BRESIL

Les problèmes de Temer


Le gouvernement de Michel Temer englué dans les problèmes de corruption

Un troisième ministre obligé de démissionner pour cause de corruption. Son remplaçant serait lié au narcotrafic. Le rapport pour la destitution du député Eduardo Cunha approuvé au sénat. La présidente Dilma Rousseff contrattaque. Henrique Alves, ministre du Tourisme, vient de donner sa démission suite aux révélations de l’ex sénateur Sergio Machado qui l’accuse d’avoir reçu des pots-de-vin. Après les ministres de la Planification (Romero Juca) et de la Transparence (Fabio Silveira), c’est le troisième ministre du président par intérim Michel Temer obligé de démissionner pour cause de corruption !

Le délateur Machado dénonce tout le monde

Sergio Machado, sénateur du PMDB (Parti du Mouvement Démocratique Brésilien, centre droit) avait été arrêté pour corruption dans le scandale Petrobras, l’entreprise publique du pétrole brésilien. De nombreux politiciens et des grandes entreprises du BTP (Travaux publics) avaient corrompu l’agence et s’étaient réparti des millions d’euros en pots-de-vin. Le juge Sergio Moro avait lancé une instruction, connue sous le nom de Lava Jato (Lavage Express) qui l’avait mené à arrêter ou mettre en examen de nombreux sénateurs, députés, politiciens et hommes d’affaires. Pour éviter d’être lourdement condamné, Machado avait passé un pacte avec le juge : il dénoncerait ses collègues en échange d’une réduction de peine et de sa mise en liberté. Il a ainsi accusé plusieurs personnalités  importantes des partis PMDB et PSDB (Parti de la Social-démocrate du Brésil, droite) ainsi que deux anciens présidents, Henrique Cardozo et José Sarney,  d’avoir reçu des sommes d’argent issues du scandale financier de Petrobras. Le président par intérim, Michel Temer (PMDB), n’échappe pas aux accusations : il aurait demandé à Machado de trouver 700 000 dollars pour soutenir la candidature de Gabriel Chalita à la mairie de Sao Paulo. Machado affirme avoir  utilisé l’argent reçu illégalement de l’entreprise de construction Queiroz Galvao pour contrats avec Transpetro, l’entreprise chargée des transports de Petrobras. Temer a démenti les accusations.

Les ministères du Tourisme et des Sports hors-jeu

Machado affirme avoir remis au ministre du Tourisme Henrique Alves plus de 400 000 euros en pots-de-vin. Alves dément ces accusations et dit « préférer démissionner pour ne pas créer de gêne ou des difficultés au gouvernement » et avoir les mains plus libres pour se défendre. Puis on apprend que la justice suisse a transmis à son homologue brésilienne des documents qui montreraient que Alves possèderait un compte secret de 2 millions de dollars dans ce pays… Nouveau problème, au ministère des Sports cette fois. Le président par intérim avait nommé Secrétaire national du football au ministère des Sports, Gustavo Perella, un entrepreneur agricole et ancien député régional de l’État du Minas Gerais.  Mais on découvre qu’il est le propriétaire d’un hélicoptère connu au Brésil comme « l’hélicoca ». En 2013, un hélicoptère s’écrasait dans une estancia. La police découvrait à bord 455 kg de cocaïne ! Le pilote était un conseiller législatif du député. Étrangement, la justice déclara à l’époque que le député Perella n’était pas impliqué dans le narcotrafic. Autre caillou dans le soulier de Temer : un des conseillers spéciaux qu’il avait nommés au ministère des Sports, Vanderley Alves (pas de lien de parenté avec le ministre) avait été condamné pour port illégal d’armes, drogue et tentative de meurtre en 1999…

Les Jeux Olympiques en danger ?

La ville de Rio de Janeiro vient de se déclarer en « état de calamité » car au bord de la cessation de paiement. Une mauvaise gestion, la crise économique, la forte baisse des revenus du pétrole et la participation financière de la ville aux JO en sont les principales causes. Le président par intérim Temer a annoncé un premier apport fédéral « d’urgence » de 800 millions d’euros à la ville pour que les Jeux puissent avoir lieu,  au dépens des services publics, de la santé, de l’éducation, des transports. A quelques semaines de l’ouverture des JO, la démission du ministre, les nominations polémiques et les énormes sommes déviées vers les JO sont des  coups durs pour Temer dont la cote de popularité, déjà peu élevée, est maintenant en chute libre.

Les présidents de la Chambre des députés et du sénat en problèmes

La Commission d’éthique du Parlement brésilien a approuvé par 11 voix contre 9, l’ouverture d’une procédure de destitution contre Eduardo Cunha, le président de la Chambre des députés et le plus acharné des politiciens contre la présidente Dilma Rousseff, pour corruption. Une session plénière du sénat doit entériner ou rejeter le verdict de la Commission. Si entériné, Cunha sera définitivement destitué de la présidence de la Chambre. De son côté, le président du sénat, Renan Calheiros, est lui aussi accusé de corruption : il aurait reçu huit millions de dollars de pots-de-vin depuis 2004. Il risque donc également d’être soit destitué soit obligé de démissionner.

Le président du PSDB sur la sellette

Aecio Neves, candidat malheureux aux dernières élections pour le PSDB (Parti de la Social Démocratie brésilienne) et opposant féroce à Rousseff, est l’objet d’une seconde enquête sur des accusations d’obstruction à une commission parlementaire concernant des mouvements indus dans une banque, et pour le financement illégal de campagnes électorales. La première enquête devait déterminer s’il était lié à des actes de corruption concernant l’entreprise publique Furnas dans le Minas Gerais.

La présidente Dilma Rousseff  favorable à de nouvelles élections

Pour sortir de la crise, la présidente Dilma Rousseff propose la tenue de nouvelles élections et l’organisation  d’un plébiscite. Selon l’analyste politique Emir Sader, Rousseff serait sur le point de rédiger un programme à mettre en œuvre si la procédure de destitution contre elle était annulée par le plenum du sénat. Avec Lula da Silva comme coordinateur, elle s’engagerait à abandonner la politique d’austérité adoptée au début de son second mandat et à reprendre les politiques originelles des gouvernements du PT (Parti des Travailleurs, gauche) : développement économique avec inclusion et redistribution des revenus nationaux (1). La présidente organiserait ensuite un plébiscite national demandant au peuple quelle direction politico-économique celui-ci souhaiterait que le gouvernement adopte : le néolibéralisme des PSMB et PSDB ou l’inclusion sociale du PT et de ses alliés. Le résultat de ce plébiscite devrait ensuite être approuvé par le Congrès. Ce n’est pas gagné : il faut d’abord que le sénat rejette la procédure de destitution définitive de la présidente (décision vers la mi-août), puis que le Congrès accepte la tenue du plébiscite. Rien n’est perdu non plus car  à la lumière des scandales du gouvernement Temer, plusieurs sénateurs pourraient bien changer d’avis et rejeter la destitution.

Jac FORTON

(1) Dans le journal Página12 en ligne du 13 juin 2016.

 
 

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