Des Latino-américanistes et Latino-américains en France

Lettre à M. Emmanuel Macron


Quelle est la place actuelle de l’Amérique latine en France ?

Des artistes et intellectuels latino-américains travaillant en France et de latino-americanistes français lancent un appel par une lettre ouverte à M. Emmanuel Macron, président de la République. Si vous souhaitez ajouter votre nom à la liste des signataires, un simple mail suffit en ajoutant votre profession. 

Monsieur le Président de la République,

L’Amérique latine aura été la grande absente de la campagne électorale. L’Europe, l’Afrique, la Méditerranée, le Proche et le Moyen-Orient constituent un étranger proche qui s’impose à notre pays. Mais l’oubli d’un Nouveau Monde, s’il était confirmé, serait dommageable à la France. La Cinquième République est porteuse d’universel. La France ne pourrait sans péril pour elle-même, ses intérêts, ses alliances proches, ses principes, oublier la pluralité du monde. Et donc ce qu’elle doit à l’Amérique latine. Paraphrasant le propos de l’un de vos prédécesseurs, il est vrai d’affirmer que la France ne saurait « sans se renier, se scléroser, se détourner des sources vives » qu’elle partage avec l’Amérique latine.

L’Amérique latine a valeur d’étalon diplomatique et politique. À toutes les époques de son histoire, la France a su lui tendre la main et accueillir avec profit celle qui lui était donnée. Le général de Gaulle avait littéralement offert la « mano » de la France aux Latino-Américains au cours d’un voyage continental effectué en 1964 du Mexique au Chili. François Mitterrand avait adressé en 1982 un salut fraternel aux peuples d’Amérique latine. Parce que « nous avons », avait-il dit, des « buts communs », reflets « de sources communes ». La présence sur notre territoire d’artistes, d’écrivains, de scientifiques latino-américains témoigne d’une attraction puissante et toujours actuelle. Octavio Paz, prix Nobel mexicain, avait en 1984 rappelé « l’influence féconde que la culture européenne a exercée sur la pensée, la sensibilité et l’imagination de nos meilleurs écrivains, artistes et réformateurs sociaux et politiques ».

La plupart ont cultivé le « prétexte de Paris », pour approfondir et élargir le terreau des sources que nous avons en partage. Littéraires avec Jorge Amado, Alejo Carpentier, Julio Cortázar, Gabriel García Márquez, Pablo Neruda, César Vallejo, Mario Vargas Llosa. Artistiques avec Diego Rivera, Tarsila do Amaral, Jesús Rafael Soto, Joaquín Torres García, Wifredo Lam. Politiques avec Simón Bolivar, José de San Martín, Francisco de Miranda, Raúl Haya de la Torre, Celso Furtado. Parmi beaucoup d’autres. Nombreux sont encore ceux qui viennent en France, parfois y vivent et contribuent à la création de richesses intellectuelles et matérielles.

La réciprocité et l’échange ont été très tôt au cœur de cette relation intense, et porteuse de fruits inattendus. Il suffit d’évoquer quelques personnalités ayant toutes contribué à penser que l’avenir de la France – et de l’Europe – passait aussi par le reflet renvoyé par le Nouveau Monde latino-américain : Montaigne, Charles Marie de La Condamine, Voltaire, Fernand Braudel, Claude Lévi-Strauss, Roger Caillois, André Breton, Jules Supervielle, Georges Bernanos, Pierre Monbeig, Georges Clémenceau, Jean Jaurès. Tous ont tiré de leur rencontre avec l’autre « latino-américain », un « plein d’usages et raisons », qu’ils ont utilement greffé sur nos savoirs.

Une « frontière de verre » sépare et unit la France, l’Europe à l’Amérique latine. La latinité est l’héritage paradoxal d’une histoire contrastée, fondatrice d’un dialogue inscrit dans la durée. Permettez-nous de citer une fois encore Octavio Paz, intellectuel ayant jeté des ponts lucides et fructueux entre les deux rives de notre « occidentalité » européenne : « Latino-Américains, nous parlons espagnol et portugais […]. Nos coutumes, nos institutions, nos arts, et nos littératures viennent directement de l’Espagne et du Portugal. Mais à peine affirmons-nous que nous sommes une prolongation ultramarine de l’Europe que les différences sautent aux yeux ».

Cette différence est une source potentielle d’enrichissement partagé. Il convient de la cultiver. Dans l’intérêt supérieur des uns, en France et en Europe, comme des autres, en Amérique latine. Celle-ci a été étroitement liée à l’Alliance française depuis ses origines. Les affinités latines, l’admiration pour les idéaux, les arts et les lettres français, l’attraction exercée par Paris sont vives. Pour beaucoup, la France demeure la porte d’entrée vers l’Europe. La proximité qui nous a été donnée peut être un levier de projets communs dans le domaine des créations artistiques et intellectuelles, de la formation, des échanges culturels, de la recherche scientifique, du développement comme de la conception d’un monde de paix et de dialogue. D’autant plus utiles en cet univers de concurrences et de dominations exacerbées, qu’elle s’efforce de poser les fondements d’une relation allant au-delà de la diplomatie des affaires et de l’économie.

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Premiers signataires : Mercedes Alfonso (comédienne),  Danielle Almendros (biographe), Cecira Armitano-Nahory (critique d’art), Diana Baroni (musicienne), Olga Barry (éditorialiste), Françoise Barthélémy (journaliste), Catherine Bodet (médiation scientifique), André Bonvalot (Solidarité-Pérou Doubs), Jean-Paul Bostbarge (enseignant), Michel Bourguignat (expatrié français au Chili), Diana Burgos-Vigna (universitaire), Raul Caplan (universitaire), Frédéric Couderc (écrivain), Fabienne Crespo-Montero (enseignante), Maria da Conceição Coelho Ferreira (maître de conférence),  Suzete De Paiva Lima-Kourliandsky, (présidente de l’association ALMAA), José Del Pozo (historien), Jean-Paul Deler (géographe), François Delprat (professeur émérite), Marilza Demelo-Foucher (journaliste, docteur en économie), Patrick Deville (écrivain), Alfonso Díaz Uribe (sculpteur),  Françoise Dubuis (enseignante), Michel Dubuis (professeur des universités), Philippe Dujardin (politologue), Violanne Dupic (enseignante), Januario Espinosa (directeur d’Espaces Latinos), Victor Hugo Espinosa (ingénieur), Jac Forton (journaliste), Carlos Gabetta (journaliste), Edicto Garay Oyarzo (maître de conférence), Christian Girault (géographe), Tito González (directeur de Maison de culture), Alexis Guardia (économiste), Chantal Guillet (enseignante), Jean-Pierre Guis (photographe), Sandra Hernandez Davila (chanteuse), Anne-Claire Huby (éditeur), Jhon Jairo Ocampo Cantillo (master études latino-américains), Jean-Jacques Kourliandsky (chercheur), Thierry Lesprit (ingénieur), Alain Liatard (spécialiste de cinéma), Nicole Malaret (maître de conférence), Marcos Malavia (dramaturge), Maria José Malheiros (architecte), Eveline Mana (maître de conférence), Eduardo Manet (écrivain), Christine Marest Blanc-Bernard (chorégraphe), Sylvie Mongin Algan (metteur-en-scène), Maria Isabel Mordovich (écrivain), Isabelle Moulis (ethnologie du patrimoine), Maurice Nahory (conseiller de coopération culturelle), Ewerton Oliveira (pianiste), Marilú Ortiz de Rozas (écrivain et journaliste), Veronique Ovaldé (écrivain), Juan Pablo Pallamar (doctorant), Rodolfo Parada (artiste musicien), Daniel Pecaut (chercheur), Gabriel Puricelli (sociologue), Jorge Reyes (cinéaste), Romain Robinet (historien), Nicole Rochaix-Salmona (maître de conférences), Irène Sadowska-Guillon (journaliste), Pierre Salama (économiste), Carole Sanchez (maître de conférence), Aconcha Sanz (peintre), Marian Semilla Duran (professeur des universités), Carlos Schwartz (médecin), Michel Seruzier (économiste), Audibert Silvestre (éditeur-imprimeur), Simele Soares Rodrigues (maître de conférence), Ángel Pablo Tello (professeur), Catherine Traullé (médecin), Eduardo Valenzuela (directeur de dialogue citoyens), Carole Zalberg (écrivain)…

 
 

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