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décembre 2016

Le palmarès du 38e festival du Nouveau Cinéma latino-américain de La Havane

Le 38e festival international du Nouveau Cinéma latino-américain de La Havane s’est achevé le 17 décembre. Les récompenses ont permis de mettre en valeur une production cinématographique prometteuse. Voici quelques-unes des distinctions qui ont honoré le cru 2016 du cinéma latino-américain (longs métrages de fiction).

Aquarius de Kleber Mendonça Filho (Brésil) remporte les prix suivants : prix de la Meilleure Actrice pour Sônia Braga ; prix Signis, de la Asociación Católica Mundial para la Comunicación ; prix Roque Dalton attribué par la chaîne Radio Habana Cuba ; prix Don Quijote de la Federación Internacional de Cine Clubes, et prix de la Federación Internacional de la Prensa Cinematográfica.

Últimos días en La Habana de Fernando Pérez (Cuba) reçoit les prix spécial du jury ; prix Coral pour le Meilleur son attribué à Sheyla Pool ; prix Mégano de la Federación Nacional de los Cine Clubes ; prix Cibervoto de la Fundación del Nuevo Cine Latinoamericano et le prix Don Quijote (mention) de la Federación Internacional de los Cine Clubes.

Neruda de Pablo Larraín (Chili) obtient le prix de la Meilleure Direction artistique et le prix du montage.

Desierto de Jonás Cuarón (Mexique) est le prix du Meilleur film de fiction et reçoit le prix de la Musique originale.

Ya no es antes de Lester Hamlet (Cuba) remporte le prix du Meilleur acteur  pour Luis Alberto García. Ce film est reconnu comme « Le plus populaire du festival ».

La mujer del animal de Victor Gaviria (Colombie) reçoit le prix de la Meilleure direction artistique.

Aquí no ha pasado nada de Alejandro Fernández Almendras (Chili) obtient le prix de la Meilleure photographie pour Inti Briones.

Enfin, dans la catégorie Documentaires, le prix du Meilleur documentaire court a été attribué à Johanné Gómez (République dominicaine) pour Caribbean Fantasy, et le prix du Meilleur documentaire long revient à José Luis Torres Leiva (Chili) pour son film El viento sabe que vuelvo a casa. De belles séances en perspective !

Jean-Paul BOSTBARGE

« Tout dire », un premier roman en français du Péruvien Jeremías Gamboa

Quand on lit un roman contemporain, en Europe ou en Amérique, il nous arrive de plus en plus souvent de nous demander si on est devant une pure fiction, une autobiographie véritable ou déguisée. C’est l’impression qu’on ne peut manquer d’avoir en découvrant cet écrivain péruvien, Jeremías Gamboa né en 1975 à Lima,  comme son personnage, Gabriel Lisboa dont la trajectoire est très proche de celle de l’auteur.

La famille du jeune Gabriel vient d’éclater, ses parents vivent désormais chacun de son côté. Le jeune adolescent est recueilli par son oncle Emilio et sa tante Laura qui mettent leurs faibles moyens en œuvre pour qu’il survive et, si possible, qu’il s’élève de quelques degrés dans l’échelle sociale. Dix ans plus tard, Gabriel est toujours à Lima, assis devant le clavier de son ordinateur, il écrit les premiers mots de ce qui sera, peut-être, son autobiographie ou peut-être son premier roman.

On a l’impression de suivre une existence somme toute banale exprimée dans la plus grande simplicité et on assiste à la naissance de ce qui  pourrait être une vocation d’écrivain. Mais quel est le sens de ce mot, « vocation » ? Journalisme, poésie, quelle voie choisira Gabriel pour enfin se sentir écrivain ? Plus profondément, et Jeremías Gamboa le montre très bien, on assiste aux débuts d’une reconnaissance de soi. Gabriel Lisboa commence à exister pour lui-même sous nos yeux. Cela commence en réalité par les yeux de son ami le plus proche. Sous une forme où tout est sage (la chronologie, les étapes de la découverte), Jeremías Gamboa réfléchit, fait réfléchir son personnage et ses lecteurs, sur toute une série de questions qui ne manquent  pas d’intérêt : la naissance d’une œuvre, les mystères de la création : écrire, c’est-à-dire pour lui, écrire une œuvre poétique ou narrative, pas un article ou une chronique, Gabriel Lisboa sent en lui qu’il le fera. Mais cela ne se fait pas sans mal. Il vit au jour le jour, sans faits marquants en dehors de ses promotions professionnelles successives. Un jour cela finira par se faire, et ce sera le livre que nous avons sous les yeux. Ce livre, on peut le lire de diverses façons : voir en  lui un monument autoérigé indirectement par Jeremías Gamboa à sa réussite sociale et professionnelle et à la reconnaissance dont il jouit. On peut y voir aussi une analyse qui sous cet angle devient émouvante par sa façon de tout livrer avec une naïveté qui devient pure honnêteté. On peut également sourire (un sourire attendri) de cette  immaturité partagée avec sa bande d’amis qui, à vingt-cinq ans bien sonnés créent une sorte de société secrète et la font vivre religieusement, et avoir envie de souhaiter au jeune homme de garder longtemps sa fraîcheur.

Une fraîcheur pourtant relative : son origine sociale est comme collée à sa personne, et quand il connaît enfin un véritable amour avec une jeune fille issue d’une famille très aisée (ils approchent tous deux de la trentaine), il découvre avec amertume que le Pérou a conservé les blocages sociaux du XIXe siècle. C’est la partie la plus intéressante de cette confession écrite à la troisième personne dans laquelle les blessures humiliantes infligées par les parents de la fille s’ajoutent aux tentatives ratées d’enfin écrire une nouvelle ou un roman qui le satisfasse, les deux souffrances étant liées par le manque de confiance en soi. Cette première création littéraire de Jeremías Gamboa, qui a été soutenue par une importante campagne de promotion, au point d’irriter certains journalistes liméniens, mérite d’être confirmée. On attend le deuxième roman, sur lequel, nous dit-on, il travaille activement.

Christian ROINAT

Tout dire, de Jeremías Gamboa, traduit de l’espagnol (Pérou) par Gabriel Iaculli, éd. Le Seuil, 521 p., 24 €. Jeremías Gamboa en espagnol : Contarlo todo, Mondadori, Lima / Punto de fuga, Alfaguara, Madrid.

En présence de M. Jean-Marc Ayrault, Bogotá a accueilli l’acte inaugural de l’Année Colombie-France 2017

L’année croisée a commencé le 16 décembre par un spectacle tout en couleurs intitulé « Les lumières de Lyon », empli de musique, de projections et de feux d’artifice grand format sur la Plaza Bolivar. Ces Luces de Lyon,  marquent le début d’un agenda de 365 jours de programmation qui réunira plus de 400 projets et événements d’échanges culturels et éducatifs qui connecteront la France et la Colombie.

Photo : Quai d’Orsay

La cérémonie d’ouverture a compté avec la présence de Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères de France, Patti Londoño, ministre des Affaires étrangères de Colombie, Mariana Garcés Córdoba, ministre de la Culture de Colombie ; Jean-Marc Laforêt, ambassadeur de France en Colombie, Federico Renjifo Velez, ambassadeur de Colombie en France, et Enrique Peñalosa, maire de Bogotá. Les commissaires généraux de l’année sont Anne Louyot pour la France et Fabián Sanabria pour la Colombie.

Le spectacle, conçu par l’artiste Damien Fontaine et Jean-François Zurawik, directeur de la Fête des Lumières de Lyon, fut présenté sur trois côtés de la Plaza Bolivar. Les images projetées évoquant Paris, Bogotá, les Andes et les Alpes étaient accompagnées par la musique de l’Orchestre philharmonique de Bogotá, le Chœur philharmonique des jeunes et la Société chorale Santa Cécilia. L’Année croisée Colombie–France se tiendra pendant 12 mois et annonce un agenda d’événements ambitieux qui cherchent à accompagner la transformation profonde que vit la Colombie suite au processus de paix afin de renforcer et d’améliorer l’image de la Colombie en Europe.

Jac FORTON

d’après un communiqué de l’ambassade de la Colombie en France

Evo Morales : la personnalité de la semaine du 14 au 20 décembre 2016

Mercredi 14 décembre ǀ COLOMBIE ǀ  Le gouvernement a signé les mesures de grâce d’au moins 110 guérilleros des FARC en application de l’accord de paix, a annoncé le ministère de la Justice. Il a précisé que ces mesures de grâce ou la future loi d’amnistie présentée au Parlement ne pourront bénéficier qu’aux membres de la guérilla des FARC, accusés ou condamnés de délits politiques ou qui y sont liés.

Jeudi 15 décembre ǀ MEXIQUE ǀ  Le gouvernement de l’État du Guerrero a envoyé des policiers récupérer María Felix de Almonte Sagado, la mère de Raybel Jacobo de Almonte, un criminel surnommé « El Tequilero », après que les résidents de la ville de Totolapan ont obtenu la libération de l’homme d’affaires Paz Duque en échange.

Vendredi 16 décembre ǀ HAÏTI ǀ  Plus de deux mille personnes ont manifesté à Port-au-Prince pour dénoncer le résultat préliminaire de l’élection présidentielle donnant la victoire à Jovenel Moïse dès le premier tour du 20 novembre, ce que ses opposants ont qualifié de « coup d’État électoral« .

Samedi 17 décembre ǀ BOLIVIE ǀ  Le président Evo Morales a accepté de se présenter pour un quatrième mandat, après que son parti l’ait proclamé candidat en 2019, malgré une réponse négative des Boliviens à ce sujet, lors d’un référendum en février dernier. Son parti « Mouvement vers le socialisme » a approuvé sa candidature à l’unanimité.

Dimanche 18 décembre ǀ CUBA ǀ  La police a bloqué l’organisation de manifestations, les premières depuis la mort de Fidel Castro le 25 novembre, et arrêté des dizaines d’opposants, ont affirmé des responsables de l’opposition. Une opération de police dans deux villes de l’est du pays simultanément a empêché les marches qui avaient été convoquées pour demander la libération d’opposants.

Lundi 19 décembre ǀ ÉTATS-UNIS – ARGENTINE ǀ    La Garde nationale de l’État de Géorgie, un des principaux centres militaires des États-Unis, a signé un accord avec le président Mauricio Macri qui permet que ses agents puissent opérer en Argentine et prennent des décisions qui outrepassent les Forces armées locales « si c’était nécessaire » !

Mardi 20 décembre ǀ ARGENTINE ǀ   Dossier « mort du procureur Nisman » : le tribunal de Cassation a écouté les plaidoiries de l’association juive DAIA qui reprend les accusations du procureur Nisman selon lesquelles l’ancienne présidente Cristina Fernández, son ministre des Affaires étrangères et un député de son parti, ont « comploté avec l’Iran pour que les auteurs de l’attentat restent impunis ». Cette thèse a pourtant déjà été rejetée par quatre fois par différents juges. L’avocate de l’ancienne présidente dénonce une « persécution politique ».

Guy MANSUY

La mort de Rafael Tovar y de Teresa, ministre de la Culture du Mexique

Homme politique, diplomate, historien et écrivain, Rafael Tovar y de Teresa, ministre de la Culture du Mexique, est mort, samedi 10 décembre à Mexico, à l’âge de 62 ans. Deux jours plus tard, un hommage national a été rendu à celui qui a modernisé la gestion publique des arts au Mexique, érigeant la culture au rang de ministère.

Photo Flickr – Commons

Rafael Tovar y de Teresa a été le premier à occuper le poste de ministre de la Culture, créé en décembre 2015 par décret présidentiel. Cette nomination a représenté l’apogée d’une carrière vouée à la création de dizaines de centres d’exposition, d’institutions culturelles et autres bourses de créateurs. Après avoir passé presque treize ans à la tête du Conseil national pour la culture et les arts (Conaculta) qui impulsait jadis les initiatives de l’État dans ce domaine sous la tutelle du ministère de l’Éducation, Tovar y de Teresa n’aura détenu son portefeuille ministériel qu’un an. Depuis quelques semaines, son cancer de la moelle osseuse l’avait contraint à se retirer de la vie publique.

Pourtant, francophone et francophile, il s’était rendu, le 5 octobre, en France pour inaugurer l’exposition de peinture « Mexique 1900-1950 » au Grand Palais à Paris. Un pays que cet avocat de formation connaissait bien après avoir étudié à l’université de la Sorbonne et à l’Institut d’études politiques de Paris. Il a aussi été, de 1983 à 1987, attaché culturel à l’ambassade du Mexique en France. Une expérience qui lui permettra de s’inspirer du modèle français pour transformer ensuite la politique culturelle mexicaine.

Né le 6 avril 1954 à Mexico dans une famille de sept enfants, ce mélomane débute sa carrière, dans les années 1970, comme critique musical au journal mexicain Novedades. Chargé de la culture au ministère du Budget, puis au sein du ministère des Affaires étrangères, il participe à la création, en 1988, de Conaculta, qui fédère les institutions culturelles du pays.

Passionné de littérature.   Ses qualités d’administrateur le propulsent, en 1991, à la tête de l’Institut national des beaux-arts, avant de prendre les rênes de Conaculta de 1992 à 2000 puis de 2012 à 2015. Tovar y de Teresa y a joué un rôle clé dans le développement d’un énorme réseau de plus de 1 200 musées et 22 000 bibliothèques à l’échelle nationale. Sans compter la création de fonds réservés à la promotion des arts, d’une chaîne de télévision publique culturelle (Canal 22), ainsi que des lieux de formation et de représentation consacrés au cinéma, à la photographie ou à la musique.

Ambassadeur du Mexique à Rome de 2001 à 2007, il est ensuite choisi pour diriger les préparatifs de la célébration du bicentenaire de l’indépendance et du centenaire de la révolution du Mexique, organisée en 2010. Un an plus tôt, ce passionné de littérature publie son premier roman, Paraíso es tu memoria (non traduit), inspiré de l’histoire de son grand-père, contraint à l’exil après la chute en 1911 du dictateur Porfirio Diaz. Ce dernier a constitué le thème central de ses recherches historiques qui ont fait l’objet de deux ouvrages, publiés en 2010 et en 2015.

D’une politique culturelle à une politique d’État.  De retour à la tête de Conaculta, en 2012, Rafael Tovar y de Teresa n’a eu de cesse de valoriser la culture au sein du gouvernement. « Ma priorité est d’articuler une politique culturelle qui se convertisse en politique d’État », martelait-il à l’envi. Une mission réussie qui suscite les éloges unanimes des artistes et hommes politiques. Grâce à lui, le Mexique dispose de « l’infrastructure culturelle la plus vaste d’Amérique latine et du meilleur système de soutien à la création artistique du monde », s’est félicité le célèbre romancier Jorge Volpi.

L’une des réalisations majeures de Rafael Tovar y de Teresa reste le Centre national des arts (Cenart), ouvert en 1994 à Mexico. C’est dans cette institution prestigieuse consacrée à l’éducation, à la recherche et à la diffusion artistiques contemporaines, qu’un hommage lui a été rendu, lundi 12 décembre, à l’initiative du président Enrique Peña Nieto. « Rafael voulait que tous les Mexicains aient accès à un maximum d’expressions culturelles du monde entier », a salué le chef de l’État sans prononcer le nom de celui qui poursuivra son œuvre.

Frédéric SALIBA
Journaliste au Monde

Michel Temer, président du Brésil, en pleine tourmente

Le gouvernement brésilien a applaudi un amendement à la Constitution qui gèle pendant vingt ans les dépenses publiques, une mesure phare du gouvernement de Michel Temer destinée à relancer la croissance.

Photo : The Appricity

Entre les scandales de corruption, les bombes lacrymogènes dans les rues et la confusion au Parlement, les choses vont mal pour le président Michel Temer qui essaie de sortir le Brésil, première économie d’Amérique latine, de la récession. Le gouvernement a applaudi mardi l’approbation de l’amendement à la Constitution qui gèle en volume pendant 20 ans les dépenses publiques, une mesure phare du gouvernement Temer destinée à relancer la croissance, mais qui est rejetée par la majorité des Brésiliens. « Cela a été une mesure historique », s’est félicité le ministre de l’Économie, Fernando Henrique Meirelles, choisi par le conservateur Temer pour remettre le pays sur les rails de la croissance. Mais depuis qu’il a remplacé la présidente de gauche Dilma Rousseff, écartée en mai puis destituée en août au terme d’une procédure controversée, M. Temer n’a pas de quoi se réjouir.

Le seconde partie de ses mesures d’austérité, qui prévoit d’augmenter l’âge minimum de la retraite de 60 à 65 ans, fait face à des réactions hostiles au Parlement et les manifestations se multiplient dans les rues. De plus, il plane sur le gouvernement et M. Temer lui-même des accusations de corruption liées au vaste scandale Petrobras, qui font trembler l’élite politique et industrielle du géant sud-américain.

Crédibilité en chute libre.  Quand Dilma Rousseff a été destituée, une bonne partie du pays a respiré, soulagé. Mme Rousseff avait été réélue pour un second mandat en 2014, mais sa popularité s’était vite effritée sous l’effet de la crise économique et des scandales de corruption. M. Temer, vieux renard de la politique et leader du PMDB (centre droit), vice-président de Mme Rousseff dans une coalition incommode, a alors pris les rênes, pour terminer son mandat jusqu’à la fin 2018.  Il a installé un nouveau gouvernement qui a marqué un virage à droite après 13 ans de pouvoir du Parti des travailleurs (PT, gauche). Ses positions répondaient aux demandes des investisseurs et des groupes économiques qui voulaient la destitution de Mme Rousseff. Cependant M. Temer est devenu rapidement aussi mal aimé que la dirigeante de gauche. Aujourd’hui, sa popularité est à 10 % et 60 % des Brésiliens rejettent ses mesures d’austérité, selon les sondages. Contrairement à Mme Rousseff, il bénéficie du soutien du Parlement mais ce dernier commence à se fissurer.

Lors du vote mardi de l’amendement gelant les dépenses publiques en volume (hausse limitée à celle des prix), 53 sénateurs ont voté pour, contre 61 en première lecture, courant octobre. Il y a également des disputes internes au sein de la coalition gouvernementale qui rendront encore plus difficile le vote des réformes de la sécurité sociale et des retraites, tandis que le mécontentement populaire augmente.

Tourbillon de corruption.  En plus de ces difficultés, des parlementaires ont présenté une requête pour demander la destitution de M. Temer. L’analyste politique Michael Mohallem, de la Fondation Getulio Vargas (FGV, privée), estime toutefois peu probable que le gouvernement Temer tombe. La situation est « aussi critique ou pire que lorsque Rousseff était présidente. Mais il a le soutien du Parlement et il est peu probable qu’il suive le même chemin« , affirme-t-il. L’expert souligne toutefois qu' »avec ce climat plus difficile, sa situation se fragilise« .

L’étau se resserre autour de M. Temer dans le cadre du scandale Petrobras qui éclabousse une grande partie du Parlement et du gouvernement. L’enquête a déjà forcé plusieurs membres du gouvernement à la démission. Dernier départ en date, mercredi : celui de José Yunes, l’un des plus proches conseillers de M. Temer. Selon la presse, le secrétaire du programme d’investissements, Moreira Franco, serait sur le point d’en faire de même. L’opération « Lavage Express » est entrée dans une nouvelle phase avec les témoignages – en l’échange de remises de peine – de soixante-dix-sept anciens dirigeants et cadres du groupe de BTP Odebrecht, entreprise au cœur du scandale Petrobras. Même le chef de l’État a été mentionné : il aurait demandé près de trois millions d’euros pour financer des campagnes de membres de son parti. Michel Temer a « rejeté avec véhémence ces fausses accusations » samedi.

Par AWP,
d’après le Journal Bilan de Genève

À vingt ans des accords de paix, une analyse du Collectif Guatemala de Paris

En cette fin décembre 2016, le Guatemala célèbre les vingt ans des accords de paix qui mirent fin à l’un des conflits armés internes les plus longs et sanglants de toute l’Amérique latine. Pour le Collectif Guatemala, – une association dont l’objectif est le soutien aux organisations de droits humains et au mouvement social et indigène guatémaltèques –  force est de constater que la paix instaurée par les Accords de 1996 est une paix faite à la mesure de « l’alliance qui a gagné la guerre » : celle des militaires et de l’élite économique.

Photo : Terdav

La paix des vainqueurs (1).  Comme tous les anniversaires, celui-ci appelle à dresser un bilan, à évaluer ce qui a fonctionné et ce qui a échoué, à identifier les bonnes pratiques et les erreurs à ne pas répéter. Comme l’affirme Fernando Solís, économiste et coordinateur de la revue El Observador, « l’implantation du modèle de démocratie » a produit un changement structurel, qui a débouché sur un nouveau « modèle d’accumulation », calqué sur le modèle néolibéral du consensus de Washington (2). Une fois l’obstacle de la guérilla écarté, le gouvernement a pu abaisser les barrières douanières pour faciliter le commerce international et favoriser l’afflux de capital étranger.

Parallèlement, de larges pans de l’économie nationale ont été privatisés ou libéralisés, notamment dans les secteurs des mines, du pétrole et de l’électricité. Dans ce contexte, se sont formées des alliances entre des familles de l’oligarchie guatémaltèque et des entreprises transnationales, autour de trois grands axes d’accumulation : les monocultures (palmier à huile, canne à sucre, caoutchouc etc.), les industries extractives (mines et pétrole) et mégaprojets d’infrastructures (centrales hydroélectriques, routes, ports, aéroports).

Une nouvelle ère de pillage ?   Entreprises transnationales, centrales hydroélectriques, mines… des termes au centre de la « conflictivité sociale » et des violations des droits humains ces dernières années. Les accords de 1996, censés établir une paix « ferme et durable », ont donc en réalité ouvert la voie à une « nouvelle ère de pillage », voire à un « quatrième génocide » pour certaines organisations mayas. Les peuples autochtones sont en effet les premières victimes du système actuel, leurs territoires attirant la convoitise des entreprises extractives, soutenues par l’État, tandis que les dispositions en leur faveur contenues dans les accords de paix sont loin d’avoir été mises en œuvre.

Cette « nouvelle ère » repose néanmoins toujours sur des fondements forgés dans le feu de la lutte contre-insurrectionnelle, lorsque les grands entrepreneurs, craignant pour leur sécurité et leurs intérêts, soutinrent politiquement, économiquement et militairement les juntes militaires. Une alliance fluctuante et contradictoire, laissant parfois la place à des confrontations ouvertes, mais qui sait se recomposer lorsque les circonstances l’exigent. Dernier exemple en date, l’offensive conjointe d’ex-militaires proches du président Jimmy Morales, d’entrepreneurs mis en cause par la justice, de fonctionnaires du gouvernement précédent et de députés, afin de reprendre la présidence du Congrès et de bloquer ainsi toute réforme du système politique et perpétuer le pillage de l’État. Dans le reste du pays, cette alliance se traduit par la perpétuation des techniques de contre-insurrection, utilisées non plus pour combattre la guérilla mais désarticuler l’opposition aux projets qui accaparent les terres et utilisent les ressources naturelles. Vingt ans après, le Guatemala est là pour nous rappeler que la paix peut être la continuation de la guerre par d’autres moyens.

Cyril BENOIT

(1) Un article publié dans le bulletin Solidarité Guatemala n° 219 du Collectif Guatemala. Intertitres et mise en page de Jac Forton.   (2) Sebastián Escalón, La nueva era del saqueo, Plaza Pública du 6 novembre 2016.

Le rapport PISA et les révélations de l’Unicef : un traumatisme pour l’Amérique latine

Le rapport du Programme international pour l’évaluation des étudiants, connu comme le « Rapport Pisa », géré par l’OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économiques), et réalisé tous les trois ans, étudie le niveau des étudiants de 72 pays. Il est devenu un véritable traumatisme pour de nombreuses nations, en particulier les États latino-américains. Et l’Unicef, à l’occasion de son 70e anniversaire, a fait des révélations graves sur la pauvreté infantile en Amérique latine.

Photo : Film « La Valse des inutiles » d’Edisón Cajas (Chili)

Le rapport Pisa 2015.  Il vient d’être révélé, et ne fait pas exception. Le Mexique par exemple reste dernier, comme il y a 15 ans, bien qu’il soit supérieur à la Colombie, au Brésil, au Pérou et au Costa Rica en mathématiques.

Pour ce qui concerne le Pérou, le Pisa a également été « dévastateur » ces dernières années, mais quelques bons résultats dans le niveau éducatif commencent à apparaître. Auparavant le Pérou était le dernier des 65 nations évaluées. Il est aujourd’hui 66e  sur 72, avec une amélioration dans le domaine de la lecture, des mathématiques et des sciences . L’amélioration des résultats du Pérou, bien que minime, apporte quand même beaucoup d’espoir. Selon le ministre de l’Éducation, Jaime Saavedra, c’est le pays qui a le plus progressé en Amérique latine. À présent, le Pérou se compare au Brésil et s’approche de la Colombie, bien qu’il soit toujours loin du Chili et de l’Uruguay, les plus performants du continent.

Mais tout ce qui brille n’est pas d’or. Une étude sur l’Amérique latine, faite après le Pisa, a montré que l’écart entre les étudiants de niveau socio-économique plus élevé et plus bas a augmenté. Ce qui signifie que les riches continuent d’avoir la meilleure éducation et les pauvres et les très pauvres la pire qui soit.

Quant à l’Uruguay, l’étude estime que 58 % des jeunes Uruguayens n’ont pas les connaissances basiques. Au rythme de l’amélioration actuelle, l’Uruguay ne pourra jamais atteindre la moyenne dans les épreuves Pisa . Cette information provient d’un rapport de la Banque interaméricaine de développement (BID), qui affirme qu’atteindre cet objectif est « impossible » pour le pays. L’étude ajoute que depuis 2003, la première année où l’Uruguay a participé à l’évaluation internationale, le score moyen de rendement des élèves uruguayens « n’a progressé dans aucune des trois matières » qu’évalue PISA (sciences,  lecture et mathématiques). De fait, depuis cette année, l’Uruguay reste au niveau 2 du seuil des compétences requises. La moyenne de l’OCDE est de 500 points. En 2015, l’Uruguay a obtenu 435 points en sciences, 447 points en lecture et 418 points en mathématiques. Les pays les meilleurs, comme par exemple Singapour et le Japon, obtiennent en sciences, 556 et 538 respectivement. La conclusion de l’étude de la BID est déjà significative, mais elle l’est encore plus si l’on tient compte du fait qu’après l’édition 2012 du Pisa, l’Unicef prévoyait qu’il faudrait au moins 20 ans à l’Uruguay pour atteindre la moyenne de l’OCDE. Trois ans plus tard, cette possibilité paraît « inaccessible ». Ce que l’on peut reconnaître de positif à l’Uruguay, c’est qu’il a intégré 10 % de jeunes en plus dans le système éducatif.

Le rapport de la BID alerte aussi sur le fait que la moitié des jeunes latino-américains de 15 ans, scolarisés et qui se soumettent au Pisa, se situent en dessous du niveau de performance, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas les compétences requises pour vivre au XXIe siècle. L’écart avec les pays de l’OCDE ou avec ceux qui ont obtenu les meilleurs résultats au Pisa 2015 est notoire. L’Uruguay investit 4,5 % du PIB dans l’éducation, et les pays de l’OCDE, 6%. La BID a par ailleurs complété son étude en incluant les jeunes de 15 ans qui sont hors du système éducatif et n’ont donc pas participé au Pisa. Dans ce cas, le pourcentage des jeunes Latino-Américains qui n’ont pas les compétences basiques grimpe de 50 % à 66 %. Au final, la BID estime qu’il y a environ 31  000 jeunes de 15 ans qui ne possèdent pas les compétences de base pour vivre dans une société moderne en Uruguay. En Amérique latine, leur nombre est estimé à près de cinq millions et demi. C’est au Chili qu’il y a le moins de jeunes sans compétences, et en République dominicaine qu’il y en a le plus (dans le cas des sciences, 48 % et 90 % respectivement).

L’Unicef .    Ce 11 décembre, à l’occasion de son 70e anniversaire, elle a qualifié d’inacceptable que 70 millions d’enfants – 4 sur 10 – soient en situation de pauvreté en Amérique latine et dans les Caraïbes, et que 28,3 millions d’entre eux soient en situation d’extrême pauvreté. En précisant que ces enfants appartenaient essentiellement aux populations indigènes et d’ascendance africaine, vivant en zone rurale et péri-urbaine. « Non seulement ces chiffres sont inacceptables éthiquement, mais ils témoignent d’une violation des droits humains de milliers d’enfants, droits détaillés dans la Convention des droits des enfants, ratifiée par tous les pays du continent » a déclaré la directrice de l’Unicef pour l’Amérique latine et les Caraïbes, María Cristina Perceval.

L’Unicef a cependant reconnu que, dans les deux dernières décennies, l’Amérique latine et les Caraïbes avaient amélioré leur croissance économique, avec un impact direct sur les conditions sociales et le bien-être des enfants. À l’heure actuelle, la mortalité des enfants de moins de cinq ans a diminué de 64 %, et 8 enfants sur 10 ont accès à l’école maternelle. Et dans tous les pays, on note une sensible augmentation de l’accès à l’école primaire. « Cependant », a ajouté Perceval dans une déclaration publique, « s’il existe des différences dans et entre les pays, la pauvreté infantile reste un scandale de discrimination, d’humiliation et d’exclusion pour bien plus que la moitié des enfants ».

L’Unicef, dont le siège régional se situe à Panama, a lancé un appel à tous les gouvernements, au secteur privé et aux communautés pour « qu’ils s’unissent contre la pauvreté des enfants, et que les progrès économiques puissent leur bénéficier. Nous pouvons et nous devons transformer ce modèle de développement non durable, avec sa concentration de la richesse, pour avancer de façon responsable et solidaire vers un développement durable, (…) qui aura pour but l’intérêt des enfants, et une société plus juste, libre et égalitaire »  a-t-elle déclaré. Pour son anniversaire, l’Unicef a publié une vidéo sur son compte Youtube avec un appel à la prise de mesures concrètes pour atteindre l’objectif n°1 d’ici 2030, à savoir aller vers le développement durable et éradiquer la pauvreté.

Catherine TRAULLE

Reymi Ferreira, ministre bolivien, dénonce la tragédie aérienne en Colombie

Mercredi 7 décembre ǀ BRÉSIL ǀ  La Cour suprême a décidé de maintenir à son poste le président du Sénat, Renan Calheiros, accusé de corruption. Trois jours plus tôt, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre un vote du Congrès annulant des mesures anticorruption, « notamment la criminalisation de l’enrichissement illicite ». Un vote interprété par les manifestants comme une volonté du réduire la marge de manœuvre de la justice dans le cadre de la vaste opération judiciaire Lava Jato, après le scandale de pots de vin dans l’affaire Petrobras.

Jeudi 8 décembre ǀ PARAGUAY ǀ   94 % des terres agricoles sont destinés à l’agro-exportation (soja OGM et viande). Elles sont souvent dans les mains d’industriels étrangers. Les 6 % restants ne peuvent nourrir la population d’où l’importation massive d’aliments au coût toujours plus élevé.

Vendredi 9 décembre ǀ BOLIVIE ǀ  Les conditions de l’écrasement du vol Lamia en Colombie, tuant 71 personnes, dont presque toute une équipe brésilienne de football, peuvent être assimilées à un « assassinat » et non pas à un « accident« , s’est insurgé le ministre de la Défense bolivien, Reymi Ferreira.

Samedi 10 décembre ǀ COLOMBIE ǀ  Le chef de l’État, Juan Manuel Santos, accompagné de négociateurs et de victimes, a reçu le prix Nobel de la paix à Oslo en Norvège.

Dimanche 11 décembre ǀ CHILI – ÉTATS-UNIS – NORVÈGE ǀ   Pablo Sepúlveda Allende, petit-fils de l’ancien président Salvador Allende, a demandé à l’Institut Nobel d’Oslo qui décerne le Prix Nobel de faire arrêter Henry Kissinger, ex-secrétaire d’État des États-Unis en 1973, pour son soutien à la dictature du général Augusto Pinochet.  Voir notre article principal.

Lundi 12 décembre ǀ ARGENTINE ǀ   À un an de son élection, le bilan du président Mauricio Macri est plus que mitigé. Sa promesse de « pauvreté zéro » est un échec, celle-ci étant passée de 29 à 32 %…

Mardi 13 décembre ǀ BELIZE – GUATEMALA ǀ   Depuis l’indépendance du Belize (1981), le Guatemala revendique une partie de son territoire. Un  referendum simultané prévu en 2008 devait établir que les deux parties porteraient leur différend territorial devant la Cour internationale de justice de La Haie (Pays-Bas). Ce referendum n’ayant pas eu lieu, le Guatemala vient de décider qu’il pourra avoir lieu dans le pays sans qu’il soit simultané avec le Belize.

Guy MANSUY

France et Colombie, regards croisés en 2017 annoncent plus de deux cents manifestations dans les deux pays

La décision d’organiser une Année France-Colombie en 2017 a été prise le 25 janvier 2015 par les présidents François Hollande et Juan Manuel Santos. Première Année croisée organisée en Amérique du Sud depuis l’Année France-Brésil (2009), l’Année France-Colombie débutera, de décembre 2016 à juillet 2017, par une Saison française  en Colombie, suivie par une Saison colombienne en France de juin à décembre 2017. Au cours de la Saison française en Colombie (16 décembre 2016 au 14 juillet 2017), plusieurs autres grands événements seront présentés aux publics colombiens. De notre part nous avons proposé au commissariat français d’organiser nos Bellas Francesas dans le cadre de la francophonie, fin mars, avec la présence de trois écrivains français qui dialogueront avec des homologues colombiens.

Photo : Anne Louyot, Jean-Marc Laforêt (ambassadeur de France) et Fabián Sanabria

La France a déjà des atouts importants : une forte présence économique (170 entreprises) ; une bonne relation politique (appui colombien pour la COP 21) ; une très bonne image culturelle, parfois un peu datée ; un réseau dense de 12 Alliances françaises (le 2ème du monde après le Brésil) ; 140 accords de coopération universitaire. L’enjeu est donc d’actualiser la perception de la France et de valoriser son expertise. Composée de deux saisons successives (France en Colombie au premier semestre 2017, puis Colombie en France au second semestre) la programmation de l’Année France-Colombie concernera tous les secteurs et les principales villes de France et de Colombie, en favorisant l’établissement de partenariats durables et l’implication forte des collectivités territoriales et des entreprises.

L’événement d’inauguration officiel de l’Année France-Colombie s’est déroulé à Bogotá, sur la place Bolivar qui a accueilli, entre le 16 et le 23 décembre, une création de la Fête des Lumières de Lyon, avec un spectacle grandiose de projections vidéo, son et lumière encore jamais vu auparavant dans cette ville. Conçu par Jean-François Zurawik, directeur de la Fête des Lumières, et l’artiste Damien Fontaine, il emportera le public dans une scénographie visuelle immersive qui déclinera dans un univers empreint d’onirisme certains épisodes marquants de l’histoire de Bogotá et de la Colombie, en mettant en lumière les nombreuses connexions avec la France. Au cours de la Saison française en Colombie (16 décembre 2016 au 14 juillet 2017), plusieurs autres grands événements seront présentés aux publics colombiens : la France invitée spéciale au festival de musique de Carthagène, à la foire internationale du Livre de Bogotá et à la Biennale photographique de Bogotá, des saisons françaises au Teatro Mayor et au Teatro Colón de Bogotá;  un salon Bienvenue en France à Bogotá (attractivité universitaire, économique et touristique) ; une grande exposition du CNAP au Banco de la República de Bogotá ; un important programme de résidences artistiques ou encore des Assises du français en Colombie.

QUELQUES GRANDS ÉVÉNEMENTS PRÉVUS.   Culture : nombreux projets de co-créations comportant un volet formation ; la France invitée spéciale au Festival de Musique de Carthagène, au Salon du livre de Bogotá, à la Bienal Fotográfica de Bogotá, au Festival de la Imagen de Manizales (art numérique) et au festival international de cinéma de Carthagène, entre autres. Économie : la France invitée spéciale dans différents salons (agriculture, tourisme, mode…) ; Forum économique thématique à Paris, organisé par le ministère de l’Économie, centré sur les conditions de l’investissement étranger en Colombie. Universités et recherche : salon Destino Francia à Bogotá (attractivité universitaire) ; rencontres interuniversitaires franco-colombiennes à Lyon ; cycles de colloques dans les deux pays sur la sortie de la violence, le dialogue citoyen, les femmes et la science, la ville durable, les enjeux technologiques… Langue française : organisation des premières Assises du français en Colombie.

Deux commissaires pour une année.   Les deux pays ont nommé Anne Louyot de l’Institut français et Fabián Sanabria, anthropologue colombien. Anne Louyot est une diplomate française spécialisée dans les questions culturelles. Elle a notamment été commissaire de l’Année de la France au Brésil, en 2009, expérience qui explique sa nomination au poste de commissaire de l’Année France-Colombie. Excitée par ce nouveau projet, elle évoque les relations entre les deux pays dans le site de l’Institut français en Colombie. Nous reproduisons un extrait d’une interview interview menée par Carolina Niso, publiée dans le magazine Americas Latinas Magazine le 28 septembre 2016.

Quelle image aviez-vous du pays en arrivant en Colombie et quelle est-elle à présent ?

J’ai passé ces deux dernières années en Colombie, ce qui a beaucoup changé ma vision du pays. J’ai constaté que la situation était moins tendue que ce qu’on peut imaginer de l’extérieur. J’ai aussi eu la chance de connaître la diversité de la vie culturelle colombienne, que je serai très heureuse de faire découvrir en France.

En tant que commissaire de l’année France-Colombie, comment expliquez-vous le choix « des saisons croisées » entre les deux pays pour 2017 ?

La France organise des « saisons » depuis 30 ans, avec des pays choisis pour des raisons à la fois culturelles et politiques. La décision d’organiser une Année France-Colombie a été prise par les présidents français et colombien et annoncée pendant la visite du président Santos à Paris au mois de janvier […]. Ce choix traduit la volonté de renforcer encore les relations déjà excellentes entre la France et la Colombie, et d’améliorer la connaissance que chaque pays a de l’autre. La Colombie est à une période charnière de son histoire. Un des pays les plus dynamiques d’Amérique latine sur le plan économique, et engagé dans un courageux processus de paix, que la France soutient.

Pouvez-vous expliquer le nom de « saisons croisées » ?

Les « saisons croisées » sont un ensemble de manifestations culturelles, mais aussi scientifiques, économiques ou sportives, décidées et mises en œuvre conjointement dans les deux pays. La priorité sera donnée aux projets dont l’objectif est de renforcer les échanges : co-créations en matière artistique, échanges d’expériences et réflexions sur de nouveaux axes de coopération dans les autres domaines. L’Année France-Colombie débutera au 1er semestre 2017 avec la Saison française en Colombie et se poursuivra au 2e semestre avec la Saison colombienne en France.

Que peut apporter la France à la Colombie et vice versa ?

La France a la chance d’être connue et appréciée des Colombiens. Je suis étonnée par le nombre de Colombiens parlant français, ou ayant vécu en France. Mais je m’aperçois que les gens connaissent mieux la France d’autrefois. à nous de les surprendre en présentant une France contemporaine, inventive et créative. La création contemporaine colombienne en arts visuels, musique, littérature… est très riche, et étonnera le public français. Nous pouvons aussi nous inspirer d’expériences passionnantes menées en Colombie, par exemple sur la ville durable.

Fabien Sanabria

Fabián Sanabria est anthropologue à l’Université nationale de Colombie et docteur en sociologie de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris. Professeur des universités, il concentre ses recherches et publications dans le domaine de « l’anthropologie et la sociologie des croyances ». Il a été directeur de l’Institut colombien pour l’étude des religions (ICER) et du département de Sociologie de l’Université nationale de Colombie, ainsi que doyen de la faculté des sciences humaines de la même institution, où il dirige toujours le Groupe d’études en subjectivités et croyances contemporaines (GESCCO). En décembre 2010, il a été décoré par le gouvernement français comme Chevalier de l’ordre des Palmes académiques, et actuellement il est directeur général de l’Institut colombien d’anthropologie et d’histoire (ICANH).

SITE de l’Institut Français

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