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juillet 2019

Le président de l’Équateur, Lenín Moreno, en visite en France, en Italie et aux Pays-Bas

Lenín Moreno, le président équatorien, rend visite à plusieurs pays européens afin d’accroître les investissements pour la création de nouveaux emplois équatoriens. Le jeudi 11 juillet, le chef d’État équatorien s’est entretenu avec le président français Emmanuel Macron et le secrétaire général de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), José Ángel Gurría, au Palais de l’Élysée.

Photo : El Telegrafo

D’après un communiqué du secrétariat de communication de la présidence, le voyage de Lenín Moreno s’est déroulé du 8 au 14 juillet 2019, avec au programme, la rencontre des plus hautes autorités françaises, italiennes et néerlandaises. Moreno était accompagné de son épouse Rocío González, présidente du programme d’aide sociale appelé « Plan Toda una Vida », du Chancelier José Valencia, du ministre du commerce extérieur Iván Ontaneda, ainsi que de leurs secrétaires respectifs Juan Sebastián Roldán ,José Augusto Briones et Eduardo Khalifé

Mardi 9, le président a donné une conférence académique à Rome et a rencontré le lendemain, son homologue italien, Sergio Mattarella. Dans le même temps, son épouse a rendu visite à une école de design et de mode afin d’établir une coopération entre celle-ci et un groupe d’artisans équatoriens. Elle s’est également rendue aux jardins du Vatican où une mosaïque représentant la Vierge de Quinche était présentée par des artistes équatoriens. En outre, une visite à l’hôpital pédiatrique « Bambino Gesú » était prévue à Rome pour des accords de coopération au profit d’enfants équatoriens handicapés ou souffrant de maladies graves.

Le jeudi 11 juillet, le chef d’État équatorien s’est entretenu avec le président français Emmanuel Macron et le secrétaire général de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), José Ángel Gurría, au Palais de l’Élysée. L’Équateur étant confronté à des problèmes financiers qui l’ont amené à une dette extérieure élevée, ces échanges visaient à accroitre l’économie du pays. L’investissement étranger en Équateur a atteint 1 407,7 millions de dollars en 2018 contre 618,9 millions en 2017. En 2018, l’Italie a investi 12,7 millions de dollars, la France 27,9 millions, et les Pays-Bas près de 187,5 millions.

Le périple du chef d’État équatorien s’est achevé vendredi 12 juillet dans le cadre d’une réunion avec les souverains des Pays-Bas Willem-Alexander et Máxima Zorreguieta. Le secrétariat général de communication de la présidence a d’ailleurs constaté un raffermissement significatif de ses rapports avec l’Europe depuis l’entrée en vigueur de l’accord commercial multipartite avec l’Union Européenne, auquel l’Équateur a adhéré en novembre 2016. Cette démarche a grandement favorisé l’économie du pays, augmentant les exportations de l’Équateur vers l’UE de 12 % en 2017 et de 2 % en 2018 (hors pétrole).

Andrea RICO

«L’Amérique Ibérique, des découvertes aux indépendances» par Michel Bertrand

La «découverte» des Amériques par les Ibériques marque le début d’une confrontation entre deux mondes qui, jusqu’alors, s’ignoraient. Une telle situation, totalement inattendue, ne laisse indemne aucun des acteurs impliqués. De cette «rencontre» entre deux univers que tout distingue et vécue d’emblée comme un «choc», émerge progressivement un «monde nouveau». Michel Bertrand est professeur d’Histoire à l’Université de Toulouse, et directeur de la Casa Velázquez à Madrid.

Photo : Ed. Albin Colin

La phase de conquête –déléguée par les monarques de la Péninsule aux conquistadors via des capitulaciones– jette les bases d’une domination sans partage imposée aux vaincus avant de céder la place à une colonisation encadrée par les représentants aux Indes des deux couronnes. L’affirmation de ce monde colonial va de pair avec la stabilisation de structures –administratives, sociales, économiques, religieuses et culturelles– qui façonnent des sociétés originales dont les métissages constituent l’un des principaux traits. 

Les nouvelles orientations de l’histoire coloniale ibéro-américaine

Dans un passé pas si lointain, l’histoire coloniale ibérique a été l’objet de vastes synthèses. La perspective de la commémoration du cinquième centenaire de la «découverte» a été propice à ces publications. La plupart d’entre elles correspondent à d’amples œuvres collectives, dont la doyenne n’est autre que la remarquable Cambridge history of Latin America coordonnée par L. Bethel. Toutes gardent encore aujourd’hui leur pleine valeur scientifique et restent d’utile consultation tout spécialement en raison de l’état des lieux des connaissances qu’elles proposent. Dans le même temps, ces vastes synthèses collectives pèchent souvent par leur hétérogénéité interne, juxtaposant des contributions élaborées selon des approches et des problématiques souvent variées. Par ailleurs, ayant une trentaine d’années pour la plupart, elles sont le reflet d’une historiographie élaborée le plus souvent dans les années 70 et 80 du XXe siècle. Dans ce paysage éditorial exceptionnellement fécond, l’Histoire du Nouveau Monde couvrant, en 2 volumes, les années 1492 à 1640 (Claude Bernand et Serge Gruzinski, 1991 et 1993), fait indiscutablement exception. L’ouvrage repose en effet sur un choix méthodologique original qui associe dans sa démarche des questionnements anthropologiques à des reconstructions historiques «au ras du sol» restituant notamment une mosaïque de biographies d’acteurs et mobilisant une écriture à la dimension littéraire assumée.

Depuis la publication de ces synthèses consistantes, la manière d’aborder l’histoire a profondément évolué. La mise en cause de l’approche structurelle du passé a ouvert la porte à ce que Bernard Lepetit a qualifié de «tournant critique» (1989). Un solide dossier, publié en 1995 dans la revue Espace-Temps sous le titre «Le temps réfléchi. L’histoire au risque des historiens» sous la direction de François Dosse, témoigne de ce profond renouvellement historiographique. Dorénavant, comme le souligne le propos liminaire du dossier, au cœur de la démarche historienne se situe l’humain, l’acteur ou encore l’action, jusqu’alors renvoyés au statut de lucioles illusoires. En ce sens et même s’il n’y a plus de modèle historiographique hégémonique, ce sont en priorité les procédures d’appropriation, les représentations, les constructions des identités sociales elles-mêmes auxquelles l’histoire prête d’abord attention.

L’historiographie américaniste a inévitablement été affectée par ces évolutions, conformément à ce que l’Histoire du Nouveau Monde laissait entrevoir. À la faveur de l’émergence de l’histoire globale et connectée, elle a plus systématiquement porté son attention aux circulations entre les deux rives de l’Atlantique. Comme le soulignent Caroline Douki et Philippe Minard (2007), celle-ci peut se définir de deux façons. De manière instinctive, on peut la comprendre comme «un processus historique d’intégration mondiale qui se joue au niveau économique ou culturel». De manière plus approfondie, elle renvoie aussi «à un mode d’approche des processus historiques estimant nécessaire un décloisonnement du regard, intégrant une approche contextuelle parfois élargie à l’échelle planétaire». À ce titre, la globalisation que suppose cette approche des objets historiques renvoie d’abord à un mode d’étude du passé. Ce qui est sûr, c’est que le monde colonial ibéro-américain a été un terrain propice à ces nouveaux questionnements en provenance de cette histoire dite globale. Depuis Fernand Braudel et jusqu’à I. Wallenstein, on admet en effet que les constructions impériales ibériques sont la manifestation d’une première mondialisation économique avec la mise en place d’un «système-monde». Cette même approche se retrouve au niveau culturel notamment dans l’importance accordée à la catégorie de «métissage» au moment d’analyser les transformations imposées aux populations dominées dans le cadre des sociétés coloniales (S. Grusinski). Quant à la seconde acception accordée à l’histoire globale, elle se trouve être de plus en plus fréquemment mobilisée depuis une vingtaine d’années, ce dont témoigne tout spécialement Les quatre parties du monde : histoire d’une mondialisation, ouvrage centré précisément sur la mondialisation analysée à l’échelle de la Monarchie Catholique au temps de Philippe II (S. Gruzinski, 2004).

Pour partie, ces nouvelles approches rejoignent celles d’un autre courant historiographique qui, s’il est plus ancien, n’en connaît pas moins depuis la fin des années 80 un dynamisme important. Comme l’analyse Clément Thibaut, au moins deux des propos de l’histoire atlantique renvoient en effet à ceux de l’histoire globale : le premier concerne la prise en compte des relations, connexions et circulations entre les deux rivages alors que le second insiste sur la contextualisation systématique des faits observés sur une échelle d’analyse à minima atlantique quand ce n’est pas globale (Encyclopedia Universalis). Conformément aux objectifs qui ont prévalu à ses origines, c’est d’abord dans l’analyse des processus débouchant sur les indépendances ibéro-américaines que l’histoire atlantique a été le plus largement mobilisée sans pour autant se limiter à ce seul aspect d’histoire politique. Tel est le cas, par exemple, de la question de la traite «atlantique» longtemps abordée comme un «accident» dans la marche de l’Europe vers la modernité économique à compter du XVIIIe siècle. Dans son essai d’histoire globale portant sur la traite, en faisant le choix d’une mise en perspective planétaire de la traite atlantique, Olivier Pétré-Grenouilleau a contribué de manière décisive au renouvellement des questionnements relatifs à cette thématique aux enjeux mémoriels nombreux et objet de riches débats (2004).

En faisant le choix de dépasser le cadre géopolitique de chacun des empires coloniaux ibériques –approche rarement mise en œuvre, notamment dans les manuels disponibles chez des éditeurs français, plus fréquente chez les Anglo-Saxons–, le propos de ce livre est d’abord de rendre compte de ces évolutions historiographiques qui, en deux ou trois décennies, ont en partie renouvelé et surtout enrichi notre connaissance des mondes coloniaux ibéro-américains.

Armand Colin Éditeur

L’Amérique ibériquede Michel Bertrand, Ed.Armand Colin, 272 pages, 27euros (18,99 en numérique).

Le 26 juillet : une mobilisation géante contre les assassinats politiques en Colombie

Des milliers de Colombiens ont défilé dans une cinquantaine de villes du pays le 26 juillet dernier, pour dénoncer les crimes et assassinats de centaines de militants, de paysans et d’indigènes dans le pays. Entre janvier 2016 et aujourd’hui, d’après l’institut pour le développement de la paix colombien (Indepaz), 756 leaders sociaux, paysans et indigènes ainsi que des ex-membres des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie, dissoutes en 2017) ont été assassinés.

Photo : Espaces Latinos

Dans une centaine de villes du monde, en incluant une cinquantaine de villes colombiennes, des citoyens se sont joints aux Colombiens pour exiger l’arrêt de la violence et de l’impunité, suite à l’appel d’une marche pour la vie et la défense des leaders sociaux et défenseurs des droits de l’homme colombiens. Les organisateurs de la marche ont demandé à Héctor Abad Faciolince, grande figure de la littérature colombienne, d’être leur porte-voix. 

L’initiative est une réponse à l’indignation généralisée provoquée par les assassinats des leaders sociaux d’Antioquia, Cauca, Chocó, Valle Del Cauca, Córdoba, Nariño, Caquetá, Santander, Cesar et d’autres régions de Colombie. Les victimes faisaient partie d’organisations paysannes, indigènes, des communautés d’Afro-descendants ainsi que des anciens membres des Farc démobilisés. 

Le cri d’un enfant

L’indignation est arrivée à son comble le 21 juin après l’assassinat de María del Pilar Hurtado, leader social à Tierra Alta (Córdoba), criblée de balles devant sa famille et sous les yeux de son fils de 12 ans. Cet événement a été le déclencheur d’une mobilisation générale en Colombie, et de l’appel international à manifester le 26 juillet dernier. Ce crime fait partie d’un contexte de violence accrue avec déjà plus de 700 militants assassinés. En moyenne, tous les trois jours, un dirigeant social est assassiné, et 90 % de ces crimes ne sont pas élucidés, restant donc dans l’impunité.

L’image d’un enfant désespéré qui crie et frappe contre le mur devant le corps inerte de sa mère est insupportable. Une des personnes de la communauté qui a assisté à ce crime a enregistré la scène, provocant une clameur nationale en Colombie, et l’indignation de tous les Colombiens au-delà des différences politiques. Selon la Fiscalía General de la Nación (équivalent du Procureur), 66 % des assassinats ont lieu dans les zones rurales et 34 % dans les zones urbaines. 

María del Pilar Hurtado, 34 ans, dirigeante de la fondation de victimes «Adelante con Fortaleza» (Funviavor) de la région du Cauca, était arrivée à Tierralta (Córdoba) il y a un an avec sa famille, pour se protéger des menaces qu’elle avait reçues suite à ses dénonciations sur des lieux de tortures, de crimes et de disparitions. Elle était devenue une cible des paramilitaires soupçonnés d’en être les auteurs. 

Les AGC (Autodefensas Gaitanistas de Colombia), des «paramilitaires», faisant partie des groupes d’autodéfense Unidas de Colombie avant leur démobilisation, selon les habitants de Tierralta, «se sont imposés comme l’acteur armé illégal principal, présents dans la totalité des municipalités et territoires au sud de Córdoba». «Ils portent des armes, des moyens de télécommunication, s’habillent en civil le jour et en noir ou en uniforme de camouflage pendant la nuit». Les AGC contrôlent aussi les cultures de coca et les exploitations illégales d’or ainsi que leur transit vers les côtes. D’après le Défenseur du peuple, une institution colombienne, le plus inquiétant est leur expansion territoriale. 

Un groupe de 38 eurodéputés a adressé une lettre à Federica Mogherini, la Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, dans laquelle ils expriment leur profonde inquiétude concernant la sécurité des défenseurs des droits de l’homme en Colombie et l’avenir des Accords de paix. 

Cette journée de mobilisation a été lancée après que le Défenseur du peuple a dénoncé les meurtres de militants pour les droits de l’homme dans le pays. «Le silence, c’est l’indifférence», ont dénoncé les manifestants réunis sur la place Bolivar à Bogotá, où ont afflué des milliers de personnes portant des bougies, des banderoles et des silhouettes représentant les victimes.

Pour les organisations sociales, il est urgent que l’État, qui a eu du mal à admettre le caractère systémique de ces crimes, élabore une politique publique de protection des dirigeants sociaux, qui soit construite avec la participation des communautés. Cependant, le président de droite Iván Duque, continue de fermer les yeux. Ce panorama dramatique est le contexte dans lequel se préparent les élections colombiennes en octobre prochain. 

Olga BARRY

«Le poisson rouge» un essai incontournable de Bruno Patiño, directeur éditorial d’Arte France

La civilisation du poisson rouge, Petit traité sur le marché de l’attention, un livre de Bruno Patiño, qui vient de paraître sur la civilisation du poisson rouge, petit traité sur le marché de l’attention, aux édition Grasset. Meilleures ventes des dernières semaines.

Photo : Arte TV et éd. Grasset

Le poisson rouge tourne dans son bocal. Il semble redécouvrir le monde à chaque tour. Les ingénieurs de Google ont réussi à calculer la durée maximale de son attention : 8 secondes. Ces mêmes ingénieurs ont évalué la durée d’attention de la génération des millenials, celle qui a grandi avec les écrans connectés : 9 secondes. Nous sommes devenus des poissons rouges, enfermés dans le bocal de nos écrans, soumis au manège de nos alertes et de nos messages instantanés.

Une étude du Journal of Social and Clinical Psychology évalue à 30 minutes le temps maximum d’exposition aux réseaux sociaux et aux écrans d’Internet au-delà duquel apparaît une menace pour la santé mentale. D’après cette étude, mon cas est désespéré, tant ma pratique quotidienne est celle d’une dépendance aux signaux qui encombrent l’écran de mon téléphone. Nous sommes tous sur le chemin de l’addiction : enfants, jeunes, adultes.

Pour ceux qui ont cru à l’utopie numérique, dont je fais partie, le temps des regrets est arrivé. Ainsi de Tim Berners Lee, «l’inventeur» du web, qui essaie désormais de créer un contre-Internet pour annihiler sa création première. L’utopie, pourtant, était belle, qui rassemblait, en une communion identique, adeptes de Teilhard de Chardin ou libertaires californiens sous acide.

La servitude numérique est le modèle qu’ont construit les nouveaux empires, sans l’avoir prévu, mais avec une détermination implacable. Au cœur du réacteur, nul déterminisme technologique, mais un projet qui traduit la mutation d’un nouveau capitalisme : l’économie de l’attention. Il s’agit d’augmenter la productivité du temps pour en extraire encore plus de valeur. Après avoir réduit l’espace, il s’agit d’étendre le temps tout en le comprimant, et de créer un instantané infini. L’accélération générale a remplacé l’habitude par l’attention, et la satisfaction par l’addiction. Et les algorithmes sont aujourd’hui les machines-outils de cette économie…

Cette économie de l’attention détruit, peu à peu, nos repères. Notre rapport aux médias, à l’espace public, au savoir, à la vérité, à l’information, rien n’échappe à l’économie de l’attention qui préfère les réflexes à la réflexion et les passions à la raison. Les lumières philosophiques s’éteignent au profit des signaux numériques. Le marché de l’attention, c’est la société de la fatigue.

Les regrets, toutefois, ne servent à rien. Le temps du combat est arrivé, non pas pour rejeter la civilisation numérique, mais pour en transformer la nature économique et en faire un projet qui abandonne le cauchemar transhumaniste pour retrouver l’idéal humain.

Editions Grasset

La civilisation du poisson rouge – Petit traité sur le marché de l’attention par Bruno Patiño aux éd. Grasset, 180 p. 17 euros.

Carlos Cruz-Diez, l’artiste de la couleur, s’est éteint à Paris à 95 ans

L’artiste français d’origine vénézuélienne est un des pionniers de l’Art Cinétique et de l’Art Optique appelé Op Art. Installé en France depuis 1960, Carlos Cruz-Diez est décédé samedi 27 juillet à Paris à l’âge de 95 ans. Il restera une figure importante de la création universelle contemporaine.

Photo : Maison de l’Amérique latine de Paris

Carlos Cruz-Diez a développé au cours des 70 dernières années d’importantes recherches sur la couleur dans l’espace, en mouvement, comme en situation. La couleur est « une réalité autonome en perpétuelle mutation », analysait l’artiste. « Dans mes œuvres, la couleur apparaît et disparaît au fil du dialogue qui s’établit entre l’espace et le temps réel.  Je me suis fait une discipline scientifique et poursuis mes études sur les nouvelles fonctions de la couleur, un domaine chargé de surprises…Chaque œuvre en suggère une autre. Surgissent de nouveaux défis qui demandent de nouvelles solutions, de nouvelles découvertes. Tout artiste est un chercheur »

Carlos Cruz-Diez s’inscrit dans cette famille d’artistes qui ont bâti leur réflexion sur l’approche sensible et intuitive de la recherche scientifique. Sa recherche a apporté une nouvelle forme de connaissance du phénomène artistique en amplifiant l’univers perceptif. À partir des années soixante-dix ses interventions dans l’architecture et l’espace urbain, représentent un moment important de l’histoire de l’intégration de l’art dans un territoire plus ample. Ses œuvres vivent ainsi une sorte de présent continu et changeant dans les rues et les places du monde. Ses œuvres s’y intègrent, rayonnent et articulent un discours plastique à partir d’événements chromatiques changeants qui produisent des états de perception différents et renouvelés pour le spectateur.

La récente exposition de Cruz-Diez Un être flottant, importante intervention dans les espaces intérieurs au Palais d’Iéna à Paris est un exemple d’audace et de maîtrise de l’espace où le Maestro renouvelle formes et rythmes chromatiques dans un ensemble innovant (octobre 2016). Environnement Chromatique, intervention au sol sur le parvis des Droits de l’Homme devant le Centre Pompidou-Metz,en est un autre exemple (saison culturelle Constellationsde Metz. Juin -septembre2018).

Les nombreuses expositions et hommages, récents, en cours et à venir dans plusieurs pays soulignent la place que Carlos Cruz-Diez occupe dans le panorama plastique contemporain :  Color haciéndose, Exposition rétrospective au Musée d’art contemporain à Panama City. (Juin-août 2019 ; Couleur dans l’espaceau Musée de sud Corée (mi-septembre 2019) ; Le Diable au Corps- Quand l’Op art électrise le cinéma. Musée d’Art Moderne et ContemporainNice. Mai- sept 2019. 

Cecira ARMITANO

Lire aussi notre article précédent sur Cruz Diez.

«Les derniers jours de l’amour» de Philippe Valeri sur le pays chilien

Santiago du Chili début du XXIè siècle. Le petit monde diplomatique mène une vie un peu routinière, délivrance de visas, réceptions, relations avec les collègues des autres pays représentés. Un nouvel attaché s’installe au poste de conseiller culturel et intrigue ses collaborateurs par son attitude peu communicative sur le pays chilien alors qu’il est censé donner une image d’ouverture et d’amitié de la France.

Photo : Philippe Valeri

Quand Geoffrey Courseuils prend son poste de conseiller culturel à l’Ambassade de France de Santiago, en 2008, sa déception est énorme : le pays lui semble éteint, la ville morne et sale, l’ambassade d’une tristesse inouïe et son travail ennuyeux. Il n’y a vraiment rien à sauver dans cette capitale qu’il découvre. C’est assez étrange chez un diplomate, en principe habitué aux changements et, il faut l’espérer, ouvert à d’autres façons de vivre. Trois ans plus tard, le même homme disparait mystérieusement au moment où il s’apprêtait à prendre un bateau à Valparaiso. Que s’est-il passé pendant cette période ? 

Geoffrey Courseuils est un héros à part. Sa vision du pays dans lequel il est en principe chargé de promouvoir la culture française est sans appel, il n’y a rien de positif dans ce désert culturel où les gens ne parlent pas, ne parlent pas entre eux, où personne n’est disposé à accueillir un étranger, où les Mexicains croisés pendant un cocktail officiel, eux-mêmes dans la diplomatie, haïssent les Chiliens qui n’apprécient pas trop les Argentins, etc. L’auteur a-t-il eu une expérience ratée avec le Chili ? Cette façon de tout dézinguer dans ce pays qui n’est pourtant pas le dernier des derniers en Amérique latine peut choquer non seulement les amoureux du Chili ou ses habitants, mais aussi les touristes occasionnels qui ont eu une impression très différente.

Le passé trouble, de l’homme et du pays, resurgit. Il y a un profond malaise chez ce Geoffrey Courseuils, et Philippe Valeri sait le transmettre au lecteur. Peu à peu, on en apprend davantage sur le personnage, par des retours en arrière qui, par bribes, sans tout dire, dévoilent des moments de sa vie chilienne et, si son passé reste dans l’ombre, ce qu’on sait de son séjour à Santiago permettra de comprendre cette attitude désespérée.

Les derniers jours de l’amour est un roman qui oblige le lecteur à réagir, qui le trouble et lui laisse une impression mitigée, correspondant bien au personnage principal.

Christian ROINAT

Les derniers jours de l’amour de Philippe Valeri, éd. L’Harmattan, 288 p., 24,50 €.

Cinéaste, conseiller technique et diplomatique, Philippe Valeri a séjourné dans plusieurs pays d’Europe et d’Amérique. Il partage désormais son temps entre la France et la Colombie. Auteur d’essais, de films documentaires (Objets trouvés, Paris à l’oeil, Cinémathèque de Paris), il écrit aussi des romans policiers. Avec Les derniers jours de l’amour, il signe ici un roman sur fond de crise mémorielle au Chili.

Un demi-million de «Ninis», «ni études ni travail», forme l’angle mort de la société chilienne

Ces «Ninis», contraction de «ni études ni travail», reflètent une tendance qui s’inscrit dans un contexte international marqué par les nouveaux enjeux informatiques et économiques. Mais ces effets dans les pays émergents, tel le Chili, sont plus profonds. Y a-t-il des alternatives pour ceux qui n’ont ni emploi pérenne ni accès aux nouvelles technologies ?

Photo : Education internationale

Dans le champ d’une compétitivité de plus en plus sophistiquée et inattendue, le fossé s’élargit entre les nouvelles tendances et la société traditionnelle chilienne. Une société inquiète par l’avenir de ses jeunes de 15 à 29 ans. Car ils risquent de rester à la lisière du progrès, expulsés par l’effet centrifuge provoqué par la vitesse à laquelle tourbillonne la spirale vertigineuse de la vie moderne.

Selon les statistiques fournies par le ministère du Développement social, les jeunes, et surtout les femmes –encore une fois–, sont les plus particulièrement touchés. Chez les premiers se trouvent les chômeurs ayant quitté un travail précaire et mal payé, ainsi que des personnes sans formation à la recherche d’un premier emploi. Pour les seconds, le fléau touche plus de 65% de ninis. Il s’agit de femmes aidant aux tâches ménagères ou les personnes âgées, le plus souvent enceintes ou en congé maternité, illettrées ou bien ayant reçu une formation très basique, et qui n’ont personne à qui laisser leurs enfants.

Dans les deux cas, vivre dans une maison sans accès aux télécommunications est l’une des principales causes qui aggravent le phénomène «Nini». Aussi, la vulnérabilité sociale, doublée d’un manque de motivation vis-à-vis de l’avenir, est le facteur principal du décrochage scolaire. Parallèlement, la carence du système de l’emploi en matière d’organismes spécialisés n’encourage pas les initiatives individuelles pour se former. Par conséquent, le problème majeur rencontré par certaines entreprises est la difficulté de recruter du personnel compétent. La formation permanente devient ainsi une nécessité.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le chômage parmi les jeunes de 15 à 29 ans est trois fois supérieur à celui des adultes. Regroupés dans un seul endroit, les ninis représenteraient la quatrième métropole du pays. Et s’ils trouvaient un emploi, le PIB pourrait augmenter de 3,7%. Par ailleurs, parmi les 4,162 millions qui composent la totalité des jeunes chiliens, 46,1% font des études, 42,6% travaillent et seulement 7,2% font les deux.

Ces chiffres révèlent un problème majeur. Un problème qui atteint certainement le reste de l’Amérique latine, si l’on tient compte du fait que, depuis plusieurs décennies, le Chili connaît l’une des plus importantes stabilités économiques et sociales de la région. Et, à l’égard de ce chiffre de 7,2%, on ne peut guère être optimiste quand on sait que dans les pays dits «développés», comme l’Australie et l’Angleterre, 50% des jeunes font des études et travaillent en même temps. Néanmoins, d’un autre point de vue, ces exemples venus d’ailleurs mettent en relief la double désapprobation de la jeunesse chilienne à l’égard du marché de l’emploi et du système éducatif.

Une autre conséquence du fait des difficultés d’insertion : les jeunes restent beaucoup plus longtemps dépendants du foyer familial. Ce phénomène, qu’un sociologue pourrait diagnostiquer comme l’une des facettes du syndrome Tanguy[1], s’explique en partie par le fait que le nini «est en quelque sorte le symptôme d’une société offrant peu d’opportunités aux personnes disposant de moins de ressources, et le nini est enfin réaliste face à cela. Son calcul est «que vais-je rechercher ? si je vais gagner une misère», selon l’analyse de Javier Krawicky, co-fondateur de TuPrimeraPega.cl.

Toutefois, si le travail et les études sont nécessaires pour se forger un avenir digne, certaines études montrent qu’il n’y a pas de fatalité dans une telle situation. Une enquête menée par le chercheur et professeur Juan Luis Correa, de la Faculté d’économie et de gestion de l’Université Andrés Bello (UNAB), montre en effet que le pourcentage de ninis a diminué de façon substantielle depuis 25 ans : de 27% en 1990, il atteint environ 14% en 2015. C’est le résultat flagrant de la stabilité sociale et économique chilienne évoquée plus haut.

Malgré ces chiffres encourageants, le problème qui inquiète les experts comme Krawicky «est qu’une partie de ce groupe de jeunes tombe dans le trafic ou la criminalité». Alors oui, sans accès aux études, à la formation permanente, à la démocratisation de la technologie, il y aura de la fatalité pour ces jeunes si ceux qui aspirent à les gouverner négligent leur avenir en repoussant l’adoption de mesures adaptées aux défis qu’ils doivent relever.

Eduardo UGOLINI

[1] Le syndrome Tanguy «désigne un phénomène social selon lequel les jeunes adultes tardent à se séparer du domicile familial. Cette dénomination vient du film Tanguy, d’Étienne Chatiliez, dont le personnage éponyme s’enferme dans ce type de situation.» (Wikipédia)

Diego Maradona, un documentaire très singulier… de la trilogie d’Asif Kapadia

Diego Maradona est le troisième volet d’une trilogie de longs métrages documentaires novateurs et sans concessions signés par l’équipe oscarisée à qui l’on doit Senna (2010) et Amy (2015) : Asif Kapadia (réalisateur), James Gay-Rees (producteur), Chris King (chef monteur) et Antonio Pinto (compositeur).

Photo : Allociné

Asif Kapadia a d’abord été contacté par le producteur Paul Martin pendant les Jeux Olympiques de Londres en 2012, peu après la sortie de Senna. Martin avait découvert une collection d’images rares saisies sur le vif, presque entièrement inédites, et estimait que Kapadia était le candidat idéal pour réaliser un documentaire à partir de ces images. «Paul et moi avons discuté un bon moment mais à ce moment-là je venais de faire un documentaire sur le sport et je n’avais pas spécialement envie d’en faire un autre, même si j’ai toujours trouvé le personnage de Maradona fascinant», se souvient le réalisateur. «Je venais de tourner un film sur un pilote de course brésilien, alors pourquoi en tourner un sur un footballeur argentin ? Je n’étais pas certain que ce soit le bon moment. Je voulais changer un peu de registre et on a donc tourné Amy.»

Le 5 juillet 1984, Diego Maradona débarque à Naples pour un montant qui établit un nouveau record du monde. Pendant sept ans, il enflamme les stades. Le footballeur le plus mythique de la planète a parfaitement trouvé ses marques dans la ville la plus passionnante –mais aussi la plus dangereuse– d’Europe. Sur le terrain, Diego Maradona était un génie. En dehors du terrain, il était considéré comme un dieu.

Cet Argentin charismatique aimait se battre contre l’adversité et il a mené le SCC Napoli en tête du tableau pour la première fois de son histoire. C’était un rêve éveillé ! Mais le prix à payer était élevé. Diego pouvait faire tout ce qu’il voulait tant qu’il accomplissait des miracles sur le terrain. Pourtant, des heures plus sombres ont fini par succéder à ces années fastes… Diego Maradona a été réalisé à partir de plus de 500 heures d’images inédites issues des archives personnelles du footballeur.

D’après Allociné

Diego Maradona, film documentaire britannique d’Asif Kapadia. 2 h 10. À partir du 31 juillet.

Chili – Brésil – Déplacement du ministre Jean-Yves Le Drian

Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, s’est rendu au Chili du 25 au 27 juillet, puis au Brésil du 27 au 30 juillet 2019 où une polémique s’installé pour le non rencontre du ministre français avec le président Jair Bolsonaro.

Photo : France Diplomatie

Au Chili, le ministre a été reçu par le président de la République, Sebastian Piñera et s’est entretenu avec son homologue, Teodoro Ribera. Il a également rencontré la présidente de la COP25, Carolina Schmidt. Ces entretiens ont été l’occasion de poursuivre le dialogue politique initié avec le Chili à l’occasion de la visite du président Piñera en France en octobre 2018. Le ministre et ses interlocuteurs ont marqué la volonté des deux pays de s’engager ensemble en faveur de l’action climatique en perspective du sommet du G7 de Biarritz, auquel participera le président Piñera, et de la COP25, qui se tiendra à Santiago du 2 au 13 décembre prochains. Jean-Yves Le Drian a aussi fait un point sur la mise en œuvre de la feuille de route conjointe, notamment sur les enjeux économiques croissants entre la France et le Chili.

Au Brésil, le ministre a été reçu par le président de la République fédérale, Jair Bolsonaro, et par son homologue, Ernesto Araujo. Le ministre a évoqué avec ses interlocuteurs la mise en œuvre d’un partenariat stratégique entre les deux pays, ainsi que le développement des échanges économiques, universitaires et militaires. Les exigences suite à l’accord entre l’UE et le Mercosur ainsi que les dossiers environnementaux en perspective de la COP25 de Santiago, étaient à l’ordre du jour des entretiens.

Au cours de son déplacement, le ministre s’est rendu à Brasilia, Rio de Janeiro et Sao Paulo. Il a également visité la base navale d’Itaguai, projet majeur de la coopération bilatérale. Jean-Yves Le Drian a eu l’occasion de rencontrer de nombreux représentants des États fédérés, de la société civile brésilienne, et de la sphère économique afin d’évoquer la perception des différents enjeux de la relation franco-brésilienne.

France Diplomatie

Retrouvez la déclaration faite à la presse de Jean-Yves Le Drian le 29 juillet à Brasilia, en présence de son homologue Ernesto Araujo. 

Déclaration de Jean-Yves le Drian à la presse, 29 juillet 2019, Brésil – (PDF, 41.3 ko)

Une évasion idéale pour l’été : «La Cité des hommes saints» de Luis Montero Manglano

Dernière partie d’une trilogie (La Table du Roi Salomon et L’oasis éternelle), La Cité des hommes saints peut parfaitement se lire indépendamment. Un mystérieux manuscrit du temps des Wisigoths se trouve au cœur de ce roman, enquête policière et récit d’aventures. Tirso Alfaro, le narrateur, ex-enquêteur dans le Corps des quêteurs, une société secrète chargée de ramener en Espagne des œuvres perdues ou volées qui se sont retrouvées dans diverses parties du monde, fait maintenant partie d’Interpol.

Photo : Actes Sud

Le lecteur retrouve son âme adolescente en lisant les aventures du manuscrit wisigoth. La vraisemblance est parfois égratignée, les coups de théâtre permettent des retournements de situations audacieux, les situations ressemblent à du Tintin du meilleur cru, on se laisse porter par des dialogues un peu naïfs… et on a envie de continuer ! La tentaculaire organisation internationale avec à sa tête l’éternel ennemi du Bien ne manque pas à l’appel. Elle se nomme Voynich et a l’apparence d’une multinationale très généreuse dans un certain mécénat culturel.

Peu avant la conquête musulmane, au VIIIèmesiècle, quelques moines espagnols auraient mis à l’abri les trésors wisigoths éparpillés sur la péninsule ibérique. Une légende prétend que ce trésor aurait été transporté quelque part en Amérique et qu’il dormirait dans une ville mythique, Cibola. Tirso Alfaro arrive à la conclusion que le site devrait se situer dans le petit État du Valcabado, entre la Colombie et le Brésil. Cibola, si elle existe, est la Cité des hommes saints, convoitée par les méchants de chez Voynich, bien sûr.

Après une première partie qui se déroule entre Londres et Madrid, nous voilà au cœur de la forêt équatoriale de ce pays inhospitalier qu’est, comme chacun sait, le Valcabado. Des Indiens parqués dans des réserves inhumaines et décimées par des épidémies et des décisions gouvernementales, une dictature très portée sur l’appât du gain, de l’argent obtenu grâce à la générosité de multinationales elles-mêmes peu regardantes ou de cartels mafieux, ce pays nous est déjà familier. Il est un décor idéal pour des aventures palpitantes.

Mystères historiques, dangers mortels à chaque page, drames inattendus et retrouvailles imprévues se succèdent à un rythme qui ne faiblit pas, notre âme adolescente se réjouit de ces 600 pages, la meilleure lecture du temps des vacances !

Christian ROINAT

La Cité des hommes saintsde Luis Montero Manglano, traduit de l’espagnol par Claude Bleton, 624 p., 24 € – 17,99 € en version numérique. Luis Montero Manglano en espagnol :Los buscadores : 1 La mesa del rey Salomón / 2 La cadena el profeta / 3 La Ciudad de los Hombres Santos, ed. Plaza y Janés. Luis Montero Manglano en français : La table du roi Salomon / L’oasis éternelle, éd. Actes Sud.

Né à Madrid en 1981 Luis Montero Manglano est professeur d’histoire de l’art et d’histoire médiévale, et l’auteur de deux romans inédits en français : El lamento de Cain et La Aventura de los principes de Jade. Chez Actes Sud ont parus : La Table du roi Salomon (2017) et L’Oasis éternelle (2018).

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