Le président argentin dans la tourmente

Mauricio Macri secoué


Un an après son élection, le président argentin Mauricio Macri doit affronter des scandales de corruption et une opposition populaire croissante

Un an après son élection, le président Mauricio Macri doit faire face à une série de scandales qui suscitent des accusations de conflits d’intérêts entre lui et les entreprises de sa famille. Sa politique ultra-libérale provoque une opposition de plus en plus unie et vocale.

Les scandales affectant le président Macri.  Fin 2016,  le gouvernement octroyait à l’entreprise aérienne Avian, propriété de la compagnie colombienne Avianca la concession de fonctionnement sur un grand nombre de lignes intérieures au détriment de la compagnie nationale Aerolineas Argentinas, déclenchant ainsi un scandale lié à un conflit d’intérêts touchant la famille Macri. En effet, Avian-Avianca avait racheté la compagnie à bas coût locale MacAir, raccourci de Macri Airlines, en échange de l’octroi privilégié à Avian de 26 routes intérieures. Le 1er mars dernier, le juge Jorge Di Lello ouvrait une procédure contre Franco Macri, père du président et propriétaire de MacAir, et divers fonctionnaires pour « irrégularités dans la concession des routes aériennes » à Avianca.  On apprend ensuite que Carlos Colunga, ex directeur de MacAir est aujourd’hui vice-président d’Avian !  Autre ligne favorisée par plusieurs routes aériennes : Fly Bondi. Son propriétaire, Richard Guy Gluzman serait un proche de Mario Quintana, directeur adjoint du Cabinet.  L’indignation créée par ces « copinages » a obligé le gouvernement à « reporter » l’attribution des concessions aériennes.

La Poste.   En 1997, le président libéral Carlos Menem privatise à tour de bras et le holding de la famille Macri reçoit la concession du  Correo Argentino, La Poste argentine. En 2009,  Mauricio Macri étant élu à la présidence de la ville de Buenos Aires, il cède ses actions à ses trois enfants.  Ils licencient des milliers de personnes et La Poste devient l’une des plus chère du monde. En 2003, le président Néstor Kirchner annule la concession. L’entreprise montre alors  une dette de 900 millions de dollars dont 32,65 % envers l’État. Commence une longue procédure de 12 ans pendant laquelle les gouvernements Kirchner essaient en vain  que le Groupe Macri paie sa dette à l’État. En 2015, Mauricio Macri devient président de l’Argentine. Le Groupe Macri propose alors de payer sa dette au gouvernement Macri à condition qu’il y ait une décote de 98,82 % de sa valeur, ce que le gouvernement s’empresse d’accepter, bien sûr…

Les Panama Papers.   Le président Mauricio Macri est l’un des sept chefs de gouvernement nommés par les Panama Papers. Lui et son père possèdent des comptes secrets dans divers paradis fiscaux aux Bahamas et à Panama. Il clame qu’il n’y a là rien d’illégal mais il avait oublié d’en parler avant les élections. Père et fils Macri sont toujours les deux actionnaires finaux d’entreprises enregistrées dans ces « paradis »…

Protestations massives en opposition
aux politiques néolibérales du gouvernement

Les enseignants. Le lundi 6 mars, les cinq syndicats nationaux des enseignants ont lancé une grève de 48h en défense de leurs salaires qui ont perdu près de 20 % de leur valeur suite aux énormes augmentations des tarifs de l’eau, gaz, électricité, transport, etc. Plus de 70 000 personnes ont défilé devant le ministère de l’Éducation.  La grève a été bien suivie : la rentrée des classes a été reportée de deux jours dans 22 provinces. « Ce que nous demandons, c’est le respect de la loi » disent les syndicats, la loi disant que le gouvernement doit convoquer les syndicats à une « réunion paritaire nationale » pour discuter des salaires et du Fonds compensatoire (pour les salaires des enseignants des provinces pauvres).  Le gouvernement ne veut pas en entendre parler et propose des augmentations très inférieures à l’inflation réelle. Les enseignants annoncent une nouvelle grève de 48h pour la fin du mois de mars.

Les travailleurs. Le mardi 7 mars, pour la première fois depuis longtemps, les syndicats ouvriers se sont unis pour manifester contre la hausse du coût de la vie, les licenciements massifs dans les usines, les politiques d’austérité du gouvernement. Rien que pour le mois de février dernier, l’inflation a été de 2,8 %. L’inflation de l’année 2016 approche des 40 % ! La chute de la valeur réelle des salaires est d’au moins 6 %. Le gouvernement annonce pourtant de nouvelles hausses du gaz en avril qui approcheraient les 50 %. Il y aurait eu plusieurs centaines de millier de personnes dans la rue.

Les femmes. Le mercredi 8 mars, à l’heure de publier cet hebdo, les femmes de 51 pays appellent à de grandes  manifestations en défense de leurs droits. Les femmes argentines préparent  des marches massives dont nous rendrons compte dans notre prochain bulletin.

La dette publique.   Les trois gouvernements Kirchner avaient réussi à payer la presque totalité de la dette argentine à ses créanciers internationaux pour pouvoir s’éloigner de la ligne libérale orthodoxe promue par le FMI. Le président Macri, lui, de tendance ultra-libérale, estime comme le FMI, que la croissance doit être impulsée par l’endettement. Le président a donc déjà endetté le pays à hauteur de 75 milliards de dollars auprès des grandes banques internationales (1). Suite à la politique de dé-régularisation du contrôle des changes, la fuite des capitaux atteint déjà les 25 milliards de dollars ! (2) Il faut dire que plusieurs des ministres proviennent du milieu des affaires et que 25 économistes orthodoxes occupent des postes importants dans le gouvernement…

Popularité en forte baisse.   On comprend alors pourquoi, quinze mois à peine après son élection, les derniers sondages montrent un résultat assez défavorable pour le président Macri : 57 % d’Argentins ont « plutôt une vision négative » de sa présidence, 40 % « une vision plutôt positive ».

Jac FORTON

(1) Dont Santander, Citi, JP Morgan et Deutsche Bank.    (2) Selon l’UMET (Université métropolitaine de l’Éducation et du Travail, une université privée de Buenos Aires, citée par le journal Página12 du 6 mars 2017.