Cannes 2018

Clôture du festival


Cannes 2018, un palmarès très éclectique. Retour sur les prix décernés par sections

Clap de fin pour la 71e édition du festival de Cannes qui, pendant douze jours, a dévoilé des artistes et des films du monde entier. Sur la scène du Grand Théâtre Lumière, le maître des cérémonies, Edouard Baer, a accueilli le jury des longs métrages, présidé par Cate Blanchett, pour l’annonce du palmarès 2018. Bref compte-rendu des prix décernés par compétition.

Photo : extrait d’Une affaire de famille, Palme d’Or

En compétition officielle, Cate Blanchett et son jury ont couronné de très beaux films. Une affaire de famille (Palme d’Or) du Japonais Hidokazu Kore-eda, un habitué de la sélection, est un film très étonnant sur une famille pauvre qui vit chez la grand-mère et qui recueille une petite fille battue. L’Iranien Jafar Panahi, assigné à résidence dans son pays, réalise, dans Trois visages, un voyage avec son actrice dans un petit village perdu à la recherche d’une gamine qui veut s’inscrire au conservatoire. Il a obtenu le prix du scénario ex-æquo avec l’italienne Alice Rohrwacher pour Heureux comme Lazzaro. Capharnaüm, de l’actrice libanaise Nadine Labaki, a ému le public et a obtenu le prix du jury. Signalons aussi la reconnaissance de Spike Lee pour son film Blackkklandsman sur le Ku Klux Klan. Le prix de la mise en scène est allé à Cold war, réalisé par le Polonais Pawel Pawlikowski. Les prix d’interprétation ont récompensé une actrice kazakh et un acteur italien. Une Palme d’or spéciale a été attribuée à Jean-Luc Godard, maintenant âgé de 87 ans, pour son film très expérimental Le Livre d’image.

Aucun film latino n’était en compétition officielle si ce n’est Le Grand cirque mystique, présenté hors compétition et réalisé par le brésilien Carlos Diegues. Il aurait pu être signé par le chilien Alejandro Jodorowski. La vie de ce cirque durant un siècle, de sa grandeur à sa décadence, est remarquablement filmée.

Dans la section «Un certain regard», où le jury de Benicio del Toro a primé Border du Danois Ali Abbasi ; un film très curieux à la limite du fantastique dans lequel une douanière renifle les personnes pas très nettes. Le prix spécial du jury a été attribué au documentaire luso-brésilien Chuva é cantoria na aldeia dos mortos (Les morts et les autres) de João Salaviza et Renée Nader Messora ; l’histoire d’un jeune indigène Krahô vivant au nord du Brésil, qui fait des cauchemars depuis qu’il a perdu son père. Il doit organiser la cérémonie funéraire pour que l’esprit du père puisse rejoindre le village des morts et que le deuil prenne fin. Échappant à son devoir et refusant de devenir chaman, Ihjãc décide de s’enfuir vers la ville, loin de son peuple et de sa culture.

Le prix du jury pour l’interprétation a distingué le jeune belge Victor Polster pour sa remarquable performance d’hermaphrodite dans Girl de son compatriote Lukas Dhont. Le film a également reçu «La caméra d’or», prix prestigieux qui distingue le meilleur premier film toutes sections confondues et le prix de la presse.

À partir d’un fait historique, le film L’Ange décrit la vie d’un assassin, bel ange blond. Mais nous ne verrons pas les meurtres. Tout est suggéré. Pourtant, il manque quelque chose pour que nous soyons complètement satisfaits par ce film de l’Argentin Luis Ortega. Meurs, monstre, meurs est un film d’épouvante, deuxième film de l’Argentin Alejandro Fadel. En Patagonie, un monstre très laid tue des femmes en leur coupant la tète. Un inspecteur se lance à sa trace. On aurait mieux aimé ne pas voir la Bête, et que tout soit suggéré dans ces décors magnifiques de la région de Mendoza.

À la Quinzaine des Réalisateurs, qui fêtait cette année son cinquantième anniversaire, le film colombien de Cristina Gallego et de Ciro Guerra, Pájaros de Verano, était présenté en ouverture. C’est un film réussi sur les débuts du trafic de drogue en Colombie. Dans ce peuple Waayuu où le matriarcat est important, la demande américaine de marijuana des années 80 va introduire une guerre des clans. Se construit peu à peu un empire qui marque la fin d’une manière de vivre indigène. C’est la naissance des cartels de la drogue. Merveilleusement réalisé et parlé dans la langue des Wayuu, le film dévoile un aspect peu connu de l’histoire de la drogue en Colombie.

Los silencios de la brésilienne Beatriz Seigner est une histoire originale : une famille arrive sur une petite île au milieu de l’Amazonie, à la frontière du Brésil, de la Colombie et du Pérou. Elle a fui le conflit armé en Colombie. Cette île est un peu mystérieuse car nous ne savons pas vraiment qui sont les vivants ou les morts. Réalisé avec beaucoup de force par une jeune réalisatrice, le film est très beau. Parler des morts et des disparus du conflit colombien de cette façon est une réussite.

Cómprame un revólver de Julio Hernández Cordón se déroule dans un Mexique intemporel où une petite fille, pour aider son junkie de père, porte un masque pour cacher sa féminité.

El Motoarrebatador de l’Argentin Agustín Toscano raconte l’histoire d’un voleur à moto qui arrache le sac d’une vieille dame. Pris de remords, il va s’occuper d’elle, devenue amnésique. Le film est réalisé avec beaucoup d’humour. Il a été tourné dans la région de Tucumán où «notre caractère, dit le réalisateur, ressemble plus à ceux des pays voisins comme le Chili qu’à celui de Buenos Aires». Ce fut vraiment une bonne surprise.

Enfin, le film chilien de l’Universidad de Chile, El verano del león eléctrico réalisé par Diego Céspedes, a reçu des mains de Bruno Bonello le premier prix de le Cinéfondation du Festival de Cannes. Cette sélection comprenait 17 films d’étudiants en cinéma choisis parmi 2 426 candidats en provenance de 512 écoles de cinéma dans le monde. Plusieurs de ces films seront projetés à la Cinémathèque de Paris le 11 juin.

Beaucoup de films cette année mettaient l’accent sur la guerre ou la mort. Les films de Cannes sont toujours un reflet de la société. Bien entendu le Festival défend la liberté de création. Une sélection, comme celle des cinéastes de l’Acid, montre des films originaux.

À la Semaine de la Critique, un programme présentait quatre courts du Festival mexicain de Morelia, également projetés à Paris à la Maison du Mexique.

Il est toujours important que le temps soit agréable pendant le festival pour pouvoir faire au moins une heure de queue sous le soleil. Ce ne fut pas le cas cette année. Les invitées devaient geler dans leurs belles robes de couturiers sur le red carpet (car on ne dit plus tapis rouge). Les autres étaient au cinéma ou regardaient sur les écrans du Palais, par Smartphone interposé, la conférence de presse de Jean-Luc Godard, resté à Rolle, en Suisse.

Alain LIATARD

 
 

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