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Chili

Émergence de la question migratoire dans le Chili 2017, pays d’accueil d’Haïtiens, de Colombiens ou de Péruviens

Enrique Gloffka, officier d’artillerie du Chili, a raconté dans un petit livre son expérience haïtienne (1). Il a en effet servi dans le bataillon chilien de la Mission de paix des nations unies en Haïti, la MINUSTAH. Le titre du livre est une sorte de carte de visite, en créole : « Nous sommes chiliens ». De retour dans son pays, le commandant Gloffka pourrait écrire un autre récit, intitulé, Nou se Ayitiens (Nous sommes haïtiens en dialecte créole) celui du Chili 2017, un Chili pays d’accueil de Haïtiens, Colombiens, ou Péruviens.

Photo : Montage Maud Rea

Les chiffres sont en effet surprenants. 25 % des 7 541 naissances enregistrées à l’hôpital San José en 2015, situé dans la commune d’Independencia près de Santiago, ont une mère étrangère. 56 % de ces femmes sont péruviennes, 24 % haïtiennes et 6,4 % colombiennes. Les chiffres seraient aujourd’hui plus élevés compte tenu de la perpétuation du flux. Le Chili, est un pays de migrants européens et arabes. Le Chili a par ailleurs été un pays d’émigration politique et sociale pendant les années de la dictature chilienne. 900 000 Chiliens vivraient en 2017 à l’étranger. En Argentine, Espagne, États-Unis et Suède, pour la majorité. Cette histoire de va-et-vient a laissé le pays sans législation migratoire actualisée.

Entrés clandestinement, ou comme touristes, les migrants finissent par régulariser leur situation. Chaque jour plusieurs centaines de touristes ou considérés comme tels débarquent à l’aéroport de Pudahuel. Chaque jour plusieurs centaines décident de rester. Les deux tiers ne vont pas plus loin que la capitale, où ils arrivent à survivre. Beaucoup sont vendeurs de rue. La plupart sans surprise, effectuent des travaux que les Chiliens répugnent à effectuer. Au total ils seraient relativement peu nombreux, 465 000 en 2015, soit 2,7 % de la population totale. Chiffre et pourcentage cela dit en accroissement lent et régulier.

Le Chili pour l’instant absorbe sans trop de mal ce flux migratoire. Il est continu, et encore modeste. Le Chili en somme retrouverait une tendance migratoire historique. N’a-t-il pas accueilli Allemands, Croates, Espagnols, Italiens, Serbes, et Palestiniens et même quelques Français dans un passé récent ? L’épopée du cargo Winnipeg, qui a symbolisé l’ouverture du pays aux réfugiés politiques républicains espagnols a été commémorée. Les Chiliens sont par ailleurs fiers du club de football, Palestinos, fondé par des migrants venus du Proche-Orient. Et les féministes chiliennes honorent la mémoire de Flora Tristan, qui a séjourné à Valparaiso en deux occasions.

La littérature s’est emparée de cette diversité retrouvée. L’autre, le migrant, est source d’inspiration poétique. Miguel Laborde, a chanté en avril 2017, Les humains venus en cette fin du monde, finis terrae, Que nous avons appelé Amérique (1). L’Afrique, une Afrique quelque peu enjolivée et conventionnelle est source d’écriture. Un auteur à succès, Jaime Collyer, a immergé dans l’un de ses derniers romans, un intellectuel africain dans une histoire chilienne de quadrature de couples. « La fidelidad presunta de las partes »[2], c’est le titre du roman, apparaitra quelque peu décalée, avec un héros guinéen au nom burkinabé, Ki-Zerbo, et au prénom anglo-saxon, « Matt ». Mais la parution d’un tel livre est en soi aussi révélateur que la présence sonore croissante, dans la rue, de musiques populaires caribéennes. Au croisement du savoir et des lettres, les témoignages de femmes migrantes ont été recueillis par les chercheurs du Centre d’étude des migrations de l’université catholique du Maule, et accompagnés formellement par une écrivaine, Daniela Ramirez[3].

Tout n’est pas pour autant au mieux dans le meilleur des mondes. Le Chili, comme beaucoup de pays latino-américains, est touché par la crise des matières premières. Le cuivre se vend moins bien. Les ouvriers mineurs ont fait de longues grèves pour protéger leur pouvoir d’achat. Le pays est en croissance quasiment négative depuis le début de l’année. Les migrants venus de pays plus mal lotis, peinent à s’intégrer. Alors que leur présence en nombre se fait financièrement exigeante. Depuis 2014 l’hôpital San José a été contraint de se doter d’interprètes. Des documents ont été édités en créole. Pour répondre à l’urgence le ministère de l’éducation (ou Mineduc) a évalué le nombre d’élèves étrangers sans papiers scolarisés. Au nombre de 24 000, ils devraient faire l’objet d’un soutien particulier. La police a manifestement pour instruction de chasser les vendeurs à la sauvette dans les rues piétonnes au cœur de la capitale. Les abords de la cathédrale, débordant de migrants péruviens sont particulièrement ciblés. La chasse aux passeurs illégaux est à l’ordre du jour aux confins nord du pays. Le poste frontière de Chacallula, sur la frontière avec le Pérou, leur fait la chasse depuis quelques mois. Les préjugés à l’égard de ceux qui sont différents posent problème depuis longtemps. Afro-chiliens d’Arica et Mapuches au sud peinent à voir reconnaitre leur réalité. Les Mapuches, premiers occupants marginalisés et confinés revendiquent un droit à la parole et à l’écriture.

Elicura Chihuailaf, poète et homme de lettres, a adressé une lettre confidentielle, à tous les Chiliens, afin que soient reconnus à part entière les Chiliens exclus de l’histoire[4]. La crise économique pointe du nez et croise l’exigence culturelle et sociale des migrants, comme celle des Afro-Chiliens et des Mapuches. Les autorités peinent et tardent à reconnaitre les droits des populations non-européennes. Une commission mise en place en juillet 2016, dite de dialogue pour l’Araucanie, a travaillé jusqu’en janvier 2017. Mais ses conclusions n’étaient toujours pas en avril 2017 connues. Le souhait des Afro-Chiliens d’Arica d’un traitement statistique particulier est jusqu’ici resté sans réponse. Les migrants parfois sont vus de façon ambiguë. Un quotidien de la capitale a ainsi présenté les quartiers à forte densité asiatique de Santiago, comme des « lieux où les Chiliens se sentent étrangers »[5]. Des voix, conscientes du risque social et politique, plaident pour la mise en chantier d’une nouvelle loi régulant les migrations. Avant que la question ne soit instrumentalisée politiquement, dérivant les peurs vers la discrimination et l’intolérance. Un chercheur du Centre d’étude des conflits et de la cohésion sociale, rattaché à l’université Diego Portales, Cristián Doña, a interpellé les candidats aux présidentielles chiliennes. « Afin que les migrants soient intégrés à la vie nationale, en tant que citoyens »[6].

Jean Jacques KOURLIANDSKY

(1) Miguel laborde, « Hacia la otra orilla », La Panera-Fundación El Observatorio, avril 2017. (2) Jaime Collyer, « La fidelidad presunta de las partes », Santiago, Mondadori, 2009 (3). Rodrigo Arellano,  -aniela Ramirez, Sonia Salas, Susan Sanhueza, « Narrativas de otros ojos », Santiago. (4) Elicura Chihuailaf, « Recado confidencial a los chilenos », Santiago, LOM, édition, 2015. – (5) Los Chinatown’ de Santiago, Donde los Chilenos parecen extranjeros, La Tercera, 29 avril 2017. (6) Carlos Salazar, Cristián Doña, sociólogo : el aporte del voto migrante podría ser decisivo en estas presidenciales, La Nación, 5 mai 2017.

CHILI : Pré-primaires présidentielles pour les coalitions politiques chiliennes

Le 2 juillet prochain auront lieu les primaires de toutes les coalitions en lice pour les élections présidentielles et législatives de novembre. Les partis conformant les coalitions réalisent en ce moment leurs primaires internes. Quelques surprises déjà. Aperçu des coalitions en course et de leurs candidats à quelques semaines des grandes primaires.

Photo : Agencia UNO

Chaque parti des diverses coalitions a le droit de présenter un candidat à une primaire interne. Chaque gagnant se présentera alors pour une primaire intra-coalition dont le vainqueur s’opposera aux vainqueurs des autres coalitions lors des élections nationales en novembre. Il y a aussi de nombreux candidats hors partis ou indépendants.

La Nueva Mayoria (Nouvelle Majorité, NM, centre gauche).   Coalition au pouvoir, la NM est composée de l’ancienne Concertation (les Partis socialiste-PS, Pour la Démocratie-PPD, Radical social démocrate-PRSD et Démocratie chrétienne-DC) à laquelle s’est joint  le Parti communiste (PC). La Concertation a gouverné quatre fois depuis la fin de la dictature, la droite une fois. La candidate de la DC est Caroline Goic, sa présidente depuis janvier 2017 et sénatrice. Le PPD proposait l’ancien président et vieux briscard de la politique Ricardo Lagos et le PS, sa présidente, Isabel Allende, fille du président Salvador Allende. Surgit alors une candidature inattendue, celle du journaliste et sénateur Alejandro Guillier, proche du PRSD qui lui apporta immédiatement son soutien suivi par le mouvement Gauche Citoyenne.

Le vote surprise du PS.   En octobre 2016, suite à des pressions internes du PS, Isabel Allende annonce qu’elle retire sa candidature au profit de Ricardo Lagos. Mais, surprise, le 9 avril dernier, le Comité central du PS décide, par 67 voix contre 36, de soutenir la candidature du sénateur Alejandro Guillier. Dépité, Lagos annonce qu’il retire sa candidature. Alors que la NM devrait choisir entre Guillier et Goic, cette dernière fait peser le doute sur sa participation à la primaire estimant que Guillier est trop à gauche et que « certains électeurs de centre droite pourraient se décider pour elle plutôt que pour Piñera pour former un vrai centre ». La DC se décidera dans les jours prochains.

Coalition Chile Vamos (Chili en avant, droite).   Anciennement la Alianza, elle est composée des partis Rénovation nationale (RN, centre droite), Evopoli (Évolution Politique, centre droite), Régionaliste Indépendant (PRI, centre droite), et Union démocrate indépendante (UDI, très à droite, ex-bras politique de Pinochet). La coalition devra choisir entre trois candidats : Felipe Kast, député d’Evopoli, Manuel Ossandón, ex-RN et sénateur, et Sebastián Piñera, indépendant proche de RN et unique président de droite (2010-2014) depuis la fin de la dictature. Les sondages le donnent favori de sa coalition, mais ici aussi des surprises sont toujours possibles. Ainsi Felipe Kast se présente comme une troisième voie entre RN et UDI avec un projet qui attire plusieurs jeunes dirigeants RN qui « ne sentent aucun espace » pour eux dans les partis traditionnels.

Frente Amplio (Front ample, gauche).   Le Front Ample rassemble plusieurs petits partis et mouvements de gauche sous l’impulsion de nouveaux dirigeants jeunes tels que Giorgio Jackson et Gabriel Boric.  Leur primaire se décidera entre le sociologue Alberto Mayol du mouvement Nouvelle Démocratie, l’avocat Luis Mariano Rendón pour le Parti Pirate, le sociologue Carlos Ruiz pour la Gauche Autonome, et la journaliste Beatriz Sánchez, étoile montante de cette coalition qui propose une « nouvelle alternative politique pour le Chili ».

Partis hors coalitions.   Ces candidats se présentent de manière autonome sans appartenir aux coalitions précédentes. Le député Marco Enriquez-Ominami (Partido Progresista, PRO, centre droite) se représente de nouveau de manière indépendante après avoir hésité à intégrer le Front Ample. Le Parti Todos (Tous) propose le présentateur de télévision Nicolas Larraín et l’ingénieur commercial Nicolas Shea. De son côté, le sénateur Alejandro Navarro défendra les couleurs du Partido País.

Candidatures Indépendantes.   L’avocate Carola Canelo, l’ancien député Tomás Jocelyn-Holt se présentent de manière autonome. L’économiste Franco Parisi a le soutien de Démocratie régionale patagonne et de plusieurs mouvements citoyens dont l’Anticorruption et le Pouvoir des gens. Le député José Antonio Kast, après avoir quitté l’UDI, se présente comme indépendant. Finalement, l’économiste Marcel Claude, déjà candidat aux élections de 2013, réitère sa candidature.

Les primaires (obligatoires) pour toutes les coalitions auront lieu le 2 juillet prochain, le premier tour de l’élection présidentielle le 19 novembre et le second tour le 17 décembre. Les électeurs devront alors également élire les sénateurs et les députés.

Jac FORTON

Le chanteur et musicien chilien Ángel Parra nous a quittés…

Né en 1943 à Valparaíso, Ángel Parra, chanteur, romancier et musicien, est l’une des grandes figures de la diaspora chilienne internationale et tout particulièrement de celle en France, pays où il a habité depuis 1976. Fils de Violeta Parra, il a été immergé dans le monde de la recherche et de la création tant musicale que littéraire et artistique. Ci-dessous, le communiqué de l’ambassade du Chili en France.

C’est avec immense regret et tristesse que l’Ambassade du Chili en France annonce le décès de Ángel Parra, survenu ce matin à Paris. Reconnu comme une Figure fondamentale de la musique chilienne, il est décédé à Paris des suites d’un cancer contre lequel il a combattu courageusement presque trois ans, sans jamais cesser ses concerts, ses récits, les présentations de ses livres, ses enregistrements audiovisuels, tout en participant activement à l’Année du Centenaire de Violeta Parra, sa mère. Il a été soutenu et accompagné par sa veuve Ruth Valentini et ses enfants Javiera et Angelito  musiciens et chanteurs de talent, à qui nous présentons nos condoléances affligées.

Le Chili doit beaucoup de son image et de sa créativité à ses artistes dont Angel Parra. Ángel était non seulement membre d’une dynastie de créateurs incomparables, tout en demeurant un être engagé, solidaire, entier, mais aussi une personnalité charismatique et généreuse. En témoignent ses derniers livres parus au Chili en janvier 2017 en moins de dix jours : « Mi nueva canción Chilena » et un livre pour enfants de 4 à 8 ans « Al mundo niño le canto » ainsi que le DVD « Violeta plus vivante que jamais » avec des interviews de personnalités ayant connu intimement Violeta Parra, tels le cinéaste et écrivain Alejandro Jorodowsky, le poète Gonzalo Rojas, etc. Très vite, il a partagé la scène avec sa mère comme musicien et créateur et, en 1965, il est l’un des fondateurs de « La Peña de Los Parra » qui devient le lieu de la chanson populaire chilienne où se retrouvent de nombreux artistes, dont Isabel Parra, Mercedes Sosa, Paco Ibáñez, Pablo Neruda ou Víctor Jara.

Au lendemain du coup d’état du 11 septembre 1973 qui a instauré la dictature de Pinochet au Chili, il a été emprisonné au Stade National, puis relégué au camp concentrationnaire de Chacabuco. Il a ensuite été déporté parce qu’il était militant de gauche et avait soutenu  Salvador Allende. Il a passé un an au Mexique avant de trouver refuge à Paris où il s’était installé depuis 1976. Après l’exil, son premier retour au Chili  a été en 1989, année dans laquelle il a fait une tournée artistique autour du plébiscite où le « NON » au dictateur l’a  emporté. Fin 2004, il reçoit avec sa sœur Isabel le titre de Figuras Fundamentales de la Música Chilena.

De la longue discographie et de la vie musicale de Ángel Parra ressort son disque, Venceremos, hommage à Salvador Allende sorti lors du trentième anniversaire du coup d’état (2013). Il est l’auteur du recueil Dos Palomitas et autres mélodies (Mille et une nuits, 2003) et du roman, Mains sur la nuque (Métailié, 2007) dans lequel il évoque les événements de septembre 1973. En 2006, Ángel Parra a publié simultanément un CD où il interprétait les chansons de sa mère Violeta Parra et un livre sur son histoire, Violeta se fue a los cielos (« Violeta s’en fut aux cieux »). Le réalisateur chilien Andrès Wood (prix Goya pour La Buena vida et Mon ami Machuca) a adapté ce roman d’Ángel Parra dédié à sa mère dans le film « Violeta », sorti en France au printemps 2012. Il laisse aussi son roman de 2015, « Bienvenue au Paradis »  qui fait ressortir son esprit infatigable, esprit qui l’a aussi amené à donner plusieurs concerts ces derniers mois, invitant de jeunes musiciens chiliens de grande qualité à se joindre à lui. Cet homme inspiré avait ainsi récemment offert son art dans le cadre de l’année Violeta Parra, sa mère, dont le Chili fête les 100 ans de sa naissance, suite à l’invitation de la Présidente du Chili, Mme Michèle Bachelet. « Violeta Parra 100 ans » a été ainsi inauguré avec les résonances et les récits de Ángel Parra qui, même malade, avait encore donné de sa créativité et de son énergie pour célébrer la vie, la musique et la parole.

Nos condoléances, nos pensées et notre affection vont à sa veuve, Ruth Valentini, à ses enfants Javiera et Angel et à tout le Clan Parra. Espaces latinos se joint aux condoléances de tous les amis des Parra dans le monde, pour cette perte tragique d’un grand personnage de l’histoire et de la culture chiliennes.

Ambassade du Chili en France

2017 : l’année Violeta Parra en France

A l’occasion du centième anniversaire de la naissance de la grande chanteuse et ethno-musicologue chilienne, disparue tragiquement  en 1967, de nombreuses manifestations sont prévues cette année.

Photo : Réveil Communiste

L’année a commencé, dans le cadre de l’exposition « Mapuche, voyage en terre Lafkenche »,  par une présentation sur « La musique Mapuche » et les recherches de Violeta Parra en terres Mapuche le 25 février dernier au Musée de l’Homme. L’auditorium où se déroulait la cérémonie était noir de monde. Malheureusement pour cette Chilienne d’un certain âge, fière d’avoir du sang mapuche dans les veines, qui a dû  repartir dépitée : impossible de trouver une place assise !

Violeta Parra en terre Mapuche.   L’excellent article de Benoît Santini dans le numéro 290 d’Espaces Latinos nous aide à comprendre le rôle de Violeta Parra dans la découverte de la culture mapuche. L’exposition de photographies « Mapuche, voyage en terre Lafkenche », ouverte au public jusqu’au 23 avril, au premier étage du Musée de l’Homme, permet de prendre connaissance de ce peuple amérindien au centre sud du Chili, le dernier en Amérique latine à avoir résisté vaillamment aux conquistadores espagnols jusqu’au XIXème siècle.  Au nombre de 400 000, ils parlent le mapudungu. Une journée de réflexion autour de l’intégration des Mapuche au sein de la société chilienne aura lieu le samedi 8 avril au Musée de l’Homme. Le film de Raul Ruiz, « Ahora te vamos a llamar hermano » (« Maintenant, nous t’appellerons frère », 1971) fut projeté à cette occasion. Mais ce sont les vers de sa chanson « Gracias a la vida » qui ont fait le tour du monde et l’ont  rendue célèbre. Sous la dictature du général Pinochet, tous les démocrates la reprenaient en cœur.

 Edouard BAILBY

 

En savoir plus.   « Cantar con sentido »  (Chanter avec du sens), c’était tout le cœur de « la Violeta » dans ses créations artistiques : chansons, musique, peintures, arpilleras, poésies, une vaste œuvre éclectique… Son « Gracias a la vida » a été repris par Mercedes Sosa, Joan Baez, U2, Colette Magny, Florent Pagny et bien d’autres artistes dans une quinzaine de langues dans le monde. La Maison de l’Amérique latine de Paris et le service culturel de l’ambassade du Chili n’oublient pas ; Espaces latinos non plus…  Dans le n° 290 de notre revue, Benoît Santini, maître de conférence en Civilisation latino-américaine à l’université du Littoral Côte d’Opale, décrit Violeta Parra comme une artiste à multiple facettes, créatrice visuelle, poétesse, compositrice et chanteuse, dont les œuvres, liées aux traditions chiliennes et à dimension universelle, traversent les époques et dépassent les frontières géographiques. Née en 1917 près de Chillan, sud du Chili, elle commence à composer ses chansons dès l’âge de 12 ans et à chanter dès ses 17 ans. Elle traverse tout le pays en 1952 et découvre les chants folkloriques traditionnels. En 1961, elle s’installe à Paris où elle expose ses œuvres plastiques au musée des Arts décoratifs du palais du Louvre. Elle se suicide en 1967. Les chanteurs Isabel et Angel Parra sont deux de ses enfants.

Jac FORTON

L’exposition Mapuche en terre Lafkenche, Musée de l’Homme, 17, Place du Trocadéro, Paris 16e, Métro Trocadéro, jusqu’au 23 avril. Producteurs-artistes : Tito Gonzalez et Florencia Grisanti. Chaque samedi, un thème différent : le 25 février, « La musique Mapuche » ; le 18 mars, « La culture Mapuche à l’image » ; le 8 avril,  « L’engagement d’une communauté ».
A Brest : le « Focus »de l’association artistique dansfabrik de cette année est consacré au Chili avec la danseuse Marcela Santander Corvalán. Du dimanche 26 février au samedi 4 mars. Le 10 mars, à l’ambassade du Chili , présentation du film « Le silence des Dunes » sur la Ville ouverte d’Amereida et le camp de concentration de Ritoque, de Caroline Alder et Damian Faure. Le 13 mars : présentation des livres  « Dawson île 10 »  et  « Transitions démocratiques » de Sergio Bitar en présence de l’auteur et projection du film « Dawson île 10 » de Miguel Littin. Auditorium de la Maison de l’Amérique Latine, 217 Bd St-Germain, Paris 7e, à 19 h et 21h.

La grève dans la mine Escondida : la direction se cache

Ce jeu de mot des grévistes (la mina de cobre La Escondida se traduit par la mine de cuivre La Cachée) reflète la situation : les grévistes veulent le dialogue, le gouvernement est d’accord pour une médiation, mais la direction de la mine reste figée sur ses positions.

Les raisons de la grève sont les nouvelles dispositions dictées par la direction du groupe anglo-australien BHP-Billiton, principal actionnaire de la mine. Au vu de la bonne santé financière de l’entreprise, les 2 500 travailleurs, représentés par le Syndicat n° 1, demandent une augmentation de salaire de 7 %, un bon de fin de négociation de 33 000 € et le maintien des acquis sociaux pour tous les travailleurs. La direction refuse toute augmentation, offre un bon de 10 000 € et veut changer les conditions de travail des nouveaux engagés (réduction de salaire et de bénéfices). Après 11 jours de grève, les travailleurs ont proposé une négociation au siège régional du ministère du Travail (à Antofagasta).  La direction de la mine n’a pas répondu à l’invitation estimant « que les conditions légales ne sont pas remplies ». Devant le silence de la direction, le Syndicat n° 1 des mineurs (2 500 travailleurs) a demandé la médiation du gouvernement. La ministre du travail, Alejandra Krauss a reçu les dirigeants du Syndicat mais souligne que puisque la direction n’a pas fait de demande, le ministère ne pouvait rien faire.

Médiation « officieuse » du gouvernement.   Lorsque la ministre a suggéré une « médiation officieuse », les deux parties se sont rencontrées au siège régional. Après 3h de discussions, aucune avancée. Pour le Syndicat, l’échec est dû « au fait que la Billiton persiste dans sa position intransigeante et son attitude patronale en réitérant son intention de ne pas respecter les rémunérations et les bénéfices existants dans la dernière convention collective… Ils veulent imposer des clauses discriminatoires entre nouveaux et anciens travailleurs et ne précisent pas si ils respecteront les temps de repos ».  De son côté, la direction dénonce « des blocages de routes inacceptables ». Le Syndicat répond que les grévistes ne bloquent plus les routes mais vérifient les voitures qui passent pour éviter l’arrivée de travailleurs « brise-grève ».

Escondida : une privatisation polémique.   Les cinq principales mines de cuivre du Chili furent « chilénisées » sous le président DC Frei puis nationalisées par Salvador Allende en 1971. Escondida appartenait alors à l’entreprise US Anaconda. Après le coup d’État du général Pinochet, les économistes civils qui le soutenaient étaient en faveur de la privatisation totale des mines de cuivre. Mais la Junte rassembla les cinq principales sous une enseigne : CODELCO, Corporación del Cobre dont 10 % des revenus devaient passer aux forces armées. Vu l’opposition de la Junte à la privatisation, les ministres civils de Pinochet bloquèrent secrètement le paiement des patentes de ces mines ce qui les rendaient ouvertes au « rachat ». Ce dernier eut lieu en secret en 1976 et c’est ainsi que Escondida tomba dans les mains de Billiton. Un sort identique arriva à la mine Los Pelambres, rachetée par… Anaconda en 1979. Aujourd’hui, 70 % des mines chiliennes sont entre les mains d’entreprises minières étrangères.

L’enjeu final : empêcher des revendications des travailleurs du secteur minier.   Pour l’économiste Julián Alcayaga, si la grève est un échec, les autres mineurs y penseront à deux fois avant d’organiser une grève pour des améliorations des conditions ou même simplement conserver les bénéfices acquis. Il faut savoir que, jusqu’à 2004, si les mineurs étaient mieux payés que la moyenne des travailleurs chiliens, les entreprises privatisées (à part Escondida) n’ont quasi pas payé d’impôts alors que la vente de cuivre leur avait rapporté plus de 170 milliards de dollars. À partir de 2005, les entreprises minières ont commencé à payer des impôts (des royalties) mais en 2015, cinq des mines les plus importantes annoncent « des pertes » et ne paient plus les taxes (1). Et pourtant…

…Billiton : une bonne santé financière.   La mine Escondida produit à elle seule 5 % du cuivre mondial. Selon l’agence Bloomberg citée par le journal chilien La Tercera du 20 février, BHP-Billiton ont annoncé « les plus hauts profits depuis 2007 grâce aux réductions des coûts et une hausse du prix du cuivre ». Le gain serait de 3,2 milliards de dollars pour le deuxième semestre de 2016. En un an, l’action BHP a augmenté de 90 % ! En 2016, la mine a produit un million de tonnes de minerai. BHP possède 57,5 % de la mine, dans laquelle on trouve aussi des actions de Rio Tinto et JECO.

Dernière minute : ce mercredi, la direction de la mine déclare « être ouverte au dialogue » et promet de ne pas réaliser de « remplacements » pendant 30 jours. Elle propose aux grévistes de « créer un nouveau contrat collectif en accord avec l’état du marché… qui requiert la plus grande flexibilité de la part des travailleurs… pour maintenir la compétitivité et la productivité »… Le Syndicat dénonce que « la réduction des coûts se fait sur le dos des travailleurs ».

Jac FORTON

(1) Dans un article publié par Politika, cité par ALAI en ligne le 21 février 2017.

Chili : grève illimitée dans la plus grande mine de cuivre privée du monde

Le jeudi 9 février, les 2 500 travailleurs de la Mina Escondida ont voté la grève. Ils réclament le maintien des acquis sociaux, une augmentation de salaire et un nouveau contrat collectif qui ne leur soit pas défavorable. La mine produit 5 % de toute la production de cuivre mondiale. Le gouvernement craint les effets de la grève sur le prix de « l’or rouge » et sur les revenus fiscaux.

Photo : La Nación

« Ils veulent augmenter leurs profits… »    « … au détriment de nos salaires » dénonce le Syndicat n°1 qui regroupe les 2 500 travailleurs, qui affirme que les négociations ont échoué parce que « la direction veut imposer une discrimination entre les anciens et nouveaux travailleurs » en réduisant les salaires et les conditions de travail des nouveaux engagés. « Nous avons laissé une bonne partie de notre vie sur ces collines, certains même leur vie, pour satisfaire les désirs de lucre de capitalistes étrangers ». Non seulement la direction refuse l’augmentation de salaire de 7 % demandée par les travailleurs, mais elle parle de diminuer certains bénéfices octroyés les années précédentes. Pour le syndicat, « ils veulent augmenter les profits en réduisant les coûts par une réduction des salaires. Le minimum que nous demandons est le maintien de la convention collective annuelle ».

Billiton, un géant de l’extraction minière.   La mine appartient à la compagnie minière anglo-australienne BHP Billiton dont les deux sièges principaux sont à Melbourne et Londres. L’entreprise possède des mines dans le monde entier. Escondida, située dans les Andes, à 160 km au sud-est de la ville d’Antofagasta et à 3 100 m d’altitude dans le désert d’Atacama, produit 25 % du cuivre chilien soit près d’un million de tonnes par an et 5 % de la production mondiale. La grève pourrait provoquer une rupture d’approvisionnement.

Le gouvernement chilien est inquiet…   La ministre de l’industrie minière chilienne Aurora Williams craint que la grève n’ait un impact sur le prix du cuivre. La vente du cuivre est l’une des principales exportations du Chili. Nationalisé sous les gouvernements Frei Montalva puis Allende, le cuivre fut reprivatisé sous le général Pinochet, à l’exception de la mine de Chuquicamata, dont 10 % des revenus étaient immédiatement reversés à l’armée… La majorité des mines sont aujourd’hui privées.

…mais les marchés, pas trop !   L’analyste économique Muryel Jacque écrivait dans Les Échos du 8 février 2017 que « Citigroup avançait il y a quelques jours que BHP Billiton pourrait négocier durement, puisqu’une grève serait positive pour les cours du cuivre et, sans doute, neutre au final pour l’entreprise ». Autrement dit, si la grève provoquait une pénurie de cuivre sur les marchés internationaux, cela ferait monter les prix et donc serait finalement bénéfique aux entreprises minières. De plus, les mois de janvier et février sont des mois traditionnellement de basse production.

Le syndicat demande la médiation de l’État.   Patricio Tapia, dirigeant du Syndicat n° 1, pense que « la direction espère que nous reculerons et fera des propositions individuelles pour briser la grève ». De son côté, pour le Fédération minière du Chili (FMC) qui regroupe 18 syndicats de mineurs, « tout conflit du secteur de la grande mine ne peut consister en une simple affaire entre privés, puisqu’une bonne partie des revenus de l’État en dépend. L’État doit assumer un rôle actif ». La FMC dénonce que « lorsque l’entreprise veut licencier ou fermer la production, elle invoque des questions de sécurité des installations ou des travailleurs. Mais ce critère disparaît chaque fois qu’elle veut pousser la production, accélérer les travaux dangereux et réduire le nombre de travailleurs ». Billiton a prévu un arrêt de la production d’au moins 15 jours. Les travailleurs se disent prêts à lutter pendant plusieurs semaines…

Premier effort en faveur d’une médiation.   Mardi 14 février, le Syndicat n° 1 des travailleurs de la mine  accepte l’invitation à une réunion de médiation reçue de la part de la Direction régionale du travail située à Antofagasta, en vue de résoudre le conflit. Les syndicalistes rappellent que « nous ne pourrons avancer que si l’entreprise respecte les rémunérations actuelles contenues dans la convention collective valable jusqu’au 31 janvier dernier ». Quelques heures plus tard, la direction de la mine accepte également de se rendre à cette réunion puis, mercredi 15, se rétracte sans explication…

Jac Forton

Solidarité mondiale avec le Chili pour combattre le plus grand incendie de l’histoire de l’Amérique latine

Près de 120 foyers d’incendie ont ravagé plus de 550 000 hectares de forêts du nord au sud du pays. Des avions de lutte contre les feux de forêts sont arrivés de Russie et du Brésil, ainsi que des équipes de pompiers de divers pays américains, européens et asiatiques. Les écologistes et des organisations mapuches dénoncent « un modèle forestier néolibéral » qui provoque des sécheresses et des déserts verts. Certains feux seraient-ils intentionnels ?

Photo : Aton Chile

Les incendies ont commencé début janvier 2017 pour s’étendre rapidement à tout le pays à cause d’une chaleur estivale d’une rare intensité (40°C par endroits) attisés par des vents violents. Selon la ONEMI (Office national d’urgence du ministère de l’Intérieur), des 119 incendies enregistrés du nord au sud du pays, 50 sont sous contrôle, 8 ont été éteints et 61 sont âprement combattus par des milliers de brigadistes, pompiers et militaires venus de partout dans le monde. On regrette la mort de 11 personnes et la destruction de plusieurs villages.

Une solidarité latino-américaine.   Vers la mi-janvier, les brigadistes de la CONAF (Corporation nationale forestière) et les pompiers locaux étant débordés par le gigantisme des incendies, la solidarité latino-américaine n’a pas tardé à se déclencher. Des pompiers sont arrivés du Venezuela, du Panama, d’Argentine, du Mexique, du Pérou, de Colombie, du Brésil et de Bolivie. Il y aurait plus de 9 000 hommes et femmes sur le terrain. Le Brésil a envoyé deux avions C-130 Hercules vers le sud du pays, pouvant larguer 12 000 litres d’eau à 47 mètres d’altitude sur les flammes. Une quarantaine d’avions et d’hélicoptères déversent chaque jour plus d’un million de litres d’eau sur des rivières de flammes qui ne semblent jamais s’arrêter. Plusieurs villages ont été complètement ravagés…

La France et le monde aussi !   Le monde n’est pas en reste ! Le Japon et l’Espagne ont également envoyé un contingent de pompiers. La Russie a envoyé un Ilyushin 76 qui déverse déjà ses 46 000 litres d’eau par passage et les autorités chiliennes annoncent l’arrivée d’un Antonov An-225 Myria, le plus grand avion du monde qui apporte quatre hélicoptères. La France a dépêché 69 pompiers militaires des casernes de Corte en Corse et Brignoles dans le Var, spécialisés dans la lutte contre les feux de forêt. L’Allemagne destine 200 000 euros à la Croix-Rouge allemande pour qu’elle organise des projets de reconstruction lorsque les incendies seront maîtrisés.

Un modèle forestier controversé.   Mais au-delà des incendies, c’est tout le modèle forestier néolibéral qui est mis en question. L’exploitation des forêts (le terme exact pour décrire la situation des forêts chiliennes depuis 50 ans) est dans les mains d’à peine quelques grands propriétaires qui ont imposé la culture extensive de pins et d’eucalyptus, une espèce non native extrêmement avide d’eau. On estime à plus de trois millions d’hectares, l’extension des zones forestières plantées dans la région centre-sud du pays. La plus grande exploitation (1,2 millions d’hectares) est entre les mains de la Holding Copec-Antar (pétrole) dont la première entreprise est Arauco de la famille Angelini qui « vaut » 6 milliards de dollars. Environ 750 000 ha appartiennent au Holding CMPC dont l’entreprise principale est Forestal Mininco contrôlée par la famille Matte qui possèderait une fortune estimée à 11 milliards de dollars (1).

Une exploitation polémique.   L’association chilienne Réseau pour la défense des territoires signale que les localités affectées sont très souvent des communautés mapuches encerclées par des monocultures forestières qui absorbent toutes les nappes phréatiques, dévastent les écosystèmes et détruisent la productivité de la terre des villageois. L’organisation Réseau des semences libres du Chili a lancé une campagne intitulée « Reforestation  avec des espèces natives et des arbres fruitiers ». Selon elle, les sites de plus grande concentration des espèces importées (eucalyptus) sont aussi ceux de plus grande pauvreté des petits paysans locaux, d’émigration et de pénurie de ressources hydrauliques qui sont « sucées par les grandes plantations ».

Des incendies intentionnels ?   La police a détenu 43 personnes suspectées d’avoir participé à des mises à feu. Mais les organisations locales avancent une autre hypothèse. Selon elles, nombre de ces incendies auraient commencé dans des zones dans lesquelles les plantations sont victimes d’un insecte qui attaque les arbres et les rend  invendables ; or, ce fléau n’est pas remboursé par les assurances. Par contre, celles-ci remboursent les destructions causées par des incendies… Ces grandes entreprises privées qui ont reçu des millions de dollars en subsides de l’État depuis 1974, n’ont jamais prévu de systèmes de prévention élémentaires tels que l’entretien des coupe-feux, surtout près des zones habitées, l’organisation de points de surveillance ou la mise sur pied d’équipes d’intervention en cas de début d’incendie. Aujourd’hui, ces entreprises qui font des bénéfices colossaux, prétendent, à travers les journaux qu’ils contrôlent, que le coupable des incendies, c’est… l’État !

Jac Forton

(1) La CMPC (Compañia Manufacturera de Papeles y Cartones) est le plus important producteur de cellulose d’Amérique latine. Elle produit également des mouchoirs jetables, des couches pour bébé et adultes et du papier toilettes. CMPC et d’autres ont récemment été épinglés par la justice pour cause d’ententes illicites sur le prix de leurs produits.

Chili et Colombie : le président François Hollande en Amérique latine

En cette fin janvier, le président François Hollande a été reçu en visite officielle au Chili (21 et 22) et en Colombie (23 et 24) « pour resserrer les liens entre l’Europe et l’Amérique latine« . La visite en Colombie est un soutien  pour la paix et marque le début de l’année croisée Colombie – France 2017. Le rendez-vous chilien lance l’Année de l’Innovation entre la France et le Chili.

Photo : Musée de la Mémoire – Chili

« Le Chili représente tant une douleur qu’un espoir »

S’adressant à la présidente Michelle Bachelet, ces mots du président Hollande se réfèrent d’abord au coup d’État de 1973. Les deux présidents ont visité le Musée de la mémoire et des droits de l’homme de Santiago. Accompagné d’Isabel Allende, fille du président Salvador Allende et sénatrice, le président français a tenu à rendre un hommage à Salvador Allende sur sa tombe au cimetière général de Santiago. Espoir aussi, une vision positive qui souligne « ce que nous avons été capables de faire, l’accueil des exilés chiliens et l’accompagnement du pays vers la démocratie. Le Chili est aujourd’hui un pays stable du point de vue politique, dynamique du point de vue économique et ouvert au monde. Un exemple pour tous ».

S’adressant à la présidente Michelle Bachelet, il a exprimé « toute la solidarité du peuple français » face aux gigantesques incendies qui affectent le Chili (1). Passant au politique, il déclare que « Vous avez courageusement conduit de nombreuses réformes qu’il fallait faire. Nous partageons tous les deux cette volonté en faveur de l’éducation, de la justice sociale, du droit des femmes si importantes pour vous », rappelant ainsi que Michelle Bachelet a été la directrice de l’agence ONU-Femmes des Nations unies avant d’être élue. De son côté, la présidente chilienne souligne que « la relation bilatérale avec la France permet aux deux pays d’avancer et renforcer la coopération dans des domaines tels que la santé, la culture, le genre, le tourisme, la défense et l’éducation ».

2017, Année de l’Innovation entre le Chili et la France

Les deux présidents ont finalement lancé l’opération « 2017, l’Année de l’Innovation ». Comme l’explique Jean-Claude Reith, conseiller de coopération à l’ambassade de France et directeur de l’Institut français au Chili, « nos chefs ont voulu cibler notre travail autour de secteurs clés comme les énergies renouvelables, la biologie marine, le développement durable, la gestion de l’eau, l’observation de la Terre. Il s’agit de valoriser les quelques deux mille opérations liant les établissements d’enseignement supérieur et de recherche français et chiliens. Près de quatre cents chercheurs français viennent chaque année collaborer avec leurs homologues chiliens et soutenir l’activité de nos quatorze laboratoires communs, donnant lieu à près de mille publications scientifiques conjointes » (2). Première activité : la visite par le chef de l’État du champ photovoltaïque El Bolero en plein désert d’Atacama, opéré par l’entreprise française EDF Énergies Nouvelles et la japonaise Marubeni.

Accompagné d’une trentaine de chefs d’entreprise, le président français a bien sûr promu des accords commerciaux avec les deux pays. Pour le président français, « Le protectionnisme est la pire des réponses. Il empêche les échanges, nuit à la croissance et affecte l’emploi… » (3). Comme une réponse aux déclarations du président Trump…

Jac FORTON

(1) Plus de 130 000 hectares détruits par 43 incendies… Plusieurs spécialistes français des incendies de forêts sont partis au Chili « pour aider et conseiller » les services d’urgence chiliens.   (2) Dans le Boletín científico  de juillet 2016.     (3) Cité dans le journal Ouest France en ligne du 21 janvier 2017.

Au musée de l’Homme de Paris, un voyage en terre Lafkenche du sud Chili

Le musée de l’Homme de Paris propose, de janvier à avril 2017, une exposition consacrée à la famille lafkenche du peuple Mapuche. « Mapu » signifie « Terre » et « Che » (prononcer tché) « les hommes » ; Mapuche, « l’homme de la terre ». Le mot « lafkenche » lui vient de « Che », les hommes, et « Lafken » (prononcer lafquène), « la mer ». Lafkenches, « les hommes de la mer », de la côte, que l’on trouve surtout entre le Lago Budi et l’océan Pacifique près de Valdivia dans le sud du Chili.  Entre photographie, ethnographie et ethnobotanique, l’exposition mêle de manière originale art et sciences et nous emmène à la découverte du peuple mapuche.

Photo : Service presse Musée de l’Homme à Paris

Née d’une collaboration inédite entre le collectif d’artistes « Ritual Inhabitual  (Florencia Grisanti et Tito González García) et les chercheurs du département « Hommes, Natures, Sociétés » du Muséum national d’histoire naturelle, elle met à l’honneur la culture mapuche et notamment la cosmogonie, les pratiques rituelles et la connaissance des plantes qui se maintiennent, se transmettent et se transforment à travers la relation entre l’ancienne et la nouvelle génération. Le travail photographique sur les communautés amérindiennes « traditionnelles », mais aussi catholiques et évangéliques, et les jeunes rappeurs de la banlieue de Santiago, a donné naissance à une magnifique galerie de portraits des acteurs des principaux rituels du peuple mapuche ; tandis qu’en parallèle, une étude sur les plantes endémiques a permis la création d’un herbier, qui illustre non seulement la diversité des formes végétales existantes dans la région, mais aussi la diversité d’usages associés à ces plantes. Toutes les images ont été réalisées avec une technique photographique atypique « le collodion humide », l’un des premiers procédés photographiques sur plaque de verre datant de 1851.

Chaque samedi, une programmation spéciale :

Samedi 21 février. De 14 h 30 à 16 h : rencontre avec les artistes et scientifiques pour découvrir la genèse de l’exposition autour d’un film (40 min). Avec Florencia Grisanti et Tito González García, artistes du collectif Ritual Inhabitual  ainsi que Serge Bahuchet, ethnoécologue, et Flora Pennec, ingénieure d’études en botanique et écologie, du Muséum national d’histoire naturelle – musée de l’Homme. De 16 h 30 à 18 h : rencontre avec les acteurs du programme de Médecine interculturelle dans les hôpitaux en terre mapuche. Dans certaines régions où se trouvent des populations autochtones, il existe des pôles de médecine interculturelle publics où l’on peut aller voir un chaman et être remboursé par le système de santé chilien. Avec Rosa Barbosa, chamane de l’hôpital de Puerto Saavedra ; Andrés Paillaleo, coordinateur du pôle de médecine interculturelle de l’hôpital de Puerto Saavedra, et Digna Paillan Colihuinca, représentante de communauté mapuche de la région du lac Budi.

Samedi 25 février. De 14 h 30 à 16h : Violeta Parra au Wallmapu : rencontres méconnues avec le chant mapuche. À l’occasion du centième anniversaire de la naissance de la chanteuse, artiste et ethnomusicologue Violeta Parra, découvrez son rapport avec le peuple mapuche. Au programme : séance d’écoute et échange avec les expertes Paula Miranda, professeur de la P. Universidad Católica de Chile spécialiste de l’œuvre de Violeta Parra, et Elisa Loncon, académicienne de l’Universidad de Santiago de Chile et experte en culture mapuche et mapudungun , la langue des Mapuches. De 16 h 30 à 18 h : Concert / Performance de Julie Rousse. « Esperando la lluvia », une performance sonore de la musicienne Julie Rousse (électronique, microphone, kültrün, laptop), résultat de sa recherche dans les communautés mapuches du Lac Budi en 2015.

Samedi 18 mars.  De 14 h 30 à 16 h : « Le portrait et l’herbier. L’ethnographe, le photographe et le savoir de l’Indien », une réflexion sur le rapport entre art et ethnographie, avec des extraits de films et une conférence. Avec Vincent Debaene (Columbia University / Université de Genève). De 16 h 30 à 18 h : « Le mysticisme mécanique de l’appareil photographique » : magie, superstition et photographie en Amérique du Sud. Avec Sergio Valenzuela Escobedo, co-commissaire de l’exposition « Mapuche, voyage en terre Lafkenche » (École nationale supérieure de la photographie – ENSP/ l’Université d’Aix-Marseille AMU).

Samedi 8 avril. En résonance avec l’exposition temporaire « Nous et les Autres. Des préjugés au racisme », l’exposition « Mapuche » vous invite à une journée de réflexion autour de l’intégration des populations autochtones au sein de la société chilienne. À travers le rap, des jeunes Chiliens d’origine mapuche vivant dans la capitale se réapproprient leur langue, leur culture et leur cosmogonie. Le label Wetruwe Producciones vous fait découvrir les artistes issus de ce brassage ethnique faisant preuve du dynamisme de la culture mapuche. 14 h 30 à 15 h : projection du film de Raúl Ruiz « Ahora te vamos a llamar hermano » (1971), 13 min. De 15 h à 16 h 30 : conférence/concert autour du rap mapuche par le label Werwe Producciones « Résistance et Tradition orale ».

Jac FORTON

Informations pratiques : du  21 janvier au  8 avril 2017. Entrée gratuite. Métro Trocadéro (Sortie Avenue Paul-Doumer – musée de l’Homme).   SITE

Le petit-fils de Salvador Allende demande l’arrestation de Henry Kissinger à la Norvège

Pablo Sepúlveda Allende a demandé à l’Institut Nobel d’Oslo de faire arrêter Henry Kissinger,  secrétaire d’État des États-Unis en 1973, pour son soutien à Pinochet, aux coups d’État militaires et au Plan  Condor. M. Kissinger avait déjà été requis par la justice française lors de son passage à Paris en 2001.

Invité par l’Institut Nobel et l’Université d’Oslo à la remise du Prix Nobel de la Paix à Juan Manuel Santos, président de la Colombie, Henry Kissinger est rattrapé pour son soutien au Plan Condor durant les années 70. Ce Plan consistait en une coopération des services secrets des dictatures du Cône sud pourchassant leurs opposants respectifs. De nombreux opposants ont disparu.

La fuite piteuse de M. Henry Kissinger de Paris.    En 1999, suite à l’arrestation du général Augusto Pinochet à Londres, le juge Roger Le Loire demande aux autorités britanniques l’autorisation d’interroger le détenu au sujet de la disparition de quatre citoyens français au Chili durant sa dictature (1). Le gouvernement britannique ne daigna même pas répondre à cette demande. Bien que requis par les justices espagnole, française et belge, et contre l’avis de la Cour suprême de la Chambre des Lords, le gouvernement de Tony Blair et son ministre des Affaires étrangères, Jack Straw, libèrent le général après 503 jours d’arrestation à domicile et lui permettent de rentrer au Chili. Pinochet meurt en 2006 sans avoir pu être jugé malgré les efforts du juge chilien Juan Guzmán (2).

En mai 2001, Henry Kissinger, l’ancien secrétaire d’État (l’équivalent du ministre des Affaires étrangères) et conseiller spécial du président des États-Unis, est en visite à Paris. Le juge Le Loire lui fait parvenir une convocation au Palais de justice comme témoin dans les quatre disparitions et pour enquêter sur son rôle dans l’existence du Plan Condor et ses liens avec la dictature de Pinochet. M. Kissinger ne répond pas au juge et s’empresse de quitter le pays. Selon un article publié dans le Monde diplomatique (3), « Lorsque M. Kissinger parcourt la planète pour pontifier au tarif de 200.000 francs l’heure [30.000 euros], il évite désormais tout pays dont le système de justice pourrait l’importuner… »

 « Chère Norvège, arrêtez Henry Kissinger… »   C’est par ces mots que Pablo Sepúlveda Allende, petit-fils de l’ancien président Salvador Allende, commence une lettre adressée à l’Institut Nobel qui décerne les prix du même nom à des personnalités « ayant œuvré pour la paix dans le monde ». En tant que prix Nobel de la paix 1973, M. Kissinger avait été invité à la remise du Prix 2016 au président colombien Juan Manuel Santos qui  avait réussi à mettre fin à une guerre civile qui durait depuis plus de 50 ans dans son pays.

Pablo Allende s’insurge contre cette invitation : « Cet homme a aidé le coup d’État durant lequel mon grand-père est mort… Je suis choqué par cet hommage rendu à M. Kissinger, c’est une offense. Est-ce trop demander à un gouvernement qui affirme défendre la paix et les droits humains, comme le fait le norvégien, qu’il déclare ‘persona non grata’ à un criminel de guerre qui a une responsabilité directe dans un génocide, des tortures et des coups d’État ? Ou qu’il soit détenu et traduit en justice selon le droit international ? »  Et Sepúlveda Allende d’insister : « Quelqu’un dans votre institution aurait-il la force et la morale suffisantes pour retirer ce prix Nobel à M. Kissinger ? »

On peut rappeler que le Prix Nobel 1973 avait été attribué à Henry Kissinger, conseiller spécial du président Nixon, et à M. Le Duc Tho, chef de la délégation nord-vietnamienne, pour avoir signé les accords de paix mettant fin à la guerre du Vietnam. Le Duc Tho avait refusé le prix car « en réalité, la paix n’a pas été atteinte ». Le seul autre refus dans l’histoire du Prix Nobel fut celui du Français Jean-Paul Sartre en 1964. On sait que M. Kissinger ne reviendra jamais en France, mais qu’en sera-t-il de la Norvège l’année prochaine lorsque le Nobel sera de nouveau attribué ?

Jac FORTON

(1) Il s’agit de Etienne Pesle, Alphonse Chanfreau, Georges Klein et Jean-Yves Claudet.   (2) Voir le film Le juge et le général, DVD disponible à Maison latina, Grenoble.   (3) Le Monde Diplomatique d’octobre 2001, un article de Ibrahim Warde.
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