Archives mensuelles :

septembre 2018

Amnesty France donne la parole à des Mapuche venus de part et d’autre de la Cordillère des Andes

L’association EFiGiES, qui vise à créer de la solidarité entre étudiants, doctorants et jeunes chercheurs en Études Féministes, Genre et Sexualités à travers une mise en commun de savoirs et d’informations, adresse un message à toutes celles et tous ceux qui demeurent solidaires du peuple mapuche en résistance de part et d’autre de la Cordillère des Andes, message que nous avons souhaité reproduire ici. Elle propose également de rencontrer deux femmes mapuche au sujet des luttes pour le Territoire-Terre en octobre prochain.

Photo : Cedoc Perfil

Au Chili, l’escalade de violence que nous avions déjà dénoncée l’an dernier envers le peuple Mapuche dans la IXe région ne cesse de s’amplifier avec de violentes perquisitions dans les communautés accompagnées de tirs de gaz lacrymogènes, des enfants blessés par des balles de plomb et de caoutchouc et des arrestations arbitraires de mineurs. Cette persécution policière s’accompagne d’une criminalisation judiciaire avec l’utilisation de témoins cagoulés, la manipulation de preuves, des détentions préventives de plus d’un an avant les jugements qui se terminent souvent par des non-lieu ainsi que des menaces et des filatures de leurs propres défenseur.e.s. Rappelons que, dans ce contexte, nous avons appris en juin dernier que le gouvernement de M. Piñera a envoyé plusieurs groupes de «carabineros» (policiers militaires) dans des camps d’entraînement anti-terroristes aux États-Unis et en Colombie.

La situation des communautés mapuche au sud de l’Argentine est aussi alarmante, particulièrement dans la province de Chubut où a disparu en août 2017 le jeune argentin Santiago Maldonado lors d’une vaste perquisition opérée par la police militaire dans le territoire de la communauté mapuche Pu Lof en Résistance, du département de Cushamen. Cette disparition et la réapparition deux mois plus tard du corps de Santiago Maldonado dans la rivière voisine de la communauté a permis de révéler l’ampleur de la répression dont souffrent, depuis des décennies, les communautés mapuche au sud de l’Argentine.

À la suite de cet événement, une centaine d’organisations de peuples autochtones, Amnesty International, le Service de paix et justice (Serpaj) et l’Assemblée permanente de droits humains (APDH) ont adressé un communiqué au gouvernement argentin pour dénoncer la «stigmatisation et la persécution à l’encontre du peuple mapuche». Le communiqué intitulé «La lutte indigène n’est pas un délit» interpellait le gouvernement en déclarant : «Le ministère de la Sécurité considère les revendications territoriales mapuche comme des menaces pour la sécurité publique […] L’État privilégie en fait les intérêts des entreprises pétrolières et criminalise le peuple mapuche.»

Dans le cadre de la journée internationale des peuples indigènes des Amériques, le 12 octobre prochain, nous invitons Mme Natividad Llanquileo, avocate mapuche et présidente du CID SUR (Centre de recherche et de défense SUR), à Temuco, IXe région du Chili à venir témoigner de la grave situation des droits humains en territoire mapuche (Wallmapu). Dans ce même contexte, nous invitons également M. Mauro Millan, Lonko (responsable) de la communauté mapuche Pillan Mawiza, située dans la province de Chubut en Patagonie argentine, et Mme Ana Margarita Ramos, anthropologue et chercheuse, à venir également témoigner de la situation peu médiatisée des peuples autochtones d’Argentine.

Dès à présent nous vous informons que, grâce au soutien des membres de la Région Amériques d’Amnesty International France, leur séjour en France débutera par une conférence le jeudi 11 octobre, de 19 heures à 22 heures, au siège d’Amnesty International, 72-76 boulevard de la Villette, 75019 Paris (Mo Colonel Fabien). L’accueil aura lieu à partir de 18h30, en raison d’un code d’accès mis en place à partir de 19 h.

S’il ne vous est pas possible de participer à cette rencontre, nous sommes prêts à accueillir vos propositions de rencontres et entretiens avec Mme Natividad Llanquileo les vendredi 12 et samedi 13 octobre et le lundi 15 octobre avant son départ en Suisse jusqu’au 21 octobre. Et ensuite jusqu’au 29 octobre.

D’après l’association EFiGiES

Le Mexique n’exclut pas un accord bilatéral avec le Canada si aucun compromis n’est trouvé

Selon l’agence financière et économique suisse (AGEFI), si les renégociations de l’Aléna ne débouchent pas, le président mexicain a évoqué la possibilité d’un accord bilatéral avec le Canada. Le Canada et les États-Unis se sont en effet lancés dans une série de délicates négociations pour parvenir à renouveler l’accord qui unit les trois pays dans une vaste zone de libre-échange depuis 1994.

Photo : AGEFI

Le Mexique cherchera à signer un accord bilatéral avec le Canada si Ottawa et Washington ne parviennent à un compromis pour réformer l’Aléna, a affirmé vendredi le président-élu mexicain, Andrés Manuel López Obrador.

Le Mexique et les États-Unis sont parvenus à trouver un compromis en août, mais le président américain Donald Trump a indiqué que l’accord pourrait ne pas inclure le Canada. La dernière ronde de négociations entre le Canada et les États-Unis qui s’est achevée jeudi n’a pas abouti à un accord. Le Mexique a régulièrement répété sa volonté de prolonger l’accord trilatéral, une position réaffirmée par M. López Obrador, qui doit prendre ses fonctions le 1er décembre.

Mais si les États-Unis et le Canada échouent, «il faudra maintenir l’accord [avec les États-Unis] et essayer d’obtenir un accord similaire avec le Canada», a expliqué à la presse AMLO lors d’un déplacement dans l’État de Sonora (nord).

Le vétéran de gauche, qui a remporté une large victoire lors de l’élection présidentielle du 1er juillet, a indiqué qu’il avait jusqu’à présent de bonnes relations avec l’administration Trump. «J’espère de tout mon cœur qu’il en sera toujours ainsi» a souligné AMLO. «Nous sommes voisins. Nous ne pouvons pas être distants. Il nous faut parvenir à établir une relation de respect et de coopération» a-t-il poursuivi.

López Obrador, 64 ans, a également publié sur Twitter une vidéo depuis la frontière avec les États-Unis, dans laquelle il s’est engagé à inciter les migrants à rester du côté mexicain en lançant un plan de développement économique de la zone frontalière à partir du 1er janvier. Le plan prévoit notamment des exonérations d’impôts et le doublement du salaire minimum, afin de stimuler emploi, consommation et investissements.

D’après l’AGEFI

L’accès à la mer, un différend vieux de 140 ans refait surface entre la Bolivie et le Chili

La Bolivie défend une fois de plus devant la Cour internationale de justice à La Haye une plainte en vue d’obtenir un accès souverain à la mer, perdu à l’issue d’une guerre entre le Chili, la Bolivie et Pérou à la fin du XIXsiècle : la guerre du Pacifique. Ce différend déchaîne toujours les passions dans les deux pays voisins.

Photo : Sputnik Mundo

Le ton monte entre la Bolivie et le Chili. Les deux pays, voisins mais qui entretiennent depuis toujours des relations houleuses, ont ces derniers jours multiplié les déclarations, aux accents parfois martiaux. La cause de cette tension ? Le 1er octobre prochain, la Cour internationale de justice de La Haye proférera son arrêt sur la demande de la Bolivie contre le Chili en vue d’obliger ce dernier à négocier l’accès bolivien à l’océan Pacifique. Cette résolution pourrait devenir déterminante pour le futur politique de l’actuel président, Evo Morales, qui aspire à se maintenir au pouvoir lors des prochaines élections (il dirige le pays depuis 2006).

Pour la Bolivie, il s’agit d’obtenir un corridor à travers le désert d’Atacama, jusqu’à la côte Pacifique. Un bout de territoire qu’elle reprendrait sur les 120.000 km² cédés au Chili lors de la signature en 1904 d’un «Traité de paix et d’amitié». Le retour à la mer est une revendication historique de la Bolivie, inscrite d’ailleurs dans sa Constitution. Le 23 mars de chaque année, La Paz commémore le «Jour de la mer», la perte de son littoral pacifique. Cent trente-cinq ans après sa défaite lors de la guerre du Pacifique contre le Chili (1879-83), et la perte de 400 km de côtes et de son accès à la mer, la Bolivie a présenté une nouvelle fois une plainte auprès de la Cour de La Haye. Dans sa demande, elle a été confortée par une résolution de 2014 de cette même Cour, accordant au Pérou une partie du territoire maritime contrôlé par le Chili depuis la guerre. La Bolivie, sachant que La Haye ne pourra pas déclarer l’annulation du Traité de 1904 comme elle l’envisageait lors de précédentes requêtes, s’est contentée cette fois de solliciter le tribunal international pour obliger le Chili à négocier.

Une exigence bolivienne mise en avant à chaque occasion

Les dirigeants successifs du pays andin recourent parfois à cette revendication pour justifier la situation de pauvreté du pays dont l’économie se verrait pénalisée par l’absence de débouché maritime direct ; ou bien pour favoriser la cohésion nationale autour du gouvernement à l’approche des élections, comme cela est le cas actuellement. Régulièrement, la Bolivie a réclamé au Chili la révision du traité de 1904 et la garantie d’un accès à la mer pour ses exportations. En vain. Avec l’arrivée au pouvoir en 2006 d’un président amérindien, Evo Morales, la demande s’est faite de plus en plus pressante, comme l’affirmation d’un droit inaliénable du peuple bolivien.

En mars 2011, sous le mandat de Michelle Bachelet, les esprits se sont échauffés de part et d’autre de la frontière. Le ministre bolivien des Affaires étrangères annonçait que la Bolivie n’attendrait pas cent ans de plus pour récupérer son littoral. La sortie vers la mer de la Bolivie via le Chili «est fermée à jamais», rétorquait le ministre chilien des Affaires étrangères de l’époque. Un peu plus tard, le ministre de la Défense de Santiago affirmait que son pays ferait respecter les traités internationaux en vigueur, et par la force s’il le fallait. En juin 2011, le 41e sommet de l’OEA (Organisation des États américains) fut l’occasion de porter le différend boliviano-chilien sur la scène internationale. Les ministres des deux pays ont alors exposé chacun leur point de vue.

Lors du Sommet des Amériques au Panama en avril 2015, et en l’absence de la présidente chilienne Michelle Bachelet retenue dans son pays à cause d’importantes inondations, la Bolivie a saisi l’opportunité d’un auditoire composé de trente-quatre délégations pour rappeler une nouvelle fois le caractère incontournable et permanent de sa demande d’un droit à la mer.

 Un peu d’histoire : la guerre du Pacifique

Le conflit remonte à la «Guerra del Pacífico» en 1879. Bien que chaque pays ait sa propre version sur l’affaire frontalière, la Bolivie avait en effet un accès au Pacifique par sa province d’Antofagasta qu’elle a perdu lors de cette guerre, au cours de laquelle le Pérou perdit également celle du Tarapacá. À la fin de la guerre remportée par le Chili fut signé le Traité de 1904, formalisant la perte du territoire bolivien mentionné. Le Chili signa deux autres traités avec le Pérou en 1883 et 1929 fixant l’occupation chilienne du Sud du Pérou. Pour la Bolivie, ce traité, à la suite de la défaite militaire, a signifié la perte de 400 kilomètres de côte et 120 000 km2 de territoire. Et, selon le gouvernement actuel, ses possibilités de développement se sont vues réduites par le non accès souverain à la mer pour l’exportation de ses ressources naturelles.

Au XIXe siècle, les débuts de l’industrialisation augmentent les besoins en matières premières. Le Chili jette des regards envieux sur le territoire au Nord du sien, qui recèle d’abondantes ressources en guano et en salpêtre (utilisé pour la fabrication des explosifs). Soutenue par l’Angleterre, qui exploite le salpêtre et qui juge avec bienveillance l’expansionnisme chilien, Santiago lance une première attaque victorieuse en 1839 contre le Pérou et la Bolivie empêchant la réunion de ces deux pays au sein d’une confédération. En 1879, la guerre du Pacifique éclate au motif que les investisseurs chiliens, très présents en Bolivie, sont menacés d’une hausse des impôts. Les entreprises qui refusent sont par la suite liquidées. La Bolivie et le Pérou s’allient mais, lors d’une bataille navale, La Paz n’ayant pas de marine, c’est Lima qui est opposée à Santiago. Mais sur la mer, les Chiliens se montrent les plus forts puis, mieux préparés, ils imposent leur supériorité en remportant plusieurs victoires dans le désert d’Atacama.

Quelle sera l’issue ? Affaiblis, les Boliviens se retirent de la guerre. Les troupes du général chilien Manuel Baquedano entrent alors dans Lima et, malgré la résistance de la population péruvienne, la ville se rend et la guerre prend fin le 20 octobre 1883 par le traité d’Ancon. La paix entre le Chili et la Bolivie est signée en 1904, actant noir sur blanc la perte par la nation vaincue de son territoire maritime.

Pendant un siècle et demi, la Bolivie, le Pérou ont regretté amèrement la perte de leurs territoires. Depuis, la Bolivie et le Chili n’ont pas réussi à guérir les blessures de la guerre et, malheureusement, en connaissance des tentatives mises en œuvres par le passé, la décision de la Cour de La Haye rendue le 1er octobre n’y parviendra très probablement pas. La position du gouvernement actuel ainsi que celle de son ministre des Affaires étrangères, Roberto Ampuero, ne semble pas laisser envisager une négociation apaisée favorable au rétablissement des relations et du dialogue. Pour ce dernier, «le territoire souverain chilien ne fera partie d’aucune négociation». Aussi la conjoncture bolivienne des prochaines élections rend l’attitude du gouvernement plus virulent à l’égard de son voisin. Les déclarations malheureuses de part et d’autre n’aideront pas à l’ouverture d’un processus de négociation.

Diego Pary, ministre des Affaires étrangères bolivien, s’est dit confiant sur la décision de la Cour internationale en ce qui concerne l’obligation de négociation, et a déclaré regretter que son homologue chilien confonde la portée de la demande actuelle et de celles de naguère car, à la différence des précédentes querelles, il s’agit maintenant d’une demande d’ouverture au dialogue en vue d’une solution maritime pour la Bolivie et non une remise en cause du traité de 1904 : «nous espérons pouvoir nous assoir autour d’une table et trouver ensemble des solutions contribuant à la complémentarité et fraternité de deux peuples», a-t-il dit en conférence de presseLe jugement, suite à la résolution du tribunal de La Haye, devrait se conclure la semaine prochaine avec l’intervention de l’équipe de juristes chiliens qui devra répondre aux arguments présentés par la Bolivie. Les juges devront délibérer le même jour et leur décision définitive sera connue fin 2018 ou début 2019.

Evo Morales et le ministre Roberto Ampuero du gouvernement de Sebastián Piñera ont préféré ne pas se saluer lors des argumentations de chaque pays, à la différence du premier jour du jugement où ils se sont serrés la main. Les représentants des deux pays et leurs équipes juridiques seront présentes en Hollande, au tribunal de La Haye pour la lecture de la décision du 1er octobre.

Le Chili et la Bolivie se montreront-ils ouverts au dialogue et à la coopération pour surmonter les blessures du XIXe siècle ? Un analyste politique chilien a la profonde conviction que seul un dialogue imaginatif pour une connaissance et reconnaissance mutuelle pourrait faire avancer les deux voisins «ennemis» dans une voie politique de confiance pour parvenir à une planification destinée à fixer des objectifs à moyen et long terme, en vue d’un rapprochement et d’une solution à ce vieux conflit. Et il rappelle le conflit frontalier qui existait entre l’Argentine et le Chili, résolu en 1979, grâce à une évolution de la volonté politique, à une vision d’avenir et à l’intervention du Vatican, permettant une entente et d’éviter un éventuel conflit armé.

Le 1er octobre prochain, l’arrêt de La Haye ne résoudra pas la question de fond car le problème ne se situe pas uniquement dans l’arène juridique mais surtout dans le domaine politique. Peut-on envisager cette intelligence politique facilitant le dialogue pour surmonter les obstacles qui font que ces deux pays voisins, depuis 1978, n’ont pas de relations diplomatiques ?

Olga BARRY

Cycle de conférences «2018. Année électorale en Amérique latine» organisé par l’IHEAL

En 2018, six élections présidentielles rythment la vie politique latino-américaine. Du Brésil au Mexique, en passant par le Costa Rica, la Colombie, le Paraguay, et éventuellement, le Venezuela, ces élections annoncent une recomposition du paysage politique à l’échelle régionale. Dans le but d’analyser cette dynamique électorale, l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (IHEAL) invite spécialistes et chercheurs à débattre avec le public autour de trois tables rondes les 27 septembre, 4 et 11 octobre prochains.

Photo : La Prensa Francesa

L’affaiblissement des gouvernements progressistes, issus de la vague rose (Dabène, 2012), se conjugue à de nombreuses alternances à droite et à la montée des candidats indépendants lors des dernières élections présidentielles : Juan Orlando Hernández au Honduras (janvier 2014), Mauricio Macri en Argentine (décembre 2015), Pedro Pablo Kuczynski au Pérou (juillet 2016), et Sebastián Piñera au Chili (mars). La première conférence s’est tenue le 27 septembre sur le thème «Campagnes électorales et systèmes électoraux» avec la participation de Maya Collombon (Sciences Po Lyon), Camille Floderer (Sciences Po Aix-en-Provence) et Claire Duboscq (IHEAL). Il s’agissait de traiter du printemps nicaraguayen et des élections au Costa Rica et au Mexique en particulier.

La seconde conférence du cycle «2018 : Année électorale en Amérique latine» se tiendra le 4 octobre de 17h à 20h et étudiera quant à elle le traitement médiatique et la communication politique pendant les élections latino-américaines de 2018 en général, et en particulier au Honduras, au Nicaragua, en Colombie et au Mexique, en présence d’Hélène Roux (Université Paris 1, IEDES/UMR Développement et Sociétés et journaliste), de Yeny Serrano (Université de Strasbourg), d’Erica Guevara (Paris 8, CEMTI et Sciences Po, CERI-OPALC) et de Romain Le Cour Grandmaison (Université Paris 1, CRPS-CNRS).

Enfin, le cycle se clôturera le 11 octobre de 17h à 20h également, sur le thème de la montée des nouvelles droites et des recompositions partisanes, en présence d’Olivier Dabène (Sciences Po, CERI-OPALC), de Franck Gaudichaud (Université Grenoble Alpes, CERHIUS-ILCEA4), de Franck Poupeau (CREDA-CNRS) et de Darío Rodríguez (Sciences Po, CERI-OPALC).

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site de l’IHEAL.

Un concert franco-colombien par Alain Pacquier à l’Arsenal de Metz le 21 octobre 2018

Alain Pacquier travaille depuis une trentaine d’années sur des projets artistiques avec des pays d’Amérique latine. A l’occasion du concert qu’il prépare dans le cadre de son nouveau projet France-Colombie, voici son portrait ainsi qu’un descriptif de ses actions. Un des premiers grands moments de cette collaboration musicale internationale sera le concert du 21 octobre 2018 à 16h à l’Arsenal de Metz, les «Couleurs symphoniques de l’Amérique latine».

Photo : Cité Musicale

Créer des ponts culturels entre l’Amérique latine et l’Europe, voilà la mission que s’est donné Alain Pacquier. Ce Lorrain passionné de musique, créateur et directeur artistique du festival de Saintes et du festival international de musique de Sarrebourg, œuvre depuis le couvent de Saint-Ulrich en Lorraine. Il y développe des activités autour de la découverte de musiques du monde parfois oubliées et incite les jeunes mosellans à la pratique instrumentale. Le lauréat en 1997 du Prix Monseigneur Marcel de l’Académie française pour son livre Les Chemins du baroque dans le Nouveau Monde monte depuis 2005 des projets de rencontres internationales entre musiciens latino-américains et mosellans.

Au cours de ses voyages en Amérique latine, il se rend compte que les populations locales entretiennent un rapport spécial au monde musical : dans la précarité et la pauvreté les plus extrêmes, la musique est une bouffée d’oxygène que l’on aime et que l’on pratique sans rien attendre en retour. La musique rend digne, en somme.

Dans des pays latino-américains comme le Mexique, la Colombie et le Venezuela où musique et action sociale vont de pair, comment ne pas imaginer un projet international ? C’est ce constat qui le pousse à former de jeunes musiciens à la pratique instrumentale symphonique et à promouvoir des collaborations outre-Atlantique, en organisant des rencontres et des concerts.

Nous le retrouvons dans le cadre de son nouveau projet d’échange musical avec la Colombie. Le but ? Réunir de jeunes colombiens et mosellans autour de musiques colombiennes, d’œuvres symphoniques et des figures du compositeur français emblématique Hector Berlioz et du maître du romantisme musical colombien José María Ponce de León, malheureusement moins connu que son contemporain.

Les « Couleurs Symphoniques de l’Amérique latine » en concert

La délégation colombienne qui se rendra en Lorraine en octobre 2018.

Photo : Alain Pacquier

«Mettre en commun ce que nous avons et qu’ils n’ont pas avec ce qu’ils ont et que nous n’avons pas.» Le projet France-Colombie repose sur ce principe et prend la forme d’un programme éducatif et musical original et historique : des rencontres musicales entre jeunes lorrains et colombiens.

Depuis 2013, grâce aux Rencontres Musicales de Saint-Ulrich, Alain Pacquier a mis en place ce projet pour favoriser la pratique instrumentale symphonique et promouvoir la mixité sociale, l’autonomie et la responsabilisation auprès des jeunes. L’objectif est d’organiser un échange et une coopération internationale avec les «Jeunes Symphonistes mosellans».

Ce projet se déroulera sur deux ans. Dans un premier temps, du 5 au 21 octobre 2018 en Lorraine. Les musiciens colombiens de Neira et Manizales seront d’abord reçus au couvent de Saint-Ulrich et prépareront un concert qui aura lieu le jeudi 11 octobre 2018 à l’Espace Lorrain de Sarrebourg. Puis ils rencontreront leurs camarades francophones de Sarrebourg et de Woippy, une ville près de Metz. Ensemble, ils répèteront pour deux concerts de clôture de la première phase du projet : d’abord à l’Espace René Cassin de Bitche, ensuite à l’Arsenal de Metz. L’année prochaine, ils se retrouveront de l’autre côté de l’Atlantique pour la deuxième phase du projet.

Ce sont plus de cent jeunes musiciens, stagiaires du programme et membres de la délégation colombienne qui se retrouveront sur scène pour offrir au public des «Couleurs symphoniques de l’Amérique latine», le 21 octobre 2018 à 16h à l’Arsenal de Metz. Ils interprèteront des œuvres de compositeurs colombiens (Felix Mendoza, Arturo Márquez, José Pablo Moncayo) ainsi que deux créations symphoniques de jeunes compositeurs, un français et un colombien (Simon Clausse et Cristhian Galindres).

Nina MORELLI

Moronga d’Horacio Castellanos Moya, prix Transfuge du meilleur roman d’Amérique latine 2018

Dans ses romans précédents, le Salvadorien Horacio Castellanos Moya a fait découvrir à ses lecteurs les périodes noires qui ont plongé le Honduras, le Salvador et le Guatemala dans des guerres civiles, des génocides et d’interminables périodes de violences. Les deux personnages principaux de Moronga sont bien originaires eux aussi d’Amérique centrale, mais ils vivent aux États-Unis. Leur passé ne semble pas avoir été de tout repos. Pourront-ils s’en détacher ?

Photo : Literal/Métailié

José, nouvel arrivant à Merlow City, tranquille petite ville universitaire du Nord-Est des États-Unis, mène la vie ordinaire du marginal déjà mûr : petits boulots, modeste colocation. Mais quelque chose est troublant dans cette existence banale, des détails créent un certain doute : pourquoi a-t-il toujours l’air aussi méfiant ? Pourquoi ne se déplace-t-il jamais sans un revolver caché dans sa chaussette ? On ne sait plus si ce qui nous est montré est ordinaire ou anormal, si les gens croisés ne sont pas des observateurs camouflés, dans un pays où chacun est observé par la police ou par des institutions officielles mais très discrètes. C’est d’ailleurs dans un de ces services que José trouve un petit emploi, payé quelques heures par jour pour détecter d’éventuelles bizarreries, politiques ou «morales», dans les messages envoyés et reçus par étudiants et professeurs. L’un d’eux, un Salvadorien, attire son attention. Il prépare un essai sur l’assassinat, en 1975, du poète Roque Dalton.

Les phrases courtes, détachées les unes des autres, d’une froideur polaire, distillent l’angoisse (ou la paranoïa). Les idées politiques du temps de la guerre civile se sont estompées et les rapprochements avec différentes mafias (armes et drogues) qui ont remplacé les échanges entre les groupes d’autrefois leur ressemblent étrangement, ce qui n’empêche pas José, parfois, d’éprouver de la nostalgie pour les luttes passées, plus propres à ses yeux.

Le ton change avec l’apparition du deuxième narrateur, le professeur salvadorien, au nom peut-être codé (les lecteurs français pourront penser à Bobby Lapointe et à son Aragon et Castille…), un personnage savoureux et complètement détraqué, dont l’expression est «pleine de circonvolutions», comme il le dit lui-même. Savoureux et pour le moins tortueux, pourvu d’une moralité toute personnelle. On l’avait déjà croisé dans Effondrement. Il est vraiment aussi tordu que ses idées. Et aussi parano que José, même si, dans cet environnement, courant dans ce grand pays, on peut en permanence se demander s’il n’y a pas de quoi l’être. C’est un des charmes de Moronga : le doute perpétuel qu’éprouvent les personnages est communiqué, subtilement, au lecteur.

Une fois de plus Horacio Castellanos Moya nous fait profiter de son humour dévastateur, ce qui ne l’empêche pas de réussir des descriptions profondes sur la lutte révolutionnaire, sur le difficile passage de l’adolescence à la maturité, sur la décadence des deux Amériques. Son humour est bien dévastateur, mais très pessimiste aussi.

Que l’on ne s’inquiète pas de l’apparent désordre de ce qui nous est conté : d’abord c’est bien la confusion qui existe dans la relation entre les ex-guérilleros. Le meurtrier échange de coups de feu final est lui aussi plus que confus, qui tire sur qui, qui est vraiment visé et qui est «victime collatérale» ? Même la brillante police des États-Unis ne s’y retrouve pas. Ils ne sauront jamais la vérité sur cette affaire, les flics yankees ! Nous oui, et nous serons les seuls. Génial épilogue d’un riche roman qui, autre plus, nous révèlera le (les) sens du mot Moronga !

Christian ROINAT

Moronga de Horacio Castellanos Moya, traduit de l’espagnol (Salvador) par René Solis, éd. Métailié, 352 p., 22 €. Horacio Castellanos Moya en espagnol : Moronga, éd. Random House. L’essentiel de sa production est disponible chez Tusquets. Horacio Castellanos Moya en français : La servante et le catcheur / Le rêve du retour / Effondrement / Le dégoût. Thomas Bernhard à San Salvador, éd. Métailié.

María Sonia Cristoff et l’écriture de l’isolement en Patagonie dans Faux calme

María Sonia Cristoff est une auteure argentine qui a grandi en Patagonie avec sa famille d’origine bulgare. Adolescente, elle se rend compte que l’isolement est le trait le plus caractéristique de cette contrée lointaine et retirée, ce territoire qui compte parmi les moins peuplés au monde. Elle dresse dans Faux Calme, un livre de non-fiction récemment traduit en français, une série de portraits patagoniens qui illustrent différents aspects de cet isolement.

Photo : Revista Vísperas/Éditions du sous-sol

María Sonia Cristoff nous livre dans Faux calme des témoignages d’habitants de quatre villages-fantômes et d’une ville-fantôme. Les portraits proposent toujours un point de vue original, une unicité propre et sont parfois à la limite du champ de la science-fiction. Faux calme est en effet un livre de sciences sociales pétri de différentes influences qui relèvent du légendaire, du mystique, mais pas seulement. Les récits de voyage constituent la première source d’innutrition littéraire dans ces scènes descriptives. L’originalité du livre repose également sur l’alternance des récits avec les propres souvenirs de l’auteure, avec des coupures de presse qui appuient la chronologie des événements racontés, des extraits de romans…

María Sonia Cristoff illustre l’isolement en retraçant les histoires individuelles de personnes qui ne s’intègrent que peu dans l’histoire collective de la Patagonie. Les locaux qu’elle a fréquentés sont tous très différents les uns des autres, tous liés car ils sont à la marge du monde, même si leurs isolements respectifs ne prennent pas la même forme la plupart du temps. On retrouvera par exemple sur le même plan le récit de la vie d’un homme qui est passionné d’avion mais qui ne voyage pas et reste les pieds ancrés dans sa terre patagonienne, et le récit de la vie d’une femme dont l’histoire familiale et émotionnelle est chaotique depuis toujours, mais qui explique comment être heureuse.

Ces paroles innocemment énoncées et brillamment retranscrites interrogent sur l’état des grandes questions sociales dans les territoires patagoniens. Quid de l’éducation et de la survie des cultures amérindiennes ? À l’instar de l’œuvre magnifique La Place d’Annie Ernaux, María Sonia Cristoff pose la question de la culture intellectuelle face à la culture du sol, en prenant l’exemple des Mapuches dont la langue disparaît et pour qui la pratique d’activités traditionnelles telles que le tissage est un moyen de défendre leurs origines pour les descendants.

Quid du vernis social superficiel, de ces liens que l’on conserve en société et dont on se détache une fois isolé ? Sous couvert d’un travail d’enquêtrice, l’auteure montre l’abandon des discussions inutiles et du futile dans la Patagonie. Quid de la place de la femme au sein de son foyer et de sa famille ? Ce ne sont là que quelques-unes des thématiques abordées dans Faux calme. María Sonia Cristoff n’apporte aucun jugement ou aucune sentence définitive dans son récit. Il s’agit uniquement d’écouter ces voix lointaines enfin mises sur le devant de la scène et de recueillir leurs paroles.

Nina MORELLI

Hommage à Pedro Lemebel pour l’ouverture du festival Belles Latinas le 10 octobre prochain

Pour l’ouverture du festival Belles Latinas, qui aura lieu le mercredi 10 octobre 2018 à 20 h au Nouveau Théâtre du 8e, nous proposons une soirée de découverte et d’hommage autour de l’auteur et artiste chilien Pedro Lemebel. Cette soirée sera composée de deux temps : d’abord la performance Cœurs fugitifs, issue du projet Pedro, mise en scène par Manon Worms, suivie d’une discussion avec l’équipe du spectacle.

Photo : Andrés Canepa

Artiste visuel, écrivain et chroniqueur à la radio, Pedro Lemebel est né à Santiago du Chili en 1952 et décédé dans la même ville en janvier 2015. Travesti, militant pour les droits des personnes homosexuelles, il est une immense figure populaire au Chili. À travers ses nombreux récits et chroniques, il embrasse un pays entier, le raconte dans tous ses contrastes, traversant la dictature militaire, ses crimes, et ses séquelles sociales, politiques et humaines. Sa voix est la mémoire vivante d’une société-mosaïque, construisant par des récits une galerie de portraits du Santiago résistant. Ses phrases et ses images peuplent les murs des villes et les fêtes du Chili.

Le projet «Pedro», un spectacle de Manon Worms

Des chroniques de Pedro s’échappe une constellation d’émotions fugitives que les acteurs saisissent et incarnent, sur scène et en dehors. Mêlant les corps vivants aux images, la performance à l’archive, l’espace du plateau au relief de la ville, le projet Pedro tente de saisir l’empreinte d’un cœur en la colorant dans mille corps. Après avoir été traduites en français, ces chroniques sont mises en scène pour leur donner un écho sur les planches. En explorant la figure de Pedro Lemebel, le projet Pedro déplie nos propres paysages, ceux qui disent que le désir peut être transgressif, que l’amour est politique, que l’acte de travestissement peut encore être révolutionnaire.

Nous voulons répercuter l’écho de cette voix venue nous toucher si fort aujourd’hui, alors même que nous vivons à des milliers de kilomètres d’elle et dans un tout autre contexte. Nous voulons la faire entendre et découvrir, la faire traverser les corps de celles et ceux d’ici, la propager jusqu’à nous et ce qui nous entoure.

Nous traduisons en français ces chroniques et les mettons en scène pour leur donner un écho dans nos cœurs, dans nos corps et sur nos scènes. Quelque part entre le plus intime et le plus commun. Des chroniques de Pedro, de sa voix et de ses lettres, s’échappe une constellation de cœurs fugitifs que nous saisissons et incarnons, ensemble, sur scène et en dehors, à partir de nous, de nos désirs de rencontres, de luttes, de transformations.

À travers ses chroniques, lettres, récits, manifestes, publiés dans de nombreux recueils, Pedro Lemebel arpente et embrasse un pays entier, le raconte dans tous ses contrastes, ses cruautés et ses fantaisies, traversant dix-sept ans de dictature militaire, ses crimes et ses séquelles sociales, politiques, humaines. D’interventions publiques en émissions de radio, parlant sous un trait de mascara et une couronne de plumes, de perles ou de cicatrices, sa voix est la mémoire vivante d’une société-mosaïque, construisant par des récits de nuits et de rencontres une galerie de portraits du Santiago queer et résistant, pauvre et indigène, solitaire et multiple. Ses phrases et ses images peuplent encore aujourd’hui les murs des villes, les cœurs et les fêtes du Chili.

En France comme dans le reste de l’Europe, Pedro Lemebel est quasiment inconnu, très peu traduit et très peu édité. Le projet Pedro, entamé en 2016, veut combler ce manque. Recherche multiple autour de la figure travestie de Pedro, née sous l’impulsion du choc ressenti à la lecture des textes de Lemebel, l’équipe de Manon Worms cherche à donner à la traduction de cette voix lointaine un écho en différents langages. Des formes performatives, graphiques, visuelles, auditives, créent des trafics entre les genres, les corps vivants et les archives, pour maintenir en liberté cette parole sauvage. Spectacle-maquillage qui procède par accumulation de différentes couches (traductions, créations de sons, d’images et de jeu) pour fabriquer des visages hybrides et éphémères, Pedro compose des espaces sensibles pluriels, tente de saisir l’empreinte d’un cœur en la colorant dans mille peaux, mille langues, mille secrets, d’ici et de là-bas.

L’éclat subversif contenu dans le mélange de corps qui se rencontrent et se transforment sous les yeux complices d’un regard spectateur se réanime à travers ce dialogue ouvert entre notre présent et cet ailleurs lointain.

La performance présentée au NTH8 pour la soirée d’ouverture du festival Belles Latinas, Cœurs fugitifs, est un éclat fugitif du projet Pedro, une émeraude éphémère au cours de cette recherche à plusieurs échelles dont l’étape finale de création est prévue pour le début de l’année 2019.

Manon WORMS

Mise en scène : Manon Worms – Textes : Pedro Lemebel – Collaboration artistique : Marine Garcia-Garnier – Traductions : Leslie Cassagne – Scénographie, vidéo : Jean Doroszczuk – Costumes : Cécilia Galli – Son : Rémi Billardon – Contact : manonworms@gmail.com / +33 6 76 77 62 07

Las Marañas de la memoria, un spectacle du conteur cubain Pedro Mario López à Lyon le 9 octobre

Dans le cadre de la Nuit du conte, et en guise d’avant-goût de notre festival littéraire Belles Latinas, la conteuse cubaine Mercedes Alfonso nous propose une rencontre le mardi 9 octobre à 20 h au siège des Nouveaux Espaces Latinos, en présence d’un invité de marque : Pedro Mario Lopéz, poète, metteur en scène et universitaire qui présentera un spectacle sous le titre Las Marañas de la memoria. PAF 7 euros.

Photo : Pedro Mario Lopéz

Raconter des histoires, c’est ouvrir des portes, déployer des seuils de sens, c’est une jouissance, une pulsion créatrice et, surtout, la possibilité de rencontrer les autres pour entreprendre un voyage qui parviendra peut-être à nous ébranler, à nous amener plus loin, ou plus près… vers nous-mêmes. Ce spectacle, élaboré à partir d’histoires issues de la tradition orale, d’origine africaine, histoires urbaines et histoires inventées par l’auteur lui-même, invite le spectateur à partager avec l’artiste des moments intimes et personnels qui façonnent son existence et résonnent dans l’histoire de tous grâce à l’humour, la poésie, l’amour et l’ironie, sources de ce tissu puissant et essentiellement humain qu’est la mémoire.

C’est un spectacle pensé à la fois pour les grands et les petits, d’une durée d’une heure, adaptable en fonction des demandes, puisqu’il est conçu à partir d’une structure modulaire qui facilite l’ajustement de sa durée en fonction des contextes des événements dans lesquels il est présenté. La première de Las Marañas de la memoria a rencontré un franc succès en mai 2010 en Colombie, dans la ville de Bucaramanga. Fort de ce succès auprès du public et de la critique, il a ensuite été présenté aux festivals de Santa Fe, Rosario et Buenos Aires (Argentine) en octobre 2010, à Oaxaca et Mexico (Mexique) en mai 2011, à Los Silos et Tenerife (Îles Canaries) en 2017, et dans différentes villes de Colombie, dont Cali, Barranquilla et Medellín.

Pedro Mario López, conteur cubain fort de vingt-huit ans de pratique créative dans l’art de la parole, est à la fois poète, metteur en scène pour le théâtre et professeur d’université. Il a été récompensé par d’importants prix d’éloquence scénique au niveau international, comme le prix «Cuchillo canario», le prix «Cuentería» (Cuba), le prix d’éloquence scénique ibéro-américain «Chamán» (Madrid), le prix «Gran encantador» (Medellín) ou encore le prix ibéroaméricain «Maravilladores» (Santa Fe, Argentine). Il a participé à des festivals internationaux dans plusieurs pays. Il affirme qu’à chaque fois qu’il monte sur scène, c’est comme mourir et renaître à la fois, et qu’avoir l’opportunité de se présenter à Lyon et sur d’autres scènes françaises constitue une joie et un défi qu’il relève avec un plaisir extraordinaire.

Texte de présentation traduit par
Marlène LANDON

Entrée 7 euros (apéro offert)
4 rue Diderot 69001 Lyon

Méjico, le nouveau roman noir du Mexicain Antonio Ortuño aux éditions Christian Bourgois

L’histoire et la petite histoire se mêlent dans ce nouveau roman du Mexicain Antonio Ortuño, dont La file indienne avait attiré notre attention en 2016. Le Mexique de la fin du XXe siècle jusqu’à l’époque contemporaine, puis vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Espagne des années 1920, au moment de la dictature de Primo de Rivera ou de la guerre civile constituent le fond de ce récit multiple.

Photo : sinembargo.mx/Christian Bourgois

La première scène nous plonge dans un enchevêtrement de passions, de jalousies et de petits trafics. On est à Guadalajara en 1997. Tout s’éclaircit très vite, et très vite on comprend qu’on est loin des hauteurs de l’Olympe : les trafics minables autour du syndicat des cheminots sont vraiment pitoyables, comme les amours dérisoires et les jalousies qui en résultent mais qui pourtant se terminent en hécatombes.

L’ambiance qui règne parmi les Espagnols des années 1920 n’est pas plus noble. Les luttes politiques s’accompagnent davantage d’insultes personnelles que de querelles idéologiques, même si elles sont bien présentes aussi. C’est à cette époque que se font et se défont des relations personnelles avec comme toile de fond les grands drames qui se préparent, la guerre civile et quarante ans d’une dictature féroce. Les inimitiés qui naissent là ne s’éteindront pas. On change d’atmosphère en passant de Madrid bombardée à Guadalajara menacée par les violences. La vision par un Latino-américain d’une Espagne dominée par le fascisme est assez différente de celle d’un lecteur européen, plus habitué aux versions opposées, celle «officielle» du temps de Franco et celle, plus «historique», proposée par les chercheurs extérieurs au franquisme.

On change d’ailleurs constamment d’atmosphère, les genres littéraires se mêlent, cela pourrait ressembler à une saga, l’histoire de trois générations d’une famille, cela pourrait être un roman historique, et c’est un parfait thriller, un roman sur la violence quotidienne. La superposition de ces diverses couches fait la richesse et crée une belle originalité, ce qui fait ressortir le fond de ce qu’a voulu montrer Antonio Ortuño : la complexité, faite d’un empilement de paradoxes, des relations ente le Mexique et l’Espagne, la mère qui a apporté la destruction, les sentiments d’infériorité imposés, subis pendant des siècles, qui remontent à Cortés. Éternelle question : de qui descendent les Mexicains ? À qui doivent-ils leur identité ? Cette identité revendiquée existe-t-elle ? Désir et aversion ne s’ajoutent pas l’un à l’autre, ils se confondent. Méjico, qui se lit comme un bon roman noir, prouve qu’action et réflexion profonde ne sont pas ennemies, bien au contraire.

Christian ROINAT

Méjico de Antonio Ortuño, traduit de l’espagnol (Mexique) par Marta Martínez Valls, éd. Christian Bourgois, 256 p., 18 €. Antonio Ortuño en français : La file indienne, éd. Christian Bourgois, 240 p., 18 €.

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