Pérou - Brésil

Négociations économiques


Le Pérou signe un accord de collaboration judiciaire avec l’entreprise brésilienne Odebrecht

La signature d’un accord de collaboration judiciaire entre l’entreprise brésilienne Odebrecht et les procureurs Rafael Vela, José Domingo Pérez, Jorge Ramírez et Silvana Carrión, en charge de l’affaire Lava Jato, s’est finalement faite ce vendredi 15 février. Les deux objectifs principaux de cet accord, conclu dans le cadre du scandale de corruption, sont d’une part d’obtenir des informations, et d’autre part, d’obtenir une compensation financière.

Photo : Clarin

On rappelle qu’Odebrecht, une entreprise de BTP brésilienne qui opère dans la construction, la pétrochimie, la défense et la technologie, le transport et la logistique, le carburant et dans d’autres secteurs, aurait, au cours des vingt dernières années, versé des pots-de-vin à des fonctionnaires de 12 pays, essentiellement d’Amérique latine, afin d’obtenir des avantages en matière de marchés publics… Cette vaste affaire de corruption implique au Pérou, outre toute l’élite politique actuelle, plus de 300 personnes et des dizaines d’entreprises, ainsi que quatre anciens présidents, Alejandro Toledo (2001-2006) qui a fui aux États-Unis et fait l’objet d’une demande d’extradition, Ollanta Humala (2011-2016) qui a été emprisonné pendant neuf mois, jusqu’en juin dernier, Alan García (1985-1990 et 2006-2011) qui a tenté d’obtenir, en vain, l’asile politique auprès de l’ambassade d’Uruguay, et Pedro Pablo Kuczynski (2016-2018) qui a démissionné en mars dernier.

Cet accord de coopération avec l’entreprise brésilienne de construction, permettra au système judiciaire péruvien d’accéder à des informations «très précieuses»sur les «crimes graves» commis dans le pays, selon une déclaration faite lors d’une conférence de presse au consulat du Pérou à São Paulo par Rafael Vela. Selon lui, cet accord, qui aura un caractère «progressif et permanent», rendra possibles, si Odebrecht assume bien l’engagement de communiquer à tout moment les informations requises,que «de nouveaux axes de recherche» ou même de «nouvelles enquêtes» soient menés dans l’avenir. Odebrecht a clairement reconnu avoir contribué à la gestion de grands travaux d’infrastructure au Pérou entre 2005 et 2014, ainsi qu’à la campagne électorale de plusieurs personnalités politiques du pays, qui font donc actuellement l’objet d’enquêtes.

L’accord prévoit par ailleurs le versement, sur quinze ans, de 610 millions de soles (182 millions de dollars) pour les pots-de-vin versés, ainsi que les intérêts légaux correspondant à la valeur convenue, ce qui pourrait atteindre 150 millions de soles (environ 45 millions de dollars). Jorge Ramírez a de plus souligné qu’Odebrecht, en échange de sa possibilité de candidater aux appels d’offres publics au Pérou, devrait encore payer en 2019 «tous les impôts en vigueur à ce jour», ce qui représente 450 millions de soles (135 millions de dollars). «C’est-à-dire que cette année entreraient dans le Trésor public 450 millions de soles (135 millions de dollars), plus 80 millions de soles (24 millions de dollars) qui correspondent au premier versement d’indemnisation civile», a t-il déclaré.

Dès le 18 février et jusqu’en mars, les procureurs péruviens recueilleront les déclarations de plusieurs anciens responsables péruviens d’Odebrecht, dont Barata, dans la ville de Curitiba, capitale régionale de l’État du Paraná, dans le sud du pays. Outre les témoignages directs, le Bureau du Procureur aura accès aux informations des systèmes «My Web Day» et «Drousys», par lesquels Odebrecht a demandé, traité et contrôlé les opérations de paiement de pots-de-vin. Le procureur Vela a célébré la signature de «l’accord fructueux» après un processus de négociation «complexe», car, a-t-il expliqué, nombre de ces données étaient «sous la garde des autorités brésiliennes».

Pour sa part, l’entreprise Odebrecht a fait savoir que le Pérou était le huitième pays avec lequel elle parvenait à signer un accord, et qu’elle continuera «à rechercher des accords de même nature» avec les autres pays où elle opère, dans le cadre de la «restructuration en profondeur» qu’elle met en œuvre, et de «la mise en œuvre d’un système mondial de conformité rigoureux». Les autres pays avec lesquels elle a signé des accords sont le Brésil, les États-Unis, la Suisse, la République dominicaine, le Panama, l’Équateur et le Guatemala.

Catherine TRAULLÉ

 
 

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