Archives mensuelles :

décembre 2018

Le président chinois souhaite des efforts communs avec le Panama pour un avenir partagé

Une tribune du président chinois Xi Jinping titrée «Travailler ensemble pour un avenir partagé» a été publiée vendredi dans le journal panaméen La Estrella de Panamá à l’occasion de sa visite d’État dans ce pays d’Amérique centrale. Nous reproduisons ici cette tribune.

 Photo : La Prensa de Panamá

«Comme beaucoup de mes compatriotes, je ne suis pas étranger au Panama même si je ne suis jamais allé dans ce pays : le grand canal de Panama, le très réputé café Geisha, ainsi que les bananes et autres fruits tropicaux sont reconnus dans le monde entier», déclare le président chinois dans cette tribune. Il rappelle que les échanges amicaux entre les peuples des deux pays pourraient remonter à plus de 160 ans, lorsque le premier groupe de Chinois est arrivé au Panama pour aider à la construction du canal et des voies ferrées.

Dans les années 1960, seize millions de Chinois ont organisé un rassemblement à travers la Chine dans un geste de solidarité avec le peuple panaméen pour défendre sa souveraineté sur le canal. Tout cela témoigne des relations fraternelles entre les peuples des deux pays, ajoute Mr Xi Jinping. Ainsi, en juin 2017, le président chinois et son homologue panaméen Juan Carlos Varela ont décidé d’établir officiellement des relations diplomatiques entre la Chine et le Panama.

«Pour nos deux pays, cette décision historique bénéficiera non seulement à cette génération, mais à de nombreuses générations à venir. Pour la communauté internationale au sens large, cela ne pourrait pas montrer plus clairement la tendance de notre époque et la volonté du peuple. Il s’agit d’une déclaration ferme faite au monde par le Panama en faveur de la politique d’une seule Chine et de l’expression du soutien unanime de nos deux peuples aux relations sino-panaméennes», souligne Xi Jinping.

Selon le président chinois, depuis un an et demi, les relations sino-panaméennes ont progressé : les programmes de coopération se sont multipliés, apportant des avantages concrets à la population des deux pays. «Lors de sa première visite d’État en Chine, le président Varela et moi avons élaboré un plan pour l’avenir de nos relations bilatérales. La Chine est le deuxième partenaire commercial du Panama, le principal fournisseur de la zone de libre-échange de Colon et le deuxième utilisateur du canal de Panama. Dans le cadre de l’Initiative la Ceinture et la Route (ICR), les deux parties ont signé un grand nombre d’accords dans des domaines tels que le commerce, les finances, les affaires maritimes, l’aviation civile, le tourisme, la culture et l’éducation», indique Xi Jinping.

Sur proposition du Panama, la Chine est en train d’étudier le projet du centre éducatif de la «Ville de l’espoir» qui sera installé dans l’ouest du Panama. Ce projet se fixe comme objectif d’offrir des services d’éducation à plus de 2000 élèves locaux et contribuera à améliorer grandement les conditions et la qualité de l’éducation locale. La Chine est également en train de mettre en œuvre le projet des cliniques ambulantes, qui a pour but de procurer des soins médicaux gratuits aux femmes dans les régions reculées du Panama, fait remarquer le président chinois.

Le premier institut Confucius au Panama est opérationnel, le premier vol direct reliant la Chine et l’Amérique centrale a été inauguré, et le Panama est approuvé comme destination touristique pour les groupes de touristes chinois, rappelle Mr Jinping, qui ajoute que d’ici la fin de l’année, la Chine aura formé 6000 fonctionnaires et professionnels panaméens dans divers domaines et que près de mille étudiants panaméens font maintenant leurs études en Chine.

Durant la visite en Chine du président Varela l’année dernière, le Panama est devenu le premier pays de l’Amérique latine et des Caraïbes à avoir signé avec la Chine un mémorandum de coopération dans le cadre de l’ICR. À l’avenir, les deux pays travailleront inlassablement pour renforcer la synergie entre leurs stratégies de développement et apporter davantage de bénéfices aux deux peuples, déclare le président Xi Jinping.

Pour ce faire, ce dernier appelle les deux pays à être des partenaires sincères suivant les principes de l’équité et du respect mutuel, des partenaires de développement malgré les hauts et les bas, des partenaires de coopération dans la poursuite de bénéfices mutuels, et des partenaires proches avec des liens étroits entre les peuples.

«Nous ne serons pas capables de développer nos relations sans l’engagement de nos peuples. Saisissons cette opportunité pour mettre en valeur les avantages de notre départ tardif, accélérer le développement de nos relations bilatérales, développer notre coopération sur un rythme stable et soutenu, et contribuer ensemble à un avenir radieux et un monde plus prospère», conclut Mr Jinping. Le président chinois Xi Jinping va effectuer une visite d’État en République du Panama à l’invitation de son homologue panaméen Juan Carlos Varela après le sommet du G20 de Buenos Aires.

D’après La Estrella de Panamá

Traduction en français French.xinhuanet.com

Retour sur le passé avec Mon livre d’heures de la Brésilienne Nélida Piñón

À presque quatre-vingt ans (le livre a été publié en portugais en 2012), Nélida Piñón revient sur ce qui a fait sa vie, des souvenirs, des pensées. Ce n’est pas un bilan, c’est un monologue amical adressé à ses lecteurs fidèles. Elle a été la première femme élue à l’Académie brésilienne des Lettres, et en a même été la présidente. Elle a reçu les prix littéraires les plus prestigieux, entre autres le Juan Rulfo (1995) et le Prince des Asturies (2005).

Photo : Editions des Femmes

Dans ce Livre d’heures, Nélida Piñón livre des souvenirs, ceux de sa famille d’origine galicienne, les siens, et des conseils qui, pour la plupart, consistent à marteler une idée centrale : pour nous dégager de la morosité qui a envahi le monde moderne, la seule opportunité qu’il nous reste est de faire vivre la culture. La culture elle aussi peut être considérée comme globale (puisque la mode a imposé cet anglicisme), alors globalisons la Grèce de l’Antiquité, le roman européen du XIXe siècle, l’épanouissement brésilien du XXe siècle. Tout est bon dans la culture, pourvu que nous la fassions vivre.

Au moment où s’installe à Brasilia ce qui pourrait très vite devenir une dictature, il est encore plus intéressant de découvrir l’expérience de cette femme de lettres qui, une génération plus tôt, a pu lutter avec d’autres contre cette «révolution militaire» qui a imposé une autorité dévastatrice pendant vingt ans. En compagnie de son chat, elle se livre à des activités quotidiennes, comme préparer son repas, boire un thé, et ces banalités l’aident à s’évader de sa cuisine ou de son salon pour revoir les nombreux pays dans lesquels elle a séjourné.

Elle ne peut éviter une dose d’autosatisfaction, au demeurant justifiée par sa trajectoire, mais qui pourrait bien être aussi la manifestation des doutes qu’elle ressent face à elle-même. Une grande pudeur est également au rendez-vous, et qu’elle parle de sa relation avec le portugais, qu’elle nomme «idiome lusitanien», de sa vision du christianisme ou de l’actualité douloureuse de son pays, elle entretient un flou plein de charme, qui est une des qualités de ces confessions nourries des classiques grecs, espagnols du Siècle d’or ou, souvent, des textes fondateurs de la chrétienté.

Ce n’est certainement pas le livre idéal pour découvrir Nélida Piñón. En revanche, il comblera ses lecteurs fidèles en leur faisant un cadeau unique : l’intimité d’une grande dame, d’une écrivaine de premier plan au Brésil.

Christian ROINAT

Mon livre d’heures de Nélida Piñón, traduit du portugais (Brésil) par Didier Voïta et Jane Lessa, éd. des femmes-Antoinette Fouque, 224 p., 18 €. Nélida Piñón en français : Le jardin des oliviers, éd. Findakly /La maison de la passion / La force du destin / La république des rêves / Le temps des fruits / Fundador, éd. des femmes – Antoinette Fouque.

Née à Rio de Janeiro  le 3 mai 1937. Nélida Piñón, est une écrivaine brésilienne. Ses grands-parents étaient des immigrants galiciens, de Cotobade dans la province de Pontevedra. Son livre Une république dos Sonhos traite de l’émigration telle que l’ont vécu ses grands-parents depuis la Galice au Brésil et les multiples difficultés et épreuves qu’ils subirent. Nélida Piñón a fait des études supérieures de journalisme dont elle est diplômée. Elle était la rédactrice en chef et membre du conseil éditorial de plusieurs revues au Brésil et à l’étranger.  En 1996, elle fut la première femme à devenir membre de l’Académie brésilienne des lettres. En 2005, elle se voit décerner le prix Prince des Asturies de littérature.

Le monde de la lucha libre mexicaine dans Cassandro, the Exótico ! de Marie Losier

Dans le monde bariolé et flamboyant de la lucha libre, Cassandro est une star aussi incontournable que singulière. Il est le roi des Exóticos, ces catcheurs mexicains travestis qui dynamitent les préjugés dans un sport pourtant fortement machiste. Malgré ses mises en plis, son mascara et ses paupières impeccablement maquillées, Cassandro est un homme de combat extrême, maintes fois champion du monde, qui pousse son corps aux limites du possible. Pas un combat sans qu’il ne soit en sang ou blessé. Pourtant, après vingt-six ans de vols planés, d’empoignades et de pugilats sur le ring, il ne souhaite pas s’arrêter.

Photo : AlloCiné

«À chacun de mes voyages à Mexico City, mon attirance pour la Lucha Libre [le nom général du catch mexicain, NDLR], que j’avais découverte des années auparavant à travers le cinéma, s’était accentuée. C’est tout ce que j’aime : un monde théâtral excessif et drôle, des «personnages» de cinéma bigger than life, des costumes multicolores et scintillants, des cris, du suspense, des prouesses acrobatiques spectaculaires et par-dessus tout, c’est un moment d’allégresse regroupant toutes les classes sociales avec leurs héros du ring ! C’est le deuxième sport le plus populaire au Mexique après le foot, et les catcheurs y sont vénérés comme des légendes vivantes par le public en liesse. C’est une véritable religion ! Tout le monde est réuni et «vit» le jeu à fond, les vieux, les jeunes, c’est merveilleux. Je suis, par ailleurs, comme le public mexicain lui-même, très sensible au mystère de ces hommes musclés et masqués qui ne révèlent jamais leur identité ni dans la vie ni sur le ring. Il y a là tout un univers de sons et de couleurs qui donne une envie folle de filmer», explique la réalisatrice Marie Losier.

Elle poursuit : «Il faut imaginer le courage qu’il a fallu à cet homme pour apparaître sur le ring, non seulement en étant ouvertement gay, couvert de plumes et de maquillage dans un sport si machiste, mais en plus pour le faire sans masque ! Si les Exóticos existaient avant lui, tous, majoritairement hétérosexuels, singeaient une homosexualité grossière et burlesque, presque homophobe, alors que lui en a fait une cause nationale, un cheval de guerre sincère et bouleversant. Une acceptation, une revendication de lui-même entière et sans concession qui a depuis fait école. Il repousse les frontières, il est très ouvert aux autres, solidaire, conscient de la fragilité de sa survie.»

Pour montrer ce portrait très attachant – et qui nous en apprend beaucoup sur ce sport et sur ce personnage sur le fil, ou sur la frontière (Cassandro est Texan mais a fait sa carrière à Juárez au Mexique) –, Marie Losier utilise une technique expérimentale : tournage en 16 mm à l’ancienne avec des couleurs saturées, des trucages. Elle ajoute : «J’aime les trucages caméra, les filtres, les optiques différentes et même kaléidoscopiques. J’aime les techniques du début du cinéma, des Méliès, des Cocteau, des Jack Smith. Le choix de la pellicule est un travail sur la matière — film, sur la mythologie — film aussi.»

Le film a été sélectionné à Cannes dans la section de l’ACID – une association née en 1992 de la volonté de cinéastes de s’emparer des enjeux liés à la diffusion des films, à leurs inégalités d’exposition et d’accès aux programmateurs et spectateurs – et aussi, entre autres, au Rencontres documentaires de Lussas en Ardèche. Il est en salle depuis le 5 décembre.

Alain LIATARD

Cassandro, l’exotique documentaire de Marie Losier (France – 1 h 13 ) – Urban distribution. 

José, le film guatémaltèque de Cheng Li, primé au 40e festival des 3 Continents de Nantes

Cette année, neuf films ont tenté de décrocher un prix. À l’issue de la projection du film Tel Aviv on fire de Sameh Zoabi présenté en avant-première au Grand T à Nantes, le jury de cette 40e édition a remis les prix suivants : Montgolfière d’Or à Mémoires of my body de Garin Nugroho (Indonésie), Montgolfière d’argent à Three adventures of brooke de Yuan Qing (Chine), et mention spéciale du jury à José de Cheng Li (Guatemala).

Photo : Festival 3 Continents

José, 19 ans, vit seul avec sa mère, œuvrant chacun de son côté à de petits métiers pour assurer leur ordinaire : elle vendant sans licence des sandwichs, lui rabattant à un carrefour les clients potentiels vers un restaurant. Sa rencontre avec Luis, venu de la Côte pacifique du pays pour gagner sa vie comme manœuvre sur des chantiers de construction à Guatemala City, conduit José à réinvestir la part intime mais cachée de son existence.

Film guatémaltèque réalisé par Cheng Li, chinois résidant aux États-Unis, José parvient à faire glisser sur un même plan l’attention qu’il porte à son personnage principal à travers l’usage récurrent de plans fixes et une distance à lui qui installe son histoire dans l’épais tissu social et urbain qui l’entoure jusqu’à une poignante scène de clôture. Parvenant à neutraliser une menace naturaliste au bord de laquelle le film se tend, le jeu des acteurs non professionnels l’alimente d’un élan contrôlé mais convaincant, donnant aux hésitations des personnages, et Enrique Salanic à celui de José, leur juste poids. 

Chaque année depuis 1979, à la fin du mois de novembre à Nantes, le Festival des 3 Continents propose des films de fictions et des documentaires d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Cette spécialisation géographique, pionnière en son temps, ne résume pas l’identité du Festival, elle est une des formes de ce qui l’anime et le distingue : la passion et la curiosité, le goût de la découverte et des rencontres, l’amour des films du Sud et la volonté de les servir.

Depuis sa création, le Festival des 3 Continents a constamment fait preuve d’un flair certain dans sa programmation. De nombreux hommages ont fait date : Raj Kapoor (Inde) en 1984, nouvelle vague argentine dès 1997 et à nouveau en 2002, Melvin Van Peebles en 1979 (USA), Tolomouch Okeev (Kirghistan) en 2002, Satyajit Ray (Inde) en 2006…

La Compétition a également ses titres de gloire : Souleymane Cissé (Mali) en 1979, Hou Hsiao-hsien (Taïwan) en 1984, Abbas Kiarostami (Iran) en 1987, Wong Kar-wai (Hong-Kong) en 1991, Tsai Ming-liang (Taïwan) en 1993, Jia Zhang-ke (Chine) en 1998 et bien d’autres encore… Le Festival des 3 Continents a été et restera un lieu de découvertes et de rencontres, un lieu d’échange et de passion.

Service de presse
Festival des 3 Continents de Nantes

Voir aussi l’article de Kevin Saint-Jean sur le festival 3 Continents de Nantes

Pachamama, un film d’animation de Juan Antin autour des peuples amérindiens

«Pachamama», c’est la terre nourricière. Lorsque les Incas qui habitent de l’autre côté de la montagne viennent racketter les cultures d’un petit village, ils s’emparent aussi d’une petite statuette sacrée : la Huaca. Tepulpaï et Naïra, deux enfants, vont partir jusqu’à Cuzco pour récupérer la statuette. Ils arrivent au moment où les conquistadors envahissent la ville.

Photo : Pachamama

«C’est impressionnant de constater à quel point cette civilisation était visionnaire. Son mode de vie reposait sur un cercle vertueux qui pouvait durer éternellement, contrairement à aujourd’hui où on s’évertue à épuiser les ressources de la terre. Mon attachement à l’écologie est inscrit dans la culture des peuples amérindiens. Pour eux, il n’y avait pas de séparation entre les êtres et le monde : c’était un tout. Cela rejoint l’approche de la physique quantique, qui considère qu’il n’y a pas de matière, mais seulement des vibrations d’énergie, et que tout ce qui constitue l’univers est lié. Ces peuples restituaient à la terre une partie de ce qu’elle leur donnait, dans un échange permanent avec une entité vivante. Dans le film, j’exprime ma colère de voir comment la nature est maltraitée aujourd’hui. Et l’analogie avec les peuples amérindiens respectant la nature, avec une vision spirituelle de la terre, en opposition à la vision matérialiste des conquistadors qui passe par l’exploitation et la recherche de richesse. De même, quand les espagnols voient l’idole, la Huaca, ils pensent qu’elle est précieuse parce qu’ils croient qu’elle contient de l’or, alors que sa valeur est uniquement spirituelle», explique Juan Antin.

«Plutôt que de relater la colonisation de manière historique, j’ai voulu la raconter du point de vue des indigènes, à hauteur d’enfants. C’était important pour moi, car en Argentine, on apprend à l’école que les «bons» étaient les Espagnols, apportant civilisation et progrès, et les indigènes, des sauvages. Sur un billet de cent pesos argentin, on voit le portrait de Rocca, un président qui a fait tuer des millions d’Indiens. Le projet de conquête, c’était amener la civilisation européenne, s’emparer des ressources naturelles et exterminer les «sauvages». Comme on n’enseigne pas cela à l’école, j’avais envie de raconter aux enfants que les conquistadors n’étaient pas des héros, mais des voleurs.»

Le film traite graphiquement de manière différente les trois peuples. Au village, sous l’ombre du Condor, on a utilisé des formes organiques liées à la terre. Pour les personnages des Incas, le film s’est basé sur leur architecture qui est constituée surtout de lignes droites, car ils travaillaient les pierres de manière à les encastrer entre elles. Dans cet univers, l’énergie est celle du soleil. Quand les conquistadors apparaissent, tous les décors se teintent de rouge : on ne montre pas de sang mais on le suggère.

Un autre aspect important est la trame sonore et la musique de Pierre Hamon : beaucoup de sons de vent ont été réalisés avec des instruments précolombiens, et une partie des chants des oiseaux ont été produits avec des vases siffleurs. Ont été ajoutés des ambiances sonores de forêt, et de vrais chants d’oiseaux, et tous ces éléments sont d’une qualité sonore excellente. Il leur est aussi arrivé de mêler ces sons réels de forêt avec des effets réalisés grâce aux vases siffleurs qui imitent les oiseaux, car cela ajoutait un côté magique.

Ajoutons que Juan Antin, qui est argentin, a mis quatorze ans pour réaliser son film. En 2002, son premier long-métrage, Mercano Le Martien obtient au festival d’Annecy le prix spécial du jury. Après 70 films courts, Pachamama est son deuxième long-métrage. Le film a pu se réaliser grâce à une coproduction entre les producteurs français de Kirikou, le Luxembourg et le Canada. Un film à voir avec ses enfants, mais pour lequel les adultes ne sortiront pas déçus non plus. En salle le 12 décembre.

Alain LIATARD *

* Lors de l’avant première à Lyon, au cinéma Comoedia (cinéma d’arts et essais) le samedi 1er décembre,  la grande salle était pratiquement pleine. Pachamama de Juan Antin – 1 h 12 – espagnol – Distributeur Haut & Court

Les Genevois ont afflué au 20e festival de cinéma Filmar en América Latina

Nous transcrivons un article de la Tribune de Genève de lundi dernier qui publie les films primés du vingtième festival Filmar en América Latina. Deux films cubain et péruvien ont été récompensés, ont indiqué les organisateurs à l’issue de ce festival qui a accueilli durant les trois semaines vingt mille spectateurs.

Photo : Filmar Genève

Le festival Filmar en América Latina, qui célébrait cette année son 20e anniversaire, a autant séduit voire davantage les Genevois que lors des précédentes éditions. Selon les premières estimations, l’affluence sur deux semaines pourrait même être supérieure aux dernières années où elle a atteint environ 20 000 personnes.

Des soirées supplémentaires sont prévues sur un site jusqu’à mardi. La fréquentation dans les principales salles partenaires «a augmenté», a relevé la directrice du festival, la cinéaste genevoise d’origine chilienne Vania Aillon.

Les 90 films ont été montrés à Genève mais aussi plus largement dans le canton et en France voisine. Deux nouveaux sites étaient prévus. «Nous sommes fiers d’œuvrer pour la diffusion de ce cinéma qui a le vent en poupe» et de diffuser des films qui ne sont, pour la plupart, pas projetés en Suisse, s’est félicitée Vania Aillon.

Parmi les deux films récompensés, Un traducteur de Rodrigo et Sebastián Barriuso a remporté le Prix du public. Le premier a salué «un honneur» que le film ait été désigné par le public. Tournée à Cuba, cette coproduction cubano-canadienne, inspirée de l’existence du père des deux jeunes réalisateurs, raconte le quotidien d’un professeur de littérature russe à l’université de La Havane en 1989. Celui-ci est détaché à l’hôpital pour une mission spéciale auprès d’enfants victimes de la tragédie de Tchernobyl. Le film montre la rencontre de cet homme avec un jeune patient. Le prix du public est doté de 4 000 francs suisses.

De son côté, la fiction Retablo du Péruvien Alvaro Delgado-Aparicio, a reçu le prix du Jury des jeunes, alimenté du même montant. «Très heureux», le réalisateur a relevé que cette œuvre, tournée au sein d’une communauté autochtone, mettait notamment l’accent sur la diversité. Dans un village de montagne au Pérou, un artisan réputé enseigne à son fils l’art des retablos, crèches décoratives vendues à l’église ou à des familles. Le jury a salué un film qui porte sur «les conséquences dramatiques» provoquées parfois par des valeurs patriarcales. Outre les films, une discussion sur les défis de tourner en Amérique latine a réuni des cinéastes et producteurs. La 21e édition aura lieu du 15 novembre au 1er décembre 2019.

La Tribune de Genève

Festival Filmar

Camilo Catrillanca, jeune Mapuche tué sans aucune justification par la police chilienne

Des plaintes pour vol de voiture dans une petite ville d’Araucanie, puis Camilo Catrillanca, un jeune mapuche tué par balle par le commando «Jungle» des forces de sécurité chilienne. Une carte mémoire de caméra embarquée qui est détruite. Un témoin de 15 ans qui aurait été torturé. Un journaliste révèle l’existence d’une liste de personnalités mapuches surveillées. Tout cela dans le climat militarisé d’une zone rurale où un peuple indigène tente de défendre ses droits face aux grandes entreprises forestières.

Photo : Alberto Valdés (EFE)

Cela pourrait être la quatrième de couverture d’un nouveau thriller, le Millenium sud-américain. Mais il s’agit de la nouvelle affaire secouant le Chili depuis quelques semaines. Le temps passe et les circonstances de la mort de Camillo Catrillanca se troublent de plus en plus. Le 14 novembre dernier, dans la commune d’Ercilla, à 600 kilomètres au sud de Santiago, trois véhicules de professeurs d’une école sont volés. Selon les forces de police, la suite de l’enquête mène les gendarmes à la communauté mapuche de Temucuicui. À leur arrivée sur place, une fusillade éclate et Camillo Catrillanca est tué alors qu’il tentait de fuir.

Dès la mort du jeune homme, des voix s’élèvent pour demander à ce que les circonstances du drame soit éclaircies. Le vice-président et ministre de l’Intérieur, M. Patricio Chadwick, annonce le 16 novembre que Camillo Catrillanca avait des antécédents judiciaires. Peu de temps après, sa famille rend public l’extrait du casier judiciaire de la victime, et M. Chadwickre revient sur ses déclarations. Camilo Catrillanca n’avait pas d’antécédents judiciaires mais était connu des services de police.

Par ailleurs, les gendarmes ne peuvent pas prouver que Camilo Catrillanca était lié au vol de voiture. Plus grave, il est rapidement établi qu’il ne fuyait pas et qu’il a été abattu d’une balle à l’arrière de la tête alors qu’il était au volant de son tracteur. Un adolescent de 15 ans l’accompagnait et devient ainsi le principal témoin de sa mort. Arrêté par les forces de l’ordre, l’identité de l’adolescent est gardée secrète.

Le 21 novembre, le Général Hermes Soto, à la tête du corps des Gendarmes, déclare devant la commission Sécurité de la Chambre des députés qu’un de ses hommes a détruit la carte mémoire de sa caméra embarquée. Ce gendarme portait en effet, lors de l’opération ayant aboutie à la mort de Camilo Catrillanca, une caméra GoPro dont les images auraient pu éclairer les circonstances du drame. La raison avancée pour expliquer cette destruction est que cette carte mémoire contenait également des images intimes de lui et de sa femme.

Le jeune témoin qui accompagnait Camilo Catrillanca au moment du drame reste ainsi la seule source disponible pour que la justice puisse comprendre le déroulement des évènements. De nouveau, les méthodes des forces de l’ordre sont remises en question. L’Institut des Droits Humains a ainsi annoncé porter plainte contre l’État, disant avoir la preuve que ce jeune homme avait été victime de torture lors de sa détention.

Plusieurs éléments inquiètent la défense. L’avocat de la famille Catrillanca réclame en effet la restitution des vêtements de la victime, ceux-ci ayant mystérieusement disparus entre le moment de sa mort et son arrivée à l’hôpital. Toutefois, d’après les premiers éléments de l’enquête, aucune trace de poudre n’a été relevée, que ce soit sur les vêtements ou sur le corps de Camilo Catrillanca, mettant à mal la thèse d’un affrontement armé. Par ailleurs, l’enquête établit que 21 douilles de balles ont été retrouvées sur les lieux, ce qui effrite un peu plus la version officielle des gendarmes, qui disent avoir répliqué de manière proportionnelle à des tirs.

De plus, le groupe de gendarmes qui a pris en charge cette affaire de vol de voiture est un commando surnommé «Jungle». Il s’agit d’une unité de 80 hommes récemment créée, formée aux États-Unis et en Colombie à la lutte armée contre les narcotrafiquants en terrain hostile. Une partie de l’opposition s’est interrogée quant à la pertinence d’une telle unité dans le cadre de la lutte contre les Mapuches, mettant en avant la faible dangerosité des mouvements de défense indigènes et questionnant l’assimilation des Mapuches à des réseaux terroristes.

Surtout, ce groupe ne devait intervenir, selon ses ordres de mission, que dans le cas d’affrontements entre les forces de l’ordre et des groupes armés. Il est donc incompréhensible pour une partie de l’opinion publique que ce soit ce commando qui ait pris en charge ce qui au départ n’était qu’une affaire de vol de voiture. Les groupes mapuches et leurs sympathisants soupçonnent ainsi une volonté de militariser tout délit impliquant les communautés indigènes. Par ailleurs, comme le souligne la Comission Interaméricaine des Droits de l’Homme, Camilo Catrillanca était connu pour avoir été un des leaders des manifestations étudiantes en 2011 et était un des porte-paroles de sa communauté.

Enfin, le 27 novembre dernier, un journaliste du média d’investigation Centro de Investigación e Información Periodistica (Centre d’Investigation et d’Information Journalistique) révèle l’existence d’un fichier policier listant les principaux meneurs des organisations mapuches. Ce document a été élaboré par la Unidad de Inteligencia Operativa Especializada de Carabineros (Unité Spécialisée du Renseignement Opérationnel des Gendarmes). Cette unité aujourd’hui dissoute est également celle qui est impliquée dans «l’affaire Ouragan», un cas ayant révélé la fabrication de fausses preuves par cette unité pour pouvoir inculper plusieurs mapuches de crimes et délits qu’ils n’ont pas commis.

Ce fichier, recensant de nombreuses personnalités mapuches, comprend à la page 24 les membres de l’Alianza Territorial Mapuche (Alliance Territoriale Mapuche), une organisation défendant les droits de la communauté. Cette organisation est non-violente et a été à plusieurs reprises sollicitée par les différents gouvernements pour travailler sur les problématiques liées aux Mapuches. Le grand-père de Camilo Catrillanca, Juan Segundo Catrillanca, à la tête de l’organisation, et d’autres membres ont même participé à des réunions de travail à la Moneda lors du premier gouvernement Piñera (2010-2014). Le document contient également des commentaires sur les opinions politiques et les amitiés (sur les réseaux sociaux) de nombreux membres d’organisations mapuches diverses.

Pour le moment, l’enquête n’a pas permis d’établir qui a tiré sur Camillo Catrillanca. Le Ministère Public a ouvert trois enquêtes. La première concernant le vol de voiture initiale, la deuxième sur la mort de Camilo Catrillanca, et la troisième porte sur la destruction de preuves et les faux témoignages des policiers impliqués. Une quatrième pourrait être ouverte à partir de la plainte de l’Institut des Droits Humains concernant les actes de torture subis par le jeune témoin.

La Commission Interaméricaine des Droits Humains a fait part de sa préoccupation et appelle l’État chilien à enquêter de manière impartiale et rappelle que les forces de sécurité sont tenues de respecter les normes du droit international. Des sanctions administratives ont déjà été prises à l’encontre des gendarmes. Quatre hommes du commando «Jungle» ont été exclus des forces de police, le général et le préfet des forces de sécurité en Araucanie ont été contraint de démissionner. Par ailleurs, l’Intendant régional, nommé par le président, a quitté ses fonctions. Le président Sebastián Piñera s’est rendu dans la région à l’occasion de la nomination du nouvel Intendant.

Ces tristes évènements ont évidemment engendré plusieurs manifestations, aussi bien en Araucanie qu’à Santiago. Plusieurs affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants ont éclaté, y compris dans le cortège funéraire menant Camilo Catrillanca à sa dernière demeure. Celui-ci rejoint les nombreux mapuches tués ces dernières années en Araucanie, conséquence directe d’une militarisation toujours plus importante du conflit social, avec toutes les violences que cela engendre.

Rai BENNO
Depuis Santiago du Chili

La venue à Lyon de la réalisatrice vénézuélienne Alexandra Henao pour le festival Documental 2018

La douzième édition du festival «Documental : l’Amérique latine par l’image» a accueilli la réalisatrice vénézuélienne Alexandra Henao, dans le cadre d’une collaboration avec le festival «Documenta» de Caracas. Elle a présenté son long-métrage documentaire Kuyujani envenenado à l’Institut Cervantès le mardi 20 novembre, son film étant en lice pour les prix du jury et des spectateurs décernés à la fin du festival.

Photo : Beto Benitez (Pérou)

Alexandra Henao est vénézuélienne. Elle est diplômée en communication sociale (Université Catholique André Bello, Caracas, Vénézuela) et en cinématographie (Nation Film & TV School, Beaconsfield, Angleterre). Directrice cinématographique et de la photographie, les courts et longs métrages qu’elle a réalisés ont tous été primés dans son pays d’origine ainsi qu’à l’international.

La réalisatrice s’est rendue à Lyon la semaine dernière afin de présenter un long-métrage sur les questions amérindiennes et écologiques au festival «Documental, l’Amérique latine par l’image». C’est dans le cadre d’une collaboration avec le festival «Documenta» de Caracas que la structure culturelle Espaces Latinos a eu l’honneur d’accueillir Alexandra Henao.

Entre 2010 et 2016, la réalisatrice vénézuélienne s’est rendue à trois reprises dans les communautés Yekuana et Sanema qui souffrent d’une catastrophe humaine et environnementale. En effet, ces peuples risquent de disparaître sous peu car les lacs qui traversent leurs territoires et dont ils se servent pour les activités quotidiennes sont empoisonnés au mercure. Cet élément chimique que les locaux appellent le «vif d’argent» est utilisé pour extraire l’or des exploitations minières qui se développent de manière exponentielle sur les territoires indigènes. Jusqu’à 2016, ce commerce était absolument illégal mais n’en demeurait pas moins réel. Kuyujani envenenado montre l’impossible affrontement entre les communautés Yekuana et Sanema et ceux qui bénéficient de cette activité illégale et l’autorisent, au détriment des locaux et de leur santé. Le documentaire met en exergue l’implication de commanditaires militaires dans ce commerce qui, loin de le faire cesser, l’alimentent.

Les différentes séquences du film montrent l’altération du quotidien de ces peuples à cause d’activités polluantes, dangereuses et très rentables, dans un Vénézuela en crise économique. On ne peut que regarder, abasourdi, cette réalité qui nous est si lointaine se déployer devant nous, et se sentir révolté par cette injustice. L’approche humaniste et militante de la réalisatrice est frappante en ce qu’elle montre le bienfondé des revendications des Yekuana et Sanema qui, malheureusement, sont les laissés-pour-compte de ce désastre sanitaire et écologique.

Le mercredi 21 novembre, c’est à l’École Normale Supérieure de Lyon que son documentaire a été projeté, en miroir avec le court-métrage Mi territorio, de Cécile Spanu et Arturo Rodríguez, lors d’une double-projection, suivie d’un échange avec le public.

Nina MORELLI

De gauche à droite : Nicolas Olivares Pereda, Alexandra Henao, Cécile Spanu, Arturo Rodriguez, Nina Morelli – Crédit : ENSeguida

“Les populations amérindiennes, la terre et l’écologie : un dialogue latino-américain”, une rencontre de réalisateurs à l’Ecole normale supérieure de Lyon

Dans le cadre du 12e festival «Documental : l’Amérique latine par l’image», les Nouveaux Espaces Latinos et ENSeguida, association latino-américaniste de l’ENS de Lyon ont organisé à l’ENS, avec le soutien de l’association écologiste ENvertS, une double projection de documentaires sur la condition de peuples amérindiens du Venezuela (communautés Yekuana et Sánema) et du Mexique (communauté Maya). Celle-ci s’est prolongée par une discussion avec les réalisateurs.

La rencontre a été modérée par Nina Morelli et interprétée par Nicolás Olivares Pereda. Les deux projections ont été suivies par un échange avec les réalisateurs Alexandra Henao (Kuyujani envenenado, Vénézuela), Cécile Spanu et Arturo Rodríguez (Mi territorio, France et Mexique). La rencontre a débuté avec une première interrogation : comment, en tant que réalisateur, peut-on s’intégrer à ces communautés indigènes ? Dans le cas d’Alexandra Henao, c’est un chef Yekuana qui lui a demandé de venir faire un documentaire sur une des fêtes traditionnelles les plus connues de cette communauté. Une fois sur place, elle a décidé de centrer son film sur la question des mines et des lacs empoisonnés au mercure, devant l’urgence de la situation.

Cécile Spanu et Arturo Rodríguez, sont initialement allés dans des communautés indigènes au Mexique afin de filmer et d’interroger des spécialistes sur des questions écologiques et agricoles, dans le cadre d’un projet documentaire plus vaste. L’association Maderas del pueblo les a introduit dans une petite communauté maya. Cette association aide à l’autonomisation des peuples indigènes. Ils insistent sur le fait qu’ils n’ont pas eu à faire beaucoup d’efforts pour s’intégrer : c’est bien plus la communauté qui les a intégrés.

L’échange s’est poursuivi sur les différences de modes de vie. Cécile Spanu et Arturo Rodríguez ont mis en avant ce qu’était le concept de «communauté». Ils ont découvert un tout, un fonctionnement harmonieux. Le rapport de la communauté à l’environnement est fusionnel. Arturo Rodríguez raconte le plaisir qu’il y a à se dire : «ce fleuve, c’est chez moi, cette forêt, c’est chez moi aussi. Finalement, pour nous qui cherchons une solution écologique et une manière de repenser notre vie avec le territoire, tout est déjà là. Ces peuples vivent selon le rythme de la nature, leur calendrier dépend de la croissance du maïs, et résulte donc d’une l’osmose avec la nature.»

La question du rapport à la modernité a également été abordée. Arturo Rodríguez raconte ainsi que ces communautés ne comprennent pas «l’idée d’avoir des cartes de crédits, le fait de ne pas être payé directement avec de l’argent, sinon de manière virtuelle». Le concret est bien plus ancré : les membres de la communauté qu’ils ont fréquentés ne veulent que ce dont ils ont besoin, aux niveaux matériel et pratique. Il y a malgré tout un certain sens de la modernité, car ils utilisent des moteurs et des panneaux solaires.

Les communautés amérindiennes du Venezuela, les Yekuana et les Sánema ont attisé la curiosité du public. Des questions ethnologiques ont été posées à Isabel Soto, chorégraphe et danseuse qui a vécu avec ces communautés pendant plusieurs mois. Les spectateurs se sont demandés quel était le rapport de ces peuples au territoire. Cela a permis d’ouvrir le débat sur la question des peuples déplacés. Arturo Rodríguez et Cécile Spanu ont  expliqué que la communauté Maya dans laquelle ils vivaient était constituée de personnes déplacées de leur territoire d’origine (pour l’exploitation de leur ancienne terre), et que «ces gens étaient plutôt contents d’avoir une terre à eux, sur laquelle ils puissent vivre en paix, et qu’ils peuvent s’approprier». La position d’Alexandra Henao était toute autre. Elle a mis l’accent sur le lien étroit entre les peuples des régions de l’Amazonas à leurs territoires. Elle a notamment insisté sur le choc du déplacement qui «serait une vraie rupture dans leur système de vie ancestral. Le lien au territoire est essentiel pour la survie de la communauté et pour la perpétuation de leur culture».

La discussion sur les communautés indigènes a amené une question sur les  métissages entre les communautés Sánema et et Yakuana et les «créoles» (c’est-à-dire toute personne non indigène). Isabel Soto a expliqué qu’il n’y a que peu de mélanges et que les communautés citées sont deux peuples très différents. Il n’y a presque pas de cas de couples mixtes, entre différentes communautés, et de même avec des créoles. Quoiqu’il en soit, elle a insisté sur le fait que toute personne née dans la communauté, qui y a grandi, qui en maîtrise la langue et la culture est parfaitement intégrée dans cette communauté, qu’il soit métisse ou non. Il n’y a pas de telle distinction qui soit faite, même si les cas sont rares.

Suite à cela, la discussion est devenue politique. Dans le documentaire Kuyujani envenenado plusieurs séquences montrent des militaires et leurs rapports aux mineurs illégaux qui pénètrent dans les territoires indigènes. La réalisatrice a expliqué qu’il lui était impossible de filmer les militaires : elle a été obligée de placer des caméras cachées sur les chefs indigènes qui allaient à leur rencontre. Dans d’autres séquences, on voit des assemblées qui réunissent les chefs des communautés indigènes, les militaires et la ministre des Peuples Indigènes Aloha Núñez, qui évoquent les différentes lois quant au respect des territoires indigènes.

Le documentaire vénézuélien concerne la période 2010-2016. Lors du débat, la question de l’état actuel du problème sous la gouvernance de Nicolás Maduro a été posée. En 2016, le président vénézuélien a signé un accord autorisant l’extraction d’or dans un arc minier au sein de ces territoires. Désormais, l’exploitation, en plus d’être extrêmement polluante, n’est plus illégale. Sa dangerosité pour l’environnement et la santé des populations est totale. Les mineurs ne respectent pas les frontières de l’arc minier et c’est ainsi 52% du territoire des indigènes qui est exploité. L’accord du gouvernement pour l’exploitation intensive de ces ressources minières s’explique par la chute des prix du pétrole, qui était le revenu principal de l’État vénézuélien. L’extraction de l’or au mercure est devenu pour le pays une nouvelle ressource économique.

Les territoires miniers souffrent également de pressions externes, comme celle du Cartel del Sol (cartel de militaires), qui récupère une grande partie des ressources des extractions minières. C’est ce qui amène Alexandra Henao à parler du Vénézuela comme d’une dictature narco-militaire. Elle rappelle également que, malgré les lois pour les droits de ces communautés mises en place par Hugo Chávez, les accords n’ont jamais été appliqués. La séquence dans laquelle apparaît la Ministre des Peuples Indigènes incarne ce dialogue et cette mise en pratique impossibles : tout son discours vise à éviter de répondre aux protestataires et à plutôt mettre en avant la révolution menée par Chávez et sa lutte pour les peuples indigènes.

Le débat s’est ouvert sur d’éventuelles situations similaires dans d’autres pays d’Amérique latine. Alexandra Henao a donné quelques exemples, comme celui de peuples indigènes en Colombie, dont le taux de contamination au mercure est tel que les premiers effets à long-terme se font déjà remarquer, surtout chez les enfants. Au Brésil, le nouveau président Bolsonaro compte développer l’exploitation minière dans le pays. Le Pérou rencontre aussi ce genre de problèmes, mais dans aucun des cas évoqués le gouvernement ne prend des mesures contre ce qu’on peut appeler des écocides et des génocides.

Les réalisateurs ont transmis une note finale positive malgré tout. Aborder ces questions grâce au cinéma documentaire permet de soulever une indignation et créer des dynamiques des mobilisations et des lutte. C’est aussi, pour Cécile Spanu et Arturo Rodríguez, «une bonne chose que d’apprendre que les solutions écologiques que nous cherchons aujourd’hui existent déjà chez ces communautés indigènes. Nous avons donc beaucoup à apprendre d’eux.»

Ève LE FESSANT COUSSONNEAU

EnSeguida

Guaxuma, film d’animation franco-brésilien, vainqueur au festival du film court de Villeurbanne

Le festival du film court de Villeurbanne, qui s’est déroulé du 16 au 25 novembre, a primé trois films choisis par le jury. Au niveau de la compétition animation, c’est le film franco-brésilien de Nara Normande, Guaxuma, qui a gagné le prix d’un montant de 1 500 euros. Ce film de 14 minutes mêle plusieurs techniques : d’abord la pixilation qui utilise des photos réelles en accéléré, ensuite les poupées représentant les deux héroïnes, et enfin l’animation faite avec du sable, ce qui donne des images très particulières et granuleuses.

Photo : Festival d’Annecy

Guaxuma, c’est l’histoire de deux amies inséparables sur une plage du Nord-est du Brésil. C’est le souffle de la mer qui rappelle les souvenirs heureux de Nara et Tayra au moment de leur enfance et adolescence.

Le cinéma d’animation brésilien est très riche puisqu’il a remporté deux années de suite le grand prix au festival d’Annecy : RIO 2096 de Luiz Bolognesi en 2013 et Le garçon et le monde en 2014. À Villeurbanne cette année, le grand prix fiction a été donné au film grec Le silence des poissons mourants (19 minutes) de Vassilis Kekatos : Makis apprend un beau matin qu’il est mort. Il lui faudra trouver des gens pour s’occuper de ses affaires.

Le prix du public est allé à Mort aux codes, film tourné à Lyon par Leopold Legrand, qui raconte en 15 minutes les difficultés du SAMU pour rentrer dans un immeuble puis dans l’appartement d’un homme en train de mourir.

Lancé en même temps que la (re)naissance du Zola en 1979, le Festival du Film Court de Villeurbanne fêtait en 2018 sa 39e édition. Difficile de citer tous les courts métrages très intéressants de cette très bonne édition. Du 16 au 25 novembre, 150 films ont été présentés, des films dont les univers ont conquis par leur originalité, leur créativité, leur urgence de raconter quelque chose par le biais du cinéma et d’être en prise avec notre époque. Rendez-vous l’an prochain pour la 40e !

Alain LIATARD

Librairie Ici : une nouvelle libraire indépendante s’installe à Paris. Une librairie riche et design

Depuis le 26 octobre dernier, la librairie Ici a ouvert ses portes à Paris sur le boulevard Poissonnière à Paris 2. Riche d’un large choix d’ouvrages, elle prend le pari d’offrir une pratique renouvelée de la librairie.

Photo : Librarie Ici

L’événement est à marquer d’une pierre blanche tant il est rare : près de vingt ans se sont écoulés depuis la dernière ouverture d’une librairie de l’ampleur de la librairie Ici, à Paris. Derrière un nom où l’on devine la singularité d’un espace qui veut devenir un point de rendez-vous emblématique, se cache une librairie généraliste design et très riche. Au total, c’est près de 40 000 ouvrages référencés en littérature, sciences humaines, jeunesse, bandes dessinées, beaux-arts, vie pratique, entreprise, tourisme et parascolaire. Le tout réparti sur près de 500 m2, deux étages au design sobre, épuré et lumineux.

Ce nouveau lieu, on le doit à deux associées, Delphine Bouétard et Anne-Laure Vial qui outre une passion sincère pour le livre, partagent une expérience riche à la direction de maisons d’éditions prestigieuses ou de magasins de grands groupes comme Virgin. Formées aux enjeux et aux nouveaux usages de la librairie, elles ont pu créer un lieu qui répond aux besoins d’un public en recherche d’un supplément d’âme et de nouvelles pratiques.

Un nouvel espace de convivialité

C’est pourquoi la librairie Ici se pense aussi comme un espace convivial qui contribue à sa manière à la vie de quartier. Au-delà des rendez-vous réguliers avec des auteurs, la librairie organise chaque samedi des activités pour les enfants (lecture d’une histoire par un conteur professionnel, réalisation de bande-dessinée, atelier pop-up…), des débats, de la lecture dessinée… Chaque rencontre et débat se déroulent sur une scène avec gradins et sont captés en direct et diffusé sur les réseaux sociaux de la librairie. La librairie Ici est aussi un café, en partenariat avec les cafés Coutume.

Cette formule d’espace aux multiples usages rappelle beaucoup celle du tiers-lieu, que l’on pourrait définir comme un lieu où l’on aime se retrouver pour travailler, se reposer, chercher à se sociabiliser : ce n’est pas notre lieu de travail, ce n’est pas notre domicile, c’est encore autre chose. Devenu l’apanage des nouvelles pratiques culturelles et artistiques dans la capitale, la déclinaison littéraire du tiers-lieu n’existait pas encore. Au final, une formule dont on peut imaginer le succès sous sa forme de librairie, tant elle épouse les nouvelles pratiques de consommation.

Kévin SAINT-JEAN

Librairie Ici. 25, bd Poissonnière (Paris IIe). 01 85 01 67 30. Horaires: du lun. au sam. de 10 h à 20 h.  SITE

Page 3 sur 4« First...234

Inscription newsletter

Inscription newsletter depuis le 22 décembre

Articles par mois

Articles par catégorie