Archives mensuelles :

novembre 2015

Chronos de la semaine du 16 au 22 novembre 2015

16 novembre – BOLIVIE – La compagnie Iberdrola recevra une compensation de 32 millions d’euros pour la nationalisation de ses quatre sociétés espagnoles en 2012, selon l’accord conclu avec le ministère des Hydrocarbures et de l’énergie et de l’Entreprise nationale d’électricité (ENDE) de la Bolivie. Le pacte implique le départ définitif de la compagnie d’électricité espagnole du pays andin.

16 novembre – BRÉSIL – La population brésilienne qui s’est déclarée noire ou mulâtre a augmenté durant la dernière décennie. Selon l’enquête nationale des ménages (PNAD) de 2014, effectuée par l’Institut brésilien de géographie et de statistiques (IBGE), 53 % des Brésiliens ont été déclarés mulâtres ou noirs l’année passée, pour 45,5 % de blancs. Il y a 10 ans, 51,2 % des Brésiliens se déclaraient blancs contre 42 % mulâtres et 5,9 % noirs (au total, de 47,9 % de noirs et mulâtres). Selon les sociologues, la raison de cette augmentation repose sur un changement de mentalité de la population brésilienne.

16 novembre – AMÉRIQUE CENTRALE – Le gouvernement du Nicaragua a expulsé des centaines de migrants cubains en provenance du Costa Rica qui tentaient d’entrer dans le pays pour transiter par le Mexique et se rendre aux États-Unis. Quelque 1 100 personnes sont arrivées en Amérique centrale depuis le Panama et demandaient un laissez-passer à San José pour voyager au Nicaragua. Le gouvernement de Daniel Ortega a accusé le Costa Rica de “violation de souveraineté” et envoyé des fonctionnaires de l’armée à la frontière pour repousser les Cubains. Le chancelier du Costa Rica, Manuel González Sanz s’est entretenu sur cette question avec le Secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Luis Almagro.

17 novembre – MEXIQUE – Selon une étude réalisée par le FMI, la croissance du PIB du Mexique pour 2015 sera de 2,25 %, un taux bien supérieur à la moyenne latino-américaine, située à – 0,3 % et une inflation faible et stable dans un environnement défavorable.

17 novembre – VENEZUELA – Le gouvernement n’a fait aucune déclaration officielle, une semaine après la détention en Haïti de deux neveux de la première dame, Cilia Flores, accusés d’avoir voulu introduire 800 kilogrammes de cocaïne aux États-Unis. Les plus hautes autorités du régime commencent à donner des explications sur ce qui a pu se produire. Le président de l’Assemblée nationale, Diosdado Cabello, assure qu’ils ont tous les deux été kidnappés par l’agence antidrogue des États-Unis.

17 novembre – ÉQUATEUR – L’Assemblée nationale a entamé le processus de réforme constitutionnelle de 2008 sans référendum. Une commission a été créée pour traiter les 16 amendements constitutionnels présentés en 2014. La mesure la plus polémique est celle qui prévoit d’autoriser la réélection illimitée du président.

17 novembre – BOLIVIE – Paola Velasco, 26 ans, est la première pilote commandant de bord du pays et l’une des plus jeunes d’Amérique du Sud, selon un porte-parole de l’Organisation de l’aviation civile internationale. Elle a été copilote d’un Boeing 747-400 sur un vol transatlantique de Santa Cruz à Madrid, un vol de 11 heures. À 17 ans, elle avait déjà sa licence et pouvait prétendre à un poste dans une compagnie aérienne.

17 novembre – COLOMBIE – Le gouvernement colombien et la guérilla des FARC qui mènent depuis trois ans des pourparlers à Cuba ont récemment franchi des étapes clés vers la paix, mais des sujets épineux se présentent dans la dernière ligne droite. Les pourparlers ont abouti à des accords sur des points clés : réforme rurale, lutte antidrogue, participation des ex-guérilleros à la vie politique. Mais à La Havane, où ils se déroulent, l’euphorie semble s’être estompée et le négociateur en chef des rebelles, Iván Márquez, évoquait récemment des “difficultés” susceptibles de mener à un “échec”.

18 novembre – AMÉRIQUE LATINE – Pendant le boom des années 2000, la croissance des revenus des pauvres était deux fois plus élevée que celle des plus riches. Le taux de croissance a été maintenu entre 2003 et 2008 ; cette année, il a diminué de moitié, avec le ralentissement de la réduction des inégalités en Amérique latine. Les ménages les plus pauvres d’Amérique latine ont vu leurs revenus augmenter à un rythme plus lent depuis 2010. Pour Oscar Calvo-González, directeur du bureau Réduction de la pauvreté et Équité de la Banque mondiale, il est maintenant essentiel d’augmenter la productivité du travail.

18 novembre – URUGUAY – Ida Vitale [photo], née à Montevideo en 1923, est une femme de lettres et poétesse uruguayenne. Elle vient de recevoir à Madrid le prix Reina Sofía de poésie ibéro-américaine, la plus haute distinction du genre. Elle a émigré au Mexique à la suite du coup d’État de 1973 en Uruguay. Elle vit actuellement à Austin, au Texas. En 2009, elle a remporté le prix international Octavio Paz de la poésie – partagé avec le Catalan Ramón Xirau Subías.

19 – 20 novembre – AMÉRIQUE LATINE – La rencontre ministérielle de sécurité publique des Amériques (MISPA V) avait pour thème : Une approche globale de la lutte contre l’insécurité. Organisée par l’Organisation des États américains (OEA) et le gouvernement du Pérou, elle se tenait à Lima les 19 et 20 novembre.

19 novembre – CHILI – Dans une décision fondée sur le principe de compétence universelle en matière de droits, qui a notamment permis la détention du dictateur Augusto Pinochet à Londres en 1998 et soutenue par la gauche locale, la Cour suprême chilienne a fait valoir une injonction en faveur des prisonniers politiques vénézuéliens Leopoldo López et Daniel Ceballos. La résolution exige que le gouvernement de la présidente socialiste Michelle Bachelet intercède auprès de l’Organisation des États américains (OEA) pour garantir les droits fondamentaux des détenus.

19 novembre – COSTA RICA – Gerardo Barquero Cruz est mort 43 jours après son agression à l’arme blanche par un tiers dans son quartier de San José. Cette attaque fait suite à la publication par Gerardo Barquero sur les réseaux sociaux d’une vidéo d’un homme sur le principal boulevard de la capitale s’apprêtant à enregistrer avec son téléphone portable l’entrejambe d’une femme en jupe courte. Il est passé de héros à martyr en montrant le harcèlement sexuel quotidien des femmes dans la rue.

20 novembre – MEXIQUE – L’immigration vers les États-Unis a ralenti depuis le pic enregistré il y a 15 ans. Une récente étude du Pew Research Center confirme que pendant ces cinq dernières années, le solde migrateur a enregistré un chiffre négatif : il y a eu 140 000 sorties de plus que d’entrées.

20 novembre – COLOMBIE – Depuis le 24 décembre 1974, la Ciclovía de Bogota exclut les voitures de ses rues et de ses avenues en invitant les citoyens à les occuper et en profiter. Tous les dimanches de l’année,121 km des rues de Bogota sont cédés au 1,4 million de personnes : cyclistes, piétons, familles, patineurs, des personnes avec leurs animaux de compagnie ou des skate-boards s’approprient ainsi une partie de la ville.

20 novembre – AMÉRIQUE LATINE – CARAÏBES – Les principaux experts de la sécurité routière tentent de réduire le nombre de décès (1 250 000 par an) et de blessés (entre 30 et 50 millions par an) causés par des accidents de la route. 90 % des accidents de la circulation se produisent dans les pays en développement. L’objectif pour 2020 est de réduire le nombre de décès de moitié, a déclaré la directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé, Margaret Chan, lors d’une conférence mondiale sur le sujet à Brasilia.

21 novembre – MEXIQUE – Selon l’Institut national des statistiques du Mexique, de janvier 2009 à septembre 2014, 46 % des naissances étaient par césarienne, alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recommandé que le taux ne dépasse pas 15 %. Les raisons invoquées par les organisations sont alarmantes : l’argent et le confort.

22 novembre – ARGENTINE – Le candidat de l’alliance de droite Cambiemos, le libéral Mauricio Macri, sera le nouveau président de l’Argentine. 32 millions d’Argentins étaient appelés aux urnes : 52,11 % d’entre eux ont voté pour le maire de Buenos Aires, Mauricio Macri âgé de 56 ans, et 47,89 % ont voté pour son adversaire Daniel Scioli, candidat de la coalition de gauche au pouvoir. Le nouveau président prendra ses fonctions le 10 décembre prochain, mettant fin à douze ans de gouvernement Kirchner. Mais sans majorité à la Chambre des députés, ni au Sénat, Mauricio Macri devra tisser des alliances pour gouverner l’Argentine, avec une opposition péroniste détenant la majorité absolue au Sénat et une majorité relative de députés.

Guy MANSUY

Entretien avec le cinéaste guatémaltèque Jayro Bustamante

Ixcanul, film guatémaltèque en salle ce mercredi 25, est le premier long métrage du réalisateur Jayro Bustamante, né au Guatemala en 1977. Ixcanul raconte l’histoire d’une jeune maya de 17 ans qui vit avec sa famille dans une plantation au pied d’un volcan en activité. Un mariage arrangé l’attend mais elle voudrait partir aux États-Unis avec Pepe. Or celui-ci part seul et l’abandonne enceinte. Piqué par un serpent, elle est conduite à l’hôpital, elle accouche prématurément, mais n’arrive pas à voir son bébé.

Nous avons eu l’occasion de rencontrer Jayro Bustamante lors du festival Cinelatino de Toulouse, le 26 mars 2015. Le film y a obtenu le Prix du public et le Prix découverte de la critique française, après avoir gagné l’Ours d’Argent du premier film au festival de Berlin. Il sort en France ce mercredi 25 novembre.

J’avais fait une école Montessori quand j’étais petit et j’ai appris le français et l’italien et alors je pense que l’Europe était liée à moi, et l’idée de faire du cinéma à Paris était important. J’ai passé presque 17 ans partagé entre les deux pays, mais maintenant je vis plutôt au Guatemala. J’ai fait trois courts métrages qui ont fait les festivals. Le dernier a été le saut pour le long métrage. Je suis allé le tourner au Guatemala et je me suis trouvé dans la même situation que pour le long métrage. J’ai amené presque toute l’équipe française, la pellicule et la caméra de France et si la caméra tombait en panne, on n’avait pas de quoi la remplacer. Pour la pellicule, le labo le plus près était à Mexico. On a donc tourné à l’aveuglette et avec un budget très précaire, mais cela m’a servi d’école et de soudure pour l’équipe. Mais c’était tellement de travail, de passer toute une année pour faire un autre court que j’ai décidé qu’il fallait mieux passer au long.

D’où vient l’idée de faire un film sur une femme maya qui vit sur les contreforts d’un volcan ?

L’idée, pour faire mon premier long métrage, n’a été ni mesurée ni programmée. J’ai un autre projet que je développe toujours, c’est simplement que la rencontre avec la vraie María a créé un besoin qui a contaminé toute mon existence. C’est pour cela qu’on l’a fait avec cette urgence, cette ferveur. Et le fait que ce soit une femme maya, c’est son histoire. J’ai grandi dans une région où, dans le village où je vivais, 80% de la population était maya. Je suis ensuite parti dans la plantation de café de mon grand-père en vacances, où là, il y avait des travailleurs mayas mais moins que chez moi. Mais en revanche j’ai appris la vie de la ferme et la vie des plantations. Sur les pentes du volcan, la terre est très fertile, il faut juste espérer que le volcan ne fasse pas irruption et ne détruise la récolte. Le Guatemala est une terre volcanique avec 300 volcans dont 33 sont actifs.

Et il y a beaucoup de serpents ?

Oui, il y en a beaucoup, mais il y a aussi un mythe, aussi bien dans les Caraïbes qu’en Amérique latine, que la femme porte la lumière en elle et éloigne les serpents.

Les rapports au sein de la famille ?

J’ai travaillé sur l’amour, et je voulais le montrer dans la famille, même si c’est parfois avec rudesse.

Et la construction du film avec beaucoup de plans fixes, surtout au début ?

Je suis parti de la fin de l’histoire, et la question que je me posais est comment on arrive à être une victime parfaite et je suis parti à la recherche dans le passé. Pour moi, c’était un crescendo dans l’histoire, car je ne voulais pas faire un film ethnographique sur les mayas. Je voulais faire un cinéma-réalité contemplatif, mais je n’avais pas compris la cadence de cette caméra fixe qui allait elle aussi s’accélérer avec le son. Il y a un travail du son très important, qui était écrit dès le commencement.

Le problème des enlèvements d’enfants à la clinique ?

On a fait signer à María la réception du corps mort de l’enfant. La vraie María a signé l’acte de décès et elle a passé presqu’un an dans une espèce d’autisme parce qu’elle n’avait pas vu le bébé. On lui avait dit que l’enfant était déformé, mais elle n’a pas vécu l’épisode du serpent – ça me servait moi pour unir tous les rites, mais elle avait essayé d’avorter. Elle voulait quand même le voir. Et quand elle l’a déterré, elle a trouvé une brique à la place. Et là, elle est allée porter plainte et on l’a inculpé de l’avoir vendu. Il y a au Guatemala une alerte, un signal que l’on doit allumer aussitôt qu’un enfant a disparu. En fait, on demande de ne pas trop l’allumer pour faire baisser l’indice d’enfants disparus. Puis on l’a relâchée. Quand je l’ai rencontrée, elle avait quelque chose de très beau, l’espoir qu’il n’avait pas été vendu pour le trafic d’organe, qu’il était vivant. Elle n’a pas voulu d’autres enfants et aujourd’hui à quarante ans, elle vit seule. À un moment, à l’hôpital tout le monde était complice : les médecins, les infirmières, les gardiens, les policiers. Il y a même le cas d’un avocat qui travaillait à l’UNESCO, et qui a été décoré parce qu’il facilitait les adoptions. Il a même fait sortir du pays des enfants, sans signer l’acte d’adoption, avec seulement un passeport touristique. Et il disait aux parents canadiens qu’une fois au Canada, le visa terminé, ils pourraient adopter car on ne pourrait expulser les enfants. Mais je voulais raconter l’histoire de María, plus que les vols d’enfants et cela ne me permettait pas de rentrer dans tous ces détails.

Il y a autant de difficultés de langues dans les hôpitaux ?

Une grande partie de la population maya est bilingue, mais il y a les autres, ceux qui travaillent pour les autres, qui n’ont pas de terre, et même entre eux ils ne se comprennent pas. Cc’est donc la majorité d’un pays qui n’a pas les codes de la minorité qui gouverne. Même pour mes acteurs qui étaient tous bilingues, certains auraient eu de difficultés à traduire en espagnol pour des étrangers. C’est un problème très fort.

Les acteurs sont-ils professionnels ?

La mère est professionnelle – car je pense qu’être comédien est inné, mais au Guatemala, il n’y a pas vraiment de formation de comédien – elle vient d’une troupe de théâtre militant, pour les enfants, pour les indigènes, pour les femmes, et celui qui joue le personnage de Pepe fait parti de la même troupe. Tous les autres sont des gens du village très intéressés par l’art, très mêlés à une vie culturelle dans leur communauté avec de l’envie et du talent. On a travaillé trois mois avant de tourner. On se voyait tous les jours.

La scène du repas pour préparer le mariage est très belle !

Il y a un terme en langue maya cakchiquel qui décrit la femme qui est la première dame, le terme “kululula”. Elle est cette femme qui reçoit, qui donne à manger, qui offre à boire et donne le mieux qu’elle peut. J’ai beaucoup travaillé avec les deux familles séparément, mais ensemble on n’a peu travaillé. De plus, le père d’Ignacio commençait à avoir des problèmes d’Alzheimer, c’était assez beau de voir comment tous les comédiens le soutenaient. C’était une scène qui me faisait peur, mais je crois qu’elle est réussie.

Combien de temps a duré le tournage ?

Le tournage a duré six semaines. On a été cinq mois sur place parce qu’on venait tous d’ailleurs. Il fallait s’installer et tout construire car il n’y a pas un seul décor qui soit vrai. J’ai passé trois mois avec les comédiens et deux mois avec l’actrice. Et deux mois auparavant, j’avais fait des ateliers avec des femmes, des ateliers d’expression parce que j’utilisais les techniques du théâtre pour que les femmes puissent venir se retrouver dans un espace et parler de leur problématique en utilisant les personnages. Je pensais pouvoir trouver chez ces femmes-là mes comédiennes. Mais non ! Cela m’a cependant beaucoup aidé pour peaufiner le scénario.

On ne voit pas la tête du volcan dans le film ?

Non. On a beaucoup parlé de cela avec mon directeur de la photo, qui est franco-vénézuélien. Il faut faire très attention aux endroits pièges que l’on trouve pour tourner. On allait à un endroit et l’on faisait la meilleure photo de carte postale que l’on pouvait. À partir de là, on cherchait la direction opposée car nous voulions le côté réel à tout prix.

La presse a-t-elle bien accueilli le film à Berlin ?

Le jour de la projection de presse, les gens se sont levés, ont applaudi, c’était l’ovation. Je me disais que c’était toujours comme cela, mais non ! On a été très bien reçu, mais on n’a pas été gâté, on a été reconnu. C’était notre première fois, le premier festival. J’avais la chance d’être avec les deux comédiennes. Dans le travail, on s’était fait une promesse entre nous, dans l’équipe et on s’était dit qu’on allait tous travailler pour que personne n’ait honte. Et María m’a dit “moi, je suis bien”.

Et vos projets ?

J’ai un projet en tête depuis quelque temps. C’est une histoire qui me tient à cœur, mais on m’interdit d’en parler. Et j’ai toujours mon projet, “L’escadron de la mort”, qui a fait pas mal de festivals en développement, et qui a gagné quelques prix. C’est un projet ambitieux. On ne se presse pas pour le faire. On se laisse le temps pour trouver le financement et le faire bien. Et entre-temps, il y a d’autres histoires qui me tiennent à cœur, qui demandent moins de moyens et que je pourrai tourner au Guatemala.

Propos recueillis par
Alain LIATARD

Bande annonce Allo Ciné

“Tant de chiens”, un deuxième roman du Chilien Boris Quercia

L’acteur et réalisateur chilien Boris Quercia a fait ses débuts littéraires l’an dernier avec Les rues de Santiago. Il était l’invité de l’édition 2015 de Belles Latinas, au moment où les éditions Asphalte publient son deuxième roman, Tant de chiens dans sa traduction française, qui sortira dans sa version originale espagnole en 2017. Dans ce deuxième roman, il confirme qu’il faut désormais compter avec lui dans le genre roman noir, pourtant déjà bien fourni en Amérique latine.

“Quelle connerie d’être un homme et de vivre comme un chien !”. Cette remarque du narrateur résume parfaitement ce récit trépidant du début à la fin, avec, comme le suggère le titre (jolie trouvaille de la traductrice) la présence discrète mais permanente du canidé sous toutes ses formes, chien policier, chien de narco ou pauvre bête qui souffre autant que le moindre humain.

Ici, celui qui meurt au premier chapitre est Jiménez, un collègue de Santiago Quiñones, le flic dont nous avons fait la connaissance dans Les rues de Santiago, le premier roman de Boris Quercia paru l’an dernier. Les circonstances de sa mort sont claires, ce qui l’est beaucoup moins, c’est la personnalité de la victime. Les “affaires internes, une espèce de Police des polices semblait s’intéresser à lui, en qui Santiago avait toute confiance. Cela suffit à notre “héros” pour essayer d’en savoir plus. Mais à qui se fier ? Ce point de vue original est passionnant : Santiago a le plus grand mal à savoir d’où vient le danger : de l’intérieur même de la police ou des voyous traditionnels ? Mais, si on parle de voyous traditionnels, pense-t-on aux petits délinquants, aux vendeurs de drogue, aux malfrats minables ou à des gens bien mieux placés dans la société, dont les loisirs ne sont pas forcément innocents ?

Au fur et à mesure que l’enquête avance, le mystère s’épaissit : on fait face à des zones d’ombre de plus en plus opaques, et Santiago est aussi perdu que nous, qui le suivons amicalement. Car on peut sentir une véritable amitié pour ce personnage qui a ses propres problèmes personnels, qui lutte contre lui-même (son penchant pour l’alcool et la drogue finissent par émouvoir !), et surtout qui considère les autres, non pas comme des numéros ou des ombres anonymes, mais comme des personnes.

Les différents fils de l’histoire partent dans plusieurs directions, s’écartent les uns des autres, semblent se rapprocher, s’enroulent, se tissent de façon magistrale. Chaque personnage, même le plus secondaire, a son rôle à jouer, rien n’est inutile et le rythme ne ralentit jamais. Boris Quercia est décidément très habile : l’histoire avance à grands pas, avec ce qu’il faut de fausses pistes, de zones d’ombre qui resurgissent sans livrer leur mystère, les personnages sont à la fois familiers et troubles. Et surtout il y a le style de Boris Quercia qui, en deux romans, réussit à s’imposer comme un auteur majeur de roman  noir : une apparente sécheresse, avec des phrases courtes au présent, qui cache un mélange d’humour désabusé, de scepticisme et de lucidité.

Christian ROINAT

Tant de chiens, de Boris Quercia, traduit de l’espagnol (Chili) par Isabel Siklodi, éd. Asphalte, 204 p., 21 €. SITE
Les rues de Santiago, de Boris Quercia, traduit de l’espagnol (Chili) par Baptiste Chardon, éd. Asphalte, 2014, 15 €. SITE
En espagnol : Perro muerto, de Boris Quercia, ed. Mondadori, Santiago, 2017 / Santiago Quiñones, tira, ed. Mondadori, Santiago, 2010.

Après son passage au festival Belles Latinas, Boris Quercia sera présent à Paris pour deux rencontres : le jeudi 26 novembre à 18 h 30 à la librairie Voyageurs du Monde puis le vendredi 4 décembre à 17 h à la librairie Gibert Joseph. Retrouvez toutes les informations sur le site des éditions Asphalte.

“Amérique latine si violemment douce” : exposition de Renzo Gostoli à Rio de Janeiro

Témoin supplémentaire de la fructueuse connivence entre les arts et les sciences sociales, le photojournaliste argentin Renzo Gostoli expose actuellement ses œuvres à l’Institut Cervantes de Rio de Janeiro, dans une exposition intitulée Amérique latine si violemment douce”.

Le photographe argentin Renzo Gostoli a travaillé pendant 30 ans, d’abord au Mexique puis au Brésil depuis 1988, pour le compte des agences de presse AFP et Associated Press, au sein du service international. De 1978 à 1986, il a également été photographe officiel du Ballet National de Mexico. Entre 1984 et 1986, il a collaboré à la revue Educación du Ministère de l’éducation mexicain ainsi qu’à la revue Voices du Ministère des affaires étrangère, mexicain également. Il a également publié dans de nombreux livres et journaux tels que Clarín (Argentine), Toronto star (Canada), USAToday (États-Unis), El País (Espagne), Dagens Industri (Suède), Vanity Fair (États-Unis), Nippon Television Network (Japon), Schweizeir Familie (Suisse), Time (États-Unis)… Il a déjà présenté ses œuvres auparavant, notamment à Mexico, Buenos Aires, ou Rio de Janeiro. Depuis 2007, il fait partie de l’agence Austral Photo, qui publie dans de nombreux médias internationaux.


Une enfant passant à côté d’une réplique de la Statue de la Liberté de New-York, Iztpalapa, Mexico DF, Mexico, 1985. © Renzo Gostoli

 

Dans cette nouvelle exposition, au titre surprenant mais éloquent, “Amérique latine si violemment douce” [América latina tan violamente dulce], il met en lumière les contrastes et les particularités de la région latino-américaine à travers vingt photographies. Son intention est en effet de révéler la variété des situations qu’il a pu rencontrer au gré de ses voyages au Mexique, au Honduras, au Salvador, en Argentine, au Brésil et au Guatemala depuis 1979 jusqu’à aujourd’hui. L’oxymore présente dans le titre de l’exposition, puise ses racines dans la littérature. Renzo Gostoli s’est librement inspiré de l’esprit de l’œuvre de l’écrivain argentin Julio Cortázar, qui a réuni dans son livre Nicaragua tan violamente dulce une série de textes rassemblant chroniques, notes de voyage, articles journalistiques écrits à partir de voyages successifs au Nicaragua. Cortázar y décrit et commente non seulement les misères, mais aussi la douceur de vivre dans ce pays qui prétendait se libérer d’une dictature féroce et qui préparait un futur plus juste au travers de la révolution populaire.


Des passagers voyageant illégalement sur un train de Rio de Janeiro, pratiquant le “surf de train”, Brésil, décembre 1988. © Renzo Gostoli

 

Parmi les œuvres composant l’exposition, on peut y retrouver une statue de la liberté surréaliste au Mexique, de jeunes hommes pratiquant le “surf de train” au Brésil, des proches de disparus en Argentine, ou encore un enfant masqué jouant dans les décombres d’un tremblement de terre au Mexique. Dans ses photographies, il réussit à conjuguer remarquablement la tendresse avec la violence, l’humour et le surréalisme, tous présents en Amérique latine.


Des prisonniers politiques, libérés de la prison de Rawson dans les derniers jours de la dictature militaire, arrivent à Buenos Aires, décembre 1983. © Renzo Gostoli

 

Bien que le métier de photojournaliste soit amplement remis en question de nos jours avec l’apparition de nouvelles technologies facilitant la prise de vue, Renzo Gostoli saisi l’opportunité de contourner avec virtuosité, malice et intelligence les difficultés de son métier, afin d’en tirer un réel plaisir, et surtout de tisser un parallèle avec les sciences sociales. En effet, il est là pour nous rappeler que le photojournalisme est l’une des rares disciplines montrant l’inébranlable connexion, tantôt palpable, tantôt souterraine entre les sphères artistique et sociale.


Le jour suivant le tremblement de terre qui a dévasté México, entre les décombres et l’odeur de la mort, des secouristes essaient de sauver les victimes ; tout à coup apparaît un enfant masqué, il s’arrête un instant, fait un geste et reprend sa course, étranger à la tragédie, Mexico, septembre 1985. © Renzo Gostoli

Vaiana GOIN

Exposition du 17/11/2015 au 31/01/2016
À l’Institut Cervantes de Rio de Janeiro. SITE

L’Argentine bascule à droite : le libéral Mauricio Macri vainqueur des élections présidentielles

Un pays divisé en deux. Le retour du néolibéralisme dur ? Les enjeux géopolitiques argentins et latino-américains. Le jeudi 10 décembre prochain, le libéral Mauricio Macri, ancien maire de Buenos Aires succédera donc à la présidente de gauche Cristina Kirchner pour un mandat de quatre ans reconductible.

Mauricio Macri (56 ans), candidat de la coalition Cambiemos (Changeons) a remporté le second tour des élections présidentielles devant Daniel Scioli (58 ans) du FpV (Front pour la Victoire) par 51, 41 % des voix contre 48,59 %. Le pays est deux fois divisé en deux. Politiquement d’abord, par un score très serré, et géographiquement car le centre, c’est-à-dire la ville de Buenos Aires et les provinces du centre (zones riches) ont voté Macri, alors que le nord-est, le nord-ouest et la Patagonie (zones plus pauvres) ont voté Scioli.

Pendant sa campagne, Scioli a dû résoudre un dilemme : se différencier complètement de l’époque Kirchner ou s’identifier à elle pour poursuivre la tâche. Il a tenté une voie médiane : revendiquer les acquis sociaux du kirchnérisme (qui sont réels), tout en proposant un projet politique propre. Il avait reçu le soutien de la présidente Cristina Fernández de Kirchner qui ne pouvait, constitutionnellement pas se présenter pour un troisième mandat. Elle termine ce second mandat avec un taux d’acceptation populaire assez élevé mais cela n’a pas suffi pour que le candidat de son parti gagne les élections.

Un retour au libéralisme dur ?

Le programme présenté par Mauricio Macri consiste en “une économie ouverte au monde, un accord avec les fonds vautours, la suppression des retentions et des subsides agricoles, une dévaluation drastique immédiate”. Ce qui, en clair, signifie le retour en force de l’économie néolibérale et de ses ajustements structurels chers au FMI, payer les milliards exigés par les fonds spéculatifs dits vautours (de 8 à 20 milliards de dollars !), la suppression de la taxe à l’exportation des produits agricoles qui protégeait le pouvoir d’achat interne, et une dévaluation immédiate du peso alors que certains économistes estiment qu’elle ne peut pas remplir son rôle de relance de l’économie puisque le Brésil et la Chine, principaux partenaires commerciaux de l’Argentine, viennent d’en faire autant. Par contre, il est à craindre que toutes ces mesures réduisent de beaucoup le pouvoir d’achat des petites gens. En revanche, les banques, le secteur agro-exportateur et la Bourse sablent le champagne… Les proches de Macri sont tous adeptes de l’orthodoxie néolibérale et liés au monde financier.

De leur côté, les militaires menacés de prison pour les crimes contre l’humanité commis pendant la dictature espèrent la fin des procès. Macri n’a-t-il pas dit un jour : “Il faut arrêter de regarder en arrière et en terminer avec les escroqueries  des droits-de-l’hommistes” ? Renchéri par l’écrivain Marcos Aguinis pour qui “les présidentes des Mères et Grands-Mères de la Place de Mai sont des femmes méprisables”

Défendre les avantages sociaux gagnés depuis 2003.

Pourquoi des millions de gens qui ont bénéficié des programmes sociaux des trois gouvernements Kirchner ont-ils voté pour une droite qui menace d’annuler une série d’acquis sociaux ? ceci n’est pas encore clair. Le FpV et ses alliés devront réaliser une sérieuse recherche des erreurs de campagne et de gestion. Dans l’immédiat, la lutte politique affrontera un gouvernement qui voudra minimiser ou détruire les acquis sociaux, économiques, éducatifs scientifiques et culturels, à une opposition qui voudra les sauvegarder. De fait, la coalition Cambiemos est davantage un rassemblement de groupes contre le gouvernement Kirchner qu’une coalition avec un programme clair et défini autre que celui d’annuler les acquis de ses prédécesseurs, de privatiser ce qui a été nationalisé et de rechercher le soutien financier du FMI et des États-Unis plutôt que celui du Brésil ou de la Chine. On passe bien d’un modèle idéologique et économique à un autre, complètement opposé et plus proche de l’orthodoxie FMI.

Le nouveau président ne contrôle pas le Congrès

Les partis de gauche étant quasi inexistants, si le FpV se perd en récriminations internes face à la défaite dans les urnes, les secteurs populaires et de défense des droits humains ne seront plus représentés. Les gens qui ont voté pour lui attendent qu’il réussisse à rester uni et reprendre le dynamisme dans l’opposition pour défendre les acquis. Car gouverner ne sera pas simple pour la coalition Cambiemos. Elle ne contrôle ni la Chambre des députés ni le Sénat. Au Sénat, Macri ne pourra compte que sur 16 sièges propres alors que le FpV en possède 40, plus que la majorité absolue (37). À la Chambre basse, le FpV ne possède pas la majorité absolue (qui serait de 129 sièges) mais il a obtenu la plus importante minorité : 98 sièges, auxquels on peut ajouter des alliés sûrs qui lui donnent 107 voix contre à peine 85 au nouveau président.

La troisième force, le Front Rénovateur de Sergio Massa, joue bande à part et pourra soutenir l’une ou l’autre coalition selon ses intérêts. La gauche compte 5 ou 6 députés et on peut parier qu’ils voteront rarement pour la droite. Cambiemos a bien compris sa faiblesse parlementaire : Ernesto Sanz, responsable du Parti radical pro-Macri a déjà prévenu que “la main ne nous tremblerait pas pour gouverner par décrets”

Vers un bouleversement géopolitique en Amérique latine ?

L’élection d’un président nettement à droite et proche des États-Unis risque de bouleverser les équilibres économiques et politiques des Amériques. En politique étrangère, Macri a annoncé qu’il demandera l’expulsion du Venezuela du Mercosur. Pour certains analystes, son objectif serait un Mercosur sans Venezuela ni Bolivie, mais plus proche des États-Unis. L’Argentine pourrait même rejoindre l’Alliance pour le Pacifique promue par les États-Unis ou impulser un rapprochement entre les deux entités. En somme, une remise à jour de l’ALCA (Alliance pour le libre commerce des Amériques) créée par les présidents Clinton et Bush, une alliance économique qui devait rassembler tous les pays des Amériques sauf Cuba. Les pays de l’Amérique latine avaient rejeté ce projet il y a exactement dix ans ! Un projet tout à fait plausible si l’on considère que le Brésil semble bien parti pour suivre la voie de l’Argentine de Macri.

Pour l’actuelle ambassadrice argentine au Royaume-Uni, Alicia Castro, “Défaire l’unité latino-américaine et caribéenne serait une stupidité économique. Les 33 pays de la Celac (Communauté des États de l’Amérique latine et des Caraïbes) contiennent un marché de 600 millions de personnes ; c’est la troisième puissance économique mondiale, elle possède des ressources naturelles pour son développement, elle est le principal producteur d’aliments au monde… Dire que ‘l’Argentine doit retourner au monde’ nous rappelle les ‘relations charnelles’ [évoquées par Carlos Menem dans la relation États-Unis – Argentine des années 90], la dépendance aux centres financiers, l’endettement irresponsable et la désindustrialisation”…

Le nouveau président a indiqué qu’il n’y aura pas de ministre de l’Économie mais un cabinet économique composé des ministères du Travail, de l’Énergie, de la Production, de l’Agriculture, des Transports et du Budget. Beaucoup des noms avancés sont bien sûr issus des grandes entreprises privées, tel José Aranguren, futur ministre de l’énergie et ancien directeur exécutif de Shell en Argentine… Il a aussi demandé à des hauts fonctionnaires de démissionner, tels le directeur de la Banque centrale et la Procureure générale de la République. Le nouveau président prendra ses fonctions le 10 décembre.

Jac FORTON

Le Guatémaltèque Eduardo Halfon reçoit le prix Roger Caillois 2015 de littérature latino-américaine

L’écrivain guatémaltèque Eduardo Halfon est le nouveau prix Roger Caillois 2015. Créé en 1991 par le PEN Club de France, la Maison de l’Amérique latine et la société des lecteurs et amis de Roger Caillois, ce prix littéraire récompense chaque année un auteur latino-américain et un auteur francophone. Eduardo Haflon succède ainsi à d’autre grands noms de la littérature latino-américaine tels que Mario Vargas Llosa, Carlos Fuentes ou encore Roberto Bolaño.

Né au Guatemala en 1971, Eduardo Halfon est aujourd’hui considéré comme un des écrivains majeurs de la scène littéraire en Amérique latine. Il grandit aux États-Unis puis retourne dans son pays natal à la fin de ses études. S’en suit une longue période d’introspection qui le conduira à reprendre des études de philosophie et de lettres et permettra de révéler son talent d’écrivain.

Influencé par Faulkner, Hemingway ou Carver, le réapprentissage de sa langue maternelle, après avoir passé 12 ans aux États-Unis, le mènera à l’écriture de son tout premier roman, Saturne, en 2002. Eduardo Halfon a depuis publié 14 romans dont quatre traduits en français aux éditions La Table Ronde. Le Prix Roger Caillois 2015 de littérature latino-américaine vient de lui être décerné pour l’ensemble de son œuvre. Retrouvez la chronique littéraire de Louise Laurent à propos des recueils Le boxeur polonais et Signor Hoffman, que nous avons publié dans notre newsletter en avril dernier.


Après deux romans remarquables et remarqués, La pirouette et Monastère, de l’écrivain guatémaltèque Eduardo Halfon,  les éditions Quai Voltaire nous offrent cette fois en même temps deux publications de nouvelles : un tout petit recueil, Le Boxeur polonais, suivi d’Allocution de Povoa traite l’histoire du grand-père de Monastère sauvé au block II d’Auschwitz par un boxeur prisonnier lui aussi, histoire suivie dans Allocution de Povoa d’une réflexion sur les rapports entre réalité et littérature. Et en parallèle, Signor Hoffman nous propose six récits qui nous font voyager aux côtés de l’auteur de l’Europe à l’Amérique, surtout au Guatemala, qui nous questionnent aussi sur la nécessité ou non de commémorer le passé à n’importe quel prix, et qui nous montrent la valeur de la lutte et la grande dignité de simples paysans guatémaltèques.

Dans Le boxeur polonais, le lecteur retrouve le grand-père juif de Monastère qui transformait les chiffres tatoués par les nazis sur son bras en numéro de téléphone pense-bête pour ne pas répondre aux questions de ses petits-enfants. Mais cette fois, le petit-fils est devenu adulte et le grand-père, un après-midi pluvieux, devant une bouteille de whisky raconte enfin comment il fut sauvé de la mort au block II du camp par les conseils avisés d’un boxeur polonais. Mais dans Allocution de Povoa, texte court qui suit la nouvelle, l’auteur nous fait découvrir que la transcription de la réalité est toute relative en littérature.

Dans Signor Hoffman, six nouvelles nous sont proposées, la première et la dernière se répondant en écho sur le thème douloureux du passé concentrationnaire. La première nous montre le narrateur invité pour parler du grand-père juif et de son sauvetage, en Calabre, au Mémorial d’un camp mussolinien ; en fait, il découvre un faux baraquement reconstitué et offert à ce qu’il nomme “le théâtre de la mémoire” car tout a été démoli depuis longtemps pour construire une autoroute, le directeur parle haut et fort de la nécessité d’entretenir la mémoire, mais appelle Signor Hoffman l’infortuné Eduardo Halfon en le présentant au public… Tout est désespérant ! Heureusement il y aura Marina, une étudiante en histoire, pour lui raconter l’histoire de son propre grand-père, soldat italien victime lui aussi des nazis. L’auteur est bien conscient que refuser cette reconstitution factice c’est vouer le passé à l’oubli définitif, mais jusqu’à quel point tout accepter ?

La dernière nouvelle, Oh ghetto mon amour, nous ramène à Lodz sur les traces du grand-père avant son arrestation, l’auteur est guidé par une curieuse dame Maroszek qui poussera pour lui la porte de l’ancien appartement entièrement refait, transformé, il entre dans l’intimité d’une polonaise qui n’a rien à voir avec les années trente et se désintéresse complètement du problème des juifs. Et lui-même se demande ce qu’il est venu chercher là, et à quoi ça sert. Mais il finit par nous avouer qu’il a compris l’importance de témoigner, d’écrire son histoire, conclusion positive au recueil.

Entre ces deux pôles autour de la transmission de la mémoire, trois nouvelles nous mènent à travers le Guatemala, dans le sillage de l’auteur, de la côte Pacifique à la côte Atlantique, où il nous fait réfléchir sur l’injustice de la misère, en passant par la région d’Huehuetenango où une communauté de planteurs de café a gagné par d’âpres luttes sa liberté économique. La famille présentée a connu aussi des drames, un fils tué et pourtant l’auteur nous montre des gens dignes, cachant leur chagrin, fiers d’avoir reconstruit la nature un temps sacrifiée. Un petit texte nous conduit à Harlem, sous la pluie, avec une dame noire qui guide l’auteur perdu vers un immeuble mythique où une pianiste offre un concert de jazz chaque dimanche depuis la mort de son fils.

Eduardo Halfon nous offre ainsi beaucoup de rencontres dans toutes ces nouvelles avec de belles personnes, dignes, chaleureuses, d’autres moins sympathiques, des gens plus sombres, plus inquiétants. Doué d’un remarquable sens de l’observation, il reconstitue avec précision et sûreté du trait les scènes de la vie courante, il croque en petits tableaux successifs un paysage, une ruelle, une échoppe, un enfant en plein jeu. Il apporte toutes les précisions historiques sur des monuments, des villages. Il nous entraîne aussi dans ses inquiétudes, dans ses réflexions parfois amères tout en cultivant l’humour et l’autodérision qui dédramatisent des situations que tout un chacun a pu vivre en pays étranger et lui permettent d’alléger son récit. Toutes ces qualités d’écriture, sa sensibilité et sa grande humanité font d’Eduardo Halfon un écrivain incontournable et rendent sa lecture indispensable.

Louise LAURENT

Le boxeur polonais d’Eduardo Halfon, traduit de l’espagnol (Guatemala) par Albert Bensoussan, éd. Quai Voltaire, 66 pages, 7,50 €.

Signor Hoffman d’Eduardo Halfon, traduit de l’espagnol (Guatemala) par Albert Bensoussan, éd. Quai Voltaire, 180 pages, 16 €.

Le Groupement des Éducateurs sans Frontières fête ses 25 ans à Lyon

Le 26 novembre 2015, à l’occasion de ses 25 ans, le GREF (Groupement des Éducateurs sans Frontières) organise une rencontre à l’Hôtel de Région de Lyon – Confluences. Pour les acteurs de la solidarité en région Rhône-Alpes, cette manifestation sera l’occasion de mettre l’éducation et la formation au cœur des débats sur le développement durable. Échange d’expériences, conférence et table ronde commenceront à 16h et se clôtureront à 21h par un verre de l’amitié.

En septembre dernier, l’Assemblée générale de la 70e session de l’ONU a adopté un nouveau programme de développement, agenda mondial pour les 15 années à venir. Aux objectifs du Millénaire et à l’Éducation pour tous (2000-2015) succèdent les Objectifs du Développement Durable (ODD 2015-2030). L’éducation y a une part essentielle (ODD n°4). Le Secrétaire général des Nations Unies le proclame haut et fort lors du Forum mondial sur l’éducation le 19 mai 2015, en République de Corée : “L’éducation n’est pas un privilège. C’est un droit acquis à la naissance”. Ban Ki-moon poursuit : “L’éducation garantit les droits de l’homme, notamment la santé et l’emploi.” et ajoute : “Et l’éducation est également essentielle dans la lutte contre les menaces à la sécurité, dont la recrudescence de l’extrémisme violent.”

Les 17 ODD sont donc un programme mondial ayant pour toile de fonds les défis apparus depuis 2000 dans une géographie politique nouvelle. Pour les pays à haut revenu ce programme reste une responsabilité partagée mais il acquiert dorénavant un intérêt de sécurité directement perçu par les populations du Nord : les pays pauvres ne sont plus seuls vulnérables.

Dans ce panorama, l’éducation demeure une promesse pour un large éventail de résultats, que ce soit en matière de revenu, d’emploi, de productivité agricole, de croissance économique, de citoyenneté mondiale, de droits de l’homme, de paix, de diversité culturelle et d’égalité entre les sexes.

Les associations de solidarité comme le GREF, dont la charte affirme la position essentielle de l’éducation dans les processus de développement, des questions anciennes et nouvelles doivent être (re)posées :

  • De quel développement parlons-nous?
  • Accompagner les politiques locales et/ou répondre aux ODD ?
  • Quelles représentations avons-nous des attentes des partenaires locaux ?
  • Comment nos actions sont-elles perçues et vécues ?
  • Quel est l’impact des actions de solidarité dans les pays concernés ?
  • Quelles politiques, quelles stratégies et modalités des projets faut-il mettre en place pour un développement durable ?
  • Quelles pratiques innovantes permettraient d’obtenir des impacts durables ?

La rencontre du 26 novembre permettra d’écouter et de débattre de ces questions avec des représentants d’organisations de solidarité internationale implantées dans la région Rhône-Alpes sur des cas concrets ainsi qu’avec des représentants du monde de la recherche, de l’université, des collectivités locales et des associations.

Y participeront en particulier : Benoit Miribel, directeur de la fondation Mérieux ; Charles Delorme, Directeur du CEPEC international ; Jean-Pierre Cuvelier, président du GREF ; Mohamed Amara, chercheur au Centre Max Weber de Lyon ; Grégory Doucet, responsable des programmes en Afrique de l’Ouest pour Handicap International France et Isabelle Lagarde, chargée de mission relations acteurs locaux de la Métropole de Lyon.

                                                                                                                                             Maurice NAHORY

Consulter le programme sur le site du GREF

Photo : © Nicole Malaret – Lima (Pérou)

COP 21 Paris 2015 : Objectif Amérique latine

France-Amérique latine organisait lundi 9 novembre, dans le cadre de ses conférences, une table-ronde présentée par Pierre-Jean Vandoorne autour de l’évolution du climat en Amérique latine et de ses impacts sur les stratégies des énergéticiens, à l’aune de la 21e Conférence des parties de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) dans la capitale française, très attendue et à portée hautement symbolique (même si c’est un rendez-vous annuel).

Les interlocuteurs présents étaient Jean-Joinville Vacher, directeur de recherche à l’IRD (Institut de recherche pour le développement), Carlos Ortiz, de la Direction internationale Amérique latine d’ENGIE (anciennement GDF-Suez), Jérôme Boutang, Directeur général du CITEPA (Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique) et Camille Laurens de l’AFD (Agence française de développement).

Jean-Joiville Vacher a tout d’abord paré des synthèses, qui tous les quatre ans sont réalisées par quelques 600 scientifiques et a évoqué un rapport spécial consacré à l’Amérique centrale et du sud, auquel des Français ont contribué. Globalement, il s’en dégage une hausse des températures en Amérique latine, une hausse des précipitations dans le sud-est, ainsi qu’une dégradation des forêts, des terres et de la biodiversité. Également, un refroidissement sur une distance d’environ 1 000 km sur la côte chilienne est estimé. En Amérique latine, selon M. Vacher, les mécanismes sont assez complexes alors que l’on est confronté à une absence de mesure. Parmi les scénarios possibles, soit des actions sont mises en œuvre (RCP 2.6, qui intègre les effets de politiques de réduction des émissions susceptibles de limiter le réchauffement planétaire à 2°C, les Representative Concentration Pathway étant des scénarios de référence de l’évolution du forçage radiatif sur la période 2006-2300), soit il faudra s’attendre à 6 à 7 °C supplémentaires.

Certains phénomènes restent irréversibles, tel que la disparition du glacier Chacaltaya en Bolivie, entre 1940 et 2010. Cette disparition est fâcheuse car elle entraîne des pénuries d’eau potable pour La Paz et d’eau pour l’alimentation des barrages. Quant à la quinzaine de glaciers tropicaux sur la côte andine, ils sont en net recul depuis la période 1976-1980 (des études sont faites à partir de carottes de glaces, échantillons de glace retirés de calottes glaciaires et sur des stalagmites). À cela, il faut rajouter le phénomène El Niño, tandis qu’en Amazonie on observe des phénomènes de sécheresse, des feux… Depuis les années 70, on note une recrudescence de sécheresses parallèlement à un recul des précipitations depuis 20 ans. Enfin, le directeur de recherche à l’IRD nous invite à considérer l’initiative tripartite entre la France, le Pérou et le Mexique.

M. Ortiz, lui, évoque les INDCs en Amérique latine, notamment au Mexique, au Pérou, au Chili et au Brésil. L’acronyme “INDC” désigne les contributions décidées au niveau national qui ont été remises par les parties en amont de la conférence Paris 2015 (COP21) qui aura lieu du 30 novembre au 11 décembre. Concernant les émissions de gaz à effet de serre (GES), le Brésil est le seul pays en voie de développement avec une cible absolue. Le Chili a diminué ses émissions de GES en terme d’intensité du PIB et s’est engagé à les diminuer de 30 % d’ici à 2030. Avec à l’horizon de 2050, une énergie abordable et renouvelable. Le Mexique, quant à lui, s’est engagé à baisser inconditionnellement de 25 % ses émissions de GES et le Pérou de 20 %. Ce qui amène M. Ortiz à conclure que les INDCs inconditionnels sont ambitieux pour ces 4 pays, qui ont par ailleurs une attitude positive face au marché carbone et dont ENGIE est partenaire. Quant à ENGIE, elle stoppe tout nouveau projet charbon.

Jérôme Boutang rappelle le caractère associatif et non lucratif de l’association (CITEPA) dédiée aux études air/climat, avant d’évoquer les deux actions parallèles qui sous-tendent la COP21 : la collaboration franco-chinoise et le groupe d’experts francophones. Il insiste sur le fait que le CO2 n’est pas le GES le plus important. Il évoque le Brésil qui est le seul pays à avoir fourni un objectif de diminution relatif par rapport à une année de référence, même s’il émet incomparablement plus de GES que les autres pays d’Amérique latine. Il souligne aussi que les ambitions et les années de référence varient de pays à pays. Sur 196 pays, 156 ont fourni en octobre leur contributions nationales et en Amérique latine, seul le Venezuela n’a rien livré. En Amérique latine, les émissions de GES atteignent presque 11 % en 2012 contre 8,8 % en 1990. Comparés aux États-Unis et à la Chine qui à eux seuls émettent 23,3 % des GES en 2012.

Pourtant, selon lui, les rapports du Brésil et du Mexique, par exemple, sont loin d’être conséquents et seraient le signe d’une conditionnalité à l’aide internationale. Pour l’Argentine, cela reste très flou et semble davantage être un plaidoyer pour le péronisme où est pointée la vulnérabilité du pays et l’importance de l’avancée par les lois au sein de cette nation. Concernant le Mexique, il note une focalisation sur le “Carbono Negro” avec une volonté de diminuer de 51 % ses émissions pour améliorer la qualité de l’air. Avec un bémol car il reste à prouver que cela influe sur la lutte contre le changement climatique. Pour lui, l’avenir des INDC en Amérique latine reste lié à un effort d’atténuation internationale plus ambitieux, aux volontés nationales respectives, à l’importance d’un point de référence fixe dans le passé (et non pas à des scénarios), à l’inconditionnalité, à la comparabilité et aux perspectives immenses des entreprises dès que sont mobilisés des fonds internationaux.

Camille Laurens, pour finir, rappelle les actions de l’AFD depuis 70 ans, mandatée pour lutter contre la pauvreté avec notamment des prêts aux conditions de marché en Amérique latine. Bénéficiant de fonds publics et privés, l’AFD a consacré 2,5 milliards d’euros l’an passé pour le climat, dont la moitié en Amérique latine alors que cette partie du monde ne représente que 15 % de son action. Celle-ci s’est portée sur le Brésil depuis 2007, puis au Pérou, en Bolivie… depuis 2013. Pour l’AFD, l’enjeu est de promouvoir une croissance verte et solidaire avec la notion de ville durable car plus des ¾ de la population en Amérique latine est citadine. C’est pourquoi l’AFD finance des projets de transports dans les collectivités locales. Tel le métro-câble et le tramway à Medellín. Elle appuie aussi des stratégies de diminution de GES dans les villes, comme le financement de l’inventaire carbone. Enfin, elle incite à une gestion durable des ressources naturelles et des écosystèmes et à un effort énergétique envers des énergies renouvelables.

En somme, des actions et des perspectives plutôt encourageantes selon l’ensemble des interlocuteurs et l’on espère que la mobilisation et les budgets internationaux seront toujours plus conséquent pour ces priorités environnementales et qu’en revanche, les coûts de la COP21 à Paris ne seront pas trop élevés (1) !

Brigitte BERGANTON

Pour aller plus loin :
(1) Voir l’article du Canard enchaîné datant du 11/11/2015 “La COP21 pollué par une marée de factures”.
Les contributions françaises pour la COP 21
Site de Agence française de développement
Site de l’Institut de recherche pour le développement
Site du Centre interprofessionnel techniques d’études de la pollution atmosphérique
Site du groupe ENGIE
Phénomène El Niño

Chronos de la semaine du 8 au 15 novembre 2015

8 novembre – MEXIQUE – Au moins 12 personnes ont été tuées dont deux enfants et cinq blessées dans une fusillade dans une arène de coqs clandestine dans la ville de Cuajinicuilapa, au sud de l’État de Guerrero. Selon le Procureur de Guerrero, la fusillade est due à un conflit entre des groupes criminels rivaux de la région.

9 novembre – PÉROU – Le pays a créé, à travers un décret suprême, le Parc national Sierra del Divisor à la frontière avec le Brésil. Le territoire couvre 1,3 million d’hectares, que l’État a classés en 1991 “zone de vie et écosystème très menacés”. Il s’agit du troisième plus grand parc national du pays, entouré de concessions forestières et minières et de sites pétroliers. Il occupe le territoire ancestral des peuples autochtones dits isolés : les Isconahuas. Le Pérou compte actuellement 14 parcs nationaux sur plus de 9,4 millions d’hectares.

9 novembre – AMÉRIQUE LATINE – Si aucune action n’est entreprise rapidement sur le changement climatique, presque trois millions de Latino-américains pourraient tomber dans l’extrême pauvreté d’ici à 2030 selon la Banque Mondiale. En accord avec le rapport Grands cataclysmes : Comment aborder les effets du changement climatique dans la pauvreté de la Banque Mondiale, une plus grande conscience climatique pourrait éloigner de l’extrême pauvreté plus de 100 millions de personnes en 2030.

9 novembre – BRÉSIL – Selon la Carte de la Violence 2015, créée par la Faculté latino-américaine d’Études sociales et publiée ce jour, le nombre de femmes noires assassinées a augmenté de 54 % en dix ans (2003-2013) dans ce pays, tandis que le nombre de crimes contre les femmes blanches ont chuté de 10 % sur la même période. En 2015, 2 875 femmes noires ont été tuées au Brésil. Au total, 55,3 % des crimes commis le sont dans un environnement domestique, et dans 33,2 % des cas, les tueurs étaient des partenaires ou d’anciens partenaires des victimes.

9 novembre – MEXIQUE – L’IMCO, un centre d’analyse composé d’universitaires et d’hommes d’affaires, a présenté un rapport sur la corruption intitulé – Transamos y no avanzamos (nous transigeons et nous n’avançons pas) – qui incite au renforcement des institutions autonomes du pouvoir politique. Le rapport montre que 63 % des chefs d’entreprise considèrent que la corruption fait partie du monde des affaires, et la moitié des entreprises reconnaît avoir payé des dessous-de-table. Enfin, toutes les années on enregistre plus de 200 millions de petits actes frauduleux.

10 novembre – CHILI – Le Tribunal suprême espagnol a ordonné à l’Audience nationale espagnole d’enquêter sur l’assassinat du diplomate espagnol Carmelo Soria Espinoza tombé entre les mains de la DINA, la police secrète du dictateur chilien Augusto Pinochet. La plus haute autorité judiciaire espagnole donne donc le pouvoir aux tribunaux compétents pour enquêter face « l’inefficacité » de la dernière enquête ouverte au Chili en 2013 à la demande de la fille de la victime.

10 novembre – URUGUAY – Le ministère des Transports et des travaux publics de l’Uruguay a accordé à la société Sacyr un premier contrat pour deux sections d’autoroute. Celui-ci comprend la construction, la rénovation et la gestion d’un tronçon de 179 kilomètres entre les villes de Nueva Palmira et de Mercedes. Les travaux représentent un investissement de 160 millions de dollars et l’ensemble du contrat va générer des recettes estimées à 340 millions de dollars.

11 novembre – CHILI – Le pays a été secoué par 15 tremblements de terre dont deux d’une magnitude de 6,9 sur l’échelle de Richter dans la région de Coquimbo – au nord du Chili -, et sorti de son sommeil la population dans la région. Selon les autorités, ces tremblements de terre dont les épicentres étaient situés sous la mer, à des distances entre 80 et 94 les kilomètres de la côte, n’ont pas causé de victimes ni de dégâts visibles.

12 novembre – VENEZUELA – Efraín Antonio Campo Flores, qui s’est présenté comme étant le beau-fils de Cilia Flores, épouse du président Nicolas Maduro, et Francisco Flores de Freitas, qui a affirmé être son neveu, ont été interpellés à Port-au-Prince (Haïti) par les autorités américaines qui les soupçonnent d’avoir voulu acheminer 800 kg de cocaïne aux États-Unis, a révélé le Wall Street Journal.

12 novembre – MEXIQUE – La plus haute distinction des lettres espagnoles, le prix Cervantes 2015, a été décerné à l’écrivain et poète mexicain Fernando Del Paso [photo] né en 1935 à Mexico. Le Mexique est ainsi devenu le pays détenteur du plus grand nombre de gagnants du prix après l’Espagne.

12 novembre – AMÉRIQUE LATINE – À une époque où de nombreux pays d’Amérique latine évoluent vers des politiques sociales progressistes, la question de l’avortement sur ce continent reste un tabou. Actuellement, l’avortement est légal au Brésil, en Colombie et en Uruguay mais seulement dans trois cas : le viol, la grossesse à risque pour la femme ou pour malformation cérébrale du fœtus. Au Mexique cela dépend des États sauf pour le viol. L‘Argentine permet l’avortement en cas de viol ou si la vie de la mère est en danger, de même qu’au Paraguay sauf pour le viol. Pour le Chili c’est encore l’interdiction totale.

13 novembre – MEXIQUE – Enrique Graue Wiechers, nouveau recteur de l’UNAM, se dit en faveur de la dépénalisation du cannabis en débat actuellement dans la société mexicaine.

13 novembre – CUBA – Des milliers de Cubains sont arrivés au Mexique au cours des derniers mois, après l’avalanche de rumeurs au sujet de la fermeture de la frontière avec les États-Unis et de l’abrogation de la loi d’ajustement cubain, qui permet aux insulaires d’obtenir des permis de résidence aux USA rapidement.L’institut de l’immigration mexicain a enregistré 9 319 entrées, soit cinq fois plus que l’an dernier.

13 novembre – AMÉRIQUE LATINE – Trois Chiliens et deux Mexicains ont été tués parmi les victimes des attentats à Paris. Un Brésilien et un Mexicain ont été blessés, mais sont hors de danger. Pour les Chiliens tués, il s’agit de Luis Felipe Zschoche Valle, un musicien de 32 ans qui résidait à Paris et était allé avec sa femme au concert du Bataclan. Les deux autres morts sont une mère et sa fille, également résidant en France : Patricia San Martín de 61 ans et Elsa Veronique Delplace de 35 ans, mère d’un enfant de 5 ans, qui assistaient également au spectacle du Bataclan. Selon la présidente du Parti socialiste chilien, la sénatrice Isabel Allende, Patricia San Martín est la nièce de l’ambassadeur du Chili au Mexique, Ricardo Nuñez. Quant aux Mexicains, ils se trouvaient dans le restaurant La Belle Equipe. Il s’agit de Michelli Gil Jáimez, 27 ans, et de Nohemi González, 23 ans, étudiante en Californie qui était à Paris pour passer un semestre d’échange dans une l’école de design lorsque les attaques ont eu lieu dans la capitale française.

15 novembre – PÉROU – Un jugement de la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a ordonné à l’État péruvien, entre autres obligations, de livrer 10 alpagas et une maison à deux hommes qui, il y a 24 ans ont subi l’assassinat de leur famille, le vol de leur bétail et l’incendie de leurs maisons par une patrouille militaire. Dans la région de Huancavelica – Sierra centrale -, un groupe de soldats, en 1991 et sous le gouvernement d’Alberto Fujimori, a tué 15 personnes dont la moitié étaient mineurs.

Guy MANSUY

17e édition du festival Filmar à Genève

Cette année encore, le cinéma latino-américain a brillé lors des grands festivals dédiés au 7e art. À Genève, l’association Cinéma des Trois Mondes (C3M) organise pour la 17e année consécutive le festival Filmar en América Latina du 13 au 29 novembre 2015.

Plus grand festival suisse dédié aux productions cinématographiques d’Amérique latine, Filmar propose cette année 99 films provenant de 18 pays différents, mélangeant grands classiques et nouveautés, fictions et documentaires ainsi qu’une programmation dédiée au jeune public intitulée Filmarcito.

Le festival s’est ouvert vendredi dernier avec la projection d’Ixcanul Volcán du Guatémaltèque Jayro Bustamente, drame déjà multi-primé mettant en scène une jeune femme à l’avenir tout tracé mais qui rêve d’ailleurs, d’aller voir au-delà d’Ixcanul, le volcan à côté duquel elle a grandi et qu’elle n’a jamais quitté.

Parmi la centaine de projections, 8 films sont en compétition pour obtenir le prix du public : Carmín tropical de Rigoberto Pérezcano qui suit l’errance d’Andrés, jeune immigrant mexicain, dans sa tentative pour rejoindre les États-Unis ; Eva no duerme du Chilien Pablo Agüero – invité du festival – fable sur l’enjeu politique que représenta la dépouille d’Eva Perón en Argentine pendant plus d’un quart de siècle. Autres invités : les réalisateurs Maite Alberdi et Cristiano Burlan qui viennent respectivement présenter La once, documentaire suivant cinq sexagénaires et Fome, récit brésilien sur l’errance d’un homme dans les rues de São Paulo.

Également en compétition, les longs-métrages La obra del siglo de Carlos Quintela sur trois générations d’hommes vivant à Ciudad Nuclear, où fut implantée la première centrale nucléaire de Cuba ; l’enquête pour retrouver l’identité d’une victime des violences policières au Pérou dans NN sin identidad d’Héctor Gálvez, et enfin deux documentaires sur la fin des dictatures militaires en Argentine avec Tiempo suspendido de Natalia Bruschtein et en Uruguay avec Tus padres volverán de Pablo Martínez Pessi.

Voici encore la preuve, si cela était nécessaire, que l’Amérique latine est un véritable terreau pour l’industrie cinématographique. Le festival s’achève le 29 novembre, il est donc encore temps d’en profiter ! Pour les Lyonnais, ne manquez pas la 9e édition de Documental qui présentera cette année 10 films documentaires sur l’Amérique latine du 23 au 29 novembre à l’Amphi-Opéra de Lyon.

Lucie DUBOEUF

Site du festival Filmar
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