Archives mensuelles :

octobre 2016

Des auteurs que nous aimons à moins de dix euros…

Les éditions Points, du groupe des éditions du Seuil, nous proposent des parutions mensuelles et des nouveautés à des prix vraiment accessibles et surtout de belles présentations avec des couvertures soignées et limpides. Parmi les auteurs que nous avons remarqués dans les nouveautés de ce mois-ci, plusieurs romans de l’écrivain chilien Luis Sepúlveda dont le plus fameux Le vieux qui lisait des romans d’amour. Une nouveauté aussi, une nouvelle édition, en poche, d’un grand classique de la littérature latino-américaine, Cent ans de Solitude de l’écrivain colombien et prix Nobel de littérature Gabriel García Márquez.

Parmi les auteurs qui ont accepté nos invitations à nos festivals littéraires Belles Latinas ou Bellas Francesas, nous remarquons parmi les nouveautés le livre de Véronique Ovaldé, La Grâce des brigands ou le dernier de Dominique Fabre, Photos volées qui sera présente dans quelques jours à nos Belles Latinas, ainsi que plusieurs livres de Lydie Salvayre dont Pas pleurer , qui lui a fait gagner le Goncourt 2014.

Cercle Points

Le Chili et l’Argentine se sont mis d’accord pour la construction d’un tunnel au travers des Andes

Les représentants des gouvernements du Chili et de l’Argentine ont signé à Santiago un accord pour construire un tunnel au travers de la cordillère des Andes entre la région chilienne de Coquimbo et la province argentine de San Juan.

Photo : Frontière entre Mendoza et Los Andes (Site web)

Les gouvernements du Chili et de l’Argentine ont commencé ce lundi 17 octobre le processus d’appel d’offres internationales pour la construction d’un long tunnel à travers la cordillère des Andes, l’un des plus grands projets d’intégration binationale en Amérique du Sud.  Les autorités des deux pays ont fait appel, lors d’une cérémonie à Santiago, à la présélection des entreprises pour la conception et la construction de l’œuvre qui coûtera quelque 1 500 millions de dollars, et qui reliera la région chilienne de Coquimbo et la province argentine de San Juan. Le tunnel Agua Negra, d’une longueur de 14 kilomètres, vise à devenir un couloir biocéanique central, puisqu’il permettra également de se connecter avec Porto Alegre, l’une des régions les plus industrialisées du Brésil. « Ce projet fait partie du processus de rapprochement entre le Chili et l’Argentine et vise à améliorer la communication entre les deux pays en créant de nouvelles  conditions pour le transport de marchandises et de passagers, afin de stimuler le développement économique et touristique », a déclaré le gouvernement chilien lors de l’annonce de l’événement. Les autorités chiliennes ont estimé que le tunnel, en comptant le travail des ingénieurs, les expropriations territoriales et la construction, pourrait être terminé dans les huit à dix ans à venir.

Entre autres avantages, ce tunnel, qui sera édifié à une plus basse altitude que la frontière actuelle, pourra fonctionner toute l’année, en dépit des intenses chutes de neige de l’hiver austral qui bloquent actuellement la circulation. Assistaient à la cérémonie d’appel d’offres, les ministres des Finances des deux pays, le ministre des Affaires étrangères chilien et les secrétaires d’État aux Travaux publics et aux Transports du Chili et de l’Argentine, ainsi que  les autorités des régions de Coquimbo et San Juan.

D’après El Universo
diTraduit par Catherine Traullé

L’artiste chilienne Lucía Araneda expose ses dernières œuvres à Lyon

L’artiste plasticienne d’origine chilienne Lucía Araneda, après une longue carrière et de nombreux prix pour son œuvre,  expose ses dernières sculptures au Salon du Sud-Est, à Lyon où elle a vécu  plusieurs années. Le Salon sera inauguré le samedi 5 novembre et  restera ouvert au public jusqu’au lundi 21 novembre prochain.

Photo : Alain Kaiser

Lucía Araneda suit des études à l’École expérimentale d’éducation artistique, puis à l’Université de Santiago. Jusqu’en 1973 elle enseigne à l’Université du Chili. Ancienne réfugiée politique, elle est arrivée en France en 1975 avec un solide bagage. Depuis, elle partage son activité professionnelle de sculpteur entre la création personnelle et l’enseignement. Après une formation au dessin et à la peinture débutée très jeune dans une école d’État expérimentale Lucía Araneda manie son art avec une remarquable technique et montre d’abord, à travers une multitude de personnages, le passé culturel de son pays et de son peuple. Son art évolue ensuite, de l’engagement politique initial et de la nostalgie de la patrie lointaine, vers une expression plus universelle, où la maturité créatrice de l’artiste se manifeste à travers des formes pleines et arrondies. Dans ses travaux plus récents, des lignes de tension plus marquées augmentent encore la force expressive de ses œuvres.

Elle a en effet vécu et travaillé entre Thizy et Lyon ces dernières années et a déjà eu l’occasion de présenter son travail dans de nombreuses expositions. De nombreux prix et acquisitions jalonnent sa carrière : bibliothèques de Meyzieu et d’Oullins, jardin de l’EM à Écully, sculpture pour le conseil général du Rhône, prix Rotary club, Grand prix des métiers d’arts de la Ville de Lyon, ou encore le 2e prix sculpture Jean-Moulin.

Matière et sujets

Le matériau de prédilection de l’artiste est la terre et le bronze : « C’est la tradition dans mon pays d’origine, héritier des civilisations précolombiennes ». Sous forme de terre cuite ou de bronze, ses sculptures ont longtemps eu pour sujet le corps humain, dans « une expression universelle où la maturité créatrice se manifeste à travers des formes pleines et arrondies ». Plus récemment, des lignes de tension plus marquées augmentent la force expressive de ses œuvres. Mais depuis quelque temps, l’artiste aborde les animaux…

Olga BARRY

Les éditions Autrement proposent un premier roman de l’écrivain Mario Benedetti, décédé en 2009,  « Qui de nous peut juger »

L’Uruguayen Mario Benedetti, décédé en 2009, est, au moins en Europe, en pleine « traversée du désert », phénomène courant malheureusement. Une nouvelle publication le concernant est donc particulièrement bienvenue. Les éditions Autrement en effet ont la bonne idée de proposer aux lecteurs français son premier roman, publié en 1953 et jamais traduit. Voilà une bonne occasion de découvrir ou de redécouvrir cet écrivain qui devrait tenir une place plus importante dans les lettres hispano-américaines.

Photo : Site Topsy/éd. Autrement

Romancier, essayiste, poète, auteur de cuentos, Mario Benedetti (1920-2009) a été le témoin et l’acteur de son temps, avec un rôle actif dans la culture et la politique, enseignant la littérature à l’université tout en militant dans son pays, avant de devoir s’exiler. Il a vécu en Argentine, au Pérou (où il a été emprisonné pour raisons politiques), en Allemagne, en Espagne et à Cuba, avant de pouvoir rentrer à Montevideo. Son œuvre poétique s’est enrichie jusqu’à ses dernières années. Il semblait moins à l’aise dans le domaine de la narration, ce qui ne l’a pas empêché de publier quelques authentiques chefs d’œuvre comme les cuentos  de Con o sin nostalgia – Avec ou sans nostalgie (1977) et le roman Primavera con una esquina rota – Printemps dans un miroir brisé (1982), qu’on ne peut malheureusement plus se procurer dans leur version française.

Qui de nous peut juger, écrit de jeunesse, reprend le schéma du triangle amoureux, sujet intemporel et universel, inépuisable. Mais ce n’est pas le côté anecdotique qui a intéressé notre jeune écrivain. Il a préféré observer le cruel jeu des attirances et de l’indifférence entre les deux jeunes hommes et la fille. Ils ne se trouvent pratiquement jamais réunis en même temps (la figure dominante dans le film Jules et Jim). Mais les deux personnages en présence ne parlent que du troisième, pour faire son éloge. La nature de chacun le pousse à se rapprocher des autres, mais jusqu’à quel point est-ce possible, et jusqu’à quel point se rapprochent les deux autres ?

L’analyse de Mario Benedetti est d’une grande finesse. De grandes questions sont posées et, à chaque fois, le narrateur donne des amorces de réponses, quelques mots qui nous aident à creuser notre propre sillon, fait le plus souvent d’autres questions et de nos amorces de réponses. Les sujets abordés tournent autour du bonheur terrestre, de la prédestination par le caractère, l’amitié partagée, la solitude inhérente à l’être humain. A-t-on jamais mieux suggéré l’éloignement infini de deux jeunes mariés étendus immobiles côte à côte sur le lit conjugal ?

L’ombre d’Albert Camus (celle de L’Étranger ou de La Chute) semble planer sur ces vies banales, sur ces tâtonnements sentimentaux, sur cette résignation paisible, sur ces renoncements. Il y est aussi question de franchise, de lâcheté, de tout ce qui fait ou défait une amitié ou un amour. Cela en guère plus de cent pages. Chacun des trois personnages intervient à son tour, chacun avec sa propre façon de raconter sa vérité, trois histoires qui en font une dont seul le lecteur peut avoir une vision générale et peut-être objective. Chacun est le témoin de son échec, et le lecteur en est le témoin omniscient, joli retournement des codes romanesques traditionnels. On a beaucoup décrié le roman psychologique, qualifié de démodé, d’ennuyeux et de tant d’autres défauts. Lisons  Qui de nous peut juger et on aura la preuve que cette façon de voir est elle-même dépassée, que subtilité et profondeur sont au rendez-vous.

Christian ROINAT

Qui de nous peut juger de Mario Benedetti, traduit de l’espagnol (Uruguay) par Serge Mestre, 135 p., 15 €. Mario Benedetti en espagnol : Con o sin nostalgia / Primavera con una esquina rota / Gracias por el fuego/ Cuentos completos / Poesía escogida, Alfaguara.

Vote-sanction aux municipales chiliennes

À un an des élections présidentielles, la coalition officielle Nouvelle majorité (centre gauche) est battue lors des élections municipales par la coalition Allez le  Chili (droite). Parmi les explications possibles : une erreur administrative de taille, une nomination politique douteuse (l’Opération Pacheco) et  un haut niveau d’abstention (66 %). Surprenants bons résultats des candidats indépendants.

Photo : Présidence de la république du Chili.

Les causes. Cette défaite de la coalition au pouvoir (37,05 % des voix) (1) face à l’opposition de droite (38,45 %) (2) est mise sur le compte de plusieurs facteurs.  Tout d’abord, une grave erreur administrative du Service électoral a fait que près de 500.000 personnes n’ont pas pu voter, le Servel ayant changé l’adresse de leur point de vote à quelques jours des élections. Ensuite, juste avant le scrutin, la présidente Michelle Bachelet « libère » son  ministre de l’Énergie, Máximo Pacheco,  pour qu’il devienne le chef de l’équipe de campagne de l’ancien président Ricardo Lagos en vue des prochaines élections présidentielles. Cette « intromission » de la présidente dans la course aux candidatures pour la primaire de la coalition est très mal ressentie par les autres partis et un secteur de l’opinion publique.

Une abstention massive. Non seulement 66 % des électeurs ont préféré rester à la maison, mais 4,7 % d’entre eux ont « annulé » leur bulletin et 3,95 % ont voté blanc. Les analystes politiques soulignent la désaffection des citoyens pour les partis, les politiciens ou la politique, ou les trois…  Pour le sénateur radical Alejandro Guiller, possible candidat présidentiel, « le taux d’abstention est une catastrophe pour la démocratie… Il faut sortir dans la rue et récupérer la confiance des citoyens car il existe une grande déception quant aux styles des conduites politiques dans le pays… Il n’est pas sûr que la coalition survive ». De son côté, le président du Parti Progressiste Marco Enriquez-Ominami fait remarquer : « il nous faut assumer le message : les Chiliens veulent le progressisme parce que, au total, nous avons reçu plus de vote que la droite. Mais la droite a su nous diviser… »

La surprise du jour : le vote en faveur des indépendants. Un autre indice qui montre la désaffection des électeurs pour le « duopôle » (les deux coalitions et leurs partis traditionnels) est le bon résultat des candidats indépendants : près d’un tiers d’entre eux a voté pour un indépendant de gauche ou de droite. Leur plus grande victoire est à Valparaiso, siège du Parlement. En juillet dernier, le « vote citoyen », une sorte de primaire organisée en juillet dernier par la rue avait amené plus de 5.000 personnes à voter pour Jorge Sharp, 31 ans, un jeune avocat  membre du Mouvement gauche autonome dont le président est Gabriel Boric, responsable étudiant connu pour ses manifestations en faveur d’une éducation de qualité à la portée financière de tous. La rue lui a donné raison : il est le nouveau maire (de gauche) de la ville. « Ce n’est pas que les gens évitent la politique, mais ils évitent définitivement les partis politiques… Le duopole est terminé, finies la corruption, l’injustice et les mauvaises pratiques… ». Vaste programme !

Les présidentielles de 2017, un combat des (vieux) chefs ?  Personne ne se fait d’illusion : ces municipales sont un bon indice de l’état de la conscience politique au Chili. Même si la victoire n’est pas vraiment considérable, la droite est bien sûr satisfaite : « C’est la première étape vers la reconquête du Palais présidentiel de La Moneda » annonce Hernán Larraín, le président de la UDI. La présidente Michelle Bachelet est consciente du danger : « Le Chili a parlé et … il nous faut entendre cet appel parce qu’il est fondé… Comme coalition, nous avons parfois montré plus de division que d’unité sur les thèmes qui sont importants pour les citoyens. »

Les présidentielles s’annoncent comme un combat entre deux anciens présidents. Ricardo Lagos (2000 à 2006) espère bien remporter les primaires de la coalition Nueva Mayoría. Sebastian Piñera (2010 à 2014)  ne s’est pas encore déclaré mais tout le monde sait qu’il sera le candidat de la droite.  Ces deux présidents avaient terminé leur mandat sans gloire ni trompettes…  Les prochaines présidentielles, un combat des vieux chefs ? Tout n’est pas joué cependant car Isabel Allende, fille de Salvador Allende et présidente de la Chambre des députés, se présentera peut-être aussi à la primaire de la Nueva Mayoría.  De même qu’Alejandro Guiller du Parti radical. Ces nouvelles personnalités de gauche pourront-elles remotiver les électeurs ? C’est peu probable car la grande majorité des électeurs ne se reconnaît pas dans les partis du duopôle. Alors, les regards se tournent vers les nouveaux partis et les visages indépendants…

Jac FORTON

(1) La Nueva Mayoria est formée par les Partis radical (PR), démocrate-chrétien (DC), social-démocrate (PPD), socialiste (PS) et communiste (PC). (2) La coalition Chile Vamos est composée des Partis Rénovation nationale (RN, droite) et Union démocrate indépendante (UDI, ultra conservatrice).

Actualités de la semaine du 19 au 25 octobre 2016

Mercredi 19 octobre ǀ VENEZUELA ǀ Le Conseil national électoral a annoncé le report du scrutin régional destiné à désigner les gouverneurs des Etats, prévu fin 2016, à la fin du premier semestre 2017. L’annonce survient dans un climat très tendu, l’opposition cherchant à organiser un référendum pour révoquer le président socialiste contesté Nicolas Maduro, dont le mandat s’achève en 2019.

Jeudi 20 octobre ǀ COLOMBIE ǀ Le président Juan Manuel Santos aura la possibilité d’organiser un référendum si un nouvel accord de paix avec les FARC voyait le jour, a annoncé le président du Conseil national électoral, trois semaines après que les Colombiens ont rejeté un premier accord.

Vendredi 21 octobre ǀ MEXIQUE ǀ L’ancien chef de la police de la ville mexicaine d’Iguala, dont les hommes seraient impliqués dans la disparition en 2014 de 43 étudiants, a été arrêté dans le cadre de cette affaire qui a traumatisé le pays. Felipe Flores a été appréhendé à Iguala lors d’une opération conjointe de la police fédérale et de l’armée, a indiqué la commission nationale de sécurité sur son compte Twitter, sans fournir plus de détails.

Samedi 22 octobre ǀ AMÉRIQUE CENTRALE ǀ Une délégation du Triangle Nord d’Amérique centrale qui rassemble le Guatemala,  le Salvador et le Honduras a rencontré les autorités états-uniennes pour discuter des avances du Plan d’action 2016 et la perspective 2017 de l’Alliance pour la prospérité impulsée par les États-Unis.

Dimanche 23 octobre ǀ CHILI ǀ  L’opposition de droite a remporté les élections municipales caractérisées par une abstention record de 66 %. En pourcentage global, la droite l’emporte d’une courte tête : Chile Vamos, la coalition des partis de droite, obtient 38,45 % des suffrages, contre 37,05 % pour Nouvelle Majorité, la coalition de centre-gauche au pouvoir qui réunit des radicaux, des communistes, des démocrates-chrétiens, des sociaux-démocrates et des socialistes  Malgré la victoire serrée, les opposants récupèrent des municipalités emblématiques, comme Santiago Centro, où le jeune avocat Felipe Alessandri bat Carolina Toha, une des dirigeantes sociales-démocrates. Surprenante victoire de l’indépendant (gauche)  Jorge Sharp à Valparaiso.

Lundi 24 octobre ǀ VENEZUELA ǀ Le Parlement dominé par l’opposition, a dénoncé un «coup d’État commis par le régime de Nicolas Maduro» après la suspension du processus de référendum révocatoire contre le chef de l’État. L’Assemblée nationale a convenu de «déclarer la rupture de l’ordre constitutionnel commise par le régime de Nicolas Maduro», qui l’amènera à entreprendre des actions sur le plan international et des moyens de pression populaires, selon la résolution adoptée par le Parlement.

Mardi 25 octobre ǀ VENEZUELA ǀ  Le Pape a reçu le président Nicolas Maduro dans une tentative de conciliation entre lui et l’opposition qui vient d’appeler à « la prise du Venezuela » par des manifestations dans la rue.

Guy MANSUY

Discours de François Hollande à la Maison de l’Amérique latine le mardi 18 octobre 2016

« Monsieur le Président, cher Alain Rouquié, Mesdames et Messieurs les parlementaires, les ambassadrices et ambassadeurs, Nous sommes très émus de revenir ici à la Maison de l’Amérique latine ; beaucoup de souvenirs me reviennent quand j’ai franchi les premières marches de la Maison – souvenirs liés, j’y reviendrai, à une intervention que j’avais pu faire au nom de François Mitterrand il y a maintenant bien longtemps. Souvenirs aussi de réunions multiples qui ont pu ici se tenir, souvenirs également d’expositions magnifiques.

VERSION VIDEO > ICI

Vous avez bien voulu rappeler, Monsieur le président, quelle était l’histoire de cette Maison. Une histoire qui trouve sa source dans la Résistance puis dans la Libération puisqu’à ce moment-là il y a une idée qui surgit au moment même où la France se reconstruit : c’est qu’il pouvait y avoir, ici à Paris, une Maison de l’Amérique latine. Il y faut d’abord de la persuasion, convaincre le Président de la République ; des pionniers s’annoncent, ils sont prestigieux : Étienne Dennery qui était l’ancien directeur des services de presse de la France libre, pour accéder au général de Gaulle il avait ses entrées ; Louis Pasteur Vallery-Radot, président du Comité médical de la Résistance ; Robert de Billy, aviateur, résistant lui-même que j’ai bien connu lorsqu’il était président de la Maison de l’Amérique latine ; Paul Rivet, fondateur du Musée de l’Homme et qui avait été un résistant de la première heure ; puis, il fallait bien qu’il y ait un Latino-américain et ce fut l’ancien ambassadeur du Brésil à Paris, Luis Martins de Sousa, le même qui s’était illustré pour avoir sauvé des Juifs pendant l’Occupation qui donna là-encore une impulsion au projet.

Quelle était la vision qui les animait et qui était celle d’hommes et de femmes qui voulaient que la Maison de l’Amérique latine puisse porter des valeurs -celles que vous avez rappelées et qui pouvait unir la France et l’Amérique latine ? D’ailleurs, ces principes valent encore aujourd’hui : le respect de l’indépendance, la volonté de ne pas céder aux hégémonies culturelles, économiques, politiques, ne pas tomber dans les divisions de la scène internationale et affirmer une conception de la justice et de la solidarité.

Le général de Gaulle, plus tard, fut fidèle à l’esprit de cette Maison de l’Amérique latine et lorsqu’il entreprit ce grand voyage – que je rappelle souvent – un mois, je me pose toujours cette question : un mois, est-ce qu’aujourd’hui ce serait possible pour le Président de la République ? Lui, le général avait considéré qu’il fallait qu’il puisse visiter plusieurs pays, pas un groupe de pays mais au moins une dizaine de pays, 10 qu’il faut visiter. L’Histoire, si elle veut être précise, doit rappeler que le général de Gaulle était souffrant tout au long de ce voyage et qu’il a véritablement subi un calvaire mais qu’il considérait qu’il devait aller jusqu’au bout non pas de sa tâche, elle n’était pas en cause, mais de son intention d’aller visiter l’Amérique latine pour porter le message.

Ce message était celui d’une coopération de haut niveau entre la France et l’Amérique latine, coopération économique, culturelle, universitaire, scientifique. Il ne s’agissait pas simplement de faire de la politique, il s’agissait de faire comprendre que l’Amérique latine pouvait d’une certaine façon prendre ses distances non pas géographiques mais politiques à l’égard des États-Unis d’Amérique. Le général de Gaulle ne voulait pas d’une confrontation, il ne voulait pas peser sur les choix des pays mais il voulait montrer qu’il y avait une possibilité, une liberté qui était donnée aux pays d’Amérique latine pour décider de leur destin.

En 1965, c’est-à-dire un an après cette visite historique du général de Gaulle en Amérique latine, la Maison fut installée dans les lieux actuels que nous connaissons, 217 boulevard Saint-Germain. C’était une circonstance qui a fait que cette Maison fut implantée ici, en tout cas put être affectée ici car jusqu’à présent c’était le siège de la Banque d’Algérie qui dépendait elle-même de la Banque de France, ce qui explique que la Maison de l’Amérique latine est toujours sous la dépendance de la Banque de France. Ce qui à la fois la protège mais en même temps lui crée des devoirs de locataire car il faut bien payer à la Banque de France. Mais c’est là que cette Maison installée ici a pris tout son caractère, toute sa dimension, toute son influence d’autant que durant cette période des années noires des dictatures, des guérillas qui s’abattaient sur le continent faisaient que la Maison de l’Amérique latine était un refuge.

C’était une période de violence pour l’Amérique latine ; García Márquez l’a tellement brillamment décrit mais avec des mots si tragiques dans le magnifique discours lorsqu’il reçut le prix Nobel en 1982. Et c’est dans cette période que de grands artistes purent retrouver confiance mais aussi soutien, solidarité et qu’il y ait eu là des exilés qui purent retrouver une seconde patrie. Parce que selon le mot de Carlos Fuentes, « l’ultime patrie d’un Latino-américain c’est la France ». Quel honneur il nous fait en parlant ainsi, en prononçant ces mots.

Il est vrai que lorsqu’un Latino-américain ne sait plus où aller, lorsqu’il est chassé – lorsque ce fut le cas- il se tourne vers la France. C’est ainsi que pendant toutes ces années il y eut une mobilisation exceptionnelle ici dans cette Maison, des conférences, des colloques, des soutiens, des mobilisations. Quand les dictatures prirent fin en Argentine, au Brésil, au Chili c’est toujours à la Maison de l’Amérique latine que fut célébrée la liberté retrouvée.

Les années 80 furent celles d’un nouvel élan entre la France et l’Amérique latine. François Mitterrand dans un célèbre discours qu’il prononça à Cancun le 20 octobre 1981 envoya son salut, le salut de la France aux humiliés, aux immigrés, aux exilés sur leurs propres terres, à celles et ceux que l’on bâillonne, que l’on persécute, que l’on torture et qui veulent vivre et vivre libres. Et c’est précisément dans cette année 81, 82 que la Maison de l’Amérique latine connut une crise financière grave. La Banque de France ne pouvait pas se porter à son secours et donc comme souvent les dirigeants de la Maison de l’Amérique latine de cette époque, je pense à monsieur de Billy, se tournèrent vers l’État et donc vers la présidence de la République. C’est ainsi que je fus appelé – parce que jeune auditeur à la Cour des Comptes – à faire un audit, une vérification mais aussi des propositions pour que la Maison de l’Amérique latine puisse retrouver sa vitalité et surtout sa sécurité financière. C’est ainsi qu’un plan – je n’ose pas lui donner mon nom, cela ne donnerait pas forcément une réputation – mais c’est ainsi qu’un plan de redressement fut établi et que la Maison de l’Amérique latine fut ainsi refondée et de nouveau inaugurée en 1985. Son parcours, et je veux ici souligner tout le travail qui a été mené par les présidents successifs, est exemplaire : des concerts, des publications, des colloques, des expositions. En ce moment « L’atelier tropical » de Jean-Baptiste Debret, celui-là même que j’ai retrouvé à Rio lors des Jeux olympiques l’été dernier.

Mais la Maison de l’Amérique latine est bien plus qu’un lieu culturel, c’est un lieu de diplomatie intellectuelle, personnelle, c’est là que l’on peut venir se retrouver hors les contraintes étatiques, même pour les ambassadeurs, c’est là qu’il peut y avoir l’élaboration de nouvelles politiques, la réflexion sur de nouvelles alliances, bref, un lieu qui vit. Et ce fut aussi et c’est encore un lieu culturel inouï, quand je pense que Borges put faire connaître son œuvre ici, que Cortázar qui lui-même avait fait de la France sa seconde patrie, a eu pour cette Maison également une certaine sympathie. Je pourrais en citer tant d’autres, Pablo Neruda qui fut associé à un moment à la direction de la Maison de l’Amérique latine. Bref, c’est un ensemble de noms illustres, prestigieux, je pourrais citer des auteurs français autant que des auteurs latino-américains. J’ai donc voulu à partir de 2012 que la France puisse être dans une relation encore plus active avec l’Amérique latine, j’y ai effectué moi-même 10 déplacements mais en plusieurs fois.

Dans la région, j’ai reçu à Paris tous les dirigeants et je veux ici saluer les ambassadeurs qui les représentent. J’ai à chaque fois perçu l’immense attente à l’égard de la France et je me suis posé cette question : pourquoi autant d’admiration pour notre pays, autant d’espérance pour ce qu’il peut apporter ? Ce n’est pas simplement pour des questions économiques même si nos entreprises ont depuis plusieurs années, et je les en remercie, augmenté considérablement leurs investissements en Amérique latine. Ce n’est pas simplement pour des relations politiques même si elles sont ici fructueuses entre la France et l’Amérique latine. Non, c’est aussi parce que nous avons à partager un certain nombre de valeurs, d’expériences et de politiques.

La France a beaucoup à apprendre de l’Amérique latine, des sociétés diverses, métissées qui ont été capables de définir un vivre-ensemble ; beaucoup à apprendre des méthodes de commerce équitable qui sont venues de l’Amérique latine ; beaucoup à comprendre de ce que peuvent être les énergies renouvelables ; beaucoup à interpréter de ce que peut être la diversité culturelle et puis des combats qui ont pu être menés. Puisque je parle de combat il y en a eu un qui a été particulièrement fructueux, c’est celui qui a abouti à l’accord de Paris. L’accord de Paris devrait être appelé d’ailleurs l’accord Lima-Paris parce que c’est le Pérou qui a accueilli la COP 20, celle qui précède la 21, et qui a donné l’impulsion nécessaire, permis déjà les premiers consensus et nous a ouvert la voie pour la réussite de la COP 21 à Paris. Nous avons voulu aussi que nous puissions avoir avec l’Amérique latine une volonté de traduire vite nos engagements en termes d’énergies renouvelables, en termes d’efficacité énergétique, de préservation de la ressource forestière, du travail que nous pouvons mener avec une agriculture de qualité préservant les ressources en eau. Nous avons montré là encore que nous avions un combat commun.

Puis, la France est d’autant plus liée à l’Amérique latine qu’elle est finalement un pays d’Amérique latine et des Caraïbes avec la Guyane, avec les Antilles nous sommes dans l’Amérique latine, nous sommes dans les Caraïbes, et nous devons faire en sorte que nos collectivités d’Outre-mer – et j’en salue les élus – puissent jouer un rôle important dans la coopération avec l’Amérique latine et notamment sur des sujets qui peuvent être la francophonie, l’enseignement supérieur, le développement économique mais aussi la lutte contre les trafics, la sécurité transfrontalière, la promotion de l’intégration régionale. Il y a également tout ce qui se fait en dehors de nos États à travers la coopération décentralisée et ici plusieurs ont porté ce thème parce qu’avec la semaine de l’Amérique latine il y a eu une volonté de rapprocher non seulement les élus mais les collectivités pour porter ensemble des projets dans tous les domaines, transport, patrimoine, tourisme, santé, agriculture, éducation.

C’est vrai que c’est le Sénat qui a été sous l’autorité de Jean-Pierre Bel avec des sénateurs qui ont été particulièrement actifs et que je félicite à l’initiative de ces projets et de cette semaine. Nous avons aussi une conception commune de la culture : notre réseau culturel en Amérique latine c’est 200 Alliances françaises qui portent nos valeurs et je me plais à dire que la langue française est la deuxième langue étrangère d’Amérique latine avec près d’un million de locuteurs. C’est trop peu mais en fait il y en a davantage, beaucoup de Latino-américains ne se déclarent pas parlant le français mais le pratiquent assez convenablement.

Nous avons aussi des combats communs, je le disais, pour la paix, je veux ici puisque l’occasion m’en est donnée dire tout l’appui de la France, Monsieur l’Ambassadeur, au processus de paix en Colombie. Il n’est pas altéré par le résultat du référendum. Ce processus s’est même rehaussé par le prix Nobel qui a été attribué et le président Santos a tout notre appui, tout notre soutien pour qu’il aille jusqu’au bout de cette négociation qui a été menée et qui s’est traduite par un accord avec les Farc pour faire cesser cette guérilla qui a fait tant de morts, des centaines de milliers depuis 50 ans. Nous sommes donc solidaires, le mot est trop faible, nous sommes mobilisés pour que cette paix recherchée puisse être enfin la paix en Colombie.

De la même manière – puisque là aussi l’actualité arrive avec son lot de catastrophes – une fois encore c’est Haïti qui est frappé comme s’il y avait des pays qui devaient à chaque fois supporter la désolation du monde, comme si c’était le tribut qu’ils devaient acquitter à chaque fois qu’il y a un malheur. Haïti nous devons là aussi, la France, montrer une solidarité exemplaire. Nous avons dépêché un certain nombre de moyens de la sécurité civile, des tonnes de matériel et faire en sorte que nous puissions avec des moyens des Nations Unies éviter la prolifération et la propagation de certaines maladies et je pense notamment au choléra.

Nous avons aussi eu ces dernières années à apporter notre soutien à l’ouverture de Cuba. Je m’étais moi-même rendu à Cuba, j’étais même le premier chef d’État occidental à le faire – maintenant c’est devenu une habitude et j’en suis très heureux mais à l’époque cela suscitait encore quelques commentaires – et je voulais le faire pour bien montrer que Cuba était dans une volonté affirmée de tourner une page, de s’ouvrir au monde et que Cuba ne pouvait plus supporter cet embargo qui fait tant souffrir le peuple sans avoir aucun intérêt aujourd’hui. Une fois encore nous devons tous souhaiter qu’à l’occasion de ce 70ème anniversaire cette punition à l’égard du peuple cubain puisse enfin être levée.

Nous avons aussi des préoccupations, et je veux vous les faire partager, par rapport à ce qui se passe au Venezuela mais je sais qu’il y aura la mobilisation de tous les pays voisins pour que l’esprit de dialogue puisse l’emporter. De la même manière au Brésil, nous avons suivi les événements et nous avons confiance dans les institutions, la démocratie brésilienne pour qu’il y ait là encore une issue à cette longue crise et que le Brésil, grand pays ami, puisse connaître le développement que nous attendons tous.

Voilà Mesdames et Messieurs ce que je voulais rappeler. La Maison de l’Amérique latine a été le cadre de tant d’espoirs, tant d’attentes à ce point que chaque fois que la gauche française avait à fêter une élection – je ne veux ici parler que du passé et pas dire qu’un rendez-vous est proche, nous verrons bien – mais chaque fois qu’il y avait une victoire à célébrer c’était toujours ici que cela se produisait. Plusieurs explications pouvaient être avancées, la première c’est que le Parti socialiste avait son siège à côté, mais ce n’est pas la bonne. La vraie explication c’est que c’est parce que c’est un lieu de culture, c’est un lieu de fête, c’est un lieu en plus exceptionnel avec des salons remarquables, avec un jardin magnifique et qui donne toujours à rêver et à espérer. C’est la raison pour laquelle la culture est profondément à sa place ici, la culture que nous pouvons admirer au Grand Palais en ce moment pour une grande exposition sur l’art mexicain et nous avons voulu qu’il y ait en 2017 les années croisées France-Colombie. Ici il y a également une exposition magnifique et je sais que de jeunes ou moins jeunes sculpteurs sont prêts à relever tous les défis. Voilà pourquoi il était si important que je puisse venir comme Président de la République saluer cette Maison, cette Maison de la liberté, cette Maison de la culture, cette Maison de l’émancipation, cette Maison où la France et l’Amérique latine se retrouvent pour communier dans la même espérance.

Je veux reprendre pour terminer un message, c’était celui qu’Yves Bonnefoy qui, hélas disparu cette année, avait écrit pour rendre hommage à la langue espagnole ; il disait « les poètes et les écrivains d’Amérique latine n’ont jamais cessé de mettre des grands mots au service de l’Humanité pour la justice sociale, pour la sauvegarde de l’environnement » comme si les mots de l’espérance s’écrivaient en espagnol confirmant ainsi qu’invention poétique et souci de la société c’est la même chose. Et bien oui, voilà ce que représente la Maison de l’Amérique latine, le lieu où les cultures dialoguent, où l’amour des lettres, des idées, des créations est au service de l’amitié entre la France et l’Amérique latine.

La Maison est jeune, 70 ans, et elle a une longue vie devant elle et je ne peux que souhaiter que les Présidents de la République successifs viennent régulièrement devant les instances de la Maison de l’Amérique latine pour dire que si vous n’étiez pas là la France n’aurait pas rempli son devoir à l’égard de l’Amérique latine mais surtout l’Amérique latine n’aurait pas cette seconde patrie ici en France. Merci.

La Maison de l’Amérique latine de Paris vient de fêter ses soixante-dix ans

Le mardi 18 octobre dernier s’est tenue une cérémonie  en présence du président de la République François Hollande à la Maison de l’Amérique latine de Paris, à l’occasion de ses soixante-dix ans d’existence au service de la diversité culturelle et politique de l’Amérique latine en France.

La Maison de l’Amérique latine a été fondée dans le sillage de la Résistance, en 1946, sous l’impulsion du Général de Gaulle et à l’initiative du ministère des Affaires étrangères. Elle est née de la nécessité de faire se rencontrer, pour mieux se connaître, les Latino-américains et les Français. Les professeurs Paul Rivet, Pasteur Vallery-Radot, l’ancien Ambassadeur du Brésil en France M. Luiz de Souza Dantas et M. Robert de Billy concrétisent cette généreuse idée, en jetant les bases de la Maison de l’Amérique latine, dont le but est de servir, renforcer et développer les relations et les échanges de toute nature entre la France et les vingt Républiques d’Amérique latine.

La Maison de l’Amérique latine occupe actuellement deux hôtels particuliers distincts : L’hôtel de Varengeville, construit en 1704 par l’architecte Jacques Gabriel V et l’hôtel Amelot de Gournay, construit en 1712 par l’architecte Boffrand. Ces deux hôtels, après avoir appartenu à d’illustres familles, deviendront propriété de la Banque de France. Ils sont réunis entre eux par les salons du rez-de-chaussée donnant sur des jardins à la Française. Si l’hôtel de Varengeville a été fâcheusement mutilé en 1876 par le percement du boulevard Saint-Germain et par les « humeurs » des différents propriétaires, en revanche, l’hôtel Amelot de Gournay a conservé l’aspect qu’il avait au moment de sa construction. Le portail d’entrée, la cour, le jardin et le salon dit des « Ambassadeurs » sont inscrits à l’inventaire des monuments historiques.

La Maison de l’Amérique latine aujourd’hui

Depuis 1984, les pouvoirs publics successifs se sont attachés à pérenniser l’existence de l’institution et à lui donner les moyens d’acquérir un statut et une visibilité à la hauteur des ambitions de la politique étrangère française à l’égard des États latino-américains. Sous la présidence de M. Guy Georgy, les moyens mis en œuvre ont permis de restaurer, rénover et adapter les parties du bâtiment qu’occupe la Maison de l’Amérique latine, afin de les rendre plus conformes à ses principales missions : diplomatique, culturelle et économique. Elle a démontré, qu’à son échelle, elle jouait un rôle irremplaçable au service de la politique latino-américaine de la France. Ce rôle étant particulièrement apprécié par les nations de l’Amérique latine et les Ambassadeurs en poste en France. La Maison de l’Amérique latine est présidée depuis 2003 par M. Alain Rouquié, ancien ambassadeur de France au Salvador, au Mexique et au Brésil, directeur des Amériques et Caraïbes au Ministère des Affaires étrangères entre 1992 et 1996 et auteur de nombreux ouvrages de référence sur l’Amérique latine.

Hors série Le Monde : Afin de souligner les « 70 ans de la Maison de l’Amérique », un numéro spécial du Monde, qui vient de paraître, est vendu en librairie. Une centaine de pages,  sous le titre « L’Amérique latine de A à Z », introduit par Alain Rouquié, président, suivi d’une cinquantaine de contributions d’Amazonie à Z comme Enrique Zañartu et une conclusion de l’écrivain Guy Scarpetta sur Paris, capitale littéraire de l’Amérique latine. 10 euros.

Le nouveau maire de San Salvador, Nayib Bukele, élu en 2015, personnalité de la semaine du 12 au 18 octobre 2016

Mercredi 12 octobre  ǀ GUATEMALA ǀ  Plutôt que « Découverte des Amériques », cette date a été rebaptisée « Jour de la dignité et de la résistance indigène, noire et populaire ».

Jeudi 13 octobre  ǀ BRÉSIL ǀ  Les députés ont approuvé à une large majorité (366 voix pour, 111 contre) le gel des dépenses publiques pour une durée de vingt ans. Les dépenses de santé et d’éducation seront plafonnées à partir de 2018, alors qu’elles étaient jusqu’ici indexées sur la recette publique.

Vendredi 14 octobre ǀ HONDURAS ǀ   Des inconnus ont essayé d’assassiner Tómas Gómez, coordinateur général du COPINH (Conseil civique des organisations populaires et indigènes du Honduras) ainsi que Alexander García, dirigeant communautaire. Il y a quelques semaines, la dirigeante sociale Berta Cáceres du COPINH avait été assassinée ce qui avait provoqué une réaction à niveau mondial.

Samedi 15 octobre  ǀ ARGENTINE – ROYAUME UNI ǀ   Le gouvernement de Mauricio Macri a remis « une protestation énergique » à l’ambassadeur britannique suite à l’annonce par Londres que les militaires britanniques allaient se livrer à de grandes manœuvres militaires dans la zone des Iles Malouines, y compris avec des missiles.

Dimanche 16 octobre ǀ HAÏTI ǀ  Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, en visite en Haïti, a  déploré la « dévastation absolue » causée par l’ouragan Matthew qui a fait plus de 500 morts, et a fait part de sa déception devant la faible mobilisation des bailleurs internationaux.

Lundi 17 octobre  ǀ BRÉSIL ǀ  Des centaines de personnes se sont postées devant la résidence de l’ancien président Lula da Silva pour le « protéger » d’une possible détention par le juge Sergio Moro. Il est accusé d’avoir reçu un appartement d’une entreprise de construction en échange de contrats juteux, ce que Lula a toujours nié.

Mardi 18 octobre ǀ EL SALVADOR ǀ  Le nouveau maire de San Salvador, Nayib Bukele (FMLN), élu en 2015, veut s’attaquer aux gangs de délinquants (les maras) de sa ville par une politique de reordenamiento et revitalisation du centre ville, en particulier le Marché central. Le taux de criminalité est de 102 assassinats pour 100 mille habitants, un des plus élevés du  monde.

Guy MANSUY

Les soixante ans de l’IHEAL, les Cahiers des Amériques latines et Christiane Taubira

Les Cahiers des Amériques latines sont une publication de référence dans le paysage latino-américaniste international depuis la fin des années soixante. Ouverte à toutes les sciences humaines et sociales, la revue constitue un support de transmission des savoirs universitaires, mais aussi un espace de réflexion et de débat sur l’actualité latino-américaine. La dernière édition est consacré aux relations Sud-Sud avec un intéressant discours de Mme Christiane Taubira à l’occasion du 60° anniversaire de l’Institut des hautes études de l’Amérique latine à Paris dont nous publions des extraits ci-dessous.

Le dossier central n° 80 des CAL s’intéresse aux relations entre l’Amérique latine et les pays du Sud, à travers le prisme de la culture, jusqu’à présent peu étudié et pourtant fondamental dans le jeu des influences intergouvernementales. Quels sont les instruments de ce soft power ? Quels sont les acteurs et les publics visés ? Quelle image les différents pays cherchent-ils à projeter? Révélateurs de l’importance de la culture en politique étrangère, les articles rassemblés ici traitent de la coopération au sein d’une grande diversité de pays du Sud, aussi bien des relations entre le monde arabe et l’Amérique latine, que de l’héritage culturel partagé entre Brésil et Bénin.

Extraits du discours de Mme Christiane Taubira

1.  » […] Je tenais absolument à passer ce moment avec vous parce que, évidemment, j’ai un attachement, j’allais dire ontologique, à cette partie du monde. Mais surtout, je n’aurais pas imaginé lorsque, dans les années 1973 et 1974, ici, j’ai participé à de nombreuses actions de solidarité en direction des réfugiés chiliens, puis argentins, que je reviendrais ici en qualité de garde des Sceaux et après qu’un premier garde des Sceaux, François Mitterrand, a assisté à l’inauguration. Je sais que cet institut a été créé avec beaucoup d’enthousiasme et ne dément pas les espoirs placés en lui. Des responsables des Amériques de cette époque ont dit qu’il s’agissait là d’une initiative inédite, bienvenue. Ils ont célébré cet esprit de coopération de travail ; ils parlaient alors des Amériques comme un continent de syncrétisme, de dialogue permanent entre l’Université, la recherche, le monde de l’économie. Cet esprit demeure et permet des rencontres et des décloisonnements qui sont particulièrement précieux.

2. L’histoire, la vie et les œuvres de Pierre Monbeig, géographe et premier directeur, ont laissé des souvenirs très profonds au Brésil, où il a enseigné et introduit ses conceptions de l’enseignement de la géographie. Mais l’IHEAL est surtout un lieu, un espace de rencontres et de vie, j’allais presque dire mondial car, bien au-delà des Amériques, bien au-delà de la France et de l’Europe, se rencontrent ici des pensées, des philosophies, des modes d’analyse qui sont particuliers à cet institut. Compte tenu des missions qu’il s’est données, j’ai mis un peu de temps à accepter l’idée d’un institut dédié à l’“Amérique latine”.

3. Lorsque j’étais étudiante, j’ai plongé profondément dans des ouvrages qui me permettaient de découvrir mon continent de naissance et d’appartenance. Parmi ces ouvrages, certains interrogeaient déjà le terme “Amérique latine”. Un des premiers enseignements que j’ai reçus en sociologie, c’est que nommer est le premier acte de pouvoir. Lorsque j’ai lu ces ouvrages de sociologues et d’anthropologues qui, pour résumer, disaient “cette Amérique indienne et noire qu’on dit ‘latine’”, j’ai évidemment été interpellée par la réalité humaine de ce continent. Le mien, d’abord, l’Amérique du Sud, mais aussi les Amériques : l’Amérique du Sud, la Caraïbe, l’Amérique du Nord, ce continent qu’on a appelé le “Nouveau Monde”, où vivaient déjà des Amérindiens qui, eux-mêmes, venaient d’Asie, ce continent sur lequel se sont rencontrés des femmes et des hommes du monde entier et où sont nées des identités, des cultures qu’il est encore aujourd’hui difficile de définir.

4. Le monde est organisé en États-nations. Les uns et les autres ont chacun une nationalité, mais il reste d’autres réalités humaines qui s’imposent et qui s’obstinent et qui nous obligent à construire des réponses toutes imparfaites. Les Amériques sont le continent des migrations, du nomadisme, de la circulation. La question des migrations humaines, telle qu’elle se pose dans les Amériques, oblige les pays du monde, s’ils veulent prendre la peine de sortir de réponses simplistes, à s’interroger sur les options que l’on construit face à la réalité d’un processus long, pluriséculaire, et même millénaire, et qui consiste tout simplement à circuler. Des femmes et des hommes ont circulé et ont beaucoup parlé de leur jeunesse vécue à Paris. Je pense aux écrits de Mario Vargas Llosa, par exemple, mais aussi à d’autres grands auteurs des Amériques, tels que Carlos Fuentes, Gabriel García Márquez ou Alejo Carpentier. Tous ces hommes ont parlé de leur jeunesse et de la façon dont, en découvrant le monde à Paris, en regardant depuis Paris le continent des Amériques, ils se sont interrogés sur le pouvoir, les cultures, les identités et nous ont apporté quelques belles réponses à travers la littérature.

Et comme je parle de littérature, je réalise qu’ici, il y a des promotions qui ont eu droit à des conférences de personnes illustres, parmi lesquelles Jorge Luis Borges, ici dans cet amphithéâtre, cela laisse rêveur, non ? Je parlais tout à l’heure de François Mitterrand qui, lors de l’inauguration de cet institut, a émis le souhait que soient invités des grands auteurs tels que Gabriel García Márquez ou Octavio Paz. Puis, lors de son investiture en qualité de président de la République française, il a eu le très beau geste, délicat et élégant, d’inviter la veuve de Salvador Allende et la veuve de Pablo Neruda. Cela témoigne de la relation profonde, intense, entre la France et les Amériques. Une relation profonde qui a aussi sa part physique et j’en témoigne puisque je suis née sur un territoire qui partage avec le Brésil 720 km. Qui dit mieux ? Et avec le Suriname, 530 km de frontières. Pourquoi je parle du Suriname ? Parce que l’Amérique du Sud n’est pas hispanique ou ibérique, comme il est évoqué dans certains débats, et pas seulement en référence à la période coloniale. Ce qui s’est créé sur place a été inventé par ces femmes et ces hommes qui venaient d’ailleurs, d’Europe, d’Afrique, puis d’Asie aussi. Comment se sont-ils organisés pour vivre ensemble, pour parler ? L’espagnol et le portugais ne sont pas tout à fait les mêmes dans ces pays que dans les pays d’origine.

D’ailleurs, les ouvrages littéraires sont traduits du cubain, du brésilien, du péruvien, et non pas de l’espagnol. Les langues ne sont pas tout à fait les mêmes et la sémantique a ses variations, mais la relation entre toutes reste forte et profonde. Le fait que la Guyane ait une frontière brésilienne et une frontière surinamienne rappelle que, sur ce continent, se trouvent encore les traces de la présence, des conflits et des déchirements européens. Si la Guyane ne mesure aujourd’hui que 91 000 km2, c’est qu’elle a perdu deux tiers de son territoire. Nous avons, au cimetière de Cayenne, un monument à la mémoire des soldats français qui sont allés récupérer des ressortissants français dans le territoire d’Amapá (Brésil), qui ont été confrontés à des bandits, qui se sont battus et que nous avons perdus. En fait il n’y a pas eu de défense du territoire, parce qu’il n’y avait pas eu une réelle occupation du territoire. Certains d’entre nous ont dû entendre parler de la République de Counani, cette partie de la Guyane qui a proclamé son indépendance de cette partie du territoire français.

5. La relation de la France aux Amériques est forte aussi dans le domaine qui nous occupe et qui est celui de la justice. Comme je l’expliquais à l’occasion du 109e anniversaire de la loi sur la laïcité, on dit souvent que la laïcité est une spécificité française et qu’elle l’est dans la mesure où elle s’est construite d’une façon particulière, dans un conflit intense avec des tempéraments français très éruptifs, très effervescents, parfois intolérants, avec une exigence de la perfection qui atteint parfois la démesure. L’empreinte de ces débats est encore forte. La laïcité a été très anticléricale, puis elle est simplement devenue un principe de concorde, de vie commune, en dépit de nos croyances, de nos différences, de nos singularités. Mais la laïcité a également fait débat, très fortement, en Amérique du Sud et en particulier au Chili.

6. Nous avons d’autres points en commun dans l’histoire, bien entendu. Des généraux français ont rejoint plusieurs libertadores comme Bolivar, entre autres. Il y avait, parmi eux, Luis Perú de Lacroix qui a écrit une très belle biographie, mais aussi des généraux de Napoléon qui ont rejoint l’armée des Andes, comme le général Brayer ou le général Bobtcheff. Ces rencontres et ces rêves, ces projections et ces engagements pour un idéal, pour la liberté, pour l’égalité, sont partagés depuis longtemps. Car c’est sur ces valeurs que ces combats ont été menés. Je peux vous parler de la justice. Je suis allée à Quito en 2012, j’ai signé une convention qui a engagé la France dans une coopération juridique et judiciaire avec les trente-cinq États de l’Organisation des états américains. La France est le seul pays d’Europe qui a signé cette convention. Nous assurons une coopération très intense fondée sur une meilleure connaissance mutuelle de nos systèmes juridiques et de nos institutions judiciaires, mais surtout sur une meilleure coordination dans la lutte contre la criminalité organisée et le trafic de stupéfiants.

7. Il y a d’autres problématiques qui doivent donner lieu à une coopération plus forte encore. La France a annoncé officiellement l’organisation, à Paris, fin 2015, de la conférence mondiale pour le climat avec l’engagement d’obtenir un accord universel. Ces problématiques se jouent à vif dans les Amériques et nous concernent directement. Si nous regardons de près les Amériques, y compris à partir de la Guyane, nous pouvons saisir de façon tangible les enjeux qui sont devant nous pour ce XXI siècle. La question de l’environnement et du climat, la question de la terre sont des questions essentielles, mais aussi celle des grandes villes anthropodicées où il y a de fortes disparités de niveaux de vie. Toutes ces problématiques nous obligent à penser la question des aménagements, de l’urbanisation, de l’eau, de l’accès à la terre, de l’usage de la terre. Il y a peu, à l’Unesco, dans le cadre de la Fondation Danielle-Mitterrand-France Libertés, nous avons récompensé une société péruvienne de défense de l’environnement qui lutte contre la biopiraterie, c’est-à-dire contre la dépossession des populations autochtones ou locales, contre le dépouillement de leurs ressources naturelles, mais aussi de leurs savoirs et de leurs connaissances empiriques accumulés à travers les générations. Un dépouillement qui passe par une privatisation du vivant, des ressources et des connaissances. Il y a là un enjeu considérable qui nous concerne tous.

8. Si nous sommes assez attentifs pour le percevoir, nous comprenons que, à travers les siècles, les Amériques ont posé des questions et ont élaboré des réponses qui nous montrent la complexité du monde et pointent un certain nombre de contradictions. Contradictions par exemple dans le rapport des militaires au pouvoir. Dans les Amériques, il y a autant de coups d’État militaires qu’il y a de processus de libération menés par des responsables militaires ou des officiers. Dans les Amériques, il y a autant de systèmes démocratiques qu’il y a de systèmes disparates, des endroits où il n’y a jamais eu la peine de mort comme au Brésil, d’autres où la torture a été banalisée. Il y a ces situations diverses, mais il y a aussi des questions transversales sur ce qu’on appelle les peuples autochtones notamment. Ces vingt dernières années, nous avons assisté – si nous avons été attentifs – à l’émergence, presque à l’irruption, de la voix de ces peuples qui se sont imposés au point qu’ont surgi des chefs d’État issus de ces peuples autochtones. Ce sont là des problématiques d’une vitalité, d’une urgence, qui nous obligent à sortir de la routine de vieilles sociétés où les institutions sont assises depuis longtemps, où elles sont fortement sécurisées et où tout semble passer par des circuits totalement stabilisés. D’une certaine façon, ce que vit l’Europe aujourd’hui correspond à des problématiques qui ont été posées au temps des empires coloniaux dans les Amériques. J’ai parlé de la question du nom – Amérique latine. La question du nom se pose aujourd’hui pour l’Europe. Elle interroge la supranationalité qui a délégué à l’Europe un certain nombre d’attributs de souveraineté. En même temps, on s’interroge aussi quant à la capacité des États-nations à résister à la vitalité des fortes cultures régionales et territoriales et des langues qui y sont associées. Dans nos échanges avec le monde, nous pouvons voir comment les Amériques ont répondu à ces questions qui ont été posées d’emblée parce que sur place, il y avait cette pluriculturalité, cette nécessité de vivre ensemble, ces syncrétismes linguistiques, religieux et littéraires. Conscientes ou non, les Amériques ont apporté des réponses à ces réalités humaines qui étaient présentes. Nous pouvons en tirer des enseignements non pas pour les imiter, mais simplement pour nous inspirer et pour nourrir notre imagination.

9. Il y a un certain nombre de questions que nous pouvons poser aux Amériques depuis l’Europe. Je pense au Jour de la race, ce jour de commémoration institué dans de nombreux pays et censé célébrer la diversité raciale issue de la conquête et la colonisation. Même si cela ne se pose plus en ces termes, ce jour rappelle comment, sournoisement, l’histoire – et ses oppressions – est toujours prête à ressurgir, comment de façon sourde elle s’affiche dans la stratification sociale d’aujourd’hui.

10. Une autre question nous interpelle, sur ce que j’appellerai l’influence de la théologie de la libération sur les grands mouvements citoyens d’aujourd’hui. Il nous faut comprendre comment, autour des grandes figures de la théologie de la libération comme Gustavo Gutiérrez, mais également la très belle figure de Dom Hélder Câmara ou encore Óscar Romero, dans une religion où le clergé est fortement structuré en organe de pouvoir, une pensée dissidente a surgi, s’est construite, s’est structurée et est parvenue à s’imposer, en générant des mouvements qui, aujourd’hui, sont des mouvements d’organisation civique et citoyenne pour la vie commune.

11. Il y a bien d’autres problématiques que nous pourrions mobiliser pour interroger ces relations intenses ancrées dans l’histoire, la science, la littérature entre la France et les Amériques, entre la France, l’Europe et les Amériques. Bien entendu, les réponses ne sont pas simples. Il ne s’agit pas de rechercher des modes d’emploi ou des recettes établies. Ce serait d’ailleurs le contraire de la recherche et de l’esprit de l’Institut, puisque nous savons qu’il faut penser, construire, écrire ensemble. À l’heure où nous savons que le monde est interconnecté, où nous n’ignorons rien de ce qui se passe dans aucun pays du monde, nous ressentons encore plus l’urgence de penser ensemble et d’écrire ensemble. Personne ne va rien perdre à penser ensemble et à écrire ensemble. Au contraire, nous allons tous gagner. Nous allons tous gagner parce que nous sommes solidaires de ce monde et nous sommes tous – ce que nous oublions souvent – comptables de ce monde.

12. Avant de vous quitter, quisiera decir algunas palabras o partes de poemas para el placer común, pero me gusta mucho más viajar, entonces, plutôt que de vous proposer Vallejo, Neruda ou Nicolás Guillén también, j’en reviens, en restant dans la Caraïbe, mais en faisant un tour du monde, à Édouard Glissant. Je terminerai ainsi sur la mondialisation. Édouard Glissant propose une réponse à la mondialisation qui uniformise, qui enlaidit, qui désespère, qui abrutit, qui crétinise – pardon de le dire –, mais surtout qui creuse les inégalités, qui permet à la force de s’infiltrer de plus en plus dans le droit, qui organise de plus en plus de relations inégalitaires dans le monde. Face à cette mondialisation, Édouard Glissant oppose la mondialité, c’est-à-dire la relation, c’est-à-dire le dialogue, c’est-à-dire l’échange. Tout cela est possible si nous avons conscience que nos identités respectives sont toutes des identités à racines “rhizomes”, comme le disait Édouard Glissant, après Deleuze et Guattari. Nos identités sont plurielles, quelles que soient nos apparences, parce que le monde n’a jamais été composé de parties totalement isolées. Il y a très longtemps que les hommes et les femmes voyagent et circulent. D’ailleurs, avant la sédentarisation, avant ces États-nations sédentarisés et figés, la règle était la circulation. Il y a très longtemps qu’il y a des échanges. Mais à la fin du xix siècle, l’uniformisation était déjà perceptible pour les esprits pionniers et visionnaires. Victor Segalen l’a dit : “Le divers rétrécit, telle est la menace.” Opposons à la mondialisation qui nous appauvrit, la mondialité qui montre le spectre incommensurable de la diversité culturelle, humaine, artistique, poétique, lyrique du monde. Face à la diversité des problèmes auxquels nous sommes confrontés, il y a aussi la diversité des réponses que nous avons déjà construites et que nous saurons construire encore. Mais nous n’avons pas de sursis, nous n’avons pas de délai. C’est Édouard Glissant qui disait déjà qu’il fut un temps où seule une partie du monde se pensait responsable du monde, c’était le temps des empires coloniaux, il y avait des métropoles, il y avait des décisions univoques. Aujourd’hui, le monde entier est responsable du monde entier. Et le monde entier n’est pas une abstraction, le monde entier, c’est vous, c’est moi, c’est individuellement que nous sommes responsables de l’ensemble du monde et c’est cette individualité consciente et responsable qui nous permettra de sortir de l’individualisme et de l’égoïsme. Face à la mondialisation, résolument, avec enthousiasme, avec force, avec joie, choisissons la mondialité et n’oublions jamais que le monde entier aujourd’hui est responsable du monde entier et que le monde tient sur les épaules de chacune et de chacun d’entre nous. »

13.  Institut des hautes études de l’Amérique latine, Paris, le 12 décembre 2014.

 

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