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janvier 2016

“Jungle”, du jeune écrivain vénézuélien Miguel Bonnefoy

Après avoir publié deux recueils de nouvelles et un roman remarqué, Miguel Bonnefoy, Vénézuélien qui écrit en français (pour le moment), curieux de tout pourvu que cela ait un rapport avec la littérature, s’est témérairement lancé  un défi physique : participer à une expédition en pleine jungle, parcourir durant quinze jours les espaces hostiles, grimper vers la montagne Auyantepuy, une espèce d’île de rochers cernée par la forêt vierge et finir par descendre en rappel — lui qui sait à peine ce que le mot veut dire — la cascade la plus haute du monde, presque mille mètres de dénivelé, avant d’en faire le récit. Le voyage de Miguel après Le voyage d’Octavio !

Quinze jours de marche dans un milieu inconnu, voilà de quoi exciter l’imagination de Miguel qui, en bon intellectuel urbain, se plonge dans tout ce qu’il peut lire sur la Gran Sabana, au milieu de laquelle va se dérouler l’expédition. Arrivé sur place, il est bien obligé d’admettre que ses lectures et ses connaissances ne lui seront pas d’une grande utilité. Une sympathique autodérision ne le quittera plus. Ses quatorze compagnons de route, eux, ont une certaine expérience de ce genre de randonnée, Miguel semble être le seul à débuter.

L’émerveillement un peu candide du premier jour fait assez vite place aux difficultés du quotidien : la forêt tropicale n’est pas vraiment accueillante, la géographie peu adaptée à des pieds de citadin, les animaux parfois envahissants. Cela, Miguel le savait, mais c’est une autre chose de le vivre. Et il le fait vivre dans ses phrases, lui qui assume sa nature d’écrivain : ce qui pourrait être un simple récit d’expédition se double d’une recherche constante d’une expression juste et souvent fort belle, se triple de questions philosophiques sur la manière de dire, et se quadruple d’un véritable langage poétique. Il s’agit bien d’une poésie vécue, rien à voir avec un alignement de mots pour faire joli, non, la poésie du réel, c’est-à-dire de mots souvent simples dont l’enchaînement fait naître la sensation, l’impression.

Notre “héros”, une fois parti, ne peut plus reculer. Il s’est entraîné avant de quitter la ville, mais il reste l’intellectuel du groupe, un intellectuel vaillant et volontaire, curieux de tout : les mots de la langue pemon, oiseaux ou insectes, mots de la vie quotidienne, et puis ses propres sensations qu’il nous communique avec la générosité de l’homme qui a vraiment envie de raconter à son ami. Cela se termine par la descente en rappel de ce Salto Angel qui exige deux jours, donc une nuit au milieu !

La magie, le fantastique ne sont pourtant jamais loin, on est en Amérique du Sud, ne l’oublions pas. Serait-ce le réalisme magique qui pointe son nez ? Heureusement non, ce n’est que la pure réalité, vécue et transmise par un surdoué de la littérature.

Christian ROINAT

Jungle, de Miguel Bonnefoy, éditions Paulsen, 128 p., 19,50 €. SITE
Autres œuvres de Miguel Bonnefoy : Naufrages (nouvelles), éditions Quespire / Icare et autres nouvelles, éditions Buchet-Chastel / Le voyage d’Octavio, éditions Rivages.

Chronos de la semaine du 18 au 23 janvier 2016

18 janvier | PÉROU | L’activité minière illégale affecte 21 des 25 départements du Pérou, notamment les flancs de la montagne Ausangate. Chaque année, des milliers de personnes manifestent à Cuzco pour demander à la Direction régionale de l’industrie minière d’interdire ces exploitations illégales. Celles-ci détériorent les écosystèmes et les activités des populations dans cette zone protégée où se déroule le traditionnel pèlerinage au sanctuaire du seigneur de Qoyllurit’i, qui rassemble plus de 90 000 personnes chaque année.

18 janvier | HAÏTI | Le candidat de l’opposition, Jude Célestin, a déclaré qu’il ne participerait pas au second tour de la présidentielle, qu’il qualifie de “farce”. Lors du premier tour, le 25 octobre 2015, que la commission indépendante avait jugé “entaché d’irrégularités”, le candidat de l’opposition avait recueilli 25,29 % des voix, contre 32,76 % pour le candidat du pouvoir, Jovenel Moïse.

19 janvier | HONDURAS | Le président Juan Orlando Hernández a signé un engagement international pour lutter contre la corruption et l’impunité, soutenu par l’Organisation des États américains (OEA). L’accord signé à Washington commence avec la Mission d’appui contre la corruption et l’impunité au Honduras (MACCIH).

19 janvier | MEXIQUE | Un réseau de 10 km de tunnels souterrains construits entre le XVIe et le XVIIIe siècle a été découvert dans le centre de la ville de Mexico. Le gouvernement local a mis en place des recherches pour en connaître davantage sur leur histoire.

19 janvier | COLOMBIE | Le gouvernement de la Colombie et les FARC ont signé un accord important dans la partie finale du processus de paix, selon lequel les Nations Unies contrôleront le cessez-le-feu et la remise des armes par les FARC.

19 janvier | AMÉRIQUE LATINE & CARAÏBES | Le FMI a réduit ses prévisions de croissance mondiale pour 2016 et 2017. Concernant l’Amérique latine et des Caraïbes, le FMI baisse de manière significative ses prévisions de croissance : le PIB de la région dans son ensemble baissera de 0,3 % en 2016 et augmentera de 1,6 % en 2017. Les données ont été révisées à la baisse par rapport à sa projection d’octobre, de 1,1 % la première année et de 0,7 % pour la seconde.

19 janvier | VENEZUELA | Le journaliste Ricardo Durán, responsable de la presse gouvernementale du secteur de la capitale, l’une des figures les plus emblématiques des médias d’État vénézuéliens, a été assassiné d’une balle dans la tête près de sa résidence, à Caracas.

20 janvier | COLOMBIE | Le ministre de la Santé de la Colombie Alejandro Gaviria, a recommandé aux femmes colombiennes d’éviter d’être enceintes avant juillet 2016 “en considérant la phase dans laquelle l’épidémie du virus Zika et du risque encouru seront forts”. Avec cette mesure, le pays va un peu au-delà de la suggestion lancée aux États-Unis par le biais du Centre de contrôle et de prévention de maladies, qui décourage les femmes enceintes de voyager dans 14 pays d’Amérique latine y compris le Brésil, Porto Rico et la Colombie.

20 janvier | MEXIQUE | Le Procureur général de la République a reçu une plainte concernant la disparition de cinq jeunes de la ville de Tierra Blanca, dans l’État de Veracruz. Le procureur de l’État a déclaré avoir trouvé trois corps dans un ravin de la ville Emiliano Zapata et cherche à déterminer si les faits sont liés à la disparition des cinq jeunes de Tierra Blanca.

20 janvier | BRÉSIL | Il n’y a pas de vacances pour l’opération “Lava Jato”, qui enquête sur les affaires de corruption de Petrobras. Les anciens présidents Fernando Henrique Cardoso (Parti de la social-démocratie brésilienne, PSDB), Luiz Inácio Lula da Silva (Parti des travailleurs, au pouvoir, PT), Fernando Collor de Melo (actuel sénateur du Parti du travail du Brésil, PTB, d’Alagoas) et l’actuelle présidente, Dilma Rousseff (PT), ont été mentionnés dans la procédure, ce qui suppose un mauvais début d’année pour le Palais de Planalto.

20 janvier | MEXIQUE | Le Congrès a adopté la loi qui donne maintenant naissance à Mexico et fait disparaître le District fédéral. L’événement, qui se tiendra au Congrès, donne un certificat de naturalisation pour changer le statut politique de la capitale du Mexique et représente le coup d’envoi d’un processus accéléré de transformation.

20 janvier | COLOMBIE | L’organisation Catholiques pour le droit de décider (CDD) travaille depuis 15 ans dans le pays pour que l’avortement ne soit pas un tabou et pour les droits sexuels et reproductifs des femmes, dans une perspective théologique. Ils ne font pas la promotion de l’avortement, mais ils parlent aux femmes qui l’ont pratiqué.

20 janvier | VENEZUELA | La Chambre constitutionnelle du Tribunal suprême de justice (TSJ) a donné son approbation au décret d’urgence économique publié par le président Nicolas Maduro. Cette mesure accorde les pleins pouvoirs au président Maduro pour légiférer dans le domaine économique pendant 60 jours, mais l’Assemblée nationale dont la majorité est de l’opposition a jusqu’à vendredi pour approuver ou rejeter le décret.

20 janvier | MEXIQUE | Le blanchiment d’argent est un crime puni depuis peu au Mexique. Les autorités mexicaines estiment à 10 000 millions le nombre de dollars blanchis par an, alors que l’estimation émise par les États-Unis s’élève à 29 000 millions de dollars un an. Le Fonds monétaire international (FMI) estime que le montant total des fonds blanchis dans le monde pourrait se situer entre 2 % et 5 % du PIB mondial. Au Mexique, les États qui sont en tête des allégations de blanchiment d’argent sont Sinaloa, Baja California, Sonora, Tamaulipas et Jalisco.

21 janvier | AMÉRIQUE LATINE | Des chercheurs de l’Institut Pasteur de Guyane française ont séquencé le génome complet du virus Zika. Selon l’analyse génétique, l’agent pathogène qui se répand à travers l’Amérique est lié au virus qui a frappé plusieurs îles du Pacifique en 2013 et 2014. L’année suivante, les premiers cas ont été détectés au Brésil. La souche américaine appartient au génotype asiatique et non à celui de l’Afrique, où le virus est apparu.

21 janvier | MEXIQUE | L’organisme d’État FONATUR (Fonds national pour le développement du tourisme) a détruit une partie d’une mangrove à Cancún pour un projet d’hôtel. Les organisations environnementales se sont mobilisées pour empêcher la disparition de la zone humide de Tajamar, qui abrite des espèces protégées. Les travaux sur la mangrove Tajamar ont été suspendus en raison d’une plainte privée déposée devant les tribunaux de l’État. Mais la société pourra continuer les travaux jusqu’en février 2016.

21 janvier | BRÉSIL | Le débat sur l’avortement est relancé dans le pays puisque le virus Zika, qui provoque des malformations fœtales, continue sa propagation. Depuis son apparition au printemps 2015, la maladie se répand à grande vitesse. Le ministère de la santé a fait état en janvier de plus de 3 530 cas de microcéphalies suspectes (liées au virus).

22 janvier | BOLIVIE | Le premier président indigène Evo Morales célèbre ses 10 ans à la tête du pays. Après une décennie et un nouveau nom, “État plurinational” au lieu de “République”, la Bolivie a une nouvelle Constitution et un nouveau modèle économique basé sur l’extraction nationalisée de gaz. Elle jouit d’une relative prospérité, de meilleures relations inter-ethniques et une stabilité politique avec un mouvement politique hégémonique, le Movimiento al Socialismo (MAS). Mais elle dispose aussi d’un élément central incontesté et indiscutable : Evo Morales lui-même.

22 janvier | MEXIQUE | Le juge de l’Audiencia Nacional d’Espagne Santiago Pedraz, a décidé de laisser en liberté sous caution Humberto Moreira, l’ancien président du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), visé dans une enquête pour des crimes présumés de blanchiment d’argent et pour son implication dans un gang criminel. Jusqu’à présent, le Mexique et les États-Unis n’ont pas demandé son extradition.

22 janvier | VENEZUELA | Selon le Fonds monétaire international, en 2016, l’inflation atteindra 720 %, comparativement à 275 % en 2015.

22 janvier | AMÉRIQUE LATINE | Le Centre européen de contrôle des maladies (ECDC) a également dissuadé les femmes enceintes de se rendre dans des zones où le virus Zika est présent.

22 janvier | ÉQUATEUR | L’Assemblée nationale a soutenu le projet de la Révolution citoyenne, dirigé par le président Rafael Correa. Depuis mai 2013, Alianza País, le mouvement du gouvernement dispose de la majorité absolue à l’Assemblée (100 des 137 membres), a fait passer 40 lois et a modifié la Constitution en décembre dernier. Gabriela Rivadeneira [photo], 33 ans, dirige l’Assemblée nationale et elle est la première femme à occuper ce poste dans l’histoire du pays. Malgré son jeune âge, elle est l’une des candidates à la présidence de son parti Alianza País et pourrait briguer la présidence en 2017, maintenant que l’âge pour postuler a été abaissé de 35 à 30 ans.

22 janvier | VENEZUELA | La majorité de l’opposition à l’Assemblée nationale a décidé de ne pas soutenir le décret d’urgence économique publié la semaine dernière par le président Nicolas Maduro. Le leader vénézuélien a regretté cette décision et a déclaré que ses adversaires “tournaient le dos au pays.” “Ils ont préféré la voie de la confrontation stérile”, a-t-il ajouté devant le Conseil national de l’économie productive.

22 janvier | BRÉSIL | La décision de la Banque centrale du Brésil (BCB) de maintenir les taux d’intérêt à 14,25 %, alors que tout indiquait une hausse, a entraîné une nervosité accrue sur les marchés financiers. Finalement, il y a eu une nouvelle hausse du dollar face au real, avec un taux record de 4,16 reals pour un dollar, la plus grande hausse enregistrée depuis qu’a été menée la réforme monétaire avec le Plan Real en 1994.

22 janvier | HAÏTI | L’annulation de dernière minute du deuxième tour de l’élection présidentielle controversée, initialement prévu le 25 janvier en Haïti pour “des raisons de sécurité”, a plongé le pays dans l’incertitude. Aucune nouvelle date n’a été fournie par les autorités. Plus d’une douzaine de bureaux électoraux ont été attaqués par l’opposition dans la nuit pour dénoncer “un coup d’État électoral” fomenté par le président, Michel Martelly.

23 janvier | ARGENTINE | Le gouvernement libéral de Mauricio Macri a décidé de retirer de la résidence présidentielle les portraits de patriotes latino-américains, avec 40 peintures, de Che Guevara à Hugo Chávez, en passant par Perón, Evita, Allende, Sandino, Tupac Amaru et, bien en vue, Nestor Kirchner. Il ne souhaite plus croiser tous les jours les symboles du peuple “kirchneriste”.

23 janvier | GUATEMALA | Le président Jimmy Morales a déclenché une crise en écartant le général Alfredo Sosa Díaz en tant que chef d’état-major de la Défense, second dans la hiérarchie militaire après le ministre. Ceci a mis en lumière les profonds différends dans la direction militaire du Guatemala. Ce qui devait être un simple changement a tourné tout autrement quand l’avocate du militaire destitué a présenté un processus de jugement préalable contre le ministre de la Défense, le général Williams Mansilla Fernández. Il est accusé de mettre entre les mains du Ministère public des faits classés “secret militaire” dans lesquels seraient impliqués 18 fonctionnaires retraités jugés pour des crimes de lèse humanité.

Guy MANSUY

Les “ninis” sont de plus en plus nombreux en Amérique latine

Un jeune latino-américain sur cinq ni n’étudie, ni ne travaille, soit un total de plus de vingt millions de personnes, chiffre qui a augmenté ces dernières années. Ce phénomène pèse sur l’expansion économique et l’augmentation de la grande pauvreté, et menace d’accroître encore les inégalités sociales d’un continent déjà connu comme étant le plus inégal du monde, selon un rapport de la Banque Mondiale.

Le phénomène “ninis” touche 22 % des jeunes en Amérique latine selon la Cepal (Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes). Le taux de chômage en Amérique latine atteint 6,2 % en 2015. Ceux que l’on appelle les “ninis”, âgés de 15 à 24 ans, qui sont issus en grande majorité de familles pauvres, sont dans un cercle vicieux de foyers désunis, d’échec scolaire, et d’impossibilité d’accès au marché du travail, ce qui peut amener à la délinquance, souligne le rapport présenté récemment à Washington : “L’effet “ninis” pénalise l’économie par une moindre productivité salariale, mais il affecte aussi l’inégalité sociale. Le fait que les “ninis” soient en majorité issus de familles pauvres et vulnérables aggrave les inégalités existantes, entrave la mobilité sociale et empêche la réduction de la pauvreté à long terme”, est-il écrit dans le rapport.

L’étude indique que dans les prochaines vingt années, l’Amérique latine aura atteint la proportion maximale de population en âge de travailler, et propose une politique pour “la première enfance” et “des interventions socio-affectives” pour promouvoir les valeurs de l’éducation à l’école, et ainsi freiner la croissance des “ninis”. “Si nous donnons à nos jeunes les outils nécessaires pour être productifs et si nous leur offrons des opportunités de travail, le pays ne pourra qu’en tirer profit”, déclare à Reuters Rafael de Hoyos, co-auteur de l’étude.

Le profil typique d’un “nini” latino-américain est une jeune femme qui n’a pas terminé l’école secondaire et vit dans un foyer urbain dit vulnérable. Mais les chiffres montrent que les quelques opportunités de travail offertes sont toutes prises par des femmes. Le fait que le pourcentage de “ninis” ait sensiblement baissé depuis la prospérité économique, mais que leur nombre continue à augmenter, “montre que le marché du travail est incapable d’absorber les jeunes qui arrivent”, analyse l’économiste.

Pour les auteurs, les incitations financières comme les “transferts monétaires conditionnels” — bourses au mérite et remboursements différés, entre autres — et les programmes de prévention des grossesses à l’adolescence sont des aides qui peuvent contribuer à freiner le phénomène. “Les pays qui offrent un enseignement de qualité à une population jeune en pleine expansion, et qui proposent un marché du travail dynamique pourront avoir une bonne croissance, et diminuer leur taux de pauvreté rapidement”, exprime Jorge Familiar, vice-président de la Banque Mondiale pour l’Amérique latine et les Caraïbes, dans un communiqué pour la diffusion du rapport.

Traduit par
Catherine TRAULLÉ

Source : CNN Expensión México DF

Correa a célébré neuf années de présidence et réclamé une “nouvelle victoire” en 2017

Ceux qui nous représenteront aux prochaines élections devront défendre les acquis de la révolution”, a déclaré Rafael Correa à ses adeptes, lors d’un rassemblement populaire à Guayaquil.

Rafael Correa a souligné que depuis son arrivée au pouvoir, il y a neuf ans, le “pays a changé pour toujours et que, malgré leur presse, leurs millions et la violence, ils ne pourront pas changer le fait que la révolution est déjà une légende”. Il a également déclaré que pendant sa présidence “nous n’avons pas eu d’opposition, seulement une contre-révolution”. “Si c’était à refaire, je ferais exactement la même chose”, a dit le président équatorien, qui ne participera pas aux présidentielles de 2017. Il a également avoué qu’il espérait avoir “incarné l’espoir, l’orgueil, et l’estime de soi de tout un peuple”.

Vers dix années consécutives

Correa a pris ses premières fonctions présidentielles le 15 janvier 2007. Il a convoqué une assemblée constituante deux ans plus tard, qui a permis de ne pas reconnaître comme période gouvernementale cette première présidence. Il a gagné les élections en 2009, a été réélu en 2013, et à la fin de son mandat en 2017 il sera donc le seul président équatorien à avoir gouverné le pays pendant dix années consécutives. Correa est un économiste, soutenu pour sa première candidature par le mouvement Alliance Pays, mouvement inspiré par la révolution vénézuélienne du défunt Hugo Chávez, représentant de ce qu’on appelle le “socialisme du vingt-et-unième siècle”.

Traduit par
Catherine Traullé

Source : DW.com

L’Amérique latine au festival de Clermont- Ferrand

Dans une semaine s’ouvre l’un des plus grands rassemblements cinématographiques autour du court-métrage, le festival de Clermont-Ferrand. Il réunit un public varié, les professionnels côtoyant les amateurs, afin de découvrir la compétition nationale ainsi que la compétition internationale. Si la compétition nationale est riche, avec près de 1700 films inscrits, la compétition internationale n’est pas en reste, puisque cinquante pays sont représentés. Parmi eux, l’Amérique latine occupe une place de choix, avec plus de 10 courts-métrages proposés par les meilleurs réalisateurs du moment.

Des courts-métrages latinos-américains qui explorent, comme ceux des éditions précédentes, les thématiques sociales : familles en rupture, jeunes en mal d’avenir, galères du quotidien, immigration… Virginia Urreiztieta s’impose dans le thème de la famille avec la fiction Panorama. Hanali, une petite fille de neuf ans, vient de perdre sa mère. Avec son père, elle se rend dans un petit village où elle rencontre Rosa, une mère qui a perdu son enfant. Sous le poids du chagrin, le fantasme prend le dessus et unit ces deux êtres qui aspirent à retrouver un bonheur perdu. Un drame dur sur la perte d’un être cher.

Sur le même thème de la famille, Polski de Rubén Rojas Cuauhtemoc explore les liens entre la famille en racontant l’histoire de Yoemil et sa relation avec son père. Ce jeune Cubain hérite de la vieille Fiat Polski de son père. Il fait des pieds et des mains pour la remettre en état, car il est désireux de faire revivre une relation père-fils qui n’a jamais vraiment existée et qu’il croit pouvoir faire revivre par cette voiture.

Amazonas, sorti en 2015, évoque quant à lui le problème de l’immigration et ses délusions. Celestino quitte les Andes pour le Brésil dans l’espoir d’un meilleur avenir professionnel, mais il se retrouve coincé à la frontière, où il doit travailler dans une laverie. Cette captivité lui apprend la vraie valeur de la liberté. Carlos Pineiro traite ce sujet par une image qui oscille vers le noir et blanc et en utilisant des gros plans qui permettent de faire partager au public le désarroi de ce jeune émigré.

Et si la vie réserve des peines, elle réserve aussi du rire et des joies avec des comédies comme celle des péruviens German Tejada et Daniel Martin Rodriguez. Leur court-métrage, El Hueco, raconte les péripéties de Robert qui souhaite acquérir la tombe à côté de celle de sa femme et qui découvre que celle-ci a déjà été achetée par quelqu’un d’autre. S’ensuit alors une quête rocambolesque pour parvenir à récupérer cette tombe et pouvoir ainsi passer l’éternité à côté de sa dulcinée.

Le rire sert également à évoquer des sujets plus graves, comme la maladie d’Alzheimer. Dans le premier film d’Alvaro Anguita, Las Cosas Simples, sorti en 2015, Penélope trouve une drôle de façon de s’occuper de sa mère atteinte de cette maladie dégénérative : elle kidnappe Ulises, un vieil homme indigent qui a lui aussi perdu la mémoire et elle le convainc qu’il est son père pour qu’il s’occupe de sa « femme ».

La maladie, un sujet qui se retrouve également en filigrane du film de Diego Acosta, dans Huaso Chileno. Le jeune réalisateur filme Mauricio, un vieux chilien qui fut hippie dans sa jeunesse. Aujourd’hui propriétaire, il a gardé un peu de l’esprit de sa jeunesse : il préfère boire et fumer de l’herbe plutôt que de s’occuper de son domaine, une manière de vivre qu’il évoque dans des plans à l’ambiance psychédélique.

Le Brésil s’engouffre dans cette ambiance psychédélique et étrange avec l’Auto Copa Park de Joao Atala, réalisé en 2015. Le spectateur suit la soirée surnaturelle de Marcos, employé du parking Auto Copa Park. Une voiture qui démarre seule, des apparitions et de belles femmes dans un décor nocturne qui rappelle le Fight Club de David Fincher. Ayant travaillé pendant quinze ans comme directeur de la photographie, Joao Atala ne pouvait proposer qu’un film à l’esthétisme léché.

Carlos Segundo, compatriote de Joao Atala, crée une atmosphère presque inquiétante pour sa fiction Ainda Sangro Por Dentro, reposant sur la thèse qu’il existe des douleurs qui vous transpercent le corps mais que les yeux ne peuvent déceler.

Argentine, Costa Rica et Chili se côtoient dans le court métrage de Sofia Quiros Ubeda, Entre la Tierra. Marta, femme solitaire vit seule dans la même maison depuis toujours. Lorsqu’une jeune femme s’installe dans sa maison, un étrange rituel s’installe entre elles. Un rituel que le public découvre par une photographie à la fois sombre et esthétique.

Le Mexique offre une fable presque paradoxale avec Mil capas de Tess Anastasia Fernández Massieu puisque le personnage principal, María est allergique au soleil. Elle s’occupe d’un parc aquatique, une entreprise familiale qu’elle partage avec sa tante, Tita, dans un film qui n’a rien d’ensoleillé. Une lueur d’espoir cependant : elle tombe amoureuse de Leonardo, le prof d’aérobic aquatique, qui lui fait oublier sa maladie pendant un temps. Dans un autre genre, l’enquête du film colombien Forastero d’Ivan Goana. Depuis la fermeture de son restaurant, Leonidas Pinzon passe son temps à jouer au billard. Un jour, la police lui demande d’héberger un inconnu. Mais les soupçons commencent à peser sur son hôte lorsque la région est frappée par une série de meurtres.

Si la fiction est très présente, le festival a tout de même sélectionné un documentaire. Il s’agit du documentaire de Ruben Guzman, La indiferencia del viento. Ce court-métrage livre le portrait de l’existence simple de Don Roberto Yanez (1929-2014) dans les steppes de Patagonie, à travers un film poétique et contemplateur. Tous ces courts-métrages, venant de presque tous les pays de l’Amérique latine montrent que la création cinématographique latino-américaine se porte bien et le prouve durant ce festival, à découvrir dès le 5 février.

Victoria PASCUAL

1.Site du festival

“Maudit Allende !” nommé au festival de la BD d’Angoulême

Maudit Allende ! concourt cette année pour le prix Tournesol en marge du Festival International de la bande-dessinée d’Angoulême qui récompense un album sensible aux valeurs de justice sociale, de défense des minorités et de citoyenneté.

Maudit Allende !, du scénariste français Olivier Bras et du dessinateur argentin Jorge González, est un roman graphique acerbe et touchant sur le Chili des années 70, tout juste devenu socialiste après l’accession au pouvoir de Salvador Allende. Un retour en arrière sur le Chili qui s’accompagne d’une réflexion sensible sur la mémoire du pays natal et la transmission des valeurs familiales.

Contrairement à beaucoup de Chiliens qui ont fui la dictature imposée par le général Pinochet trois ans plus tard, la famille de Leo s’est exilée en Afrique du sud en 1970 suite à l’élection présidentielle de Salvador Allende dont elle ne partage pas les idées communistes. Élevé dans le culte de Pinochet par sa famille, Leo part vivre en Angleterre quelques décennies plus tard où il va découvrir les accusations de génocide portées à l’encontre de cet homme. Il engage alors une réflexion sur son pays natal qu’il connaît à peine et décide de se rendre pour la première fois au Chili au même moment où Pinochet, libéré, regagne la capitale Santiago. Ce voyage au Chili sera l’occasion pour lui de se confronter pour la première fois à la réalité de ce pays (en allant à la rencontre des victimes de ce régime) et de se détacher de l’héritage politique familial.

D’un point de vue graphique, Maudit Allende ! alterne entre des pages très âpres et sombres reflétant la période de la dictature et des pages plus vives illustrant son après. Deux expressions artistiques différentes accentuant l’écart entre les visions nostalgiques de l’enfance et la prise de conscience violente de l’adulte.

Mara KOLB

Maudit Allende, de Olivier Bras et Jorge González, éd. Futuropolis, 128 pages, 20 €. SITE

Le chef d’État cubain Raúl Castro en visite d’État à Paris

Le chef d’État cubain Raúl Castro a répondu favorablement à l’invitation de son homologue français François Hollande et se rendra à Paris le 1er février prochain à l’occasion d’une visite d’État.

Le voyage à Paris du président cubain fait suite à la visite d’État historique que François Hollande a lui-même réalisée à La Havane, le 10 mai 2015. Visite historique en effet, car il s’agissait de la première fois qu’un président français se rendait sur l’île après la fin de la guerre des États-Unis contre l’Espagne — après que les Espagnols avaient coulé le cuirassé Le Maine ancré en baie de La Havane en 1898 — et la première visite d’un chef d’État occidental depuis l’annonce du dégel dans les relations entre Cuba et les États-Unis, annoncé fin 2014. Lors de cette visite, François Hollande avait plaidé en faveur de la levée de l’embargo économique des États-Unis contre Cuba, qui avait “tant nui” au développement de l’île depuis 1962. Par ailleurs, c’est la deuxième fois qu’un chef d’État cubain réalise une visite d’État en France, après les célèbres voyages de Fidel Castro, le premier en 1995, où il a été reçu par l’alors président socialiste François Mitterrand, et le deuxième, un an plus tard, lorsqu’il est venu assister à ses funérailles. Cette visite du 1er février — la plus haute forme de contact diplomatique entre deux pays — sera sans doute marquée, comme il est coutume, par des cérémonies et par un “diner d’État”, où le chef de l’État cubain sera l’invité d’honneur.

La valeur stratégique de l’engagement français à Cuba

Selon le communiqué de presse de l’Élysée, cette nouvelle rencontre entre les deux chefs d’État marquera une étape supplémentaire sur la voie du renforcement de la coopération entre les deux pays et confirmera leur volonté d’élargir et de diversifier leurs relations dans de multiples domaines : politique, économique et commercial, ainsi que dans les domaines des finances, des investissements, de la coopération et de la culture. De son côté, Rogelio Sierra, vice-ministre cubain des Affaires étrangères a précisé que la visite du président cubain confirme l’excellent état des relations bilatérales et du dialogue politique. “La France est un partenaire important de Cuba, avec lequel nous entretenons des liens avantageux de coopération et d’entente mutuelle” a souligné le porte-parole de la diplomatie cubaine.

La plus grande île des Caraïbes jouit d’un prestige immense en Amérique latine et fait partie de deux institutions d’intégration régionale : la Communauté d’États latino-américains et caraïbes, Celac (qui rassemble 33 pays) et l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, Alba (qui rassemble 13 membres). Lors de sa visite d’État, François Hollande avait reconnu que Cuba “a représenté pour l’Amérique latine une forme d’expression, de revendications de la dignité et de l’indépendance. Ce qui explique que le pays joue un rôle important dans de très nombreuses médiations”. Depuis l’arrivée de François Hollande à la tête du pays, l’Amérique latine et Cuba en particulier, bénéficient d’une attention accrue. Jean-Pierre Bel, conseiller spécial de la présidence de la République pour l’Amérique latine a joué un rôle essentiel dans le renforcement des liens avec Cuba, considérant qu’il s’agit de la porte d’entrée vers le continent latino-américain dans un contexte de rapprochement entre Cuba et les États-Unis.

Dans ce contexte, la France a tout intérêt à renforcer la coopération avec les pays de la région Amérique latine et Caraïbes. En effet, la région abrite une population de 525 millions de personnes et constitue un terrain d’investissement favorable aux entreprises françaises. En décembre 2015, le Club de Paris, groupe de créanciers publics français, a conclu un accord historique avec Cuba au sujet de la restructuration de la dette que l’île n’honorait plus depuis 1986. Celle-ci atteignait 11 milliards de dollars en 2015 et cet accord est venu annuler les intérêts de retard cumulés qui s’élevaient à 8,5 milliards de dollars. Quant aux impayés, qui représentent un montant de 2,6 milliards de dollars, ils ont été reportés et rééchelonnés au cours des 18 prochaines années. Le président Hollande s’était personnellement impliqué pour obtenir la signature de cet accord, qui normalise les relations économiques et financières avec les pays occidentaux, et qui est censé encourager les investissements étrangers à Cuba et l’installation d’opérateurs économiques privés.

Ainsi, les pays d’Europe — et la France en tête — tentent d’augmenter leur présence économico-commerciale à Cuba. Bien que le marché cubain soit pour l’instant de taille limitée, l’île comporte des potentialités économiques solides et un intérêt géostratégique marqué par sa situation géographique. Aujourd’hui, près de 60 entreprises françaises investissent à Cuba, par le biais de partenariats avec le gouvernement, dans plusieurs secteurs de l’économique cubaine, parmi lesquels le tourisme, la construction, les télécommunications, l’énergie et les transports. À l’instar de l’entreprise de vins et spiritueux Pernod-Ricard, qui vient tout juste de remporter une bataille judiciaire l’opposant à l’entreprise du rhum Bacardi qui lui dispute l’exploitation de la marque Havana Club sur le marché des États-Unis. Le Bureau des marques et des brevets aux États-Unis a rétabli la propriété de la marque de rhum à Cuba, qui en retour a délégué la commercialisation internationale à l’entreprise française Pernod-Ricard. Autre exemple, le groupe hôtelier français Accor a renforcé sa présence à Cuba en ouvrant l’hôtel Pullman Cayo Coco, près de l’aéroport de La Havane, qui comporte plus de 500 chambres, et qui est le premier à équiper toutes ses chambres en Wifi.

Dans le domaine culturel, les ministères français et cubain de l’Éducation ont conclu, en octobre 2015, un plan d’action facilitant la coopération et les échanges entre les établissements d’enseignement supérieur. Un nouveau siège de l’Alliance Française à La Havane a notamment été inauguré, ce qui permet de renforcer la présence de la langue et de la culture française à Cuba. L’Alliance Française de La Havane, qui accueille près de 12 000 élèves, est l’une des plus importantes au monde.

La stratégie cubaine de diversification de ses partenaires

Le renforcement des relations entre l’Europe et Cuba génère une pression supplémentaire en faveur de la levée totale de l’embargo et témoigne du démarcage progressif de la politique extérieure des États-Unis. L’île devient alors source de rivalités et objet de convoitises, ce qui lui permet d’accroître ses capacités de négociation face aux États-Unis. Par ailleurs, certains économistes prévoient qu’en 2016, Cuba subira les effets de la chute des prix des matières premières à travers le pétrole. En effet, la principale source de devises cubaines, les services médicaux employés au Venezuela, sera négativement affectée car le Venezuela, exportateur de pétrole, traverse une crise budgétaire et politique. De cette manière, Cuba adopte une stratégie de diversification de ses partenaires. Au cours de cette visite, le président cubain aura également intérêt à chercher de nouveaux contrats dans la construction et les télécom — pour développer Internet à Cuba — ainsi que de l’aide économique.

Le début d’une nouvelle ère ?

Le rythme de ces rencontres au sommet témoignent-elles d’une nouvelle ère diplomatique entre les deux États ? Certains analystes estiment qu’elles ouvrent effectivement la voie à des relations cordiales et fructueuses, basées sur l’égalité souveraine, la réciprocité et la non-ingérence dans les affaires internes. Certains, en revanche, appellent au boycott de cette visite, qualifiant le frère cadet de Fidel Castro de “tyran de la pire espèce qui exerce le pouvoir depuis 57 ans, bien plus d’un demi-siècle”. Selon ces détracteurs, Cuba serait un régime politique dictatorial que des milliers de Cubains continuent à fuir en traversant le détroit de la Floride ou bien en s’aventurant vers les autres pays d’Amérique latine, avant d’être bloqués en Amérique centrale dans leur route vers les États-Unis. Selon eux, le séjour de Raúl Castro représente une “insulte à l’idée même des droits de l’homme à Cuba” et constitue une “lourde faute morale du gouvernement et du Président de la République, insensibles aux souffrances du peuple cubain et à ses aspirations à la liberté”.

Vaiana GOIN

Communiqué de presse de l’Élysée
Programme officiel de la visite d’État de Raúl Castro

 

Le “Blues” latinos de Valérie Jouve

En avant-première de l’exposition qui lui est consacrée à la galerie Bleu du Ciel dans le quartier de la Croix Rousse à Lyon (du 28 janvier au 26 mars 2016), Valérie Jouve présentera son travail à la bibliothèque de la Part-Dieu, lors d’une conférence ce vendredi 22 janvier à 18h30 (1). Retour sur sa carrière de photographe, de cinéaste et sur l’histoire de Blues, son œuvre présentée au Jeu de Paume durant l’été 2015.

Valérie Jouve, née à Saint-Étienne, entame d’abord une formation d’anthropologue. Lors de ses recherches sur la deuxième génération issue de l’immigration au sein du quartier de la Mulatière et aux Minguettes de Vénissieux, elle photographie les sujets de sa recherche pour illustrer son mémoire. Elle les montre “hors cadres”, dans toutes leurs singularités, dépassant alors le simple cadre social pour renvoyer à un autre imaginaire : “la puissance de la figure tient à la singularité de sa présence, de sa manière d’être, indépendamment de son statut ou de son origine” (2) comme l’explique Valérie Jouve.

C’est à partir de là qu’elle s’oriente vers des études de photographie au sein de l’École Supérieure de Photographie d’Arles. L’anthropologie reste présente dans ses premiers travaux et elle entreprend sa carrière de l’image en la pensant comme un complément des sciences humaines. Elle oscille entre documentaire et œuvre, sociologie et art contemporain. La nouvelle photographe est alors désignée comme une artiste de cette nouvelle génération française qui rejette le reportage humaniste sans pour autant s’éloigner totalement de ses grands préceptes : Valérie Jouve donne à voir l’homme et sa ville, le lien presque viscéral qu’il peut exister entre l’homme et l’architecture, d’une manière chorégraphique, comme dans son œuvre Blues.

Valérie Jouve et l’Amérique latine : la genèse de “Blues”

En 2015, Valérie Jouve accède à la consécration ultime dans le monde de la photographie et de l’image : Marta Gili l’invite à exposer au Jeu De Paume à Paris. L’exposition est intitulée “Corps en résistance” et propose au public de découvrir l’ensemble du travail de l’artiste pendant l’été.

Parmi ces œuvres, l’installation Blues, commanditée spécialement par le Jeu De Paume pour cet événement, soutenue par CO Producciones de Barcelone et la galerie Xippas à Paris. Elle est présentée dans la pénombre et rassemble cinq séquences de films, accompagnées de textes ainsi que d’enregistrements sonores. Tous ces éléments évoquent le lac Atitlán au Guatemala et montrent la vie urbaine qui s’y développe au détriment du patrimoine maya de la région.

L’œuvre a été réalisée autour d’une figure centrale, qui est elle aussi liée à l’Amérique latine puisqu’il s’agit de Tania Carl, chanteuse de blues, partie de France pour venir s’installer au Guatemala. La chanteuse erre autour du lac, en colère contre une réalité, celle des populations mayas qui sont méprisées par les gringos qui débarquent et exploitent le sol sans vergogne.

Si Valérie Jouve a choisi ce personnage, c’est aussi parce que “le blues est une musique de résistance, qui ne verse pas dans le misérabilisme. Depuis toujours, mon travail tente de donner la parole à ceux dont la voix a été chassée de la place publique. Ici, et c’est nouveau, j’ai convoqué les mots… Pour m’aider à résister davantage encore” (3). Résister contre le pouvoir abusif qui peut être exercé par des pays ou des hommes sur d’autres, une problématique toujours d’actualité, en Amérique latine comme ailleurs.

Victoria PASCUAL

  1. Site de la Part Dieu
  2. Entretien avec Marta Gili et Pia Viewing, dans le dossier de presse de la galerie Bleu du Ciel.
  3.  Télérama : le monde sans légende de Valérie Jouve, du 20 juin 2015, par Frédérique Chapuis.

Le Chilien Alejandro Aravena remporte le Prix d’architecture Pritzker

L’architecte chilien Alejandro Aravena vient de recevoir, le 13 janvier dernier, le prestigieux prix Pritzker, considéré comme le Nobel de l’Architecture, pour son travail aussi innovant qu’engagé. Il est le premier Chilien et le quatrième Latino-américain à être distingué par ce prix, après le Mexicain Luis Barragán en 1980 et les deux Brésiliens, Oscar Niemeyer en 1988 et Paulo Mendes Da Rocha en 2006.

Alejandro Aravena incarne “le renouveau d’un architecte plus socialement engagé” aux dires du communiqué de la fondation Hyatt qui décerne le prix. En effet, le prix récompense cette année une architecture “utile” et atypique, aux antipodes des bâtiments coûteux et flamboyants qui font la gloire de nos villes, devenant ainsi le témoin des défis majeurs du XXIe siècle.

Un architecte engagé…

Ce Chilien de 49 ans est un ardent militant de l’équité sociale. Le leitmotiv de son travail est la problématique des villes émergentes, problématique qui se pose de façon cruciale en Amérique latine, où l’urbanisation accélérée est bien souvent chaotique. Son architecture engagée — sociale et esthétique à la fois — mêle modestie, écologie et design. Diplômé de l’Université catholique de Santiago du Chili, il prône la construction de meilleurs quartiers afin que “le développement casse le cercle vicieux de l’inégalité”.

Aravena a notamment érigé les “tours siamoises” de l’Université catholique du Chili (2005) — où il a étudié — son école d’architecture (2004), sa faculté de médecine (2004) et de mathématiques (2009), ainsi que plusieurs autres bâtiments de ce même établissement. Fondateur de l’Agence Elemental, il est devenu célèbre en 2003 en inventant le concept de “demi-maisons”. La particularité de ces habitations est qu’elles sont financées par de l’argent public, à hauteur de 10 000 dollars par maison, puis complétées et aménagées par les résidents eux-mêmes, à leur guise. L’agence Elemental s’occupe de construire la cuisine, la salle de bains, les murs mitoyens et l’isolation tandis que habitants sont libres de réaliser les peintures et les finitions, et de bâtir les pièces supplémentaires. De cette manière, les coûts sont maîtrisés et les habitants les plus démunis peuvent s’approprier le projet collectif.

 
Maison résidentielle de Quinta Monroy, Iquique, Chili

Son credo, qu’il résume avec la formule “Más con lo mismo” [“faire mieux avec les mêmes moyens”] a notamment pris corps avec la construction d’un quartier dans la ville de Iquique, non loin de la frontière péruvienne, en 2004. Ce projet a permis de résorber un bidonville qui était installé depuis 30 ans en centre-ville et de reloger cent familles. Sur le même thème, Aravena est parvenu à reconstruire en un temps record la ville de Constitución, frappée le 27 février 2010 par un puissant séisme suivi d’un tsunami. Aravena révèle ainsi l’architecture sous son meilleur jour, celui qui permet d’améliorer la vie des gens. Il parvient ainsi à relever un pari difficile, en dépassant les contraintes de coûts qui, bien souvent, conduisent les architectes à s’éloigner des projets sociaux par manque de moyens financiers.

Pour autant, le jeune architecte ne s’arrête pas là : il prend également à cœur l’architecture avec un grand “A”, et ne se prive pas de critiquer les inepties à la mode : “À Santiago, un immeuble qui se veut ‘contemporain’ est forcément tout vitré. Étant donné le climat local, ces constructions se transforment rapidement en serres géantes”. Préoccupations écologiques en ligne de mire, il a pris le contre-pied de cette tendance en concevant le Centre d’innovations de l’Université Catholique du Chili qui se présente comme une puissante masse de béton, et censée réduire considérablement la consommation énergétique

 
Centre de recherche et d’innovation du campus de l’Universté Catholique du Chili, Santiago. 2014

 

…à la carrière brillante et prometteuse

Peu connu du grand public, Aravena l’est cependant de ses pairs : il enseigne à son ancienne Université, a été de passage à la Graduate School of Design de Harvard de 2000 à 2005, et a même participé au jury Pritzker de 2009 à 2015. Ses travaux ont été couronnés par de nombreux prix dès 2008, dont le Prix de l’architecture durable. La Biennale de Venise l’a également distingué en 2008 avec le Lion d’Argent, et deux ans plus tard, la médaille d’Architecture Erich Schelling est venue récompenser l’architecte et son agence. Concernant ses réalisations, il a à son actif un large éventail de réalisations hors de son pays natal, notamment aux États-Unis, au Mexique, en Chine et en Suisse. On lui doit par exemple les bureaux de Novartis à Shanghai (2015), ou les logements étudiants de l’université St. Edward de Austin, Texas 2008.

 
Bureaux du groupe pharmaceutique Novartis à Shanghai

La distinction qu’il vient de recevoir constitue un formidable élan pour explorer de nouveaux terrains d’actions et envisager de nouveaux challenges. Prochainement, il officiera en tant que commissaire de la Biennale de Venise 2016 qui réunira la fine fleur de l’architecture au cours des mois de juin à novembre 2016. Le journal Chilien El Mercurio a par ailleurs révélé qu’il pourrait travailler en Europe sur des projets de logements sociaux destinés aux migrants…

Vaiana GOIN

Actualités cinéma : “Les Élues”, “The Revenant” et “Truman” en haut de l’affiche

L’actualité cinématographique latino-américaine de la semaine est marquée par la sortie du film mexicain “Les Élues” et deux longs-métrages récompensés à l’occasion des 73e Golden Globes aux États-Unis et des 21e Prix José María Forqué en Espagne.

Les Élues est un film mexicain de David Pablos, présenté à Cannes 2015 dans la sélection Un certain regard. Tourné en 2014 à Tijuana avec une équipe d’acteurs locaux entièrement amateurs, Les Élues évoque la problématique de la traite des femmes[1]. Le film met à l’écran les doutes d’un jeune garçon issu d’une famille de trafiquants qui racole pour la première fois une très jeune fille pour que sa famille en fasse une prostituée. Il aime bien cette jeune fille, mais pour la faire sortir, il devra en fournir une autre. Le trafic des femmes à Tijuana est malheureusement connu. Ce film est âpre, mais ne tombe pas dans le voyeurisme. La violence est surtout celle morale d’une bande de trafiquants et montre assez bien comment les choses se passent, bien que les jeunes filles paraissent un peu trop naïves. Malheureusement, la réalisation est trop marquée par la carrière du réalisateur dans la publicité.

Le cinéma latino-américain récompensé

Bien que la comédie dramatique Carol, de Todd Haynes, coproduite au Royaume-Uni, se soit trouvée en tête des nominations pour les 73e Golden Globes, c’est finalement The Revenant, du mexicain Alejandro González Iñárritu, qui a été couronné le 10 janvier lors de la cérémonie de remise de prix par la presse étrangère à Hollywood. Le film d’Iñárritu a raflé les Golden Globes du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur acteur, grâce à la performance, paraît-il époustouflante de Leonardo Dicaprio. Le film sort le 24 février en France.

Le 11 janvier, au Palais des Congrès de Madrid, le cinéaste catalan Cesc Gay est monté deux fois sur scène pour recevoir, en présence du ministre de la Culture espagnol Íñigo Méndez de Vigo, deux prix majeurs des 21e Prix José María Forqué pour son long-métrage Truman : celui du meilleur acteur accordé à l’Argentin Ricardo Darín, qui n’était pas présent (et l’a donc emporté sur son partenaire dans le film, Javier Cámara, également nommé dans cette catégorie, ainsi que sur son compatriote Guillermo Francella, nominé pour El Clan dont la sortie est prévue le 10 février), et surtout celui du meilleur film de fiction. Ce très bon film sortira le 6 avril et sera présenté en avant-première aux Reflets du cinéma ibérique et latino-américain de Lyon-Villeurbanne[2], en mars. Les Prix Forqué sont organisés par l’EGEDA, l’établissement qui gère les droits des producteurs audiovisuels en Espagne.

Alain LIATARD

[1] Bande-annonce sur Allociné
[2] Site des Reflets du cinéma ibérique et latino-américain
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