Le documentaire « Les Survivants du Che » par Christophe Dimitri Réveille en salle du 9 septembre

Soixante ans plus tard, les derniers camarades survivants du Che racontent cette histoire inédite, faite d’endurance et de loyauté, dans laquelle les destins individuels ont été façonnés par les grands courants géopolitiques de la Guerre froide. Mêlant des images d’archives rares, des animations et des interviews exclusives, le film fait revivre un chapitre oublié de l’Histoire.

Depuis la victoire de la Révolution cubaine en 1959, trois guérilleros ont juré allégeance à Che Guevara et le suivent dans son combat pour exporter la révolution. En 1967, après leur ultime combat en Bolivie et l’exécution de leur leader, ces hommes de l’ombre vont réussir une incroyable échappée de 2.400 km en cinq mois. Pourchassés par plus de quatre mille soldats de l’armée bolivienne, ils parviendront finalement à rejoindre le Chili. À travers leurs témoignages inédits, Les Survivants du Che nous plonge au cœur de cette chasse à l’homme, où se croisent destins personnels et enjeux de la Guerre Froide.

Le Che, libérateur de Cuba en 1959 avec Fidel Castro, icône des soulèvements des pays du tiers-monde, bien servi par le cinéma, notamment avec le film de Steven Soderbergh, Che, est encore une légende vivante. Mais ses camarades de combat étaient restés jusqu’ici dans l’ombre. Ce n’est plus le cas désormais avec Les Survivants du Che (2008), premier long métrage de Christophe Dimitri Réveille, sur les six camarades qui, n’étant pas tombés aux côtés de leur chef, ont fait le serment d’en perpétuer la mémoire et de rejoindre Cuba pour continuer la lutte.

Selon la revue Politis, présente à Cannes en mai dernier, le cinéaste a mis vigth ans pour réaliser son film (l’histoire de son élaboration est aussi un feuilleton à rebondissements), qui a finalement trouvé sa forme avec trois registres d’images : des archives, qui donnent les éléments pédagogiques permettant aux spectateurs, même les plus néophytes sur ce point d’histoire, d’en connaître le contexte ; de l’animation, qui met en scène les épisodes de la miraculeuse cavale des survivants ; enfin des entretiens avec trois d’entre eux, BenignoPombo et Urbano, et quelques autres personnages dont Régis Debray, agent de liaison qui connut alors les geôles de la dictature bolivienne, ainsi que, du camp d’en face, des responsables de l’armée et un membre de la CIA.

La façon dont chaque fois ces hommes s’en sont sorti forme un véritable film d’aventure – un survival, comme on dit. Cela tient à chaque fois à leur expérience, à leur intelligence de la situation et à la chance. À six, ils ont dû faire face à des centaines de soldats, qui avaient été entraînés par des bérets verts états-uniens, lors de nombreux accrochages. Ils ont dû aussi repousser les limites de leur résistance physique, notamment lors de la traversée de l’Altiplano. Les épreuves humaines n’ont pas manqué. La plus poignante est survenue quand l’un des leurs, El Ñato, a été grièvement blessé et qu’en accord avec la promesse qu’ils s’étaient faite, il leur a demandé de le tuer.

Bien sûr, il y a de la politique dans Les Survivants du Che. Le film évoque notamment la conférence tricontinentale à Cuba de 1966, « le plus grand rassemblement d’organisations révolutionnaires qui ait jamais eu lieu », dit la voix off de Vincent Lindon, qui assure sobrement le commentaire. On apprend aussi incidemment que c’est la France, par décision du général de Gaulle, qui, en mars 1968, devant le refus de l’URSS, a effectué le rapatriement des ex-compagnons du Che du Chili vers Cuba, avec le soutien d’Allende.