Des dizaines de foyers dans tout le pays

Le Chili en feu


Solidarité mondiale avec le Chili pour combattre le plus grand incendie de l’histoire de l’Amérique latine

Près de 120 foyers d’incendie ont ravagé plus de 550 000 hectares de forêts du nord au sud du pays. Des avions de lutte contre les feux de forêts sont arrivés de Russie et du Brésil, ainsi que des équipes de pompiers de divers pays américains, européens et asiatiques. Les écologistes et des organisations mapuches dénoncent « un modèle forestier néolibéral » qui provoque des sécheresses et des déserts verts. Certains feux seraient-ils intentionnels ?

Photo : Aton Chile

Les incendies ont commencé début janvier 2017 pour s’étendre rapidement à tout le pays à cause d’une chaleur estivale d’une rare intensité (40°C par endroits) attisés par des vents violents. Selon la ONEMI (Office national d’urgence du ministère de l’Intérieur), des 119 incendies enregistrés du nord au sud du pays, 50 sont sous contrôle, 8 ont été éteints et 61 sont âprement combattus par des milliers de brigadistes, pompiers et militaires venus de partout dans le monde. On regrette la mort de 11 personnes et la destruction de plusieurs villages.

Une solidarité latino-américaine.   Vers la mi-janvier, les brigadistes de la CONAF (Corporation nationale forestière) et les pompiers locaux étant débordés par le gigantisme des incendies, la solidarité latino-américaine n’a pas tardé à se déclencher. Des pompiers sont arrivés du Venezuela, du Panama, d’Argentine, du Mexique, du Pérou, de Colombie, du Brésil et de Bolivie. Il y aurait plus de 9 000 hommes et femmes sur le terrain. Le Brésil a envoyé deux avions C-130 Hercules vers le sud du pays, pouvant larguer 12 000 litres d’eau à 47 mètres d’altitude sur les flammes. Une quarantaine d’avions et d’hélicoptères déversent chaque jour plus d’un million de litres d’eau sur des rivières de flammes qui ne semblent jamais s’arrêter. Plusieurs villages ont été complètement ravagés…

La France et le monde aussi !   Le monde n’est pas en reste ! Le Japon et l’Espagne ont également envoyé un contingent de pompiers. La Russie a envoyé un Ilyushin 76 qui déverse déjà ses 46 000 litres d’eau par passage et les autorités chiliennes annoncent l’arrivée d’un Antonov An-225 Myria, le plus grand avion du monde qui apporte quatre hélicoptères. La France a dépêché 69 pompiers militaires des casernes de Corte en Corse et Brignoles dans le Var, spécialisés dans la lutte contre les feux de forêt. L’Allemagne destine 200 000 euros à la Croix-Rouge allemande pour qu’elle organise des projets de reconstruction lorsque les incendies seront maîtrisés.

Un modèle forestier controversé.   Mais au-delà des incendies, c’est tout le modèle forestier néolibéral qui est mis en question. L’exploitation des forêts (le terme exact pour décrire la situation des forêts chiliennes depuis 50 ans) est dans les mains d’à peine quelques grands propriétaires qui ont imposé la culture extensive de pins et d’eucalyptus, une espèce non native extrêmement avide d’eau. On estime à plus de trois millions d’hectares, l’extension des zones forestières plantées dans la région centre-sud du pays. La plus grande exploitation (1,2 millions d’hectares) est entre les mains de la Holding Copec-Antar (pétrole) dont la première entreprise est Arauco de la famille Angelini qui « vaut » 6 milliards de dollars. Environ 750 000 ha appartiennent au Holding CMPC dont l’entreprise principale est Forestal Mininco contrôlée par la famille Matte qui possèderait une fortune estimée à 11 milliards de dollars (1).

Une exploitation polémique.   L’association chilienne Réseau pour la défense des territoires signale que les localités affectées sont très souvent des communautés mapuches encerclées par des monocultures forestières qui absorbent toutes les nappes phréatiques, dévastent les écosystèmes et détruisent la productivité de la terre des villageois. L’organisation Réseau des semences libres du Chili a lancé une campagne intitulée « Reforestation  avec des espèces natives et des arbres fruitiers ». Selon elle, les sites de plus grande concentration des espèces importées (eucalyptus) sont aussi ceux de plus grande pauvreté des petits paysans locaux, d’émigration et de pénurie de ressources hydrauliques qui sont « sucées par les grandes plantations ».

Des incendies intentionnels ?   La police a détenu 43 personnes suspectées d’avoir participé à des mises à feu. Mais les organisations locales avancent une autre hypothèse. Selon elles, nombre de ces incendies auraient commencé dans des zones dans lesquelles les plantations sont victimes d’un insecte qui attaque les arbres et les rend  invendables ; or, ce fléau n’est pas remboursé par les assurances. Par contre, celles-ci remboursent les destructions causées par des incendies… Ces grandes entreprises privées qui ont reçu des millions de dollars en subsides de l’État depuis 1974, n’ont jamais prévu de systèmes de prévention élémentaires tels que l’entretien des coupe-feux, surtout près des zones habitées, l’organisation de points de surveillance ou la mise sur pied d’équipes d’intervention en cas de début d’incendie. Aujourd’hui, ces entreprises qui font des bénéfices colossaux, prétendent, à travers les journaux qu’ils contrôlent, que le coupable des incendies, c’est… l’État !

Jac Forton

(1) La CMPC (Compañia Manufacturera de Papeles y Cartones) est le plus important producteur de cellulose d’Amérique latine. Elle produit également des mouchoirs jetables, des couches pour bébé et adultes et du papier toilettes. CMPC et d’autres ont récemment été épinglés par la justice pour cause d’ententes illicites sur le prix de leurs produits.