Dans la section un certain regard on a vu à Cannes Siempre soy tu animal materno (À jamais ton animal maternel) de la Costaricaine Valentina Maurel. Les actrices Marina De Tavira, Daniela Marín Navarro, Mariangel Villegasont ont obtenu le prix d’interprétation.
Valentina Maurel déconstruit ainsi avec audace et dextérité un réalisme de carte postale pour saisir au mieux l’intériorité de ses personnages en symbiose avec leur propre espace de vie. Cette description pourrait laisser entendre un film abstrait alors qu’il s’agit bien de tout le contraire, refusant là aussi tout symbolisme métaphorique au profit d’une mise en scène des éléments du quotidien auxquels régulièrement les protagonistes se heurtent.
Les quatre membres d’une même famille sont unis par un amour indéfectible bien que confronté.es à de profondes difficultés de communication. La peinture humaine s’attache ici aux vulnérabilités des personnages qui fait écho à une ville chaotique ne permettant pas un épanouissement à sa population. La menace misogyne omniprésente autour du graffiti et du cri Puta. Valentina Maurel saisit une ville dans toute sa complexité inaccessible qu’elle retranscrit pourtant avec une réelle perspicacité.
Elle met en valeur dans les liens entre deux sœurs et leur mère, des fractures sociales impliquant à la fois une xénophobie à l’égard du voisin nicaraguayen et un déni profond des origines non européennes. Ces questions arrivent en toile de fond sans jamais s’imposer comme un film à thèse. Là aussi, Valentina Maurel déconstruit la narration classique où l’enjeu ne consiste plus à résoudre un conflit mais plutôt de prendre en considération ce qui conduit à des conflits. Le film est ainsi une fascinante mise en scène du chaos échappant à tout artifice. »
Alain LIATARD
D’après Cédric Lépine


