Archives des catégories :

Musiques

Daniel Viglietti, figure de la chanson contestataire latino-américaine, est décédé le 30 octobre dernier

Daniel Viglietti est décédé le 30 octobre 2017. Figure de la « chanson contestataire » (canción de protesta) des années 60 et 70, il préférait néanmoins, au terme « protesta« , celui de « propuesta » (proposition). Né à Montevideo en 1939, Viglietti est sans doute l’un des artistes uruguayens les plus connus en Amérique latine et dans le monde. Musicien de talent, il a fait partie dans les années 60-70 du Núcleo de Música Nueva, un creuset d’expérimentation dans lequel se sont distingués deux grandes figures de la musique contemporaine uruguayenne, Coriún Aharonian et Graciela Paraskevaídis (également tous deux décédés en 2017).

Photo : RTBF.com

À ses débuts, Daniel Viglietti a collaboré avec l’écrivain uruguayen Juan Capagorry, en mettant en musique plusieurs de ses textes dans son disque Hombres de nuestra tierra, un hommage aux hommes très modestes de la campagne uruguayenne et à leurs métiers parfois méprisés : l’accordéoniste, le coupeur de canne, le « pión pa’todo » (l’ouvrier agricole et « homme à tout faire », sieteoficios (« sept-métiers ») comme on l’appelait)…

Il met également en musique l’œuvre de nombreux poètes, comme Rafael Alberti, Coplas de Juan Panadero, Nicolás Guillén, Me matan si no trabajo, puis César Vallejo, Masa ou encore l’Uruguayen Wáshington Benavídez (décédé aussi en 2017, année terrible pour la culture uruguayenne). Le poème de ce dernier, Yo no soy de por aquí, Je ne suis pas de ces contrées, est un bijou de sensibilité et d’humanisme dans l’adaptation de Viglietti.

La crise politique, économique et sociale des années 60 le trouve du côté de la gauche révolutionnaire ; beaucoup de ses chansons deviennent alors de véritables hymnes. Tel est le cas de A desalambrar (Enlevons les barbelés, chant pour la réforme agraire qui a été repris par de nombreux artistes, dont Víctor Jara), El Chueco Maciel (chanson dédiée à un jeune des bidonvilles de Montevideo qui fait des braquages mais partage le butin dans son quartier, et qui sera abattu par la police en 1971) ; ou encore Canción para mi América, qui met en avant la nécessaire solidarité avec les peuples indigènes du sous-continent, et chante une Amérique métisse dans le sillon du poète et révolutionnaire cubain José Martí. Ses engagements avec les luttes de libération et anti-impérialistes de ces années-là apparaissent dans nombre de ses chansons : Croix de lumière (hommage au prêtre colombien Camilo Torres, qui rejoint l’ELN et meurt en combat), Chanson de l’Homme Nouveau (inspirée par la figure du Che à qui il consacrera plus tard une autre chanson, Che por si Ernesto, La chanson de Pablo, Jeune fille (Muchacha) et Je ne dis que camarades (Solo digo compañeros) – trois chansons qui, parmi d’autres, marquent sa proximité avec la guérilla des Tupamaros.

Son engagement auprès de la révolution cubaine reste également très fort ; pour preuve, son disque Tropiques (1973), avec des chansons des musiciens de la Nueva Trova Cubana sur une des faces (Silvio Rodríguez, Pablo Milanés et Noel Nicola, jeunes musiciens très peu connus à l’époque) et des chansons brésiliennes (notamment de son « compère » Chico Buarque) sur l’autre face, traduites par Viglietti lui-même.

Après avoir été arrêté en 1972 sous le gouvernement autoritaire de Juan María Bordaberry, une campagne internationale (à laquelle participèrent Jean-Paul. Sartre, François Mitterrand, Julio Cortázar, Oscar Niemeyer et beaucoup d’autres) force le gouvernement uruguayen à le relâcher. C’est le temps de l’exil qui commence, et qui se prolongera de 1973 à 1984, essentiellement en France. Pendant ces années-là, il participe à d’innombrables actions pour dénoncer la dictature, les tortures et les disparitions : son spectacle À deux voix (A dos voces) avec Mario Benedetti a circulé à travers le monde hispanique, donnant lieu à plusieurs enregistrements et à un ouvrage en Espagne aux éditions Visor. Dans ce spectacle, les chansons de l’un et les poèmes de l’autre s’entretissent, établissant ainsi une alchimie qui donne aux textes une grande puissance et met en avant les points de contact entre ces deux artistes.

Proche d’artistes comme l’Argentin Atahualpa Yupanqui, les Chiliens Víctor Jara et Violeta Parra, les Espagnols Joan Manuel Serrat et Paco Ibáñez, la Vénézuélienne Soledad Bravo et bien d’autres, ses engagements politiques sont restés forts, que ce soit auprès de la révolution cubaine toujours proche de son cœur, puis dans les années 80 de la révolution sandiniste, Déclaration d’amour au Nicaragua, et plus tard du mouvement neo-zapatiste Chiapaneca, de la révolution bolivarienne de Hugo Chávez, de Evo Morales en Bolivie, etc.

Depuis la fin de la dictature et son retour en Uruguay, il s’est battu sans relâche pour la cause des disparus ; en témoigne sa mise en musique de Otra voz canta (Une autre voix chante , de la poète uruguayenne Circe Maia), ou sa chanson Tiza y bastón, La craie et la canne, dédiée à deux femmes : Elena Quinteros et sa mère « Tota ». Elena, institutrice et militante anarchiste, avait été arrêtée et torturée en 1976 ; elle réussit à s’échapper et à trouver refuge dans l’Ambassade du Venezuela mais les militaires feront irruption dans les jardins de l’Ambassade et elle sera à nouveau séquestrée et portée disparue depuis. Quant à sa mère, institutrice elle aussi, elle n’a pas cessé de se battre pour la vérité autour de la disparition de sa fille et des autres détenus-disparus de la dictature uruguayennne.

Si la dimension politique de sa vie et de ses chansons, très forte, est présente tout au long de sa carrière, Viglietti restera aussi dans la mémoire collective à travers des chansons comme Gurisito (Petit enfant), Anaclara (magnifique déclaration d’amour à une jeune résistante) ou Por ellos canto (C’est pour eux que je chante), une chanson qui est une profession de foi mais aussi un condensé de ses doutes, ses peurs, ses (dés)espoirs : une chanson dans laquelle le silence trouve toute sa place. Esdrújulo, son disque sans doute le plus intime, rend hommage aux poètes qu’il admire comme le César Vallejo de Trilce, son ami Juan Gelman ou encore la créatrice qu’il a toujours admiré et chanté, Violeta Parra. En s’attachant aux mots « esdrújulos » (mots proparoxytons, c’est-à-dire accentués sur l’antépénultième syllabe), ces mots si « rares » en espagnol, Viglietti se place dans les marges, revendique sa différence (comme la Violeta Parra de la Mazúrquica modérnica), fait l’éloge de celui qui, attaché au collectif, au nous, ne renie pas pour autant le je et la recherche de son propre chemin. Esdrújulo rend compte de la maturité musicale et surtout poétique de Viglietti, qui rend à la chanson – si besoin était – toutes ses lettres de noblesse.

Viglietti n’a pas été simplement un artiste, il a été aussi un homme de radio (à travers son émission Tímpano et de télévision), un passionné de musiques (grand admirateur de Brel et e Barbara), de cinéma (fan de Casavettes, de Kurosawa, de Woody Allen…), de littérature et de création en général. Sa voix était juste dans tous les sens du terme : parce qu’il faisait attention à ses cordes vocales plus qu’à toute autre chose (il portait toujours un foulard ou une écharpe, se méfiant du vent montevidéen), dans un souci de professionnalisme jamais démenti ; parce que les causes qu’il défendait étaient justes et surtout parce qu’il faisait son travail avec des mots justes, à la fois précis et poétiques. Cette voix continuera de résonner parmi nous, et j’invite les amoureux de la musique latino-américaine à écouter un de ses derniers concerts, à l’occasion du Festival AntelFest à Piripolis. L’Uruguay lui a rendu hommage le 31 octobre : ses restes ont été inhumés au Théâtre Solís de Montevideo et beaucoup d’artistes, toutes générations confondues, lui ont rendu hommage.

Raúl CAPLAN

Toutes les chansons mentionnées : youtube.com

Concert de musiques afro-colombiennes : le groupe Nilamayé à l’AmphiOpéra de Lyon le samedi 7 octobre dès 18 h 30

Nilamayé s’inspire des musiques locales et régionales colombiennes. Il tente de saisir et de s’imprégner des langages musicaux des différentes régions, pour proposer une lecture contemporaine de la tradition dans une forme concert.

Photo : Opéra de Lyon

Les canciones de boga interprétées a capella, le format de tambours traditionnels de la côte atlantique et le conjunto de marimba, accompagnés par la diffusion des paysages sonores des régions dont ce répertoire est issu, tout cela cherche à vous faire ressentir  tant la beauté sonore  que l’accablante impression de ces étranges régions tropicales où se trouve suspendue la rationalité (Wade 2000).

La Colombie est bordée au nord par la mer Caraïbe et à l’ouest par l’océan Pacifique. Elle est frontalière à l’est avec le Venezuela et le Brésil, au sud avec le Pérou et l’Équateur et au nord- ouest avec le Panama. Selon les sciences humaines et sociales, le territoire colombien a été divisé en différentes régions : L’Andine, la Plaine (Llanera), l’Insulaire, la région Caraïbe ou Atlantique et la région Pacifique. Ces divisions se sont modifiées au fil des années et se sont constituées à partir de la ressemblance des traits caractéristiques partagés par les habitants de ces régions ainsi que par des choix politiques. La diversité géographique, économique et culturelle de ces régions a dessiné les traits distinctifs de la musique colombienne. Ainsi, les traditions musicales locales et régionales ont servi de point de départ pour la fabrication de la musique urbaine et populaire, nationale et internationale qui a vu le jour au cours du XXe siècle (Ochoa 2003).

Ce spectacle ne cherche pas à donner un fragment pur ou figé de la Colombie. Il ne cherche pas non plus à présenter les « véritables et authentiques » musiques afro- colombiennes. Nilamayé, formé par une Française et des Colombiens venus de Santa Marta, Guapi, El Cabuyal et Bogotá vivant en France, cherche à proposer une lecture esthétique de ce qui nous est historiquement présentée comme une tradition. Les musiques bougent, elles ont toujours bougé. Les musiques changent, elles ont toujours changé. Elles font changer aussi. L’art est dynamique, la dynamique d’une existence collective que Nilamayé vous propose en partage.

Nilamayé, le samedi 7 octobre à l’AmphiOpéra de Lyon – Réservations ici

Juana Molina, la chanteuse argentine qui fait un tabac en France

Juana Molina est la fille du chanteur de tango Horacio Molina et de l’actrice et mannequin Chunchuna Villafañe. À six ans, elle commence à apprendre la guitare avec son père. En 1976, sa mère part en France, elle reste en Argentine avec son père, ensuite elle part en Espagne en 1977 puis en France où elle reste jusqu’en 1980.

photo: service de presse de Juana Molina

Juana Molina commence sa carrière en Argentine en 1988 comme comédienne dans l’émission de télévision La Noticia Rebelde. Elle a joué des rôles importants et a gagné en notoriété avec Antonio Gasalla dans la comédie de télévision El Palacio de la risa. Ses expériences lui ont permis d’avoir sa propre émission télévisée, Juana y sus hermanas (Juana et ses sœurs), qui a un certain succès. En 1996 elle décide de laisser de côté le théâtre et commence à chanter. Elle chante ses propres paroles, accompagnée par une guitare acoustique et des claviers, musique qu’elle qualifie d’électro-folk.

Elle produit elle-même son premier album, Rara. Dans ses concerts, elle utilise des pédales pour créer des boucles sonores. Après la parution de ses deux albums suivants (Segundo et Tres Cosas) sur le prestigieux label anglais Domino, elle est adoptée par la scène électronique/folk. L’album Tres Cosas figure dans la liste des 10 meilleurs albums de l’année selon le New York Times. Elle tourne beaucoup, surtout aux USA (notamment avec David Byrne) et au Japon, mais également en Europe. Sa musique comporte bien des éléments électroniques et folk, mais elle est unique et sans équivalent. Les médias l’ont comparée à Björk ou à Beth Orton mais, comme l’écrit le New York Times, « Juana Molina n’imite personne, elle s’amuse beaucoup trop en étant simplement elle-même ».

En 2011, Juana Molina participe au projet collectif Congotronics vs Rockers ; elle y collabore avec Konono N°1, Kasai Allstars, Deerhoof, Wildbirds & Peacedrums et Matt Mehlan (Skeletons). En octobre 2013 paraît Wed 21, son premier album depuis 2008, qui est acclamé par la presse. Le premier single extrait de l’album Wed est Eras, illustré par une vidéo qui a été diffusée par Pitchfork le lendemain de Halloween 2013.

Voir Les Inrock

Omar Sosa et Gustavo Ovalles, là où dialoguent les musiques… au musée des Confluences de Lyon le samedi 27 mai prochain

Compositeur, arrangeur, producteur, pianiste, percussionniste et leader de groupe, Omar Sosa fusionne un large éventail de word music et électronique avec ses racines afro-cubaines. Après le conservatoire de Caracas, Gustavo Ovalles poursuit des recherches approfondies sur les traditions afro-vénézuéliennes et se rend à Cuba pour s’initier à la religion de la santeria et aux tambours bata. Ce duo est une performance rare portée par des grands maîtres contemporains. Le duo sera à Lyon, au musée des Confluences le samedi 27 mai prochain. Réservations  conseillées ici.

« L’endroit idéal pour jouer cette musique ». C’est ainsi que le pianiste cubain Omar Sosa a qualifié le théâtre Claude Lévi-Strauss au Musée du Quai Branly. A l’affiche du Festival Sons d’Hiver, il y a présenté son projet en duo avec le percussionniste vénézuélien Gustavo Ovalles le samedi 13 février dernier. Ce théâtre semble en effet tout choisi pour ce concert : on y accède après avoir longé un espace qui expose une pléthore d’instruments de musique du monde.

La soirée qui s’annonçait prometteuse a commencé par des incantations yoruba précédées des rites habituels qu’Omar Sosa accomplit avant chaque concert. Beaucoup de spiritualité en perspective car avec le pianiste cubain, les esprits de la santeria ne sont jamais loin… Les musiciens n’étaient que deux sur scène mais à les écouter, on aurait pu les croire légions. À lui seul, Gustavo Ovalles dirigeait une panoplie impressionnante d’instruments maniés avec une maestria qui laisse pantois : tambours de toutes sortes, cymbales, tubes en bois et en métal, un cousin du berimbau et même de l’eau ! Presque une leçon d’ethnomusicologie… Ajoutez à cela les claviers et le looper d’Omar Sosa – en plus de son piano, bien sûr – vous obtenez des combinaisons détonantes.

Les surprises et les découvertes ont en effet jalonné toute cette soirée. Aux intonations purement afro-caribéennes se mêlaient les sonorités électriques et celles très organiques des instruments employés par Gustavo Ovalles. Les deux acolytes ont quasi fait danser le public sur du montuno et on a même frôlé la transe par moments ! Mais la profusion sonore sait aussi laisser la place aux silences et au dépouillement avec des ballades tout en émotions, du genre qui font frissonner…

Et ce ne serait pas justice d’omettre la personnalité hors norme d’Omar Sosa, à la fois très humble mais aussi flamboyant en action ; dégageant une énergie fantastique (d’autres diront des good vibes). Ce projet rappelle un peu l’excellent duo de Grégory Privat et Sonny Troupé sur la scène jazz afro-caribéenne française. Amenée avec autant d’ouverture, d’innovation et de sensibilité, la formule piano-percussions est décidément une affaire rondement menée. Pour notre part, elle s’est conclue sur des incantations yoruba. On est resté envoûté.

Fara RAKOTOARISOA *

  • Webmaster et rédactrice web en activité, se passionne pour la musique et pus particulièrement le jazz et les(dites) musiques du monde. Cet article a été publié  dans notre revue trimestrielle datée mars-mai 2017, n° 291. Vendue exclusivement par abonnement.
  • Pour le concert, réservations conseillées ici

 

Le cirque Phenix de Cuba en tournée en France… et en Europe

Vivez une expérience unique avec la toute dernière création du Cirque Phénix de Cuba, et embarquez pour 2 heures de dépaysement garanti ! Une tournée unique dans plusieurs villes en France pendant tout le mois de janvier.

Le Cirque Phénix est connu dans le monde entier pour ses superproductions de cirque, des shows spectaculaires conçus pour divertir toutes les générations de spectateurs. Notre objectif depuis toujours est de permettre à tous les membres d’une même famille, du junior au senior, de partager ensemble un vrai moment de fête que nous vous faisons avec Cirka Cuba.

Une troupe de 45 artistes, chanteurs, musiciens, acrobates, voltigeurs, porteurs vous proposeront 12 numéros de haut vol. Un programme sensationnel : contorsion, jonglerie, porté acrobatique, sangles aériennes (du jamais vu ! 2 voltigeuses parfois accrochées par les cheveux), bascule aérienne, barre russe, mâts chinois et une ambiance digne des clubs de salsa de La Havane.

Rencontre avec Alain Pacherie :

Comment vous est venue l’idée d’un cirque cubain ?

Après le succès triomphal de CirkAfrika à travers le monde, je souhaitais présenter un nouveau cirque dit «communautaire» sur le même principe. Montrer le répertoire acrobatique peu connu d’un continent ou d’un pays, tout en mettant l’accent sur la richesse de sa culture. Cuba se prête particulièrement bien à l’exercice. Avec CirkAfrika, nous avons expérimenté la fête africaine dans le monde entier avec le même succès. Nous étions convaincus que Cuba, sur un principe similaire, emporterait l’adhésion. Bien entendu, nous ne pouvions imaginer ce chiffre pharaonique de 260 000 places déjà vendues au moment où je vous parle, six mois avant la première représentation en France.

Comment cette aventure a-t-elle commencé ?

Il y a quatre ans, j’ai commencé à m’intéresser au cirque cubain et à l’influence de la culture cubaine sur les arts de la piste. J’ai constaté que le cirque cubain possédait quelque chose d’unique. Il ne s’agit pas seulement de l’exotisme cher aux touristes du monde entier quand il s’agit de Cuba. On a observé très vite que les numéros, l’ambiance, les ballets, l’orchestre étaient un témoignage authentique de ce que nous vivions en nous promenant à La Havane le soir sur le Malecón. C’est à ce moment-là que j’ai décidé que mon spectacle ne serait pas un hommage au passé ou une vision du futur de Cuba mais bien le reflet de ce que nous y vivons aujourd’hui. Vous savez, j’étais à Cuba pendant la biennale de l’été 2014, j’ai été fasciné par l’émergence de jeunes talents extraordinaires, des peintres, des sculpteurs, des graphistes tous extrêmement jeunes et très doués. J’ai voulu inscrire CirkaCuba dans cette dynamique créative.

Y a-t-il un artiste ou un personnage cubain que vous aimez particulièrement ?

Je ne serai pas très original en citant Celia Cruz qui est probablement la plus grande ambassadrice de la musique cubaine. J’aime aussi dans un registre totalement différent Silvio Rodríguez, que je ne désespère pas de faire venir en France pour une série de concerts. Raúl Paz est un artiste complet qui s’est installé en France en 1996 et qui a donc une connaissance pointue des relations entre nos deux pays. J’ai vraiment beaucoup d’admiration pour lui. Il a signé, je crois, le dernier album de Florent Pagny intitulé Habana. Il y a aussi un Cubain illustre, Severiano de Heredia, qui est incontestablement à l’origine de mon désir de créer ce qui allait devenir CirkaCuba. Ce personnage illustre, né cubain, dont le destin est lié à la France et plus particulièrement à Paris, incarne ce lien d’appartenance dont j’avais besoin. Severiano de Heredia est un personnage politique de la IIIe République. Né à Cuba en 1836 et sujet de l’Espagne jusqu’en 1870, il est mulâtre à peau foncée, d’ascendance esclave. Élu à Paris au XIXe siècle, dans le quartier plutôt bourgeois du XVIIe arrondissement, il est conseiller du quartier des Ternes dès 1873, et devient président du conseil municipal de Paris en 1879, soit maire de Paris. En 1881, il est député de Paris et enfin ministre des Travaux publics en 1887. Severiano est le cousin de l’illustre poète José María de Heredia. On prétend qu’il débarque en France, à la fin de 1844, avec sa mère adoptive et cumule les prix au collège Louis-Legrand. Ses études brillantes et fructueuses le conduiront très tôt à un destin des plus extraordinaires pour un homme de sa condition. Plus tard, il créera les bibliothèques municipales. Sa passion de l’automobile lui conférera une vision écologique avant-gardiste, puisqu’à la fin de sa vie il sera précurseur en matière de voitures électriques. L’histoire de France ne lui a pas rendu l’hommage qu’il aurait pourtant mérité et à travers mon spectacle, je souhaite humblement réparer cette injustice.

Pourquoi CirkaCuba ?

Voilà plusieurs années donc que je travaille avec le ministère de la Culture cubain à la création d’un spectacle. Bien avant la reprise des relations diplomatiques entre les USA et Cuba, j’ai souhaité comme je l’ai fait avec l’Afrique, faire une tournée à travers l’Hexagone et le monde pour montrer l’essence de la culture cubaine à travers le cirque. Le casting s’est déroulé à l’été 2014, et les répétitions se font sur place depuis lors. Nos équipes font des séjours techniques et artistiques à La Havane pour s’assurer du respect de nos prérogatives. Mon objectif est simple ; il n’est pas question ici de présenter le Cuba de demain, mais de retranscrire avec humilité les émotions qui m’ont envahi à la découverte de ce pays magnifique. Pour cela, la culture est un vecteur efficace de connaissance et le cirque possède cette dimension familiale qui permet le partage.

Que va-t-on découvrir dans ce spectacle ?

Ce spectacle célèbre la jubilation, c’est une invitation à la joie. Au croisement de la musique, de la danse, du chant et de numéros de cirque. CirkaCuba est un ensemble moderne et ouvert au monde. Il s’agit d’une invitation à célébrer l’ouverture de cette île richissime aux yeux du monde. Le cirque cubain puise ses origines dans le cirque anciennement soviétique. Après la révolution à l’ère du rapprochement entre Cuba et l’Union soviétique, le cirque de Moscou, reconnu dans le monde entier, a fait son entrée dans le répertoire acrobatique cubain. Aujourd’hui, ce cirque s’est émancipé artistiquement pour se forger une identité structurelle davantage fondée sur ses spécificités actuelles, sa musique, ses danses et son oralité dans la transmission. Si la maîtrise acrobatique est incontestablement inspirée du cirque russe, sa forme contemporaine est davantage tournée vers la culture afro-cubaine. On y trouve également l’influence de la Chine. Cette mixité que l’on retrouve dans la société cubaine confère à ce cirque un goût particulier au point que désormais certains numéros sont inédits dans le répertoire acrobatique international et sont clairement estampillés cubains. Douze numéros de cirque d’envergure composeront ce spectacle, ils seront accompagnés de danseurs, chanteurs et musiciens, pour un ensemble de 50 artistes cubains.

Quel rôle joue la musique dans votre création ?

La musique cubaine a cinq siècles d’histoire et fait partie intégrante du quotidien des Cubains. Aux musiques religieuses et nationales des colons espagnols, se sont mêlés de nouveaux rythmes sous l’influence d’instruments traditionnels importés par les esclaves chinois et africains. En cinq siècles, Cuba a digéré les civilisations les plus diverses, et le métissage a fait le reste pour donner naissance à cette identité dont la musique cubaine est aujourd’hui le symbole. Ce brassage fait qu’on attribue à Cuba une vingtaine de musiques dites traditionnelles, dont l’origine se trouve aux quatre coins du monde. C’est ce que le spectateur découvrira dans CirkaCuba, avec ses 8 musiciens, 8 danseurs, 5 chanteurs solistes, qui accompagneront et illustreront les 12 numéros de cirque.

Vous ferez, dans un premier temps, une grande tournée à travers la France, la Belgique et la Suisse ?

Bien entendu, parce que nous sommes au Cirque Phénix, vous retrouverez tous les codes ayant contribué à notre succès à travers le monde : des décors magnifiques, des costumes somptueux et une tournée partout en France, en Belgique et en Suisse, soignée par des promoteurs, qui ont témoigné leur désir de participer à cette aventure et accueillir le spectacle dans leurs villes. Ainsi CirkaCuba se jouera : à Paris, au Cirque Phénix du 12 novembre 2016 au 15 janvier 2017. En tournée partout en France, Suisse et Belgique du 19 janvier au 19 février 2017. Nous vous attendons nombreux et pour le moment vous pouvez nous suivre sur les réseaux sociaux, Facebook et Twitter pour gagner des places et profiter de contenus exclusifs.

Voir le trailer

Le compositeur chilien Gustavo Becerra joué par Marcelo de la Puebla

C’est une rencontre au sommet exceptionnelle entre l’œuvre du compositeur chilien Gustavo Becerra et Marcelo de la Puebla, lui même fils d’un père chilien et d’une mère danoise, un des plus grands solistes guitaristes classiques de la génération actuelle. Le CD édité par Sonografic réunit des œuvres parmi les plus représentatives de Gustavo Becerra, figure la plus importante du panorama musical chilien d’avant garde de la deuxième moitié du XXe siècle.

Certaines d’entre elles sont dédiées à Marcelo de La Puebla qui a eu le privilège de collaborer avec le compositeur et en a fait des créations mondiales dans des Festivals internationaux. Il est en effet très rare qu’il se produise une telle osmose entre l’écriture musicale et son interprétation qui en restitue l’esprit, l’âme et les vibrations profondes. Cette rencontre au sommet n’est pas un hasard. Autant le compositeur que son interprète, tous les deux Chiliens, se sont nourris des traditions et des sources musicales latino-américaines qui confèrent une originalité particulière au langage musical de l’un et à l’interprétation de l’autre.

Gustavo Becerra Schmidt (né en 1925 à Temuco au Chili) a écrit une partie de son œuvre et a enseigné la musique dans son pays. Plusieurs oeuvres ont été inspirées par les poèmes de son grand ami Pablo Neruda. Ainsi par exemple Macchu Picchu ou La Araucania. Compositeur prolifique, Gustavo Becerra a laissé une œuvre d’une grande variété de formes et d’inspirations qui vont depuis les traditionnelles aux avant-gardistes : des chansons et cantates populaires jusqu’aux concertos pour piano, harpe, flûte et guitare en passant par des œuvres symphoniques, musique de chambre, musique électronique ou musique performative.

Diplomate, Gustavo Becerra a été nommé par le gouvernement de Salvador Allende comme attaché culturel à l’Ambassade du Chili à Bonn. Après le coup d’État de 1973, il a demandé l’asile politique en Allemagne. Il a enseigné la musique à l’Université d’Oldenburg et a continué à composer jusqu’à sa mort en 2010. Son influence directe ou indirecte sur des générations de compositeurs chiliens est considérable. On peut évoquer entre autres : Luis Advis, Sergio Ortega (auteur de El pueblo unido jamas sera vencido), Cirilo Vila, Gabriel Brncic, Herman Ramirez… Son influence s’étend beaucoup plus loin que le cercle de la musique docte. Son œuvre avait une répercussion directe sur le mouvement de la « nouvelle chanson chilienne » et sur la musique populaire.

Si la musique de Becerra est d’habitude assimilée à celle de l’avant-garde,  « son langage moderne » – dit son interprète Marcelo de la Puebla – « n’a rien à voir avec cette modernité cérébrale et aride, fruit des stériles recherches d’innovations et de provocations gratuites si fréquentes dans la musique occidentale. Chez Becerra, la modernité est spontanée, naturelle, lumineuse, dotée d’éléments traditionnels, enracinée dans le langage populaire. Sa modernité ne consiste pas en rupture ni invention qui partent de rien mais se nourrit des formes traditionnelles. Il y a dans sa musique une force tellurique et une énergie débordante avec des passages où la tendresse, l’humour, l’aspect humain, l’émotion, ne sont jamais absents. »

La rencontre de Marcelo de la Puebla, guitariste classique des plus remarquables de la génération actuelle, avec Gustavo Becerra et son œuvre ne pouvait être que prédestinée. Fils du guitariste populaire chilien et d’une pianiste classique danoise, Marcelo de la Puebla fait ses études de musique à la Faculté des Arts de l’Université du Chili. Par ses origines puis l’exil en France et ses multiples voyages, sa sensibilité et son parcours artistique sont nourris d’éléments pluriculturels. Il se passionne pour la musique populaire du Chili et d’autres pays latino américains, apprend à jouer de la harpe, du charango chilien, du guitarron. Puis il complète sa formation en France qu’il achève avec le 1er Prix du Conservatoire National d’Aubervilliers et le Diplôme Supérieur de l’École Nationale de Musique de Paris Alfred Cortot. Collectionneur de Prix prestigieux, il fait des tournées de concerts et donne des classes magistrales en Europe, en Amérique et en Afrique du Nord.

Plusieurs compositeurs lui dédient leurs œuvres. Ainsi Gustavo Becerra et Leo Brouwer, dont il fait des créations mondiales dans des festivals importants et des enregistrements discographiques. Ainsi par exemple, il a créé Les variations sur un thème de Victor Jara de Leo Brouwer à La Havane puis au festival de Upsala en Suède. Il travaille également avec des compositeurs marocains et crée leurs œuvres. Depuis les années 2000, il collabore avec Gustavo Becerra Schmidt qui lui a dédié en 2004 sa Sonate n° 4 que Marcelo de la Puebla a créée en 2005 au Festival de Tijuana au Mexique. Parallèlement à sa carrière internationale, Marcelo de la Puebla est professeur au Conservatoire Professionnel de Musique Cristobal de Morales à Séville où il vit.

Son dernier CD consacré à la musique de Gustavo Becerra offre un petit panorama de ses compositions pour la guitare qui a toujours occupé une place prépondérante dans son œuvre, instrument pour lequel le compositeur a mis en œuvre de nouvelles techniques aux limites de l’interprétation. Plusieurs œuvres sont dédiées à Marcelo de la Puebla. Ainsi le Concerto pour guitare et groupe de percussions et la Quatrième sonate pour guitare. Dans le premier, les instruments de même que la rythmique recréent une ambiance afro-américaine débordante de vitalité, évoquant dans certains mouvements la nature et dans d’autres l’esprit de la musique baroque.

Dans la Quatrième sonate pour guitare, les rythmes de la cueca chilienne recréés dans diverses variantes forment une sorte de cueca « cubiste », se fusionnant avec les sonorités des instruments mapuches. Dans trois chansons, Nana, un poème de Andrés Lopez Candelas, Manos de obreros, un texte de Gabriela Mistral, et  Sudor y latigo, un texte de Nicolas Guillén, il accompagne la grande soprano Carmen Serrano. Seconde sonate pour piano et Divertimento pour guitare et piano enregistré avec le pianiste espagnol Ignacio Torner, complètent le choix des oeuvres du CD. Fin 2016 sort le prochain CD de Marcelo de la Puebla, Fuentes, en hommage aux cultures et spiritualités du monde. Il va réunir des œuvres de Leo Brouwer (Cuba), Joaquin Rodrigo (Espagne), Agustin Barrios Mangoré (Paraguay), Mustafa Aicha Rahmani (Maroc), Nabil Benabdeljalil (Maroc), Ssu-Yu Huang (Chine), Colette Mourey (France), Gerard Drozd (Pologne) et Claude Coudimel (France).

Irène SADOWSKA

À Lyon dimanche 3 juillet, on danse la rumba toute la nuit…

Dans le magnifique théâtre romain de Lyon, le festival Nuits de Fourvière propose un périple musical entre Cuba, Congo et Catalogne, avec Parrita, Faya Tess, Los Angelitos Negros, Antoine “Tato” García… toute une nuit de la rumba ce dimanche 3 juillet à Lyon…

Photo : Nuits de Fourvière

C’est aux rythmes de la rumba que se déroulera en septembre prochain le grand Défilé de la Biennale de la danse, l’un des rendez-vous les plus populaires de la vie culturelle lyonnaise. Pour préparer cette fête, Fourvière accueille une création exclusive, explorant les multiples visages et couleurs d’une musique qui a franchi les frontières et les époques. Née au 19e siècle dans le terreau des rituels afro-cubains, la rumba a essaimé la planète pour se réinventer. On la retrouve dans l’entre-deux-guerres au Congo, où elle composera bientôt la flamboyante bande-son de l’indépendance. Dans les années 1950, elle prospère entre Barcelone et Perpignan, où les Gitans s’imprègnent du son cubano et du mambo pour créer la virevoltante « rumba catalane ».

C’est ce périple à travers l’Histoire et le monde que conte la Nuit de la Rumba, avec quelques détours inattendus (Hongrie, Chine, Inde…) et un foisonnement de chants et de rythmes portés par des solistes de choix comme le Barcelonais Parrita, la Congolaise Faya Tess, le Perpignanais Antoine « Tato » García ou la Cubaine Ludmila Mercerón. Le tout enrobé par un orchestre de cuivres et percussions confié aux mains d’or des arrangeurs cubains Robin Reyes Torres et Ernesto Burgos Osorio (Santiago de Cuba). Au cœur de la soirée, pour parachever la fête, Dominique Hervieu, directrice artistique de la Biennale de la danse, viendra initier le public à la rumba tarentelle qui composera le final très attendu du Défilé de septembre.

On dit fréquemment que la rumba est la danse de l’amour… Les lents mouvements que les danseurs effectuent confèrent à cette danse une sensualité particulière qui ne laisse pas indifférent. L’évolution du couple de danseurs est à rapprocher d’une parade nuptiale du monde animal : la femme aguiche l’homme avant de se dérober au dernier moment tandis que l’homme tente de la séduire en essayant de garder le contrôle…

La rumba prend ses origines dans les danses populaires de l’île de Cuba comme la habanera ou la guajira, dont on peut avoir un aperçu à travers le titre connu « Guantanamera ». Il apparaît que le verbe danser se dit rumbiar dans la tradition cubaine ; ce mot fait référence également par extension à un bal ou toute fête dansante. La première version de la rumba, à la fin des années 1920, est connue sous le nom « rumba-boléro ». C’est une  rumba lente, que les partenaires dansaient alors très proches l’un de l’autre, un peu comme le slow moderne que nous connaissons. La forme actuelle de la rumba, la « rumba cubaine », fit son apparition à la fin des années 40, développée en parallèle par des professeurs de danse aux États-Unis et en Angleterre…

Voir SITE

On y était : Benjamin Biolay aux Nuits de Fourvière ce vendredi 17 juin 2016

A Lyon, sur ses terres, aux Nuits de Fourvière, le chanteur français a, le 17 juin, donné le coup d’envoi live de son dernier album Palermo Hollywood. Un concert puissant et très émotionnel, marqué par un poignant hommage à Hubert Mounier, récemment disparu.

« Je pense que ça va tenir » lâche, un poil flippée, une représentante de Barclay, la maison de disque de Benjamin Biolay. Quelques minutes avant le début du concert, alors qu’on pénètre dans la ceinture somptueuse et rocailleuse de l’amphithéâtre antique des Nuits de Fourvière, quelques gouttes laissent craindre le pire : la pluie pour accueillir la chaleur argentine de Palermo Hollywood, le dernier album de Benjamin Biolay ? Un disque magnifique, inspiré tant par la cumbia argentine que les instrumentaux cinégéniques à la Morricone ou Lalo Schiffrin, et à la fois totalement Biolay. Pour l’adapter sur scène, le Français n’a d’ailleurs pas fait les choses à moitié. Une vingtaine de musiciens l’accompagnent ce soir. Une bonne partie d’entre eux – et notamment la section rythmique – est argentine (on reconnaît Fernando Samalea, batteur culte à Buenos Aires qui jouait déjà sur l’album). Elle est accompagnée d’une section de cordes, violon, violoncelle, contrebasse, menée par un chef d’orchestre.

Cumbia et gestes de boxeur

21 h 30. Le concert s’ouvre sur le thème inaugural et éponyme de Palermo Hollywood, un talk-over morriconnien en diable, une traversée au petit jour dans la capitale argentine, qui donne le ton de l’album. En jean noir, tee shirt noir et gilet de costume, Biolay entre sur scène et arpente la scène avec de grands gestes de boxeur. On sent qu’il cherche son espace, son rythme. « Le jour se lève enfin sur Palermo Hollywood, un trans marche dans la rue, me donne un coude »..., entonne-t-il. La voix est un peu cassée, un peu trop basse, mais le charme magnétique du titre opère, magnifié par les envolées d’une chanteuse lyrique et d’un ténor. Ce soir on le sait d’emblée, le niveau sera haut. Dans ce premier quart d’heure, le chanteur cherche ses marques. Et ne tarde pas à les trouver, boosté par l’accueil ultra chaleureux d’un public lyonnais pourtant réputé difficile et par les invités qui le rejoignent sur scène, comme autant de ponctuation, de poussées de libido. Solaire, en petit blouson de cuir et jupe plissée multicolores, l’Argentine Sofia Wilemi (qui chante deux titres avec BB sur l’album) donne un premier coup d’accélérateur au concert. Teinté de cumbia, ultra romantique, leur duo Miss Miss, un des titres les plus plus tubesques de l’album (une version actuellement remixée par The Shoes l’a propulsé sur les radios) fait onduler le public assis, qui se dandine désormais sur les petits coussins verts qu’on lui a remis à l’entrée. Sur Ressources humaines, titre à l’inspiration plus sociale, sa famille élargie, Chiara Mastroianni et Melvil Poupaud, le rejoignent. Melvil a des fans : des filles hurlent son prénom en apercevant l’acteur s’emparer de la basse. Fin d’une première heure uniquement centrée sur Palermo Hollywood, qui montre la cohérence et la majesté de l’album sur scène et la puissance de certains titres tels que J’ai pas Sommeil, dont Biolay livre une version lyrique et existentielle.

Un hommage à Hubert Mounier

Sur la très riche deuxième heure (le show va durer 2 h 15 et ne cesse de monter en puissance), le chanteur ré-attaque son riche répertoire, alternant entre titres intimes au piano, titres plus rocks et duos plus folk, renversants de grâce avec Chiara Mastroianni. On aura également droit à une version toute argentine du Jardin d’hiver écrit pour Salvador, et à un retour aux origines : seul au piano, Biolay entame les Cerfs volants, la mélodie douce amère qui l’a révélé, il y a une quinzaine d’années. « A mesure que le temps, passe, je mesure le temps qui passe », chante Benjamin sur ce titre auto-référentiel, qui prend plus de densité avec les années. On revoit la petite gueule de Biolay, qui débarquait jeunot et beau gosse dans la chanson française avec de l’ambition, un ton et un premier album déjà captivant, Rose Kennedy. On voit l’homme aujourd’hui, le visage plus buriné, la voix plus grave, regarder ce jeune homme, mesurer le chemin accompli. « C’était mon premier quarante cinq tour, explique Benjamin au public. La maison de disques l’aimait bien, jusqu’à l’arrivée de Marilyn Monroe ». Le titre titre explose en effet, une envolée irrésistible, après un extrait du River of No Return susurré par Marilyn. « Nous étions trois à être pour. Il y avait moi, qui a eu l’idée, Thierry Plannelle (le directeur artistique de Benjamin. NDLR) qui est aussi fou que moi et Hubert Mounier qui m’avait dit de foncer ».  On sait à quel point Biolay a été touché par la disparition du chanteur, compositeur, auteur de BD, également connu sous le nom de Clit Boris et membre de L’affaire Louis Trio. Biolay a fait ses début avec Mounier. À Lyon, dont étaient tous les deux originaires, Biolay choisit de lui rendre hommage en revisitant cinq titres de Mounier, fin mélodiste. « La prochaine on va la faire tous ensemble », lance Biolay à la foule enthousiaste. Il attaque Mobilis in Mobile, une des chansons les plus connues de L’Affaire Louis Trio, et excelle vocalement dans un registre qui parait pourtant bien éloigné du sien.

Chialeries sublimes et solo piano

Plus posée, souvent performée au Piano en solo, la fin du concert achève de mettre tout le monde d’accord. Biolay sort du lourd et envoie les chialeries sublimes : l’incontournable Ton héritage qui file toujours la chair de poule ou encore Négatif, qui invite à réécouter ce qui reste un de ses très beaux albums. Minuit. Les violons entament le thème de la superbe. Façon générique de cinéma récité par Jean-Luc Godard, Benjamin, assis au piano remercie alors un a à un tous les acteurs (musiciens, invités) qui ont permis à ce film personnel, émouvant et superbe de se dérouler sous nos yeux. On quitte l’arène le cœur non pas brisé et endolori, comme il le chante dans J’ai pas Sommeil mais plein de cette chaleur dispensée par un homme qui a le courage, la force et la faiblesse d’être pleinement ce qu’il est.

Géraldine Sarratia

Merci à Géraldine Sarratia (Les Inroks)  pour nous autoriser à reproduire son compte rendu.

Gabriela Barrenechea en concert à la Maison de l’Amérique latine à Paris

Le mardi 3 mai prochain à 19 h, Gabriela Barrenechea se produira en concert à l’occasion du lancement de son nouveau album “Desde mi ventana” à la Maison de l’Amérique latine à Paris.

La France fut d’abord sa terre d’exil et lorsque Gabriela chante Pablo Neruda et Gabriela Mistral, elle affirme avec fierté son appartenance culturelle au Chili où elle est née. Mais Gabriela s’est aussi laissée séduire par Prévert ou Mac Orlan, Barbara ou Pierre Perret. Son répertoire s’est enrichi de chants et de musiques séfarades (Trio Morenica), et la mezzo-soprano, la musicienne est devenue comédienne.

Des chants me suivent depuis très longtemps, depuis mon enfance, ma jeunesse. Des chants anciens. Des chants qui apparaissent autour d’un feu dans le désert, en famille, lors des 80 ans de maman. Je n’avais jamais pensé les enregistrer… Des chants libres qui se perdent dans l’air, dans l’infini du ciel et des étoiles du désert d’Atacama. D’ici, de ma fenêtre, je vois des enfants, des nuages, la mer, celles et ceux qui ont perdu leurs fenêtres, les oubliés. Ce sont mes compositions, mes créations d’aujourd’hui, d’autres fenêtres. Les voilà. Envie de les partager avec vous toutes et tous. Étrange exercice que celui d’avoir dessiné une trace, un enregistrement, de les chanter dans un studio, un lieu fermé, boîte fermée, un carré, ça y est, c’est dans la boîte.” Gabriela Barrenechea.

Pour plus d’informations : Site de la Maison d’Amérique latine.

Les Rolling Stones prennent d’assaut l’Amérique latine avec leur “Latina Ole Tour”

Après  des concerts à Londres, New-York ou encore Paris en 2012, après l’Amérique du Nord et l’Angleterre l’année suivante puis le Japon et l’Australie en 2015, l’Amérique latine est cette année la destination phare de la tournée des Rolling Stones, l’un des plus célèbres groupes de rock anglais composé de Mick Jagger, Keith Richards, Ronnie Wood et Charlie Watts.

En 2016, direction l’Amérique latine pour les Rolling Stones ! La tournée de concerts, nommée Latina Ole Tour, a débuté le 3 février à Santiago, au Chili. Elle s’est ensuite poursuivie par une série de concerts à Buenos Aires dont le premier a célébré les retrouvailles entre le groupe britannique et ses fans argentins, qui les attendaient depuis dix ans déjà. Entre Start Me Up et Out of Control, le leader du groupe Mick Jagger s’est exclamé “Que c’est bon d’être de retour en Argentine.

Le lendemain, ce n’était pas moins de 55 000 spectateurs selon La Nación (1), qui étaient venus répondre à cette déclaration d’amour. Ce deuxième show a largement confirmé la puissance d’un groupe qui célébrait il y a peu ses 50 années d’existence. Les critiques dithyrambiques acclament le jeu de jambes et la voix de Mick Jagger, qui ont gardé toutes leurs fraîcheurs. Keith Richards a aussi eu droit à une ovation de plusieurs minutes sur scène, le guitariste étant très apprécié du public argentin car il aurait été l’un des premiers à se rendre en Argentine en 1992, sans le reste du groupe. Parmi les chansons interprétées ce soir-là, le groupe a repris l’un de ses plus grands succès musicaux, She’s a Rainbow, qu’il n’avait plus interprété sur scène depuis 18 ans.

Une belle manière de marquer le lancement de cette tournée, qui s’est ensuite poursuivie le 13 février dernier, toujours en Argentine. Un concert à également eu lieu à Montevideo, en Uruguay (16 février) avant que le groupe ne parte pour plusieurs jours au Brésil (20 et 24 février et le 2 mars). La première date brésilienne rappelait leur concert mythique de 2002, sur la plage de Copacabana, bien que cette années les 60 000 spectateurs (2) se soient retrouvés à la Maracaña, autre lieu mythique de la ville, sous une pluie torrentielle. Comme pour les précédents concerts en Argentine, ceux du Brésil ont autant enthousiasmés les foules, qui se sont déhanchées jusqu’au bout de la nuit sur Paint it black, Angie et Gimme Shelter.

Ce dimanche, ils étaient à Lima et rejoindront demain Bogotá, pour une performance au stade El Campin. Un long périple pour le groupe qui n’a jamais aussi bien porté son nom… Les pierres qui roulent.

Les Rolling Stones à Cuba

En octobre dernier, Mick Jagger était à Cuba et le bassiste du groupe, Darryl Jones, y a aussi effectué en février 2015 un concert avec son groupe The Dead Daisies. Deux voyages qui avaient donné naissance à de nombreuses rumeurs sur un éventuel concert sur l’île castriste, ce qu’ont finalement confirmé sur leur site officiel les Rolling Stones, le 1er mars dernier. Le 25 mars, le groupe de rock se produira donc lors d’un concert gratuit à La Havane dans le complexe sportif de la ville, Ciudad Deportiva.
C’est la première fois que les Rolling Stones joueront dans ce pays. “Nous avons joué dans de nombreux endroits spéciaux au cours de notre longue carrière, mais ce spectacle à La Havane fera date, pour nous comme pour, nous l’espérons, nos amis à Cuba, déclare le groupe sur son site. De quoi ravir les fans cubains. Si ce concert attire autant l’attention, c’est aussi car il représente l’ouverture du pays, qui se caractérise notamment par le dégel progressif des relations avec les États-Unis d’Amérique. Il suit d’ailleurs de trois jours seulement la visite historique du président américain Barack Obama dans le fief des Castro. La presse internationale n’hésite pas à parler d’un événement sans précédent, qui marque le début d’une nouvelle ère, autant pour qualifier la visite du président que celle du groupe de rock, qui en est la parfaite manifestation.

La renaissance artistique de Cuba

Ce concert illustre la nouvelle ouverture artistique de Cuba. Depuis 2014, de nombreux artistes américains et internationaux ont ainsi effectué des séjours sur l’île, comme par exemple les chanteuses Katy Perry et Rihanna ou encore le guitariste de Sting, Dominic Miller. L’ouverture du pays n’est donc pas qu’une ouverture politique mais aussi une ouverture culturelle, qui laisse peu à peu place à la musique et plus particulièrement au rock, qui était autrefois perçu comme une déviation idéologique, une arme de l’“impérialisme américain. Philippe Manœuvre rappelle qu’“il n’y a pas si longtemps à Cuba on pouvait aller en prison si on écoutait du rock(3).

Aujourd’hui, Cuba semble être devenu “un nouveau territoire, un endroit festif, un endroit où les gens aiment bien la musique toujours selon Philippe Manœuvre. Et c’est donc tout naturellement qu’il prédit que les rockeurs ne vont pas tarder à se précipiter vers ce nouveau territoire vierge, encore à explorer.

Toujours sur leur site, les Stones ont aussi annoncé qu’en marge de leur tournée, ils donneront des instruments aux musiciens cubains pour encourager la création artistique locale. Une action caritative qui s’inscrit dans la continuité des projets portés par la fondation Bon Intenshon. Cette fondation, qui a largement œuvré à la venue des anglais à Cuba, initie et soutient des projets caritatifs internationaux dans les domaines de l’éducation, de l’athlétisme, de l’alphabétisation, de la santé et du tourisme ainsi que d’autres tentatives visant à atténuer l’impact de la pauvreté à Cuba. L’Institut de la musique cubaine a également apporté un soutien à ce projet. Une campagne de don rendue possible grâce à l’aide des marques Gibson, Vic Firth, RS Berkeley, Pearl, Zildjian, Gretsch, Latin Percussion, Roland et Boss. De quoi continuer à faire vivre l’esprit du rock après leur départ.

Victoria PASCUAL

(1) Rolling Stones en la Argentina: tres grandes momentos del segundo show en La Plata, par Dolores Moreno, publié le 11 février 2016 par la Nación.
(2) Avant São Paulo, les Rolling Stones ont mis le feu au Maracanã de Rio, par Corentin Chauvel, publié le 22 février 2016 par Le Petit Journal.
(3) Philippe Manœuvre, interrogé par France Info, 1er mars 2016
Photo : (CC)
Page 1 sur 3123