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8 février 2018

« À vos agendas » – Semaine 7

Chaque semaine nous réservons un espace dédié aux événements et invitations. Il suffit de nous envoyer un courrier électronique avec des informations susceptibles d’intéresser nos internautes en indiquant simplement le titre de votre manifestation, le lieu, la date et l’heure, un visuel et un contact. Voici la sélection de la semaine du 12 au 18 février.

Déposez votre annonce

DU 12 AU 25 FÉVRIER – de 11 h à 18 h – BORDEAUX

Le Musée d’art contemporain de Bordeaux présente les œuvres de l’artiste colombienne Beatriz González

Beatriz González convoque l’histoire, la politique, l’humour, le privé et le public, dans le cadre de l’Année France-Colombie 2017. Artiste emblématique de la scène artistique d’Amérique latine, son travail dépasse les limites de la peinture par la multiplicité des supports utilisés. Elle fait d’une image issue de la presse une série de tableaux qui expriment la douleur provoquée par la violence et la mort. Elle s’intéresse à la représentation des icônes de la culture populaire, des cultures indigènes et de l’art précolombien. Dans la Nef du musée, 7 rue Ferrère, Bordeaux (fermé lundi). 7 €. Plus d’infos

MARDI 13 FÉVRIER – 20 h – PARIS 11e

Natalia Lafourcade, après le succès de son album Musas, une sublime déclaration d’amour, au Bataclan

Elle est une chanteuse avec un style contemporain singulier. Elle est née à Mexico en 1984 et elle a étudié la guitare, le piano et le chant. À 14 ans, elle commence sa carrière musicale en composant et en chantant ses chansons. Son première album solo fut Natalia Lafourcade (2002), suivi par Casa (2005) enregistré avec son groupe La Forquetina qui reçu un Grammy award Latin. Elle sort en 2013 Mujer Divina, hommage à Agustín Lara qui reçut deux Grammys Latins. Deux ans plus tard, Hasta la Raíz reçoit un Grammy en 2016 et cinq Grammys Latins en 2015. Elle sera à Paris pour une date unique avec le groupe Los Macorinos. Voix chaude, sensibilité et un immense talent. Au Bataclan, 50 dd Voltaire, Paris 11e. Plus d’infos

MERCREDI 14 FÉVRIER – 19 h – PARIS 7e

Récital de poésie par le poète chilien José María Memet, à l’occasion de la parution du livre Meli witran mapu

José María Memet possède un large registre poétique qui englobe la poésie engagée, sociale, celle de l’expérience, des droits de l’homme, le temps et la mémoire, la défense du peuple et de la culture mapuche. Diffusion d’une vidéo de 12 minutes pour présenter le festival de poésie Chile Poesía. Présentation suivie d’un échange avec le public et d’une dédicace de son dernier livre. À la Maison de l’Amérique latine, 217 Bd St-Germain, Paris 7e. Plus d’infos

JEUDI 15 FÉVRIER – 19 h – PARIS 7e

La Tribune de la musique présente le musicien péruvien Rolando Carrasco Segovia

De la fusion des cultures indigènes et espagnoles a surgi toute une gamme de possibilités d’expression artistique : le charango, le chillador, le violon, la bandurria, la charanga et le requinto andin. Il a fait partie de différents groupes de musique baroque, contemporaine et traditionnelle et travaillé à la publication de plusieurs recueils de partitions de musique péruvienne.  Soirée animée par Oscar Barahona. À la Maison de l’Amérique latine, 217 Bd St-Germain, Paris 7e. Plus d’infos

JEUDI 15 FÉVRIER – de 18 h à 22 h – PARIS 7e

L’exposition « Profane » de l’artiste Inti Castro, l’un des plus grands noms du street art sud-américain

Les œuvres de Inti Castro sont sur les murs tout autour du monde. L’artiste s’inspire de la tradition picturale populaire, mais aussi préhispanique et indigène, qu’il veut partager et faire voyager. Basé entre la France où il a réalisé de nombreux murs et l’Espagne, Inti sillonne désormais le monde, de la rue aux galeries, où ses œuvres éclatantes si reconnaissables sont rares et recherchées. Galerie Itinerrance : 24 bis, boulevard du Général Jean Simon, Paris 13e. Plus d’infos

VENDREDI 16 FÉVRIER – 21 h – PARIS 7e

L’Argentin Oscar « El Inca » Miranda : une plongée dans l’univers de la nouvelle génération de virtuoses du charango

Des Andes au Rio de la Plata, Oscar « el Inca » Miranda est devenu celui qui exprime le mieux, avec la flûte, l’âme musicale andine, un subtil mélange de tradition et de modernité ; son jeu impressionne par la diversité des sons et des couleurs qu’il est capable de produire et par l’émotion contagieuse qu’il distille dans chaque morceau. À la Maison de l’Amérique latine, 217 Bd St-Germain, Paris 7e. Réservation obligatoire au 01 45 72 09 08.

 

Un président évangéliste au Costa Rica ? Fabricio Alvarado arrive en tête du premier tour des élections

Les électeurs « ticos » ont voté dimanche 4 février 2018. Pour choisir leur président et leurs 57 députés. Un prédicateur évangéliste, Fabricio Alvarado, est arrivé en tête au soir du premier tour des présidentielles, à la surprise des observateurs [1]. Sera-t-il élu président le 1er avril prochain, au deuxième tour ? Les paris sont ouverts. Quoi qu’il en soit le résultat du premier tour, le maillot jaune obtenu par Fabricio Alvarado, constitue en soi le signe d’un changement d’époque, sans doute au Costa Rica, mais peut-être aussi en Amérique latine.

Photo : BBC

Voter pourtant n’a rien de bien extraordinaire dans ce petit pays d’Amérique centrale. Depuis 1948, date d’un conflit civil douloureux, le pays n’a jamais quitté les rails de la démocratie. Il a passé les années 1960-1980, particulièrement difficiles dans le reste de l’Amérique latine, sans dictateurs et sans guérilleros. Deux partis alternaient habituellement au pouvoir. Un parti de centre gauche, le PLN (Parti de libération nationale), et un parti de centre droit, le PSUC (Parti d’unité social chrétienne).

La machine binaire s’était quelque peu déréglée aux dernières élections avec l’accession au pouvoir d’un dissident du PLN. Mais Luis Guillermo Solís, c’est le nom du chef de l’État élu en 2014, et sa formation, le PAC, Parti d’Action Citoyenne, n’avaient rien de particulièrement discordant. Le pays s’était moulé sans trop de problèmes dans un tripartisme ouvert.

Crédité de 2 % des intentions de vote en début de campagne, Fabricio Alvarado est donc arrivé en tête au soir du premier tour. Et sa jeune formation, le PRN, Parti de Restauration Nationale, a multiplié sa représentation en sièges de députés, à l’image des pains de Jésus Christ [2]. Cette échappée inattendue a bousculé l’établissement politique. Et bien au-delà a révélé bien plus qu’un sondage : l’état d’âme des Costariciens. Considérés comme des ruraux tranquilles, gens de café, assidus à la messe du dimanche et au pèlerinage de la Vierge de Cartago.

Le début d’année avait été agité par deux évènements sociétaux : l’introduction de l’éducation sexuelle à l’école et, le 9 janvier 2018, un rappel à l’ordre de la Cour interaméricaine des droits de l’homme signalant sa préoccupation concernant le retard mis à reconnaître le mariage entre personnes de même sexe. Ces mesures n’avaient pas outre mesure modifié les priorités des candidats PAC, PLN, PSUC et autres. L’Église catholique avait bien signalé son désaccord et organisé une soirée débat à ce sujet.

Mais seul Fabricio Alvarado avait repris la balle au bond. Et recentré sa campagne sur la défense de la famille. La famille, a-t-il martelé tout au long du mois de janvier, c’est « un papa, une maman, et des enfants ». Le message a été reçu cinq sur cinq dans les campagnes et les bordures maritimes du pays. Ces cantons de tradition majoritaire PLN, et de façon plus marginale PSUC, ont massivement voté pour le candidat évangéliste.

A posteriori sondeurs et analystes ont signalé que ces régions ont basculé ces dernières décennies du catholicisme vers diverses obédiences évangélistes. Les comportements électoraux traditionnels ont résisté… jusqu’au 4 février 2018. C’est à cette date en effet que, pour la première fois, les adeptes de ces religions de la théologie de la prospérité ont pu mettre en concordance leurs croyances et leurs choix électoraux.

Au lendemain du vote, les acteurs économiques locaux, patronaux et syndicaux, les observateurs mandatés par l’OEA, ont appelé aux réalités de la conjoncture. Ne serait-il pas temps, ont-ils dits, pour les candidats du deuxième tour d’affronter les défis du pays réel, ceux donc de l’économie et du social ? La remarque est sans doute de bon sens. Mais elle reflète bien davantage la stupéfaction face à l’inconcevable. Quoi, le Costa-Rica aussi ? Oui, le Costa-Rica est l’ultime domino latino-américain atteint de mutation politique d’inspiration culturelle et religieuse pentecôtiste. Un pasteur préside le Guatemala. Un évêque de l’Église universelle du Royaume de Dieu a été porté à la mairie de Rio de Janeiro. Des dizaines de députés évangélistes ont fait leur entrée dans les parlements brésilien, guatémaltèque, péruvien et aujourd’hui costaricien. Le référendum sur les accords de paix en Colombie a été perdu par le président Santos en raison notamment de la mobilisation contraire des Églises évangélistes. Le pape François, qui venait au Chili et au Pérou porteur de messages sociaux, s’est vu rappeler à l’ordre éthique.

Les graines semées pendant la guerre froide pour des raisons géopolitiques par le président Reagan et le pape Jean-Paul II, priorisant le repli sur les valeurs individuelles et charismatiques pour réduire l’influence des théologies de la libération et de la Révolution cubaine, ont fleuri avec la globalisation. Arrivées à maturation, après avoir déplacé la religion catholique, elles prétendent aujourd’hui avec un succès certain occuper les palais présidentiels et les bancs des Assemblées parlementaires.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

[1] Résultats de la présidentielle : Fabricio Alvarado (PRN) : 24,91 % ; Carlos Alvarado (PAC) : 21,66 % ; Antonio Álvarez Desanti (PLN) : 18,6 % ; Rodolfo Piza (PUSC) : 16,9 % ; Juan Diego Castro (PIN) : 9,5 %.

[2] Le PRN est passé de 1 siège de députés à 14 (PLN : 17 ; PAC : 10 ; PUSC : 9 ; PIN : 4 ; PRSC : 2 ; FA : 1.

Juan Orlando Hernández de nouveau président. Un coup d’État civil en plusieurs phases ?

Une Constitution bafouée, des accusations de fraude, des institutions à la solde du gouvernement, les élections du président Juan Orlando Hernández seraient-elles un coup d’État civil destiné à empêcher une victoire du centre gauche ? Entre les dérives autoritaires d’un président tout acquis au néolibéralisme, le soutien du FMI et des États-Unis, l’indifférence de l’Union Européenne, les ONG européennes ont rédigé une lettre ouverte qui exige notamment « le respect du choix des peuples dans les urnes ».

Photo : Página ciudadana

En 2009, le président Manuel Zelaya envisage un léger rapprochement avec l’ALBA, une entité politico-économique de huit pays (dont le Brésil et l’Argentine) impulsée par le Venezuela de Hugo Chávez, au grand désarroi des élites économiques honduriennes qui redoutent une alternative au néolibéralisme. Comment empêcher cela ? L’occasion surgit lorsque le président Zelaya propose, à l’occasion des prochaines élections, de consulter la population sur la possibilité d’amender la Constitution. Une alliance politico-militaire l’accuse d’enfreindre la Constitution : le 29 juin, l’armée l’arrête en pleine nuit, le met en pyjama dans un avion et l’expulse vers le Costa Rica ! Les putschistes organisent des élections, remportées par Porfirio Lobo, un des leurs. Les États-Unis et l’Europe gardent un silence complice et reconnaissent rapidement le nouveau gouvernement… Le président du Congrès est Juan Orlando Hernández, connu comme JOH.

Le soutien du FMI

En tant que président du Congrès, JOH impulse une politique économique inspirée par le FMI (Fonds monétaire international), gardien de l’orthodoxie néolibérale : programmes d’ajustements économiques, réduction des dépenses publiques, privatisations, annulation des acquis sociaux, baisse des salaires de base, vente du patrimoine public au privé, etc. En 2013, soutenu par le parti au pouvoir Partido Nacional, Juan Orlando Hernández est élu président de la République au terme d’élections qualifiées de frauduleuses. Les élites économiques sont soulagées : le modèle n’est plus en danger, du moins jusqu’en 2017…

Un coup d’État civil en deux phases

Mais les politiques d’austérité affectent gravement la vie des citoyens qui commencent à protester. La dérive autoritaire du président fait vite son apparition : prévoyant des résistances à ses politiques sociales, JOH crée une Police militaire et des troupes policières de choc, puis s’attaque à la Constitution. Alors que celle-ci interdit une réélection (une des raisons du coup d’État de 2009), il est clair que le président Juan Orlando Hernández verrait bien le candidat JOH se représenter aux élections de 2017 ! Comment contourner la Constitution ? En changeant ses gardiens, tout simplement. Première phase du coup d’État : il fait élire des membres du Tribunal électoral acquis à sa cause, remplace les membres de la Cour suprême par des hommes à lui et place un ami au poste de Procureur général de la République. Sans surprise, la Cour suprême décide que l’interdiction de réélection est anticonstitutionnelle et que JOH peut se représenter.

Deuxième phase : manipuler les élections

Les élections du 26 novembre dernier se présentent mal pour le président. Une alliance de centre gauche, le Parti de l’opposition à la dictature [1], présidé par l’ancien président Manuel Zelaya, propose un présentateur de télévision célèbre, Salvador Nasralla, comme candidat à l’élection présidentielle. Et les sondages annoncent un coude à coude avec JOH. Le 27 novembre, le lendemain du vote, à la mi-journée, alors que plus de la moitié des bulletins sont comptés, le candidat de l’opposition a cinq points d’avance sur le président ! C’est alors que les embrouilles commencent. « Le système informatique est tombé », annonce le Tribunal électoral. Des « pannes de courant » répétées bloquent les résultats électroniques. Quand « le système » est rétabli, le président-candidat a miraculeusement gagné neuf points et passe devant le candidat de l’opposition. Celle-ci dénonce une fraude électorale. Mais quelques jours plus tard, le Tribunal déclare JOH gagnant avec moins d’un point et demi d’avance… Les États-Unis reconnaissent le gagnant, l’Union Européenne regarde ailleurs. Coup d’État réussi…

En France, des ONG protestent

Cette fraude, dénoncée par le Parti de l’opposition à la dictature, provoque de grandes manifestations populaires violemment réprimées (30 morts et 300 blessés). Mais le manque de réaction des USA et de l’UE a découragé le candidat perdant : Salvador Nasralla annonce qu’il abandonne la politique et retourne à ses émissions de télévision. Par contre, Manuel Zelaya annonce une opposition tenace au pouvoir autoritaire de JOH. En France, impulsée par les associations Alerte Honduras et France Amérique latine, et signée par plusieurs autres [2], une lettre ouverte publiée le 24 janvier « exige le respect du choix du peuple dans les urnes et son droit à disposer de son avenir […] et l’arrêt de la répression ». Ces associations rappellent que l’article 3 de la Constitution hondurienne proclame que « personne ne doit obéissance à un gouvernement usurpateur ni à ceux qui assument des fonctions par la force des armes… Le peuple a le droit de recourir à l’insurrection pour défendre l’ordre constitutionnel » [3]. Le président Hernández a pris ses fonctions il y a quelques jours, ce 26 janvier dernier, pour quatre ans…

Jac FORTON

[1] Composée des Parti Libre, Parti Innovation et Unité et un secteur du Parti Anti-corruption.
[2] Le Collectif Guatemala, Forum Honduras Suisse, Association AlterCultures, le Centre Tricontinental (CETRI, Belgique), la Confédération paysanne, le Parti communiste français et Terre et Liberté pour Wallmapu.
[3] Voir le texte complet sur Alerte Honduras : www.facebook.com/alertehonduras ou FAL : www.facebook.com/france.ameriquelatine.

Référendum en Équateur : la réélection illimitée du président rejetée

¿Sí o No? C’est le qui l’a emporté lors de la consultation populaire organisée le 4 février dernier, avec une moyenne de 67,5 % après le dépouillement de 98,4 % des votes, pour les sept questions soumises. Le président Lenín Moreno remporte donc la victoire face à son prédécesseur et « ennemi politique n°1 », Rafael Correa, dont le rêve de revenir à la présidence en 2021 s’effondre.

Photo : Pagina 12

Le point clé du vote était en effet la suppression de la réélection indéfinie introduite en décembre 2015, qui aurait permis au père de la « révolution citoyenne », qui a régné pendant une décennie, de revenir aux prochaines élections. Cette victoire de Lenín Moreno ouvre la voie à une « décorréisation » totale de l’État.

Les sept questions du référendum et les résultats

1. L’amendement de la Constitution pour sanctionner « toute personne reconnue coupable d’actes de corruption et déclarée inapte à participer à la vie politique du pays », Oui 73,91 % – 2. L’élimination de la réélection indéfinie « afin que toutes les autorités de l’élection populaire ne puissent être réélues qu’une seule fois pour le même poste » Oui 64,32 % – 3. La restructuration du Conseil pour la participation citoyenne et le contrôle Social, « ainsi que la fin de la période constitutionnelle de ses membres actuels ». Oui 63,15 %. – 4. La suppression de toute prescription pour « crimes sexuels contre les enfants et les adolescents » Oui : 73,72 % – 5. L’interdiction de l’exploitation minière métallique « à tous ses stades, dans les zones protégées, et les centres urbains » : Oui : 68,79 % – 6. L’abrogation de la « loi de la plus-value » Oui: 63,2 % et  7. L’ « augmentation des zones protégées d’au moins 50 000 hectares, et la réduction de 1 030 hectares à 300 hectares de la zone d’exploitation pétrolière autorisée par l’Assemblée nationale dans le Parc national de Yasuní » Oui  67,44 %.

Réactions de Rafael Correa

Il a essayé de voir les résultats d’une manière positive, en disant que si 36 % des électeurs se sont opposés à la limite des mandats, cela montre que son mouvement politique est toujours le plus important en Équateur. Pour renforcer sa victoire, Moreno dépendait en grande partie d’une alliance avec des partis d’opposition conservateurs, dont le soutien à l’avenir pourrait être mis en doute. D’après ce que nous connaissons de l’histoire équatorienne, la situation peut complètement changer en deux mois. Lenín Moreno, comme tout médiocre, cherche à plaire à tout le monde. La seule chose qui les unit est la haine envers Correa, sûrement pas l’amour de la patrie. Pour le charismatique mais polémique Rafael Correa, Lenín Moreno est un « traître » qui s’est vendu à l’opposition de droite. Il affirme qu’avec cette consultation « anticonstitutionnelle » son successeur cherche à instaurer un « présidentialisme absolu ». Il n’écarterait par la possibilité de promouvoir une Assemblée constituante pour destituer Lenín Moreno et rédiger une nouvelle Constitution. « Le combat continue » a-t-il déclaré.

Rafael Correa, qui se dit victime de « persécution et harcèlement », doit se présenter devant le Parquet lundi pour témoigner sur des irrégularités présumées dans la vente de pétrole à la Chine et à la Thaïlande pendant son administration. « Ils vont inventer un crime pour me disqualifier. C’est la nouvelle stratégie de la droite pour détruire les dirigeants progressistes comme ils l’ont fait avec Dilma [Rousseff, ex-présidente du Brésil], Lula [son prédécesseur] ou Cristina [Kirchner, ex-présidente d’Argentine] », a t-il  affirmé à l’AFP.

Déclarations de Lenín Moreno

Lenín Moreno, qui a été son vice-président de 2007 à 2013, est devenu depuis sa prise de fonction le plus sévère critique de M. Correa, chantre d’un « socialisme du XXIᵉ siècle », qu’il accuse d’avoir gaspillé la manne pétrolière et d’avoir dirigé un gouvernement corrompu. Il a convoqué en novembre ce référendum, considéré comme une claire invitation à tourner la page du corréisme.

La victoire de Moreno permettra au gouvernement, selon l’analyse de la firme Quantum, de promouvoir « un agenda de politiques publiques de consensus national » et d’adopter des mesures économiques pour réduire progressivement le déficit public et améliorer la compétitivité. En plus d’un possible retour de Correa à la première ligne de la politique, les Équatoriens ont évité une phase d’instabilité. « Les décisions que nous prenons aujourd’hui seront fondamentales pour l’avenir du pays, pour que nos enfants vivent protégés, pour que les corrompus ne recommencent pas à se moquer de nous […] pour la protection de la nature, pour la relance économique », a déclaré M. Moreno après avoir voté dans une université du nord de Quito.

Catherine TRAULLÉ

« Satanas » et les trois âmes tourmentées du dernier roman du Colombien Mario Mendoza

Il était une fois… trois personnes à Bogotá dans les années 1980 : un jeune peintre talentueux, doué pour les portraits ; un prêtre ouvert aux autres, qui prend très au sérieux les confessions qu’il écoute ; une jeune fille qui vend des boissons chaudes dans les quartiers populaires et qui souffre de la misère qui ne l’a pas quittée depuis sa naissance. Des vies qui pourraient être banales. Mais la routine de chacun des trois est brisée par un événement qui les emmène de plus en plus loin vers l’inconnu…

Photo : Eva Sala, CírculodeBellasArtes/Éditions Asphalte

Dans un style qui pourrait avoir pour équivalent en peinture Edward Hopper ou, mieux encore, les maîtres naïfs, Mario Mendoza dissèque froidement des tranches de leurs vies. María accepte de servir d’appât pour dépouiller sans violence des dragueurs friqués ; Ernesto, le prêtre, est troublé par quelques confessions qui jettent le doute sur sa foi et Andrés, le peintre, se découvre des pouvoirs maléfiques.

Mais il est trompeur, celui qui nous raconte tout ça ! Il nous fait nous enfoncer dans un mal qui serait (qui est) banal, un mal sournois. On boit de la limonade, au presbytère, entre prêtres, tout en commentant l’assassinat d’une femme et de ses deux filles par le père de famille. Insensiblement va se poser la question de l’origine du mal ou celle de savoir jusqu’à quel point chacun peut sentir une pointe de responsabilité dans sa diffusion.

Les racines du mal, sont-elles en l’homme, naturelles en quelque sorte, ou surnaturelles ? Le mal rôde-t-il dans les rues de nos villes, comme à Bogotá en 1986, comme le montre Mario Mendoza ? L’argent, le sexe ou la morale qui nous est enseignée sont des milieux favorables pour qu’après un long sommeil, il finisse par se réveiller, s’épanouir et se ruer sur les humains pour les détruire de l’intérieur. Peut-on le fuir, lui résister, lui échapper ?

On suit donc les trois personnages, chacun confronté à sa manière à une forme de mal, sans savoir s’ils seront acteurs ou s’ils succomberont aux tentations ou aux bourreaux. Il est impossible d’en dire plus sans risquer de trop en dire.

Satanas est l’un des romans les mieux construits, tous genres confondus, depuis longtemps. Mario Mendoza se montre implacable dans sa façon de faire, le malaise grandit imperceptiblement, mais on sait parfaitement que tous ces destins ne déboucheront pas sur un happy end.

Amateurs de romans d’horreur ou de terreur qui croyez avoir tout lu, découvrez d’urgence Satanas, vous verrez qu’il vous manquait l’essentiel !

Christian ROINAT

Satanas de Mario Mendoza, traduit de l’espagnol (Colombie) par Cyril Gay, éd. Asphalte, 304 p., 22 €.

Mario Mendoza en espagnol : Satanas / El viaje del loco Tafur / Los hombres invisibles / Buda blues, Seix Barral, Barcelone.

Mario Mendoza en français : Seul le prix du sang, éd. L’Atinoir, Marseille.

Les dialogues de paix avec l’Armée de libération nationale (ELN) en suspens suite aux attentats survenus à Barranquilla

Le weekend du 27 et 28 janvier, trois attentats ont eu lieu dans la ville de Barranquilla en Colombie, en moins de 24 heures. Le président colombien Juan Manuel Santos a annoncé la suspension des pourparlers de paix avec la guérilla de l’ELN (Armée de Libération Nationale) qui ont lieu à Quito depuis un an, après avoir confirmé que ses membres étaient les responsables du premier attentat contre les forces de police.

Photo: UDGTV

Trois attentats on eu lieu dans la ville de Barranquilla en Colombie, en moins de 24 heures. Ces attaques à explosif ont frappé des commissariats de police, laissant un bilan de sept morts et d’une quarantaine de blessés. Quelques heures après, un autre commissariat de police, localisé à la frontière de l’Équateur avec la Colombie, a été détruit avec une voiture explosive, provoquant des blessures à 28 personnes, une quarantaine d’habitats endommagés et 95 % du commissariat de police détruit.

La première attaque en Colombie a été revendiquée par le groupe « Front de la Guerre Urbaine » qui fait partie de la guérilla ELN, la seule guérilla active suite aux Accords de Paix avec les FARCS signés fin 2016. Selon la déclaration du ELN partagée sur un site internet, la guérilla affirme que cette attaque contre les forces policières a été réalisée en tant qu’action militaire, en exerçant leur droit légitime à la rébellion. Ces attaques se sont déroulées ensuite le 9 janvier dernier lors d’un cessez-le-feu entre l’État et l’ELN mis en place en octobre 2017 pour une durée de 101 jours.

Le président colombien, Juan Manuel Santos, a suspendu le cinquième cycle des négociations avec l’ELN qui allait avoir lieu à Quito dans les prochains jours, « étant donné qu'[il] ne voi[t] pas de cohérence de la part de l’ELN entre ses paroles et ses actes », déclare-t-il. D’autre part, il a ordonné de renforcer la sécurité publique avec 1500 policiers supplémentaires à Barranquilla, ville qui accueillera bientôt un carnaval.

Le président colombien qui quittera le pouvoir en août après deux mandats de quatre ans, se trouve aujourd’hui dans un climat très négatif pour continuer les négociations. Ces dernières ont suscité des doutes au sein de la population civile et de la classe politique relatifs à l’efficacité de ces accords de paix avec l’ELN. Ils semblent plus difficiles à mettre en place que ceux avec les FARCS, du fait que ses 1800 combattants s’organisent sous la forme d’une structure fédérative qui donne une autonomie militaire à ses différents fronts. Néanmoins, le gouvernement de Santos a tout intérêt à reprendre ces dialogues de paix pour aboutir à un accord similaire à celui avec les FARCS.

Le chef du groupe de négociations de l’ELN, Pablo Beltrán, a demandé au président de poursuivre ces négociations avant la fin de son mandat, pour que celles-ci ne soient pas interrompues de manière drastique et puissent avoir une continuité au cours du prochain mandat présidentiel.

Karla RODRÍGUEZ

Un monde rongé par la peur de la cécité dans « Un regard de sang » de la Chilienne Lina Meruane

Enfermée dans une cécité peut-être passagère si son ophtalmologue parvient à régler son problème, et confrontée aux réactions de ses proches, une jeune femme décrit ses sensations, ses découragements, ses espoirs. Elle profite de son analyse pour régler quelques comptes avec elle-même et avec son entourage. Et surtout, elle fait de sa réflexion un texte unique.

Photo : FIL Mexique

Pendant une fête animée entre amis, dans un gratte-ciel de Manhattan, Lina Meruane sent brusquement que sa vision s’obscurcit. Une hémorragie sévit à l’intérieur d’un de ses yeux, peut-être des deux. Elle les savait menacés, mais la brutalité de l’attaque la laisse désarmée, d’autant plus que son compagnon Ignacio et elle doivent déménager à deux jours de là.

La consultation d’urgence chez son ophtalmologue débouche sur un verdict strict : une opération, si toutefois elle est possible, ne pourra être tentée qu’un mois plus tard, le temps que se résorbent les caillots de sang. Que faire d’ici-là, étant pratiquement aveugle ? « Allez donc dans votre famille, au Chili », lui conseille le médecin. La malheureuse, qui voyage seule, découvre dans l’aéroport new-yorkais, puis dans l’avion, la vie sans la vue. Cela donne lieu à quelques scènes cocasses immédiatement suivies de découragement, parfois de désespoir.

La description précise des actes et des pensées de Lina prend une épaisseur saisissante grâce aux apartés qu’elle confie au lecteur. Humour noir et autodérision donnent au récit une vision multiple, cruelle pour tous, pour la narratrice, les membres de sa famille et les autres personnages, mais surtout pour le lecteur. Elle joue constamment avec le vocabulaire, multipliant les mots en rapport avec la vision, en en parsemant sur chaque page, ce qui rend évident l’importance extrême de la vue, pour chacun… le lecteur étant le premier visé !

Le séjour dans la famille, à Santiago, se fait au milieu d’une brume lourde, massive, comme le sont les relations entre ces gens qui s’aiment, mais qui s’aiment mal, qui ne savent pas le faire mieux. Lina Meruane reste caustique, emprisonnée qu’elle est dans un univers clos, fermé sur lui-même, mais qu’elle voudrait partager. Un tour en voiture dans le centre de la ville devient une suite de fausses visions fantomatiques : elle ne voit pas ce qui défile derrière les fenêtres de l’automobile ; elle se souvient des monuments, des places, des angles de rues de sa jeunesse.

Entre noir désespoir et rire intérieur parfois retenu, parfois éclatant, Lina Meruane se libère (un peu) de ses angoisses et communique ses désillusions, ses frustrations et ses quelques espoirs dans une prose grise et irisée. Avec cette façon de s’exprimer qui n’est qu’à elle, une façon d’exprimer tout ce qu’elle vit, elle s’empare du pouvoir de rendre poétique un quotidien brumeux et par conséquent ce « roman », brut et doux, drôle et tragique. Une expérience unique pour celle qui l’a vécue, l’a écrite et offerte à ses lecteurs, et aussi pour ceux qui la reçoivent.

Christian ROINAT

Un regard de sang de Lina Meruane, traduit de l’espagnol (Chili) par Serge Mestre, éd. Grasset, collection « En lettres d’ancre », 224 p., 19 €.  Lina Meruane en espagnol : Sangre en el ojo / Volverse Palestina / Contra los hijos Random House, Barcelona.

Le Chili, le nouvel eldorado des énergies renouvelables ? Le désert d’Atacama comme terre d’accueil

Le Chili est devenu l’une des principales destinations mondiales des investissements dans le solaire et l’éolien, remarque l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), dans un rapport publié en début d’année(1). Fin janvier, ce pays de 18 millions d’habitants s’est par ailleurs fixé pour objectif de « fermer ses centrales au charbon » d’ici à 2050. Située au milieu du désert d’Atacama au Chili, la centrale photovoltaïque de Boléro a été mise en service par EDF fin 2016. Nous reproduisons ici un article du site Connaissance des énergies.

Le désert d’Atacama, terre d’accueil rêvée du solaire selon l’AIE. Long de 4 300 km et large de seulement 175 km en moyenne, le Chili dispose d’une topographie et d’un climat très différents du nord (désert – le plus aride au monde – d’Atacama) au sud (climat alpin avec des glaciers et des fjords). Le désert d’Atacama présenterait « les meilleures ressources solaires au monde » selon l’AIE tandis que la chaîne de montagnes parcourant le pays ainsi que la côte présentent un potentiel important pour exploiter l’énergie éolienne, l’hydroélectricité mais aussi la géothermie et demain les énergies marines.

À l’heure actuelle, la consommation d’énergie primaire du Chili repose encore à près de 73 % sur les énergies fossiles selon les dernières données de l’AIE portant sur l’année 2016. Le pétrole satisfait à lui seul plus de 41 % des besoins énergétiques du pays, la biomasse et les déchets constituant la deuxième source d’énergie (21,2 % du mix chilien).

Avec sa « National Energy Policy 2050 » adoptée fin 2015, le pays a fixé une politique énergétique de long terme s’appuyant sur quatre grandes priorités: la qualité et la sécurité de l’approvisionnement, l’énergie au service du développement, la promotion d’énergies « environmentally-friendly » ainsi que l’efficacité énergétique et l’éducation aux problématiques énergétiques.

Une production électrique sans charbon à l’horizon 2050 ?

En matière d’électricité, le Chili s’est entre autres fixé pour objectif de porter à 60 % la part des énergies renouvelables dans la production nationale en 2035, contre environ 40 % en 2016 (en grande majorité grâce à l’hydroélectricité). Pour cela, le pays mise principalement sur le développement de l’éolien et du solaire photovoltaïque au « potentiel très élevé » selon l’AIE. Différents appels d’offres (à technologies neutres) ont démontré les baisses de coûts « considérables » de ces technologies (32,5 $/MWh en moyenne pour l’appel d’offres de novembre 2017 portant principalement sur des capacités solaires et éoliennes(2)).

La pénétration croissante des filières intermittentes dans le mix électrique chilien doit toutefois s’accompagner d’une plus grande flexibilité du réseau, met en garde l’AIE : infrastructures de transport électrique, solutions de stockage, maîtrise de la demande, etc. Les centrales à gaz pourraient certainement servir de « back-up » dans le cadre de cette transition vers un mix bas carbone.

Fin janvier, le gouvernement chilien s’est engagé à se passer du charbon pour produire son électricité à l’horizon 2050 alors que celui-ci constitue actuellement de loin la principale source du mix national (41 % de la production électrique en 2016). Petite subtilité : les 28 centrales en charbon en service (d’une capacité cumulée de 4,8 GW) ne devront fermer en 2050 que si elles ne sont pas équipées de systèmes de capture et stockage du CO2. Le coût élevé de ces systèmes devrait toutefois également conduire à la fermeture des centrales équipées selon le ministre chilien de l’énergie Andrés Rebolledo. En 2016, près de 63 % de la consommation chilienne d’électricité a été absorbée par l’industrie.

D’après Connaissance des Énergies

  1. Étude 2018 de l’AIE sur le Chili.
  2. « Adjudicaciones eléctricas 2017 marcan un nuevo hito con precio promedio histórico y 100% de renovables », Ministère chilien de l’Énergie, 2 novembre 2017.

Référendum en Équateur : un scrutin national à portée régionale. Le point de vue de Jean-Jacques Kourliandsky

Une liste de sept questions portant sur des sujets aussi divers que la reconduction de mandat, la législation sur l’environnement, ou encore la criminalité, a été posée aux Équatoriens lors d’un scrutin référendaire ce 4 février. Dans un contexte de rivalité entre l’ancien président Rafael Correa et l’actuel Lenín Moreno, la possibilité ou non de se porter candidat de manière indéfinie pour un mandat politique aura été l’enjeu majeur de ce scrutin référendaire. En toile de fond, l’Équateur dessine également ses orientations nationales face à des voisins régionaux dont les gouvernements de gauche ont été balayés par une vague conservatrice. Nous reproduisons ici une interview consacrée au point de vue de Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’IRIS, sur la situation.

Photo : IRIS

Quels étaient les enjeux de ce scrutin référendaire qui s’est déroulé ce dimanche en Équateur ? Avec 64 % de voix en faveur du « oui », comment analyser cette victoire des partisans de l’actuel président Lenín Moreno ?

L’analyse que l’on peut faire de ces résultats est plus complexe que celle rapportée dans la presse au lendemain de ce scrutin. Sept questions étaient posées aux électeurs. La plus importante, effectivement, concernait la réélection éventuelle du président de la République, mais d’autres portaient sur la condamnation de crimes contre les mineurs, d’infractions liées à la législation environnementale, ou encore l’élection des membres du conseil participatif, la lutte contre la corruption. Sur l’ensemble des sept questions, le résultat n’est pas homogène. Un « oui » ultra-majoritaire (73 %) l’emporte sur la nécessité d’appliquer des peines maximales aux crimes commis contre des mineurs. En revanche, le score a été plus faible concernant l’abrogation d’un impôt sur les plus-values avec 63 %.

La question de la réélection qui était la seconde question posée aux électeurs se trouve dans la fourchette basse avec 64% contre 35% de non. C’était la question la plus importante posée aux électeurs. L’intérêt de cette consultation a donc été réduit par les observateurs à cette unique question. Il est vrai qu’il s’agissait de la question aux incidences politiques les plus lourdes de conséquences et qui a, à juste titre, mobilisé électeurs et partis politiques.

La presse évoque l’avènement d’une « ère post-Correa » avec l’impossibilité pour l’ancien président de se représenter. Au-delà de la suppression du mandat illimité, quelles autres mesures déclinées lors de ce référendum tendent vers une évolution significative du système politique équatorien ?

Au-delà de la question donnant la possibilité pour d’anciens présidents de se représenter, il y avait d’autres sujets sur lesquels les citoyens équatoriens étaient interrogés, comme celui des limitations apportées à l’extraction de matières premières, notamment de pétrole dans les parcs nationaux protégés, et en particulier celui de Yasouni. Cette question était très importante pour l’Équateur et le « Oui » l’a emporté à 67 %.

Mais la question centrale était effectivement celle de l’interdiction pour un président de se représenter de manière indéfinie. La victoire du « oui », et donc l’interdiction de la réélection présidentielle indéfinie, interdit la candidature de l’ex-président Rafael Correa aux prochaines présidentielles. Ce qui interpelle sur son futur politique. Le jeu politique équatorien sera donc redistribué. On va s’en apercevoir dans les prochaines semaines, puisque le parlement sera saisi des résultats de ces questions référendaires pour les intégrer à la loi fondamentale.

À ce moment-là, il sera pertinent d’observer le comportement des députés issus du parti Alianza País, qui initialement rassemblait les partisans du président Correa et ceux de l’actuel chef de l’État Lenín Moreno. Les uns et les autres se sont divisés, et sont donc membres de formations différentes. Mais, jusqu’à présent, les uns et les autres votaient de manière relativement cohérente. La redistribution du jeu politique est incontournable, conséquence du référendum, chacun ayant pris des positions différentes. La fracture va donc se concrétiser entre les partisans de Rafael Correa et ceux de Lenín Moreno. La cohabitation sera de facto impossible pour les deux groupes au sein d’une même formation et/ou coalition. Lenín Moreno sera sans doute contraint de « fabriquer » une majorité avec ses adversaires de droite – en tout ou partie -, de la présidentielle de 2016. Ils ont, en effet, appelé à voter « oui » au référendum du 4 février [1].

Lenin Moreno, ancien allié et ex-vice-président de Rafael Correa et actuel chef de l’État, a célébré cette victoire, déclarant, entre autres, que « maintenant, les partis et mouvements politiques sont face au grand défi de se renouveler ». L’Équateur entre-t-il également dans une période de règlements de comptes politiques à l’instar du Brésil et d’autre pays de la région ?

Oui, assurément, mais sur des dynamiques politiques internes propres à l’Équateur. Il y a une rivalité personnelle entre l’ancien et l’actuel dirigeant équatorien, et celle-ci a pesé dans cette division et répartition des rôles qui sont apparues à l’occasion de la consultation de ce dimanche. Cela dit, cette reconfiguration a également pour enjeux les orientations du pays, y compris sur le plan régional. L’ex-président Rafael Correa considère qu’il faut approfondir l’orientation qu’il avait dessinée jusqu’ici, quitte à aller vers la confrontation avec ses voisins de la région – Chili, Pérou, Brésil -, gouvernés par des équipes conservatrices.

Pour Lenín Moreno, il faut a contrario composer avec un environnement hostile afin de préserver l’essentiel des acquis sociaux de ces dernières années, l’héritage du parti Alianza País. Cela passe par la négociation de compromis avec le patronat local, les associations écologiques et indigènes, qui étaient en conflit avec l’ex-chef de l’État, ainsi que l’élargissement de négociations engagées avec les grands blocs commerciaux, avec l’Union européenne, ouvertes par son prédécesseur, et aujourd’hui les États-Unis, premier partenaire commercial de l’Équateur.

D’après l’IRIS

[1] Les partis « Creo » de Guillermo Lasso et Parti social-chrétien de Jaime Nebot.

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#metoo est-il arrivé jusqu’aux confins de la Bolivie ? Reporters sans frontières s’en mêle

En 2017, la police bolivienne a dû faire face à 4 757 cas de violence sexuelle envers les femmes. Le premier février 2018, Reporters sans Frontières montre son appui et dénonce « la vaste campagne de déstabilisation » contre la journaliste bolivienne Yadira Peláez Imanereico pour avoir déposée une plainte de harcèlement sexuel contre Carlos Flor Menacho, ancien directeur de Canal 7 dont elle faisait partie.

Photo : RSF

Encore une fois, nous sommes face à un autre exemple de ce que des milliers de femmes subissent au jour le jour dans leurs milieux professionnels. Aujourd’hui #metoo est l’exemple d’initiative le plus répandu dans les médias pour briser le silence et exposer des expériences de violence sexuelle contre les femmes. Un mouvement qui a surgi du courage d’actrices comme Ashley Judd et Rose McGowan afin de dénoncer des agressions sexuelles orchestrées par le producteur Harvey Weistein, censé être l’un des plus puissants d’Hollywood. Avec l’hashtag #metoo, depuis octobre 2017, plusieurs femmes des milieux cinématographique et autres commencent à prendre la parole et à dénoncer différentes expériences de violences sexuelles qu’elles ont subi. Évidement, le phénomène s’est répandu dans plusieurs coins du globe terrestre. Cependant les dénonciations, la prise de parole des femmes, et le courage que celles-ci ont eu n’ont pas été reçus de manière unanime dans tous les pays, et la prise de conscience de la violence sexuelle contre les femmes varie d’un État à l’autre.

La Bolivie n’est pas la seule exception, mais nous sommes face à un exemple où les puissants comme Carlos Flor Menacho essayent d’échapper à leurs responsabilités et à la justice. Ce n’est pas la seule plainte de harcèlement sexuel que Carlos Flor Menacho reçoit, une autre a été déposée par Claudia Pardo en 2017, elle aussi journaliste de Canal 7. Ici, ce n’est pas seulement une attaque contre la femme mais également contre la liberté d’expression. Quelques jours après avoir déposé sa plainte, Yadira Peláez est licenciée de BTV le 24 janvier 2017. Le 6 mars, après son licenciement injustifié et une série de diffamations sur son ancien lieu de travail orchestrées par Carlos Menacho, Yadira Peláez décide de rendre public son affaire. Une décision courageuse.

En revanche cette décision n’a pas eu le même effet que des déclarations faites par plusieurs femmes à travers #metoo aux États-Unis. Dans le cas de Yadira Peláez, le choix de rendre public son affaire de harcèlement sexuel comme dernier recours pour combattre les attaques injustes qu’elle a subi, n’a pas porté tous les fruits qu’elle désirait. Elle se retrouve désormais victime d’une campagne de déstabilisation et trois attaques judiciaires ont été lancées par Carlos Flores pour « diffamation » et « calomnie », puis par Gisela López, ministre de la Communication de Canal 7, pour « acharnement et violence contre les femmes », et enfin une troisième plainte déposée par Fabiola Rollano Peña, actuelle responsable de Canal 7, qui l’accuse de « corruption publique ».

Le cas de Yadira Peláez laisse à découvert le paradoxe qui existe en Bolivie et dans plusieurs pays du monde au moment de dénoncer une violence sexuelle. On se rend compte que les femmes, et ici dans le cas de la Bolivie, n’ont pas les garanties pour s’armer de courage et parler d’une agression sexuelle. L’État, la société, les pairs, la plupart du temps n’offrent pas ces garanties, et la victime finit par succomber dans un enfer plus profond.

Peut-être que #metoo avait un contexte différent. Au début, des femmes prestigieuses brisent le silence et « attaquent » (dénoncent, se défendent) un individu censé être tout puissant. Ensuite, l’appui de leurs pairs, ici un nombre important d’actrices, débouche sur un mouvement et cible le reste de la société étasunienne pour qu’elle puisse aussi s’exprimer. C’était l’effet boule de neige. Yadira Peláez et la Bolivie n’ont pas le même effet. Dans les deux cas, il y a un oubli, une discrimination, il n’y a pas d’appui, il n’y a pas de prestige et les femmes, comme le pays, sont mises de côté. « Les tout puissants » traversent les faits et continuent à noyer la victime.

En revanche, des groupes, des associations, des instances comme Reporters sans frontières (RSF), notamment par leurs accusations, essayent d’équilibrer la balance et d’apporter cet appui, cette voix que plusieurs individus n’ont pas, pour réclamer leurs droits et la justice qui leur ont été enlevés. RSF réclame désormais l’abandon des charges retenues contre la journaliste Yadira Peláez dans un pays qui se situe « à la 107ᵉ place sur 180 pays au classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2016. »

Jonathan Z. CORONEL

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