Projection avant-première

Mémoire uruguayenne


«Voces de Santa Lucia» de Marcos Oyarzábal : récit des survivants de la dictature en Uruguay

Avec ce documentaire plusieurs fois sélectionné en festivals en Amérique latine, l’association ¿Dónde Están? nous propose en cette fin d’année un film nécessaire et bouleversant, dans lequel la parole des victimes de la dictature en Uruguay forge la mémoire des disparus et participe à leur réhabilitation. Le documentaire est programmé à Paris, Lyon et Grenoble.

Photo : Donde Están?

Synopsis : Dans la ville de Santa Lucia située à une soixantaine de kilomètres au nord de Montevideo, capitale de l’Uruguay, une caméra suit et enregistre la voix de femmes et d’hommes. Ce sont les témoignages d’anciens prisonniers ou de leurs proches recueillis entre 2013 et 2015. Les survivants de la dictature uruguayenne (1973-1985) prennent ainsi la parole tour à tour pour nous raconter avec douleur les persécutions et atrocités qu’ils ont subies et se rappeler la disparition de leurs proches.

Lutter contre l’impunité

«Voces de Santa Lucia» est un court-métrage de 25 minutes réalisé par Marcos Oyarzábal. Il compile et complète le travail de prises de paroles citoyennes initié à Santa Lucia en 2013 par un collectif de femmes coordonné par Maria Julia Listur. Ces prises de paroles ont été réalisées pour permettre aux victimes de rendre compte des crimes organisés par la dictature civico-militaire, dont la dénonciation aujourd’hui est encore laissée sans réponses. Pour Elena Salgueiro, de l’association ¿Dónde Están?, «la «loi de caducité de la prévention punitive de l’État» n’est toujours pas abrogée. Les crimes ne peuvent pas être jugés et les gouvernements récents n’ont pas fait beaucoup avancer la chose même s’il existe une commission gouvernementale qui est chargée de ces affaires avec un procureur spécialisé». A l’écran, la douleur est donc aussi celle de la société civile, de ces milliers de femmes et d’hommes qui dénoncent l’impunité des responsables de ces crimes plus de trente ans après les faits. Aujourd’hui le collectif derrière «Voces de Santa Lucia»  travaille à la réalisation d’un second film, «Voces de Canelones». Il inscrit sa démarche dans une série plus vaste dont l’objectif est de «réaliser un recueil de mémoire le plus important possible».

Diffuser la mémoire des victimes de la dictature

Pour l’association ¿Dónde Están?, ce film est aussi un objet politique qui permet aujourd’hui le débat et la réflexion sur cette période dans les villes uruguayennes où il est projeté. Aujourd’hui les victimes de cette histoire vieillissent et le risque de perdre leurs précieux témoignages est grand. Beaucoup reste à faire et la mise en lumière récente d’une parole féminine sur les tortures sexuelles commises par le régime et ses hommes (mouvement de la Cause des 28 femmes) témoigne de l’urgente nécessité de continuer à libérer la parole au nom de la vérité. Déclaré «d’intérêt culturel» par le Ministère de l’Éducation et de la Culture Uruguayen, Mention Spéciale du Jury au 8e Festival International du Film Documentaire en Uruguay Atlantidoc, sélectionné au 16e Festival International des Droits Humains de Buenos Aires, sa reconnaissance a permis à beaucoup d’Uruguayens de se réapproprier cette histoire et à l’opinion publique mondiale de la découvrir.

Kévin SAINT-JEAN

Voces de Santa Lucia sera projeté en cette fin d’année en France par l’association ¿Dónde Están? dans le cadre d’une séance débat en compagnie de María Julia Listur, protagoniste du film et promotrice du projet. Le 22 novembre à Grenoble, Amphi 6, Batiment Stendhal, Université Grenoble-Alpes, 18 h, le vendredi 23 à la Mairie de Lyon sixième à 18 h 30 et à Paris à la Maison de l’Amérique latine le mardi 27 novembre à 18 h 30

¿Dónde Están? : depuis 1997 l’association agit pour informer sur la situation en Uruguay à travers l’organisation d’activités culturelles et de conférences. Elle lutte pour rendre visible les crimes contre l’Humanité commis par la dictature civico-militaire uruguayenne de 1973 à 1985, tout en accompagnant les familles des victimes et les associations qui mènent au quotidien un travail de mémoire sur cette période.
 
 

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