La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum et le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva ont tenu, mercredi 10 juin 2026, une visioconférence de quarante minutes. Les chefs d’État des deux plus grandes puissances d’Amérique latine ont échangé sur les grands enjeux du moment, dans un contexte régional marqué par une pression croissante de Washington.
Une alliance de gauche face aux turbulences régionales
Selon le communiqué officiel de la présidence brésilienne, les deux dirigeants progressistes ont « réaffirmé l’importance et la valeur qu’ils accordent au renforcement et à la préservation du multilatéralisme, du droit international, de la démocratie et du principe de non-ingérence ». Les chefs de la diplomatie des deux pays étaient présents lors de l’échange : le Brésilien Mauro Vieira et le Mexicain Roberto Velasco. Sur le réseau social X, le président Lula a insisté sur la solidité de cette relation bilatérale, soulignant que « le Mexique et le Brésil sont des partenaires fondamentaux en Amérique latine et dans les Caraïbes ». Il a ajouté que la taille, l’économie et le rayonnement international des deux nations en faisaient « un moteur d’intégration régionale et de prospérité partagée ».
L’un des points les plus saillants de l’échange a été la question cubaine. Les deux mandataires ont confirmé leur position commune en faveur de la levée de l’embargo américain sur Cuba et ont exprimé leur vive préoccupation face à la grave situation humanitaire dans l’île. Le président brésilien a également manifesté son opposition aux pressions interventionnistes des États-Unis dans la région, en ciblant implicitement le soutien public de Donald Trump à des candidats d’extrême droite, notamment en Colombie pour le second tour de l’élection présidentielle, ainsi qu’au Brésil à l’approche du scrutin d’octobre. Du côté mexicain, la présidente Sheinbaum avait elle aussi dénoncé, dix jours plus tôt, une tentative d’ingérence américaine à la suite de la demande d’extradition formulée par le parquet de New York à l’encontre du gouverneur de Sinaloa, Rubén Rocha, accusé de liens avec un cartel de narcotrafic.
Cette réunion intervient par ailleurs une semaine après de vives tensions commerciales entre les États-Unis et le Brésil. Le gouvernement brésilien a qualifié de « tentative d’ingérence » la décision américaine de proposer des droits de douane supplémentaires sur les importations brésiliennes, après qu’une enquête du bureau du Représentant américain au commerce a conclu à des pratiques commerciales déloyales de la part du Brésil (notamment sur des questions liées à la déforestation). La chancellerie brésilienne a fermement réagi en affirmant que cette enquête, initiée en juillet 2025 à la demande de l’opposition bolsonariste, obéissait à des motivations purement électorales en vue du scrutin présidentiel brésilien de l’automne.
Pemex-Petrobras : un partenariat stratégique en gestation
Sur le plan bilatéral, les deux présidents ont passé en revue les avancées de leur coopération économique. Lula a mis en avant des « conversations productives sur l’agenda de coopération énergétique, qui couvre la collaboration dans les biocarburants jusqu’à la signature potentielle d’un accord entre Pemex et Petrobras » pour l’exploitation d’hydrocarbures en eaux profondes. Ce volet s’avère particulièrement stratégique : Petrobras est mondialement reconnue pour ses technologies de pointe développées dans le domaine de l’exploration offshore à grande profondeur, un savoir-faire que Pemex cherche à mobiliser pour valoriser ses propres gisements dans le golfe du Mexique.
L’échange a enfin permis d’évoquer les grandes échéances internationales. En marge des discussions politiques, le président brésilien a conclu sur une note plus chaleureuse : « J’ai souhaité à la présidente Sheinbaum beaucoup de succès dans l’organisation de la Coupe du monde de la FIFA 2026 au Mexique », dont le match d’ouverture avait lieu le lendemain à Mexico.
Elisa HAININ-MIRAILLET


