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décembre 2015

Rafael Correa, Docteur Honoris Causa à Lyon

Ce mercredi 2 décembre, l’Université Claude-Bernard de Lyon a décerné au président Rafael Correa, le titre de Docteur Honoris Causa dans une salle archicomble du campus de la Doua. Voici son discours de remerciements, que nous a transmis le service de presse de la présidence de la République de l’Équateur.

Je voudrais d’abord exprimer toute ma solidarité avec le peuple français, et plus particulièrement avec les familles des victimes innocentes du vendredi 13 novembre à Paris. La blessure de la France est une blessure à toute l’humanité, mais la liberté, l’égalité et la fraternité vont vaincre le terrorisme. Je vous apporte les salutations de l’Équateur, le pays méga-divers le plus compact du monde. Par sa situation géographique, sur la latitude zéro, l’Équateur est l’écocentre de la planète.

L’Équateur aime la vie, et notre Constitution nous engage profondément à prendre soin de notre maison commune, puisque c’est la première Constitution dans l’histoire de l’humanité qui octroie des droits à la nature. Nous avons dit clairement dans la COP21 que rien ne justifie que nous ayons des tribunaux internationaux pour protéger les investissements, pour forcer les pays à payer des dettes financières, et non pas pour protéger la nature. Ce n’est que la perverse logique de “privatiser les bénéfices et socialiser les pertes”, mais la planète ne peux plus le supporter.

C’est pour cela que nous avons proposé la création de la Cour Internationale de Justice Environnementale, qui devrait punir tous les attentats contre les droits de la nature et établir des obligations concernant la dette écologique et la consommation de biens environnementaux. Nos propositions peuvent se résumer en une phrase magique : justice environnementale. Mais comme Thrasymache disait il y a plus de deux mille ans dans son dialogue avec Socrate, “la justice n’est que l’intérêt du plus fort”.

LE DÉVELOPPEMENT EN TANT QUE PROCESSUS POLITIQUE

Chers amis :Le développement est à la base un problème politique. Le point de départ, la question clé c’est de savoir qui commande dans une société : les élites ou la grande majorité du peuple, le capital ou les êtres humains, le marché ou la société. Les institutions, les politiques et les programmes d’un pays dépendent de qui détient le pouvoir, l’Amérique Latine a été historiquement dominée par des élites. Nous nous appelons un continent de paix, mais l’insultante opulence de quelques-uns, aux côtés de la plus intolérable pauvreté, sont des balles quotidiennes contre la dignité humaine. Voilà l’essence de la Révolution citoyenne: le changement dans les relations de pouvoir en faveur de la grande majorité du peuple.

Grace à ce changement fait au moyen de processus profondément démocratiques, nous sommes un des pays en Amérique latine qui a le plus réduit l’inégalité et la pauvreté. Selon la Commission économique pour l’Amérique latine des Nations Unies, nous sommes passés d’être un des trois pays les plus inégaux du continent, à un des trois pays les plus égalitaires.  La pauvreté est tombée de 37,6 à 22,3 %, et l’extrême pauvreté—pour la première fois dans l’histoire— se place en moins de deux chiffres, ayant descendu de 16,5 à 7,4 %. Après avoir eu sept présidents en 10 ans, aujourd’hui, l’Équateur est une des démocraties les plus stables du continent. C’est ce qu’on appelle le “miracle équatorien”, bien que, quand on parle de développement il n’y a pas de miracles. Ces impressionnantes réussites sont la conséquence surtout du changement dans les relations du pouvoir. Aujourd’hui en Équateur, malgré tous nos problèmes, c’est le peuple équatorien qui commande.

TITRE DE DOCTEUR HONORIS CAUSA

Chers amis : Le titre de docteur honoris causa que me décerne l’Université Claude-Bernard – Lyon 1 met en relief la qualité et la constance de nos investissements dans le domaine des sciences, la santé, l‘éducation supérieure et la recherche.

Les êtres humains ne sont pas seulement un instrument de production, ils sont la fin même de la production. Nous visons l’éducation et la santé comme des droits de l’homme, et non pas comme des instruments de productivité, mais évidemment ils ont aussi d’importantes implications en termes des capacités de génération de richesse et de progrès. En valeurs absolues, l’Équateur investit 4,3 fois plus en éducation qu’avant notre gouvernement. Dans le secteur santé nous investissons 4,5 fois plus.

Avec la Révolution citoyenne, l’Equateur a décidé de baser son économie sur la seule ressource inépuisable : le talent humain. C’est pour cela que l’éducation supérieure a été une préoccupation centrale de notre Gouvernement, et au fil de ces dernières années nous avons augmenté à 2 % les allocations budgétaires pour le secteur, plus du double de la moyenne de l’Amérique latine (0,8 %), et même au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE (1,7 %). En même temps qu’on a amélioré la qualité, nous avons doublé le nombre d’étudiants universitaires provenant des secteurs les plus pauvres de la société et des populations historiquement exclues, surtout les indigènes et les afro équatoriens.

Nous avons plus de 10 000 jeunes talentueux qui font des études dans des universités étrangères grâce au programme de bourses mis en place par le gouvernement. Nous avons créé 4 nouvelles universités publiques —et donc gratuites—de niveau mondial dans des domaines clé pour notre développement : sciences dures, connaissances bio, formation d’enseignants, et arts.

LE SOCIALISME DU 21e SIÈCLE

Chers amis : Il y a un principe qui dit “Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur”. Soyez surs que mon trésor n’est pas le pouvoir, mais le service. Avoir un pays sans misère, mais aussi sans des luxurieux gaspillages. Un pays qui supère la culture de l’indifférence, ou il n’y ait plus les jetables de la société, où l’on travaille pour les enfants de tous, et ainsi, unis, parvenir au bien vivre, le “sumak kawsay” de nos peuples ancestraux. Le bien commun est la raison d’être de l’autorité politique. C’est ce bien commun que nous avons essayé de construire en Équateur depuis il y a presque neuf ans.

Mon rêve a toujours été de travailler pour mon pays, un des plus injustes du monde. La vie m’a donné l’opportunité non seulement de travailler, mais d’être à la tête d’un processus de changement historique. L’Équateur n’a pas vécu une époque de changements, mais un véritable changement d’époque. Malgré des années de rigoureuse préparation académique et maintenant une vaste expérience politique, j’ai encore beaucoup plus de questions que de réponses, mais je peux quand même partager quelques convictions avec vous.

Je suis de plus en plus convaincu que, plutôt qu‘une science, l’économie est un ensemble d’instruments pour résoudre des problèmes, et que souvent la soi-disant théorie économique, est tout au plus l’opinion dominante, et même une idéologie déguisée en science, comme c’est le cas du Consensus de Washington et le néolibéralisme. Je crois aux sociétés avec marché, mais non pas aux sociétés de marché, où les vies, les personnes et la société elle-même ne deviennent qu’une marchandise de plus.

Je ne partage pas une mondialisation qui essaie de créer un marché global, et non pas une société globale ; une mondialisation qui ne cherche pas a créer des citoyens du monde, mais seulement des consommateurs mondiaux, et qui, sans d’adéquats mécanismes de control et de gouvernance, peut dévaster des pays. Je ne comprends pas comment les pays riches pourront justifier éthiquement aux futures générations la recherche de plus en plus de mobilité pour les marchandises et les capitaux, en même temps qu’ils punissent et même criminalisent chaque fois davantage et avec plus de force la mobilité humaine.  La solution n’est pas plus de frontières : c’est la solidarité, c’est l’humanité, et la création de conditions de prospérité et de paix pour le monde entier.

Je crois fermement au pouvoir transformateur de la science et la technologie. Même plus, je dépose dans ce pouvoir, dans cette science et dans cette technologie une grande partie de mon espoir dans l’avenir de la planète, dans la soutenabilité de notre mode de vie, dans la possibilité de parvenir au Bien Vivre pour toute l’humanité.

Depuis longtemps je pense que tout essai de synthétiser en principes et lois simplistes —que ce soient le matérialisme dialectique ou l’égoïsme rational— des processus si complexes comme l’avancement des sociétés humaines, est condamné à l’échec. Et je suis aussi convaincu que les avancées scientifiques et technologiques peuvent générer beaucoup plus de bien-être et devenir un de plus grands moteurs des changements sociaux, plus que la lutte de classes ou la recherche du gain individuel.

Je crois que l’ordre mondial n’est pas seulement injuste ; il est immoral. Tout est en fonction du plus puissant et les doubles standards sont répandus partout : les biens environnementaux produits par les pays pauvres doivent être gratuits ; les biens publics produits par les pays hégémoniques, comme les connaissances, la science et la technologie, doivent être payants.

Je pense que la meilleure façon de faire face à cet ordre mondial injuste est avec l’unité de nos peuples. Nous ne pouvons plus ajourner la construction de la Grande Patrie latino-américaine. Peut-être les européens devront expliquer à leurs enfants pourquoi ils se sont unis, mais nous devrons expliquer aux nôtres pourquoi nous avons tardé tant pour le faire.

Je crois que le plus grand impératif éthique de l’humanité est de combattre la pauvreté qui, pour la première fois dans l’histoire, n’est pas le résultat de la pénurie de ressources, mais de systèmes pervers.

Je crois à la liberté individuelle, mais il ne peut pas avoir de véritable liberté sans justice. Même plus, dans des régions si inéquitables comme l’Amérique Latine, seulement à travers la justice nous pourrons atteindre la véritable liberté. Tandis que pour les néolibéraux la liberté c’est la non-intervention, pour nous, c’est la non-domination.

Je crois au pouvoir de l’utopie ; comme disait mon bon ami Eduardo Galeano, l’écrivain uruguayen récemment décédé : Pour autant que je chemine, jamais je ne l’atteindrai. A quoi sert-elle ? Elle sert à cela : cheminer. Tout cela nous a mené à générer depuis le sud ce qu’on appelle le “Socialisme du 21ème siècle” qui, sans prétendre avoir toutes les réponses, est notre réponse aux systèmes exclusifs, spéculatifs, responsables d’avoir mené l’humanité vers une crise civilisatrice et la destruction de l’environnement.

REMERCIEMENT

Chers amis : C’est la première fois que cette université décerne le titre de docteur honoris causa à une personnalité politique étrangère. Je me suis donc dépêché à l’accepter, avant qu’ils ne se rendent compte de leur erreur. C’est un honneur de le recevoir dans une ville comme Lyon, la première capitale de la Gaule, le lieu des soulèvements des ouvriers aux années 1830, le centre de la résistance française pendant la deuxième guerre mondiale, une ville universitaire. Je reçois le titre de Docteur Honoris Causa que vous avez bien voulu me décerner au nom de ceux qui le méritent vraiment : nos étudiants, l’espoir de la Patrie, nos ouvriers, nos migrants héroïques. Je le reçois au nom du peuple équatorien.

Merci beaucoup.

Rafael CORREA

Joli succès pour la IX édition du festival Documental

L’édition 2015 de Documental a tenu toutes ses promesses. Pour sa neuvième édition, le festival a proposé un panorama riche et variés de films documentaires ayant chacun une vision originale des problématiques latino-américaines, tout cela dans le magnifique cadre de l’AmphiOpéra de Lyon. Dix histoires originales et autant de découvertes, à travers lesquelles le public a pu entrevoir les peuples, les mythes, leur tradition tout en interrogeant les stéréotypes et représentations parfois figées sur cette région du monde.

Présents sur la photo, de gauche à droite : Ananda Henry-Biabaud, Thierry Lesprit, Myriam Bou-Saha, Philippe Bastelica, Myriam Figureau, Jean-Claude Martinez, Diana Baroni.

Cette neuvième édition, qui s’est déroulée du 23 au 28 novembre, a été un joli succès grâce à des intervenants de qualité et un public toujours plus nombreux que les éditions précédentes, en signe de la renommée grandissante du festival. La semaine s’est terminée en beauté le samedi 28 novembre à l’AmphiOpéra avec le concert de l’artiste brésilienne Mônica Passos.

La soirée, ouverte par une allocution de M. François Postaire, directeur de l’AmphiOpéra, a été suivie par un discours de M. Philippe Bastelica, président du Jury de cette 9e édition de Documental. L’ambassadeur y a souligné la diversité – thématique et technique – et a salué la qualité de chacun des documentaires en compétition cette année. Le jury du festival, composé de cinq personnalités de haut rang – M. Philippe Bastelica, ambassadeur et commissaire de la Semaine de l’Amérique latine en France ; Mme Diana Baroni, musicienne ; M. Jean-Claude Martinez, photographe ; Mme Myriam Figureau, Grand reporter à France 3 ; M. Thierry Lesprit, coordinateur de Documental – a décerné ses deux récompenses à l’unanimité.

Les prix du Jury ont été attribués à Echo Chamber (Colombie-France) dans la catégorie court-métrage, réalisé par Guillermo Moncayo en 2014 et à De que vuelan, vuelan (Venezuela-France) pour la catégorie long-métrage, réalisé par Myriam Bou-Saha et Ananda Henry-Biabaud en 2013.

Quant au public, il a récompensé cette année deux courts-métrages à égalité : Mémoires de Humberstone (Chili-France), de Hélène Gaudu (2015) et Mujeres en Junta (Colombie-Suisse) de Élodie de Weck et Sébastien Caby (2012). Enfin, le long métrage sollicité par le public est La Mort de Jaime Roldós (Équateur-Argentine), de Lisandra Rivera et Manolo Sarmiento (2013).

Désormais installé dans le paysage culturel lyonnais et reconnu pour la diversité de sa programmation, le festival Documental promet, pour son dixième anniversaire, une édition riche et audacieuse.

Vaiana GOIN


LES PRIMÉS 2015

Retrouvez la galerie photos de Documental 2015

Chronos de la semaine du 23 au 29 novembre 2015

23 novembre – CHILI – Deux projets menés par les États-Unis et l’Europe sont en concurrence pour la construction du télescope géant Magellan (GMT), le plus grand observatoire astronomique du monde. Le GMT sera construit à l’Observatoire de Las Campanas dans le désert d’Atacama au Chili. L’arrivée de cette nouvelle génération de télescopes fera du Chili l’épicentre de l’observation astronomique mondiale.

23 novembre – MEXIQUE – Andrés Manuel López Obrador – AMLO – entame une nouvelle étape de sa carrière politique en faisant appel à la résistance civile pacifique. Trois jours après avoir été élu président de MORENA, le parti qu’il a fondé en juillet 2014, le candidat à la présidence a visité son Tabasco natal, un État du Sud-Est du pays. Il a lancé 20 “brigades de résistance civile” qui parcourront l’État afin d’aider les habitants des villages à se défendre contre les tarifs “excessifs” d’électricité de la Commission fédérale d’électricité (CFE).

23 novembre – ARGENTINE – Dès qu’on aborde la question de la dictature militaire en Argentine (1976-1983), cela génère très souvent une controverse dans le pays. Le journal La Nación a publié un texte dans lequel on défendait la sortie de prison des oppresseurs les plus âgés. Ce texte, intitulé “Arrêtez la vengeance” a suscité de nombreuses critiques, qui ont été rapportées sur son site web du journal. La plupart des rédacteurs et les collaborateurs de La Nación se sont aussi mobilisés sur les réseaux sociaux pour montrer qu’ils n’étaient pas d’accord avec son contenu. La polémique a tellement gonflé que les autres médias ont commencé en parler et le journal lui-même a décidé de publier une photo sur laquelle apparaît une bonne partie de la rédaction réunie en assemblée avec des affiches disant “Je condamne l’éditorial”.

23 novembre – CHILI – L’ancien secrétaire général de l’OEA (2005-2015), José Miguel Insulza, représentera le Chili auprès de la Cour internationale de Justice dans le différend avec la Bolivie, qui réclame un accès à la mer à travers le territoire chilien. L’avocat socialiste âgé de 72 ans remplacera Felipe Bulnes, démissionnaire.

24 novembre – MEXIQUE – L’Association des académies de la langue espagnole (ASALE), fondée au Mexique en 1951, organise son XVe congrès ordinaire à Mexico sous les auspices de l’Académie mexicaine de la langue. Le congrès a lieu tous les quatre ans. La plupart de ces réunions ont été décisives pour le développement de la politique linguistique hispanique de l’Association et de ses 22 académies nationales présentes sur quatre continents. Lors de ce congrès, deux nouveautés sont présentées : le Corpus diachronique et diatonique de l’espagnol d’Amérique, qui réunit plus de 3 000 documents écrits en Amérique entre les XVIe et XIXe siècles ; et la présentation de l’édition commémorative de Don Quijote de la Mancha effectuée par l’ASALE. Francisco Javier Pérez, 56 ans, de l’Académie vénézuélienne a été élu nouveau secrétaire général de l’ASALE.

24 novembre – HAÏTI – Deux policiers ont été blessés, dont un par balle, dans une manifestation de l’opposition à Port-au-Prince. Ils ont été la cible de tirs et de jets de pierres. Les sympathisants de plusieurs partis d’opposition ont défilé dans la rue pour contester les résultats définitifs du premier tour de l’élection présidentielle annoncés par le Conseil électoral provisoire. Le second tour opposera Jovenel Moïse, candidat du parti au pouvoir, à Jude Célestin. Lors du scrutin du 25 octobre, le premier a recueilli 32,76 % des suffrages et son principal concurrent en a obtenu 25,29 %.

24 novembre – PÉROU – Un tremblement de terre de magnitude 7,3 sur l’échelle de Richter a secoué la frontière entre le Pérou et le Brésil ; l’épicentre est situé dans les environs de Puerto Esperanza, capitale de la province de Purús dans le département du Ucayali, en bordure du Brésil. Selon l’Institut de géophysique du Pérou, la première secousse s’est produite à 17 h 44, et l’autre à 17 h 52. L’épicentre a été enregistré à 580 km de profondeur et à 99 km de Puerto Esperanza. Dans cette zone isolée résident surtout des populations indigènes, principalement des ethnies Asheninkas et Yines, qui se consacrent à la chasse, à la pêche et à l’agriculture.

25 novembre – MEXIQUE – Treize personnes ont été assassinées en trois jours dans le Guerrero, dont un garçon de 16 ans. Ces tueries ont eu lieu à Chilapa, à mi-chemin entre la ville de Chilpancingo, la capitale, et l’État voisin de Oaxaca. Le nombre d’homicides dans cet État dépasse celui de l’an dernier. Le Guerrero est depuis quelque temps l’État le plus violent du pays, avec un taux de plus de 46 homicides pour 100 000 habitants.

25 novembre – COLOMBIE – Un groupe de 150 employés de ménage s’est constitué pour revendiquer et mieux défendre leurs droits. Ce métier est exercé par 750 000 personnes, selon des données officielles, mais on ignore le chiffre réel. “Nous sommes des survivantes de l’esclavage domestique”, ont déclaré pendant leur intervention les représentantes de l’initiative citoyenne Hablamos de empleadas domésticas.

25 novembre – MEXIQUE – Alors que le taux d’homicides à l’encontre des hommes baisse depuis 2011, celui des femmes est devenu un problème structurel : sept femmes meurent chaque jour au Mexique suite à des violences, selon l’Institut national de statistiques et de géographie (INEGI).

25 novembre – BRÉSIL – Le chef du Parti des travailleurs au Sénat, Delcídio do Amaral, et le président de la banque BTG Pactual, André Esteves, ont été arrêtés à Brasilia. Tous deux sont accusés d’avoir tenté de détruire des preuves et d’entraver le travail de la police dans le cadre de l’enquête sur le scandale de corruption Petrobras.

25 novembre – AMÉRIQUE LATINE – Les femmes d’Amérique latine sont bien représentées en politique, avec un taux de 25 %. La région se situe juste derrière les six pays nordiques européens qui atteignent un taux de 41 %.

25 novembre – VENEZUELA – Luis Manuel Diaz, le dirigeant du parti Action démocratique (social-démocrate) dans l’État de Guarico, a été tué par balle à Altagracia de Orituco (centre du Venezuela), lors d’un meeting pour les législatives du 6 décembre.

25 novembre – NICARAGUA – L’entreprise chinoise HKND, propriétaire de la concession pour la construction d’un canal interocéanique au Nicaragua, a retardé le début des travaux – prévus pour le premier trimestre 2015 – et a annoncé que “la construction des écluses et la grande excavation commenceraient fin 2016”. La compagnie n’a pas expliqué les motifs de ce nouveau retard et assure qu’“elle optimise les paramètres de conception du canal”. Un groupe d’experts internationaux a demandé l’arrêt du projet.

25 novembre – AMÉRIQUE LATINE – Malgré les lois de l’ONU interdisant dans 20 pays la violence envers les femmes, celle-ci continue de faire des victimes dans la région : être une femme représente un risque mortel pour beaucoup d’entre elles en Amérique latine. Selon la CEPALC, en 2014, plus de 1 670 femmes ont été tuées simplement en raison de leur sexe. Selon la Banque mondiale, la violence contre les femmes et les filles montre “l’inégalité des sexes et représente un obstacle fondamental à la participation des femmes et des hommes dans les sphères sociale, économique et politique”.

26 novembre – MEXIQUE – Dans l’État de Guerrero, personne n’échappe à la violence. Quatre officiers de police ont été tués à Tixtla alors qu’ils circulaient dans les rues de la ville. Les victimes faisaient partie de la Coordination régionale des autorités communautaires (CRAC), un système de sécurité créé par les habitants eux-mêmes face aux faiblesses du gouvernement local.

26 novembre – ARGENTINE – Mauricio Macri [photo] s’est entouré d’une équipe libérale pour rassurer les marchés et les citoyens argentins. Le ministère de l’Économie et des finances s’appellera désormais le ministère du Trésor et des finances et à sa tête, ce sera Alfonso Prat-Gay, cadre supérieur de JP Morgan et ancien président de la Banque centrale d’Argentine (2002-2004). Un autre économiste clé, Rogelio Frigerio, a été nommé ministre de l’Intérieur. La ministre des Affaires étrangères sera Susana Marcorra, actuellement chef de cabinet du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon.

26 novembre – MEXIQUE – Le Procureur spécial pour la criminalité électorale (FEPADE), qui dépend du procureur général, a demandé l’arrestation de l’ex-président controversé du Parti vert du Mexique, Arturo Escobar. Celui-ci, en tant que sous-secrétaire de la Prévention et participation des citoyens, du ministère de l’Intérieur, a violé la loi électorale en engageant une entreprise pour livrer des cartes aux électeurs pendant les élections du mois de juin dernier.

27 novembre – ÉQUATEUR – Pour mettre fin à l’arrivée de Cubains en Équateur, un visa leur sera demandé à partir du 1er décembre. Le vice-ministre des Affaires étrangères, Xavier Lasso, a déclaré que cette décision visait à honorer les engagements que le pays a pris lors de la réunion du Système d’intégration centraméricaine (SICA), qui s’est tenue à San Salvador. Cela devrait réduire le flux de Cubains qui se rendent en l’Équateur pour continuer leur voyage par voie terrestre jusqu’aux États-Unis.

27 novembre – PÉROU – Le VIH frappe l’Amazonie péruvienne et l’ethnie la plus touchée est l’Awajún, qui appréhende les traitements pour des raisons culturelles et une certaine méfiance envers l’État. L’UNICEF, dans le cadre d’un programme de santé maternelle dans la région, grâce à l’utilisation des nouvelles technologies de tests rapides, a découvert que le virus était plus répandu qu’on ne le pensait.

27 novembre – VENEZUELA – Les autorités se sont prononcées sur le motif de la mort de l’opposant Luis Manuel Diaz. Selon elles, il ne s’agit pas d’un assassinat politique mais d’un crime relevant du droit commun. Grâce aux réseaux sociaux, le gouvernement a commencé à répandre le nom de l’assassin présumé, un nommé Oscar Hernández Noguera, ainsi que des photos des commanditaires présumés.

28 novembre – AMÉRIQUE LATINE – Il n’y a pas eu de massacres massifs des habitants du continent américain conquis par l’Espagne. La catastrophe démographique subie par la population indigène à partir de 1492 est due à la forte mortalité causée par la propagation de maladies apportées par les Espagnols. Des décennies après la parution du best-seller international Les veines ouvertes d’Amérique latine, son auteur, Eduardo Galeano a reconnu que quand il a écrit son livre il n’avait “pas la formation requise”.

28 novembre – MEXIQUE – Les familles des 43 étudiants disparus d’Ayotzinapa maintiennent aujourd’hui une présence à l’entrée du palais présidentiel de Los Pinos afin d’exiger un dialogue avec le secrétaire mexicain du gouvernement, Miguel Ángel Osorio, et une information sur la création d’un procureur spécial pour aider à résoudre l’affaire.

29 novembre – EL SALVADOR – L’archevêque de San Salvador, José Luis Escobar Alas, a révélé un deuxième cas de pédérastie et de pédophilie impliquant des prêtres de l’Église locale. Il demande à l’État de réformer la loi afin que ce type de crime ne puisse être prescrit. La hiérarchie catholique a annoncé la suspension de toutes les fonctions du prêtre Jesús Delgado, vicaire de l’archidiocèse de San Salvador et biographe principal de l’archevêque Oscar Romero, assassiné par les escadrons de la mort d’extrême droite. Le deuxième cas révélé concerne Juan Francisco Galvez, suspecté d’abus sexuels.

29 novembre – AMÉRIQUE LATINE – Des milliers de personnes ont défilé dans les rues de plusieurs pays d’Amérique latine pour exiger de leurs gouvernements un plus grand engagement contre le changement climatique. Les manifestations en Colombie, au Chili et au Brésil se sont déroulées un jour avant la rencontre des chefs d’État de 150 nations du monde à Paris pour la Conférence internationale sur les changements climatiques.

Guy MANSUY

Filmar en América Latina 2015 : les films que l’on retiendra

La 17e édition du festival Filmar en América Latina, qui s’est achevé le 29 novembre à Genève, a plébiscité un documentaire uruguayen Tus padres volverán et une fiction argentino-paraguayenne Guarani , devant un public toujours plus nombreux.

La 17e édition du festival Filmar en América Latina, la plus grande manifestation cinématographique de Suisse dédiée à l’Amérique latine, a décerné hier soir ses distinctions. Le prix du public de la section “Coups de Cœur” est attribué au documentaire Tus padres volverán, du réalisateur uruguayen Pablo Martínez Pessi. Le prix du jury des jeunes dans la section “Opera Prima” est décerné à la fiction Guaraní du cinéaste argentin Luis Zorraquín, co-production argentino- paraguayenne.

Doté d’une valeur de CHF 4 000 et cofinancé par la Fédération Genevoise de Coopération et Helvetas, le prix du public distingue Tus padres volverán. Ce documentaire, tourné en 2014, relate un événement poignant qui a eu lieu en 1983 lorsque cent cinquante-quatre enfants vivants en Europe ont pris un vol pour l’Uruguay, sous l’impulsion du gouvernement espagnol. Tous fils et filles d’exilés politiques uruguayens, ces enfants furent envoyés par leurs parents découvrir leur pays natal, leur famille et leur culture d’origine. Tus padres volverán revient sur cette page d’histoire à travers le portrait de six passagers de ce vol qui, devenus adultes, gardent chacun en mémoire ce moment de leur vie comme une marque identitaire.

Messages des lauréats

Dans un message vidéo, le réalisateur Pablo Martínez Pessi a remercié le public de Filmar. “Ce prix est important pour nous et il est aussi important que le public puisse voir des films uruguayens en Suisse”. Le jeune réalisateur a rappelé que les thèmes qu’il évoque dans son film sont toujours d’actualité. “Aujourd’hui, la problématique liée à l’exil, à l’identité et à la famille est ressentie par de nombreuses personnes obligées de se déplacer d’un pays à l’autre” . Et le cinéaste d’ajouter que l’événement qu’il relate dans son film “a une grande signification pour les Uruguayens”.

Cecilia Trajtenberg, qui a monté le documentaire et signé la musique de Tus padres volverán s’est dit doublement émue. “Je suis née à Genève et c’est une grande émotion que d’avoir monté un premier long métrage qui gagne un festival. Fille d’exilés, je suis née dans une ville qui n’est pas celle de mes parents. Maintenant je vis en Uruguay et j’ai beaucoup de chance de travailler avec des gens comme Pablo”.

Le prix du jury des jeunes, d’un montant de CHF 4 000, cofinancé par Terre des Hommes Suisse, la Centrale Sanitaire Suisse Romande et Eirene, a plébiscité Guaraní, fiction du réalisateur argentin Luis Zorraquín. Cette œuvre poétique narre la vie d’Atilio et de sa petite-fille. Ils habitent près du fleuve et le plus grand désir d’Atilio est d’avoir un petit-fils à qui transmettre les secrets de la pêche ainsi que sa langue et sa culture guaraní. La mère de la fillette est partie pour la ville. Un jour, Atilio et sa petite-fille entreprennent le voyage pour la retrouver. Cette traversée leur fera comprendre l’importance des traditions et de la famille. Dans un message vidéo envoyé depuis le Brésil, le réalisateur Luis Zorraquín a exprimé sa joie de voir son film distingué. “Je remercie le festival Filmar et en particulier sa directrice Sara Cereghetti et le jury des jeunes pour la qualité du festival et pour l’accueil des gens. Je suis très heureux d’avoir obtenu ce prix”.

Bilan de la 17e édition

À l’heure d’éteindre les lumières de cette 17e édition de Filmar en América Latina et avant d’analyser les statistiques définitives quant à la fréquentation du public dans les 24 lieux du festival, tant à Genève que dans d’autres villes de Suisse Romande et de France voisine, la Directrice de Filmar en América Latina, Sara Cereghetti a déclaré : “Nous nous réjouissons de la réponse positive et chaleureuse des festivaliers et de l’enthousiasme qu’ils ont démontré pour la nouvelle formule proposée par Filmar. La qualité des échanges entre les spectateurs et les vingt-cinq cinéastes et autres invités présents à Genève pendant quinze jours prouve que la découverte des cinématographies du continent latino-américain et notamment celles des dix-huit pays représentés cette année intéresse un public toujours plus nombreux, notamment parmi les jeunes”.

Organisé par l’Association Cinéma des Trois Mondes et présidé par Jean-Pierre Gontard, le festival Filmar en América Latina est subventionné par la ville de Genève et est soutenu par plusieurs institutions : République et Canton de Genève, Fonds culturel Sud, Fédération genevoise de coopération, Loterie romande, Pour-cent culturel Migros, Fondation Avina, Education 21, SIG et la Mairie de Ferney-Voltaire.

Le succès de la 17e édition de Filmar en América Latina a également été possible grâce à l’engagement de plus de cent bénévoles et au soutien de tous les partenaires du festival. Rendez-vous pour la 18e édition de Filmar : du 18 novembre au 4 décembre 2016.

Luisa BALLIN
Filmar en América Latina

Retour sur la 37e édition du festival des 3 continents à Nantes

En regardant la programmation de la 37e édition du festival des 3 continents (Asie, Amériques, Afrique) qui vient de se tenir à Nantes, du 24 novembre au 1er décembre, dernier on est tenté de dire que ce festival est devenu le festival d’un seul continent : l’Asie. En effet, le festival a proposé cette année une rétrospective de 25 films du cinéaste coréen In Kwon-Taek, une autre rétrospective plus restreinte (7 films) du cinéaste indien Kumar Sahani, une Hong Kong connection (6 films), et 6 films sur 9 des « séances spéciales » étaient asiatiques.

En ce qui concerne la sélection officielle (les 10 films en compétition pour la Montgolfière d’Or, décernée au film chinois Kaili blues, de Bi Gan), elle comporte deux films chinois, deux japonais, un thaïlandais, un vietnamien, un sri lankais, un philippin, un iranien, aucun film africain et un seul film latino-américain : Neon Bull, coproduction uruguayenne et brésilienne. C’est vraiment très peu pour un festival qui était il y a quelques années une référence hexagonale concernant les cinémas du “Tiers Monde” (comme on disait à l’époque). Et notamment pour un festival qui, comme le rappelle son directeur artistique, Jérôme Baron, est né en 1979 avec la volonté de ses créateurs de s’éloigner d’une image misérabiliste trop présente en France par rapport à ces terres lointaines, afin de montrer la créativité des cinémas de ces trois continents.

Mais soyons justes : le cinéma latino-américain a eu également sa place dans la programmation, avec une sélection de films en relation avec le cinquantenaire de la conférence de la Tricontinentale à La Havane ; cela a permis à un public – toujours nombreux et enthousiaste – de découvrir ou redécouvrir des films de la fin des années 60, comme L’heure des brasiers (1968) de Fernando Solanas, Mémoires du sous-développement (1968) de Tomás Gutiérrez Alea ou Le lion à sept têtes (1967) de Glauber Rocha. Autrement, dans une section consacrée à des “Figures de l’adolescence”, on a pu également revoir quelques films marquants de la cinématographie argentine récente, comme La niña santa (2004) de Lucrecia Martel ou Le dernier été de la Boyita (2009) de Julia Solomonoff, ainsi qu’un très beau film sur la question de l’émigration centraméricaine vers les États-Unis, Rêves d’or (La jaula de oro) (2013), du réalisateur hispano-mexicain Diego Quemada-Diez, primé au festival de Cannes en 2013 dans la sélection “Un certain regard”.

En ce qui concerne le seul film latino-américain présent dans la sélection officielle, Neon Bull, il s’agit du deuxième long-métrage du jeune (32 ans) cinéaste et artiste plasticien Gabriel Mascaro. Natif de Recife, dans l’état de Pernambuco, Mascaro est un artiste aux multiples palettes : vidéaste, photographe, plasticien (il est l’auteur de nombreuses installations), il a réalisé également plusieurs documentaires où il explore la société brésilienne contemporaine. Alain Liatard avait déjà rendu compte dans notre newsletter de la sortie en France du premier long-métrage de Gabriel Mascaro, Vents d’août (en août de cette année précisément).

Neon Bull explore les relations humaines au sein d’un petit groupe de travailleurs des “vaquejadas”, une sorte de rodéo typique du Nord-Est brésilien. Dans la vaquejada, une fois l’animal lancé dans l’arène, deux cavaliers doivent le maîtriser et le faire tomber dans un endroit précis, grâce à un mouvement précis consistant à tirer l’animal par la queue. Ce type de spectacle a été beaucoup critiqué par des associations de défense des animaux, du fait que souvent de fois la queue est arrachée par la violence du geste. Mais la “vaquejada” en tant que spectacle n’est pas vraiment au centre de ce film, qui s’intéresse surtout aux relations entre un petit groupe de travailleurs : une femme conductrice de camion et sa fille d’une dizaine d’années ; Iremar, le protagoniste, qui s’occupe des animaux pendant et en dehors du spectacle, et quelques autres compagnons.

Ces personnages vivent tous dans ce camion (presque) immobile. Ils conforment une sorte de famille improbable, une “familia rodante”, pour reprendre le titre du film de Pablo Trapero (qui a été réalisé en partie grâce à l’aide de ce Festival, et de son atelier Produire au Sud) ; mais une “famille” qui ne roule guère, car le camion est la plupart du temps immobilisé près des arènes où se déroulent les “vaquejadas”. À côté d’une femme camionneur, le film nous propose un protagoniste, Iremar, dont le principal loisir – plus qu’un loisir, une passion – est la couture. Avec une femme-camionneur et un homme-couturier, le film prend à contrepied un certain nombre de stéréotypes sur le genre en Amérique latine, car ni l’un ni l’autre ne sont homosexuels actifs ou refoulés. En fait, la sexualité est un sujet important du film, et on sent l’artiste plasticien dans le traitement des corps, aussi bien ceux des hommes que ceux des animaux ; c’est avec eux que s’ouvre le filme, dans une scène à la fois inquiétante et belle presque en noir et blanc). La présence dans un même espace de ces corps humains et animaux, rend toute leur animalité (et leur sensualité) aux corps des hommes, notamment dans les deux scènes érotiques de la fin du film.

Neon Bull a obtenu une mention spéciale au festival, et ce prix, espérons-le, l’aidera peut-être à trouver une distribution plus large en France. Signalons aussi que, parmi les 6 projets soutenus par l’atelier Produire au Sud, il y en a deux latino-américain : l’un Chilien (1976), de la réalisatrice Manuela Martelli et la producrice Dominga Sotomayor, l’autre Costaricien : El hombre de la mancha du réalisateur Ernesto Villalobos produit par Karina Avellán et Marcelo Quesada. Cette jeune présence latino-américaine est peut-être le signe d’un rééquilibrage à venir pour la 38e édition, afin que le festival retrouve toute son âme “tricontinentale”.

Raúl CAPLAN
Envoyé spécial

Rencontre avec María de la Paz Donoso, ambassadeur de l’Équateur à Paris

Rencontre avec María de la Paz Donoso, ambassadeur de l’Équateur en France, qui dresse les principaux axes de la politique extérieure de l’Équateur. Elle détaille également la proposition de l’Équateur à la COP21 qui a lieu en ce moment à Paris.

Quels sont aujourd’hui les principaux traits de la politique extérieure de l’Équateur ?

La politique extérieure de l’Équateur est fondée sur les principes directeurs établis par les articles 416 et suivants de la Constitution équatorienne qui fait siens les préceptes de base du droit international consacrés par la charte des Nations Unies et autres dispositifs universels tels l’égalité juridique des États, la solution pacifique des conflits, la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays, la promotion de la paix et du désarmement universel, l’auto-détermination des peuples, la coopération, l’intégration et la solidarité. En plus de ces postulats universels, l’Équateur proclame de nouveaux principes qui, espérons-le, seront reconnus un jour partout dans le monde, comme la citoyenneté universelle et la libre mobilité de tous les habitants de la planète. Il favorise également la création d’un ordre mondial multipolaire avec la participation active de blocs économiques et politiques régionaux et le renforcement des relations horizontales pour la construction d’un monde juste, démocratique, solidaire, divers et interculturel.

L’Équateur promeut prioritairement l’intégration politique, culturelle et économique de la région andine, d’Amérique du Sud et d’Amérique latine. Par conséquent, l’un des axes stratégiques du gouvernement du président Rafael Correa consiste à établir l’intégration des pays latino-américains, comme un pilier dans la construction d’un ordre multipolaire démocratique, qui ne soit pas dominé par un pays ou un groupe de pays. Pour obtenir cela, il est nécessaire d’articuler les processus politiques nationaux aux processus politiques régionaux qui permettent de faire de l’intégration une alternative au domaine des grands intérêts politiques et économiques des puissances. C’est dans ce cadre que se sont créés les derniers mécanismes d’intégration comme par exemple la Communauté des États latino-américains et des Caraïbes (CELAC) et l’Union des nations sud-américaines (UNASUR). Ces structures sont destinées à impulser le futur de nos peuples et à augmenter le pouvoir de concertation politique des États latino-américains sur la scène internationale. Cette nouvelle architecture de l’intégration régionale devrait contribuer à la construction de notre identité et d’une citoyenneté sud-américaine et latino-américaine.

Pourriez-vous expliquer précisément la politique menée en matière d’intégration régionale ?

Conformément aux principes de la politique extérieure équatorienne, pour nous, la CELAC constitue un espace institutionnel plus adapté pour que les pays de la région puissent avancer vers une véritable intégration à travers le dialogue, la concertation politique et la coopération. La Celac est l’instrument par lequel s’exprime la voix unifiée de la région, détachée des puissances hégémoniques comme les États-Unis et le Canada. Par ailleurs, la Celac est l’interlocuteur légitime de la région pour promouvoir le multilatéralisme et mettre en perspective l’unité, le respect de la pluralité et la recherche de la transformation et démocratisation de la société internationale au moyen d’une insertion adéquate et la mise en avant de nos pays au plan mondial.

Durant l’exercice de sa présidence Pro Tempore, l’Équateur a proposé un calendrier de travail, autour de quatre axes : La réduction de l’extrême pauvreté à 5% de la population, en mettant sur pied des objectifs concrets à cinq ou dix ans. La construction d’une nouvelle architecture financière internationale en consolidant le sucre et la Banque du sud comme mécanismes facilitant tant le développement de l’intégration financière que les projets d’intégration régionale. Le développement de la science et de la technologie en établissant des plans, programmes et projets qui permettent de progresser en matière d’innovation et de talents humains. Le déploiement d’infrastructures routière, productive, énergétique indispensables pour que dans un temps court, notre région croisse effectivement, se développe et réalise plus de justice sociale. La Celac doit servir ainsi à renforcer le multilatéralisme, transformer et démocratiser le système des Nations Unies, combler la brèche scientifique et technologique et lutter contre le changement climatique.

En ce qui concerne l’Unasur (dont le siège permanent est en Équateur), il faut la comprendre comme un projet politique d’intégration dans le contexte de l’urgence des gouvernements progressistes d’Amérique du Sud, la crise du régionalisme ouvert et la configuration d’un monde multipolaire. L’Unasur s’est montrée efficace pour traiter les conflits de la région, un récent exemple est sa médiation dans la crise diplomatique issue d’un conflit frontalier, entre la Colombie et le Venezuela. Elle a été particulièrement opérante dans la défense contre les menaces à la démocraties, surgies dans divers pays sud-américains comme la Bolivie, l’Équateur et le Venezuela. Elle a soutenu ses membres agressés et menacés par des puissances extra-régionales comme ce fut le cas des sanctions appliquées par les États-Unis au Venezuela, évitant ainsi l’ingérence étrangère dans les affaires intérieures de ses États.

Elle a favorisé le dialogue politique lorsque des situations de tension interne ont émergé dans les pays membres, accompagnant par exemple le dialogue au Venezuela entre le gouvernement et l’opposition démocratique. Dans le secteur des relations extra-régionales, l’Unasur a entrepris un rapprochement important avec d’autres blocs ; c’est le cas du mécanisme ASA (Amérique du Sud-Afrique) dans lequel l’Unasur est l’interlocuteur de l’Union africaine et dont le sommet aura lieu en Équateur en 2016 ; un dialogue politique avec les BRICS [Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, ndlr] s’est également mis en place.

En interne, le modèle de gestion et la vision stratégique ont été révisés. Des progrès ont été accomplis sur des questions pertinentes dans chacun des Conseils sud-américains et des groupes d’experts ont été mis sur pied pour faire des propositions sur des sujets ponctuels comme le règlement des différends en matière d’investissements, le système interaméricain des droits de l’homme (pour analyser et proposer des solutions techniques, juridiques et politiques au fonctionnement de ce système).

Un agenda de projets prioritaires d’infrastructure (API) a été établi. Un des éléments sur lequel des progrès sont intervenus est l’École sud-américaine de défense, centre de hautes études pour la mise en réseau des initiatives de ses États membres, afin de former civils et militaires en matière de défense et de sécurité régionale. Une unité technique de coordination électorale, dépendant du Conseil électoral de l’Unasur a été créée, afin d’échanger des expériences, coopérer et promouvoir la participation citoyenne et la démocratie dans la région. Finalement il est capital de détacher la décision importante de créer la nouvelle banque de développement (NBD) et un arrangement contingent de réserves (ACR) appuyant le financement de la région et affinant la proposition de nouvelle architecture financière internationale.

Puisque cette question est d’actualité dans le monde et en particulier en France, pourriez-vous nous informer sur la proposition de l’Équateur à la 21e conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques (COP21) qui a lieu à Paris en ce moment ?

La politique équatorienne en matière de protection de l’environnement se situe dans le cadre des dispositions de la constitution de 2008 qui établit des concepts révolutionnaires comme celui des droits de la nature ou de la pacha mama et celui du sumak kawsay ou bien-vivre.

Du point de vue équatorien, le changement climatique, ses causes et conséquences doivent être abordées comme un problème éthique et politique et non comme une simple question technique ou économique. Dans ce sens l’Équateur, pour lutter contre le changement climatique, a proposé le concept d’émissions nettes évitées (ENE). C’est un mécanisme qui peut être implémenté pour réduire la présence de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Il s’agit de ces émissions que l’économie d’un pays pourrait produire mais qui ne les génère pas, ou encore des émissions qui existent déjà dans l’économie d’un pays, mais sont réduites par choix. Ces émissions évitées comptent dans la réduction des gaz à effet de serre au niveau national et mondial, et doivent être compensées par les pays développés. Ce concept ENE réconcilie la compensation initiale de Kyoto et le mécanisme REDD (Reducing from deforestation and forest degradation), programme des Nations Unies pour prévenir la déforestation. Effectivement REDD introduisit le concept de compensation, il compense pour laisser le carbone à la surface de la terre, mais ne compense pas ceux qui laissent le carbone sous la terre. Par exemple, ceux qui n’exploitent pas les combustibles fossiles qui se trouvent en sous-sol.

Un exemple clair du concept ENE proposé par l’Équateur à la communauté internationale fut l’initiative Yasuni ITT. Avec ce même concept, l’idée défendue est de compenser celui qui ne pollue pas en suivant pour ce faire des principes économiques, environnementaux et de justice. En termes environnementaux l’important est le bilan net de la pollution, en termes nets, ne pas polluer l’environnement équivaut à le nettoyer.

Un autre concept défendu par l’Équateur est celui de l’existence d’une dette écologique qui se réfère à des obligations ou passifs environnementaux qui se sont accumulés au cours du temps comme conséquence de la spoliation des ressources naturelles, la biopiraterie et le changement climatique. Le paiement de cette dette doit être basé sur la justice environnementale, les droits de l’homme et la responsabilité historique. Le plus important aujourd’hui n’est pas de payer cette dette mais de l’empêcher de continuer à augmenter. C’est-à-dire nous devons arrêter, réparer les dommages environnementaux et maintenir la condition physique des écosystèmes.

Les pires dommages écologiques sont provoqués par les pays riches et cela malgré les technologies les plus avancées. Une personne qui vit dans un pays riche émet trente-huit fois plus de CO2 qu’un habitant d’une nation pauvre. La manière dont la consommation est gérée dans les sociétés riches et industrialisées est également un facteur critique pour déterminer qui est le plus responsable de l’impact environnemental. L’efficacité énergétique des pays riches est cinq fois supérieure à celle des pays à faible revenu. Les pays pauvres ont besoin de toute urgence, et c’est vital, d’avoir accès à des technologies qui atténuent le changement climatique. Ces technologies doivent être considérées comme des biens publics mondiaux.

Une autre idée défendue par l’Équateur est la création d’une écotaxe, comme l’impôt dit Daly qui implique l’application d’une taxe ad valorem sur le prix du baril de pétrole et qui pourrait être appliquée à l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Cette éco-taxe devrait ensuite être étendue à l’exportation d’autres combustibles en proportion de l’impact environnemental de leur consommation. Il est nécessaire enfin d’afficher un nouveau concept de développement fondé sur le sumak kawsay (bien-vivre), conception ancestrale des peuples andins qui implique de vivre dans la dignité, les besoins de base comblés, en harmonie avec soi-même et avec la nature. Il est nécessaire d’aller vers une déclaration universelle des droits à la nature indiquant que la nature et ses écosystèmes ont le droit d’exister et de continuer à fournir un moyen de subsistance pour les sociétés actuelles et futures, bénéficiaires finales du bien-vivre.

Propos recueillis par
Mona HUERTA

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