Archives quotidiennes :

22 août 2018

Le film documentaire mis en lumière aux États généraux de Lussas en Ardèche

Dans le village de Lussas, en Ardèche, du 19 au 25 août se tiennent les États généraux du film documentaire qui fêtent leur 30e édition. Fidèle aux valeurs suivies par la manifestation dès 1989, le festival reste non-compétitif. La ligne éditoriale des États généraux est profondément marquée par trois axes de programmation : les séminaires et ateliers, les rencontres professionnelles qui proposent des temps privilégiés d’échange entre les différentes catégories professionnelles, et les programmations films.

Photo : Emmanuel Le Reste

La sélection «Expériences du regard», confiée comme l’an dernier à Dominique Auvray et Vincent Dieutre, s’intéresse tout particulièrement à la production francophone européenne de l’année et met en avant des œuvres récentes et peu diffusées. «Histoire de doc» renforce la dimension de formation à travers la programmation d’œuvres de référence ou de patrimoine. «Fragments d’une œuvre» propose des rétrospectives d’auteurs confirmés ou la découverte de la filmographie de jeunes auteurs. «Route du doc» propose de faire le point sur l’évolution du documentaire hors de nos frontières. Et les séances plein air du soir n’oublient pas les films à caractère plus événementiel…

Cinq salles et une vidéothèque proposent parallèlement des séances en matinée, après-midi et soirée. Les stages professionnels alternent séances à huis clos et parcours sur la manifestation. En soirée, les séances plein air, les projections dans les villages environnants et les projections chez l’habitant enrichissent encore la programmation.

Au niveau historique, on fera la découverte du cinéma documentaire en R.D.A. qui ne fut pas seulement un cinéma de propagande. On verra aussi comment les cinéastes de l’ex-Yougoslavie ont filmés ces dix dernières années. Ce n’est qu’un aperçu du programme qui recevra de nombreux invités. Et le soir, des séances en plein air montreront des films qui seront bientôt sur les écrans.

Pleins feux sur l’Uruguay à Biarritz en septembre prochain

La 27e édition du festival Biarritz Amérique latine se tiendra du 24 au 30 septembre prochains. Cinéma, musique, photographie, littérature… Cette année, le programme du festival fait rayonner la culture uruguayenne avec la projection d’une dizaine de films qui rend hommage à la créativité de ses cinéastes.

Le Festival Biarritz Amérique Latine est un festival de référence pour le cinéma latino-américain. Il propose trois compétitions de films longs-métrages, courts-métrages, et documentaires. Outre les films en compétition, le festival présente chaque année des focus autour de différentes thématiques.

Le festival propose également de découvrir la culture latino-américaine sous d’autres formes avec des rencontres littéraires, des rencontres animées par l’IHEAL (Institut des Hautes Études de l’Amérique latine), des expositions et des concerts. Le fameux Village du festival, lieu de convivialité et d’échanges situé face à l’océan, permet d’assister aux expositions, aux conférences et tous les soirs aux concerts gratuits. Il est ouvert de 9 h à 2 h du matin.

Alain LIATARD

Voir la bande annonce du festival

Le Chilien Mauro Ceballos met le vin rouge à l’honneur dans sa BD Di Vin Sang

Le dessinateur Mauro Ceballos propose une fusion novatrice de l’art et de la gastronomie avec la publication de sa bande dessinée Di Vin Sang. Elle raconte l’histoire du vin chilien et son étroite relation avec le vignoble bordelais. Cette BD a été parallèlement amenée au cinéma dans un film d’animation signé par le réalisateur Sergio Santamaria. Elle est disponible en librairie à Bordeaux ou directement chez l’éditeur.

Photo : Hypstorek/La cave à dessins

Di Vin Sang ; c’est le nom de cette toute première bande dessinée peinte à la main avec du vin rouge. À l’aide de son intrigante technique mise au point pour peindre avec du vin, Mauro Ceballos a eu l’idée d’assembler l’histoire du Chili et du Bordelais dans une bande dessinée. Un support dans lequel s’entremêlent plusieurs chroniques originales pour conter l’histoire du vin chilien et son étroite relation avec le vignoble bordelais.

Ainsi fut créé le premier livre réalisé au vin rouge : 2 200 heures de travail à la main furent nécessaires pour écrire, dessiner et peindre ce projet titanesque. Côté vin, le vigneron Olivier Cazenave, propriétaire du Château de Bel, soutient le projet par la production de 6 000 bouteilles de cette incroyable «peinture» dans une cuvée réservée Di Vin Sang.

Il est déjà possible de trouver l’ouvrage dans les différentes librairies bordelaises mais aussi sur les communes de Pessac, Talence et Le Bouscat. La publication de cet album est parallèlement travaillée en format audiovisuel. Ainsi sera lié par un mariage artistique le cinéma, la musique, la littérature et le spectacle vivant avec la création d’une BD Concert.

Pendant soixante minutes, le spectateur devient lecteur, emporté par l’histoire visuelle, musicale et littéraire du vin chilien. Un projet porté par trois créateurs venus d’horizons différents, le Chili, Le Venezuela et la France avec le dessinateur Mauro Ceballos, le réalisateur Sergio Santamaria et le musicien multi-instrumentiste Waagal.

La Cave à dessins

Di Vin Sang de Mauro Ceballos, aux éditions La Cave à dessins (mail) (30 €)

Quelques reportages et articles : France 3 TV (site), Bassin TV (site), Journal Sud-Ouest (site), Culturebox – FranceInfo (site)
Présentation de Mauro Ceballos : Facebook (site), l’artiste (vidéo), la peinture au vin (vidéo), un extrait de Di Vin Sang (vidéo)

Découvrir l’Amazonie dans La Ville au milieu des eaux du Brésilien Milton Hatoum

L’Amazonie fait rêver, ceux qui n’y vivent pas davantage que ceux qui l’habitent. Les conditions de vie, le climat, les distances, au quotidien, font oublier le lieu. Pourtant, il y a des gens qui s’y sentent bien, qui y ont grandi, ont connu leurs premières émotions, celles qu’on n’oublie pas et qu’on peut faire partager, si on en a le talent. C’est le cas de Milton Hatoum qui n’a jamais quitté durablement Manaus, sa ville natale, et qui en parle avec un amour impartial et des mots remplis de couleurs et d’émotions.

Photo : Antonio Brasiliano/Actes Sud

Il n’est pas obligatoirement nécessaire de s’éloigner d’un lieu pour voyager dans le monde. C’est ce que fait Milton Hatoum, ce que font plusieurs de ses personnages, c’est aussi ce qu’il fait brillamment faire à ses lecteurs. Dans presque chacune des quatorze nouvelles qui forment le recueil, on se trouve à Manaus, sa ville, la ville au milieu des eaux du titre ; une ville immobile, isolée au cœur de la forêt amazonienne, qui pendant des siècles n’a été reliée au reste du monde que par les bateaux qui remontaient l’Amazone. Une ville donc repliée sur elle-même, mais dont l’isolement l’a toujours poussée à tenter, difficilement, de communiquer avec le pays et le monde.

Le monument mythique de Manaus, le théâtre Amazonas, avec son architecture italienne, en est le symbole, et reçut les plus grandes vedettes européennes qui, depuis la fin du XIXe siècle, n’auraient pas imaginé une tournée américaine sans ce détour de plusieurs semaines à cette époque.

Le théâtre Amazonas apparaît dans plusieurs textes de Milton Hatoum, dont la plupart ont Manaus pour cadre. Mais l’unité de lieu n’est pas de mise. On y parle, directement ou non, de San Francisco, de Paris, de Bombay et de bien d’autres lieux dans de brefs textes pleins d’humanité : émois adolescents, espoirs de jeunesse parfois déçus, rivalités amoureuses et, très souvent, la présence de l’art, de la création, visuelle ou artistique.

Le dépaysement est là, forcément, pour un lecteur européen (et certainement aussi pour un Brésilien de São Paulo ou de Rio), immobile mais tangible, à l’image de ce M. Delatour, un Breton qui, ayant «découvert» enfant l’Amazonie dans son village du Finistère en se penchant pendant des jours et des semaines sur une carte, a fini par s’installer à Manaus.

Pour nous, c’est la même chose : sans bouger de notre fauteuil, La Ville au milieu des eaux sous nos yeux, Manaus devient nôtre, Milton Hatoum est devenu notre ami, comme son oncle Ranulfo, sa ville est devenue la nôtre, son plaisir d’écrire s’est fondu dans notre plaisir de lire. Un régal !

En librairie le 5 septembre.

Christian ROINAT

La Ville au milieu des eaux de Milton Hatoum, traduit du portugais (Brésil) par Michel Riaudel, éd. Actes Sud, 160 p., 17 €.

Milton Hatoum en portugais : Relato de um certo Oriente / Dois irmãos / Orfãos do Eldorado / A cidade ilhada /A noite da espera, ed. Cia das Letras, São Paulo.

Milton Hatoum en français : Récit d’un certain Orient / Deux frères / Sur les ailes du condor, Le Seuil / Cendres d’Amazonie / Orphelins de l’Eldorado, Actes Sud.

Né en 1952 à Manaus dans une famille libanaise, Milton Hatoum a enseigné la littérature à Berkeley, en Californie, puis à l’université fédérale de l’Amazonas, et traduit vers le portugais Flaubert, Marcel Schwob et Edward W. Said. Il est l’auteur de quatre romans (dont les trois premiers ont été récompensés au Brésil par le prestigieux prix Jabuti) : Récit d’un certain Orient (Seuil, 1993), Deux frères (Seuil, 2003), et chez Actes Sud Cendres d’Amazonie  (2008) et Orphelins de l’Eldorado (2010). Son œuvre est publiée dans une douzaine de langues.

Personne n’est obligé de me croire, le nouveau roman du Mexicain Juan Pablo Villalobos

On sait depuis son premier roman paru en France en 2011 (Dans le terrier du lapin blanc) que le Mexicain Juan Pablo Villalobos est un des meilleurs humoristes actuels. Personne n’est obligé de me croire, son dernier livre, Prix Herralde en 2016, le confirme une fois encore. Dans son cas, humour est bien synonyme de légèreté, mais n’est pas dénué de réflexion ; ses personnages, fantoches sur certains points, sont des êtres humains capables de nous émouvoir autant que de nous amuser.

Photo : Ámbito cultural/Buchet-Chastel

Le Juan Pablo Villalobos du roman, l’un des protagonistes les plus présents, étudiant mexicain provincial, est entraîné malgré lui dans une sombre affaire par son cousin qui lui-même disparaît très vite de la circulation (si j’ose dire…). Installé à Barcelone pour terminer son master, il est rejoint, via Internet et portables, par une relation douteuse de son cousin et doit se plier à leurs exigences qui le poussent à mener une double, une triple vie. Tout se complique dramatiquement pour lui qui réagit essentiellement par de spectaculaires éruptions cutanées, allergie ou dermatose ? Cette question fondamentale restera posée jusqu’au dénouement.

On croise tout un cortège de personnages plus ou moins attachants, le plus étant souvent un minimum, une Catalane aux dents de travers, des immigrés venus de divers coins du monde pour des raisons multiples, une chienne nommée Viridiana, un Sergio Pitol bienveillant et un peu distant, quelques mafieux invisibles.

Et Juan Pablo Villalobos, le vrai, celui de chair et d’os, entrecroise habilement toute une série de thèmes autour de son intrigue, elle-même digne des meilleurs thrillers : le snobisme de certains universitaires et des sujets de thèses qu’ils dirigent, la supériorité affichée de certains Catalans à propos de leur région, la mixité sociale et internationale de la capitale catalane.

L’intrigue se complique, les pistes se multiplient, les personnages se succèdent pour prendre la parole et donner leur point de vue, avec une mention spéciale à Mme Villalobos mère, redoutable langue de vipère et mère aimante. L’auteur, le vrai, le seul, égratigne dans la joie les diverses administrations politiques, celles du Mexique, de l’Union européenne, de la Catalogne, la nonchalance des étudiants boursiers internationaux qui finissent, à Barcelone en particulier, par former à eux seuls une espèce de classe sociale à part, un certain nationalisme catalan, et aussi, parodie exige, les ficelles plus ou moins apparentes de beaucoup de ces romans dans lesquels on finit par ne plus rien comprendre, l’auteur ayant voulu montrer la complexité du monde du grand banditisme.

Ce que l’on comprend aisément chez Juan Pablo Villalobos, c’est le côté dérisoire de nos vies, qu’elles soient tranquilles et retirées ou pleines d’inattendu comme celle des personnages de Personne n’est obligé de me croire.

Christian ROINAT

Personne n’est obligé de me croire de Juan Pablo Villalobos, traduit de l’espagnol (Mexique) par Claude Bleton, éd. Buchet-Chastel, 288 p, 20 €.

Juan Pablo Villalobos en espagnol : Fiesta en la madriguera / Si viéramos en un lugar normal / Te vendo un perro / No voy a pedirle a nadie que me crea (Premio Herralde), ed. Anagrama.

Juan Pablo Villalobos en français : Dans le terrier du lapin blanc / Si nous vivions dans un endroit normal / Les Temps perdus, éd. Actes Sud.

Articles par mois

Articles par catégorie