Vainqueur du Tour Auvergne-Rhône-Alpes, Isaac Del Toro remet le Mexique sur la carte du cyclisme mondial

Durant les années 90, les suiveurs du cyclisme Mexicain avaient vu les principaux faits d’armes de Raúl Alcalá, vainqueur de 2 étapes sur le Tour de France 1990. En 2001, c’était ensuite au tour de Julio Alberto Pérez Cuapio de briller sur les routes du Giro, le tour d’Italie. Cependant, les deux meilleurs cyclistes que le Mexique ait jamais connu n’ont pas réussi à engendrer une dynamique globale, et à entraîner une émulation de grande ampleur pour ce sport. Ainsi, depuis le début des années 2000, le cyclisme mexicain a connu 20 ans de disette, sans aucun coureur capable de s’exporter en Europe, et de peser réellement sur des courses prestigieuses comme le Tour de France. Ces deux décennies ont également souligné les fragilités structurelles des organisations cyclistes mexicaines. Le Tour du Mexique (Vuelta a México), ne s’est ainsi tenu qu’à six reprises depuis 1999, et semble avoir disparu depuis 2015. De la même manière, avant leur retour l’année dernière, les championnats du Mexique avaient été supprimés en 2022 par l’Union Cycliste Internationale pour de “graves problèmes d’organisation” de la fédération mexicaine.

Au milieu de ce marasme, un véritable crack a émergé en 2023, devenant le premier mexicain à remporter le Tour de l’Avenir (l’équivalent du Tour de France pour les moins de 23 ans) en écrasant ses adversaires sur les pentes du col de la Loze à Courchevel. Isaac Del Toro, surnommé “Torito” (petit taureau) par ses entraîneurs mexicains pour son caractère volontaire, énergique et déterminé, est aujourd’hui en train de s’imposer comme un réel cador du cyclisme mondial. Né à Ensenada, et fils d’un ancien coureur amateur, le jeune Mexicain est plongé depuis son plus jeune âge dans le milieu du vélo. Depuis son arrivée chez les professionnels en 2024, il enchaîne ainsi les succès, jusqu’à terminer 3e meilleur coureur du monde (en nombre de victoires) l’année dernière à seulement 22 ans. Après un début de saison 2026 sur des bases similaires, Del Toro s’est donc illustré cette semaine sur les routes du Tour Auvergne-Rhône-Alpes, principale course de préparation au Tour de France. Étant vendredi le seul capable de suivre Paul Seixas (autre grand espoir du cyclisme mondial) sur les pentes de Crest-Voland, “Torito” s’est ensuite imposé de manière impressionnante sur les deux dernières étapes, samedi au Grand Colombier et dimanche au plateau de Solaison.

Arborant fièrement le drapeau mexicain sur son maillot, du à son titre de champion national, Isaac Del Toro porte donc haut les couleurs d’un pays qui n’est pas historiquement imprégné par la culture vélo. En Amérique latine, la Colombie et l’Equateur, notamment grâce à leur géographie très propice au cyclisme, apparaissent ainsi comme les deux seuls “pays de vélo”, capable d’envoyer régulièrement en Europe des coureurs de classe mondiale. Cependant, dans le sillage de Del Toro, une nouvelle génération de coureurs mexicains (avec des cyclistes comme Edgar Cadena ou César Macías) commence à émerger. Dans le même temps, mené par de nouveaux organisateurs, le Tour du Mexique pourrait bien faire son retour en 2027 selon le média Escape Collective. Ce renouveau est le signe d’une dynamique très positive pour le vélo mexicain, que ce soit au niveau du développement de structures ou de jeunes talents. Les nombreux drapeaux mexicains sur le bord de la route samedi, puis déployés lorsque le mexicain est monté sur le podium pour célébrer sa victoire d’étape, en sont une belle illustration : malgré son jeune âge, Del Toro s’impose déjà comme une fierté nationale, au moins aussi populaire que les stars du football mexicain.

Au mois de juillet, sur les routes du Tour de France, Isaac Del Toro sera certainement relégué à un rôle d’équipier de Tadej Pogacar, incontestable meilleur coureur du monde et leader de l’équipe UAE Team Emirates. Cependant, suite à ses performances remarquées sur les routes alpestres en ce début du mois de juin, le mexicain sera indéniablement un des principaux cyclistes à suivre dans les prochaines années. Il pourrait notamment devenir le premier mexicain (et le deuxième Sud-Américain après la victoire du colombien Egan Bernal en 2019) à remporter la Grande Boucle.