Le documentariste chilien Patricio Guzmán est décédé mardi 15 septembre à Paris, des suites d’un arrêt cardiorespiratoire, à l’âge de 85 ans. Ce cinéaste de renom, installé en France depuis plus de quarante ans, a réalisé plus de vingt films, principalement des documentaires, parmi lesquels « La Bataille du Chili » (1975-1979) est une trilogie marquante. Cette œuvre retrace les années tumultueuses du gouvernement d’Unité populaire (1970-1973) et la déstabilisation politique qui a culminé avec le coup d’État contre l’ancien président Salvador Allende (1908-1973).
Selon les médias locaux, le cinéaste souffrait de complications depuis trois ans en raison d’une longue maladie. Des sources proches de sa famille ont indiqué qu’il s’était senti mal lundi à Paris, souffrant d’une forte fièvre, et qu’il avait été hospitalisé, où il est décédé. Le cinéaste de renom, installé en France depuis plus de quarante ans, a réalisé plus de vingt films, principalement des documentaires, parmi lesquels La Bataille du Chili (1975-1979) se distingue. Cette trilogie retrace les années tumultueuses du gouvernement d’Unité populaire (1970-1973) et la déstabilisation politique qui culmina avec le coup d’État contre l’ancien président Salvador Allende (1908-1973). Le film, que Guzmán dut faire sortir clandestinement du pays en raison des persécutions de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990), devint le documentaire latino-américain le plus diffusé de l’histoire et une œuvre majeure du cinéma documentaire.
La reconnaissance de Guzmán
Certaines des images du documentaire, comprenant des interviews sur le terrain et des enregistrements des grèves les plus emblématiques de cette période tumultueuse, ont été fournies par le cinéaste Chris Marker, qui connaissait déjà certains travaux de Guzmán. En 2023, Guzmán a reçu le Prix national des arts du spectacle et des médias audiovisuels, confirmant ainsi son statut de cinéaste parmi les plus influents de l’histoire dd’Amérique latine. Parmi ses récompenses les plus prestigieuses figurent l’Ours d’argent du meilleur scénario à la Berlinale en 2015 pour son documentaire « Le Bouton de nacre » et le Goya du meilleur film ibéro-américain en 2022 pour « La Cordillère des rêves », premier documentaire à recevoir cette distinction. Ce film lui a également valu le prix du meilleur documentaire au festival de Cannes, et pour « Nostalgie de la lumière », le Prix du cinéma européen du meilleur documentaire en 2010.
Les débuts de Patricio Guzmán
Patricio Guzmán Lozanes est né le 11 août 1941 à Santiago du Chili. Il a suivi une formation à l’Institut du film de l’Université catholique, puis à l’École officielle de cinéma de Madrid, où il a obtenu un diplôme de réalisateur. De retour au Chili, il documente les processus politiques et sociaux que connaît le pays sous le gouvernement d’Unité populaire. Après le coup d’État du 11 septembre 1973, Guzmán est arrêté et emprisonné au Stade national. Il quitte ensuite le Chili et passe une grande partie de sa carrière à l’étranger. Son œuvre cinématographique est profondément liée à la mémoire politique chilienne, au coup d’État, à la dictature et à ses conséquences.
La Bataille du Chili
L’une de ses productions les plus acclamées internationalement est La Bataille du Chili, une trilogie documentaire qui retrace la crise politique et sociale précédant le coup d’État de 1973. Les trois parties sont réalisées entre 1975 et 1979, à partir d’images tournées principalement durant les derniers mois de la présidence de Salvador Allende. Après le coup d’État, les images sont sorties clandestinement du Chili et montées à Cuba. Cette œuvre devient un pilier du documentaire politique latino-américain et consolide la réputation internationale de Guzmán.
Une trilogie sur le Chili et sa mémoire
Des décennies plus tard, Guzmán est revenu sur l’histoire récente du pays à travers une trilogie mêlant les paysages chiliens à la mémoire des victimes de la dictature. Le premier film, Nostalgie de la lumière, sorti en 2010, se déroule dans le désert d’Atacama et juxtapose le travail des astronomes étudiant l’univers à la recherche des restes des disparus menée par les proches des victimes de la dictature. En 2015, il réalise Le Bouton de nacre, un documentaire où l’eau est au cœur de son exploration de l’histoire des peuples autochtones de l’extrême sud et des violations des droits humains perpétrées sous la dictature. Le film remporte l’Ours d’argent du meilleur scénario au Festival international du film de Berlin. La trilogie s’achève avec La Cordillère des rêves, sorti en 2019. Ce film prend pour point de départ la cordillère des Andes et invite à une réflexion sur l’identité, la mémoire et le lien personnel du réalisateur avec le Chili après des décennies d’exil. Il a reçu l’Œil d’Or du meilleur documentaire au Festival de Cannes 2019 et a ensuite remporté le prix Goya du meilleur film ibéro-américain en 2022. Pendant plus de cinq décennies, Guzmán a reçu de nombreuses distinctions pour son travail de cinéaste.
La disparition de Patricio Guzman a provoqué une très vive emotion au Chili et dans le monde du cinema. Le cineaste laisse une oeuvre d’art fondamentale de l’histoire récente chilienne et aussi un leg universel à la cinematographie. Sa disparition nous a émue aussi profondément parce que nous avons eu l’honneur de le connaitre personnellement. Il avait accepté généreusement de présider le festival Documental à Lyon il y a une quinzaine d’années. Nous avons découvert de plus près l’artiste et l’homme au regard profond , à la voix pausée mais ferme lorsqu’il s’agissait de défendre la place du documentaire comme oeuvre d’art. Le départ de cet énorme cinéaste est triste mais il nous a laissé son regard sur l’histoire chilienne qui restera pour les générations présentes et à venir. Nous ne l’oublierons pas.
Olga BARRY


