit et vécut enfant, et où il passa une partie de sa vie d’adulte.
Chroniqueur et journaliste, Graciliano Ramos mena parallèlement une activité de romancier et de fonctionnaire. Durant la dictature de Getulio Vargas, il écrivit en 1934, São Bernardo. “J’ai fait en sorte, déclarait le réalisateur, que mon travail ressemble à celui d’un musicien qui interprète la musique d’un compositeur qu’il admire et estime.” Mais le film eut des problèmes avec la censure militaire qui le bloqua six mois.

Leon Hirszman se passionna très jeune pour la politique et s’inscrit au parti communiste. Après des études d’ingénieur, il fut donc très tôt impliqué dans la vie sociale et politique de son pays, et se consacra à la diffusion d’un cinéma militant au sein des ciné-clubs. Devenu cinéaste et chef de file du Cinema Novo, ce grand admirateur d’Eisenstein resta fidèle à ses préoccupations. Ils ne portent pas de smoking et ABC da greve, une fiction et un documentaire tournés simultanément en 1980-81 dans les faubourgs industriels de São Paulo, témoignèrent de son engagement. São Bernardo est un beau film à redécouvrir !

Alain LIATARD

Le Brésil gagne le trophée… du cinéma d’animation

Le 38e Festival international du film d’animation d’Annecy (9-14 juin) a connu cette année encore une fréquentation en hausse. Passionnés, néophytes et professionnels du monde entier se sont réunis à Annecy pour célébrer l’animation, dans des réunions, conférences et projections devant des salles pleines. Au sein d’une programmation très riche, les jurys ont couronné des programmes éclectiques mêlant humour noir, émotion et sujets de sociétés.

L’animation brésilienne est à nouveau à l’honneur : après Rio 2096 : Uma história de amor e fúria, cristal du long métrage en 2013 (et présenté en clôture des Reflets de Villeurbanne en mars dernier), c’est Le Garçon et le Monde de Alê Abreuqui remporte l’adhésion non seulement du jury mais également du public. Souffrant de l’absence de son père, un petit garçon quitte son village et découvre un monde fantastique dominé par des animaux-machines et des êtres étranges. C’est l’illustration des problèmes du monde moderne vus par les yeux d’un enfant. La sortie en France est prévue pour octobre. “Dès l’étape de la sélection, la montée en puissance de l’animation brésilienne s’est confirmée. Le double sacre de O menino e o mundo / Le Garçon et le Monde (Cristal du long métrage et prix du public) envoie encore un signal fort de la vitalité de cette cinématographie”a déclaré Marcel Jean délégué artistique du Festival. Hors compétition on a pu voir aussi deux long métrages brésiliens, l’un Até que a Sbórnia nos separe de Otto Guerra et Ennio Torresan Jr montre que lorsque  le mur qui séparait Sbórnia, un petit pays, du reste du monde, s’écroule accidentellement, un vent de modernité venu de la ville se met alors à souffler, et l’autre, Luz, anima, ação de Eduardo Calvetraconte l’histoire du cinéma d’animation au Brésil.

Le Cristal du court métrage est allé au film franco-coréen Man on the Chair de Dahee Jeong. Le film s’interroge sérieusement sur son existence alors que ce ne sont que des images dessinées par les mains de l’auteur. N’est-il pas une image dessinée par quelqu’un d’autre ? Un film mexicain était en compétition officielle : Pickman’s model de Pablo Ángeles connu aussi sous le nom de Hombre Zoo : un collectionneur cherche un dessin de son artiste favori.

C’est le grand cinéaste japonais Isao Takahata qui avait ouvert le festival avec la projection de son nouveau film Le Conte de la princesse Kaguya (sortie le 25 juin). À cette occasion, il a été récompensé par un Cristal d’honneur pour sa contribution au cinéma d’animation avec des films de référence comme Le Tombeau des lucioles (1988), Pompoko (1994) – prix du long métrage à Annecy 1995 ou Mes voisins les Yamada (1999).

Le Marché international du film d’animation (Mifa), qui s’est déroulé du 11 au 13 juin, confirme son statut de leader mondial et son rôle de plateforme d’échanges de référence de l’industrie de l’animation. Il a su séduire de nouveaux exposants, comme ceux venus de Malaisie, ou conforter la participation de pays tels que l’Argentine,  le Brésil, le Chili, la Colombie, la République tchèque ou encore l’Afrique du Sud.

Il enregistre une fréquentation en hausse et un record s’agissant du nombre d’exposants (plus de 500 pour 60 pays).

Alain LIATARD

Festival de films colombiens à Paris

L’association le Chien qui aboie / El Perro que ladra a présenté à Paris sa deuxième édition du « Panorama du film colombien » au cinéma La Clef. C’est une association fondée en 2009 dédiée à la promotion du cinéma d’Amérique latine et composée d’une équipe de jeunes cinéastes, cinéphiles et professionnels. Cette année le festival s’est déroulé aussi à Barcelone et Londres.

La sélection a regroupé les films de jeunes réalisateurs colombiens qui montrent et racontent à travers leur longs métrages de fiction ou documentaire et courts métrages, “la complexité d’un pays” comme le dit la réalisatrice Patricia Ayala. Ces films n’ont pour l’instant pas de distributeurs en France et ont permis ainsi de les faire connaître au public et d’échanger avec toute une nouvelle génération de réalisateurs.

Le long métrage primé par le public, Hecho en Villapaz de María Isabel Ospina a été tourné dans le Valle del Cauca. C’est le portrait d’un homme incroyable, un maçon et autodidacte qui en cinq ans a réalisé plus de 22 films, mélodrames et films d’horreur, en commençant avec un téléphone portable et en faisant participer les gens de sa communauté dans les rues de son  village. Tous se passionnent pour cette aventure “On sent qu’on existe dans le monde maintenant !” À travers les films de Victor, on voit  la pauvreté, le travail précaire, le travail de la canne à sucre, l’influence de l’église Pentecôtiste, certains mythes de la communauté, la violence.

Un autre portrait original avec le documentaire Don Ca, de Patricia Ayala. Camilo Arroyo, un blanc  est venu vivre à Guapi, sur la côte pacifique colombienne il y a plus de trente ans et est devenu une sorte d’éducateur de ces jeunes au milieu de la violence des groupes armés qui petit à petit s’infiltre dans le village (plusieurs prix dont le premio Macondo 2013). Portrait aussi mais de fiction d’un patriarche dur et violent du Boyacá (inspiré par le grand-père du réalisateur Rubén Mendoza) Tierra en la lengua  meilleur film du festival de Cartagena. Étrange rituel de mort d’un homme qui demande à deux de ses petits-enfants de le tuer, étant très malade, pour qu’ils puissent hériter de ses terres. Communautés indiennes dans La eterna noche de las doce lunas de Priscila Padilla sur la communauté Wayuu de la Guajira ou dans la Trocha de Lionel Rossini sur un voyage en mémoire de leurs ancêtres de l’ethnie Uitoto sur un génocide au début du XXe.

Certains de ces films sont en effet  un voyage dans la reconstruction de la mémoire comme le documentaire Tacacho de Felipe Monroy dans lequel des paysans réfugiés reconstituent les faits de la violence à partir de mises en scène de leur propre  histoire. Résistance face à la violence de ces femmes de cultures autochtones  Sabedoras de muchas lunas de Angela Rubiano, Paola Figueroa et Raquel González. Ou exorciser la violence dans le documentaire Requiem NN  de Juan Manuel Echavarría, rituels des habitants face aux corps repêchés dans le fleuve Magdalena.

Le Festival s’est terminé avec une fiction pleine d’espoir, Mateo de María Gamboa. Tourné à Barrancabermeja ce film, inspiré par des expériences réelles, raconté avec passion et sincérité, a déjà obtenu le Prix spécial du jury à Cartagena et le prix du meilleur premier film et meilleur scénario à Miami. Mateo travaille pour son oncle, un mafioso local qui lui demande d’intégrer un groupe de théâtre pour espionner  ses membres et en particulier le jeune prêtre qui les dirige. Mateo va obéir au début, dénoncer même l’un d’entre eux qui va devoir quitter la ville comme ces millions de déplacés dans le conflit colombien. Mais il va découvrir un monde nouveau pour lui, participer aux cours d’expression corporelle, sur la confiance collective du groupe. Il va comprendre qu’il lui faut quitter la voie du crime et de la  violence “j’ai voulu faire un film sur la dignité humaine et montrer comment l’art peut empêcher des jeunes d’entrer dans le conflit armé” a déclaré María Gamboa.

Chantal GUILLET

Les Colombiens ont voté pour la paix !

En reconduisant le président-candidat Juan Manuel Santos et grâce à l’apport des voix de gauche, les Colombiens ont choisi la paix plutôt que la prolongation de la guerre exigée par le candidat perdant, Óscar Iván Zuluaga.

Ce fut une remontée spectaculaire. Perdant le premier tour des élections présidentielles par plus de 500 000 voix, le président Juan Manuel Santos a gagné le second tour par plus de 800 000 voix ! Résultat final : Santos 50,9 %, Zuluaga 45 %. L’explication réside dans l’apport des voix des partis de gauche. Clara López et le maire de Bogota,  Gustavo Petro du Parti Polo Democrático avaient ouvertement appelé leurs membres à voter Santos “pour sauver les négociations de paix” avec la guérilla des FARC. L’ancienne sénatrice Piedad Córdoba, leader  de la Marcha Patriótica (plus connue à l’étranger pour son rôle dans la libération de plusieurs otages des FARC), le Parti Union Patriotique et les Verts avaient également laissé entendre que pour en finir avec la guerre, il fallait voter Santos.  Celui-ci a bien sûr aussi reçu un soutien à droite avec le petit Parti Conservateur.

La capitale a ainsi voté Santos, confirmant le dicton qui veut que “qui gagne dans la capitale gagne les élections”
Si le candidat perdant, Óscar Iván Zuluaga a reconnu sa défaite, son maître à penser et chef du Parti Centre Démocratique, l’ancien président Álvaro Uribe, a accusé Santos de “fraude, abus de pouvoir, corruption et malversation !” L’agressivité démesurée du camp Zuluaga est d’ailleurs considérée comme l’un des facteurs de sa défaite.

Dans son  discours de remerciements aux électeurs, le président Santos renvoie la balle aux FARC : “Notre victoire est aussi un message aux FARC : notre peuple veut la paix… Éloignons pour toujours la haine et la violence de notre démocratie…”
La victoire de Santos lui permet de prendre ses distances avec son ancien mentor, Álvaro Uribe. Celui-ci, totalement opposé à des accords de paix,  annonce déjà une opposition dure et agressive. De leur côté, les partis de gauche rappellent que, s »ils ont soutenu l’alternative Santos, c’était pour l’option des négociations de paix,  mais que son gouvernement étant situé bien à droite, ils restaient dans l’opposition politique. Il n’est donc pas question pour ces partis d’entrer dans le futur gouvernement. Le président devra quand même faire des gestes vers ceux qui lui ont fait gagner les élections.

La voie est donc ouverte à la poursuite des discussions de paix entre le gouvernement colombien et les FARC à La Havane, devant mener aux accords qui mettront fin à la guerre. Trois des six accords ont déjà été signés. Les deux Parties vont, en août, entamer les discussions sur un des points très sensibles : la reconnaissance des victimes, leur droit à la vérité, à la justice, aux réparations.

Pour le président Santos, “Cette paix ne sera pas une paix avec impunité. Ce sera une paix juste…”  Mais certainement très complexe à mettre en œuvre : ni les FARC, ni l’armée ni les paramilitaires n’accepteront d’aller en prison pour les crimes de guerre commis pendant le conflit. Or la Cour pénale internationale de La Haye a menacé de lancer des procédures si l’État colombien ne le faisait pas.
Les élections passées, le temps n’est plus un facteur déterminant. Le président Santos commencera son deuxième mandat de quatre ans  le 7 août prochain. La pression pour la paix sera forte tant sur le gouvernement que sur les FARC. Les deux Parties semblent vraiment déterminées  à mener les négociations à bon terme et en terminer avec la guerre. Un signe de bon augure : l’ELN, l’autre groupe de guérilla armée, a demandé au gouvernement d’entrer en négociation pour “une paix juste et durable.” À part l’ancien président Uribe, tout le monde semble vouloir faire de véritables efforts pour que les négociations aboutissent. Après 50 ans de guerre civile, la paix enfin possible ?

 Jac FORTON

 

 

Rencontre (par le net) avec le réalisateur chilien Sebastián Sepúlveda

Le film chilien de Sebastián Sepúlveda Les sœurs Quispe, qui sort le 4 juin est basé sur un épisode curieux de l’histoire du Chili. En 1974, trois sœurs Justa, Lucía et Luciana vivent de l’élevage sur l’Altiplano à près de 4 000 mètres d’altitude. La vie est rude dans ce monde isolé bien loin de la dictature du général Pinochet arrivée au pouvoir en septembre 1973. Mais quand elles apprennent par un colporteur que l’armée va venir confisquer leur troupeau, elles décident de ne pas accepter…

Le réalisateur suit le mode de vie ancestral et ascétique de ces trois femmes qui se protègent du froid  dans des grottes noircies par le feu,  loin de ce que vivaient d’autres Chiliens au cœur du coup d’État. Même si la réalisation est proche du style documentaire, une grande attention est portée à la réalisation, à la beauté de la photographie – le film a obtenu le prix de la meilleure image au dernier festival de Venise, et à la qualité de l’interprétation. Francisca Gavilán jouait Violeta, Catalina Saavedra était La Nana. Digna Quispe,  nièce des sœurs qu’elle a connues interprète Justa. Nous avons interviewé Sebastián Sepúlveda par Internet. Nous rappelons que le film est en salle depuis le 4 juin dernier.

Comment se fait-il que pour un premier film, vous soyez parti si loin dans les montagnes ?

Les Soeurs Quispe est mon premier film de fiction. Auparavant, j’ ai réalisé un documentaire O Areal  (L’Étendue de Sable), sur une communauté amazonienne qui raconte la manière dont les esprits et les fantômes de la forêt disparaissent avec la construction d’ un pont et l’arrivée de la modernisation. L’exercice de partir dans un milieu différent du mien est, en général, une démarche qui m’intéresse.

Comment connaissiez-vous cette histoire et qu’est ce qui vous a poussé à la raconter ?

L’histoire des Soeurs Quispe fait partie de l’imaginaire et de la culture chilienne. Dès le début, je trouvais cette histoire intéressante, mais c’est vraiment au moment des repérages préliminaires, au moment où j’ ai connu l’endroit où vivaient les trois sœurs à 4000 mètres d’altitude, perdues au milieu de l’Altiplano, que j’ai senti la force de ce récit dans ce décor surnaturel.

Est-ce qu’il est important aujourd’hui de parler de cette époque du début de la dictature ?

L’histoire des Soeurs Quispe se déroule au début de la dictature, et, sans jamais la nommer, apporte un regard périphérique sur cette époque et nous décrit les conséquences dramatiques de cette politique autoritaire, même dans les zones les plus reculées et les plus isolées du pays. Ce film propose une manière différente de traiter la dictature et je pense qu’il est indispensable d’intégrer les populations indigènes dans la mémoire collective. Cette approche participe à la construction d’une démocratie inclusive.

Avez-vous pensé à certains films pour filmer aussi magnifiquement la nature ?

Mes références pour ce tournage ont été « L’Evangile selon Saint Mathieu » de Pier Paolo Pasolini, ainsi que certains films de Ermanno Olmi. Mon défi pour ce film, était que ce décor époustouflant ne prenne pas le dessus sur l’histoire, ni sur le visage des Soeurs Quispe.

Comment avez-vous choisi vos interprètes ?

Au départ, mon idée était de travailler exclusivement avec des actrices non professionnelles. Je cherchais des femmes vivant dans ce milieu afin de rester fidèle au langage et à la culture des bergères locales. Cependant, je me suis assez vite rendu compte que la désertification, dont parle l’histoire, avait eu raison du maintien des familles dans l’Altiplano. Il ne reste que deux familles de bergers sur 26 000 hectares et, à part Digna Quispe, la nièce des Soeurs Quispe, il n’y avait pas de femmes correspondant aux rôles. Il a fallu plusieurs mois et quelques voyages à sa poursuite dans l’Altiplano pour la convaincre, mais cela me semblait impossible de faire le film sans elle, par la force et la fierté authentiques qu’elle dégage. J’ai ensuite opté pour travailler avec deux excellentes comédiennes chiliennes : Catalina Saavedra « La Bonne », et Francisca Gavilan « Violeta », qui ont fait une préparation de symbiose avec Digna Quispe qui leur a enseigné le travail avec les animaux et le mode de vie nomade des bergers.

Alain LIATARD

Site et bande d’annonce

 

Page 1 sur 212