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“Rating”, le nouveau roman d’Alberto Barrera Tyszka sur le monde de la télévision

Rating, le nouveau roman d’Alberto Barrera Tyszka, après l’excellent La Maladie, prix Herralde en Espagne en 2006, nous entraîne dans les coulisses des chaînes de télévision, prisonnières du terrible audimat qui fait trembler producteurs et scénaristes.

Dès les premières pages, la chaîne Canal 6 voit son rating, c’est-à-dire son audimat, s’écrouler et un vieux producteur sur la touche, Rafel Quevedo, saisissant l’opportunité, propose un reality show original pour regagner l’audience voulue et pour lui la gloire perdue. Et nous allons assister au montage du projet étape par étape, dans un récit partagé entre trois personnages : le vieux producteur et ses deux acolytes, un scénariste d’expérience et un jeune étudiant en lettres complètement novice et nommé assistant de production.

Celui qui manipule tout et tout le monde, et n’apparaît qu’à la troisième personne, c’est Quevedo. Vieux producteur sur la touche, il voit à travers la chute constante de l’audimat pour Canal 6 une dernière opportunité à saisir de rentrer en gloire avec son idée de génie, un reality show tant soit peu truqué avec les malheureux sinistrés de la pluie. Très autoritaire et enthousiaste, il décide de tout, dompte aussi bien les juristes de la chaîne que les techniciens, impose des manipulations de scénario à l’écrivain Izquierdo, guide et surveille le jeune Pablito comme il l’appelle avec un léger dédain amusé.

Au fil des chapitres, et en alternance, le lecteur suit le parcours raconté à la première personne, avec introspection et états d’âme qui l’accompagnent, des deux autres piliers du projet. Manuel Izquierdo, scénariste de feuilletons avec ses vingt ans de métier connaît et nous livre toutes les ficelles, se souvient de ses propres débuts à la télévision, fait l’historique de ce genre populaire et rappelle, assez désabusé, qu’il ne s’agit pas de création littéraire mais qu’il faut obéir aux exigences de la chaîne et “faire pleurer les femmes”, but ultime. Il nous confie aussi des souvenirs plus intimes de sa propre vie sentimentale, sa peur de la souffrance et de la vieillesse qui approche et rend son personnage plus humain à défaut d’être sympathique.

Face à lui, Pablo Manzanares, le jeune étudiant en lettres inexpérimenté, que Quevedo a placé là pour qu’il apprenne. Lui n’a aucune expérience de quoi que ce soit, et Manuel va lui montrer comment manipuler les personnes, quelle dose de fiction apporter pour corser les intrigues, faire naître des conflits et garder l’intérêt du public. Pablo va aussi faire son apprentissage amoureux, entre une autre étudiante de la faculté et une jeune actrice carriériste embauchée dans le reality show.

Cahin-caha, le projet débouche sur l’instant de vérité, la programmation et les résultats du rating : surprise finale au dernier acte qu’il ne convient pas de dévoiler ici mais qui clôt cette histoire de façon inattendue et habile.

Voici donc un roman extrêmement documenté et très intéressant où l’on découvre les coulisses d’une certaine télévision universelle, un monde cynique et impitoyable où tout est bon pour faire de l’audience sans aucun scrupule ni état d’âme et où l’échec n’est jamais pardonnable ni pardonné. Ces trois personnages, le vieux renard manipulateur, le désabusé scénariste amer et le jeune ingénu qui perdra vite sa naïveté portent ce récit de façon très convaincante et font de ce roman une lecture très agréable et instructive.

Louise LAURENT

Rating, de Alberto Barrera Tyszka, traduit de l’espagnol (Venezuela) par Nicole Rochaix-Salmona, éditions Zinnia, 222 pages, 14 €. SITE

 

Photo : © Lisbeth Salas

 
 

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