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décembre 2019

Le festival Cinelatino de Toulouse dévoile son visuel et les dates de sa 32e édition

C’est avec plaisir et fierté que l’équipe d’animation de Cinelatino de Toulouse présente la nouvelle affiche de la 32e édition qui se tiendra du 20 au 29 mars prochain. Cette édition de mars annonce donc clairement que le prochain festival ne passera pas à côté de l’histoire. Le Focus permettra d’approcher ces réalités au plus près des faits.

Photo : Cinelatino Toulouse

Le visuel des prochaines rencontres de cinéma de Toulouse, a été réalisé une fois de plus par le peintre et affichiste Ronald Curchod né en 1954 à Lausanne en Suisse. Il est parti pour la France en 1975 puis a acquis la nationalité française en 1996 et s’est installé à Toulouse.

Le festival Cinélatino est organisé par l’ARCALT (Rencontres Cinémas d’Amérique Latine de Toulouse) depuis 1989 tous les ans au mois de mars. Rendez-vous pour la 32e édition du 20 au 29 mars 2020 ! Au programme : une centaine de films de fiction, documentaires et courts-métrages, de très nombreuses avant-premières, des rencontres avec les invités, des concerts, des rencontres littéraires, etc.

Dans la précédente édition, Cinélatino avait choisi de mettre en lumière les îles de la Caraïbes. Si Cuba, la République dominicaine et Haïti font figures de locomotives, une myriade d’îles pointe ses caméras dans le paysage cinématographique : Aruba, Trinidad et Tobago, Puerto Rico, Jamaïque, Curaçao, Guadeloupe, Martinique, Bahamas.

Dans un récent communiqué, les organisateurs du festival font référence à la situation de l’Amérique latine qui est en feu avec la révolte du peuple au Chili, le coup d’État en Bolivie puis les révoltes équatorienne et colombienne… « Les peuples sont en lutte de survie et organisent la résistance. Comme Bolsonaro qui affirme vouloir liquider Quilombolas et Indigènes, les putschistes boliviens se déclarent ennemis des Aymaras : c’est une régression vertigineuse alors que ce pays était le plus stable du continent sous la présidence brutalement usurpée d’Evo Morales. Ce que demandent les peuples est ce que leur refusent ces gouvernements autoritaires, élus ou pas : un travail et un niveau de vie dignes, la libre pratique de leur langue et de leur culture, le non-asservissement aux puissances extérieures qui convoitent leurs richesses minières ou agricoles au mépris des habitants. En somme, l’autodétermination et la démocratie, rien moins ».

Cette édition de mars annonce donc clairement que le prochain festival ne passera pas à côté de l’histoire. Le Focus permettra d’approcher ces réalités au plus près des faits et d’en comprendre les substrats divers, puisqu’il se déclinera en deux parties principales : Cinémas du présent et Exercices de mémoire. Un jeu très populaire mais dont les enjeux sont éminemment politiques complètera ce binôme : le football.

D’après Cinelatino

Evo Morales surveille de près les prochaines élections depuis Buenos Aires…

Étant passé par le Mexique et Cuba après son départ forcé le 11 novembre dernier, Evo Morales est arrivé ce jeudi 12 décembre à Buenos Aires, où il a obtenu le statut de réfugié politique, profitant du retour de la gauche au pouvoir en Argentine. La Bolivie a actuellement à sa tête Jeanine Añez comme présidente par intérim, en attendant les prochaines élections de 2020, auxquelles Evo Morales ne participera pas.

Photo : Wikipedia

Après le coup d’état, le gouvernement transitoire de Jeanine Añez – deuxième vice-présidente du Sénat, qui a assume le mandat du gouvernement après la démission du vice-président Álvaro García Linera, de la présidente du Sénat, Adriana Salvatierra, et du président de la Chambre des députés, Víctor Borda – sous la loupe de l’Organisation des États Américains (OEA), organise de nouvelles élections présidentielles, lesquelles se dérouleront en 2020. Selon le ministre de la présidence, Yerko Nuñez, Jeanine Añez ne se présentera pas comme candidate pour ces élections, et son gouvernement par intérim ne soutiendra aucun candidat.

Pour le moment, on compte comme possibles candidats pour 2020 Carlos Mesa, ex-président et aussi candidat aux dernières élections du 20 octobre pour le Frente revolucionario de izquierda, et Luis Fernando Camacho, pour le Movimiento nacionalista revolucionario. Ce dernier est connu pour sa position fondamentaliste chrétienne, et pour l’image où on le voit agenouillé devant une bible sur le drapeau bolivien après le coup d’état. Par contre, le Movimiento al Socialismo (MAS), parti d’Evo Morales, n’a pas encore présenté de candidat.

Depuis son exil dans la capitale argentine, Morales essaye de reprendre l’avantage dans le panorama politique de son pays, très défavorable depuis les manifestations qui ont éclaté après sa très controversée victoire électorale, pour laquelle il a été accusé de manipulation de résultats. Evo affirme qu’il n’a aucun problème à ne pas se présenter comme candidat tant que c’est en faveur du respect du processus démocratique et de la volonté du peuple bolivien. Par contre le MAS de Morales n’a pas encore décidé qui sera leur représentant lors des prochaines élections. Parmi les possibles candidats on trouve Andrónico Rodríguez Ledezma, un jeune de trente ans, dirigeant cocalero (producteur de feuilles de coca) et politologue, ainsi qu’Adriana Salvatierra, ex-présidente du Sénat.

Néanmoins, l’activité de Morales est vivement critiquée, pas uniquement par l’opposition bolivienne, mais aussi par des personnes de son pays d’accueil. Selon le chef de cabinet du gouvernement argentin, Santiago Cafiero, on ne peut pas empêcher Morales de dire quoi que ce soit, vu qu’il a les mêmes droits que n’importe quel autre citoyen. C’est en contradiction avec les déclarations du chancelier argentin qui, lors de l’arrivée de l’ex-président, avait affirmé son engagement pour qu’il s’abstienne de faire des déclarations politiques. Le sénateur bolivien du Movimiento Demócrata Social (parti de centre-droite), Óscar Ortiz, affirme que Morales essaye de manipuler les listes de candidats pour obtenir un support inconditionnel, au lieu de respecter la démocratie, et « qu’il ne respecte pas les règles de l’asile politique, lesquelles l’empêchent d’avoir une activité politique depuis un autre pays ». Cependant, Evo Morales ne perd pas espoir et assure rester fort, ayant vaincu les forces putschistes, pour que son idéal de La Patria Grande subsiste.

Nicolás BONILLA CLAVIJO

Des grands écrivains latino-américains au prochain Quais du Polar de Lyon en avril 2020

La prochaine édition de Quais du Polar sera du vendredi 3 au dimanche 5 avril 2020 à Lyon pour rencontrer des auteurs (liste à venir) lors de dédicaces et conférences, mais aussi un programme de projections cinéma et de séries tv, la grande enquête et des événements en écho au festival dans la ville et en région !

Photo : Quai de Polar

En avril 2005 naissait à Lyon le festival Quais du Polar, organisé par l’association Quais du Polar, en partenariat avec la Ville de Lyon, les Institutions et les organismes culturels lyonnais, et des partenaires privés. Pendant trois jours (quatre jours en 2013), le festival propose une programmation autour de la littérature, du cinéma, et de toutes les formes d’art et de culture qui s’intéressent au genre « noir » : un salon du livre, des conférences et débats, des projections de films, des jeux et enquêtes, du théâtre, des concerts, des visites thématiques, des expositions inédites…

Le festival vise à offrir un panorama de la littérature policière actuelle : Quais du Polar propose au public de rencontrer les auteurs de littérature policière et les œuvres littéraires qui ont fait l’actualité dans l’année, à travers des conférences, des séances de dédicaces, ou différents événements associés (présentation de films dans les cinémas partenaires, intervention dans plusieurs musées de la ville, etc.).

Quais du Polar mène également plusieurs projets de lutte contre l’illettrisme et plus généralement milite pour l’accès à la lecture, l’écriture et la culture pour tous (notamment avec la gratuité du festival). Des actions sont menées auprès des publics scolaires (de la maternelle à l’université), des hôpitaux et des centres pénitentiaires de la région.

Pour l’édition d’avril prochain le site du festival mentionne déjà une partie de la liste d’auteurs invités dans laquelle figurent deux grands auteurs latino-américains déjà venus à notre festivals Belles Latinas  : Le Cubain Leonardo Padura, l’Argentin Martín Caparros et le Salvadorien Horacio Castellanos Moya.Suite sur le site.

Site Quai de polar

Site

Accord Équateur-FMI : l’avenir rassuré ou la chute anticipée du président Lenín Moreno ?

Depuis près de trois mois, plusieurs centaines de milliers d’équatoriens sont descendus dans la rue pour protester contre la politique de rigueur du gouvernement, synonyme de nouveaux sacrifices en perspective. La majorité de la population considère que le FMI est le principal responsable de la dégradation sociale et économique.

Photo: Wikipedia

Le bras de fer entre le gouvernement de Lenín Moreno et les manifestants dans tout le pays avait commencé au début du mois d’octobre, après l’annonce de la suppression des subventions aux carburants. Douze jours de violentes manifestations, avec un bilan déduit morts et plus de1 « àà blessé, ont forcé le président à revenir sur sa décision. Mais il se trouve désormais dans une situation d’extrême fragilité face aux exigences imposées par le FMI (Fonds monétaire international), même si ce dernier a finalement accepté l’abrogation de la hausse du prix des carburants. 

L’explosion sociale généralisée était la réponse à l’application de cette mesure, car le prix à la pompe avait augmenté du jour au lendemain jusqu’à 123 % et les tarifs des transports publics jusqu’à 40 %. Certes, M. Moreno finit par céder sous la pression de la rue, mais beaucoup estiment que c’était trop tard. Ce sentiment a été renforcé par la cure d’austérité sévère infligée au pays par le discrédité fonds monétaire, considéré comme le grand gendarme de l’économie américaine qui plane sur les pays du Cône-sud depuis des décennies.

En effet, les Équatoriens peuvent difficilement accepter « l’aide » d’un FMI très mal perçu dans les pays sud-américains. D’autant que l’opinion publique est convaincue que cet organisme international est un instrument de l’impérialisme étasunien : « Fonds de la Misère Interaméricaine » selon le dicton populaire, responsable des crises qui frappent la région depuis l’hécatombe économique et sociale qui a secouée l’Argentine en 2001. Et aujourd’hui, ceux qui manifestent ont le sentiment que c’est le même scénario qui se reproduit.

Ainsi, le plan d’ajustement draconien proposé par le FMI en échange des 4,2 milliards de dollars d’aide pour les trois années à venir, stipulait la suppression des subventions des carburants, qui coûtent à l’État 1,3 milliard de dollars par an. À cela s’ajoutent des réformes structurelles parmi lesquelles figurent la réduction des vacances des fonctionnaires de trente à quinze jours par an – afin d’augmenter la productivité – et la « donation » à l’État d’un jour de salaire par mois de la part des employés des entreprises publiques. 

Dans un tel contexte, selon Marie-Esther Lacuisse, M. Moreno n’a pas tenu ses promesses sociales et aujourd’hui il en paye le prix. La chercheuse au Centre de documentation des Amériques (Creda), à l’Institut des hautes études sur l’Amérique latine, en explique les raisons : « Lenín Moreno a été élu en 2017 pour relancer la révolution citoyenne, le programme politique social et écologique porté par son prédécesseur Rafael Correa. Ce dernier avait suscité un fort mécontentement de la population, en raison de sa politique très pro-industrie et pas assez écologique et sociale, mais aussi en raison de ses tentations autoritaires, tel son coup de force pour inscrire dans la Constitution la réélection sans limites des autorités publiques. » Mentionnons au passage que Rafael Correa a été contraint de s’exiler en Belgique, soupçonné d’abus de biens sociaux et de corruption.

C’est donc tout naturellement que Lenín Moreno incarnait le rôle de « Sauveur de la révolution citoyenne » lors des élections présidentielles de 2017. Mais une fois à la tête du pays il a inversé son discours, amorçant un tournant néolibéral, avec des politiques d’austérité. « Le président a ainsi choisi de rétablir des liens avec le FMI. Le pays a une dette publique importante, liée entre autres à des investissements dans les infrastructures – l’aménagement du territoire constituait un des volets de la révolution citoyenne », explique Marie-Esther Lacuisse, et elle ajoute : « Pour faire face à cette dette, Lenín Moreno a demandé un prêt au FMI. Sauf que ce dernier pose toujours des conditions : il est le levier pour imposer des réformes politiques. Au début des années 2000 par exemple, le FMI avait fait pression pour l’abandon de la monnaie nationale et la dollarisation de l’économie. » Voilà pourquoi le FMI est considéré comme un instrument de l’impérialisme étasunien dans tous les pays sud-américains.

Sur ce point, il n’est pas inutile de rappeler que cet organisme fut créé en 1944 à la suite de la conférence de Bretton-Woods (États-Unis). À l’origine, il fut conçu comme un « instrument de solidarité internationale monétaire », comprenant un Conseil des gouverneurs nommés par chacun des États membres (environ 140 dont la Chine populaire). Les droits de vote sont proportionnels aux quotas, et les États-Unis disposent d’un droit de veto. Mais les politiques d’ajustement structurel que le FMI fait appliquer dans les pays en développement, notamment en Amérique latine, le présentent en effet comme « un gendarme gardien de l’orthodoxie libérale.* » 

Cela explique en grande partie la virulente réaction du peuple équatorien et le FMI semble ne pas avoir pris la mesure des ravages sociaux qu’ont entraîné l’application de son programme, négligeant la mise en place de filets de sécurité sociaux pour amortir le choc des politiques d’assainissement imposées en contrepartie de son aide financière. Et cela malgré le souhait de son directeur général sortant, Michel Camdessus, qui en 1999 déclarait : « Nous voulons placer le combat contre la pauvreté au cœur de nos stratégies. »

A présent, l’Équateur est englué dans une récession depuis trois mois, malgré le fait que l’accord avec le FMI est censé remettre le pays sur les rails. Quelle issue à ce conflit ? Comment le gouvernement peut-il atténuer les tensions sociales et garantir en même temps la stabilité politique et économique ? Or, s’il jouissait d’une certaine popularité au moment de son élection, en 2017, l’espoir d’une relance de l’économie s’est étiolé au rythme des manifestations et des mesures d’austérité budgétaires. D’après les sacrifices demandés, la présidence de M. Moreno pourra-t-elle supporter le coût social d’un nouvel ajustement ?

Eduardo UGOLINI

Le dictionnaire historique et géopolitique du 20è siècle, éd. La Découverte (2002).

Le Conseil d’État à Paris valide l’extradition de l’ancien policier argentin Mario Sandoval, soupçonné de crimes pendant la dictature

L’ancien policier argentin Mario Sandoval, a été extradé de Paris le 15 décembre vers l’Argentine, après huit ans de bataille judiciaire grâce à la validation par le Conseil d’État du décret d’extradition émis en 2018. La justice argentine l’accuse d’avoir participé à des meurtres, séquestrations et tortures pendant la dictature

Photo: Telesur

Mario Sandoval, 66 ans, a été extradé depuis son domicile de Nogent-sur-Marne, en banlieue parisienne, le dimanche 15 décembre. Le Conseil d’État a validé le décret d’extradition de l’ancien policier argentin émis par le gouvernent français le 21 août 2018. C’est la fin d’une bataille judiciaire de huit ans. Sandoval est accusé par la justice argentine d’avoir participé à cinq cents faits de meurtre, torture et séquestration lors de la dictature de la Junte militaire en Argentine entre 1973 et 1983. Surnommé « Churrasco », comme le plat argentin de steak grillé, en référence à la méthode de torture des prisonniers par électricité, c’est un rappel d’un des épisodes les plus obscurs de l’histoire de l’Argentine, la dictature. 

En 2012, la justice argentine demande pour la première fois l’extradition de Mario Sandoval à la France pour le dossier de séquestration et disparition d’Hernán  Abriata, un jeune étudiant en architecture, détenu à l’École de mécanique de la marine (ESMA), où on estime que cinq mille personnes ont été torturées avant de disparaître, souvent jetées dans le Río de la Plata. 

Mario Sandoval nie les faits et estime qu’ils sont prescrits. Le Code de procédure pénale interdit l’extradition si le crime est prescrit dans le droit français. Il saisit alors plusieurs recours de la justice française pour éviter son extradition. Le Conseil d’État a donné raison aux décisions déjà prises par la Cour de cassation et le Conseil constitutionnel : en cas de séquestration, la prescription commence avec la découverte du corps ou les aveux de l’accusé, pourtant le corps d’Hernán Abriata n’a jamais été retrouvé. La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), ultime recours, a rejeté la demande vendredi 13 décembre. 

Exil discret en France

Mario Sandoval est exilé en France depuis 1985 et il acquiert la nationalité française en 1997. Cette dernière n’empêche pas son extradition, car il ne l’avait pas au moment des faits. Mario Sandoval vit discrètement son exil en France. Il enseigne même à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (IHEAL) à l’université Sorbonne-Nouvelle, en tant que consultant spécialisé en question de sécurité et défense entre 1999 et 2005. Personne ne semblait être au courant de son identité, même pas le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, directeur de l’établissement pendant la même période. 

Manuela MANCHENO

Manifestations au Chili : Rodrigo Mirante, écrivain et journaliste pour le journal « El Mostrador », a rencontré un « capucha »

Il vient de sortir du lycée, lit des ouvrages sur l’histoire récente du pays, écoute du hip-hop, prépare la Prueba de Selección Universitaria (équivalent du baccalauréat), veut faire des études dans le Travail Social et sort dans la rue avec sa cagoule noire pour lutter contre les inégalités et les injustices sociales, pour exiger dignité et plus de chances pour tous. Il y a plein de « newen » (Mapuche) en première ligne, c’est ce qui lui est arrivé de mieux comme expérience en termes de fraternité et de solidarité. Rencontre avec un capuche ou cagoule : « En première ligne, on affronte le pouvoir en face à face ».

Photo : Gabriel Bastidas

C’est comment la première ligne ?

Nous protégeons les manifestants, c’est de l’autodéfense. Nous n’avons pas d’armes et sommes contre l’apologie des armes ; ceux qui en ont ce sont les flics. Il y a des manifestations plus familiales, comme le carnaval ou les fêtes, mais ce qui se passe n’est pas une fête, en première ligne on affronte le pouvoir en face à face. On ne veut pas que d’autres personnes perdent leurs yeux. Les flics éliminent les gens, ils tuent. S’il n’y avait pas la première ligne, les flics en finiraient avec toute personne normale qui manifeste. La première ligne protège avec des boucliers, la deuxième ligne lance des patates, la troisième aussi mais elle fait surtout attention à ce que les flics ne nous encerclent pas. Il y a même une quatrième ligne. On peut se battre pendant plus de cinq heures sans manger ni boire d’autant qu’il y a des dames qui nous donnent à manger gratuitement. Quand on est fatigués, on se retire à l’arrière et on fait un roulement. On s’entraide tous. L’eau avec du bicarbonate ne nous sert pas à grand-chose car les lacrymogènes sont plus forts. Je ne porte pas de masque car c’est trop cher mais j’ai des lunettes qui me protègent des billes. Nous n’avons plus peur, ça fait un moment qu’on est lucides, c’est notre lutte, celle des gamins, de la jeunesse, on va écrire l’histoire ; ce que nos parents ont fait contre la dictature c’est du passé, ce qu’ils ont fait à l’époque n’a pas marché et ils ne peuvent pas nous dire ce qu’il faut faire. Maintenant, c’est nous les acteurs. La première ligne est très chouette, je ne connais aucun de mes camarades, c’est de la fraternité pure où l’individuel reste au deuxième plan. L’arme des nouvelles générations c’est le portable ; on enregistre la réalité avec, contre les mensonges qui veulent criminaliser le mouvement et, comme chacun peut enregistrer tout ce qui se passe, on va montrer la vérité.

Comment es-tu devenu « capucha » ?

Le « capucha » c’est le symbole du rebelle qui lutte contre le système et qui dit : marre des abus, qu’on nous insulte et qu’on nous marche dessus, marre de ravaler notre rage en crachant la haine. Je suis né un 29 mars, le « Jour du Jeune Combattant » (commémoration non officielle de l’assassinat par la police des frères Rafael et Eduardo Verara Toledo, en 1985 NdT), et ça m’a marqué. Depuis l’âge de raison, je suis en colère contre les inégalités et l’autoritarisme, j’ai cette haine et cette rage contre les flics et les milices, même s’ils font partie du peuple, mais ils sont employés par le pouvoir pour réprimer, ils tuent leur propre peuple, ces chiens de l’État. Je ne crois pas non plus les politiques, ils mentent et se lissent les moustaches. La Nouvelle Constitution sera écrite par le peuple. La génération de mes parents était paralysée par la peur de la dictature, pas la mienne. Les travailleurs indépendants arrivent aujourd’hui à la retraite avec 107.000 pesos de pension (autour de 125€). Nous luttons pour la dignité et contre les exclusions. Les gens ont dit stop et le moment est venu pour le peuple de contrôler ce qui se passe dans son pays sans aucune couleur politique derrière. L’État devrait s’occuper des plus démunis et il est temps que les patrons commencent à lâcher des sous. Le désordre social ne s’arrêtera pas tant que nous n’obtiendrons pas les changements de structure du système et nous ne le faisons pas pour nous ; peut-être que mes enfants ou neveux en récolteront les fruits.

Qu’est-ce qui a changé au Chili depuis le 18 octobre ?

On a recommencé à discuter, à se regarder en face, on arrête d’être dans sa bulle dans le métro, avec le casque, sans s’occuper du voisin, là où le système voulait qu’on reste.

Que veux-tu faire comme études ?

Je sors de terminale et j’aimerais faire du Travail Social, même si le bac ne sert à rien, c’est juste un examen standard et déshumanisé qui ne prend pas en compte les valeurs ou les principes. Je veux travailler avec des enfants en milieu social, des enfants de l’Assistance, ces gamins à qui on a volé l’enfance, qu’on a brutalisé tout petits. Dans les quartiers il y a des enfants qui se prostituent pour de la drogue, pour un peu d’argent ; nous savons tous que la drogue a été introduite par la dictature et les milices pour endormir le peuple pendant que les bourges se la coulait douce. Avec les manifestations dans les galeries marchandes, les nantis ont dit que les pauvres débarquaient. Je suis fier d’être roturier, fier de faire partie de la classe ouvrière, ça ne doit pas être une insulte, c’est une identité sociale. Les manifestations ne se déroulent plus seulement sur la Plaza d’Italia mais se sont déplacées un peu plus haut. C’est chouette, ça n’arrivait pas avant, il faut qu’on aille jusque-là où ça leur fait mal, jusqu’à la résidence deSebastián Piñera.

Les livres qui t’ont inspiré ?

Los fusileros, de Cristóbal Peña, qui parle du Front Patriote et de la lutte armée contre la dictature. J’ai été étonné d’apprendre que Raúl Pellegrín et Cecilia Magni, leaders du Front, venaient des classes supérieures mais qu’ils en sont sortis pour se battre. Certaines personnes disent que cette lutte n’a pas servi à grand-chose, je crois que c’était le moyen de répondre et se défendre contre la répression et les morts. Pendant cette période, on te tirait dessus à balles réelles et tu ne pouvais pas riposter avec des pierres. 

Nous ne savons pas ce qui se serait passé si Pinochet avait été assassiné, peut-être que la répression aurait été encore plus violente et sanglante. Je n’ai pas connu cette époque, je suis des années 2000 et c’est pour ça que je pense qu’il est fondamental de lire et de s’informer. L’histoire m’intéresse mais pas celle qu’on apprend à l’école et qui ne sert à rien. La véritable éducation vient de la famille et c’est dans la rue qu’on apprend le plus, en contact avec la réalité sociale. Ce sont les peuples qui, véritablement, écrivent l’histoire, en faisant grève et en manifestant. Nous vivons une nouvelle colonisation et nous nous devons de respecter les revendications et la résistance du peuple mapuche depuis cinq cents ans, un peuple qui survit au génocide jusqu’à aujourd’hui. J’ai beaucoup de peine à propos des assassinats et des mensonges contre les mapuches, n’oublions pas l’assassinat de Camilo Catrillanca, le plus récent. Ce sont des guerriers et ils n’arrivent pas à s’en débarrasser. On devrait en prendre de la graine et ça, ce n’est pas en cours d’histoire que je l’ai appris, mais en écoutant du rap.

Qu’est-ce que tu écoutes ?

La musique des opprimés, pas seulement du hip-hop ou du rap mais aussi le punk chilien qui a résisté à la dictature comme Fiskales Ad Hok ; ce sont des enfants de la dictature, ils ont vécu la répression, les massacres, les disparitions, les égorgements, les viols. J’ai commencé avec le punk, quand j’étais gamin. J’écoute aussi du rap social et combatif, comme Portavoz et Salvaje Decibel, qui était son premier groupe, et puis Ana Tijoux. Le rap critique les inégalités, les injustices sociales, comme les chiliens Sub VersoResonancia et La Legua York, une référence. Tous leurs textes restent d’actualité, autant que El derecho a vivir en paz, de Víctor Jara ou El baile de los que sobran, de Los Prisioneros, qui sont des hymnes qui dépassent les générations, même s’il y a des évolutions. Dans El baile de los que sobran on parle de « taper dans les cailloux » et les paroles hip-hop de Rebeldía Poblacional du groupe Salvaje Decibel reprennent ça en disant : « on ne tape plus dans les cailloux, on les jette… la capuche te cache aux yeux du pouvoir et ce n’est pas une putain de mode habillage langage de sabotage pour arrêter la police… baston contre l’État ».

El Mostrador.cl
Traduit par Fabrice Bonnefoy

Interview de Rodrigo Mirante, publiée le 8 décembre 2019 sur le site El Mostrador. Site

« Frontières, limites, échanges dans l’œuvre du poète chilien Raúl Zurita » publié en espagnol par les éditions universitaire de Toulouse (PUM)

Sous la direction du maître de conférences Benoît Santini, les éditions de Presse universitaires de Toulouse, dans la collection Hespérides, publient un ouvrage entièrement en espagnol dédié à l’œuvre du poète chilien Raúl Zurita que nous avons invité à nos Belles Latinas en novembre 2015 et dont la présence reste gravée comme un moment fort de notre manifestation.

Raúl Zurita est né le 20 janvier 1950 à Santiago. Ingénieur civil de profession, il suit des études d’Ingénierie Civile à l’Université Federico Santa María de Valparaíso ; c’est là qu’il commence à écrire. Son incarcération et les tortures qu’il subit au début de la Dictature militaire, en 1973, ainsi que le traumatisme de cette période marquent de leur empreinte tant sa vie que son œuvre. Son poème, « Prison Stade du Chili », en garde, par exemple, la trace : « Lorsque nous entrâmes par le couloir des eaux ouvertes et / en nous traînant vîmes les casernes de planches traversées / entre les deux murs du Pacifique et au-dessus de lui les gradins / brisés du Stade du Chili blanchissant sous la neige comme/une gigantesque cordillère de bâtons emprisonnant l’horizon. »

L’écriture de Raúl Zurita, si singulière, torturée et douloureuse, est finalement un chant d’espoir, d’amour à la vie, aux espaces naturels et à la poésie : “Je sais que vivent les vallées / une couleur nouvelle chantait / les plaines médusées / Où touchés au-dessus du Chili le joli petit ciel ne faisait qu’un / avec les pâturages fleuris et cieux étaient ainsi leurs visages / en extase face aux vallées :  la couleur nouvelle qu’il chantait”. Aujourd’hui, sa poésie atteint enfin fleuves et mers, vallées et pâturages, les montagnes de France, paysages que le torrent des vers de Zurita parvient comme dans un rêve à déplacer et émouvoir.

La collection « Hespérides » réunit les ouvrages consacrés au domaine ibérique et ibéro-américain : essais, études critiques, ouvrages collectifs, mais aussi textes en langue espagnole et éditions bilingues. Elle a vocation à témoigner de la vitalité d’un champ de recherches et de création vaste, multiple et en pleine expansion. Elle s’adresse aux hispanistes et au public de plus en plus nombreux que sollicitent les cultures hispaniques.

Fondée à l’origine comme une collection consacrée à la linguistique, Interlangues s’est progressivement ouverte à la rencontre des langues dans les domaines de la littérature, de la civilisation et, ultérieurement, à l’édition de textes en édition bilingue. La collection est aujourd’hui partagée entre ces deux axes fondateurs : d’une part Inter langues-Linguistique qui demeure un outil privilégié pour les spécialistes du domaine de la linguistique dans sa définition ouverte d’étude du langage ; d’autre part, Interlangues-LLCER (Langues, littératures et civilisations étrangères et régionales) qui offre à un public plus large, de spécialistes de domaines variés et de curieux, des textes et des études de textes touchant diachroniquement à toutes les aires linguistiques de la littérature et de la civilisation avec l’objectif de faire se rencontrer les chercheurs de ces spécialités autour d’un projet commun, celui de s’éclairer les uns les autres.

Les vingt textes de cet ouvrage se centrent autour des frontières, des échanges et des limités, termes et concepts polysémiques dans l’œuvre de Raúl Zurita, avec une multiplicité de regards et d’échanges, sur les frontières linguistiques et génériques, le traitement singulier des frontières spéciales et physiques se créant une géographie anomale et difforme…

Benoît Santini est maître de conférences en civilisation latino-américaine à l’université du Littoral Côte d’Opale, membre de l’unité de recherche H.L.L.I. (Histoire, les Langues, les Littératures & l’Interculturel). Spécialiste de l’œuvre de Raúl Zurita, il a écrit une thèse de doctorat et publié divers articles sur celui-ci, co-traduit plusieurs de ses poèmes et coordonné une œuvre critico-générique Raúl Zurita. Obra poética (1979-1994). Par ailleurs, il s’intéresse plus largement à la poésie chilienne (Lira popular, Gabriela Mistral, poésie et dictature, jeunes poètes du XXIe siècle), au roman chilien (Ramón Díaz EterovicDaniel BelmarSalvador Reyes), à la poésie latino-américaine (poètes de l’Indépendance, Salomón de la SelvaCésar Moro) et aux nouvelles voix émergentes de la poésie d’Amérique latine. Il a coordonné avec Laëtitia Boussard l’ouvrage collectif Chile en el siglo XXI: ¿Nuevos recorridos artísticos, nuevos caminos históricos? (Mago Editores, 2013).

Benoît SANTINI

Fronteras, lÍmites, intercambios en la obra de Raúl Zurita. Un viaje por los meandros de la creación poética. Ed. PUM. Auteur : Benoît SANTINI (dir.) N° ISBN : 978-2-8107-0660-0. Prix : 28 €.  Prix souscription : 22.50 €. Format et nombre de pages : 13,5 × 22 cm – 348 p. Année : 2019. Réf. : HES 68

Histoire(s) de chercheurs d’or en Guyane : « Les gens de l’or » de Michèle-Baj Strobel

On y parle créole, français, brésilien, on y est noir, blanc, métissé, on s’y croise plus qu’on ne cohabite, l’existence de chacun n’est qu’à lui ou à elle, de toute manière leur vie est rude, instable, riche de cette instabilité. Michèle-Baj Strobel, ethnologue mais avant tout observatrice généreuse, fait exister pour nous des dizaines de ces aventuriers.

Presse : Université de Guyane

Michèle-Baj Strobel arrive en 1981 avec ses deux enfants à Maripasoula, petite ville de Guyane, pour rejoindre son mari médecin. Au bord du fleuve Maroni, la bourgade ressemble à une île au cœur de la forêt équatoriale. Jeune ethnologue, elle découvre une Amérique qu’elle était loin d’imaginer, un mélange extraordinaire de langues et de peuples, Amérindiens, Noirs, Créoles et quelques rares Blancs, tous ou presque fonctionnaires français. Portée par une envie de découvrir, professionnelle et encore plus humaine, elle publie la première version des Gens de l’or en 1998. L’orpaillage étant revenu fortement dans l’actualité (dramatique et politique), les éditions Plon ont eu la très bonne idée de rééditer le livre, augmenté d’un avant-propos qui, plus que l’actualiser, lui donne une profondeur supplémentaire.

Les relents coloniaux et esclavagistes sont toujours bien là, dans les années 1980, la hiérarchie raciale a toujours cours malgré l’égalité républicaine. Plusieurs langues se côtoient, reflet des origines et des classes sociales, des classes sociales qui se jalousent et s’envient mutuellement. Peu à peu, Michèle-Baj Strobel découvre ce nouveau monde, les paysages et surtout ses habitants. Peu à peu, elle sent naître l’envie de découvrir plus en profondeur la vie et la réalité des gens de l’or, orpailleurs, leurs amis et leurs familles. Comme le dit un chamane : « Lorsque l’or reste enfoui sous la terre, tout va bien. Il n’est pas dangereux (… »).

Michèle-Baj Strobel alterne naturellement, pourrait-on dire, mais en réalité c’est de la virtuosité, chapitres sur l’histoire de la chasse à l’or depuis la conquête, passages techniques détaillés sur l’extraction, descriptions lyriques et d’une beauté saisissante de la forêt superbe et mortifère, et portraits criants de vérité de personnages, hommes et femmes qui parfois acceptent de parler de ce qui a été leur vie. Ce patchwork se révèle passionnant, on est dans un roman du XIXème siècle, dans un western et dans un recueil poétique, l’intérêt ne se dément pas au long de ces presque 500 pages pourtant bien denses. En prime, on apprendra des bribes de langue créole, savoureuse elle aussi.

La vie et la mort sont évidemment au cœur de l’ouvrage. La disparition rapide d’un magasin sur le bord du Maroni donne lieu, parmi d’autres exemples, à un récit d’anthropologie et d’humanisme poignant : l’homme qui le tenait après une vie d’errance, de constants changements d’état, d’activité, meurt de vieillesse dans sa « boutique » désordonnée où l’on peut acheter singe boucané, poisson séché et plusieurs marques prestigieuses de champagne français. En quelques mois tout a disparu, la grande case s’est effondrée, ne restent que des souvenirs que le vieil homme a pu laisser à ses clients et à ses connaissances.

Le temps est essentiel pour la recherche de l’or, puis pour l’exploitation, puis pour l’éventuelle rentabilité. Il en va de même pour l’auteure, il lui faut plusieurs années pour sentir qu’elle commence à dominer son sujet, à connaitre la réalité de ces hommes et de ces femmes. Dans son livre, elle réussit à nous faire admettre cette progressivité des découvertes, ce lent passage des apparences vers une vérité que nous aussi finissons par partager.

Rappelons que ce texte a été publié une première fois en 1998 (éditions Ibis Rouge). Un avant-propos de 2019 (que nous avons préféré lire après le texte original) remet la découverte d’origine dans la perspective actuelle, assez déprimante : qu’a apporté la mondialisation, sinon des nouveaux riches en 4×4 de luxe, la multiplication des suicides chez les tout jeunes Amérindiens locaux et la destruction de la nature par les orpailleurs clandestins dont les Indiens sont les principales victimes ?

La collection Terre Humaine (Jean Malaurie, Claude Lévi-Strauss, Jacques Lacarrière et même Émile Zola) est en soi prestigieuse. Ces Gens de l’or en sont désormais un de ses joyaux.                                                                                       

Christian ROINAT

Les gens de l’or de Michèle-Baj Strobel, éd. Plon, collection Terre Humaine, 528 p., 27 €.

Último Sur : un magnifique album du photographe chilien Rodrigo Gómez Rovira aux éditions Barral à Paris

Né à Santiago du Chili en 1968, Rodrigo Gómez Rovira émigre en France en 1973 lors de l’exil de sa famille. Après des études en sciences humaines et en communication à Paris, il se consacre à la photographie. C’est 1996 qu’il retrouve le Chili après avoir embarqué sur un cargo polonais. Le photographe est membre de l’agence Vu, vit et travaille à Valparaíso, où il dirige le Festival Internacional de Fotografía depuis sa création en 2010.

C’est en 1938 que la famille du photographe s’installe en Terre de feu, au Chili, après la grande réforme agraire. Quarante ans plus tard, la génération suivante s’exile en France pour fuir la dictature. Ce n’est que dans les années 1990 que Rodrigo Gómez Rovira décide de retourner au Chili, à la recherche de ses origines et de l’histoire de sa famille. Último Sur est un livre hybride qui mêle dans un seul objet l’album de famille crée par le grand-père de l’auteur, retrouvé lors d’un voyage, et ses propres photographies de cette vaste région. On y découvre un milieu agricole laborieux et la vie difficile des éleveurs. Des portraits, témoins d’une époque oubliée, se glissent entre les scènes du quotidien et les paysages sauvages qui s’imposent entre la montagne et l’océan.

Entre livre d’artiste et album vernaculaire, Último Sur plonge le lecteur dans un voyage à l’autre bout du monde, dans une atmosphère en noir et blanc qui laisse la place à l’imaginaire. Il donne à voir une histoire intime, prétexte pour voir un territoire magnifique et isolé. Après Repertoire (Raúl Gómez, 2013), qui réunit les archives photographiques de son père, Último Sur est le second livre de Rodrigo Gómez Rovira.

Edition BARRAL

La COP25 vient de s’achever à Madrid et vite il faut préparer la suivante avec l’urgence d’agir pour la planète

Deux membres de notre équipe de rédaction basés en Amérique latine avaient été accrédités pour suivre à Santiago du Chili la COP25 qui, après les manifestations sociales qui touchent le pays, aura finalement lieu à Madrid sur l’accord des Nations Unies. Deux nouveaux membres, accrédités ces derniers jours, ont pu y assister.

Photo : COP25

L’accord, présenté par la ministre chilienne de l’Environnement Carolina Schmidt, a cherché à unir ses forces et son énergie afin de « restaurer » ce que l’on ne sait pas « conserver », comme l’a très bien expliqué le ministre du Costa Rica, Carlos Manuel Rodríguez Echandi : « Pourquoi sommes-nous ici ? Je vais vous le dire en partageant une conversation que j’ai eue il y a quelques années avec mes enfants. Je leur ai demandé ce qu’ils allaient faire dans le futur et ils ont répondu “de la conservation comme toi, papa“. Je leur ai dit : non, vous n’allez pas vous consacrer à la conservation mais à la restauration, car ma génération a peu accompli et c’est la grande tâche qu’ont des générations de futurs professionnels. […] De plus, nous pouvons arrêter la déforestation tropicale demain, mais si nous ne restaurons pas les milliards d’hectares perdus, nous n’atteindrons pas l’objectif de 1,5 (mettre une note pour expliquer : de quoi s’agit-il ??). […] Lorsque nous parlons de conservation et de restauration, qui doivent être faites le plus tôt possible, nous nous demandons tous : combien cela coûte-t-il ? Combien cela va-t-il nous coûter et où est l’argent ? Mais ce n’est pas la bonne question. Pour sûr, la question est de savoir combien cela nous coûtera de ne pas nous adapter et d’être plus résilients au changement climatique. […] Prenons le cas du Costa Rica où nous avons restauré 25 % du territoire national et où nous avons établi 100 % d’énergie renouvelable. Et devinez quoi : pendant que nous menions ces deux actions, l’économie a triplé. […] Cette restauration a été faite avec nos propres ressources, puisque le Costa Rica est le premier pays du monde tropical à avoir instauré une taxe carbone dès 1997 et, depuis lors, nous avons investi environ 500 millions de dollars dans cette restauration. […] De plus, la restauration se fait avec des systèmes relativement peu coûteux, qui comprennent le fonctionnement de la nature, basés sur les meilleures connaissances scientifiques et visant à restaurer les écosystèmes dans une perspective de développement économique ».

Un temps fort de la COP a été la conférence de presse de jeunes militants du monde entier, parmi lesquels se trouvait la déjà célèbre Greta Thunberg. Avec elle, une jeune fille chilienne de 20 ans, Angela Valenzuela, militante de Fridays for future, qui a lu une déclaration passionnante débutant par ces mots : « Les caméras du monde ne regardent pas souvent vers le sud. Et dans le cas du Chili, depuis l’annulation de la COP25 à Santiago, les médias nous ont oubliés. Des millions de personnes sortent pour une vie décente. Ce ne sont pas environ 30 pesos mais 30 ans de gouvernements démocratiques qui n’ont pas réussi à nous protéger et à répondre à nos demandes. » Puis elle a appelé à la protection des droits de l’Homme pour gérer la crise climatique et, en nous montrant l’intérieur de sa main où était peint un œil, elle nous a dit : « le Chili s’est réveillé et le monde se réveille aussi. » Elle a terminé son discours en disant que nos vies ne sont pas négociables et que notre planète n’est pas à vendre.

Ces derniers jours, nous avons assisté à de nombreux événements qui ont lieu parallèlement aux réunions de politiciens et d’autres hauts fonctionnaires. Ils présentent des projets venant de partout dans le monde, de grandes idées qui se proposent de résoudre d’énormes dilemmes, beaucoup d’études, beaucoup de travail, de grandes attentes, bref, tout ce qui nous permet de garder l’espoir que cela est encore possible.

Ensuite, dans les couloirs, les militants nous rappellent que ceux qui ont le pouvoir d’agir restent bloqués. Le marché du carbone demeure un gros obstacle… et les droits de l’Homme, même si cela semble incroyable, en est un autre.

Margarita SAWA

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