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Musiques

Une nouvelle scène ouverte pour l’expression musicale et poétique au siège d’Espaces Latinos sur la métropole de Lyon

Afin de faire vivre et animer son siège à la Croix Rousse, les Nouveaux Espaces Latinos lancent, en plus d’une revue et d’une newsletter hebdomadaire, un nouveau concept périodique afin de trouver de nouveaux bénévoles et amis dans un cadre de grande convivialité. Le premier Impromptus est fixé au vendredi 9 février prochain à 19 h 30. Entrée libre.

Après les festivals annuels Belles Latinas (littérature), Documental (documentaires), Bellas Francesas (écrivains français en Amérique latine) et Primavera Latina (dialogues scientifiques et littéraires), notre structure culturelle Nouveaux Espaces Latinos ne s’arrête pas là et se lance, en ce début d’année 2018, dans une folle et nouvelle aventure avec Les Impromptus Latinos ! Oui, vous avez bien entendu, l’idée étant cette fois-ci d’animer et faire vivre un vendredi par mois une manifestation culturelle à notre siège sur les pentes de la Croix Rousse.

La première aura lieu le vendredi 9 février dès 19 h 30 autour de la projection du court-métrage Historia y montage du réalisateur vénézuélien José Ostos. D’une expérimentation musicale, entre littérature et musicalité, avec le pianiste et compositeur brésilien Ewerton Oliveira et la philosophe, écrivaine et artiste Chloé Vidal. Et nous aurons le plaisir d’accueillir la conteuse cubaine Mercedes Alfonso qui sera là pour nous faire voyager et rêver avec des contes en français et espagnol. De belles soirées en perspective, toujours dans le but de mettre en lumière les forces et singularités de la culture latino-américaine. Un deuxième impromptu est prévu pour le vendredi 23 mars dont la programmation vous sera communiquée dans nos différentes newsletters ainsi que sur les réseaux sociaux.

L’idée principale étant surtout de se retrouver, bénévoles et amis, pour partager tous ensemble un moment agréable et convivial. Nous vous attendons nombreux pour lancer cette nouvelle manifestation ! Et aidez-nous à inscrire notre invitation sur vos réseaux sociaux…

Joan COSTE

Nouveaux Espaces Latinos : 4 rue Diderot 69001 Lyon – 04 78 29 82 00

Rencontre autour de l’évolution de la musique bolivienne depuis les années 1960 jusqu’à nos jours à la MAL à Paris

Comme tous les deuxièmes jeudis de chaque mois, de 19 h à 20 h 30, la Tribune de la Musique, des Disques et des Spectacles invite à la Maison de l’Amérique latine à Paris des musiciens, chanteurs, interprètes, compositeurs, ethnomusicologues, danseurs, anthropologues, vidéastes, cinéastes documentaristes à débattre autour des musiques d’Amérique latine, qu’elles soient traditionnelles, populaires et/ou savantes à l’occasion d’une publication récente. Le jeudi 18 janvier prochain à partir de 19 h est organisée une rencontre autour de la musique bolivienne et de son évolution, animée par Oscar Barahona, Nelson Gómez, Francisco González et Michel Plisson, en présence de José Mendoza.

Photo : Tribune de la Musique

« Dans cette première séance de 2018, nous explorerons avec le charanguiste virtuose José Mendoza l’évolution de la musique bolivienne depuis les années 1960 jusqu’à nos jours. José Mendoza est né en 1956 à La Paz (Bolivie). Il commence la pratique musicale à 10 ans avec le trio Los Jairitas et d’autres groupes. À 18 ans, il part en mission culturelle au Venezuela avec le groupe Los De Canata, qui pratique la musique traditionnelle et folklorique, où il restera trois ans. C’est avec un autre groupe qu’il arrive en France en 1978 où il rencontre les guitaristes Gérard Verba et Raoul
Maldonado. Avec eux il crée El Cuarteto Atahualpa, puis plus tard El Cuarteto Agustín Barrios Mangoré. Aujourd’hui, il a rejoint le Trio à Cordes Pincées de Paris. José Mendoza est actuellement professeur de guitare au conservatoire d’Antony. Au cours de ces années, il a été un des acteurs de l’évolution du charango tant en Bolivie qu’à l’extérieur, notamment en créant le premier Festival de Charango à Paris à l’Unesco.

José Mendoza conjuguera dans son intervention son histoire personnelle et celle de la musique bolivienne. Un temps fort sera consacré au phénomène des estudiantinas, orchestres de cordes pincées comprenant parfois un nombre considérable de musiciens, présentes dans toute l’Amérique latine, du Chili au Venezuela et jusqu’au Brésil. Cette formation vient des orchestres à cordes pincées qui existent depuis longtemps dans toute la péninsule ibérique. José Mendoza tient à préciser que le développement de la musique traditionnelle en Bolivie n’aurait pas pu se faire sans le rôle très important de Pepe Ballón, grand intellectuel bolivien, créateur du premier centre culturel à La Paz. »

D’après la Tribune de la Musique, des Disques et des Spectacles
Plus d’informations sur le site de la Maison de l’Amérique latine

Quarante-cinq ans de souvenirs sonores recueillis entre l’Amazonie et la Nouvelle-Calédonie dans « Jouer, danser, boire » de Jean-Michel Beaudet

Le livre est avant tout un parcours d’ethnologue : plus de quarante ans d’expériences ethnographiques – la première date de 1972 – en Amérique du Sud (Amazonie bolivienne, Minas Gerais, Guyane) et en Nouvelle-Calédonie. Dans cet ouvrage d’ethnomusicologie, l’auteur, pour comprendre des sociétés, des pratiques (chasse, chamanisme, guerre, manières de boire, partage sexué des tâches, etc.), prend comme voie d’entrée l’esthétique sonore des gens, la musique mais aussi la danse.

Ce livre est constitué d’un ensemble de brefs récits donnant un éclairage sur la relation ethnographique. Les musiciens, chanteuses, danseurs d’Amazonie et d’Océanie offrent leur propre musicologie, mais tressent aussi avec l’ethnologue des anthropologies renouvelées. On peut donc percevoir dans l’esquisse d’une anthropologie sensuelle et engagée, sonore et mouvementée, des propositions pour une anthropologie du plaisir.

Si le ton est libre, le propos s’inscrit dans une anthropologie de facture classique. Dans la lignée d’un Pierre Clastres, l’auteur observe et analyse la diversité des cultures. Cette ethnologie s’ancre par ailleurs dans l’actualité perturbée des communautés autochtones (infiltration du capitalisme ; intrusion missionnaire). L’ouvrage montre alors qu’il est possible d’étudier, d’une part, des schèmes culturels anciens et, d’autre part, des luttes ou revendications liées aux transformations du présent.

Jean-Michel Beaudet est professeur à l’Université Paris Nanterre où il enseigne l’anthropologie de la musique et de la danse. Spécialiste des musiques et danses d’Amazonie, il a séjourné longtemps dans des villages amérindiens au Brésil, en Bolivie et en Guyane. Il a publié Souffles d’Amazonie (Société d’ethnologie, 1997), Nous danserons jusqu’à l’aube (avec Jacky Pawe, CTHS, 2010), Parikwene agigniman. Une présentation de la musique parikwene (palikur) (avec Pival, Berchel Labonté et Ady Norino, Ibis Rouge, 2013). Il a réalisé en collaboration deux films documentaires (Tapaya. Une fête en Amazonie bolivienne, 2001 et Les trucs que grand-mère a fait, 2007).

Jouer, danser, boire – Carnet d’ethonographies musicales par Jean-Michel Beaudet aux éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris, 195 p., 22 €.

Yamandu Costa, guitariste brésilien, était au festival « Les Guitares » de Villeurbanne : portrait musical d’un virtuose

Du 22 novembre au 8 décembre, l’édition 2017 du festival « Les Guitares » de Villeurbanne propose un tour du monde musical sur quatorze scènes régionales, à travers une vingtaine de concerts. Le concert du compositeur et guitariste virtuose brésilien Yamandu Costa, le soir du 1er décembre, à l’Espace Tonkin de Villeurbanne, était l’un des moments clés de cette manifestation.

Photo : Yamandu Costa/Monica Imbuzeiro

À 37 ans (il est né en 1980 dans le Rio Grande do Sul, État brésilien frontalier avec l’Argentine et l’Uruguay), il est maintenant le plus prestigieux guitariste vivant de son pays, prenant le relai de l’extraordinaire Rafaële Rabello mort prématurément à 33 ans en avril 1995. Son répertoire mêle la tradition musicale brésilienne – le choro bien sûr mais aussi le xote ou le samba – à des rythmes plus traditionnels du Cône Sud mais présent aussi dans la culture « gaùcha » du Rio Grande do Sul comme le tango, la milonga, la zamba ou le Chamamé, cela avec la virtuosité des traditions érudites ou folkloriques latino-américaine ou hispanique.

Les pièces interprétées lors de cette tournée internationale sont soit des compositions originales, soit des morceaux célèbres comme Choclo d’Angel G. Villoldo ou Libertango d’Astor Piazzola (repris avec beaucoup de gentillesse à la faveur d’un second rappel) délicieusement arrangés pour en exprimer toutes les dimensions mélodiques et harmoniques.

Enfin, bien qu’il soit seul, muni d’une petite guitare acoustique à sept cordes, Yamandu Costa occupe tout l’espace sonore et visuel. Sonore car en fermant les yeux, on a le sentiment d’écouter une formation de deux ou trois interprètes. Visuel car si c’est de la guitare – et parfois aussi de sa bouche lorsqu’il fredonne les mélodies à l’unisson avec son instrument – que sortent les notes, c’est avec tout son corps que Yamandu exprime cette musique, à la manière des bluesmen du Mississipi ou des organistes de Gospel. Quant à la qualité du son, elle est irréprochable grâce au savoir faire de l’équipe technique, ce qui à Lyon n’est pas donné.

En bref, ne manquez pas les prochains concerts de Yamandu, quitte à traverser l’Atlantique pour cela et en attendant, écouter les enregistrements en solo, avec le regretté clarinettiste Paulo Maura, ou avec le « sanfoneiro » (la « sanfona » est l’accordéon brésilien du Nordeste) Dominiguinhos.

Monique FLEURET et Alain SAND

Daniel Viglietti, figure de la chanson contestataire latino-américaine, est décédé le 30 octobre dernier

Daniel Viglietti est décédé le 30 octobre 2017. Figure de la « chanson contestataire » (canción de protesta) des années 60 et 70, il préférait néanmoins, au terme « protesta« , celui de « propuesta » (proposition). Né à Montevideo en 1939, Viglietti est sans doute l’un des artistes uruguayens les plus connus en Amérique latine et dans le monde. Musicien de talent, il a fait partie dans les années 60-70 du Núcleo de Música Nueva, un creuset d’expérimentation dans lequel se sont distingués deux grandes figures de la musique contemporaine uruguayenne, Coriún Aharonian et Graciela Paraskevaídis (également tous deux décédés en 2017).

Photo : RTBF.com

À ses débuts, Daniel Viglietti a collaboré avec l’écrivain uruguayen Juan Capagorry, en mettant en musique plusieurs de ses textes dans son disque Hombres de nuestra tierra, un hommage aux hommes très modestes de la campagne uruguayenne et à leurs métiers parfois méprisés : l’accordéoniste, le coupeur de canne, le « pión pa’todo » (l’ouvrier agricole et « homme à tout faire », sieteoficios (« sept-métiers ») comme on l’appelait)…

Il met également en musique l’œuvre de nombreux poètes, comme Rafael Alberti, Coplas de Juan Panadero, Nicolás Guillén, Me matan si no trabajo, puis César Vallejo, Masa ou encore l’Uruguayen Wáshington Benavídez (décédé aussi en 2017, année terrible pour la culture uruguayenne). Le poème de ce dernier, Yo no soy de por aquí, Je ne suis pas de ces contrées, est un bijou de sensibilité et d’humanisme dans l’adaptation de Viglietti.

La crise politique, économique et sociale des années 60 le trouve du côté de la gauche révolutionnaire ; beaucoup de ses chansons deviennent alors de véritables hymnes. Tel est le cas de A desalambrar (Enlevons les barbelés, chant pour la réforme agraire qui a été repris par de nombreux artistes, dont Víctor Jara), El Chueco Maciel (chanson dédiée à un jeune des bidonvilles de Montevideo qui fait des braquages mais partage le butin dans son quartier, et qui sera abattu par la police en 1971) ; ou encore Canción para mi América, qui met en avant la nécessaire solidarité avec les peuples indigènes du sous-continent, et chante une Amérique métisse dans le sillon du poète et révolutionnaire cubain José Martí. Ses engagements avec les luttes de libération et anti-impérialistes de ces années-là apparaissent dans nombre de ses chansons : Croix de lumière (hommage au prêtre colombien Camilo Torres, qui rejoint l’ELN et meurt en combat), Chanson de l’Homme Nouveau (inspirée par la figure du Che à qui il consacrera plus tard une autre chanson, Che por si Ernesto, La chanson de Pablo, Jeune fille (Muchacha) et Je ne dis que camarades (Solo digo compañeros) – trois chansons qui, parmi d’autres, marquent sa proximité avec la guérilla des Tupamaros.

Son engagement auprès de la révolution cubaine reste également très fort ; pour preuve, son disque Tropiques (1973), avec des chansons des musiciens de la Nueva Trova Cubana sur une des faces (Silvio Rodríguez, Pablo Milanés et Noel Nicola, jeunes musiciens très peu connus à l’époque) et des chansons brésiliennes (notamment de son « compère » Chico Buarque) sur l’autre face, traduites par Viglietti lui-même.

Après avoir été arrêté en 1972 sous le gouvernement autoritaire de Juan María Bordaberry, une campagne internationale (à laquelle participèrent Jean-Paul. Sartre, François Mitterrand, Julio Cortázar, Oscar Niemeyer et beaucoup d’autres) force le gouvernement uruguayen à le relâcher. C’est le temps de l’exil qui commence, et qui se prolongera de 1973 à 1984, essentiellement en France. Pendant ces années-là, il participe à d’innombrables actions pour dénoncer la dictature, les tortures et les disparitions : son spectacle À deux voix (A dos voces) avec Mario Benedetti a circulé à travers le monde hispanique, donnant lieu à plusieurs enregistrements et à un ouvrage en Espagne aux éditions Visor. Dans ce spectacle, les chansons de l’un et les poèmes de l’autre s’entretissent, établissant ainsi une alchimie qui donne aux textes une grande puissance et met en avant les points de contact entre ces deux artistes.

Proche d’artistes comme l’Argentin Atahualpa Yupanqui, les Chiliens Víctor Jara et Violeta Parra, les Espagnols Joan Manuel Serrat et Paco Ibáñez, la Vénézuélienne Soledad Bravo et bien d’autres, ses engagements politiques sont restés forts, que ce soit auprès de la révolution cubaine toujours proche de son cœur, puis dans les années 80 de la révolution sandiniste, Déclaration d’amour au Nicaragua, et plus tard du mouvement neo-zapatiste Chiapaneca, de la révolution bolivarienne de Hugo Chávez, de Evo Morales en Bolivie, etc.

Depuis la fin de la dictature et son retour en Uruguay, il s’est battu sans relâche pour la cause des disparus ; en témoigne sa mise en musique de Otra voz canta (Une autre voix chante , de la poète uruguayenne Circe Maia), ou sa chanson Tiza y bastón, La craie et la canne, dédiée à deux femmes : Elena Quinteros et sa mère « Tota ». Elena, institutrice et militante anarchiste, avait été arrêtée et torturée en 1976 ; elle réussit à s’échapper et à trouver refuge dans l’Ambassade du Venezuela mais les militaires feront irruption dans les jardins de l’Ambassade et elle sera à nouveau séquestrée et portée disparue depuis. Quant à sa mère, institutrice elle aussi, elle n’a pas cessé de se battre pour la vérité autour de la disparition de sa fille et des autres détenus-disparus de la dictature uruguayennne.

Si la dimension politique de sa vie et de ses chansons, très forte, est présente tout au long de sa carrière, Viglietti restera aussi dans la mémoire collective à travers des chansons comme Gurisito (Petit enfant), Anaclara (magnifique déclaration d’amour à une jeune résistante) ou Por ellos canto (C’est pour eux que je chante), une chanson qui est une profession de foi mais aussi un condensé de ses doutes, ses peurs, ses (dés)espoirs : une chanson dans laquelle le silence trouve toute sa place. Esdrújulo, son disque sans doute le plus intime, rend hommage aux poètes qu’il admire comme le César Vallejo de Trilce, son ami Juan Gelman ou encore la créatrice qu’il a toujours admiré et chanté, Violeta Parra. En s’attachant aux mots « esdrújulos » (mots proparoxytons, c’est-à-dire accentués sur l’antépénultième syllabe), ces mots si « rares » en espagnol, Viglietti se place dans les marges, revendique sa différence (comme la Violeta Parra de la Mazúrquica modérnica), fait l’éloge de celui qui, attaché au collectif, au nous, ne renie pas pour autant le je et la recherche de son propre chemin. Esdrújulo rend compte de la maturité musicale et surtout poétique de Viglietti, qui rend à la chanson – si besoin était – toutes ses lettres de noblesse.

Viglietti n’a pas été simplement un artiste, il a été aussi un homme de radio (à travers son émission Tímpano et de télévision), un passionné de musiques (grand admirateur de Brel et e Barbara), de cinéma (fan de Casavettes, de Kurosawa, de Woody Allen…), de littérature et de création en général. Sa voix était juste dans tous les sens du terme : parce qu’il faisait attention à ses cordes vocales plus qu’à toute autre chose (il portait toujours un foulard ou une écharpe, se méfiant du vent montevidéen), dans un souci de professionnalisme jamais démenti ; parce que les causes qu’il défendait étaient justes et surtout parce qu’il faisait son travail avec des mots justes, à la fois précis et poétiques. Cette voix continuera de résonner parmi nous, et j’invite les amoureux de la musique latino-américaine à écouter un de ses derniers concerts, à l’occasion du Festival AntelFest à Piripolis. L’Uruguay lui a rendu hommage le 31 octobre : ses restes ont été inhumés au Théâtre Solís de Montevideo et beaucoup d’artistes, toutes générations confondues, lui ont rendu hommage.

Raúl CAPLAN

Toutes les chansons mentionnées : youtube.com

Concert de musiques afro-colombiennes : le groupe Nilamayé à l’AmphiOpéra de Lyon le samedi 7 octobre dès 18 h 30

Nilamayé s’inspire des musiques locales et régionales colombiennes. Il tente de saisir et de s’imprégner des langages musicaux des différentes régions, pour proposer une lecture contemporaine de la tradition dans une forme concert.

Photo : Opéra de Lyon

Les canciones de boga interprétées a capella, le format de tambours traditionnels de la côte atlantique et le conjunto de marimba, accompagnés par la diffusion des paysages sonores des régions dont ce répertoire est issu, tout cela cherche à vous faire ressentir  tant la beauté sonore  que l’accablante impression de ces étranges régions tropicales où se trouve suspendue la rationalité (Wade 2000).

La Colombie est bordée au nord par la mer Caraïbe et à l’ouest par l’océan Pacifique. Elle est frontalière à l’est avec le Venezuela et le Brésil, au sud avec le Pérou et l’Équateur et au nord- ouest avec le Panama. Selon les sciences humaines et sociales, le territoire colombien a été divisé en différentes régions : L’Andine, la Plaine (Llanera), l’Insulaire, la région Caraïbe ou Atlantique et la région Pacifique. Ces divisions se sont modifiées au fil des années et se sont constituées à partir de la ressemblance des traits caractéristiques partagés par les habitants de ces régions ainsi que par des choix politiques. La diversité géographique, économique et culturelle de ces régions a dessiné les traits distinctifs de la musique colombienne. Ainsi, les traditions musicales locales et régionales ont servi de point de départ pour la fabrication de la musique urbaine et populaire, nationale et internationale qui a vu le jour au cours du XXe siècle (Ochoa 2003).

Ce spectacle ne cherche pas à donner un fragment pur ou figé de la Colombie. Il ne cherche pas non plus à présenter les « véritables et authentiques » musiques afro- colombiennes. Nilamayé, formé par une Française et des Colombiens venus de Santa Marta, Guapi, El Cabuyal et Bogotá vivant en France, cherche à proposer une lecture esthétique de ce qui nous est historiquement présentée comme une tradition. Les musiques bougent, elles ont toujours bougé. Les musiques changent, elles ont toujours changé. Elles font changer aussi. L’art est dynamique, la dynamique d’une existence collective que Nilamayé vous propose en partage.

Nilamayé, le samedi 7 octobre à l’AmphiOpéra de Lyon – Réservations ici

Juana Molina, la chanteuse argentine qui fait un tabac en France

Juana Molina est la fille du chanteur de tango Horacio Molina et de l’actrice et mannequin Chunchuna Villafañe. À six ans, elle commence à apprendre la guitare avec son père. En 1976, sa mère part en France, elle reste en Argentine avec son père, ensuite elle part en Espagne en 1977 puis en France où elle reste jusqu’en 1980.

photo: service de presse de Juana Molina

Juana Molina commence sa carrière en Argentine en 1988 comme comédienne dans l’émission de télévision La Noticia Rebelde. Elle a joué des rôles importants et a gagné en notoriété avec Antonio Gasalla dans la comédie de télévision El Palacio de la risa. Ses expériences lui ont permis d’avoir sa propre émission télévisée, Juana y sus hermanas (Juana et ses sœurs), qui a un certain succès. En 1996 elle décide de laisser de côté le théâtre et commence à chanter. Elle chante ses propres paroles, accompagnée par une guitare acoustique et des claviers, musique qu’elle qualifie d’électro-folk.

Elle produit elle-même son premier album, Rara. Dans ses concerts, elle utilise des pédales pour créer des boucles sonores. Après la parution de ses deux albums suivants (Segundo et Tres Cosas) sur le prestigieux label anglais Domino, elle est adoptée par la scène électronique/folk. L’album Tres Cosas figure dans la liste des 10 meilleurs albums de l’année selon le New York Times. Elle tourne beaucoup, surtout aux USA (notamment avec David Byrne) et au Japon, mais également en Europe. Sa musique comporte bien des éléments électroniques et folk, mais elle est unique et sans équivalent. Les médias l’ont comparée à Björk ou à Beth Orton mais, comme l’écrit le New York Times, « Juana Molina n’imite personne, elle s’amuse beaucoup trop en étant simplement elle-même ».

En 2011, Juana Molina participe au projet collectif Congotronics vs Rockers ; elle y collabore avec Konono N°1, Kasai Allstars, Deerhoof, Wildbirds & Peacedrums et Matt Mehlan (Skeletons). En octobre 2013 paraît Wed 21, son premier album depuis 2008, qui est acclamé par la presse. Le premier single extrait de l’album Wed est Eras, illustré par une vidéo qui a été diffusée par Pitchfork le lendemain de Halloween 2013.

Voir Les Inrock

Omar Sosa et Gustavo Ovalles, là où dialoguent les musiques… au musée des Confluences de Lyon le samedi 27 mai prochain

Compositeur, arrangeur, producteur, pianiste, percussionniste et leader de groupe, Omar Sosa fusionne un large éventail de word music et électronique avec ses racines afro-cubaines. Après le conservatoire de Caracas, Gustavo Ovalles poursuit des recherches approfondies sur les traditions afro-vénézuéliennes et se rend à Cuba pour s’initier à la religion de la santeria et aux tambours bata. Ce duo est une performance rare portée par des grands maîtres contemporains. Le duo sera à Lyon, au musée des Confluences le samedi 27 mai prochain. Réservations  conseillées ici.

« L’endroit idéal pour jouer cette musique ». C’est ainsi que le pianiste cubain Omar Sosa a qualifié le théâtre Claude Lévi-Strauss au Musée du Quai Branly. A l’affiche du Festival Sons d’Hiver, il y a présenté son projet en duo avec le percussionniste vénézuélien Gustavo Ovalles le samedi 13 février dernier. Ce théâtre semble en effet tout choisi pour ce concert : on y accède après avoir longé un espace qui expose une pléthore d’instruments de musique du monde.

La soirée qui s’annonçait prometteuse a commencé par des incantations yoruba précédées des rites habituels qu’Omar Sosa accomplit avant chaque concert. Beaucoup de spiritualité en perspective car avec le pianiste cubain, les esprits de la santeria ne sont jamais loin… Les musiciens n’étaient que deux sur scène mais à les écouter, on aurait pu les croire légions. À lui seul, Gustavo Ovalles dirigeait une panoplie impressionnante d’instruments maniés avec une maestria qui laisse pantois : tambours de toutes sortes, cymbales, tubes en bois et en métal, un cousin du berimbau et même de l’eau ! Presque une leçon d’ethnomusicologie… Ajoutez à cela les claviers et le looper d’Omar Sosa – en plus de son piano, bien sûr – vous obtenez des combinaisons détonantes.

Les surprises et les découvertes ont en effet jalonné toute cette soirée. Aux intonations purement afro-caribéennes se mêlaient les sonorités électriques et celles très organiques des instruments employés par Gustavo Ovalles. Les deux acolytes ont quasi fait danser le public sur du montuno et on a même frôlé la transe par moments ! Mais la profusion sonore sait aussi laisser la place aux silences et au dépouillement avec des ballades tout en émotions, du genre qui font frissonner…

Et ce ne serait pas justice d’omettre la personnalité hors norme d’Omar Sosa, à la fois très humble mais aussi flamboyant en action ; dégageant une énergie fantastique (d’autres diront des good vibes). Ce projet rappelle un peu l’excellent duo de Grégory Privat et Sonny Troupé sur la scène jazz afro-caribéenne française. Amenée avec autant d’ouverture, d’innovation et de sensibilité, la formule piano-percussions est décidément une affaire rondement menée. Pour notre part, elle s’est conclue sur des incantations yoruba. On est resté envoûté.

Fara RAKOTOARISOA *

  • Webmaster et rédactrice web en activité, se passionne pour la musique et pus particulièrement le jazz et les(dites) musiques du monde. Cet article a été publié  dans notre revue trimestrielle datée mars-mai 2017, n° 291. Vendue exclusivement par abonnement.
  • Pour le concert, réservations conseillées ici

 

Le cirque Phenix de Cuba en tournée en France… et en Europe

Vivez une expérience unique avec la toute dernière création du Cirque Phénix de Cuba, et embarquez pour 2 heures de dépaysement garanti ! Une tournée unique dans plusieurs villes en France pendant tout le mois de janvier.

Le Cirque Phénix est connu dans le monde entier pour ses superproductions de cirque, des shows spectaculaires conçus pour divertir toutes les générations de spectateurs. Notre objectif depuis toujours est de permettre à tous les membres d’une même famille, du junior au senior, de partager ensemble un vrai moment de fête que nous vous faisons avec Cirka Cuba.

Une troupe de 45 artistes, chanteurs, musiciens, acrobates, voltigeurs, porteurs vous proposeront 12 numéros de haut vol. Un programme sensationnel : contorsion, jonglerie, porté acrobatique, sangles aériennes (du jamais vu ! 2 voltigeuses parfois accrochées par les cheveux), bascule aérienne, barre russe, mâts chinois et une ambiance digne des clubs de salsa de La Havane.

Rencontre avec Alain Pacherie :

Comment vous est venue l’idée d’un cirque cubain ?

Après le succès triomphal de CirkAfrika à travers le monde, je souhaitais présenter un nouveau cirque dit «communautaire» sur le même principe. Montrer le répertoire acrobatique peu connu d’un continent ou d’un pays, tout en mettant l’accent sur la richesse de sa culture. Cuba se prête particulièrement bien à l’exercice. Avec CirkAfrika, nous avons expérimenté la fête africaine dans le monde entier avec le même succès. Nous étions convaincus que Cuba, sur un principe similaire, emporterait l’adhésion. Bien entendu, nous ne pouvions imaginer ce chiffre pharaonique de 260 000 places déjà vendues au moment où je vous parle, six mois avant la première représentation en France.

Comment cette aventure a-t-elle commencé ?

Il y a quatre ans, j’ai commencé à m’intéresser au cirque cubain et à l’influence de la culture cubaine sur les arts de la piste. J’ai constaté que le cirque cubain possédait quelque chose d’unique. Il ne s’agit pas seulement de l’exotisme cher aux touristes du monde entier quand il s’agit de Cuba. On a observé très vite que les numéros, l’ambiance, les ballets, l’orchestre étaient un témoignage authentique de ce que nous vivions en nous promenant à La Havane le soir sur le Malecón. C’est à ce moment-là que j’ai décidé que mon spectacle ne serait pas un hommage au passé ou une vision du futur de Cuba mais bien le reflet de ce que nous y vivons aujourd’hui. Vous savez, j’étais à Cuba pendant la biennale de l’été 2014, j’ai été fasciné par l’émergence de jeunes talents extraordinaires, des peintres, des sculpteurs, des graphistes tous extrêmement jeunes et très doués. J’ai voulu inscrire CirkaCuba dans cette dynamique créative.

Y a-t-il un artiste ou un personnage cubain que vous aimez particulièrement ?

Je ne serai pas très original en citant Celia Cruz qui est probablement la plus grande ambassadrice de la musique cubaine. J’aime aussi dans un registre totalement différent Silvio Rodríguez, que je ne désespère pas de faire venir en France pour une série de concerts. Raúl Paz est un artiste complet qui s’est installé en France en 1996 et qui a donc une connaissance pointue des relations entre nos deux pays. J’ai vraiment beaucoup d’admiration pour lui. Il a signé, je crois, le dernier album de Florent Pagny intitulé Habana. Il y a aussi un Cubain illustre, Severiano de Heredia, qui est incontestablement à l’origine de mon désir de créer ce qui allait devenir CirkaCuba. Ce personnage illustre, né cubain, dont le destin est lié à la France et plus particulièrement à Paris, incarne ce lien d’appartenance dont j’avais besoin. Severiano de Heredia est un personnage politique de la IIIe République. Né à Cuba en 1836 et sujet de l’Espagne jusqu’en 1870, il est mulâtre à peau foncée, d’ascendance esclave. Élu à Paris au XIXe siècle, dans le quartier plutôt bourgeois du XVIIe arrondissement, il est conseiller du quartier des Ternes dès 1873, et devient président du conseil municipal de Paris en 1879, soit maire de Paris. En 1881, il est député de Paris et enfin ministre des Travaux publics en 1887. Severiano est le cousin de l’illustre poète José María de Heredia. On prétend qu’il débarque en France, à la fin de 1844, avec sa mère adoptive et cumule les prix au collège Louis-Legrand. Ses études brillantes et fructueuses le conduiront très tôt à un destin des plus extraordinaires pour un homme de sa condition. Plus tard, il créera les bibliothèques municipales. Sa passion de l’automobile lui conférera une vision écologique avant-gardiste, puisqu’à la fin de sa vie il sera précurseur en matière de voitures électriques. L’histoire de France ne lui a pas rendu l’hommage qu’il aurait pourtant mérité et à travers mon spectacle, je souhaite humblement réparer cette injustice.

Pourquoi CirkaCuba ?

Voilà plusieurs années donc que je travaille avec le ministère de la Culture cubain à la création d’un spectacle. Bien avant la reprise des relations diplomatiques entre les USA et Cuba, j’ai souhaité comme je l’ai fait avec l’Afrique, faire une tournée à travers l’Hexagone et le monde pour montrer l’essence de la culture cubaine à travers le cirque. Le casting s’est déroulé à l’été 2014, et les répétitions se font sur place depuis lors. Nos équipes font des séjours techniques et artistiques à La Havane pour s’assurer du respect de nos prérogatives. Mon objectif est simple ; il n’est pas question ici de présenter le Cuba de demain, mais de retranscrire avec humilité les émotions qui m’ont envahi à la découverte de ce pays magnifique. Pour cela, la culture est un vecteur efficace de connaissance et le cirque possède cette dimension familiale qui permet le partage.

Que va-t-on découvrir dans ce spectacle ?

Ce spectacle célèbre la jubilation, c’est une invitation à la joie. Au croisement de la musique, de la danse, du chant et de numéros de cirque. CirkaCuba est un ensemble moderne et ouvert au monde. Il s’agit d’une invitation à célébrer l’ouverture de cette île richissime aux yeux du monde. Le cirque cubain puise ses origines dans le cirque anciennement soviétique. Après la révolution à l’ère du rapprochement entre Cuba et l’Union soviétique, le cirque de Moscou, reconnu dans le monde entier, a fait son entrée dans le répertoire acrobatique cubain. Aujourd’hui, ce cirque s’est émancipé artistiquement pour se forger une identité structurelle davantage fondée sur ses spécificités actuelles, sa musique, ses danses et son oralité dans la transmission. Si la maîtrise acrobatique est incontestablement inspirée du cirque russe, sa forme contemporaine est davantage tournée vers la culture afro-cubaine. On y trouve également l’influence de la Chine. Cette mixité que l’on retrouve dans la société cubaine confère à ce cirque un goût particulier au point que désormais certains numéros sont inédits dans le répertoire acrobatique international et sont clairement estampillés cubains. Douze numéros de cirque d’envergure composeront ce spectacle, ils seront accompagnés de danseurs, chanteurs et musiciens, pour un ensemble de 50 artistes cubains.

Quel rôle joue la musique dans votre création ?

La musique cubaine a cinq siècles d’histoire et fait partie intégrante du quotidien des Cubains. Aux musiques religieuses et nationales des colons espagnols, se sont mêlés de nouveaux rythmes sous l’influence d’instruments traditionnels importés par les esclaves chinois et africains. En cinq siècles, Cuba a digéré les civilisations les plus diverses, et le métissage a fait le reste pour donner naissance à cette identité dont la musique cubaine est aujourd’hui le symbole. Ce brassage fait qu’on attribue à Cuba une vingtaine de musiques dites traditionnelles, dont l’origine se trouve aux quatre coins du monde. C’est ce que le spectateur découvrira dans CirkaCuba, avec ses 8 musiciens, 8 danseurs, 5 chanteurs solistes, qui accompagneront et illustreront les 12 numéros de cirque.

Vous ferez, dans un premier temps, une grande tournée à travers la France, la Belgique et la Suisse ?

Bien entendu, parce que nous sommes au Cirque Phénix, vous retrouverez tous les codes ayant contribué à notre succès à travers le monde : des décors magnifiques, des costumes somptueux et une tournée partout en France, en Belgique et en Suisse, soignée par des promoteurs, qui ont témoigné leur désir de participer à cette aventure et accueillir le spectacle dans leurs villes. Ainsi CirkaCuba se jouera : à Paris, au Cirque Phénix du 12 novembre 2016 au 15 janvier 2017. En tournée partout en France, Suisse et Belgique du 19 janvier au 19 février 2017. Nous vous attendons nombreux et pour le moment vous pouvez nous suivre sur les réseaux sociaux, Facebook et Twitter pour gagner des places et profiter de contenus exclusifs.

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Le compositeur chilien Gustavo Becerra joué par Marcelo de la Puebla

C’est une rencontre au sommet exceptionnelle entre l’œuvre du compositeur chilien Gustavo Becerra et Marcelo de la Puebla, lui même fils d’un père chilien et d’une mère danoise, un des plus grands solistes guitaristes classiques de la génération actuelle. Le CD édité par Sonografic réunit des œuvres parmi les plus représentatives de Gustavo Becerra, figure la plus importante du panorama musical chilien d’avant garde de la deuxième moitié du XXe siècle.

Certaines d’entre elles sont dédiées à Marcelo de La Puebla qui a eu le privilège de collaborer avec le compositeur et en a fait des créations mondiales dans des Festivals internationaux. Il est en effet très rare qu’il se produise une telle osmose entre l’écriture musicale et son interprétation qui en restitue l’esprit, l’âme et les vibrations profondes. Cette rencontre au sommet n’est pas un hasard. Autant le compositeur que son interprète, tous les deux Chiliens, se sont nourris des traditions et des sources musicales latino-américaines qui confèrent une originalité particulière au langage musical de l’un et à l’interprétation de l’autre.

Gustavo Becerra Schmidt (né en 1925 à Temuco au Chili) a écrit une partie de son œuvre et a enseigné la musique dans son pays. Plusieurs oeuvres ont été inspirées par les poèmes de son grand ami Pablo Neruda. Ainsi par exemple Macchu Picchu ou La Araucania. Compositeur prolifique, Gustavo Becerra a laissé une œuvre d’une grande variété de formes et d’inspirations qui vont depuis les traditionnelles aux avant-gardistes : des chansons et cantates populaires jusqu’aux concertos pour piano, harpe, flûte et guitare en passant par des œuvres symphoniques, musique de chambre, musique électronique ou musique performative.

Diplomate, Gustavo Becerra a été nommé par le gouvernement de Salvador Allende comme attaché culturel à l’Ambassade du Chili à Bonn. Après le coup d’État de 1973, il a demandé l’asile politique en Allemagne. Il a enseigné la musique à l’Université d’Oldenburg et a continué à composer jusqu’à sa mort en 2010. Son influence directe ou indirecte sur des générations de compositeurs chiliens est considérable. On peut évoquer entre autres : Luis Advis, Sergio Ortega (auteur de El pueblo unido jamas sera vencido), Cirilo Vila, Gabriel Brncic, Herman Ramirez… Son influence s’étend beaucoup plus loin que le cercle de la musique docte. Son œuvre avait une répercussion directe sur le mouvement de la « nouvelle chanson chilienne » et sur la musique populaire.

Si la musique de Becerra est d’habitude assimilée à celle de l’avant-garde,  « son langage moderne » – dit son interprète Marcelo de la Puebla – « n’a rien à voir avec cette modernité cérébrale et aride, fruit des stériles recherches d’innovations et de provocations gratuites si fréquentes dans la musique occidentale. Chez Becerra, la modernité est spontanée, naturelle, lumineuse, dotée d’éléments traditionnels, enracinée dans le langage populaire. Sa modernité ne consiste pas en rupture ni invention qui partent de rien mais se nourrit des formes traditionnelles. Il y a dans sa musique une force tellurique et une énergie débordante avec des passages où la tendresse, l’humour, l’aspect humain, l’émotion, ne sont jamais absents. »

La rencontre de Marcelo de la Puebla, guitariste classique des plus remarquables de la génération actuelle, avec Gustavo Becerra et son œuvre ne pouvait être que prédestinée. Fils du guitariste populaire chilien et d’une pianiste classique danoise, Marcelo de la Puebla fait ses études de musique à la Faculté des Arts de l’Université du Chili. Par ses origines puis l’exil en France et ses multiples voyages, sa sensibilité et son parcours artistique sont nourris d’éléments pluriculturels. Il se passionne pour la musique populaire du Chili et d’autres pays latino américains, apprend à jouer de la harpe, du charango chilien, du guitarron. Puis il complète sa formation en France qu’il achève avec le 1er Prix du Conservatoire National d’Aubervilliers et le Diplôme Supérieur de l’École Nationale de Musique de Paris Alfred Cortot. Collectionneur de Prix prestigieux, il fait des tournées de concerts et donne des classes magistrales en Europe, en Amérique et en Afrique du Nord.

Plusieurs compositeurs lui dédient leurs œuvres. Ainsi Gustavo Becerra et Leo Brouwer, dont il fait des créations mondiales dans des festivals importants et des enregistrements discographiques. Ainsi par exemple, il a créé Les variations sur un thème de Victor Jara de Leo Brouwer à La Havane puis au festival de Upsala en Suède. Il travaille également avec des compositeurs marocains et crée leurs œuvres. Depuis les années 2000, il collabore avec Gustavo Becerra Schmidt qui lui a dédié en 2004 sa Sonate n° 4 que Marcelo de la Puebla a créée en 2005 au Festival de Tijuana au Mexique. Parallèlement à sa carrière internationale, Marcelo de la Puebla est professeur au Conservatoire Professionnel de Musique Cristobal de Morales à Séville où il vit.

Son dernier CD consacré à la musique de Gustavo Becerra offre un petit panorama de ses compositions pour la guitare qui a toujours occupé une place prépondérante dans son œuvre, instrument pour lequel le compositeur a mis en œuvre de nouvelles techniques aux limites de l’interprétation. Plusieurs œuvres sont dédiées à Marcelo de la Puebla. Ainsi le Concerto pour guitare et groupe de percussions et la Quatrième sonate pour guitare. Dans le premier, les instruments de même que la rythmique recréent une ambiance afro-américaine débordante de vitalité, évoquant dans certains mouvements la nature et dans d’autres l’esprit de la musique baroque.

Dans la Quatrième sonate pour guitare, les rythmes de la cueca chilienne recréés dans diverses variantes forment une sorte de cueca « cubiste », se fusionnant avec les sonorités des instruments mapuches. Dans trois chansons, Nana, un poème de Andrés Lopez Candelas, Manos de obreros, un texte de Gabriela Mistral, et  Sudor y latigo, un texte de Nicolas Guillén, il accompagne la grande soprano Carmen Serrano. Seconde sonate pour piano et Divertimento pour guitare et piano enregistré avec le pianiste espagnol Ignacio Torner, complètent le choix des oeuvres du CD. Fin 2016 sort le prochain CD de Marcelo de la Puebla, Fuentes, en hommage aux cultures et spiritualités du monde. Il va réunir des œuvres de Leo Brouwer (Cuba), Joaquin Rodrigo (Espagne), Agustin Barrios Mangoré (Paraguay), Mustafa Aicha Rahmani (Maroc), Nabil Benabdeljalil (Maroc), Ssu-Yu Huang (Chine), Colette Mourey (France), Gerard Drozd (Pologne) et Claude Coudimel (France).

Irène SADOWSKA

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