Archives mensuelles :

mars 2018

Semaine 14 : Problématiques d’Amérique latine au festival Pico y Pala, à Montreuil et Aubervilliers

Chaque semaine, nous réservons un espace dédié aux événements et invitations. Il suffit de nous envoyer un courrier électronique avec des informations susceptibles d’intéresser nos internautes en indiquant simplement le titre de votre manifestation, le lieu, la date et l’heure, un visuel et un contact. Voici la sélection de la semaine du lundi 2 au dimanche 8 avril.

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JEUDI 5 AVRIL – 20 h 30 – LYON

À Lyon, Céline Blasco en concert : du « Canto popular » latino-américain aux compositions métisses

Chanteuse et guitariste d’origine espagnole, Céline Blasco a d’abord puisé son inspiration dans le canto popular latino-américain. Le répertoire de Mercedes Sosa, les thèmes de Violeta Parra, Víctor Jara ou encore Atahualpa Yupanqui sont vécus comme un choc autant poétique que musical. Cette musique, vibrante, passionnée, conduit progressivement Céline Blasco vers sa propre poésie et l’écriture de compositions personnelles. Pour exprimer son blues latin, elle fait appel à la complicité de Patrick Maradan et Stephan Maurel qui l’accompagnent respectivement à la contrebasse et à la batterie. Plus d’infos

VENDREDI 6 AVRIL – 20 h – AVEIZE (69)

Aux Monts du Lyonnais : une lecture du carnet de voyage de Danielle Almendros

En 2016, Danielle Almendros entreprend un voyage en bus et en solo, un voyage de six semaines entre le Chili, la Bolivie et le Brésil. L’écriture lui tenant compagnie, elle décide d’écrire et de tenir un carnet de voyage qui deviendra un blog. Elle écrit des chroniques qu’elle envoie régulièrement au journal Le Progrès, dont elle est occasionnellement correspondante de presse. Tous ses textes sont comme des fragments de voyage, des bribes de ressenti. Elle décide aujourd’hui de partager son expérience de vive voix et vous invite à découvrir son périple ! Plus d’infos

VENDREDI 6 AVRIL – 21 h – PARIS

Musique traditionnelle du Nord-Ouest argentin : «Escamas de plata y oro», une sonorité authentique

Suite à un voyage initiatique à Santiago del Estero, terre mère de la chacarera, Carmela DelgadoAurélie Gallois et Juan Cruz Suárez, associés à Ignacio María López, créent le projet «Escamas de Plata y Oro» («Écailles d’argent et d’or») inspiré de la musique traditionnelle du Nord-Ouest argentin. À la croisée de leurs différents parcours musicaux, Carmela, Aurélie et Juan Cruz, arrangent ensemble, zambas chacareras, gatos y escondidos… musiques et danses traditionnelles argentines qui donnent à ce groupe une sonorité authentique, imprégnée de l’esprit profond de ces terres originelles. Plus d’infos

SAMEDI 7 AVRIL – 15 h – MONTREUIL

Droits des peuples autochtones au Guatemala : projection de «Territorio Q’anjob’al, vientre acosado» 

Dans le cadre du festival Pico y Pala (Pelle et pioche), le témoignage de prisonniers politiques et de leurs proches, tou.te.s défenseur.e.s des droits des peuples autochtones au Guatemala, le documentaire montre l’instrumentalisation du système judiciaire par le gouvernement et les grandes entreprises voulant exploiter les ressources naturelles. Débat avec Pau Dachs, le réalisateur, le Collectif Guatemala, Hélène Roux, journaliste indépendante et Ana Guevara, anthropologue argentine-chilienne spécialiste des Mapuches. Pico y Pala, un festival à ne pas manquer ! Plus d’infos

SAMEDI 7 AVRIL – 17 h – LYON

«Si je suis de ce monde» : performance poétique bilingue français et langue des signes au NTH8 de Lyon

Un projet d’Anne de Boissy, fondé sur un texte d’Albane Gellé. Avec Géraldine Berger, Isabelle Voizeux et Anne de Boissy, traduction et adaptation LSF de Christophe Daloz. Dans le cadre du Festival Regards d’Avril, «Si je suis de ce monde» présente les 49 poèmes d’Albane Gellé, poétesse malentendante, traduits par Christophe Daloz pour les donner à voir et à entendre, d’une langue à une autre, d’une culture à une autre, d’une grammaire à une autre en déplaçant nos habitudes de spectateurs/auditeurs. Plus d’infos

EN KIOSQUE CETTE SEMAINE

Dans la revue Télérama de cette semaine : un dossier sur «L’été indien de la Bolivie ?»

Cette semaine, la revue Télérama propose un dossier sur la Bolivie. En prônant un idéal inspiré des Incas, en instaurant une politique en faveur des exclus, le président Evo Morales a redonné leur dignité aux population indiennes. Mais des voix lui reprochent de s’être accaparé le pouvoir. Voyage dans un pays divisé. L’article de quatre pages est suivi de cinq témoignages complémentaires sur la Bolivie, sur le site de Télérama. Plus d’infos

EN KIOSQUE CETTE SEMAINE

Dans l’hebdo L’Obs, un grand reportage sur le Mexique : l’État de Guerrero est devenu un champ de bataille

L’envoyé spécial de L’Obs, Pierre Sautreuil, propose dans l’édition de cette semaine, un grand format sous le titre «Mexique, sous les balles des narcos». L’État de Guerrero est devenu le champ de bataille de dizaines de groupes criminels, nés de l’éclatement des grands cartels. des villages entiers se vident de leurs habitants, victimes d’exactions. La une de cette édition est consacré au gendarme Arnaud Beltrame, tué après s’être substitué à une otage retenue par le djihadiste à Trèbes. Plus d’infos

À VOIR / À LIRE

Les numéros de «Salsa Picante» à lire sur le site des Reflets du Cinéma Ibérique et Latino-américain

La 34e édition du festival des Reflets du cinéma ibérique et latino-américain s’est achevée ce mercredi 28 mars. En revanche, il est toujours possible de lire les numéros de Salsa Picante, le journal des Reflets, dirigé par Pascale Amey, présidente du festival. Ces revues proposent aux public des critiques des films présentés lors du festival et des présentations de leurs réalisateurs. Salsa picante revient aussi sur des sujets d’actualité et nous propose une série d’évènements culturels liés à l’Amérique latine. À ne pas manquer ! Plus d’infos

 

L’Équateur bousculé par les paradoxes de la «paix» en Colombie

Rien ne va plus à la frontière de l’Équateur et de la Colombie. Côté équatorien, bombes, mines, voitures piégées ont détruit des bâtiments, fait de nombreuses victimes et provoqué un déplacement de populations.

Photo : Teletica

Le 27 janvier 2018, une voiture-bombe a explosé devant un commissariat de police de la localité frontière de San Lorenzo. Une centaine de logements ont souffert de l’attentat. 14 policiers ont été hospitalisés. Les 17 et 19 février, deux soldats ont été blessés au cours d’affrontements sur la frontière. Des bombes ont fait des dégâts matériels les 16 et 18 mars dans deux villages de la province équatorienne d’Esmeraldas. Le 20 mars 2018, trois militaires ont été tués et sept blessés sur une route reliant San Lorenzo à Mataje, toujours en Équateur à quelques kilomètres de la Colombie.

Pourquoi donc ces violences en territoire équatorien ? Pourquoi ces agressions à l’égard des forces de l’ordre ? Pourquoi ces populations déplacées ? Comment comprendre cela alors que la paix en Colombie aurait dû apporter des dividendes profitables aux deux pays et à leurs régions frontalières victimes de mal développement ?

En effet, la paix colombienne a apporté des dividendes effectifs et mesurables. Il y a dix-neuf ans, le 12 avril 1999, les États-Unis obtenaient un droit d’atterrissage pour leurs avions et de stationnement pour diverses unités militaires au nord de l’Équateur, dans la ville-port de Manta. Officiellement pour apporter un support matériel aux opérations antidrogue du Plan Colombie. L’Équateur, malgré lui, participait ainsi à la guerre interne colombienne.

Il y a 18 ans le HCR, Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, ouvrait un bureau en Équateur. Les combats entre FARC, forces armées et paramilitaires, avaient provoqué l’exode de milliers de Colombiens en Équateur. Ils seraient plus de 200 000, dont 60 000 bénéficient du statut officiel de réfugié.

Il y a dix ans, le 1er mars 2008, l’armée colombienne bombardait un campement des FARC, situé à Santa Rosa de Sucumbios, province d’Esmeraldas, en territoire équatorien. Vingt-deux personnes sont mortes. Dont Raúl Reyes, l’un des commandants de la guérilla. L’Équateur avait rompu ses relations diplomatiques avec la Colombie le 3 mars 2008.

La base de Manta a fermé en 2009. Le président Rafael Correa n’a pas renouvelé le bail signé par Jamil Mahuad avec l’administration de Bill Clinton. Peu de temps après, le président colombien Santos ne donnait pas suite à l’accord signé en 2009 par son prédécesseur, Álvaro Uribe, donnant un droit d’entrée à l’armée des États-Unis dans une douzaine de ports et aéroports militaires colombiens.

Le 26 novembre 2010, Juan Manuel Santos et Rafael Correa rétablissaient une normalité bilatérale. Et à partir de 2012, ils ont institutionnalisé des sommets gouvernementaux bilatéraux. Le dernier s’est tenu le 14 février 2018 entre Juan Manuel Santos et Lenín Moreno.

Les négociations de paix engagées officiellement en 2012 entre les autorités colombiennes et la guérilla des FARC ont été heureusement conclues en 2016. Parallèlement, l’Équateur a proposé ses bons offices pour faciliter un dialogue entre la Colombie et l’autre guérilla colombienne encore active, l’ELN. Elles se sont engagées à Quito le 8 février 2017.

Dans un tel contexte, la cascade d’évènements dramatiques de ces dernières semaines interpelle. Elle interpelle d’autant plus que la région frontière, plus ou moins centrée autour de la ville moyenne d’Esmeraldas, est fragile. C’est une terre de pauvreté et de marginalité, peuplée de populations d’origine africaine, descendants d’esclaves déportés pendant la période coloniale. C’est aussi une terre malmenée par la nature. Tremblements de terre, le dernier le 16 avril 2016, tourmentes tropicales liées au phénomène du Nino, ont cassé bien des maisons, des ouvrages publics et fauché des centaines de vies.

Seul point positif aux violences de ces derniers temps, l’existence d’institutions communes a permis une concertation en temps réel. Le 21 mars, les deux chefs d’État, Santos et Moreno, ont fait une déclaration conjointe. Elle condamne les attentats. Elle annonce une coopération militaire renforcée pour rétablir la paix dans « la zone d’intégration frontalière ». Des troupes ont été envoyées des deux côtés du fleuve Mataje L’ouverture prochaine à Ipiales (Colombie) d’un Centre commun de données a été annoncée.

Mais qui est le fauteur de troubles à l’origine de ces mobilisations ? Le nom le plus souvent cité est celui d’un certain Walter Arisala Vernaza, ou Walter Patricio Arizala, voire William Quinones, surnommé « El Guacho », ressortissant équatorien. Et celui de son organisation, « Frente Oliver Sinisterra » (FOS). Ce front serait issu des « Guerrillas Unidas del Pacifico », Front 29, Brigade Daniel Aldana des FARC. Ce front était actif des deux côtés de la frontière de Tumaco (Colombie) aux cantons équatoriens de Limones, Mataje, San Lorenzo. Le FOS qui a pris sa suite n’a plus d’identité politique. C’est, selon la terminologie colombienne, un Bacrim (bande criminelle) ou en Équateur un GAOR (Groupe armé organisé résiduel). Ce groupe, selon les autorités officielles des deux pays, mais aussi Pablo Beltrán, l’un des responsables de l’ELN, serait « en affaires » avec des cartels mexicains de la cocaïne.

Cette dérive, conséquence perverse de l’accord de paix signé par le président Santos avec les FARC, a pris une dimension particulière en raison de ses incidences internationales. Il en est d’autres, dont on parle moins, mais aux effets dévastateurs plus au nord, dans la région colombienne de Buenaventura et dans le Choco. 20 % environ des guérilleros auraient refusé la paix négociée par la direction des FARC, pour basculer dans la criminalité, selon les autorités. D’autre part, les territoires abandonnés par la guérilla auraient été en bien des endroits occupés par des « bacrims ». Au prix de rivalités sanglantes entre anciens et nouveaux groupes délinquants, sur un mode mexicain. Les côtes Pacifique de la Colombie et de l’Équateur sont aujourd’hui les territoires les plus affectés, victimes paradoxales d’un processus de paix réussi. Ce qui rappelle la dynamique perverse ayant fait perdre les avantages de la paix à l’Amérique centrale, il y a quelques années.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Énième assassinat d’un journaliste et impunité pour les coupables : où est la liberté de la presse au Mexique ?

Leobardo Vázquez Atzin est le troisième journaliste assassiné au Mexique depuis le début de l’année, ils étaient douze l’an dernier. L’État de Veracruz, où vivait et travaillait Leobardo, est réputé comme étant le plus dangereux pour les journalistes au Mexique. Selon Reporters Sans Frontières (RSF), le niveau de violence envers les journalistes au Mexique est comparable à celui des pays en guerre civile, comme l’Afghanistan ou la Syrie. 

Photo : Sin Filtro Noticias

Leobardo Vázquez Atzin, journaliste mexicain, a perdu la vie la semaine dernière dans l’État de Veracruz. Il a été attaqué par un groupe d’individus armés alors qu’il s’occupait de l’un de ses restaurants, puis assassiné à son domicile dans la nuit du 21 mars. Leobardo travaillait pour les médias locaux et gérait un site d’informations sur Facebook. Visiblement, c’est l’une des informations publiées sur ce site, concernant Juan Ángel Espejo, maire du village de Tecolutla, qui serait la cause de sa mort. 

Leobardo utilisait sa page Facebook pour publier des informations concernant la délinquance régionale, la corruption et autres informations à caractère plus général. Selon le CPJ (Comité pour la protection des journalistes), ses publications étaient extrêmement critiques envers Juan Ángel Espejo, raison pour laquelle il avait reçu des menaces et pots-de-vin pour y mettre fin. L’origine de ces menaces n’est pas confirmée, mais apparemment un élu les auraient envoyées. Ses collègues ont déclaré que Leobardo avait l’intention de demander de l’aide et une protection, mais qu’il ne l’avait jamais fait officiellement.

Il est fort probable que ce crime contre la liberté d’expression reste impuni, comme c’est le cas pour 99,6 % des assassinats de journalistes au Mexique. Naviguant au milieu d’une guerre entre gouvernement et cartels, les journalistes s’exposent et deviennent des cibles faciles dès qu’ils évoquent de tels sujets (crime organisé, trafic de drogue, corruption). Menaces, agressions et risques d’exécution sont alors le quotidien des défenseurs de la presse.

La liberté d’expression au Mexique s’apparente plus à une utopie ; et triste est de constater qu’une information objective sur le côté obscur et violent de la Nation n’est pas prête de voir le jour. La corruption reste un acte quotidien et partagé, et la loi de l’omerta se veut maîtresse. La situation est très alarmante, surtout que, selon les statistiques, 48 % des agressions sont perpétrées par des fonctionnaires et des élus corrompus, projetant le gouvernement sur le devant de la scène de ces assassinats à la chaîne.

Depuis 2010, 73 assassinats ont été commis contre les journalistes et l’année 2017 totalise le plus haut taux d’homicides. Durant le premier semestre, un journaliste était agressé toutes les 15,7 heures. Situation dramatique s’il en est, RSF fait son possible pour endiguer ce fléau, exhortant les autorités à identifier les responsables.

Karla RODRIGUEZ

Décès de José Antonio Abreu, figure de l’éducation musicale populaire au Venezuela

José Antonio Abreu, fondateur d’un programme vénézuélien d’éducation musicale des jeunes, «El Sistema», repris dans plus de cinquante pays, est mort samedi à Caracas à l’âge de 78 ans. Un deuil national de trois jours a été décrété dans le pays.

Photo : TeleSUR

José Antonio Abreu, fondateur d’El Sistema, un programme vénézuélien d’éducation musicale des jeunes à la renommée mondiale, est mort samedi 25 mars à Caracas à l’âge de 78 ans. «Un grand Vénézuélien nous a quittés. Merci, Maestro José Antonio Abreu, pour votre bel héritage pour les enfants et les jeunes du Venezuela», a déclaré le ministre vénézuélien de l’Éducation, Elias Jaua.

Créateur d’El Sistema

La figure la plus connue internationalement d’El Sistema est le chef d’orchestre vénézuélien Gustavo Dudamel, formé au sein de ce programme avant d’entreprendre une grande carrière à l’étranger, et qui est actuellement à la tête de l’Orchestre philharmonique de Los Angeles. «Avec tout mon amour et ma gratitude éternelle à notre père et créateur d’El Sistema», a déclaré Gustavo Dudamel sur les réseaux sociaux, mettant en partage une photo en noir et blanc de lui avec Abreu.

Né le 7 mai 1939 à Valera, une ville de l’État de Trujillo, dans l’ouest du Venezuela, Abreu a fondé en 1975 el Sistema de Orquestas Infantiles y Juveniles (Système d’orchestres pour les enfants et les jeunes), connu sous le nom d’El Sistema. Il s’agissait d’un projet gouvernemental pour diffuser la musique parmi les enfants des quartiers populaires et en faire un vecteur d’éducation générale et de développement.

Ce modèle, qui a été répliqué dans plus de 50 pays, a valu à Abreu une reconnaissance internationale. Il a reçu de nombreuses distinctions dont le Prix international de la musique de l’Unesco en 1993 et la Légion d’honneur, plus haute récompense française en 2009. Le chef d’orchestre britannique Sir Simon Rattle a même déclaré en octobre 2010 que José Antonio Abreu méritait le prix Nobel de la Paix. Son nom a effectivement été proposé au Nobel deux ans plus tard.

Deuil national de trois jours au Venezuela

Le président vénézuélien Nicolás Maduro a rendu hommage au disparu et a décrété un deuil national de trois jours. «Il a laissé un grand héritage moral, éthique, culturel», a-t-il dit au cours d’une conférence de presse au palais présidentiel à Caracas. «Son œuvre se trouve dans les quartiers du Venezuela», a déclaré Nicolás Maduro.

Le programme fondé par Abreu concerne actuellement quelque 900 000 enfants et adolescents, qui sont formés par 10 000 enseignants, dans plus de 1 500 orchestres et chœurs répartis dans tout le Venezuela. Selon l’institution, 75 % de ces élèves sont pauvres et beaucoup d’entre eux vivent dans des zones rurales isolées.

Abreu a lancé son projet en 1975 et a commencé, avec l’aide de l’État, à fournir des instruments et un enseignement aux enfants des quartiers les plus défavorisés, d’abord à Caracas puis dans le reste du pays, créant de petits orchestres locaux. Après l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez, président de 1999 à son décès en 2013, El Sistema a connu un développement accéléré. En raison de leur proximité avec Chávez, puis avec son successeur Maduro et avec d’autres hauts fonctionnaires, Abreu et son élève préféré Dudamel ont subi de fortes critiques de l’opposition vénézuélienne.

D’après France 24

Martín Vizcarra nommé président du Pérou à la suite de la démission de Pedro Pablo Kuczynski

On note deux évènements majeurs cette semaine au Pérou : d’une part, la démission de Pedro Pablo Kuczynski, et d’autre part, l’arrivée d’un nouveau président, Martín Vizcarra. L’ancien président Kuczynski était censé se soumettre à un vote du parlement avant sa destitution, le 21 mars. Pourtant, il a présenté sa démission dans un message télévisé sans même attendre les résultats du vote. Et de quoi était-il accusé ?

Photo : Todo Noticias

Pedro Pablo Kuczynski devait s’expliquer sur différents points, notamment sur ses liens avec l’entreprise brésilienne Odebrecht. Selon Clarín, journal argentin, alors qu’il était ministre de l’Économie, celui-ci aurait obtenu un prêt pour la « Corporación Andina de Fomento » de 77 millions de dollars en 2005 pour financer un projet commandé à Odebrecht. Le problème se pose puisqu’Odebrecht était alors client de la société Westfield Capital, dont Kuczynski était le patron. Aussi, alors qu’il était ministre de l’Économie, Pedro Pablo Kuczynski a signé un contrat avec un groupe de sociétés, dont Odebecht était à la tête, pour la construction de deux tronçons de l’autoroute transocéanique. Marcelo Odebrecht, ex-PDG de l’entreprise de construction Odebrecht, a confirmé aux impôts le paiement à Kuczynsky pour des travaux dans son entreprise. D’ailleurs, il a admis avoir financé tous les candidats les plus importants des élections présidentielles de 2011, soulignant qu’il pouvait montrer les détails de ces apports.

Ce n’est pas la première fois qu’une session parlementaire est convoquée pour voter sa démission. Trois mois plus tôt, ce vote, pour les mêmes raisons, n’avait pas abouti. Normalement, il n’avait pas suffisamment de soutien. Pourtant, Kuczynski a réussi à en réchapper grâce à l’appui des membres du parti FP (Force Populaire). Ces membres auraient obtenu des contreprestations, comme la grâce à Fujimori, et, étant eux-mêmes sous les yeux de la justice, la promesse de faire arrêter ces poursuites pénales. Cette fois-ci, selon le congressiste Héctor Becerril, l’ex-président aurait passé plusieurs jours à tenter d’acheter les voix nécessaires afin de gagner le vote. C’est ce que montrent des vidéos confirmant cette accusation. Kuczynski a donc présenté sa démission, entraînant avec lui les dix-neuf ministres du Conseil. Il perd ainsi son immunité devant la justice. Pour l’instant, il lui est interdit de sortir du pays durant les dix-huit mois à venir. Hamilton Castro, responsable de l’enquête sur l’affaire Odebrecht au Pérou, défend ces dix-huit mois de peine afin de l’empêcher de prendre la fuite (on se souvient de l’ancien président Toledo).

Suite à cette démission, le Pérou est face à un nouveau président. Il s’agit de Martín Vizcarra, l’ancien ambassadeur du Pérou au Canada. Vizcarra faisait partie de l’équipe de Kuczynski dans le parti PPK (Péruviens pour le changement). Il était chargé des politiques sociales en-dehors de la capitale. Martín Vizcarra a aussi occupé le poste de gouverneur dans sa ville d’origine, Moquegua, de 2011 à 2014. Il est parvenu à mettre en place, avec succès, des politiques sur le plan de l’éducation et il a réussi à mener de bonnes négociations avec les compagnies minières. Il aurait investi l’argent obtenu lors de ces négociations dans l’éducation. Vizcarra faisait partie du gouvernement de PPK comme ministre des Transports. Cependant, il s’est vu également contraint de démissionner. Après quoi, il est devenu ambassadeur du Pérou au Canada en 2017.

Martín Vizcarra a prononcé un discours d’investiture afin de présenter les lignes maîtresses de sa politique : lutte contre la corruption, amélioration des politiques d’éducation et de santé, et la promesse de stabilité constitutionnelle, entre autres. Par ailleurs, il a promis d’annoncer sa prochaine équipe, totalement renouvelée, pour gouverner dans dix jours, début avril. Face à cette nomination, les réactions sont nombreuses, comme celle de Juan Sheput (El Universo) : «Je pense que la gestion de Vizcarra va dans le même sens que les politiques menés par Fujimori. Si c’est le cas, je devrai faire de l’opposition.» Lors de sa visite à l’Hospital Del niño, le nouveau président a parlé de politiques de santé. En revanche, il a refusé de se prononcer sur le départ de son prédécesseur.

Le nouveau président ne semble pas concerné par le scandale Odebrecht. Il a pourtant été contraint de démissionner alors qu’il était ministre des Transports, à cause de l’affaire Chinchero (à propos de la construction d’un aéroport international). Les travaux étaient accordés à la société Kunturwasi, société avec laquelle l’ex-ministre a été accusé d’entretenir des rapports. Des photos de l’ex-ministre accompagné des dirigeants de cette société ont été publiées à l’époque. Finalement, l’enquête a été conclue et le nouveau président n’a pas été condamné. Pourtant, face aux pressions, il a renoncé à son poste en devenant ambassadeur au Canada. Aujourd’hui, il s’apprête à faire son entrée sur la scène politique au Pérou. Attendons quelques mois et voyons si le Pérou se trouve de nouveau confronté à des scandales de corruption…

Mario PÉREZ MORALES

Les Palmarès 2018 de Cinélatino à Toulouse et des Reflets de Villeurbanne

Cinélatino fête ses 30 ans d’existence à Toulouse, Les Regards de Villeurbanne en sont à leur 34e édition. Deux festivals qui prônent l’art cinématographique hispanophone. Avec des thèmes très variés, autour de personnages de pays différents, fiers de leurs cultures, des films drôles ou émouvants, toujours sincères. La richesse multiculturelle de l’Amérique latine se traduit aussi dans le septième art… Autant de raisons qui donnent envie d’aller au cinéma !

Photo : extrait de Zama

Les 30 ans du festival CinéLatino de Toulouse

Le festival s’est terminé dimanche dans le froid toulousain, dégradant quelque peu l’ambiance dans la cour de la Cinémathèque. Pour marquer ce 30e anniversaire, deux cents films ont été projetés dans la ville rose et une importante délégation du festival s’est transportée dans 34 villes de la région, du Lot à l’Ariège. Le public était, bien sûr, au rendez-vous.

Dans la section des longs métrages, Zama de Lucrecia Martel (Argentine – Brésil – Espagne – France – Mexique – États-Unis – Pays-Bas – Portugal) a remporté le grand prix coup de cœur. Isolé dans le Gran Chaco, le corrégidor (fonctionnaire royal) don Diego de Zama espère une lettre du vice-roi du Río de la Plata signifiant sa mutation pour Buenos Aires. Souffrant de l’éloignement de sa famille, de l’ennui de son travail de fonctionnaire et du manque de reconnaissance de sa hiérarchie, il perd patience et se lance à la recherche de bandits… Ce film, très beau et très froid, est adapté d’une nouvelle d’Antonio di Benedetto, et sortira début juillet. Une mention spéciale a été attribuée au très beau film porto-ricain El silencio del viento de Álvaro Aponte-Centeno ; film qui aborde la difficile question des migrants dominicains et haïtiens, dans leur tentative d’entrée en territoire américain via Porto Rico. 

Les prix du public sont allés à deux films sur Cuba : Candelaria de Jhonny Hendrix Hinestroza (Colombie – Allemagne – Norvège – Argentine – Cuba), film magnifique sur l’amour au troisième âge durant la période spéciale de Cuba et Sergio & Serguéi du cubain Ernesto Daranas Serrano, également réalisateur du très beau Chala, une enfance cubaine. Dans le contexte difficile de la période spéciale, Sergio, amateur de radio et enseignant de la doctrine marxiste, entre par hasard en communication avec Serguéi, le dernier cosmonaute soviétique, délaissé et livré à lui-même dans l’espace. Sergio, bien que sous surveillance, va essayer d’aider Serguéi à regagner la terre, par le biais de la radio et avec l’aide d’un collègue américain. 

En ce qui concerne les courts métrages, Eduardo Esquivel (Mexique) a reçu un prix pour son film Lo que no se dice bajo el sol, qui parle dune quadragénaire en pleine séparation. Pour les documentaires, A morir a los desiertos de Marta Ferrer Carné (Mexique) et Robar a Rodin de Cristóbal Valenzuela Berríos (Chili-France) ont été remarqués. Le premier propose un voyage sonore d’une exceptionnelle qualité à travers la magie des chants cardenche (musique traditionnelle du nord du Mexique). Le second raconte l’histoire du vol d’une œuvre de Rodin, Le Torse d’Adèle, sculpture voluptueuse qui sera rapidement rapportée par l’auteur du méfait, donnant lieu à une série d’interrogatoires sur les motifs et la légitimité de l’acte. Le prix du public pour les documentaires a récompensé Cocaïne Prison de Violet Ayala (Bolivie-France), filmé en partie par les prisonniers eux-mêmes, et qui nous montre l’hypocrisie à l’œuvre dans la guerre contre la drogue en Bolivie.

Mais le festival Cinélatino, c’est aussi une plateforme professionnelle qui aide à la production et au lancement de films. Grâce au dispositif Cinéma en construction 33, nous pourrons bientôt voir Los silencios de la brésilienne Beatriz Seigner, une coproduction entre le Brésil, la Colombie et la France, et qui raconte la fuite de Nuria et Fabio face aux conflits armés en Colombie et leur tentative d’émigration au Brésil. Fêtant les 30 ans du festival, 30 films spéciaux ont été choisis par les spectateurs et les invités : on a ainsi pu revoir le film cubain Fraise et chocolat ou le film péruvien La ville et les chiens, entre autres. Et un numéro spécial de la revue annuelle de Cinélatino y est consacré. 

L’année 2017 aura été une année fructueuse pour le cinéma chilien, qui a produit une quarantaine de films (fictions et documentaires) ; et les femmes auront été à l’honneur, avec la production de 10 films de cinéastes femmes, alors qu’elles sont seulement 7 % au niveau mondial. D’où l’idée de ce focus consacré aux «Chilenas», en présence de l’actrice Paulina García, invitée d’honneur du festival. «Être femme et faire du cinéma au Chili» était le thème d’une belle table ronde dont le compte rendu se trouve sur le site de RFI : qu’elles soient monteuses, réalisatrices ou actrices, leur talent est remarqué et récompensé par des prix.

Extrait de Carpinteros

Les 34e Reflets de Villeurbanne

La soirée de clôture de cette 34e édition du festival ibérique et latino-américain de Villeurbanne s’est organisée autour de la projection de Átame de Pedro Alomodóvar, du partage d’une paella préparée par l’association Murcia, et s’est terminée par un grand bal, ambiance à l’espagnole. Le festival présentait 42 films et 14 documentaires, projetés dans quatre lieux, dont le cinéma Le Zola, et accompagnés de trois expositions.

Outre neuf avant-premières, dont Abracadabra, film espagnol de Pablo Berger, et Zama (Argentine) de Lucrecia Martel, le festival proposait également 22 films inédits et 10 films en compétition n’ayant pas encore de distributeur français : La soledad, film vénézuélien de Jorge Thielen Armand sur un monde en disparition, Saison de chasse de Natalia Garogliola (Argentine), Arábia d’Affonso Uchôa et João Dumans (Brésil), Princesita de Marialy Rivas (Chili), Oscuro animal de Felipe Guerrero (Colombie), Últimos días en la Habana de Fernando Pérez (Cuba), La mano invisble de David Macián (Espagne), Colo de Teresa Villaverde (Portugal), Carpinteros de José María Cabral (République Dominicaine) et El silencio del viento d’Álvaro Aponte Centeno (Porto Rico).

Carpinteros, remarqué au festival de Sundance, a obtenu le prix du public CIC Iberbanco, une histoire étonnante d’amour en milieu carcéral, tourné dans les trois prisons de Saint-Domingue avec les détenus comme principaux figurants et trois acteurs professionnels. Les répétitions dans les prisons ont enrichi le propos du film. José María Cabral explique : «J’ai passé neuf mois dans les prisons, à rendre visite presque tous les jours aux détenus pour travailler, créant avec eux un climat de confiance. Ils me disaient les choses et je les aidais à le faire dans un style cinématographique, mais on le faisait toujours ensemble. Je leur disais : « Regarde, j’ai besoin du personnage pour faire ça, que ferais-tu dans ce cas ? Comment enverrais-tu ce message ou comment draguerais-tu cette femme ? », et ils me disaient telle ou telle chose. C’est comme ça que j’ai écrit le film.»

Il me reste à signaler que, tout comme à Toulouse, la présence féminine était très importante puisque dix-sept films représentés ont été réalisés par des femmes et dix des longs métrages proposaient des portraits de femmes, ordinaires ou célèbres. Les Reflets fêteront l’année prochaine leurs 35 ans.

Alors longue vie au Cinélatino de Toulouse et aux Reflets de Villeurbanne !

Alain LIATARD

À la frontière du Chili et de la Bolivie : des blessures mal cicatrisées depuis plus d’un siècle

Quand on évoque la violence qui fait rage et la situation économique dramatique dans laquelle se trouvent de nombreux pays d’Amérique latine, il est un événement qui retient rarement l’attention : le litige frontalier entre le Chili et la Bolivie. Aujourd’hui, ce litige qui est jugé cette semaine à la Cour de justice de La Haye montre à quel point une chaîne de montagnes, aussi imposante soit-elle, ne constitue pas une frontière en elle-même, et qu’il n’existe pas de frontière naturelle sans accord politique préalable. Le cas de la Bolivie en est un exemple frappant.

Photo : Cooperativa

Certaines régions du monde expriment par excellence l’idée, très répandue dans l’Antiquité, selon laquelle les dieux ont toujours habité les endroits privilégiés, d’où sont sortis les plus grands royaumes, les plus grandes concentrations de population. C’est le cas, par exemple, de Rome, d’Istanbul, de Londres, de New York, de Buenos Aires, de Rio de Janeiro, de Shanghai… Ces immenses métropoles doivent leur destinée à un emplacement stratégique : l’accès à la mer, assurant ainsi tous les avantages du commerce maritime. Le droit de la mer, c’est ce que réclame aujourd’hui la Bolivie.

En effet, enclavé dans la cordillère des Andes, le peuple bolivien a le privilège d’évoluer tout près du ciel mais loin, très loin du continent liquide dont les réserves – animales ou minérales – s’avèrent de plus en plus nécessaires à la nourriture et à la survie de l’humanité. C’est là un élément clé de l’affrontement diplomatique entre les deux pays voisins. Car pour la Bolivie l’enjeu territorial est surtout économique, si l’on tient compte du fait que ce pays, qui fit partie du berceau de l’Empire inca, est aujourd’hui le plus pauvre de l’Amérique latine.

Pour mieux comprendre ce que les avocats et d’autres représentants du Chili et de la Bolivie tentent de démêler à présent devant la Cour internationale de Justice de la Haye, un bref rappel sur la dimension historique du litige s’impose. Tout a commencé avec la conquête espagnole, au XVIe siècle, et l’effondrement de l’empire inca, et avec la lente émergence d’États-nations au XIXe siècle. C’est à ce moment-là que la cordillère des Andes est devenue une véritable chaîne, une chaîne qui est apparue dans toute son ampleur pour la Bolivie au moment du tracé des frontières avec le Chili.

Initialement, c’est-à-dire depuis la conquête espagnole, la Bolivie, qui dépendait alors de la vice-royauté du Pérou, bénéficiait d’un accès à la mer (une fraction importante du Chili septentrional actuel était bolivienne). Mais la découverte de gisements de nitrates dans la région d’Atacama, aujourd’hui désert du nord du Chili, bouleversa le fragile équilibre des frontières. Les gisements ayant été concédés à une compagnie britannique qui employait une main-d’œuvre chilienne, le Chili, peu à peu, s’arrogeait un droit d’exploitation que lui contestait la Bolivie.

Dans un premier temps, un accord, réalisé en 1866, laissa indivisée la région comprise entre le 23e et le 25e parallèle, jusqu’à ce qu’éclate en 1879 la guerre dite du Pacifique, opposant le Chili à la Bolivie et au Pérou. Le Chili vainqueur, les Boliviens perdirent leur accès à la mer (1883), et les Péruviens la province sud de Tarapacá (1853) qui fait partie désormais du Nord chilien. Devenue un État enclavé à l’intérieur des terres, la Bolivie a réclamé sans cesse le rétablissement de son accès à l’océan Pacifique perdu face au Chili. «La cause de la Bolivie est une cause juste», a déclaré le président Evo Morales qui, depuis avril 2013, demande à la CIJ la renégociation des frontières.

Rappelons qu’à l’issue de la guerre contre le Chili, il y a plus de 130 ans, le pays andin avait perdu 120 000 km2 de son territoire et surtout 400 km de littoral le long du désert d’Atacama. «La Bolivie est née avec la mer et les deux sont inséparables : depuis son enclavement forcé, notre pays ne peut profiter des richesses et des opportunités offertes par les océans», a dit M. Morales il y a quelques semaines lors d’une conférence de presse. Et l’ancien président bolivien Eduardo Rodríguez Veltzé, membre de la délégation présente à La Haye, a ajouté que «la croissance annuelle du PIB de la Bolivie serait supérieure d’au moins 20 % si elle n’avait pas été privée d’un accès à la mer». Mais il ne s’agit pas seulement de la mer : une vingtaine de militants boliviens étaient présents le 20 mars à La Haye devant la Cour internationale de Justice, affirmant que la perte de la mine de Chuquicamata, la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde, qui se trouve dans la zone disputée, avait de graves conséquences économiques pour les peuples indigènes du pays. Aussi, au cœur du débat se trouve la ville d’Antofagasta, capitale minière du Chili.

De son côté, le Chili réclame le respect des frontières telles qu’elles ont été ratifiées lors de l’accord de paix de 1904. En ce sens, le président chilien Sebastián Piñera a estimé que son pays n’avait «aucune obligation de négocier» un accord que la Bolivie avait signé. Toutefois, M. Piñera s’est montré conciliateur, en ajoutant que son pays était «disposé à écouter et à dialoguer avec la Bolivie, étant entendu que c’est la meilleure façon de gérer les relations entre les deux pays voisins».

Les plaidoiries ont commencé le lundi 19 mars et se sont poursuivies jusqu’au 28 mars. C’est la dernière étape du procès que le gouvernement bolivien avait initié en 2013 à La Haye. La décision de la Cour n’est pas attendue avant plusieurs mois.

Eduardo UGOLINI

Jangada, 20e édition du Festival du cinéma brésilien à Paris du 3 au 10 avril 2018

Du 3 au 10 avril se tiendra à Paris la 20e édition du Jangada, festival de cinéma brésilien ; au programme, un retour sur les surprises de ces vingt dernières années et de belles découvertes diffusées en France pour le première fois.

Photo : extrait de Le Film de ma vie

Jangada est une association créée par des français et des brésiliens désireux de conserver une identité culturelle — dans un contexte où la tendance est à la mondialisation —, et de promouvoir la culture brésilienne en France et dans le monde. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’organisation du Festival de cinéma brésilien de Paris, le plus grand événement célébrant la créativité cinématographique du Brésil à l’étranger. Le festival a présenté plus de 300 films, la plupart en avant-première, et vendu plus de 20 titres aux salles et stations de télévisions européennes depuis sa création en 1998.

Le 3 avril prochain, le Cinéma l’Arlequin ouvrira ses portes à la 20e édition du Festival du cinéma brésilien de Paris. Pour cette cérémonie d’ouverture, c’est Le Film de ma vie, dernier film du réalisateur et comédien Selton Mello qui sera proposé aux spectateurs avec la présence (surprise !)… de Vincent Cassel.

Lors de cette 20e édition, 13 fictions, 6 documentaires, 4 films pour enfants, ainsi que 7 films revenant sur les 20 ans de succès de Jaganda seront présentés. La projection de ces films sera accompagnée de nombreux débats, concerts, et de nombreux invités qui viendront défendre les films sélectionnés. Enfin, Jangada a innové cette année en préparant une version du festival en ligne : une sélection de 10 films sera disponible sur le site Festivalscope dans toute la France.

Léa JAILLARD
D’après Jangada festival

Passion dévastatrice dans «Ni de jour ni de nuit» de la romancière mexicaine Orfa Alarcón

Monterrey, au nord du Mexique, compte aujourd’hui plus d’un million d’habitants ; il y a quelques dizaines d’années à peine, c’était une ville provinciale, tranquille, presque endormie. Mais tout a changé : des cartels de la drogue s’y sont installés, ainsi que dans la région, et la violence a fait son apparition. Règlements de comptes entre bandes rivales, enlèvements contre rançon… sont devenus des phénomènes courants. C’est dans cette ville et dans cette atmosphère que nous entraîne Orfa Alarcón dont Ni de jour ni de nuit est le premier roman.

Photo : Informador/E. Barrera – éd. Asphalte

Fernanda est une jeune femme objet, elle l’assume, le revendique. Comment a-t-elle connu son Julio, elle ne le sait plus trop, ou ne veut pas le raconter, peu importe, elle est à lui et elle aime ça ! Quand ils sortent dans une boîte chic et branchée, elle doit d’abord passer par le salon de beauté, et c’est lui qui choisit sa courte jupe moulante, mais à peine arrivés, il l’oublie dans un coin pour passer des heures avec un groupe de machos, probablement pour parler « affaires ». Lui, il a peut-être un léger défaut : rien ne semble compter à part lui-même, et il n’est pas question de poser la moindre question ou de dire le moindre mot sur ses activités. Son attitude à elle peut se résumer en une simple phrase d’elle : « Depuis le début j’avais offert mon cou à ses dents. » Ah, l’amour !

Mais en amour, il faut être deux, et si Fernanda est une gentille paumée qui n’a qu’une envie, profiter de la vie bling-bling qui lui est offerte et de son Julio, le Julio en question n’est jamais seul. Quelques copains (?) patibulaires ne le lâchent pas ; il les appelle affectueusement les Cabrones et Fernanda finit tout de même par se demander qui ils sont et ce qu’ils font là. Sa rencontre brutale avec le maire local, qui se comporte en toutou bien dressé face à Julio et à ses hommes, commence à lui ouvrir les yeux.

Dans toute situation, il y a le pour et le contre ; Fernanda en est consciente. Pour elle, le contre, c’est cette atmosphère de violence très marquée (des corps décapités tout de même) qui l’environne ; le pour, c’est la sensation de puissance que lui confère la protection dont elle bénéficie, Julio n’ayant rien ni personne au-dessus de lui, elle se sent au sommet, elle qui poursuit des études de Lettres à la fac locale, pas toujours très assidûment, elle qui est la tante attentionnée d’une petite Cynthia qui l’adore.

Les chapitres, très courts, donnent un rythme trépidant au récit, la narratrice, qui vit parallèlement entre deux univers, la fac et la pègre (une pègre haut de gamme), est perpétuellement pressée d’aller plus loin ; un plus loin qui semble vide et dérisoire, en dehors de cette curieuse soif d’apprendre, de savoir, que ses études aident à étancher. Elle ne se rend pas clairement compte de cette frénésie et elle nous entraîne dans cette marge très originale. On a rarement vu ce genre d’héroïne qui n’a rien d’une écervelée et qui est consciente de sa situation : elle est plongée dans le marigot d’un cartel et sa lucidité lui montre bien que les plaisirs que lui procurent ses fréquentations douteuses sont bien réels, mais aussi mortellement périlleux.

Ni de jour ni de nuit restera probablement l’un des romans les plus originaux ayant pour thème les cartels mafieux, qui sont si souvent décrits dans les romans ou au cinéma. Ici les voyous, tout machos qu’ils soient, peuvent être tendres, montrer parfois des faiblesses et même avoir des éclairs, brefs, c’est vrai, de morale traditionnelle. Ces hésitations, produites par un esprit capable de déchaîner par ailleurs les pires horreurs, font la force de ce premier roman à ne pas manquer.

Christian ROINAT

Ni de jour ni de nuit de Orfa Alarcón, traduit de l’espagnol (Mexique) par Mélanie Fusaro, éd. Asphalte, 240 p., 21 €.
Orfa Alarcón en espagnol : Perra brava, ed. Libervox, Castro Urdiales.

Une fin de mois très riche pour le cinéma latino-américain. Retour sur les films marquants

L’actualité du cinéma latino-américain est particulièrement riche en cette fin de mois de mars. Les festivals de Villeurbanne et de Toulouse se sont achevés cette semaine et nous allons revenir sur les films marquants. Deux nouveaux films, très différents mais nostalgiques, sortent sur les écrans le 4 avril : l’un est un conte sur l’enfance et l’autre sur l’amour au troisième âge.

Photo : extrait de Candelaria

Le film cubain Candelaria du réalisateur colombien Jhonny Hendrix Hinestroza

L’histoire se passe à La Havane en 1994. Au plus fort de l’embargo américain, les Cubains traversent une crise économique sans précédent. C’est la période spéciale qui a suivi la chute du grand frère soviétique. Parmi eux, Candelaria et Victor Hugo, 150 ans à eux deux, vivent de bric et de broc et élèvent des poussins dans leur appartement décrépi, jusqu’au jour où Candelaria rentre à la maison avec une trouvaille qui pourrait bien raviver la passion de leur jeunesse: un caméscope…

Réalisateur et producteur, Jhonny Hendrix Hinestroza est né en 1975 à Quibdó en Colombie. Il est l’organisateur du festival de cinéma de Cali, Cien Milímetros, et produit les films de jeunes réalisateurs colombiens avec sa société de production Antorcha Films. Après avoir réalisé le court métrage Cuando llegan los muchachos, son premier long métrage Choco est présenté en 2012 au Festival de Berlin. Candelaria a reçu à la Mostra de Venise 2017 le prix du meilleur film de la section Venice Days. Il est le premier réalisateur noir à accéder au grand écran en Colombie.

«Je savais que je voulais écrire sur la peur de vieillir, parce que depuis cinq ans environ je vois mes parents vieillir, explique le réalisateur. Je suis préoccupé par la vieillesse et c’est pour cette raison que j’ai décidé de faire un film qui traitait de cette question. Quand j’ai été invité au festival de La Havane, j’y ai rencontré quelqu’un qui m’a parlé de la période spéciale de Cuba, cette époque dont tous les habitants de l’île se souviennent très bien mais dont personne ne veut parler : les années de crise économique qui ont suivi l’éclatement de l’URSS et l’embargo américain. Ce récit m’a rappelé mon enfance sur la côte pacifique colombienne. J’ai donc décidé de réunir mon expérience personnelle et le récit cubain dans une histoire commune.»

Mais le tournage a été très compliqué : l’acteur qui jouait Victor Hugo meurt au milieu du tournage et il a fallu tout recommencer. C’est ensuite le décès de Fidel Castro qui désorganise le tournage. «Mais malgré tout, ajoute Jhonny Hendrix Hinestroza, ce tournage a été l’une de mes expériences les plus belles et les plus enrichissantes. Cuba est finalement devenu un personnage à part entière dans le film, davantage sonore que visuel d’ailleurs.»

Le film est touchant, plein d’émotion et d’humanité grâce à la qualité de l’interprétation des deux acteurs. Verónica Lynn est très connue pour ses interprétations de radio, télévision et cinéma. Alden Knight a tourné, lui, dans plus de cent films. Une œuvre très délicate et tendre sur la sexualité du troisième âge. Et un beau travail sur la lumière, le regard des gens et la musique.

Un film chilien pour enfants : Un cheval nommé Éléphant d’Andrés Waissbluth

Dans les années soixante-dix, un grand-père au seuil de la mort demande à ses petits-enfants, Lalo et Roberto, de libérer leur cheval, «Éléphant», avant de le vendre. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est le vol du cheval par Infausto, un homme qui décide de l’emmener dans le cirque où il est employé. Lalo et Roberto décident de se faire embaucher dans le cirque pour essayer par tous les moyens de le récupérer, même si cela met leur vie en danger.

«Un cheval nommé éléphant a été réalisé à la suite d’une demande et de la rencontre de Lalo Parra, explique le réalisateur Andrés Waissbluth. L’idée principale était de raconter cette aventure comme si elle était racontée par l’oncle Lalo lui-même, de la même manière qu’il me l’avait relatée. C’est-à-dire avec cette poésie et cette saveur créole, avec cet engagement social et cet humour à la fois piquant et naïf. Je voulais faire un film qui recrée une histoire centrale dans le développement artistique de l’une des principales familles de créateurs de mon pays, les Parra, et cela a été un énorme défi, et donc très motivant. S’il y a un facteur commun dans les travaux de Parra, en particulier dans le cas de Lalo, Roberto et Violeta, c’est le fait que leurs œuvres représentent une synthèse de ce qu’est la culture chilienne, avec de fortes doses d’engagement social. Pour cela, ce film avait une esthétique populaire, spirituelle, mais en même temps digne, innocente et crue.»

Le film est un conte, mais il manque un peu de fantaisie. Si utiliser des séquences d’animation, inspirées par les bandes dessinées, pour montrer ce que pensent les enfants, est une bonne idée, on reste très loin de la folie de Jodorowsky.

Le réalisateur Andrés Waissbluth est né en 1973, aux États-Unis. En 2003, il réalise son premier long métrage Los Debutantes, un film qui a été nominé par le Chili pour les prix Óscar et Goya, et qui a été présenté dans de nombreux festivals. Un cheval nommé Éléphant est son troisième long métrage.

Alain LIATARD

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