Archives quotidiennes :

14 juin 2018

L’Opéra Underground de Lyon sera à l’heure latino-américaine du 18 au 20 juin

Le festival du Péristyle a débuté le 7 juin et bat son plein jusqu’au 1er septembre. Il déclinera 75 concerts gratuits pour voyager au rythme des traditions musicales et du jazz du monde entier. Du 18 au 20 juin, Free Cages se produira sur la scène du Péristyle. Le musicien et chercheur colombien Jaime Salazar sera accompagné des pianistes Yannick Lestra et Leonardo Montana. Ils nous plongeront dans les musiques indigènes colombiennes et l’univers sonore et minimaliste de la musique des années 1940.

Photo : Jaime Salazar/El Picante

Jaime Andrés Salazar est né à Bogotá en 1984. Il a étudié le saxophone classique à l’orchestre symphonique des jeunes de Colombie, puis au conservatoire de Lyon. Il a obtenu ses diplômes d’Etat en saxophone classique et musiques traditionnelles en 2008. Il a également étudié l’anthropologie et la musicologie.

Il s’est intéressé parallèlement aux musiques traditionnelles colombiennes et sud-américaines, et a créé un orchestre de latin jazz et salsa qui puise son répertoire dans le mariage des musiques traditionnelles afro-caribéennes et les sonorités contemporaines du latin jazz new-yorkais. Actuellement, il enseigne au CNSMD de Lyon et à la Pontificia Universidad de Bogota.

Artistiquement, Jaime Salazar a eu l’occasion de partager la scène nationale et internationale avec des artistes tels que Samuel Torres, Yuri Buenaventura, Jimmy Bosch, Maria Mulata, Nidia Gongora, Antonio Rivas, Peter Ralchev, Irving Acao, Ernesto Simpson, Manuel Valera, Leonardo Montana, entre autres. En 2015, il a créé le spectacle «Bal à la Havane 1950» qui était une commande artistique du festival À Vaulx Jazz (Vaux-en-Velin).

Il a aussi participé à plusieurs projets d’inspiration colombienne, comme Nilamayé, groupe de musique afro-colombienne s’inspirant des musiques locales et régionales des peuples côtiers colombiens, et Pixvae, créé avec le saxophoniste et compositeur Romain Dugelay, où les chants et les percussions du Pacifique colombien se confrontent au jazzcore.

Pour le festival du Péristyle, Jaime Salazar sera accompagné de Yannick Lestra, compositeur et pianiste français, et de Leonardo Montana, pianiste brésilien. Ils mélangeront les techniques pour piano préparé du compositeur John Cage, la richesse sonore du Fender Rhodes et des mélodies d’inspiration indienne.

Caroline BRUYAS

Plus d’informations sur la programmation du festival du Péristyle

À vos agendas ! Exposition du Cubain Jesse A. Fernández à l’Institut culturel du Mexique

Chaque semaine, nous réservons un espace dédié aux événements et aux invitations. Il vous suffit de nous envoyer un courrier électronique avec des informations susceptibles d’intéresser nos internautes en indiquant simplement le titre de votre manifestation, le lieu, la date et l’heure, un visuel et un contact. Le temps fort de cette semaine se déroulera à Paris. Dans le cadre de la Semaine de l’Amérique latine, l’Institut culturel du Mexique organise une exposition accompagnée de diverses conférences autour de l’œuvre de Jesse A. Fernández. Pour le reste de la semaine du 18 au 24 juin, voici notre sélection.

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MARDI 19 JUIN – PARIS — CONFÉRENCE

Le regard littéraire de Jesse A. Fernández à l’Institut Culturel du Mexique à Paris

Dans le cadre de l’exposition De Mexico à Paris, l’Institut culturel du Mexique organise ce mardi 19 juin, à partir de 18h30, une conférence autour de l’œuvre de l’artiste cubain Jesse A. Fernández. Animée par Eduardo Ramos Izquierdo, directeur du séminaire Amérique latine au Centre de recherches interdisciplinaires sur les mondes ibériques contemporains à l’université de la Sorbonne, la discussion portera sur l’expression littéraire de l’artiste à travers son œuvre photographique et les portraits d’écrivains qu’il a réalisés. Plus d’infos

LES 18, 19 et 23  JUIN — LYON — SPECTACLE

Les Nuits de Fourvière aux couleurs de l’Andalousie : le flamenco à l’honneur

Les amateurs de flamenco seront servis ! C’est la danseuse sévillane María Pagès, fidèle aux Nuits de Fourvière, qui ouvrira le bal. Accompagnée de huit danseurs et de sept musiciens, elle présentera, les lundi 18 et mardi 19 juin, son dernier spectacle Una oda al tiempo. La semaine se clôturera également sur des airs de flamenco, mais en chanson cette fois, avec l’incontournable Miguel Poveda, considéré comme l’une des grandes voix actuelles du flamenco. Infos et réservations

SAMEDI 16 JUIN — ÎLE-DE-FRANCE — THÉÂTRE 

Bagneux met en valeur le théâtre amateur sous la direction du dramaturge bolivien Marcos Malavia

Le samedi 16 juin se déroulera la 11e édition de «Faites du Théâtre» organisée par la Cie SourouS, en collaboration avec le Théâtre Victor Hugo de Bagneux. Au programme, quatre représentations réalisées par des compagnies amateurs : à 15h, Voi(x)Sinâge, farces de quartier suivi par Les licenciés de l’école moderne, puis Les murmures de Mnémosyne. Enfin, pour clôturer la journée, le spectacle Théâtrogrammes commencera à 20h30. Pour échanger avec les comédiens, buvette et restauration légère seront proposées sur place par l’association Inde Maha France. Plus d’infos

DU 9 AU 15 JUILLLET — ARLES — MUSIQUE

De l’exil à la scène musicale arlésienne : mettre en valeur les conséquences de l’exil sur la musique

 «La musique que fait notre monde…» C’est l’intitulé choisi par les Suds pour leur 23e édition dont le but est de mettre en valeur les conséquences de l’exil sur la musique et le métissage culturel qui en découle. L’Amérique latine sera de la partie. Laissez-vous porter par les rythmes populaires du Brésil avec Gilberto Gil, dansez sur les airs de Puerto Candelaria et voyagez à Cuba avec La trova. Vous pourrez également participer à d’autres activités (stages, master classes de danse, etc.). La billetterie est ouverte et les places sont limitées, réservez-vite ! Infos et réservations

RETRANSMISSION — GRENOBLE — LITTÉRATURE

Soirées littéraires et musicales aux tonalités du Chili : une rencontre à réécouter

Le jeudi 7 juin dernier, la Chilienne María Isabel Mordojovich était invitée à la Maison de l’international de Grenoble. Accompagnée de Franck Gaudichaud, elle a présenté son roman Piedras Blancas, un récit qui plonge le lecteur dans l’horreur de la dictature de Pinochet, le monde des tortionnaires et de leurs victimes, de 1973 à 1990. Vous étiez absent ce jour-là ? La présentation a été enregistrée et est disponible en ligne. Nous vous rappelons que vous pourrez rencontrer María Isabel Mordojovich aux Belles Latinas 2018, à Lyon, au mois d’octobre. Réécouter la rencontre

EN LIGNE — AMNESTY INTERNATIONAL — NEWSLETTER

«L’Hebdo», la newsletter hebdomadaire d’Amnesty International ouverte à tous

Cette semaine, nous vous invitons à vous inscrire à la newsletter hebdomadaire tenue par l’association Amnesty International. Mise à jour tous les vendredis, cette dernière concentre l’essentiel de l’actualité concernant les droits humains partout dans le monde. À l’inscription, vous pouvez également souscrire aux thématiques que vous ne voulez surtout pas rater (liberté d’expression, réfugiés et migrants, crises et conflits armés, etc.) et vous créer ainsi une sorte de journal personnalisé. Plus d’infos

 

«Apocalipsis Island» version élections : les présidentielles 2018 au Mexique

Les Mexicains vont voter le 1er juillet prochain pour élire leur président, 500 députés et 128 sénateurs. Quatre candidats sont sur la dernière ligne droite. José Antonio Meade pour le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), Ricardo Anaya pour le Parti d’action nationale (PAN), Andrés Manuel López Obrador pour le Morena, Jaime Rodríguez Calderón, «El Bronco», pour lui-même. Les bulletins sont prêts, les urnes également, le tout sous la supervision de l’Institut national électoral.

Photo : Raquel Marín/El País

Les candidats sont en place depuis plusieurs mois, avec, plus ou moins à droite, deux candidats : celui du PRI, qui a été ministre d’un président paniste, et celui du PAN, qui est aussi celui du PRD, de centre gauche. À gauche, le candidat du Morena a passé une alliance avec un parti évangéliste anti-interruption de grossesse et anti-mariage de personnes du même sexe.

Confusion des idées, sélection d’un favori

À défaut d’identités bien définies, les candidats confrontent violemment leurs personnalités respectives. Ce petit jeu mêlant accusations de corruption et phrases assassines, sur fond de confusion idéologique et programmatique, a malgré tout permis la sélection d’un favori. Les derniers sondages convergent. Le favori de plus en plus mis en avant par les différents instituts et enquêtes est AMLO, Andrés Manuel López Obrador, dans une fourchette pas très précise, mais lui assurant une marge confortable sur tous ses concurrents. 49% pour les uns, 41% pour d’autres, Anaya étant relégué à 15 ou 20 points derrière et Meade à 25-30.

Les Mexicains n’ont manifestement pas lu les programmes, écouté les diatribes croisées des uns et des autres. Ils ont préféré donner sa chance au candidat et au parti qui n’ont jamais accédé au pouvoir. Le PRI a dirigé le pays de 1929 à 2000 et de 2012 à 2018. Le PAN a présidé le pays de 2000 à 2012. Avec, au terme de ces mandatures, un pays sur les «rotules» économiquement, socialement, sur un fond de violences en spirale dont personne ne voit la fin.

«Apocalipsis Island»

La fiction parfois dépasse la réalité. L’Amérique latine littéraire puisant dans le «Macondo» du quotidien a fabriqué une image de soi pas si magique que ça. Antonio Malpica, écrivain «aztèque», vient d’ajouter un chapitre mexicain à cette créativité dramatique. Il a décrit dans son dernier roman, Apocalipsis Island, un pays emporté par un «effrayant festin cannibale».

Lorenzo Cordova, conseiller président de l’Institut national électoral, s’en est inquiété à la veille de l’ultime face à face télévisé entre les quatre candidats à la présidentielle, le 12 juin 2018. «La violence —a-t-il déclaré dans un communiqué— est par définition la négation de la démocratie. […] De décembre [2017] à aujourd’hui, plus de 20 candidats ou pré-candidats ont été victimes de la violence. […] L’Institut a beaucoup insisté sur la responsabilité constitutionnelle de veiller à la paix publique et à la sécurité incontournables à tout processus électoral.» Le même jour, Rosely Magana, candidate municipale dans l’État de Quintana Roo, décédait après avoir été la cible de coups de feu. L’INE a estimé un nombre minimum de 20 victimes. Le quotidien El Economista, sur la période janvier-mai 2018, a comptabilisé plus de 90 victimes d’assassinats politiques.

Pourtant, de cela, comme de l’explosion des chiffres d’une criminalité qui affecte la population en général et de plus en plus la vie économique du pays, les candidats ont peu parlé. Comme ils ont d’ailleurs peu évoqué la gestion de la relation avec les États-Unis de Donald Trump qui, depuis le 1er janvier 2017, menace de rompre sa relation bilatérale stratégique avec le Mexique. Cette frivolité électorale partagée renvoie à l’intitulé prophétique du dernier roman de Jorge Volpi, Una novela criminal.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Le président colombien à l’OIT : «il n’y a pas de paix possible sans justice sociale»

Le président colombien, Juan Manuel Santos, a dit aux délégués à la Conférence internationale du travail à Genève que la justice sociale devait être le fondement d’une paix durable. Il a également mis en exergue le rôle clé du travail décent.

Photo : OIT

Le président colombien, Juan Manuel Santos, a dit à la Conférence internationale du travail (CIT) qu’ayant réussi à établir la paix, la Colombie avait maintenant besoin de l’ancrer dans la justice sociale, en créant davantage d’emplois, en luttant contre la pauvreté et en réduisant les inégalités. «Je viens vers vous aujourd’hui comme président d’un pays qui commence à bâtir la paix et qui emprunte un chemin difficile, mais plein d’espoir, vers le développement, la prospérité et plus de justice», a déclaré M. Santos, qui avait reçu le prix Nobel de la paix en 2016 pour avoir conclu un accord qui mettait fin à plus de cinquante années de conflit.

Paraphrasant le préambule de la Constitution de l’OIT – qui célèbrera son centenaire l’an prochain –, M. Santos a rappelé la nécessité de réaliser la justice sociale pour instaurer une paix durable. «La justice sociale s’obtient par plus d’emplois, moins de pauvreté et moins d’inégalités», a-t-il précisé, ajoutant que «le travail décent était un pilier» de la justice sociale.

Dans une allocution de bienvenue prononcée en espagnol, le Directeur général de l’OIT, Guy Ryder, a rappelé que la Colombie était un membre fondateur de l’OIT. Ce qui veut dire «que nous avons parcouru ensemble près d’un siècle – un siècle de solidarité». «Malheureusement, pendant la moitié de cette histoire partagée, la Colombie a été plongée dans un conflit tragique», a déploré M. Ryder, ajoutant qu’aujourd’hui, alors que le pays consolide le processus de paix, «nous tous, dans cette maison, souhaitons à la Colombie des jours meilleurs, des jours de paix, des jours de justice sociale.»

«De nombreux défis demeurent et l’OIT s’engage à continuer d’œuvrer au côté de la Colombie pour parvenir à un avenir de travail décent pour tous, dans le respect total des normes internationales du travail, et avec une attention toute particulière aux victimes de la violence», a poursuivi M. Ryder. La CIT, qui rassemble les représentants gouvernementaux, employeurs et travailleurs de 187 États membres de l’OIT, s’est déroulée du 28 mai au 8 juin.

D’après OIT infos

«Jericó, le vol infini des jours», un documentaire de la Colombienne Catalina Mesa

La réalisatrice, Catalina Mesa, est allée à la rencontre de femmes dans le petit village de Jericó, situé dans l’Antioquia en Colombie, pas très loin de Medellín. D’âges et de conditions sociales différentes, les huit portraits de femmes du film documentaire Jericó, le vol infini des jours évoquent les joies et les peines de leurs existences, tour à tour nostalgiques, pudiques ou impudiques. Leurs histoires se dévoilent ainsi que leurs espaces intérieurs, leur humour et leur sagesse, leurs prières et leur rapport au sacré.

Photo : Jericó, le vol infini des jours

Jericó est un feu d’artifice coloré de paroles, de musique, d’humanité et de féminité. Dès le début du documentaire, ce qui frappe, c’est la beauté des lieux, ces maisons colorées surplombées par une statue du Christ au sommet de la colline. Puis on va rentrer à l’intérieur et faire d’autres découvertes. Non seulement les extérieurs sont beaux, mais les intérieurs révèlent ces femmes et leurs préoccupations. Elles sont âgées et, pour la plupart, très croyantes.

Catalina connaissait ce village et y était déjà allée, puisque c’était celui de sa grand-tante. Pour les besoins du film, elle a loué une maison qu’elle a occupé trois mois. «Il était différent des autres parce que toutes les communautés religieuses, venues d’Europe, s’y étaient installées. De sorte que l’éducation des enfants y était meilleure que dans les villages voisins. C’est pour cette raison qu’on appelle Jericó, « l’Athènes du sud-ouest d’Antioquia ». Quand je suis arrivée dans le petit centre historique, j’ai découvert tous les poètes locaux. Comme c’est un village qui a été fondé en 1851 –ce qui est relativement récent–, on regarde toujours vers l’avenir, sans se retourner sur le passé. Que ce village, perché dans les montagnes, ait gardé toutes ses archives est extraordinaire. J’ai commencé à lire plus de 300 poèmes. Les vers que l’on peut lire en exergue du film sont de Oliva Sossa de Jaramillo : « Mon noble Jericó est beau, enclavé dans la montagne, le mont touche l’infini… » J’ai choisi cette strophe car elle fait écho à d’autres poèmes évoquant la montagne touchant le ciel. C’est une réalité que l’on ressent à Jericó.»

Ces femmes abordent peu les problèmes politiques, mais on apprend que l’Armée de libération nationale a tué le fils de l’une d’elles et qu’un poulet s’appelle Mafioso ! Cependant, le film se termine avec une lueur d’espoir, grâce à la fête des cerfs-volants qui vont peut-être toucher le ciel.

Enfin, il faut ajouter la qualité de la musique : ce sont des chansons que ces femmes écoutaient. S’ajoutent des morceaux interprétés par la pianiste Teresita Gómez. «Elle a mis à l’honneur des compositeurs colombiens de la fin du 19e siècle et du 20e siècle. Cela correspondait parfaitement à l’époque et à la génération que je souhaitais mettre en valeur. Le travail autour de la musique était presque ethnographique. Un morceau cubain a néanmoins été intégré comme s’il était Colombien car il s’inscrivait profondément dans mon histoire familiale», précise Catalina Mesa. Il est rare que l’on prenne autant de plaisir, mais c’est le cas pour ce documentaire primé en particulier au festival Cinelatino de Toulouse par le jury et le public.

Alain LIATARD

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«Le voyage de Lila», une belle première pour la Colombienne Marcela Rincón González

Réalisé par Marcela Rincón González, en coproduction avec le studio uruguayen Palermo Animación, Le voyage de Lila est le premier long-métrage d’animation colombien dirigé par une femme. À mi-chemin entre le monde réel et l’imaginaire, du Calí des années 1990 à la «Forêt du Souvenir», en passant par le «désert des souvenirs perdus», Lila nous transporte dans une aventure haute en couleur, à la conquête de la mémoire.

Photo : Le voyage de Lila

Lila vit dans un livre pour enfants, un conte merveilleux dont elle est le personnage principal. Un beau jour, elle est arrachée à ses pages et propulsée dans le monde réel, menacée par les «oiseaux de l’oubli». Elle entreprend alors un voyage magique à la rencontre de Ramón, un jeune garçon qui autrefois aimait lire le conte de Lila et qui est le seul à pouvoir la sauver. Mais Ramón a grandi, il ne lit plus de contes pour enfants et ne se consacre qu’à son ordinateur. Comment le convaincre de sauver Lila des profondeurs de l’oubli ?

Entre la nostalgie de l’enfance, de l’insouciance, et l’envie de rendre hommage à la culture colombienne et au pouvoir de l’imagination, Marcela Rincón González nous plonge dans un univers onirique qui a déjà fait le tour du monde. De l’Amérique latine à la Corée du Sud en passant par la Pologne, le long-métrage a fait partie des sélections de nombreux festivals et a été largement récompensé en Colombie et au Chili.

«Le film s’adresse aux enfants de 6 ans et plus, ayant déjà eu un contact avec la lecture et l’écriture, car on retrouve une certaine complexité dans la trame de l’histoire : il faut qu’ils puissent comprendre que le personnage est issu d’un livre et qu’il est en train de tomber dans l’oubli […]. De plus, l’histoire se déroule à une époque où la technologie n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, où les enfants n’utilisaient pas leurs téléphones portables pour résoudre leurs problèmes, mais expérimentaient la vie de manière différente, plus près des livres et des bibliothèques», explique la réalisatrice dans une interview accordée au journal national colombien El tiempo.

Bien qu’il semble dans un premier temps destiné aux plus jeunes, Le voyage de Lila, dont l’univers se rapproche de celui créé par Hayao Miyazaki dans Le voyage de Chihiro, transcende les frontières et les générations. Il raconte la fabuleuse rencontre entre des personnages de fiction et leurs lecteurs et immerge le spectateur dans une aventure initiatique et symbolique qui rend hommage à la littérature, au pouvoir de la lecture, tout en véhiculant un message important sur la transmission et la mémoire.

Laura CHANAL

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La fille de Raúl Castro milite en faveur du mariage homosexuel à Cuba

Mariela Castro, députée et fille de l’ancien président cubain Raúl Castro, profitera de la réforme de la Constitution prévue pour le mois de juillet pour légaliser le mariage homosexuel à Cuba et modifier le Code de la famille et le Code pénal.

Photo : Mariela Castro’s March/HBO 

«Lors de la réforme de la Constitution, nous évoquerons toutes ces propositions… L’idée est avant tout de ne pas perdre notre temps à créer de nouvelles lois mais de les incorporer aux lois déjà en vigueur pour que tout rentre dans l’ordre plus rapidement», a expliqué la législatrice et directrice du Centre national d’éducation sexuelle (Cenesex) lors d’une conférence de presse donnée le vendredi 4 mai dernier. «Mariela Castro et les activistes en faveur des droits pour la communauté LGBT à Cuba profiteront de la capacité d’initiative de la députée», a ajouté le sous-directeur du Cenesex, Manuel Vázquez.

Dans le modèle politique cubain où le président du pays est élu par l’Assemblée nationale du pouvoir populaire (qui ne se réunit que deux fois par an), il n’est pas courant que des législateurs présentent leurs propres initiatives.

En décembre 2013, Mariela Castro a été la seule parlementaire à voter contre un projet concernant le Code du travail, —que les autorités considéraient pourtant comme essentiel— car celui-ci ne s’opposait pas suffisamment à la discrimination envers les membres de la communauté LGBT.

Les activistes espèrent retirer de la Constitution la loi selon laquelle le mariage unit un homme et une femme –loi qui empêche les unions entre des personnes du même sexe– et apporter les modifications nécessaires au Code de la famille et au Code pénal pour que des sanctions appropriées soit appliquées aux délits de violence de genre et d’homophobie, entre autres.

Une réforme de la Constitution cubaine a été envisagée à de nombreuses reprises ces dernières années. Lors de son dernier discours en tant que chef du gouvernement, le 19 avril dernier, Raúl Castro a précisé que la prochaine session de l’Assemblée aurait lieu au mois de juillet. Ce dernier, qui a choisi de ne pas se représenter, reste cependant le premier secrétaire du Parti communiste cubain, parti qui, selon la Constitution, gouverne le pays. Malgré les nombreuses spéculations sur le rôle joué par l’ancien président de 86 ans, sa fille a émit une réserve : «Il continue de travailler, le temps libre que tout le monde croyait qu’il allait s’octroyer n’est pas encore d’actualité», a-t-elle ajouté.

Parallèlement, elle explique que le nouveau président, Miguel Díaz-Canel, ingénieur de 57 ans, est sensible aux droits de la communauté LGBT à l’image de son père qui a milité en faveur du respect de la diversité sexuelle. «Ce que [Raúl Castro] a fait en tant que secrétaire du Parti et président du Conseil d’État à ce moment-là, consistait à mettre en place tous ces processus avec précaution dans le but de parvenir à des accords», affirme Mariela Castro.

D’après El Economista,
traduit de l’espagnol par Laura CHANAL

NdT : En 2016, Jon Alpert, journaliste américain passionné de Cuba, a réalisé le documentaire Mariela Castro’s March : Cuba’s LBGT Revolution, qui plonge le spectateur en immersion au cœur de la communauté LGBT cubaine. 

Clarice Lispector, Adolfo Bioy Casares et Copi : trois auteurs latinos réédités

À côté de la découverte de nouveaux écrivains, il est essentiel de ne pas oublier les plus anciens qui ont marqué leur temps et qui restent actuels. Après Les persécutés, suivi de Histoire d’un amour trouble d’Horacio Quiroga (éd. Quidam), ce printemps voit la nouvelle sortie de quatre livres qui méritent un coup de rétroviseur et qui promettent beaucoup de plaisir au nouveau lecteur comme au re-lecteur.

Photo : éditeurs de sauteurs présentés

Clarice Lispector

Les éditions des femmes – Antoinette Fouque ont sorti en novembre une édition complète de l’ensemble des nouvelles écrites par Clarice Lispector. Elles accompagnent ce monument de la réédition de son premier roman, Près du cœur sauvage. Elle n’a que 24 ans quand il est publié au Brésil et on y trouve déjà ce qui sera la force de ses œuvres suivantes, nouvelles ou romans : les idées, on pourrait presque dire les obsessions de la jeune femme, si le mot n’était pas aussi péjoratif, sa façon très personnelle de partager ses émotions, et surtout ce style qui n’appartient qu’à elle. Personne ne peut mêler avec autant de force remplie de grâce le matériel et l’abstrait. Un exemple, l’homme (père ou mari) et son emprise sur sa femme ou sa fille : «comment empêcher qu’il développe sur son corps et son âme ses quatre murs ?»

Les réflexions, toujours dites avec des mots courants mais souvent décalés, sont surprenantes de la part d’une si jeune femme, comme la maturité des idées, très en harmonie avec la pensée des premiers habitants d’Amérique («l’entrelacement de la mer, du chat, du bœuf avec elle-même»). Vraiment, Clarice Lispector est à part. Il y a beaucoup de réalisme, malgré les apparences dans ce qu’elle écrit, beaucoup de poésie aussi, et une grande dose irracontable, que les surréalistes auraient beaucoup aimé.

Adolfo Bioy Casares

Journal de la guerre au cochon est un des chefs d’œuvre d’Adolfo Bioy Casares, un des acteurs principaux de la vie culturelle argentine vers le milieu du XXe siècle, et ami proche de Jorge Luis Borges. Dans une ville qui ressemble beaucoup à Buenos Aires, l’ambiance se tend bizarrement entre les générations. Isidro Vidal, une petite soixantaine, ne cesse de se demander avec ses amis de toujours s’ils sont en train de devenir des vieillards. Il est plutôt ouvert, a des relations correctes avec son fils Isidorito avec lequel il vit, ils se sentent proches et s’aiment dans une certaine indifférence. Mais peu à peu des phénomènes inquiétants se manifestent dans le quartier et tournent à la guerre sans merci que font les jeunes aux plus de 60 ans. Avec son humour de toujours, un humour élégant et détaché, Adolfo Bioy Casares abordait, en 1969, des thèmes qui lui tenaient à cœur et qui sont restés d’une actualité troublante : le populisme et ses dangers, le harcèlement des machos, coutume très répandue dans ces contrées, qui devient pour les hommes mûrs une crainte de passer pour des détraqués, s’ils sourient seulement à une inconnue, ou les rapports père-fils.

Dans ce roman, Bioy Casares déployait son immense talent de conteur. Il était un des maîtres du «fantastique argentin», qui se caractérisait par un subtil glissement du réel le plus quotidien vers des situations étonnantes, qui pouvaient appartenir à notre monde ou en être complètement exclues. Et surtout il le faisait avec en permanence un humour amical mais piquant qui accompagne d’un sourire l’évocation de problèmes graves.

Copi

Dessinateur (la caustique «femme assise»), acteur et metteur en scène de théâtre, auteur de nombreuses pièces et de quelques textes en prose, Copi, d’origine argentine, a régné sur la culture marginale française entre les années soixante et 1987, date de sa mort. Ses pièces sont toujours jouées (ceux qui ont vu la reprise l’an dernier de la Journée d’une rêveuse par l’immense Marilu Marini ne sont pas près de l’oublier !) Les éditions Christian Bourgois publient une nouvelle édition de son théâtre et de trois textes en prose. Le volume intitulé Théâtre se compose de huit pièces essentielles de Copi accompagnées (quelle bonne idée) de commentaires très enrichissants de Michel Cournot ou de Jorge Lavelli, entre autres. Disons seulement que, ce qui n’est pas si fréquent en ce qui concerne le théâtre, la lecture de ces textes est presque aussi enthousiasmante que de les voir joués sur scène. La fantaisie débridée, les excès, les provocations permanentes sont aussi forts pour un lecteur que pour un spectateur.

Quant aux «Romans», en fait un roman et des nouvelles, ce sont deux-cents pages qui permettent de connaître l’écrivain dans toute l’étendue de sa particularité. L’Uruguayen, ce sont trente pages de délire absurde voisin du surréalisme où l’on croise des poules qui aussitôt sorties de l’œuf deviennent des poulets rôtis, une veuve ressuscitée, un chien borgne, dans lequel pourtant l’Argentin s’amuse très sérieusement à comparer Uruguay et Argentine et surtout leurs habitants. Le bal des folles, dont le titre, s’il dit clairement le décor et l’ambiance, ne révèle pas la douleur qui le parcourt, la fin tragique d’un amour homosexuel bien plus marquant pour l’auteur que ce qu’il veut bien avouer. Les boîtes de travestis parisiennes des années soixante semblent être des lieux où explosent dérision et joie colorée et artificielle, mais qui ne cachent pas toujours très bien des solitudes et des malaises. La crudité de certaines scènes s’achève dans un désespoir qu’on ne veut surtout pas extérioriser. Une langouste pour deux est une suite de courts récits volontairement choquants, publiés initialement dans Hara Kiri. 

                                                                                   Christian ROINAT

Près du cœur sauvage de Clarice Lispector, traduit du portugais (Brésil) par Regina Helena de Oliveira Machado, éd. des femmes– Antoinette Fouque, 256 p., 16,50 €. Journal de la guerre au cochon d’Adolfo Bioy Casares, traduit de l’espagnol (Argentine) par Françoise Rosset, éd. Robert Laffont, coll. Pavillons poche, 286 p., 9 €. Théâtre de Copi, éd. Christian Bourgois, 496 p., 20 €. Romans de Copi, éd. Christian Bourgois, 205 p., 15 €.

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