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mai 2016

Le cinéma latino était bien présent et vivant à Cannes 2016…

On ne connait souvent de Cannes que la montée des marches, les stars bien habillées couvertes de bijoux prêtés par les sponsors. Mais c’est là également que l’on cherche à vendre les films, créer des synergies, monter des projets, etc.

Le cinéma latino a fait sensation, même si au palmarès on ne trouve qu’une mention pour le court métrage brésilien A moça que dançou com o diabo (La Jeune fille qui dansait avec le diable) réalisé par João Paulo Miranda Maria où une jeune fille d’une famille très religieuse cherche son destin. Aquarius en compétition est un très beau film. Neruda de Pablo Larraín et Poesía sin fin d’Alejandro Jodorowsky ont fait sensation à la Quinzaine comme je l’ai dit la semaine dernière.

Après Les bruits de Recife, Kleber Mendonça Filho, nous propose dans Aquarius (c’est le nom de la résidence de Clara), le portrait de sa ville Recife, prête à tout démolir pour faire de beaux immeubles sécurisés et le portrait d’une femme de 60 ans, Clara, qui veut se battre pour garder son appartement et s’opposer aux jeunes promoteurs aux dents longues formés dans les écoles étatsuniennes. Très perturbée par cette tension, elle repense à sa vie, à son passé de critique musical, à ceux qu’elle aime et veut pouvoir vivre sa vie. « Le cauchemar de Clara est tout d’abord réel, précise le réalisateur. Il s’agit de se voir seule dans une situation très inconfortable, où elle subit une forte pression pour le simple fait d’être chez elle, là où elle a toujours habité. Elle a le sentiment que quelqu’un a subitement décidé que son espace n’a plus aucune valeur, qu’il est démodé et qu’on doit s’en débarrasser. Confrontée à des opinions contraires aux siennes, y compris au sein de sa propre famille, Clara craint, par moments, de perdre la raison. Son état d’esprit est fragilisé, ce qui ouvre la porte à des sentiments déstabilisants. J’aime l’idée que cela nous mène vers le mystère et le doute, comme un cauchemar lucide ».  Sonia Braga aurait vraiment pu prétendre au prix d’interprétation. Après  la Palme d’Or pour Ken Loach (I, Daniel Blake), le jury n’a peut-être pas voulu récompenser cet autre film social qui sortira fin septembre.

Quelques mots sur Julieta de Pedro Almodóvar. C’est un bon Almodóvar que l’on peut voir actuellement en salles. Julieta s’apprête à quitter Madrid définitivement lorsqu’une rencontre fortuite avec Bea, l’amie d’enfance de sa fille Antía la pousse à changer ses projets. Bea lui apprend qu’elle a croisé Antía une semaine plus tôt. Le film est un va et vient entre aujourd’hui où Julietta est interprétée par Emma Suarez et treize ans plus tôt où elle est interprétée par une autre actrice Adriana Ugarte. Le passage du temps est aussi marqué par les décors très colorés des années 80, et plus sombres d’aujourd’hui. Le propos est celui du sentiment de culpabilité. On pense à La mort aux trousses d’Hitchcock et à ses actrices blondes.

Pour revenir au cinéma latino, trois films d’école ont été présenté à la Cinéfondation et le court métrage vénézuélien La culpa, probablemente (une histoire d’amour sans lendemain) réalisé par Michael Labarca (Universidad de Los Andes) a reçu le troisième prix des mains de la cinéaste japonaise Noami Kawase, présidente du Jury qui comprenait aussi Santiago Loza. Le comédien mexicain Diego Luna faisait partie du jury Un certain Regard présidé par Marthe Keller, où concourait le film argentin La longue nuit de Francisco Sanctis d’Andrea Testa et Francisco Márquez – un homme, sous la dictature, doit trouver deux personnes pour les avertir du danger d’être enlevés.

A la Fabrique des cinémas du monde, programme conçu par l’Institut Français deux jeunes réalisateurs accompagnés de leur producteurs sont venus défendre leur projets de premier ou second film sous l’œil de leur parrain le cinéaste chinois Jia Zhang-Ke. Maya Da-Rin (Brésil) proposait La fièvre et Gustavo Fallas (Costa Rica) Rio sucio. La semaine de la critique présentait un court du brésilien de Recife Fellipe Fernandes  O delírio é a redenção dos aflitos sur un immeuble prêt à s’effondrer. Le colombien César Augusto Acevedo, le réalisateur de La tierra y la sombra (2015) proposait Los pasos del agua, sur des pêcheurs qui trouvent un cadavre emmêlé dans leurs filets, et un programme montrait des films courts mexicains du festival de Morelia, dont El buzo, un documentaire remarquable sur un plongeur dans les eaux usées de Mexico City.

Eryk Rocha, le fils de Glauber Rocha a réalisé un très beau film sur le cinema novo, cette période des années soixante où le cinéma brésilien était riche, novateur, poétique et politique. C’était le mouvement cinématographique le plus important d’Amérique latine. Il a gagné L’œil d’or du documentaire du Festival. Nous avons rencontré le réalisateur et nous y reviendrons dans une prochaine newsletter. Enfin pour prendre l’exemple de la délégation chilienne, elle comprenait plus de cinquante personnes et présentait soixante-dix projets. Neruda est déjà vendu dans une quarantaine de pays. Le Chili a noué à Cannes des liens avec l’Argentine, le Brésil, l’Italie, la Belgique et la Croatie. Oui Cannes est le plus grand Festival de cinéma du monde.

Alain LIATARD

Dans un labyrinthe de questions sans réponses « Tierra del Fuego » de Mario Diament mise en scène par Claudio Tolcachir

Tierra del Fuego de l’écrivain, dramaturge et journaliste argentin Mario Diament, à l’affiche depuis quatre ans à Buenos Aires, présentée aussi à Stockholm, est présentée à Madrid par Claudio Tolcachir jusqu’au 5 juin prochain. Bientôt en France ?.

Mario Diament aborde dans sa pièce, sans parti pris, sans manichéisme, la question du terrorisme en se basant sur un fait réel : l’attentat perpétré par un jeune terroriste palestinien à Londres contre un autobus arrivant de l’aéroport à un hôtel. En sortant de la vision bipolaire du fait et de la relation victime bourreau Mario Diament propose une réflexion sur les causes et les conséquences de la violence meurtrière politique et militaire bien au-delà du conflit israélo-palestinien.

Dans sa pratique du journalisme (L’opinion, El cronista, la revue Expresso) et en tant que correspondant entre autres au Moyen Orient Mario Diament a arpenté le théâtre du conflit israélo-palestinien. Sa pièce Tierra del Fuego est inspirée par un fait réel et par la vie d’une ex-hôtesse de l’air israélienne Yulie Cohen gravement blessée dans l’attentat dans lequel sa meilleure amie est morte. 23 ans après Yulie, dans la pièce Yaël Alon, décide de rencontrer Hassan, le jeune terroriste palestinien, auteur de l’attentat, détenu dans une prison à Londres, condamné à perpétuité. Pour Claudio Tolcachir Tierra del Fuego, son deuxième spectacle créé en Espagne avec des acteurs espagnols, est une pièce indispensable aujourd’hui. « Elle propose dit-il – de réfléchir sur la nécessité d’écouter l’histoire de l’autre, de l’ennemi, comme condition nécessaire pour commencer un dialogue, ébaucher la paix avec l’espoir de vivre ensemble pacifiquement. Le théâtre politique projette un point de vue idéologique. Ce n’est pas le cas dans Tierra del Fuego où on sort du bipolarisme stérile du bien et du mal, de la victime et du bourreau, en proposant plusieurs options et regards différents ».

Qu’attend Yaël de la confrontation avec le terroriste ? Cette rencontre pourra-t-elle calmer sa souffrance, la libérer de son emprisonnement dans ses souvenirs obsédants, de son incompréhension ? Les explications ? Le repentir du terroriste ? Le pardon est-il possible ? La rencontre de Yaël et de Hassan n’est pas un affrontement d’arguments contradictoires, elle est située dans un contexte plus ouvert où se croisent différents points de vue. Ainsi le mari de Yaël, architecte, progressiste, militant pour les droits de l’homme, ne comprend pas pourquoi sa femme continue à être toujours obsédée par cet attentat et pourquoi décide-t-elle de rencontrer le terroriste. La mère de l’amie de Yaël morte dans l’attentat ne comprend pas non plus cette décision. L’avocat de Hassan qui l’assiste depuis 23 ans doute de son repentir. Malgré tout Yaël s’obstine à rencontrer et à parler avec Hassan.

Claudio Tolcachir traduit magistralement sur la scène la dimension emblématique de l’engrenage de la violence idéologique et politique du conflit palestino-israélien, dont tous les protagonistes sont des victimes. Qui sont les véritables coupables de cette violence, des massacres perpétrés en majorité par des jeunes manipulés, intoxiqués par des idées mortifères ? Comment rompre cette chaîne de violence ? Elisa Sanz a conçu un espace mental qui évoque la prison et contient divers autres lieux du passé et du présent où se passent les dialogues entre les personnages. Un espace d’enfermement dans lequel chacun des protagonistes cherche le chemin de sortie vers la lumière. Sur scène une table et cinq chaises que les acteurs déplacent dans différentes situations. Sur le mur du fond en haut des carrés de lumière évoquent des fenêtres. Sur la table une bande de sable (référence aux territoires revendiqués par les Israéliens et les Palestiniens ? ou à la Terre de Feu ?).

Le public entoure la scène de trois côtés

Le spectacle commence par une image très forte de l’incompréhension, du choc des arguments contradictoires, un brouhaha de paroles inintelligibles des personnages parlants tous en même temps. Peu à peu, à mesure que se dévoilent leurs histoires, on perçoit des tentatives d’écouter l’autre, de dialoguer avec lui, de comprendre ses raisons. Mais comprendre, ressentir la douleur de l’autre, se mettre à sa place, semble impossible. Dans ce jeu d’accusations, de justifications, de questions : pourquoi ? au nom de quoi ? de qui ? qui a raison ? qui a le droit de vivre sur les territoires revendiqués par les uns et les autres ? qui y a été le premier ? s’entrechoquent les arguments historiques, bibliques, politiques, les justifications des droits par la souffrance subie par les deux peuples.

À travers les propos et les brefs échanges entre les personnages apparaît la difficulté de modifier leurs positions, leurs visions, de sortir de la haine réciproque, de leurs préjugés, de leurs critères moraux et religieux. Que signifie tuer l’autre ? Pour les uns c’est un assassinat, un acte criminel, pour les autres c’est un acte de courage, le sacrifice, le martyr, pour Dieu ou la patrie. Les acteurs impressionnants rendent avec naturel, subtilité et retenue la complexité des sentiments et des convictions des personnages, sans chercher à nous piéger émotionnellement. Alicia Borrachero (Yaël) et Abdelatif Hwidar (Hassan) sont fascinants créant des personnages d’une grande authenticité, capables d’une certaine tendresse mais en même temps implacables l’un envers l’autre.

Dans la rencontre de Yaël avec Hassan font irruption les dialogues d’autres personnages, les fragments de leurs histoires et des souvenirs du passé. Ainsi le souvenir de Hassan de son grand-père qui a vécu en Terre de Feu de laquelle le père de Yaël lui parlait aussi. Le souvenir de cette terre lointaine, inconnue, dresse un pont au-dessus de l’abîme qui les sépare. La Terre de Feu est dans la pièce une métaphore poétique, d’une terre rêvée, « promise », sans guerre. La terre sur laquelle Yaël et Hassan peuvent se rencontrer non pas comme ennemis mais simplement comme des êtres humains qui aspirent à faire la paix et à vivre en paix. Depuis cette Terre de Feu imaginée, chacun d’eux entame un long voyage jusqu’à l’autre. Grâce à l’intervention de Yaël Hassan est mis en liberté conditionnelle et commence une nouvelle vie en travaillant dans une boulangerie. Un happy end ? Sûrement pas. C’est seulement le premier pas vers la sortie du tunnel mortifère.

Irène SADOWSKA

Tierra del Fuego de Mario Diament, créée par Claudio Tolcachir – Naves del Español Matadero Madrid. depuis le 21 avril au 5 juin 2016.

Le Chili, l’Argentine et l’Uruguay appellent à un « dialogue politique » urgent au Vénézuela

Les ministères des Affaires étrangères du Chili, Argentine et Uruguay ont signé une déclaration conjointe au nom de leurs gouvernements respectifs, dans laquelle ils se montrent préoccupés par la “grave polarisation” que vit le pays pétrolier. « Nous appelons à une véritable entente entre tous les acteurs politiques et sociaux de cette nation sœur » est il écrit. Le Chili, l’Argentine et l’Uruguay ont formulé ce vendredi « un appel urgent à un dialogue politique réel » au Venezuela, qui vit des heures de « grave polarisation », selon une déclaration conjointe des trois ministères des Affaires Etrangères.

« En cette période de grave polarisation que vit la République Bolivarienne du Venezuela, les ministres des Affaires étrangères soussignés, au nom de leurs gouvernements respectifs, formulent un appel urgent à un dialogue politique réel et à une véritable entente entre tous les acteurs politiques et sociaux de cette nation sœur. Dans le respect du principe de non ingérence dans les affaires internes, nous pensons que les problèmes du Venezuela devraient être réglés par les Vénézuéliens eux-mêmes, en accord avec leurs institutions et en respectant les règles internationales de pleine protection des droits humains et des libertés individuelles. Nous avons confiance dans le peuple vénézuélien qui saura honorer sa longue tradition démocratique et son engagement historique avec des solutions politiques pacifiques et consensuelles, décourageant ainsi des alternatives radicales qui l’éloigneraient d’un chemin démocratique. Les ministres des Affaires Etrangères soussignés, qui s’adressent au Gouvernement, à l’Assemblée Nationale et à toutes les forces politiques et sociales vénézuéliennes, expriment leur disposition fraternelle à accompagner par un groupe d’amis cette tâche impérieuse de retrouvailles nationales ».

Le communiqué a été signe par Susana Malcorra, Ministre des Affaires Etrangères et du Culte de la République d’Argentine ; Heraldo Muñoz, Ministre des Affaires Etrangères du Chili et Rodolfo Nin Ministre des Affaires Etrangères de la République Orientale d’Uruguay.

Traduit par
Catherine Traullé

Sources infobae.com et Romandie.com  – Photo DR –

L’île de Chiloe victime d’un double désastre écologique. Phénomènes naturels ou provoqués par l’homme ?

Des milliers d’animaux morts sur les plages et un phénomène de marée rouge provoquent l’interdiction de pêche tout autour de l’île de Chiloe au sud du Chili. Phénomènes naturels disent les scientifiques, provoqués par les élevages intensifs de saumons répondent les pêcheurs. Ou les deux ?

La marée rouge

Ce phénomène est dû à une concentration exceptionnelle d’algues microscopiques (Alexandrium catenella), contenant une toxine qui envenime poissons et fruits de mer. Consommés, ils peuvent provoquer la mort chez l’homme (23 personnes depuis 1972) par paralysie musculaire qui affecte rapidement le système respiratoire. Ces mini-algues sont souvent de couleur rouge, d’où le nom de marée rouge. Elles furent découvertes lorsqu’un chauffeur de camion dut être hospitalisé d’urgence après avoir consommé des fruits de mer il y a quelques jours. La marée rouge est un phénomène récurrent au Chili : 2002, 2006 et 2009, mais cette année 2016, le phénomène est particulièrement désastreux par son étendue et sa durée (deux mois déjà). Ce désastre serait dû aux températures plus élevées que normal suite à un phénomène du Niño particulièrement aigu cette année.

Deux mois sans revenus

Début mars, les autorités décrètent l’État d’alerte sanitaire et interdisent la pêche et le ramassage des fruits de mer jusqu’au 20 juillet. Or c’est  la principale ressource de nombreuses communautés vivant le long des côtes, non seulement pour leur consommation personnelle mais aussi pour la vente qui permet à ces populations pauvres et précarisées de survivre au jour le jour. Depuis, elles n’ont plus aucun revenu. Elles demandent alors l’aide du gouvernement. Celui-ci propose d’abord un bon de 100 000 pesos (135 €). Les pêcheurs de Quellón, Quemchi, Chonchi, Queilen et Ancud, bientôt suivis par les pêcheurs du côté continental du canal de Chacao (Maullín, Calbuco, Carelmapu),  rejettent cette offre car « qui peut vivre avec 135 € pendant deux mois » ? Ils entrent en résistance en coupant routes et ponts partout sur l’île et entre Puerto Montt et Pargua, terminus du ferry qui relie l’île au continent. Le ferry est immobilisé, ce qui paralyse toute la vie sociale et économique et provoque des pénuries de gaz et de nourriture.
La présidente Bachelet se trouvant en visite officielle en Suède et en en Grande Bretagne, il fallut attendre son retour pour qu’elle nomme un ministre coordinateur, Luis Felipe Céspedes, pour dialoguer avec les Chilotes (habitants de Chiloe). Il propose une prime initiale de 300 000 pesos (400 €) plus trois bons successifs de 150 000 (200 €) aux 6 000 travailleurs de la mer affectés par l’interdiction gouvernementale s’ils sont inscrits au Registre officiel des Pêcheurs Artisanaux. La plupart des marins-pêcheurs accepte sauf ceux de Ancud, deuxième ville située au nord de l’île. Pour eux, il faut que toute personne affectée par les interdictions soient indemnisées, inscrite ou non au fameux registre. En effet, des centaines de personnes dépendent directement de la pêche sans être pêcheurs elles-mêmes : transports, petites mains, ramasseurs de fruits de mer sur les rivages, etc. Après 18 jours de protestations, le gouvernement accepte les revendications des Chilotes de Ancud. Les mouvements de protestation s’arrêtent.  Mais la pauvreté s’est approfondie…

Mort étrange de milliers d’animaux : le saumon d’élevage mis en cause

Oiseaux,  poissons ou otaries, les rivages chilotes sont couverts de milliers d’animaux morts sans cause apparente.  Les habitants de l’île accusent les entreprises d’élevage de saumons de pourrir les eaux en y déversant produits toxiques et poissons morts. Le Chili est le deuxième producteur de saumon d’élevage au monde après la Norvège. Mais les modes de gestion  ne sont pas les mêmes. Un article publié par la revue Sciences et Avenir (1) révèle ainsi que « La même entreprise, Marine Harvest, utilise par exemple moins d’un gramme d’antibiotiques par tonne de saumon produite en Norvège, contre 500 à 700 grammes au Chili. Mélangés à la nourriture, ces traitements passent dans l’environnement et sont consommés par les espèces sauvages »…  et les humains !  Conclusion : « l’usage intensif d’antibiotiques et de fongicides, le manque d’hygiène et la pollution par les excréments, favorisent les épidémies ». Il semble que depuis, les élevages chiliens aient ramené les doses d’antibiotiques à des proportions admissibles.

L’éthoxyquine, un antioxydant inquiétant

Un article publié par la revue 60 millions de consommateurs, montre que, s’il y a finalement peu d’antibiotiques dans les saumons produits en Norvège et au Chili qui arrivent dans nos assiettes, la présence d’éthoxyquine est plus inquiétante. Cette substance est incorporée aux huiles et aux farines de poissons servant de nourriture aux saumons d’élevage pour qu’elles ne s’oxydent pas durant leur transport vers les « fermes » de poissons. Ce produit est interdit en tant que pesticide dans l’agriculture et connaît une valeur maximale de résidus pour l’alimentation animale mais pas pour le saumon ! Dénonçant surconsommation, surpêche et techniques destructrices du milieu aquatique, cette association recommande de favoriser la consommation de certains poissons et d’éviter l’achat d’autres. Car selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), « 87 % des stocks de poissons sont actuellement surexploités, et une espèce sur trois est menacée d’extinction ! La situation du thon rouge s’avère sans doute la plus catastrophique. Il est tout simplement en voie de disparition complète ». Le saumon est rose bien sûr ! Sauf que le saumon d’élevage, nourri non d’éléments naturels mais de farines de poisson ou végétales plus d’additifs, est… blanc. Il faut donc le « rosir ». On y ajoute de la canthaxanthine, un colorant orangé baptisé de E161g. Lorsqu’il est montré qu’une absorption importante de canthaxanthine provoquait une accumulation de pigments dans la rétine et affectait la vue, le comité mixte FAO – OMS d’experts des additifs alimentaires avait fixé la dose journalière admissible (DJA) de canthaxanthine pour les êtres humains à 0,03 mg/kg de poids corporel. C’est la quantité autorisée par la Commission européenne.

Un problème de société plus qu’une difficulté chilote

Les Chilotes dénoncent le déversement dans leurs eaux des déchets toxiques des élevages. Un ancien travailleur des élevages révèle au journal chilien La Tercera (2) que ce qui se jette à la mer « est une sorte de pâte de saumons dissous dans une espèce d’acide qui les désintègre. Ce sont 3,5 litres d’acide par tonne de pâte jetés à la mer dans les eaux chilotes ». Les communiqués publiés par les élevages signalent que leurs déchets sont bien jetés à la mer, mais à plus de 130 km des côtes. Les Chilotes affirment qu’ils le font à mi-chemin entre la pointe sud-est de  l’île (le phare Corona) et le continent. Pour Pablo Oyarzo, dirigeant des marins-pêcheurs de Chiloe, « le problème de la contamination est le deuxième point des pétitions que notre mouvement a adressées au gouvernement. Ceci n’est plus un problème des pêcheurs seulement, c’est un problème de tous les citoyens, de toute la société. Il faudra nous y attaquer » (3).  Matias Asún, directeur de Greenpeace Chili, regrette le peu de transparence des éleveurs quant aux lieux exacts du rejet à la mer de leurs déchets toxiques. Ses courriers au Secrétariat de la Pêche et au ministère de l’Économie sont, pour le moment, restés sans réponse. En attendant, les animaux continuent de mourir, la marée rouge d’empêcher les pêcheurs de travailler et la mer de recevoir les détritus empoisonnés des élevages intensifs…
Jac FORTON
(1)  Un article de Cécile Dumas publié dans le Sciences et Avenir du 25 juin 2010 sur un travail effectué par des chercheurs allemands / (2) Voir le site de 60 millions sur
(2) Dans un article du journaliste Ignacio Bazán publié dans La Tercera, un important quotidien chilien du 15 mai 2016.
(3) Journal La Nación en ligne du 20 mai 2016.

Les actualités de la semaine du 15 au 21 mai 2016

15 mai | VENEZUELA | Pour faire face à la crise sans précédent que traverse le pays, le président Nicolas Maduro s’est octroyé des pouvoirs élargis. En invoquant des « menaces extérieures », il a décrété un état d’exception sur l’ensemble du territoire et prolongé  » l’état d’urgence économique » en vigueur depuis la mi-janvier

15 mai | BRÉSIL | La nouvelle équipe du gouvernement de Michel Temer, blanche, masculine et libérale, ne convainc pas. Pendant la première intervention télévisuelle du président temporaire du Brésil, Michel Temer, les bruits de casseroles et des cris comme « Dehors Temer » et « Putschiste« , ont à nouveau résonné à Sao Paulo, Rio de Janeiro, Brasilia et Porto Alegre.

15 mai | MEXIQUE | Le journaliste Manuel Torres a été tué à Poza Rica (Veracruz). Il est le sixième journaliste assassiné jusqu’à présent cette année et le dix-huitième depuis que le PRI Javier Duarte gouverne Veracruz, un des plus grands lieux de violence et de corruption du pays.

16 mai | CUBA |  Le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel García-Margallo, a commencé une nouvelle visite officielle à Cuba, dans le but de maintenir la place de l’ancien pouvoir colonial dans un pays qui s’ouvre à l’économie de marché. L’Espagne est le troisième partenaire commercial de l’île et le premier investisseur étranger.

16 mai | MEXIQUE | L’Église catholique, à travers une déclaration de l’archidiocèse de Mexico publiée dans l’hebdomadaire Desde la Fe, met en garde contre l’infiltration des réseaux de la drogue avant les élections locales qui se tiendront dans 13 États du pays le 5 juin.

16 mai | REP. DOMINICAINE | Le pays a opté pour la continuité, en réélisant au premier tour le candidat du Parti de la libération dominicaine (PLD), le président Danilo Medina, économiste de 64 ans, avec plus de 60 % des voix.

17 mai | MEXIQUE | Autorisé dans cinq États, le président veut généraliser le mariage homosexuel, conformément avec le jugement de la Cour suprême.

17 mai | COLOMBIE | Le gouvernement et la guérilla des FARC, engagés dans d’âpres négociations depuis la fin de 2012, se sont accordés sur le départ progressif des enfants combattant au sein de la rébellion.

17 mai | PÉROU | La candidate à la présidence, Keiko Fujimori, soutient Joaquín Ramírez, membre du Congrès et secrétaire général de son parti, « Fuerza popular », et accusé de blanchiment d’argent par une enquête de la US Drug Enforcement Administration (DEA).

18 mai | VENEZUELA | L’opposition, réunie au sein de la Table de l’unité démocratique (MUD), a appelé à une nouvelle manifestation pour exiger du Conseil national électoral (CNE) l’organisation d’un « référendum révocatoire » avant la fin de l’année. L’Assemblée nationale, où l’opposition est majoritaire, a rejeté le décret présidentiel publié lundi et prolongeant de soixante jours « l’état d’exception« .

18 mai | ÉQUATEUR | La terre a de nouveau tremblé avec deux secousses de magnitude 6,8 puis 6,7, qui ont fait un mort et 85 blessés légers, dans la même région de la côte Pacifique que le séisme du mois d’avril qui a fait quelque 700 morts. L’Institut de géophysique a enregistré 1 519 répliques.

18 mai | CHILI | Une violente attaque sur une femme a provoqué l’indignation du pays. Nabila Rifo Ruiz, 28 ans, mère de quatre enfants, a été retrouvée inconsciente avec diverses fractures du crâne dans une rue de la ville de Coyhaique, à environ 1 400 km au sud de Santiago. La présidente Michelle Bachelet s’est déplacée pour rendre visite à la nouvelle victime de la violence de genre qui est hospitalisée dans un état critique. Cette année, il y a eu 14 meurtres de femmes.

18 mai | VENEZUELA | Le chef de l’OEA, Luis Almagro a accusé Nicolas Maduro de corrompre la démocratie et de trahir le Venezuela. Ce dernier l’a traité de « traître » au service de la CIA. Quant à l’ancien président de l’Uruguay José « Pepe » Mujica, qui a dit de Nicolas Maduro qu’il était « fou comme une chèvre« , ce dernier a répondu « Je suis fou, fou comme une chèvre d’amour pour le Venezuela« .

19 mai | BOLIVIE | La Chambre des députés a adopté une loi permettant aux personnes de déposer une demande légale auprès de l’État pour changer de sexe. La loi doit encore être ratifiée par le Sénat.

19 mai | VENEZUELA | Nicolas Maduro a rencontré l’ancien président du gouvernement espagnol José Luis Zapatero et le président du Panamá, Martín Torrijos qui devraient servir de médiateurs entre le gouvernement et l’opposition.

19 mai | MEXIQUE | Le ministre de l’Éducation Aurelio Nuño a fait une démonstration de force contre les syndicats radicaux pour imposer la dernière réforme majeure du mandat d’Enrique Peña Nieto en annonçant le licenciement de 3 100 enseignants rebelles.

19 mai | VENEZUELA | Le Tribunal suprême de justice (TSJ) a déclaré comme constitutionnel le décret d’état d’urgence et d’urgence économique proposé par le président Nicolas Maduro et rejeté par l’Assemblée nationale du Venezuela.

20 mai | ARGENTINE | Le président Mauricio Macri a mis son veto à la loi anti licenciement votée par le Congrès de l’opposition. Pour lui « elle apporterait plus de pauvreté, nous avons besoin de liberté.« 

20 mai | VENEZUELA | Préoccupés par la situation du pays pour empêcher un possible coup d’État, les ministres des Affaires étrangères de trois pays, l’Argentine, le Chili et l’Uruguay ont publié une note commune très dure dans laquelle ils appellent l’ensemble des Vénézuéliens à la réconciliation et à maintenir la tradition démocratique du pays. Les ministres appellent au dialogue pour éviter des « alternatives radicales« . D’autre part, les États-Unis et la Colombie soutiennent le dialogue national proposé par l’ancien président du gouvernement espagnol, José Luis Zapatero.

20 mai | ARGENTINE | Le promoteur immobilier et collectionneur argentin Eduardo Costantini a payé 15,7 millions de dollars pour le tableau « Danse à Tehuantepec » du peintre mexicain Diego Rivera, l’œuvre la plus chère d’Amérique latine.

20 mai | MEXIQUE | Le ministère des Affaires étrangères a approuvé l’extradition vers les États-Unis du narcotrafiquant mexicain Joaquin « El Chapo » Guzmán après avoir reçu la garantie que la peine de mort ne serait pas demandée à son encontre. Le chef du cartel de Sinaloa doit répondre d’accusations de blanchiment d’argent, trafic de drogue, enlèvement et meurtre aux États-Unis.

21 mai | BOLIVIE |Un juge a déclaré que le président Evo Morales n’avait pas eu d’enfant avec son ex-compagne Gabriela Zapata, qui est incarcérée pour trafic d’influence.

21 mai | CHILI | Un groupe masqué a provoqué des incendies à Valparaíso et la mort d’un homme de 71 ans, Eduardo Lara, gardien de sécurité dans un bâtiment municipal, alors que la présidente Michelle Bachelet faisait son traditionnel discours du 21 mai devant le Congrès.

21 mai | EL SALVADOR | María Teresa Rivera, 23 ans, a été condamnée à 40 ans de prison pour un avortement réalisé à domicile. La femme, qui souffrait d’un problème obstétrical, a été dénoncée par les médecins qui la soignaient. El Salvador est l’un des pays avec le taux le plus élevé de grossesses chez les adolescentes en Amérique latine, l’avortement y est interdit en toutes circonstances.

Guy MANSUY

Photo : Amnesty Suisse

 

Coup de flash sur des événéments prometeurs, nouvelle rubrique de notre hebdo…

Notre publication ouvre ici une nouvelle rubrique destinée à souligner des événements que nécessitent tout notre soutien soit parce que nous sommes associés ou parce que nous pensons qu’ils méritent un coup de pouce de communication et atteindre un public pour des manifestations de grande qualité. Cette semaine le zoom va a deux manifestations sur Paris et à deux sur Lyon.

Deux expositions remarquables
à la Maison de l’Amérique latine à Paris

L’Argentine Ruth Gurvich : Cheminement singulier d’une artiste qui, du dessin au papier froissé et au volume, de la maquette (en papier) à la porcelaine, revient pour cette exposition à la peinture qu’elle n’a jamais quittée. En 1995, Ruth Gurvich, opte pour un geste de rupture qui va défier la permanence de la forme et la fonction de l’objet : écraser, plier, tordre, réduire, aplatir la matière préalablement construite (essentiellement papier et calque) en prenant pour modèles des objets archétypaux du quotidien afin de sauvegarder l’esprit de ces emblèmes culturels qui sont autant de références au temps, à la société technologique et au design.

Les Équatorien de Chaupi-Aequator : La première exposition en France d’artistes équatoriens.  L’Equateur est le seul pays au monde qui porte le nom d’un repère géographique. En l’occurrence celui de la ligne équinoxiale qui marque une latitude 0 et qui partage le globe terrestre en deux hémisphères. Les aristite sinvitésMaio Alvear, Miguel Alvear Lalley / Patricio Andrade, Anthony Arrobo, Saskia Calderón, David Cevallos, Fernando Falconí, Rosa Jijón, José Hidalgo-Anastacio, Fabiano Kueva, José Luis Macas Paredes, María José Machado, Janneth Méndez, Estefanía Peñafiel Loaiza, Christian Proaño, Santiago Reyes, Rometti Costales, Oswaldo Terreros Herrera. Suivre sur SITE.

Martín Caparros ce vendredi 27 mai
à la nouvelle librairie Cien Fuegos à Paris

La librairie Cien Fuegos vient d’ouvrir ses portes au cœur de Paris animée par un argentin Miguel Angel Petrecca. Elle est héritière d’autres librairies hispano latinos hélas disparues comme celle de la rue Monsieur le Prince ou la librairie espagnole de Antonio Soriano de la rue de Seine… Cien Fuegos souhaite rester héritière aussi d’une histoire longue entre la ville de Paris et des grands écrivains latino-américains comme le Péruvien César Vallejo, le Nicaraguayen Rubén Darío, le Chilien Juan Emar, les Argentins Julio Cortázar, Arnaldo Calveyra, Copi, et tant d’autres… Une librairie qui fait le pari de proposer de livres en version originale et les accompagner par des animations, lectures, rencontres comme celle du vendredi 27 mai avec l’écrivain argentin Martín Caparros qui après avoir participé à Primavera Latina à Lyon il sera à Cien Fuegos pour présenter ses derniers livres… Suivre sur SITE

Diana Baroni ce mercredi 25 mai à 19 h 30
au Café librairie Macanudo à Lyon

Après Primavera Latina au Musée des Confluences  le bar-librairie Macanudo propose « Tertulia » avec Diana Baroni. Autour des colonies du Nouveau Monde – héritage et métissage culturel à partir de la colonisation. Des cultures aux identités uniques – comme celles des anciens peuples américains – la culture africaine et la culture espagnole imprégnée d’un passé mozarabe, se sont rencontrées au XVe siècle, dans les terres nouvelles de l’Amérique latine. Rappelons que le Café Macanudo récemment créé sur Lyon propose des animations régulièrement liées aux cultures de l’Amérique latine. Suivre sur SITE

L’Orchestra Andina du Chili
ce samedi 27 mai au Grand Temple de Lyon

Une toute nouvelle structure culturelle franco-chilienne sur Lyon Susana Estrella Obando propose ce samedi 27 mai à 20 heures un concert avec l’exceptionnel Orchestra Andina fondée en 2002 à Valparaíso par le compositeur et académicien de l’Université Pontificale Catholique de Valparaíso, Félix Cárdenas Vargas. L’orchestre par sa formation est pionnier au Chili. Sa structure sonore est composée d’instruments originaires d’Amérique latine et d’autres plus récents comme par exemple les sikus, les quenas, les tarkas, les charangos, les tiples, les guitares, les bombos legüero, les marimbas. Suite sur SITE.

Le dernier roman de César Aira en français « Le congrès de littérature »… une grande surprise

 L’écrivain argentin César Aira est capable de tout et il le prouve, depuis La robe rose (1984). Chaque œuvre publiée est une surprise. Et avec Le congrès de littérature, qui vient de sortir en traduction mais qui date de 1997, il le démontre brillamment.

On a un Savant fou (n’oublions pas la majuscule !) dont l’intention est bien entendu de dominer l’univers. Oui, mais il est le narrateur, on a donc un Narrateur fou (attribuons-lui la majuscule !), mais il nous faut aussi admettre que le texte que nous avons sous les yeux est bien de l’Auteur, qui ne peut qu’être qualifié de fou lui aussi. Fou, il l’est pour notre plus grande jouissance. Fou, comme l’était don Quichotte, comme l’a célébré Érasme, fou comme a pu l’être Léonard de Vinci, mais je risque de heurter sa modestie.

César Aira, l’auteur, joue avec ses personnages, avec son récit (raconte-t-il quelque chose ?), l’univers, ses lecteurs. Le Savant fou est un scientifique de haut niveau qui gagne sa vie en faisant des traductions, il a écrit quelques pièces de théâtre auxquelles il avoue ne rien comprendre : faut-il par conséquent comprendre son roman ? Ce qu’il faut, si toutefois il peut exister une obligation quelconque, c’est glaner ici ou là une image ou une idée. Il n’en manque pas, autour des dangers d’une science livrée à un illuminé, de la création littéraire, de l’imprécision de toute traduction, une quantité de graines posées semble-t-il au hasard et que chaque lecteur pourra développer, faire vivre ou (ce serait dommage, mais il en a le droit) ignorer. Il s’agit bien de les faire croître et prospérer individuellement. Il est clair que l’esprit rationnel aura du mal à supporter ce grand souffle de liberté, probablement il s’insurgera contre la « folie » de tout cela.

Mais qu’est-ce que la littérature, sinon la faculté qu’a le (bon) écrivain de semer sans qu’il puisse jamais savoir ce que son lecteur éventuel fera de ce qu’il lui propose ? Chacun est libre, le lecteur de fermer le livre ou de se régaler, l’auteur de faire intervenir sans plus d’explications un mystérieux appareil ou des centaines de gigantesques larves bleues. La liberté, cette fabuleuse conquête des romanciers, les latino-américains en particulier, César Aira en fait sa conquête et sa réussite personnelles, au grand bénéfice de chacun de nous.

Christian ROINAT

 

Le congrès de littérature de César Aira, traduit de l’espagnol (Argentine) par Marta Martínez Valls, éd. Christian Bourgois,  110 p., 14 €. / En espagnol, la plupart des romans de César Aira sont publiés aux éd. Literatura Random House et bénéficient d‘une édition de poche (Debolsillo). / En français, César Aira est essentiellement publié chez Christian Bourgois.

Ana Piedad Jaramillo, nouvelle chargée des Affaires culturelles à l’Ambassade de Colombie en France

À un an des saisons croisées France-Colombie lancées à l’initiative de François Hollande et de son homologue Juan Manuel Santos en 2015, l’équipe de l’Ambassade de Colombie en France a annoncé, au début du mois de février, l’arrivée de la Colombienne Ana Piedad Jaramillo à la tête des affaires culturelles. Forte d’une expérience dans les domaines culturel et diplomatique en Colombie et à l’étranger, elle sera chargée, par le biais de ces saisons, de renforcer les relations bilatérales entre les deux pays.

En décembre dernier, Ana Piedad Jaramillo avait quitté ses fonctions de directrice du musée d’Antioquia à Medellín, tout en restant discrète sur les raisons de son départ. En poste depuis 2011, elle a œuvré en particulier pour l’internationalisation du musée à travers notamment l’ouverture des Rencontres internationales d’art de Medellín (MDE). Cet événement a permis à plusieurs collections colombiennes de se faire connaître à l’étranger, comme celle de l’artiste Fernando Botero au Brésil, au Panama, au Chili ou encore en Italie. Elle a également initié une plateforme interculturelle pour que les artistes puissent s’exprimer, débattre et dialoguer ensemble sur la création. Le musée s’est en outre converti, sous sa direction, en centre de formation pour les nouveaux muséologues, commissaires d’exposition et médiateurs culturels. Lorsqu’elle a annoncé qu’elle quittait le musée d’Antioquia il y a quelques mois, elle a affirmé qu’elle continuerait de travailler pour la culture de son pays, toujours dans le souci de la faire vivre, mais dans une perspective internationale.

Une brillante carrière dans la diplomatie et la culture

Ana Piedad Jaramillo possède un diplôme en communication de la prestigieuse université de Antioquia (Medellín). Elle a commencé sa carrière en tant qu’éditrice dans la section culturelle du journal El Mundo avant de devenir directrice du supplément hebdomadaire et correspondante à Paris pour ce même journal. Elle a également été éditrice et conseillère régionale pour la culture dans les villes de Bogotá et Medellín.

Elle est ensuite devenue ministre plénipotentiaire et chargée culturelle à l’Ambassade de France en Colombie. Depuis, son parcours s’oriente progressivement vers l’extérieur, elle s’installe au Canada où elle occupe les fonctions de vice-consule à Montréal et officie également comme représentante au sein de l’Organisation de l’Aviation civile et consultante pour le Ministère des Affaires extérieures de Colombie. De retour dans son pays natal, elle prend la tête de l’emblématique théâtre Jorge Eliécer Gaitán de Bogotá. Avant d’intégrer pour la seconde fois l’Ambassade française de Colombie, Ana Piedad Jaramillo a été la directrice de l’un des plus importants musées de Medellín : le Musée d’Antioquia.

De nouvelles fonctions prometteuses

Au sein de l’Ambassade de France en Colombie, Ana Piedad Jaramillo aura à sa charge les affaires culturelles, qui comprendront la préparation des saisons croisées Colombie-France en 2017. Pour réaliser ce projet, les deux pays latins travailleront main dans la main. Ces saisons, qui se dérouleront sur deux semestres (le premier mettra à l’honneur la France et le second, la Colombie) présenteront de nombreux projets relevant de co-créations franco-colombiennes. Ana Piedad Jaramillo, qui connaît bien ces deux pays, a été désignée pour mener à bien ces saisons, aux côtés des commissaires María Victoria de Robayo pour la Colombie et Anne Louyot pour la France.

Mara KOLB

Communiqué de l’Ambassade de Colombie en France SITE
Photos : (CC) Museo de Antioquia

Troisième année pour la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France

La France célèbrera, du mardi 24 mai au dimanche 5 juin 2016, pour la troisième année consécutive, la Semaine de l’Amérique Latine et des Caraïbes.  Voulu par le président de la République, dans le prolongement d’une initiative du Sénat, cet événement coordonné par le ministère des Affaires étrangères et du développement international, a pour but de célébrer et de renforcer les relations de la France avec l’Amérique latine et les Caraïbes à travers des manifestations de tous ordres sur l’ensemble du territoire national.

Photo : Philippe Bastelica, ambassadeur.

Les précédentes éditions ont bénéficié de la participation effective des plus hautes autorités de l’Etat (discours du Président de la République), des ambassades d’Amérique latine et des Caraïbes, ainsi que de nombreux partenaires publics, privés ou associatifs. Elles ont reçu un accueil chaleureux de la part du public qui, en 2015, a répondu présent aux quelque 150 manifestations organisées dans une vingtaine de villes françaises. Cette année, ce sont plus de 300 activités différentes qui se dérouleront dans  près de 50 villes réparties sur l’ensemble du territoire. Cela représente plus qu’un doublement du volume des manifestations, par rapport à l’an dernier et témoigne d’une adhésion croissante à cette initiative.

Comme les années précédentes, la Semaine 2016 illustrera chacune des composantes de la relation si riche et si diverse que la France entretient avec l’Amérique latine et les Caraïbes. L’économie occupera une grande place dans la Semaine, puisque s’y déroulera le Forum économique international sur l’Amérique latine et les Caraïbes co-organisé par les ministères de l’économie et des finances, le Centre de développement de l’OCDE et la Banque interaméricaine de développement. Plusieurs chefs d’Etat et de nombreux ministres d’Amérique latine seront présents à cette occasion dans la capitale française, où ils côtoieront également de nombreux dirigeants d’entreprises venus de cette région du monde.

L’une des marques caractéristiques de ce cru 2016 est la mobilisation sans précédent des associations qui, par dizaines, s’impliqueront dans les différentes activités du programme. La biodiversité, qui constitue l’un des atouts de l’Amérique latine et des Caraïbes, sera largement représentée dans le programme, notamment dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, mais aussi à Paris et ailleurs. Parmi les nouveaux partenaires qui s’associent à la Semaine, on notera cette année plusieurs galeries d’art ainsi que des professionnels du tourisme.

Le monde universitaire et scientifique se rassemblera également lors de cette Semaine, notamment autour de deux grands colloques qui traiteront respectivement du management interculturel et de la question des indépendances en Amérique latine et dans les Caraïbes, vue sous un angle philosophique. Tout au long de la Semaine, la culture se déclinera sous toutes ses formes : musique, danse, littérature, arts plastiques, architecture, gastronomie, artisanat, histoire, ethnologie, patrimoine… Autant d’expositions, de concerts, de tables-rondes et de conférences qui donneront vie à la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes dans toute la France. La Semaine se clôturera dans la capitale au rythme festif du Carnaval tropical de Paris et d’Ile-de-France.

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Programme complet  La Semaine en France

Olivier Compagnon explique, dans un entretien à « Libération », le modèle exportateur de matières premières en Amérique latine

Olivier Compagnon, professeur d’histoire contemporaine à l’université Sorbonne nouvelle-Paris-III et de l’Institut des hautes études sur l’Amérique latine a été interviewé par François-Xavier Gomez du journal Libération, entretien publié dans l’édition de vendredi dernier. Olivier Compagnon a dirigé, avec Marie-Laure Geoffray, l’annuaire Amérique latine 2015-2016 (1) qui vient de paraître à la Documentation française.

La gauche latino-américaine est souvent présentée comme divisée entre un courant modéré et une branche radicale. Que pensez-vous de ce distinguo ?

Je me méfie de cette vision qui a longtemps été celle des Etats-Unis : d’une part, une gauche vertueuse, celle au Chili de Ricardo Lagos puis Michelle Bachelet, qui ne remettait pas en cause le modèle néolibéral dans lequel avait basculé l’Amérique latine dans les années 70 et 80 ; d’autre part, une gauche qu’il fallait combattre parce qu’elle réactivait le vieux mythe révolutionnaire, avec au premier rang le Venezuela et son « socialisme du XXIe siècle », proclamé par Hugo Chávez lors du fameux discours de janvier 2005 à Porto Alegre.

Pourquoi cette opposition entre modérés et radicaux vous paraît-elle inopérante ?

Parce qu’elle oublie de nombreuses nuances. Le Brésil est souvent classé dans la gauche radicale, alors que lors des deux mandats du président Lula, la politique de redistribution sociale n’a pas remis en cause le capitalisme. J’irai plus loin : cette remise en cause n’a pas eu lieu non plus dans le Venezuela de Chávez puis de Maduro, ou dans l’Equateur de Rafael Correa. Ce dernier avait promis de ne pas exploiter le pétrole dans le parc naturel protégé de Yasuni, par respect des populations indigènes. Il est finalement entré dans les politiques extractivistes en se mettant à dos ces mêmes indigènes qui l’avaient soutenu.

Pourquoi cette incapacité à rompre avec le système capitaliste ?

Essentiellement parce qu’il repose sur des formes de dépendance séculaires. Chávez n’a pas cherché à mettre fin à la mono-exportation pétrolière, et a très peu contesté le rôle des entreprises étrangères. En 2005-2006, il avait pourtant tous les atouts en main : la stabilité politique après sa victoire lors du référendum sur sa révocation, les pouvoirs exécutif et législatif, un prix du baril très élevé. Il y avait là une occasion historique de rompre avec la dépendance, de développer les secteurs industriel et tertiaire, comme le Brésil, l’Argentine ou le Chili dans les années 40 à 60. Il ne l’a pas fait, restant dans une logique rentière.

Pourquoi le Venezuela est-il différent ?

Le modèle d’exportation des matières premières non transformées y est toujours en vigueur. Le Venezuela exporte son pétrole brut, dont il ne raffine qu’une petite part. Pire encore, à la fin des années 90, quand les cours des matières premières s’envolent, on assiste dans plusieurs pays à la «reprimarisation» de l’économie : la part des secteurs industriel et tertiaire diminue car les plus gros bénéfices se trouvent dans le soja, le pétrole ou le gaz. Cette logique rentière de l’Amérique latine s’inscrit dans les cycles économiques longs, qui déterminent à leur tour des cycles politiques.

Sommes-nous à la fin d’un cycle de gouvernements de gauche ?

Il est trop tôt pour le dire. Il faut d’abord rappeler que l’arrivée au pouvoir de ces gouvernants de gauche est née d’une réaction généralisée, à l’échelle du continent, avec des exceptions comme la Colombie, à la mutation néolibérale. Cette contestation a d’abord mené à des vagues de protestations violentes, comme le Caracazo en 1989 au Venezuela, puis l’Argentine de 2001. De là, on est passé à une crise de la représentation politique, fondée sur le constat que voter pour la social-démocratie ou pour la démocratie chrétienne aboutissait aux mêmes politiques économiques. Troisième facteur : l’émergence d’outsiders politiques, dont Chávez est l’incarnation.

Les politiques de gauche en Amérique du Sud se sont donc limitées à un rééquilibrage dans le partage des richesses ?

Pas seulement, mais c’est une constante, avec des différences. Il faut observer l’ampleur de ces redistributions. Certaines ont été plus ambitieuses que d’autres, quand le cours des matières premières le permettait, jusqu’au début des années 2010. Le Venezuela l’a fait massivement à travers les «misiones» [les missions bolivariennes, ensemble de programmes sociaux, ndlr] et les résultats ont été visibles en termes d’indice de développement humain, de baisse des taux de pauvreté. Dans le même temps, le Chili a infiniment moins investi dans un état social des services, notamment en matière d’éducation, le domaine qui est le grand échec de Bachelet.

La droite a dénoncé ces politiques, parlant d’assistanat

C’est tout le débat sur la nature de la redistribution. La droite a critiqué les politiques sociales d’urgence, mais une politique d’urgence est-elle condamnable par principe ? Lula disait en substance, dans sa campagne en 2001, que la priorité était qu’on ne meure plus de faim au Brésil. Et il a développé et étendu les bénéfices de la «Bolsa Família» (aide alimentaire). La question importante est de savoir si ces politiques ponctuelles peuvent faire émerger non pas un Etat providence, notion datée et eurocentrée, mais un Etat social qui pense la redistribution dans le temps long. Qui permette la mise en place des systèmes de retraites ou de santé pérennes pour l’ensemble de la société. Le péronisme en Argentine, l’Estado Novo de Vargas au Brésil, ont multiplié les politiques sociales mais pas sur un mode universel. Elles ont été pensées de façon sectorielle : pour les cheminots, les chauffeurs de bus, les mineurs…

Pourquoi ce choix ?

La réponse renvoie à une autre constante de la politique en Amérique latine : le clientélisme. L’action politique est déterminée par le donnant-donnant. Au Venezuela, dans les barrios [«bidonvilles»], les «misiones» n’étaient jamais aussi actives qu’à la veille des élections. Rompre avec ces pratiques est complexe car le clientélisme va au-delà du politique, c’est un mode de relation sociale hérité de la colonisation, de la féodalité ibérique. C’est une limite structurelle à la construction d’un Etat social capable de penser la redistribution de façon non conjoncturelle, non sectorielle.

Peut-on créditer la gauche d’avoir inclus dans le débat politique des populations qui en étaient éloignées ?

C’est indéniable. Le Venezuela était un pays d’abstention politique, en raison du divorce entre la représentation politique et la population. Les mécanismes de démocratie participative créés par le chavisme n’ont certes pas influé sur la prise de décision au niveau national. Mais les conseils communaux ont permis à une population coupée du politique de s’exprimer sur des enjeux locaux, ce qui s’est traduit par une forte participation électorale nationale. Il y a eu une repolitisation de l’espace public, un réinvestissement dans le débat et les manifestations. Ce dont a aussi bénéficié l’opposition, comme on l’a vu au Venezuela et au Brésil.

François-Xavier GOMEZ
Journal Libération

(1) Ed. la Documentation française, 19,50 €.

 

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