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juillet 2018

Un «dialogue cordial» entre le président mexicain récemment élu et l’administration Trump

Les relations étaient tendues entre le Mexique et les États-Unis depuis la prise de fonctions de Donald Trump en janvier 2017, après une campagne présidentielle marquée par des discours anti-mexicains. Obsédé par la sécurité le long de la frontière, Trump avait proposé de construire un mur de 3000 km de long, qui serait financé par le Mexique. Mike Pompeo, chef de la diplomatie étasunienne, était au Mexique le 13 juillet dernier pour rencontrer le nouveau président élu, Andrés Manuel López Obrador.

Photo : Radio Canada

Andrés Manuel López Obrador, pour sa part, a promis durant sa campagne de remettre Trump «à sa place», mais après le premier appel téléphonique post-élections, les deux dirigeants ont semblé vouloir tisser une bonne relation. C’est l’avis de l’analyste politique Carin Zissis, du centre de réflexion Americas Society and Council of the Americas : «On disait que López Obrador pourrait être très anti-Trump», mais il y a «une opportunité pour les deux camps de travailler ensemble» et de «réinventer la relation dans ce moment crucial».

«Félicitations, comme vous pouvez le voir, Monsieur le Président, les États-Unis apprécient grandement notre relation avec le Mexique, vous avez quatre dirigeants les plus importants ici, juste après votre élection.» Ainsi présenta Mike Pompeo, le 13 juillet dernier, les «poids lourds» de Trump à l’équipe de López Obrador, connu sous l’acronyme AMLO. La délégation était composée du secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, de Jared Kushner, le gendre de Trump et conseiller à la Maison-Blanche, et de la secrétaire à la Sécurité intérieure Kirstjen Nielsen.

La rencontre avec le futur gouvernement du Mexique, qui doit prendre ses fonctions le 1er décembre, a été immortalisée par des photographies rendues publiques où l’on voit la délégation étasunienne devant une peinture de Benito Juárez*, figure emblématique de la vie politique du Mexique au XIXe siècle. «Nous voulions venir ici pour vous informer que le président Trump est profondément préoccupé par le succès des relations entre nos deux pays, nous savons qu’il y a eu des problèmes, mais le président Trump est déterminé à améliorer et à renforcer les relations entre nos peuples», a déclaré Pompeo à AMLO.

Le secrétaire d’État des États-Unis a également souligné la nécessité de continuer à «combattre les dangereuses organisations criminelles internationales» comme le trafic de drogues et d’armes, sans oublier les questions comme l’immigration et la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) qui lie les deux pays et le Canada depuis 1994. Mais avant de rencontrer López Obrador, les émissaires de Washington se sont entretenus avec le président sortant Enrique Peña Nieto et son ministre des Affaires étrangères, Luis Videgaray. Peña Nieto a exprimé «sa préoccupation à l’égard de la politique de séparation des familles de migrants» aux États-Unis et a demandé le «rapide regroupement des familles séparées». Peña Nieto a fait ainsi allusion à la politique Trump de «tolérance zéro» qui a conduit à la séparation de leurs parents de plus de 2.300 enfants immigrés après avoir traversés la frontière.

Or ce n’est qu’en découvrant les ferments du problème migratoire des Mexicains et des Centraméricains vers le grand voisin du Nord que l’on pourra espérer en venir à bout. Pour le nouveau président mexicain, il est clair qu’il faut privilégier la prévention à la répression : López Obrador a proposé de s’attaquer à ces causes, telles que la violence et la pauvreté, avec l’aide des États-Unis. Le sujet polémique du mur à la frontière n’a quant à lui pas été évoqué durant la rencontre.

Dans le même registre, l’ancien maire de Mexico et prochain ministre des Affaires étrangères, Marcelo Ebrard, a déclaré en conférence de presse que la discussion a porté sur les efforts nécessaires à mener en matière de développement au Mexique, ainsi qu’en Amérique centrale, pour que cessent les migrations. Et il a conclu : «Ça a été un dialogue franc, respectueux, cordial, une première conversation réussie, je pense que nous pouvons avoir un optimisme raisonnable» et que le Mexique parviendra à «améliorer sa relation avec les États-Unis».

Eduardo UGOLINI

* La présence d’une peinture de Benito Juárez lors de cette rencontre n’est pas anodine. Benito Pablo Juárez García (1806-1872), avocat d’origine indienne, fut élu président en 1861 grâce à l’appui des États-Unis, avec lesquels il avait signé quelques années auparavant le traité McLane-Ocampo, qui ne sera pas ratifié par le Congrès car il mettait en danger la souveraineté nationale. Entre-temps, la suspension du règlement des dettes extérieures provoqua l’expédition de troupes françaises qui occupèrent la capitale Mexico (1863), et le pays fut érigé en empire par Maximilien d’Autriche. C’est alors que Benito Juárez devint le héros de la résistance : il se replie dans le Nord avec son gouvernement et, après l’effondrement de l’Empire de Maximilien, il rentre à Mexico (1867) et est réélu président.

Lula sortira-t-il de prison ? La tragicomédie brésilienne continue sur fond de rivalité entre juges

L’ancien président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, en prison depuis le mois d’avril, condamné à 12 ans pour corruption passive et blanchiment d’argent par le juge Sérgio Moro en charge de l’opération «Lava Jato», vaste opération anti-corruption menée depuis 2014, a été tout proche de retrouver la liberté le dimanche 8 juillet. Retour sur les multiples rebondissements autour de cette libération avortée.

Photo : El Siglo Durango

Ce dimanche agité mérite une explication simplifiée pour comprendre les allers et retours de la liberté de Lula. Rogério Favreto, le juge de seconde instance, en permanence, ordonne que Lula soit libéré le jour même. Cette décision a été motivée par la demande d’habeas corpus (le droit de ne pas être emprisonné sans jugement) présentée par les députés du Parti des Travailleurs, le parti de Lula.

En revanche, le juge de «l’opération Lava Jato», Sérgio Moro, qui était en vacances, envoie un communiqué à l’organisme où Lula est arrêté pour dire que le juge de seconde instance n’avait aucune autorité pour ordonner la remise en liberté de l’ancien président.

En réponse, Favreto ordonne à nouveau dans un deuxième communiqué la libération de Lula avec un délai d’une heure. Ce deuxième communiqué est justifié par l’existence de certaines inégalités dans la détermination de la prison de Lula. D’après Favreto, la condamnation de Lula manquait de raisonnement.

C’est alors le chef adjoint João Pedro Gebran Neto qui réfute l’ordre de Favreto et envoie un nouvel ordre pour que la décision de Favreto ne soit pas prise en compte. Une fois encore et le même jour, Favreto ordonne dans un troisième communiqué la libération de Lula.

Ce troisième ordre a gagné l’attention du président de la Cour fédérale qui, en réponse à celui-ci, a décidé de maintenir Lula en prison. Sa décision a été justifiée par le fait que le juge Favrelo n’a pas l’autorité pour décider de répondre à la demande d’habeas corpus. Comme point final à ce feuilleton, la Cour supérieure de justice a été saisie afin de juger les demandes de liberté de l’ex-président, ce qui n’a pas encore été fait.

Lula est un candidat majeur pour la prochaine élection présidentielle qui se tiendra en octobre 2018. Néanmoins, pour devenir un candidat officiel, il a jusqu’au 15 août pour présenter sa candidature, chose impossible à faire depuis la prison. La lenteur de la justice pour juger de l’habeas corpus témoigne de la guerre idéologique et politique menée entre les juges brésiliens afin de libérer ou de maintenir Lula en prison.

Lula a été condamné à 12 ans de prison pour «corruption passive» et «blanchiment d’argent» par le juge Sérgio Moro, en charge de l’opération Lava Jato, vaste opération anti-corruption menée depuis 2014. Il est accusé d’avoir bénéficié d’un luxueux appartement par l’intermédiaire d’une entreprise de BTP. D’un coté, l’accusation n’a jamais réussi à prouver que l’appartement appartenait effectivement à Lula. Il n’existe aucun document qui prouve que la propriété appartenait à l’ex-président, il n’y a jamais habité, pas plus qu’aucun membre de sa famille. L’unique raison pour qu’il soit accusé est la déclaration d’un délateur qui est impliqué dans de multiples affaires de corruption.

Pour ajouter à la complexité du cas, l’amitié des juges avec des politiciens des partis opposés à ceux de Lula et le manque d’enquêtes et de procès à l’encontre de ces mêmes politiciens nous fait nous demander si l’emprisonnement de Lula ne serait pas qu’une stratégie pour l’empêcher de participer aux prochaines élections, plutôt qu’un désir de justice.

De l’autre côté, Favreto a été affilié au parti de Lula pendant 20 ans avant de devenir magistrat. En plus de sa sympathie envers Lula, le fait qu’il ait attendu que le rapporteur du dossier Lula soit en week-end et que le responsable de l’opération anticorruption «Lava Jato» soit en vacances renforce le manque d’impartialité face à la justice brésilienne. L’affaire Lula nous montre de plus en plus une justice fragilisée qui sert plus à maintenir des intérêts politiques qu’à rendre justice.

Beatriz RAVAGNANI

Chronologie de la crise au Nicaragua : un dialogue impossible ?

Trois mois après les manifestations de protestation contre le gouvernement du président sandiniste Daniel Ortega, le Nicaragua traverse une grave crise qui a provoqué jusqu’à aujourd’hui la mort de plus de 350 personnes, plus de mille blessés et des centaines d’arrestations. Le 19 juillet 1979, à la tête de l’insurrection qui fait chuter le dictateur Anastasio Somoza, Daniel Ortega devient un héros au Nicaragua. Trente-neuf ans après, il gouverne en tyran, avec son épouse Rosario Murillo, réprimant les manifestants qui réclament son départ.

Photo : Contraegemoniaweb

Le 18 avril 2018 a éclaté au Nicaragua un conflit social et politique qui ne semble pas trouver d’issue. Ce 18 avril, sur recommandation du Fonds monétaire international (FMI), le gouvernement a annoncé un projet de réforme des retraites qui prévoit la hausse des cotisations ainsi que la diminution des pensions de 5%. Cette annonce a provoqué dans les principales villes des manifestations initiées par des étudiants. Quatre jours plus tard, Daniel Ortega, sous la pression de la rue, déclare renoncer à la réforme, mais la répression a fait vingt-cinq morts en cinq jours. Le 23 avril, des dizaines de milliers de personnes, salariés, étudiants, paysans et entrepreneurs, ont manifesté à Managua, capitale du pays, pour dénoncer cette répression.

Le conflit social et politique et la violence ne cessent depuis plus de 90 jours. L’Association nicaraguayenne de défense des droits humains dénonce le fait que, dans la journée du 17 juillet, plusieurs personnes ont trouvé la mort dans la ville de Masaya, la principale ville rebelle du pays, à la suite de l’assaut des forces gouvernementales : la police et des paramilitaires. Le 14 juillet, une attaque des forces pro-gouvernementales contre une église de la ville de Managua dans laquelle 200 étudiants se sont retranchés pendant 20 heures a fait deux morts. Selon un étudiant, les paramilitaires étaient armés de fusils d’assaut AK47, de fusils de sniper et de grenades face à leurs «barricades».

Le directeur de Human Right Watch pour les Amériques, José Miguel Vivanco, a communiqué depuis Washington à un journal latino-américain qu’Ortega et sa femme Rosario Murillo, actuelle vice-présidente du pays, avaient décidé «de résoudre la crise qui secoue le pays dans un bain de sang».

Consulté sur une comparaison entre l’ancien dictateur Anastasio Somoza, que l’ancien leader révolutionnaire Ortega avait par ailleurs combattu, M. Vivanco a répondu que le contexte actuel n’était pas comparable, mais que pour lui «il est clair que le Nicaragua n’est plus une démocratie, mais une tyrannie dirigée par un couple qui administre le pays comme s’il s’agissait d’une “finca” privée». Des dix enfants, certains d’unions précédentes, la plupart occupent des postes importants dans la politique, l’économie et les médias ; de quoi réveiller les mauvais souvenirs dans ce pays habitué aux dynasties familiales.

Le couple Ortega-Murillo gouverne sous la terreur et, pour ce faire, ils n’hésitent pas à recourir, outre les forces de police, à des groupes de truands fortement armés et cagoulés qui tirent depuis leurs motos sur la foule qui manifeste, avec une cruauté inédite. Ces groupes armés tirent également sur les établissements universitaires, contre les églises, laissant ainsi des centaines de victimes. Ces agissements ne se limitent pas à Managua, la capitale, mais ont lieu dans diverses régions du pays. Ainsi à Masaya, ancien bastion sandiniste de la résistance, situé à une trentaine de kilomètres au sud-est de Managua (ville symbole où est né le leader Augusto Sandino et où, en 1979, les rebelles sandinistes ont mis fin à la dictarue de Somoza), cette révolte populaire se soulève contre l’«orteguismo». De son côté, le gouvernement accuse l’opposition de vouloir organiser un coup d’État.

La Conférence épiscopale du Nicaragua a dénoncé le fait que des groupes de choc, sous les ordres du gouvernement, attaquent et envahissent les églises et menacent avec des armes les prêtres et les fidèles. Le 9 juillet dernier, alors que le clergé nicaraguayen œuvre depuis le début de la crise à une conciliation entre le président Daniel Ortega et la population réclamant son départ, trois prélats ont été agressés par des partisans du régime. Le nonce apostolique, Mgr Waldemar Stanislaw Sommertag, le cardinal de Managua, Mgr Leopoldo Brenes, et l’évêque auxiliaire de la capitale, Mgr Silvio José Báez, se trouvaient en visite à quelques kilomètres de la capitale pour apporter leur soutien au clergé local. Alors qu’ils souhaitaient entrer dans la basilique San Sebastián de Diriamba, les prélats se sont faits bousculer et encercler par une centaine de personnes soutenant le président. Un groupe d’hommes masqués et armés a réussi à les suivre dans l’église, blessant Mgr Silvio José Báez au bras et le frappant à l’estomac. Une autre église a été saccagée par des paramilitaires, à quelques kilomètres de là, selon L’Osservatore Romano. Le 13 juillet, des groupes armés ont assiégé de leurs tirs une église où se réfugiaient des dizaines de jeunes de l’université autonome de Managua.

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a lancé lundi 16 juillet un appel à l’arrêt des violences au Nicaragua — des violences qui ont fait plus de 282 morts en trois mois de manifestations —, et pour la reprise du dialogue entre pouvoir et opposition. «Il est absolument essentiel que cesse immédiatement la violence et que soit relancé le dialogue national, parce que seule une solution politique est acceptable pour le Nicaragua», a déclaré António Guterres à San José lors d’une intervention au côté du président du Costa Rica, Carlos Alvarado, soulignant «un nombre de morts qui est absolument choquant».

Les pressions diplomatiques s’intensifient sur le président du Nicaragua, Daniel Ortega. Après trois mois de manifestations violemment réprimées qui ont causé la mort de centaines de personnes, la communauté internationale réclame de toutes parts l’arrêt de la répression. L’ONU, treize pays d’Amérique latine, les États-Unis et l’Union européenne exhortent le président du Nicaragua, Daniel Ortega, à mettre fin aux violences alors que dimanche 15 juillet, une dizaine de personnes ont été tuées dans la ville rebelle de Masaya.

La voix des Nations unies n’est pas la seule à se faire entendre. Depuis Bruxelles, où se tient une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne (UE) et de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), treize pays d’Amérique latine ont demandé lundi 16 juillet dans une déclaration commune «la cessation immédiate des actes de violence» au Nicaragua. L’Argentine, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras, le Mexique, le Panama, le Paraguay, le Pérou, l’Uruguay et l’Équateur condamnent la «répression» des autorités contre les étudiants et civils et réclament «le démantèlement des groupes paramilitaires».

L’Union européenne a demandé mardi la «fin immédiate» de la violence au Nicaragua et exigé le démantèlement des groupes armés irréguliers, dans une déclaration publiée au cours d’une réunion avec les pays de la Communauté des États d’Amérique Latine et des Caraïbes.

L’UE a annoncé une aide humanitaire de 300 000 euros pour «faciliter l’accès aux soins préhospitaliers et le transport des blessés lors des violences» et a décidé de renforcer son soutien aux défenseurs des droits de l’homme. Federica Mogherini a souligné la disponibilité de l’UE pour participer à un processus de réconciliation, tout en rappelant les conditions préalables : «mise en œuvre de toutes les recommandations de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) et des commissions convenues dans le cadre du dialogue, notamment la Commission sur la vérification et la sécurité et celles sur la justice et la démocratisation».

L’impossible dialogue

Le 16 mai, un mois après le début de la crise, une tentative de dialogue national a eu lieu avec des représentants du gouvernement et de l’opposition, notamment pour obtenir justice pour les victimes de la répression et pour une démocratisation du pays. Ce dialogue a compté sur la présence de la Commission interaméricaine des droits humains (CIDH) et le Haut-commissariat des Nations unies pour les droits humains. Ces deux commissions organisent des enquêtes sur les morts violentes depuis le 18 avril afin de désigner les responsables. Trois commissions ont ainsi été créées : une commission de vérification et sécurité, une commission judiciaire pour les effets des investigations, et une commission électorale pour aborder l’agenda de la démocratisation et les élections anticipées au mois de mars 2019. Mais ce dialogue initial reste au point mort sans la volonté politique du gouvernement Ortega.

À ce stade, la situation économique de ce pays, l’un des plus pauvres d’Amérique latine, se dégrade, la chute des investissements, le chômage et la baisse de la production ainsi que la forte inflation n’augurent qu’un avenir très difficile pour cette population déjà très châtiée. La question aujourd’hui est d’arrêter l’escalade de la violence, de faire cesser la répression et d’organiser un retour à la démocratie, obligatoirement avec des élections anticipées. Mais le Nicaragua a-t-il aujourd’hui une personnalité qui puisse représenter l’opposition démocratique ? Le président Ortega voudra-t-il se soumettre à la demande populaire et anticiper la tenue des élections (alors que son mandat va jusqu’à mars 2021) ?

Le prix Nobel de la paix Oscar Arias, dans une entrevue au journal espagnol El País, se montre un peu sceptique : «Je ne crois pas que Daniel Ortega accepte l’organisation des élections en mars 2019. Les dictateurs s’accrochent au pouvoir…» Alors que s’achève la rédaction de cet article, les réseaux sociaux signalent une alerte émise par la ville de Masaya où les forces de police et paramilitaires fouillent maison par maison à la recherche d’opposants.

Olga BARRY

Un épisode de l’émission «Des trains pas comme les autres» consacré à la Colombie

Pour la 9e saison de Des trains pas comme les autres, Philippe Gougler embarque les téléspectateurs pour sept nouvelles destinations : en Namibie, en Colombie, au Canada, en Irlande, en Espagne, à Taïwan et au Portugal. Le jeudi 26 juillet, après la Namibie, France 5 diffuse le reportage consacré à la Colombie à partir de 20 h 55.

Photo : Des trains pas comme les autres
En Colombie, les transports ferroviaires s’avèrent peu développés. Ainsi, depuis le début des années 2000, le trafic de passagers s’est interrompu. Seul le transport de marchandises est encore opérationnel, sur un réseau de plus en plus vétuste. Dans la région montagneuse et agricole de l’Antioquia, les «motomesas» permettent d’utiliser certaines portions du réseau ferroviaire désaffecté.
 
Ces motos tractent les passagers sur des planches, pour quelques pesos. À Bogota, un train vintage permet aux plus nostalgiques de goûter aux plaisirs du rail, sur une courte distance. À Medellín circule l’unique métro de Colombie. Il constitue la fierté des habitants.
 
À la question comment l’ont accueilli les Colombiens posée par le magazine TéléZ, Philippe Gougler répond ainsi : «J’ai remarqué que dans les pays où il y avait très peu de trains, c’étaient souvent des trains extraordinaires. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit alors souvent d’une dernière ligne de vie, un dernier moyen d’aller dans les villages. Ce sont des trains avec lesquels les gens se débrouillent. Par exemple en Colombie, c’est le seul moyen de transport public du coin. Parfois, là où ils s’arrêtent, les habitants tendent des câbles entre deux vallées pour les traverser. Avant de les suivre, un Colombien m’a dit : pour ne pas avoir peur, il faut bien se tenir à ses cheveux !»
 
Retrouvez les autres aventures de Philippe Gougler découvrant les pays du monde entier dans les trains les plus originaux du monde dans l’émission Des trains pas comme les autres diffusée sur France 5 sur tous les jeudis de l’été à partir du jeudi 16 juillet, 20 h 55.

D’après France 5

Les rencontres professionnelles Biarritz Amérique latine Lab entre Français et Latino-américains

Vitrine reconnue des cinémas latino-américains, le Festival Biarritz Amérique Latine est aussi un espace de coopération entre producteurs français et créateurs latino-américains. Les rencontres professionnelles du festival se structurent sous le label de Biarritz Amérique Latine Lab / BAL-LAB autour de deux pôles : un pôle «résidences» autour du partenariat avec Lizières, et un pôle «rencontres de coproduction».

Photo : O som dos sinos 

Depuis 2014, le festival est partenaire de la Résidence Lizières, dirigée par l’artiste pluridisciplinaire Ramuntcho Matta. L’un des réalisateurs sélectionnés à Biarritz est choisi lors du festival pour participer à la résidence d’écriture pour son prochain projet. Depuis 2015, grâce au soutien de la région Nouvelle-Aquitaine, les réalisateurs latino-américains présents à Biarritz ont la possibilité de présenter un projet en écriture ou en développement à des producteurs établis dans la région dans le cadre des rencontres de coproduction. Les réalisateurs et producteurs latino-américains dont un film est sélectionné au festival ont la possibilité de proposer un projet (documentaire ou fiction, court ou long métrage) pour la résidence de Lizières et/ou pour les rencontres de coproduction.

À ce jour, plus de vingt professionnels européens (producteurs néo-aquitains, autres producteurs, fonds d’aide, partenaires) sont venus à Biarritz pour y participer. 31 projets de films en développement ont été présentés entre 2015 et 2017.

Entrée en résidence des lauréates 2017

L’année dernière, vous aviez découvert en compétition le documentaire O som dos sinos de Marcia Mansur et Marina Thomé. Les deux réalisatrices ont remporté le prix Lizières pour leur prochain projet documentaire, A dupla naturaleza da luz.

Ce nouveau projet traitera des inégalités d’accès aux besoins fondamentaux au Brésil, en particulier de l’électricité. Le propos croise d’autres problématiques fondamentales de la société brésilienne, comme les droits indigènes ou la question environnementale.

Marcia Mansur et Marina Thomé entreront en résidence au mois d’août pour six semaines afin de mener à bien leur projet. Les deux réalisatrices poursuivent avec ce nouveau documentaire leur travail avec la société de production brésilienne Estudio Crua.

D’après Biarritz Amérique latine

Exposition hors les murs de Carlos Cruz-Diez au Centre Pompidou-Metz

En coproduction avec la Ville de Metz pour le festival Constellations de Metz et la Cruz-Diez Art Foundation, et en lien avec l’exposition L’Aventure de la couleur, le Centre Pompidou-Metz présente l’artiste Carlos Cruz-Diez, invité à intervenir de manière exceptionnelle sur le Parvis des Droits de l’Homme. Après les rues de Mexico, Paris ou Miami, l’artiste investit le sol aux abords du Centre Pompidou-Metz du 28 juin 2018 au 16 septembre 2019.

Photo : Centre Pompidou-Metz

Pour Carlos Cruz-Diez, la couleur a le pouvoir de transfigurer le monde qui nous entoure. Ses œuvres explorent depuis la fin des années 1950 la condition éphémère, instable et ambiguë de la couleur. Celle-ci devient un événement, une réalité qui évolue dans l’espace et le temps et donne son sens profond à la perception immédiate.

«J’ai toujours voulu – dit Cruz-Diez – lancer la couleur au-delà de son support, la projeter dans l’espace. Pour moi, la couleur n’est pas juste une anecdote de la forme, elle n’est pas seulement le rouge de la pomme, le bleu du ciel. La couleur est autonome, fugace, en mouvement perpétuel. La couleur est comme la vie : un présent permanent.»

Pour le Centre Pompidou-Metz, l’artiste investit le Parvis des Droits de l’Homme avec un Environnement Chromatique qui accompagne et bouscule les habitudes du public liées à ce lieu : ses lignes, ses formes, ses tonalités. Le passant devient à la fois témoin et acteur du spectacle qui se déploie au gré de ses déplacements et l’entoure sur plus de 500 m2. Il découvre sa capacité à créer, par ses propres moyens perceptifs, des couleurs qui ne sont pas présentes sur le support de l’œuvre, mais qui sont pourtant tout aussi réelles que les pigments utilisés dans la peinture. En proposant des stimuli visuels nouveaux, Carlos Cruz-Diez offre une expérience à la fois esthétique, poétique et sensorielle au cœur de la ville.

Environnement Chromatique est une œuvre continuellement changeante. Elle dialogue avec l’architecture, anime l’espace et lui confère une dimension inédite et ludique pour révéler avant toute chose l’expérience vitale de la couleur. «L’une des conditions de l’art est l’étonnement. Dès que vous sortez de chez vous et dépassez la porte cochère, vous devenez un robot. Vous traversez la rue sans y penser sans être attentif à la beauté du dessin du pavé, de l’espace qui vous entoure, de la couleur de l’atmosphère. C’est à l’artiste de provoquer l’étonnement, de proposer des objets insolites, des situations inédites, de déplacer les codes. On déclenche des bouleversements, une remise en cause, une prise de conscience. Rien n’est stable et tout peut être modifié. Contrairement à la peinture qui arrête le temps, ma technique produit un événement instable. C’est toute la réflexion sur l’éphémère, sur l’ambigu, sur l’instabilité, sur la continuité de la vie.», explique Carlos Cruz-Diez.

D’après le Centre Pompidou-Metz

«Federico à son balcon», le dernier roman écrit par Carlos Fuentes

Carlos Fuentes est mort en 2012. Il venait tout juste de terminer Federico à son balcon, roman dont la traduction vient de sortir en France, avec lequel il prouve que les années n’ont pas eu de prise sur lui : à plus de 80 ans, il est resté un observateur d’une clairvoyance extraordinaire, doublé d’un penseur de premier plan. Son talent de narrateur lui permet en outre de brasser une foule d’idées essentielles en déployant une fantaisie souvent pleine d’humour. Tout part de la mystérieuse rencontre de deux hommes qui prennent le frais sur leur balcon par une chaude nuit. 

Photo : RTVE/Gallimard

Un beau soir caniculaire, le narrateur (Carlos Fuentes lui-même ?) se met à discuter de balcon à balcon avec son voisin, dont il se rend compte qu’il ignore tout, mais qui lui semble pourtant étrangement familier. Son visage (épais sourcils noirs, une moustache qui dissimule sa bouche) lui dit quelque chose. L’inconnu finit par se présenter : Federico Nietzsche. C’est le début d’un dialogue/monologue passionnant d’acuité, l’ultime feu d’artifice intellectuel de Carlos Fuentes. 

Il nous emmène dans un monde sans aucune frontière, où est passée la mondialisation, un monde qui est le nôtre et qui nous est étranger parce que décalé, un peu comme en peinture avec Le Greco qui, quand il peignait des corps allongés, partageait une autre réalité, une autre forme de réalisme. L’état du monde, ou d’une région du monde, et son évolution a toujours été au centre des préoccupations de l’auteur, au centre de tout ce qu’il a écrit depuis La plus limpide région il y a tout juste soixante ans. Sujet inépuisable qu’il a sans cesse renouvelé. 

Qu’il parle des enfants martyrisés dans leur famille (la petite Elisa qui se vengera en se trompant peut-être de cible), des syndicalistes qui trahissent leurs affiliés pour se rapprocher du pouvoir ou de la justice humaine (l’avocat nommé Azar qui ne sait plus s’il est là pour juger, pour accuser ou pour défendre), il fait une analyse, toujours au niveau humain, mais qui prend cette fois des proportions de la taille de la planète. 

Une de ses préoccupations de toujours, qu’il partage avec Nietzsche, est le pouvoir : qui y a droit, le peuple ou une poignée de personnes, comment le prend-on ou quelle est sa nature («Cette pureté est incompatible avec le pouvoir ?», se demande une des voix). Il revient sur ce thème longuement pour bien nuancer, jouer avec ses facettes, donner des exemples. 

Même sans être familier des œuvres de Nietzsche et de sa pensée, on en reconnaît certains aspects au passage : le surhomme (idée qui a été déformée par les proches du nazisme), la mort de Dieu et un monde sans Lui, l’éternel retour. Quant à Fuentes, qui dialogue avec l’ombre du philosophe et commente ses écrits, il devient une espèce de Machiavel ; un Machiavel qui ne serait plus un conseiller, mais l’observateur froid de ce qu’est devenue notre planète. 

Après une partie presque ludique, avec ses personnages symboliques bien dessinés qui se répondent non sans humour, la réflexion se fait plus serrée dans la deuxième moitié. Les grandes idées de Nietzsche et de Fuentes sont discutées, nuancées sans que ces notions essentielles ‒ la liberté, le destin, individuel ou national, la réalité de l’histoire, le libre arbitre parmi d’autres ‒ deviennent obscures ou même pesantes. 

On a parlé à propos de Federico à son balcon de testament littéraire ou idéologique. S’il est difficile d’en être certain (le décès de Carlos Fuentes a été très brutal), cet ouvrage est en tous cas une brillante confrontation avec sa pensée qu’il aura maintenue au plus haut jusqu’à la fin. 

Christian ROINAT 

Federico à son balcon de Carlos Fuentes, traduit de l’espagnol (Mexique) par Vanessa Capieu, éd. Gallimard, 384 p., 23,50 €. Carlos Fuentes en espagnol : les éditions Alfaguara ont publié, à Mexico et à Madrid, la plupart de ses œuvres romanesques. Carlos Fuentes en français : essentiellement aux éditions Gallimard 

Interview de Roland Dubertrand, nouvel ambassadeur de France au Chili

Alors que se finalisaient les derniers préparatifs du 14 juillet, l’édition de Santiago de Lepetitjournal.com, le média des Français, des francophones et des francophiles à l’étranger, a pu échanger avec M. Roland Dubertrand, nouvel ambassadeur de France au Chili, qui leur a confié ses premières impressions sur le pays, ses échanges avec le Président Piñera ou encore les principaux enjeux de sa mission diplomatique.

Photo : Lepetitjournal Santiago

Cela fait un peu plus de 100 jours que vous êtes arrivé à la tête de l’Ambassade de France au Chili. Quel premier bilan tirez-vous de votre mission ?

Je suis arrivé le 8 mars, juste avant la prise de fonction du Président Sebastián Piñera. Ce qui m’a le plus frappé en 4 mois, c’est à la fois le fait que nous avons un dispositif français important et une relation bilatérale très vivante et très dynamique. Je pensais que la distance serait un obstacle. En réalité, ce n’est pas vraiment le cas. L’Ambassade reçoit des délégations politiques, économiques, culturelles, mais aussi des personnalités très diverses qui connaissent déjà le Chili ou qui le découvrent à cette occasion.

Vous avez rencontré le Président Sebastián Piñera. Quels ont été les sujets évoqués ?

J’ai présenté mes lettres de créance au président de la République chilienne le 4 juin dernier. D’abord, il faut dire qu’il parle très bien le français. Il a passé son enfance en Belgique, son père ayant été ambassadeur à Bruxelles, et il est très attaché à la relation avec la France. J’ai été reçu de manière très chaleureuse et cordiale.

Par ailleurs, notre président de la République, Emmanuel Macron, l’a invité à faire une visite officielle en France avant la fin de l’année. Les dates seront annoncées prochainement. Cette visite s’inscrira dans le prolongement de celle de François Hollande, venu au Chili en janvier 2017. Cela permettra aux deux présidents, qui se sont déjà parlés au téléphone, de mieux se connaître. C’est également l’occasion de tracer le cadre de la relation bilatérale, l’idée étant que les deux pays adoptent une feuille de route commune pour les deux, trois années à venir. 

Le président Sebastian Piñera est très attaché à l’apport de la France dans le domaine économique, celui de nos entreprises, et en particulier dans le domaine de l’innovation (startups), de l’énergie renouvelable, des infrastructures… Il y a aussi des questions politiques à aborder, sur la défense des Nations unies et du multilatéralisme, mais aussi sur le changement climatique. Sur ces grands enjeux, la France et le Chili peuvent travailler ensemble.

Dans un entretien avec El Mercurio, vous avez évoqué une collaboration du Chili dans la lutte contre le terrorisme. Quelle forme prendra cette collaboration ?

Le Chili a déjà contribué aux opérations de maintien de la paix des Nations unies, avec notamment une forte présence en Haïti. Dans notre dialogue, nous plaidons pour une présence plus accentuée de l’Amérique Latine, et en particulier du Chili, dans les opérations extérieures, car c’est contribuer à la défense du rôle des Nations unies. Ces missions de stabilisation permettent de lutter contre la violence de manière générale et de contribuer à la paix mondiale. Cela ne veut pas dire effectivement que le Chili va rentrer dans des opérations antiterroristes strictosensu. Il y a quelques années, on aurait pu considérer que l’Amérique Latine était protégée de certains phénomènes par la distance. Or aujourd’hui, nous vivons dans un monde connecté, globalisé. Pour Emmanuel Macron, c’est aussi important parce que l’Europe et l’Amérique Latine partagent les mêmes valeurs, notamment celles de la coopération multilatérale. 

Vous avez également abordé le thème de la lutte contre le réchauffement climatique.

Oui, c’est un sujet important. Laurence Tubiana, la véritable cheville ouvrière de la COP 21, est venue récemment au Chili. Elle a eu un dialogue avec le Président Sebastián Piñera. L’accord ayant été signé à Paris, il est vrai qu’en tant que Français, nous sentons une responsabilité particulière à suivre sa mise en œuvre. Nous allons dialoguer avec le Chili sur la lutte contre le réchauffement climatique, sur nos actions dans le cadre de l’Union européenne mais aussi sur la contribution nationale du pays. En effet, au moment de la signature de l’accord, chaque pays s’est engagé à offrir une contribution nationale. Or, dès 2019, les signataires devront la renforcer, afin que nous puissions atteindre les objectifs de limitation des hausses des températures définis par le traité. Sinon, nous n’y arriverons pas. Par ailleurs, en plus de la COP 21, nous avons une autre initiative française, le Pacte Mondial pour l’Environnement, pour laquelle le Chili nous a beaucoup soutenus.

Les changements annoncés concernant la politique migratoire du Chili suscitent beaucoup d’interrogations. Comment cette nouvelle loi va affecter la communauté française ?

A priori, la communauté française va être peu touchée. Les changements seront mineurs. Les mesures concernent en particulier les ressortissants du Venezuela et d’Haïti. Cependant, il y a de nouvelles règles qu’il faut connaître concernant les différents types de visa. L’Ambassade et le Consulat français sont bien sûr à la disposition des Français pour toute demande d’information.

Quel serait votre message aux Français du Chili ? 

La communauté française est une communauté importante. Nous avons 12 000 inscrits à l’Ambassade, ce qui veut dire près de 15 000 Français présents au Chili. C’est très important pour la relation bilatérale. Tous les Français sont des ambassadeurs car ils participent à la relation bilatérale. Le lien entre deux pays, c’est effectivement la relation d’État à État, mais pas uniquement. Dans le cas du Chili, nous avons à la fois une relation économique qui devient très dense, avec 240 entreprises françaises installées ici et une relation de coopération scientifique, culturelle de haut niveau. Ce sont les Français au Chili, les partenaires chiliens, et notamment les double nationaux franco-chiliens qui font vivre cette relation entre les deux pays. 

J’invite également les Français du Chili et nos amis chiliens à suivre l’actualité de l’Ambassade sur nos réseaux sociaux (FacebookTwitterInstagram).

D’après Lepetitjournal Santiago

Un modus vivendi trouvé entre les États-Unis et le gouvernement équatorien de Lenín Moreno

Après la décennie sans dialogue de l’ère Correa – l’ancien président de gauche aujourd’hui poursuivi par la justice –, la position pro-étasunienne de Lenín Moreno tente de construire des ponts avec Washington sur une base d’intérêts commerciaux, sécuritaires et migratoires.

Photo : La Vanguardia

Dans le souci d’arrêter l’érosion de l’influence économique et politique de son pays dans la région, Mike Pence est arrivé mercredi 27 juin à Quito pour rencontrer le président équatorien. Le déplacement du vice-président des États-Unis d’Amérique, après sa visite au Brésil, a fait partie de sa tournée latino-américaine centrée sur la situation politique vénézuélienne comme conséquence de la récente réélection de Nicolás Maduro.

C’est justement cette question-là qui a dû se trouver au centre des pourparlers entre Lenín Moreno et Mike Pence. En ce sens, l’émissaire de Washington souhaitait visiblement voir en quoi ses partenaires d’Amérique latine peuvent lui être utiles pour régler l’épineuse question concernant l’héritier politique d’Hugo Chávez. Rappelons que le Venezuela, un pays immergé dans le chaos depuis plusieurs années, est considéré comme une menace pour les intérêts des États-Unis, et que Donald Trump avait manifesté, en septembre dernier, qu’il n’excluait pas un plan d’intervention militaire de la nation bolivarienne (nous y reviendrons plus bas avec une autre célèbre intervention étasunienne au service de la liberté).

Cependant, Lenín Moreno a su mettre de l’eau dans les intentions de Mike Pence. Le vice-président de Donald Trump comptait sur le soutien des dirigeants latino-américains pour resserrer le blocus continental afin d’augmenter la pression contre Maduro. Or le président équatorien s’est montré conciliant envers le Venezuela, pays où la démocratie a été le plus en danger ces dernières années, et avec lequel l’Équateur a entretenu «une relation de complicité» pendant la dernière décennie. Au lieu d’accentuer l’isolationnisme, Moreno a proposé la réalisation d’une nouvelle consultation populaire sous la supervision d’observateurs internationaux.

En ce qui concerne l’avenir de son pays, contrairement à la décennie passée, Moreno considère désormais l’Oncle Sam comme un partenaire privilégié, conscient de la nécessité d’entreprendre rapidement les réformes économiques et sociales qu’il juge indispensables. Ainsi la visite de Mike Pence a engagé une dynamique de relance des relations bilatérales s’orientant autour de cinq objectifs principaux : la lutte contre le «fléau» de la corruption ; la reprise des relations commerciales ; l’accueil des immigrés vénézuéliens qui ont quitté leur pays en crise ; le renseignement sur le transfert «inusuel» d’argent lié au blanchissement et au narcotrafic ; les droits d’environ deux millions de ressortissants qui composent la communauté équatorienne aux États-Unis.

«Nous sommes certains que par le dialogue, sincère, direct, en pressentant les intérêts de l’Équateur, nous trouverons des solutions. L’Équateur serait prêt à activer ce mécanisme d’ici la fin de 2018 et les États-Unis sont d’accord» a déclaré José Valencia, le ministre équatorien des Affaires étrangères et de la Mobilité humaine.

La présence de l’administration Trump sur le sol équatorien – une main tendue susceptible d’être interprétée comme une griffe impérialiste pour certains – peut choquer le lecteur non averti. C’est la raison pour laquelle il n’est pas inutile de mentionner que ce que l’on appelle de façon équivoque «expansionnisme américain» trouve ses racines loin dans le temps (annexion de la Floride en 1819, du Texas en 1845, la guerre avec le Mexique en 1846-1848 se terminant par l’annexion de la Californie), le tout couronné par l’idée de la Manifest Destiny : «il appartient aux États-Unis d’occuper tout le continent américain».

En Équateur, premier exportateur mondial de cacao au début du XXe siècle, une partie des plantations fut transformée en plantations de bananes lors de l’arrivée des compagnies étasuniennes, et en particulier de l’United Fruit Company, omniprésente en Amérique centrale. Ainsi, avec la complicité des oligarchies locales, les États-Unis donnèrent naissance à des économies issues du travail de la terre sans contribuer au développement industriel, d’où le très péjoratif terme «pays bananiers». À partir des années 1960, l’interventionnisme tentaculaire s’est développé dans toute la région par crainte de l’influence de la révolution cubaine.

Mais à présent, au-delà des craintes, bien que les émissaires de Washington suscitent encore des réactions violentes en Amérique latine, il est nécessaire de croire à un changement des mentalités. Car pour le Nord tout-puissant, un appauvrissement des économies locales entraîne inévitablement de nouvelles vagues d’immigration clandestine, et s’il ne parvient pas à collaborer avec les pays du Sud pour rétablir une justice sociale durable, il devra composer avec des événements comparables à ceux qui secouent aujourd’hui l’Europe et le nombrilisme de ses dirigeants.

Pour conclure, un extrait de l’entretient entre André Maurois et Bruce Catton[1], en 1962, offre matière à réflexion :

A. Maurois : J’ai quelquefois l’impression que vous, Américains[2], vous tenez pour responsables de la moralité du monde entier.
B. Catton : Oui, c’est peut-être regrettable, mais c’est comme ça. […] Nous pensions faire notre devoir en considérant l’Amérique du Sud comme une région où nous pourrions rendre des services. […] Tout ce problème de «responsabilité morale» est obscur. Prenez le cas de notre première intervention à Cuba : la guerre hispano-américaine de 1898. Je suis certain que l’immense majorité des Américains a accepté cette guerre comme un moyen de frapper un grand coup pour la liberté. Nous croyions briser les chaînes des Cubains. Évidemment, nous ouvrions en même temps un nouveau marché pour nos exportateurs. Bref, nous agissions comme l’aurait fait un pays impérialiste, mais avec l’impression de n’agir que pour des raisons morales. Je suppose que c’est un peu difficile à comprendre.

Eduardo UGOLINI

[1] Historien très connu dans les années 1960, autorité éminente sur tout ce qui concerne l’Amérique. Il a obtenu le prix Pulitzer et le National Book Award.

[2] Maurois commet ici un vice du langage discriminatoire, très répandu encore aujourd’hui, qui consiste à utiliser ce patronyme générique pour désigner uniquement les citoyens étasuniens. Il faut lire en filigrane une outra façon de perpétuer l’impérialisme au nom de la liberté, et en détriment de l’identité particulière de chaque pays qui apporte une richesse inhérente à la diversité culturelle du continent.

Portrait d’Andrés Manuel López Obrador, le nouveau président du Mexique

Dimanche 1er juillet, Andrés Manuel López Obrador, surnommé «AMLO», a remporté la présidentielle de la deuxième puissance économique d’Amérique latine, avec plus de 53% des voix. À partir du 1er décembre, il devra donc tenir ses engagements, qui ont suscité une vague d’espoir dans le pays, pouvant se résumer au triptyque : lutte contre la corruption, baisse de la violence et réduction de la pauvreté. Voici son portrait.

Photo : AMLO / ABC News

Nesho ou AMLO ? Andrés Manuel López Obrador, bien avant d’entrer dans le monde politique, était plus connu sous le nom de Nesho. «Nesho», pour ses copains et ses voisins de la petite localité de Tepetitán, dans l’État de Tabasco au sud-ouest du Mexique, où il est né le 13 novembre 1953. Si en croit la presse, ses amis ont fait la fête à l’annonce de sa victoire dans la nuit du 1er juillet. Cette enfance, rétrospectivement, peut être qualifiée comme celle d’un chef. Selon ses proches de Tepetipán, Nesho avait un tempérament de gagnant. Enfant de parents modestes et d’une mère très croyante, il voulait sa revanche sur la vie. Une vie tirée par les deux bouts. Avec ses six frères et sœurs, une vie à l’écart de tout, loin de la capitale. Une vie baignant dans les idéaux démocratiques et sociaux de la révolution mexicaine.

Le petit Nesho a bataillé dur pour réussir à l’école. Puis il est devenu boursier et est entré à l’Université nationale autonome du Mexique, la prestigieuse université publique de la cité de Mexico. Licencié en sciences politiques et en administration publique, il se lance dans une double vie, militante et professionnelle. Revenu dans son État d’origine, il en dirige l’Institut indigéniste. Selon les témoignages du peuple autochtone chontal, il fait plus que remplir des papiers dans son bureau ; il partage le quotidien et les travaux des indiens. «Il était, dit un témoin de l’époque, comme un père pour nous.»

Parallèlement, il entre au Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) où il tente d’appliquer au jour le jour les valeurs affichées. La prise de conscience d’un écart, d’un grand écart entre principes et réalité, le conduit progressivement à rompre, pour ailleurs tenter de réaliser les valeurs des révolutionnaires et de Lázaro Cárdenas. Il accompagne en 1988 l’aventure politique de Cuauhtémoc Cárdenas, leader du courant démocratique du PRI. Il le suit avec d’autres en 1989 pour fonder un nouveau parti, celui de la révolution démocratique (PRD). Il paye de sa personne physiquement pour défendre les acquis de la Révolution, abandonnés selon lui par le PRI. Il est blessé au cours d’affrontements de protestations. Sa photo, chemise ensanglantée, fait le tour du Mexique. Ses qualités d’orateur font le reste. Avec bien sûr sa volonté d’être au premier rang, celui des continuateurs du chemin tracé par Benito Juárez et les révolutionnaires. Il prend la tête du PRD, devient maire de Mexico. Un maire qui marque les esprits, qui réunit la presse et ses collaborateurs à 6h du matin, et qui refuse de voyager à l’étranger et rejette tout contact avec les responsables politiques étrangers, fussent-ils progressistes et démocrates. Priorité au mieux vivre des Mexicains.

Il restera dans les mémoires comme le maire qui a doté les anciens d’une pension municipale. Candidat aux présidentielles en 2006 puis en 2012, il se heurte à la perversion d’une culture politique tolérante envers la fraude. Il a refusé de baisser les bras. Il entreprend de visiter le pays du nord au sud et d’est en ouest pour défendre avant tout la démocratie, la souveraineté du pays et l’impérieuse obligation de construire une patrie collective appartenant à tous (riches et pauvres, religieux et non croyants…). Cette obstination, ce travail de ratissage, sa volonté de faire Mexique ont fini par bousculer les pesanteurs que l’on croyait les plus difficiles à faire bouger. Il s’était fixé une ambition : «Ensemble nous ferons l’histoire.» Sa victoire, a-t-il déclaré, est une quatrième rupture révolutionnaire, après celles de l’indépendance, de la réforme de Juárez, et celle de la Révolution.

Ce discours intégrateur, patriotique et démocratique a peu de chose à voir avec d’autres, clairement de gauche ou du moins se présentant comme tel, au Brésil ou au Venezuela. Il n’a du reste rencontré pendant sa campagne électorale que trois responsables internationaux : deux responsables de la gauche modérée latino-américaine, la Chilienne Michelle Bachelet, l’Équatorien Lenín Moreno, et le leader d’un parti ayant fait le pari d’une récupération de la souveraineté nationale, le Britannique Jeremy Corbyn. AMLO est revendiqué par beaucoup, de Madrid à Paris. Mais Nesho n’a pas fini d’en déconcerter plus d’un. Sa priorité n’est pas la révolution mondiale, mais le bien-être des Mexicains.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

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