Lula et Sheinbaum : la gauche fait front contre les ingérences américaines

Selon le communiqué officiel de la présidence brésilienne, les deux dirigeants progressistes ont « réaffirmé l’importance et la valeur qu’ils accordent au renforcement et à la préservation du multilatéralisme, du droit international, de la démocratie et du principe de non-ingérence ». Les chefs de la diplomatie des deux pays étaient présents lors de l’échange : le Brésilien Mauro Vieira et le Mexicain Roberto Velasco. Sur le réseau social X, le président Lula a insisté sur la solidité de cette relation bilatérale, soulignant que « le Mexique et le Brésil sont des partenaires fondamentaux en Amérique latine et dans les Caraïbes ». Il a ajouté que la taille, l’économie et le rayonnement international des deux nations en faisaient « un moteur d’intégration régionale et de prospérité partagée ».

L’un des points les plus saillants de l’échange a été la question cubaine. Les deux mandataires ont confirmé leur position commune en faveur de la levée de l’embargo américain sur Cuba et ont exprimé leur vive préoccupation face à la grave situation humanitaire dans l’île. Le président brésilien a également manifesté son opposition aux pressions interventionnistes des États-Unis dans la région, en ciblant implicitement le soutien public de Donald Trump à des candidats d’extrême droite, notamment en Colombie pour le second tour de l’élection présidentielle, ainsi qu’au Brésil à l’approche du scrutin d’octobre. Du côté mexicain, la présidente Sheinbaum avait elle aussi dénoncé, dix jours plus tôt, une tentative d’ingérence américaine à la suite de la demande d’extradition formulée par le parquet de New York à l’encontre du gouverneur de Sinaloa, Rubén Rocha, accusé de liens avec un cartel de narcotrafic.

Cette réunion intervient par ailleurs une semaine après de vives tensions commerciales entre les États-Unis et le Brésil. Le gouvernement brésilien a qualifié de « tentative d’ingérence » la décision américaine de proposer des droits de douane supplémentaires sur les importations brésiliennes, après qu’une enquête du bureau du Représentant américain au commerce a conclu à des pratiques commerciales déloyales de la part du Brésil (notamment sur des questions liées à la déforestation). La chancellerie brésilienne a fermement réagi en affirmant que cette enquête, initiée en juillet 2025 à la demande de l’opposition bolsonariste, obéissait à des motivations purement électorales en vue du scrutin présidentiel brésilien de l’automne.

Sur le plan bilatéral, les deux présidents ont passé en revue les avancées de leur coopération économique. Lula a mis en avant des « conversations productives sur l’agenda de coopération énergétique, qui couvre la collaboration dans les biocarburants jusqu’à la signature potentielle d’un accord entre Pemex et Petrobras » pour l’exploitation d’hydrocarbures en eaux profondes. Ce volet s’avère particulièrement stratégique : Petrobras est mondialement reconnue pour ses technologies de pointe développées dans le domaine de l’exploration offshore à grande profondeur, un savoir-faire que Pemex cherche à mobiliser pour valoriser ses propres gisements dans le golfe du Mexique.

L’échange a enfin permis d’évoquer les grandes échéances internationales. En marge des discussions politiques, le président brésilien a conclu sur une note plus chaleureuse : « J’ai souhaité à la présidente Sheinbaum beaucoup de succès dans l’organisation de la Coupe du monde de la FIFA 2026 au Mexique », dont le match d’ouverture avait lieu le lendemain à Mexico.