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octobre 2015

Grains sur grain : “Terres de café” de Sebastião Salgado

À travers son nouvel ouvrage Terres de café, voyage au pays de l’arôme paru le 1er octobre aux éditions de La Martinière, le photographe brésilien Sebastião Salgado raconte avec virtuosité la magnificence de la nature et de l’humain à travers la culture du café. Une histoire qui commence par un grain de café et qui se termine sur le grain du papier.

Sebastião Salgado est né en 1944 dans l’État du Minas Gerais au Brésil, mais c’est en France qu’il a construit son succès, après avoir fui la dictature militaire du Brésil. Son engagement politique naît au cours des années 1960, d’abord au sein des jeunesses catholiques puis dans les jeunesses communistes. Après ses études d’économie, Salgado commence sa carrière de photographe professionnel à l’âge de 30 ans, en 1973 pour le compte de plusieurs agences de presse (Sygma, Gamma, Magnum). En 1994, il créé avec sa femme Lélia Wanick Salgado sa propre agence, sous le nom de Amazonas Images.

Héraut de la photographie humaniste, inlassable voyageur, Salgado est le maître des épopées photographiques qu’il retranscrit grâce à un style lyrique reconnaissable entre tous. Avec un regard particulièrement aiguisé et implacable, il parcourt le monde, surtout les tiers-mondes, pour montrer que malgré l’extrême souffrance, les hommes conservent leur force et dignité. Ses grands projets, tous articulés autour de thématiques précises ont abouti à la réalisation d’une fresque de la misère et de l’injustice. Il a déjà publié plusieurs ouvrages aux éditions de La Martinière : La main de l’Homme – sur le travail manuel pris dans la mondialisation (1993), Terra (1997), Exodes – sur les migrations – (2000) et Les voies du bonheur (2010) – sur le thème de l’écologie. Depuis 2002, en parallèle de son ambitieux projet Genesis, il tourne son regard en direction des lieux de collecte des grains de café dans le monde. Des zones volcaniques du Salvador jusqu’aux collines embrumées d’Indonésie, Sebastião Salgado est parti à la recherche des grains les plus stimulants de la planète. Il a visité de nombreuses exploitations qui privilégient des échanges et une croissance équitables et qui s’attachent à perfectionner la qualité du café dans le but d’accroître la qualité de vie.

Le nouvel ouvrage de Salgado donne à voir la production mondiale de café à travers le regard de celles et ceux qui le récoltent. Les images de plans de café plantés en étages sur les collines d’Amérique du Sud sont d’une beauté époustouflante. En Afrique (Tanzanie, Ethiopie), en Asie (Inde, Chine) ainsi qu’en Amérique (Brésil, Guatemala, Nouvelle-Guinée, Colombie, Costa Rica), il nous fait voyager dans de sublimes paysages ruraux où la présence humaine est à la fois digne de respect et discrète. Ses photographies en noir et blanc montrent que la récolte, le séchage et la sélection du café relèvent de rituels ancrés dans les traditions des différentes cultures. Toutefois, on lit tout le dénuement et la douleur sur les visages et les mains des cueilleurs. Alors, on ressent des frissons en pensant aux 2 250 millions de tasses de café consommées chaque jour dans le monde, au prix des litres de sueur de ces travailleurs. On pourrait objecter que l’esthétisme extrême des images cache le côté obscur du sujet, jusqu’à rendre belle et acceptable la misère. Il a parfois été reproché au photographe de transformer les paysages en décors et d’esthétiser la misère et la souffrance, bref d’émouvoir au lieu d’informer. Néanmoins, une photo prise de manière isolée informe peu, il faut prendre en compte le soin que Salgado accorde aux légendes de ses images. Il parvient à maintenir un équilibre, fragile certes, entre éthique militant et esthétique. Ses légendes, ses textes narratifs, rationnels et engagés reflètent l’authenticité et la sincérité de ses photographies. En conciliant le beau et le vrai, il entend améliorer et sublimer le monde par ses représentations.

Vaiana GOIN

Terres de café, de Sebastião Salgado, éd. La Martinière, 320p., 59 . SITE

Entretien avec Óscar Arias, ex-président du Costa Rica et prix Nobel de la paix en 1987

Óscar Arias sur l’Amérique latine : “Il y a plus de mauvaises choses que de bonnes”. Sur ce titre provocateur, le site de la BBC Mundo en espagnol a publié une interview de Óscar Arias, ex-président du Costa Rica et prix Nobel de la paix en 1987. L’entretien a été réalisé par Juan Carlos Pérez Salazar pendant la récente manifestation culturelle “Hay Festival Mexico”.

Óscar Arias, prix Nobel de la paix en 1987, ne voit pas beaucoup d’espoir dans ce qui est arrivé ces dernières années. En à peine plus de trente ans, l’Amérique latine a connu des changements comme peu d’autres pays dans le monde : au début des années quatre-vingt, 90 % des gouvernements étaient des régimes militaires. Aujourd’hui, à l’inverse, plus de 90 % d’entre eux sont des régimes démocratiques. Ceci, dans une large mesure, grâce au costaricien Óscar Arnunfo Arias Sánchez. Celui qui fut deux fois président de son pays a reçu le prix Nobel de la paix en 1987, en hommage à ses efforts pour installer la paix en Amérique centrale, laquelle se consolida au début des années 90. Depuis lors, autant sa lutte pour faire cesser les conflits que celle pour combattre le trafic d’armes, lui confèrent une place dans l’histoire de l’Amérique latine.

Bien qu’il ait vu au cours de sa vie plus de changements que n’importe quel homme d’État optimiste aurait pu prévoir (en particulier les deux conflits les plus durables que sont l’affrontement Cuba – États-Unis et le conflit armé en Colombie, sur le point de se régler), Óscar Arias n’est pas très optimiste quant au devenir de l’Amérique latine. Et ceci fut une évidence dès la première question que nous lui avons posée :

Le changement n’a-t-il pas été notable au cours de ces trois dernières décennies, en termes de politique ?

La vérité est que chacun a espéré tourner la page des dictatures militaires de l’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud. Dans un sens, nous avons réussi, mais ne nous méprenons pas : aujourd’hui nous avons des régimes mis en place par des élections, certaines libres, d’autres plus ou moins, mais une fois en place, les présidents ignorent la séparation des pouvoirs existant dans toutes les démocraties depuis Montesquieu. Ils s’emparent du pouvoir judiciaire et électoral, et contrôlent les médias. C’est ainsi que la démocratie libérale cesse de l’être. Ensuite, ils modifient la Constitution pour se faire réélire. C’est ce que nous voyons dans de nombreux pays. Nous ne pouvons donc pas nous réjouir d’avoir laissé les gouvernements autoritaires derrière nous.

À quels pays faites vous allusion ?

Le Venezuela est évidemment le plus concerné. C’est un pays brisé, en grande pénurie comme l’Amérique latine n’en n’a jamais connue, avec une inflation aussi importante que celle qu’ont connue quelques pays dans les années 80. Seulement 20 % de la population est favorable au gouvernement, et il serait normal qu’il perde les législatives en décembre prochain. Mais au Venezuela, on peut s’attendre à tout…

Je vous parle de l’exemple le plus frappant, mais il y en a d’autres. Il ne faut pas oublier le coup d’État de 2009 au Honduras. À la demande des deux parties j’ai fait un énorme effort de médiation, pour tenter de rétablir l’ordre constitutionnel et faire réintégrer Manuel Zelaya à la présidence. Mais ça n’a pas marché. La longue période de démocratie qu’ils ont connue a donc cessé.

Ce qu’il reste aussi, ce sont les leaders autoritaires. Octavio Paz a dit que la seule contribution de l’Amérique latine à l’histoire de la pensée politique était celle du caudillo. Hugo Chávez, Álvaro Uribe, Evo Morales… Pourquoi n’avons-nous pas surpassé ces figures messianiques ? Nous n’avons-nous pas construit de véritables démocraties libérales, comme en Angleterre, en Amérique du Nord, ou en France.

Et malheureusement, nous facilitons l’arrivée au pouvoir de ces leaders populistes, démagogues, qui jouent avec les sentiments du peuple en promettant des choses irréalistes. Il est ensuite impossible de les déloger, les élections n’étant pas nécessairement transparentes. Ils ont remplacé l’institutionnalisation par des référendums populaires, en sachant qu’ils peuvent manipuler l’opinion publique et obtenir l’appui du peuple.

Mais je pense que le plus important en Amérique latine est qu’en 200 ans d’indépendance, nous n’avons pas un seul pays riche. C’est un échec, sauf pour le Chili qui a un revenu par habitant bien plus élevé qu’ailleurs. Pourtant, l’augmentation des exportations vers la Chine a permis pendant quelques années à l’Argentine, au Paraguay, au Brésil, au Chili et à l’Équateur d’avoir un fort taux de croissance. Mais c’est une période révolue et les économies stagnent, voire s’effondrent, comme c’est le cas au Brésil.

Ce n’est pas le cas de mon pays dont l’économie ne dépend pas de la vente de marchandises, mais de la vente de services et de quelques produits industriels très sophistiqués. Mais nous avons aussi des dysfonctionnements dans notre démocratie. Ce qui est sûr, c’est que nous avons une croissance suffisante pour diminuer sensiblement la pauvreté.

Il y a une autre chose que nous n’avons pas bien réussie, c’est une meilleure intégration, bien qu’à l’inverse de l’Europe nous ayons une langue et une histoire commune, à l’exception du Brésil. Pourquoi est-ce si difficile ?

Il faut voir ce qu’on entend par intégration. En Amérique centrale, nous avons un des plus vieux marchés communs au monde, mais à un certain moment nous nous sommes rendu compte qu’à vendre et acheter entre nous, nous ne pourrions pas nous développer. Alors, nous avons opté pour entrer dans l’économie mondiale. Et, à vrai dire, je suis revenu à la politique dans mon pays en 2005 pour ce projet, parce que les costariciens ne voulaient pas accepter le traité de libre-échange avec les États-Unis. C’est le Chili qui a négocié le plus de traités de libre-échange avec d’autres pays, raison pour laquelle, je pense, leur niveau de vie est plus élevé.

Ricardo Lagos, ex-président du Chili, a déclaré que son pays étant petit, il a besoin de s’ouvrir au commerce mondial, à la différence du Brésil qui a un énorme marché intérieur. Pour une bonne intégration, il faut tenir compte aussi des tarifs douaniers et des régimes fiscaux.

Dans le domaine commercial, par exemple, il y a peu de produits que l’Amérique centrale puisse vendre à l’Argentine, au Chili ou au Brésil. C’est donc avec l’Asie, qui a le plus fort taux de croissance, que les échanges commerciaux sont les plus intéressants. Le 21e siècle est celui de l’Asie, pas celui de l’Amérique latine. En 200 ans d’indépendance nous n’avons pas su donner d’élan au développement. La révolution industrielle s’est faite, et nous l’avons regardée passer. La Nouvelle-Zélande, l’Australie, le Canada et l’Europe sont montés dans le train, mais pas l’Amérique latine.

Vous avez dit que nous étions plus “civilisés”, qu’en cas de conflits inter-régionaux, par exemple, nous avions recours à La Haye. Un autre point positif est, je crois, que la relation avec les États-Unis a changé, et que les pays latino-américains sont plus indépendants.

Eh bien, je dirais que oui, mais en toute honnêteté je pense qu’il y a plus de mauvaises choses que de bonnes. Par exemple, l’éducation en Amérique latine est de mauvaise qualité. La scolarité dans certains pays est de huit ans. Dans certains pays 50 % des élèves ne sont pas diplômés, parfois jusqu’à 60 ou 70 %.

L’Amérique est la région du monde qui a le plus augmenté ses dépenses militaires ces dernières années. Je suis bien informé puisque le traité sur le commerce des armes, qui est entré en vigueur, est né dans ma Fondation Arias pour la Paix et le Progrès Humain. On découvre ainsi que le Venezuela a décidé de dépenser 4 000 millions de dollars américains pour l’achat d’armes à la Russie, ou que le gouvernement brésilien veut changer sa flotte d’avions de guerre.

Et je me demande quels sont les ennemis du Brésil et du Venezuela, et qui va les attaquer. N’ont-ils pas entendu parler des dividendes de la paix ? Ces sommes colossales sont les économies de l’État et pourraient être utilisées pour améliorer les infrastructures, les hôpitaux, les universités, l’hydroélectrique, les énergies renouvelables….

Nombre de nos intellectuels ont dit, qu’en termes de culture, nos pays sont à la hauteur de n’importe quelle autre nation du monde. Nos écrivains, peintres, musiciens, sont internationalement reconnus. Mais ce n’est pas la même chose dans le domaine scientifique. Est-ce dû à la qualité de l’enseignement ?

Bien sûr. Comme je vous l’ai déjà dit, l’éducation est de très mauvaise qualité. On s’en rend compte avec les études Pisa (Program for International Student Assessment) que fait l’Organisation pour la Coopération et le Développement économiques. Les résultats de l’Amérique latine sont très mauvais. La Finlande reste la meilleure, mais là bas, pour être professeur de primaire ou de secondaire il faut être titulaire d’une maîtrise.

Parmi les 250 meilleures universités du monde il n’y en a qu’une en Amérique latine. Ce qui est assez parlant. Et il est difficile de donner un élan à notre développement quand nos jeunes étudient essentiellement les sciences sociales, les sciences humaines et le droit…

Je n’ai rien contre ces carrières, je suis moi-même avocat et politologue, mais ce qui ne me paraît pas bien, c’est que nous avons quatre fois plus d’avocats que de scientifiques. Ce qui nous différencie de l’Allemagne, de la Chine ou de Singapour qui ont une forte croissance économique.

Comme vous le disiez, nous sommes fiers de nos écrivains. C’est un domaine dans lequel nous excellons. Mais ce sont des cas isolés, quelques personnes avec beaucoup de talent. Mais combien de prix Nobel avons-nous eu en chimie, ou en physique….

En dehors de l’éducation, à votre avis quels sont les principaux défis pour l’Amérique latine ?

Nous devons investir davantage dans l’infrastructure. Les Chinois investissent 10 % de leur PIB. L’Amérique latine doit être aux alentours de 2,5 ou 3 %. Nous devons payer plus d’impôts. Nous sommes les pays les plus inégalitaires du monde. Et il n’y a pas de quoi être fier.

Il y a des gens fortunés qui ne payent que peu d’impôts, par rapport à l’Allemagne, la Suède ou la Norvège. En moyenne, la charge fiscale de l’Amérique latine oscille entre 21 et 22 %. En France elle est de 53 %, et en Allemagne de 44 %. Je me demande si le Guatemala ne détient pas le titre du pays qui paie le moins d’impôts dans tout le continent latino-américain. Tant que cette situation durera, il ne sera pas possible de créer des sociétés plus égalitaires.

Pour terminer sur une note positive, y a-t-il quelque chose qui se passe en Amérique latine qui vous donne de l’espoir pour le futur ?

Disons que nous avons une jeunesse de mieux en mieux préparée. Ce que nous devons faire, c’est convaincre ces jeunes d’intégrer la vie publique. Il faut cesser de diaboliser ceux qui le font, sinon aucun d’entre eux ne voudra devenir député, ou occuper un poste de ministre, ou même viser la présidence. Mais cette génération est bien mieux préparée qu’il y a trente ou cinquante ans, c’est indéniable.

Traduit par
Catherine TRAULLÉ

“Nous sommes les Hispaniques d’Europe et je crois en l’Amérique latine et les Latino-américains”

Le premier ministre espagnol Mariano Rajoy a prononcé le 12 octobre dernier, jour de l’hispanité, un long discours intitulé Nous sommes les Hispaniques d’Europe” paru dans le journal El País.

Il insiste sur le fait qu’il croit en l’Amérique latine et ses habitants, indépendamment de l’aspect économique, parce que le grand atout de notre politique extérieure, ce sont les personnes”. “Un candidat à l’investiture de son parti, pour la présidence d’un grand pays, a annoncé sa candidature en disqualifiant les mexicains, et de façon générale tous les Hispaniques. En tant qu’espagnol, je suis fier de me sentir un hispanique d’Europe, et en tant que président du gouvernement d’Espagne, je veux célébrer le jour de l’hispanité comme il doit l’être : en soulignant la contribution importante des latino-américains à notre développement. Le 12 octobre est le jour de tous les Hispaniques. Nous, qui sommes d’Europe, avons le devoir de réaffirmer notre fierté d’appartenir à une communauté dynamique et entreprenante, pleine de valeurs et de talent : une force positive pour le monde.

L’Espagne n’oublie pas ses héros, parmi lesquels il y a de nombreux immigrants latino-américains. Environ 6 000 d’entre eux ont intégré nos forces armées, beaucoup participant aux missions les plus dangereuses pour le maintien de la paix. Le nombre d’immigrés latino-américains qui vivent en Espagne s’élève à 1 263 114 (données du Ministère de l’Intérieur). Et, seulement depuis l’année 2000, 1 242 962 d’entre eux ont acquis la nationalité espagnole sans renoncer à leur nationalité d’origine, réalisant ainsi leur rêve d’un avenir meilleur. Ce qui veut dire qu’au moins deux millions et demi de latino-américains vivent en Espagne, dont la plupart sont aussi nos compatriotes.

Nous, les Espagnols, avons été de grands émigrants, et aujourd’hui nous sommes solidaires, comme ils le furent avec nous. En Amérique, nous avons trouvé un horizon de liberté. L’hispanité a été le grand refuge de “l’espagnol de l’exode et des larmes” qu’a décrit notre grand poète León Felipe. Dans la patrie de la langue partagée, nous avons trouvé de nouvelles forces. Aujourd’hui 1 372 775 Espagnols vivent en Amérique latine.

“Grâce à cette hispanité sans frontières nous sommes aujourd’hui une société mature, ouverte et multiculturelle. L’Espagne est une des principales destinations de la migration mondiale. Nous vivons en harmonie avec plus de 130 nationalités différentes, et n’en sommes que meilleurs. Je crois en l’Amérique latine et les Latino-américains. Œuvrons pour une relation d’égal à égal, basée sur le bénéfice des citoyens”. Il a conclu : “En ce jour de l’hispanité, nous devons, nous les hispaniques d’Europe, nous remémorer ce que nous sommes et ce que nous devons aux Hispaniques d’Amérique. C’est le moment de leur rendre grâce.”

Traduction et adaptation de
Catherine TRAULLÉ

Sortie du documentaire “Paco de Lucía, légende du flamenco”

Guitariste de flamenco virtuose, Paco de Lucía, décédé en février 2014, a connu un succès et une reconnaissance planétaire, tout particulièrement en Amérique latine. Son fils, Curro Sánchez Varela, a réalisé le documentaire Paco de Lucía, légende du flamenco, un hommage vibrant en salle ce 28 octobre.

En 2010, Curro Sánchez Varela entreprend le tournage de ce film sur son père, virtuose de la guitare. Mais celui-ci meurt deux jours avant la fin du tournage. Il explique que “le tournage a débuté alors que mon père était encore vivant, plein d’énergie et de projets, et c’est sur quoi il porte. J’ai eu par la suite l’immense tristesse et la responsabilité de le terminer sans lui. Sa mort, imprévisible, a indubitablement affecté la structure du film. Mais j’ai cherché à garder le ton qui le caractérisait si bien : le charisme, sa proximité naturelle avec les gens, l’honnêteté et cette sagesse qu’il invoquait dans chacune de ses interventions.” Curro a voulu montrer “un reflet joyeux et optimiste de l’histoire de sa vie.” Le film montre des extraits des concerts de Paco de Lucía, ses rencontres avec d’autres musiciens, ses confidences devant sa maison à Majorque, et sa façon de travailler.

Né le 21 décembre 1947 à Algésiras (province de Cadix), Francisco Sánchez Gómez de son vrai nom, vivait à Palma de Majorque mais a parcouru le monde entier. La famille de Paco de Lucía était pauvre. Il a appris la guitare avec son père qui n’était pas gitan. Avec ses deux grands frères, Ramón et José, il se produit pour aider ses parents. Ramón et Paco sont à la guitare, José (dit Pepe) au chant. Plus tard, c’est en l’honneur de leur mère Luzia Gomes, danseuse de flamenco d’origine portugaise que Paco et José choisissent “de Lucía” comme nom de scène tandis que Ramón préfère “de Algeciras” en référence à sa ville d’origine.

Paco de Lucía commence sa carrière à l’âge de 14 ans, engagé comme guitariste pour la compagnie de danse José Greco. En tournée aux États-Unis, il croise Mario Escudero et Sabicas, deux guitaristes espagnols de renommée qui l’encouragent à mener une carrière de soliste. Il enregistre son premier disque en 1965. Puis Paco de Lucía forme un duo célèbre avec le chanteur Camarón de la Isla, né dans la province de Cadix, rencontré à Madrid en 1968. Ensemble, ils enregistrent neuf disques de 1969 à 1977, avant que Paco de Lucía cède sa place à l’un de ses étudiants, Tomatito. En 1975, année de la mort de Franco, Paco connaît un grand succès commercial avec une rumba : Entre dos Aguas. Comme le disait Francis Marmande dans Le Monde, “Il est le seul guitariste flamenco à avoir étendu son champ d’expérience, son succès, son public, sans y laisser son âme. Le jazz avait changé son regard, pas sa musique ».

Sa technique fascinante l’a fait intégrer le trio (guitares acoustiques) de John McLaughlin et Al Di Meola. Il a également rencontré Larry Coryell, Carlos Santana et Egberto Gismonti. Au début, leur aisance d’improvisation l’a effaré. Parallèlement à son association avec Al Di Meola et John McLaughlin, Paco de Lucía mélange le flamenco avec la musique indienne, la salsa, la bossa-nova, la musique arabe. Il fonde également un groupe avec ses frères, le chanteur Pepe de Lucía et le guitariste Ramón de Algeciras, et introduit des instruments et des rythmiques sud-américaines – avec un cajon péruvien notamment. Il adapte aussi plusieurs thèmes du compositeur espagnol Manuel de Falla. Comme le dit le jury Prix Prince des Asturies en 2014 “à partir de la guitare flamenco, il a aussi exploré le répertoire classique espagnol, d’Isaac Albeniz à Manuel de Falla, l’émotion de la bossa-nova et du jazz. Tout ce qui peut s’exprimer avec les six cordes de la guitare entre ses mains.

Paco de Lucía a été pris d’un malaise, le 25 février 2014, alors qu’il jouait avec ses enfants sur une plage de Cancún au Mexique, où il possédait une maison. Il meurt sur le chemin de l’hôpital. Le film a obtenu le Goya du meilleur documentaire espagnol 2015. Il sort ce mercredi 28 octobre.

Alain LIATARD

Regarder la bande-annonce du film ici.

“Le Bouton de Nacre”, nouveau chef d’œuvre de Patricio Guzmán

Après la réalisation du très beau Nostalgie de la lumière en 2010, le réalisateur chilien Patricio Guzmán continue son exploration du cosmos dans son dernier film Le bouton de nacre. Un récit sur l’histoire des hommes et de leur mémoire à la photographie impeccable.

Que serait le Chili sans l’eau ? L’eau porte l’histoire de la vie au-delà de notre planète et de notre temps. L’océan contient l’histoire de toute l’humanité. L’eau est la plus longue frontière du Chili. Les habitants actuels du pays semblent l’avoir oubliée, alors qu’elle faisait partie intégrante de la vie des indigènes de Patagonie.

La première image est celle d’un bloc de quartz autour duquel tourne la caméra, bloc de quartz qui en son milieu a emprisonné, dans des temps immémoriaux, une goutte d’eau. L’eau, source de vie, nous serait venue du cosmos où elle est présente sur des planètes et des comètes que les stations d’observation placées dans le désert d’Atacama observent sans relâche. S’ensuit une promenade poétique de tout ce que le Chili compte de cascades, de rivières, de fjords, de glaciers et d’îles sans oublier la fureur des vagues venant frapper la côte rocheuse et déchiquetée.

Mais Patricio Guzmán en revient toujours à son pays, son histoire lointaine et récente qu’un bouton de nacre retrouvé dans l’océan donne prétexte à convoquer. Ce bouton de nacre est l’un de ceux que les colonisateurs offraient aux indiens en échange de leurs terres. À leur arrivée sur les terres de l’actuelle Patagonie chilienne, cinq peuples vivaient. Ces nomades de l’eau et de la mer se déplaçaient en permanence dans des canoës, emportant avec eux leur feu et se nourrissant essentiellement de coquillages. Présentés à travers une série de photos, Guzmán interroge les descendants de ces peuples porteurs d’une mémoire et seuls survivants à pouvoir encore parler leur langue et décrire ce qu’était leur vie autrefois. Il rappelle également l’histoire des colonisations : l’apport de maladies et la distribution d’alcool qui ont eu vite fait d’exterminer ce peuple de l’eau, à travers l’histoire de Jimmy Button, un indien emmené à Londres au siècle dernier dans le but d’être présenté et “éduqué”. Il avait été rebaptisé Jimmy Button à cause de ces fameux boutons de nacre. Ramené au Chili par la suite, il mourut rapidement en parlant une langue hybride, mélange de l’anglais et de sa langue maternelle, que plus personne ne comprenait. Voilà pour l’histoire peu glorieuse de la colonisation…

L’eau de l’océan ramène ensuite Patricio Guzmán à une histoire plus récente, celle de la dictature de Pinochet. De nombreux procès ont eu lieu après sa chute alors le Chili se penchait sur ce passé. On sait que les cadavres de nombreuses victimes ont été déterrés des fosses, éparpillés dans le désert. On sait également qu’entre 1200 et 1500 victimes ont été jetées dans l’océan depuis les hélicoptères de l’armée après avoir été torturées. Le film la “préparation” de ces cadavres avant le grand saut, lestés d’un morceau de rail afin qu’ils ne puissent pas refaire surface. Mais le Chili, dans son combat pour ramener chaque disparu à la mémoire, a décidé de rechercher et de ramener ces bouts de rails en envoyant des plongeurs les récupérer au fond de l’océan. Sur l’un d’eux, dans la gangue, se trouve un bouton de nacre. On pourrait aussi mentionner cette carte du Chili de 15 mètres de long que le cinéaste déroule, créant une grande émotion.

En partant d’une goutte d’eau qui nous raconte l’histoire du Chili, Patricio Guzmán nous fait partager son chant d’amour et de révolte. Un film magnifique en somme, récompensé cette année au Festival de Berlin par l’Ours d’argent du scénario et le Prix du Jury Œcuménique.

Alain LIATARD

Bande annonce


Extraits d’un entretien entre le documentariste nord-américain Frederick Wiseman et le réalisateur chilien Patricio Guzmán à Paris le 16 janvier dernier

Quel est le rapport entre ce film et le précédent, Nostalgie de la lumière ?

Je crois que c’est un diptyque. Le premier film se situe dans l’extrême nord du Chili et le deuxième dans l’extrême opposé. J’envisageais de faire quelque chose en Patagonie et je ferai peut- être un troisième film sur la cordillère des Andes, véritable colonne vertébrale du Chili et de l’Amérique du Sud. Mais, pour le moment, je n’ai aucune idée concrète et je ne sais pas non plus si je serai capable de le faire.

J’ai été impressionné par la beauté de l’introduction.

Nous avons filmé à bord de deux voiliers commandés par Keri Lee Pashuk et Greg Landreth, certainement les meilleurs navigateurs de la région, qui ont réalisé plus de dix-sept voyages dans l’Antarctique. Ils nous ont emmenés vers les glaciers les plus imposants et les montagnes grandioses de la Patagonie. C’est un véritable labyrinthe d’îles. Nous avons navigué sur de nombreux kilomètres depuis le fjord d’Almirantazgo jusqu’au canal de Beagle.

J’aime beaucoup la représentation de la carte du Chili que tu as imaginée et la façon dont on la déroule dans le film.

Cela fait très longtemps que mon amie peintre Emma Malig invente des cartes de continents irréels, qu’elle nomme terres d’errance, terres de naufrage, terres d’exil. Dans mon documentaire Salvador Allende, j’ai filmé pour la première fois l’un de ses territoires imaginaires. Là, je lui ai demandé de réaliser une carte complète du Chili, à grande échelle, mesurant 15 m de long. On dirait un animal préhistorique de couleur ocre. C’est une œuvre unique et admirable.

Selon moi, les bons films ont toujours deux voix : une voix littérale, et une voix abstraite et métaphorique. Je crois que, dans cette œuvre, le vrai film se situe dans le passage d’une voix à l’autre. Pourrais-tu me donner un exemple de la façon dont ces voix se répondent dans ton film ?

Lors du montage, quand je termine une séquence de deux ou trois minutes, j’écris aussitôt sur une feuille blanche un texte spontané, pour la voix off. Juste quelques phrases que j’enregistre ensuite sur les images. Ainsi, cette voix complètement improvisée est toujours indirecte, et parfois seulement informative. Je l’écris une fois pour toutes et n’y réfléchis pas davantage. Je passe directement à la séquence suivante. Il existe au fond de moi une sorte d’intuition par rapport à l’histoire que je veux raconter. Décrire ce que j’ai gardé en moi pendant si longtemps me semble facile. Bien sûr, à la fin, il faut corriger et peaufiner.

Pourquoi es-tu obsédé par le coup d’État de Pinochet ? Tu reviens toujours dessus. Pourquoi crois-tu que c’est si important ?

Je ne peux pas m’éloigner de cette période. C’est comme si j’avais assisté, dans mon enfance, à l’incendie de ma maison et que tous mes livres de contes, mes jouets, mes objets et mes bandes- dessinées avaient pris feu sous mes yeux. Je me sens comme un enfant incapable d’oublier cet incendie qui, pour moi, vient de se produire. Chacun a sa propre notion du temps qui passe. Au Chili, quand je demande à mes amis s’ils se souviennent du coup d’État, beaucoup me disent que c’est déjà loin, que ça remonte à très longtemps. En revanche, pour moi, le temps n’a pas passé. C’est comme si cela s’était produit l’année dernière, le mois dernier ou la semaine dernière. C’est comme si j’étais enfermé dans de l’ambre, comme ces insectes de l’Antiquité figés pour toujours dans une goutte. Certains de mes amis me disent que je vis dans une sorte de “piège”. Je les observe et je me dis que la plupart d’entre eux paraissent plus vieux que moi et sont plus gros et plus courbés que moi. Je constate alors que je me sens pleinement vivant dans ma goutte d’ambre.

 Entretien paru sur cinemas-du-grutli.ch

Élections présidentielles en Argentine : vers un second tour serré

Contre toute attente, les candidats Daniel Scioli (soutenu par la présidente Cristina Fernández de Kirchner) et Mauricio Macri (opposition de droite) terminent le premier tour au coude à coude : 36,4 % contre 34,7 %. Les électeurs du troisième candidat, Sergio Massa (dissident de l’officialisme, 21,6 %), décideront du gagnant le 22 novembre prochain.

Pour la première fois depuis longtemps, les élections argentines ont eu lieu dans le calme ! La présidente Cristina Fernández de Kirchner (CFK) termine son deuxième mandat avec une haute cote de satisfaction mais n’a pas réussi à ce que le candidat de son parti, Daniel Scioli, soit élu au premier tour. Pour gagner dès le premier tour, il faut obtenir 45 % des voix ou bien 40 % des voix et une différence de 10 % avec le rival. Alors que les sondages donnaient tous plus de 40 % des voix pour le candidat Scioli et que le seul doute était la différence entre lui et le suivant, le gouverneur de la ville de Buenos Aires, Mauricio Macri, celui-ci a réalisé un excellent et inattendu score mettant les deux rivaux au coude à coude. Les PASO (élections Primaires ouvertes, simultanées et obligatoires) du 6 septembre dernier avaient déterminé les candidats de chaque parti pouvant présenter leur candidature aux élections présidentielles. Ils étaient six : Daniel Scioli du Front pour la Victoire (FpV, parti au pouvoir) ; Mauricio Macri de Cambiemos (Changeons, droite), une alliance entre son parti Proposition républicaine (PRO, droite néolibérale) et l’Union civique radicale (UCR,social-démocratie) ; Sergio Massa du parti Unis pour une Nouvelle Alternative (UNA) ; Nicolás del Caño du Front de la gauche et des travailleurs (FIT) ; Margarita Stolbizer du parti Progresistas (social-démocratie) et Adolfo Rodríguez Saá du parti Engagement Fédéral (CF).

Les résultats (presque) définitifs au lundi 26 octobre au soir : Scioli : 36,4 % ; Macri : 34,7 % ; Massa : 21,2 % ; del Caño : 3,3 % ; Stolbizer : 2,6 % ; Rodríguez Saá : 1,68 %. Il y aura donc un second tour, le 22 novembre prochain. Le nouveau président entrera officiellement en fonction le 10 décembre.

Une campagne de dé-légitimation des élections

Souvent perdante dans les élections, la droite argentine s’efforce depuis plusieurs mois, de dé-légitimer les procédures électorales en criant à la fraude systématique. Ce fut le cas lors des PASO quand elle réussit à faire annuler les élections de Tucumán, arguant que la victoire du candidat FpV était due à une fraude. Elle n’a jamais pu le prouver. Quelques jours avant les élections, l’alliance Cambiemos de Macri annonce qu’elle ne remettra pas ses bulletins au service électoral (1) “parce que la Poste les égare”, alors qu’elle avait reconnu qu’en fait elle avait eu des problèmes avec son imprimeur. Si des bureaux de vote ne sont pas ravitaillés en bulletins de Cambiemos, ce parti criera à la fraude alors que c’est lui qui n’a pas rempli ses fonctions. Face à ces tentatives de déstabilisation pour une élection que la droite estimait perdue d’avance et pour qu’il n’y ait pas de possibilité de fraude, le gouvernement a pris de nombreuses mesures. “Ce seront les élections les plus contrôlées de notre histoire” déclara Alejandro Tullio, directeur national électoral. Sans oublier les dizaines d’observateurs internationaux venus de 11 pays et la présence de nombreux journalistes, la plupart sympathisants de l’opposition. Bien sûr, devant ses bons résultats, l’opposition ne parle plus de fraude…

Un bilan globalement positif pour le kirchnérisme ?

Les trois principaux candidats proposaient le même projet économique : suivi de l’exploitation forcenée des matières premières sans égard pour les dégâts environnementaux et les graves conséquences sociales et sanitaires qu’elle provoque et attirer les investisseurs étrangers. La différence résidait dans les politiques sociales.

Services sociaux : ce fut le point fort du kirchnérisme. Le système économique produit de grands profits pour les exportateurs mais peu de retombées pour le peuple. Pour contrebalancer ce déséquilibre, la présidente Cristina Fernández a mis sur pied une série d’allocations et de programmes sociaux : l’AUH, une Allocation universelle pour les enfants ; le plan ProGresar, une aide pour plus de 300 000 étudiants ; une pension décente pour plus de 600 000 personnes ; un SMIC parmi les plus élevés de la région, etc. En tout, 17 millions de personnes bénéficient d’un système de sécurité sociale ; elles n’étaient que 6,5 millions en 2003.

L’économie : la croissance de 3 % (trois fois mieux que la France) est moindre qu’il y a quelques années mais le contexte international est lui aussi en perte de vitesse : dés-accélération de l’économie chinoise, problèmes au Brésil, un commerce international peu dynamique, l’attaque des fonds vautours…

L’inflation : au lieu de monter, comme l’affirmaient la droite et l’orthodoxie économique, elle a baissé de 35 % à 23 %.

Le chômage : il est descendu à 6,6 %.

La dette : si Scioli affirme qu’il suivra les traces de CFK et refusera de payer les fonds vautours, Macri a déclaré que “l’Argentine doit payer ses dettes”, même odieuses. Si les milieux de la finance ont applaudi, le peuple qui vote s’y est opposé ; Macri a donc fait marche arrière sur ce point.

Nationalisations : le gouvernement argentin avait nationalisé une série de grosses entreprises en perdition (le pétrole d’YPF aux mains de Repsol espagnol, la ligne aérienne Aérolineas Argentinas aux mains d’Italiens, les services ferroviaires du grand Buenos Aires aux mains du secteur privé argentin, etc.). Scioli maintiendra cette politique, alors que Macri veut tout re-privatiser.

Impôts : si Scioli propose de réduire les subventions octroyées aux classes moyennes hautes, de poursuivre la défense des intérêts nationaux et des secteurs fragiles, Macri aurait tendance à adopter un programme basé sur un document publié il y a 15 ans par la Fondation Heritage aux États-Unis : “L’Argentine doit adopter le dollar comme monnaie officielle, augmenter les mesures de dérégulation de l’économie, promouvoir le libre commerce, réduire les dépenses publiques et les impôts… L’administration Bush devrait envoyer des experts du FBI pour conseiller le gouvernement argentin…

Politique étrangère : Scioli est moins éloigné des États-Unis (EU) que la présidente, ce qui pourrait signifier une réorientation géopolitique majeure. Par exemple, un rapprochement avec l’Alliance pour le Pacifique (2) (ce qui ne pourrait que plaire au prochain président(e) des EU) et donc un réalignement important au détriment de l’intégration latino-américaine. Le fait que le seul ministre non encore identifié dans son cabinet soit celui des Affaires étrangères montre bien que tout est possible… De plus, le gouverneur de la province de Salta, Juan Manuel Urtubey, approché par Scioli pour occuper le poste est favorable à ce rapprochement. Mais comme les EU apparaissent comme l’un des pays les moins appréciés par le peuple argentin, Scioli se montre prudent dans ses déclarations de politique internationale. Macri n’a émis aucune déclaration concernant ses orientations de politique étrangère mais, partisan inébranlable du néolibéralisme orthodoxe, il est très proche des États-Unis.

L’affaire de la mort du juge Nisman : malgré le titre du journal Le Monde en ligne du 20 octobre dernier, “La mort du procureur Nisman, l’affaire qui pèse sur la présidentielle argentine”, cette affaire n’a eu aucun impact sur la campagne, l’enquête se dirigeant de plus en plus vers la thèse du suicide.

Pendant la campagne électorale, les candidats Macri et Massa ont réalisé quelques belles volte-face. Après s’être systématiquement opposé aux programmes sociaux et annoncé “une vague pour un changement”, Mauricio Macri, réalisant qu’il serait peu suivi, changea de ton et reconnut que les programmes sociaux n’étaient somme toute pas si mauvais et que peut-être même, il les développerait ! Marche arrière électoraliste ou vraie prise de conscience ? En 2011, Sergio Massa s’est séparé du FpV de la présidente pour former son propre parti. Cherchant d’abord à rassembler les déçus des autres partis, il finit par essayer de convaincre les votants les plus à droite en proposant par exemple d’utiliser l’armée pour contrôler les villas, les quartiers pauvres. Lorsque Macri a recentré son discours, Massa s’est empressé d’occuper l’espace à droite abandonné par lui, situation qui a provoqué un certain malaise dans son parti.

La gauche

Pour Nicolás del Caño du FIT, député de la province de Mendoza, “voter Scioli, Macri ou Massa, c’est voter pour les grandes entreprises, les industries minières, la main dure contre les travailleurs, les bas salaires… Le FIT est le seul parti qui défendent réellement les droits des travailleurs… Quel que soit le gagnant, on se dirige vers un scenario dans lequel l’establishment cherche à faire virer le pays vers la droite…Margarita Stolbizer des Progresistas estimant que “les deux candidats sont conservateurs, elle ne soutiendra aucun d’entre eux au second tour”. Le but de sa candidature est de “maintenir une représentation parlementaire pour contrôler ou freiner les tentatives d’ajustements structurels” réclamées par le FMI et la droite argentine (3).

Les enjeux du second tour

La victoire de Scioli est paradoxalement considérée comme une défaite alors que la seconde place de Macri est vue comme une victoire. Le grand perdant, Sergio Massa, devient du coup maître du scrutin à venir. Une partie importante de ses électeurs provient des déçus du kirchnérisme et préférera certainement voter pour Scioli plutôt que pour le néolibéral Macri. Massa a fait savoir qu’il définira sa position plus tard. On a compris qu’il attend les ‘offres’ des deux finalistes… Les partis de gauche (6 % des électeurs) ne prennent position pour aucun des deux candidats mais on peut penser que certains voteront ‘utile’ pour éviter un retour du néolibéralisme et donc en faveur de Scioli. Une constatation étrange : il est indéniable qu’une partie des votes reçus par Macri provient de la nouvelle classe moyenne inférieure pourtant sortie de la pauvreté grâce aux programmes sociaux lancés par la présidente et auxquels Macri s’était farouchement opposé ! Les voies (voix ?) de l’électorat sont imprévisibles… Signal de sa volonté d’indépendance par rapport à la présidente en cas de victoire, Daniel Scioli a déjà rendu public une grande partie de son gouvernement Au Congrès, le Front pour la Victoire de Scioli reste la minorité principale de la Chambre des députés mais conforte sa majorité absolue au Sénat où, avec l’aide de ses alliés, il pourrait même obtenir le nombre de sièges nécessaires au vote des lois requérant des majorités exceptionnelles.

En conclusion, la droite de Mauricio Macri pense qu’elle peut reprendre le pouvoir après 15 ans dans l’opposition. Daniel Scioli revendique les réalisations sociales et économiques des 15 ans de gouvernements de centre gauche des époux Kirchner (Néstor de 2003-2007 puis Cristina 2007-2011 et 2011-2015), tout en insistant sur son indépendance politique. Il est probable que Scioli gagne le second tour de justesse mais rien n’est joué. Rendez-vous le 22 novembre pour le second tour…

Jac FORTON

(1) En Argentine, l’État paie pour l’impression des bulletins de chaque parti mais ce sont les partis qui les impriment.
(2) Composée du Mexique, du Pérou, de la Colombie et du Chili, des pays au développement néolibéral important proches des États-Unis.
(3) Cités dans un article publié par le journal Página12 du 20 octobre 2015.

Chronos de la semaine du 19 au 25 octobre 2015

19 octobre – BRÉSIL – Une explosion dans un bâtiment de deux étages a entraîné une scène de chaos dans le quartier de São Cristóvão, à Rio de Janeiro. Huit blessés, dont un enfant, ont été sauvés des décombres, et plus de 50 propriétés ont été touchées. Les pompiers étaient sur place à la recherche de survivants.

19 octobre – MEXIQUE – Un cadavre avec les mains liées derrière le dos a été retrouvé pendu à un pont, avec deux balles dans la tête et des signes de torture, dans le quartier d’Iztapalapa à Mexico. Les scènes de crime avec des corps suspendus aux viaducs étaient l’une des caractéristiques du cartel de Los Zetas, au cours de sa folle bataille territoriale contre le cartel du Golfe en Tamaulipas il y a quelques années.

20 octobre – VENEZUELA – Le gouvernement de Nicolás Maduro a prolongé de deux mois l’état d’urgence déclaré en août dans quatre communes limitrophes de l’État de Táchira, au sud-ouest du pays. Cela va peser sur le développement de la campagne électorale pour les parlementaires.

20 octobre – MEXIQUE – Deux hommes ont été extraits violemment du siège de la police de Ajalpan, une petite ville de l’État de Puebla, dans l’est du Mexique, par une foule de voisins qui les a lynchés puis achevés en pleine rue en les brûlant vifs avec de l’essence. Les deux victimes, deux frères étudiants à l’université de Tulancingo et travaillant dans une entreprise d’enquêtes, avaient été arrêtées par un groupe de voisins qui les accusaient d’être des ravisseurs d’enfants et de personnes âgées. Plusieurs incidents similaires se sont renouvelés dans différentes localités de l’État de Puebla.

20 octobre – CUBA – La Havane a relâché le graffeur cubain Danilo Maldonado, dit “El Sexto”, après dix mois de prison et deux grèves de la faim. Il avait été incarcéré en décembre 2014 pour “outrage” aux dirigeants cubains, après avoir préparé une performance avec deux cochons portant les prénoms de Fidel et Raúl peints sur le dos. Les autorités “n’ont pas le sens de l’humour”, a déclaré Danilo Maldonado après sa libération.

20 octobre – MEXIQUE – Des experts indépendants pour l’affaire d’Ayotzinapa, de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) et le gouvernement mexicain ont annoncé à Washington la signature d’une déclaration d’“engagements” qui permet, de facto, de prolonger la mission de l’équipe internationale pour enquêter sur la disparition des 43 étudiants d’Iguala.

20 octobre – PÉROU – Le ministre de la justice du Pérou, Gustavo Adrianzén a renoncé à sa charge 48 heures avant que le Congrès vote sa censure parce qu’il harcelait la procureur ayant demandé au Ministère Public une expertise graphologique à la première dame Nadine Heredia. Suite à trois mois d’attaques verbales du ministre à la procureur spécialisée dans la lutte contre le blanchissement d’actifs, Julia Príncipe, le gouvernement d’Ollanta Humala a écarté la fonctionnaire de son poste.

21 octobre – VENEZUELA – Les parlementaires de la majorité présidentielle ont déposé une plainte contre le principal chef d’entreprise du Venezuela, Lorenzo Mendoza, accusé de “trahison à la patrie”, ce qui pourrait lui valoir vingt à trente ans de prison. Le PDG des entreprises Polar est accusé d’“usurpation de fonctions” pour avoir envisagé avec un économiste vénézuélien l’aide éventuelle du Fonds monétaire international.

21 octobre – MEXIQUE – Le gouvernement mexicain a annoncé qu’il a arrêté toutes les personnes impliquées dans l’évasion de Joaquín El Chapo Guzmán d’une prison de haute sécurité en juillet. Le chef du Bureau du Procureur général, (PGR), Arely Gómez a dit qu’ils avaient procédé à 34 arrestations.

22 octobre – CHILI – À Santiago, Roxana Ortiz a brandi le livret de famille officialisant son union avec Virginia Gómez. Elles deviennent ainsi l’un des premiers couples à bénéficier d’une loi autorisant l’union civile entre homosexuels.

22 octobre – MEXIQUE – Les météorologues ont classé l’ouragan Patricia en catégorie 5, la plus élevée sur l’échelle de Saffir-Simpson, à l’approche de la côte pacifique mexicaine. Ses conséquences pourraient être “catastrophiques”, estiment-ils. Cette région abrite notamment l’important port de Manzanillo et la ville touristique de Puerto Vallarta, qui pourraient être touchés directement.

22 octobre – ÉQUATEUR – Le gouvernement, pour limiter les dépenses publiques, a commencé à modifier les subventions aux carburants. Le président Rafael Correa a entamé la première étape vers la réduction de ces avantages en place depuis le boom pétrolier des années 70. Par décret, le pouvoir exécutif a décidé de supprimer la subvention sur le diesel et d’autres carburants utilisés par l’industrie. Cela permettra à l’État équatorien d’économiser environ 337 millions de dollars pour cette année.

22 octobre – MEXIQUE – Selon les estimations du District fédéral, plus de 4 000 personnes âgées disparaissent chaque année dans la capitale du Mexique.

22 octobre – COSTA RICA – Le pays produit la quasi-totalité de son électricité à partir de l’énergie hydraulique, de la géothermie et de l’éolien. Mais l’équilibre entre respect de l’environnement et développement économique se révèle parfois complexe.

25 octobre – COLOMBIE – Les citoyens ont été appelés aux urnes, pour élire 32 gouverneurs de département et 1 102 maires, ainsi que leurs conseillers régionaux et municipaux. La bataille de Bogotá était très attendue. Après avoir été le maire de 1998 en 2000, une victoire électorale fait revenir Enrique Peñalosa [photo], membre actif du Parti Vert Colombien, au Palacio de Liévano, l’hôtel de ville de la capitale, sous le slogan “Recuperemos a Bogotá” [“Récupérons Bogotá”]. Père du Transmileni – système de transport en commun de Bogotá créé en décembre 2000, qui couvre une distance de plus de 84 km, avec une fréquentation d’environ 2,2 millions passagers par jour – il promet le métro à Bogotá qui apporte 25 % du PIB national. Enrique Peñalosa l’a emporté avec 33 % des voix dans ce scrutin à un tour.

25 octobre – GUATEMALA – Le comédien Jimmy Morales, 46 ans, avec 69 % des voix (96 % des votes décomptés), conservateur et profondément religieux, va devoir assumer sa mission et gagner en crédibilité pour diriger l’État guatémaltèque. Son adversaire au second tour, l’ancienne première dame Sandra Torres, ex-épouse d’Álvaro Colom, qui a dirigé le Guatemala de 2008 à 2012, d’inspiration social-démocrate, n’a obtenu que 31 % des voix.

25 octobre – ARGENTINE – Revirement complet dans les élections argentines. Le péronisme officiel, le Frente para la Victoria (FpV), échoue lamentablement dans sa tentative de remporter l’élection au premier tour et a perdu la province de Buenos Aires. Avec 95,55 % des votes comptés, Mauricio Macri a créé la surprise, car aucun sondage n’avait montré cette éventualité. Daniel Scioli, le candidat du parti au pouvoir, soutenu par Cristina Fernández de Kirchner a obtenu 36,6 % contre 34,5 % pour Mauricio Macri. C’est une énorme défaite pour le péronisme officiel, qui pensait remporter la victoire au premier tour et qui n’avait pas imaginé une possible défaite au second tour le 22 novembre. L’opposant péroniste Sergio Massa a obtenu 21,1 %, plus que dans les primaires, ce qui est encore plus grave pour le FpV, parce que Mauricio Macri a attiré des votes de Daniel Scioli et a obtenu tous les votes nouveaux (7 %) depuis les primaires. Plus de 32 millions d’Argentins étaient appelés aux urnes pour élire un président qui gouvernera jusqu’en 2019. Les Argentins ont également élu 45 membres du Parlement du Mercosur (Parlasur) et la moitié de la Chambre des députés.

Guy MANSUY

Une élection présidentielle rejet des politiciens : le comédien Jimmy Morales grand vainqueur !

Le premier tour du 6 septembre dernier avait apporté son lot de surprises. Le second tour de ce 25 octobre n’en a apporté aucune. Le ras-le-bol des Guatémaltèques envers la corruption de leur classe politique a ouvert la voie au comédien Jimmy Morales qui obtient 67,44 % des voix, loin devant les 32,56 % de son opposante Sandra Torres.

Les élections présidentielles ont eu lieu dans un climat de ras-le-bol des citoyens envers les politiciens suite à de sinistres affaires de corruption englobant les plus hauts niveaux de l’État. Rattrapé par la corruption, le président Otto Pérez Molina et sa vice-présidente Roxana Baldetti avaient été obligés de démissionner sous la pression de dizaines de milliers de citoyens qui, perdant toute peur de la répression, ont manifesté pendant plusieurs semaines devant le Palais présidentiel, un événement qui marque un changement historique dans le rapport des citoyens avec leur classe politique

Un 1er tour à surprises

Le 6 septembre, première surprise : le vainqueur est Jimmy Morales, du FCN (Frente Convergencia Nacional), un administrateur d’entreprises et comédien, avec 23,85 % des voix. Deuxième surprise : alors que l’on estimait que la participation citoyenne serait faible en vertu des manifestations de rejet de la politique par la population, le taux de participation atteint les 70 %, un des plus élevés de l’histoire récente. Troisième surprise : alors que le candidat Manuel Baldizón du parti LIDER (Libertad Democrática Renovada), notaire, économiste et docteur en droit, devançait ses rivaux dans les sondages, c’est Sandra Torres du parti UNE (Unión Nacional de la Esperanza), qui emporte la seconde place avec 19,76 % des voix devant Baldizón (19,64 %) !

Un 2e tour sans surprise…

Entre les deux tours, les deux candidats avaient énoncé les mêmes promesses : promouvoir la transparence dans la gestion publique, améliorer l’administration et les services publics, en particulier le système de santé. Ils s’opposent tous deux à la légalisation de l’avortement et font la cour aux églises évangéliques qui représentent une partie croissante de la population. Ils ont évidemment promis de lutter contre la corruption et l’évasion fiscale. Lors des débats, plutôt que de défendre leurs programmes, les deux candidats ont surtout attaqué le rival.

Sandra Torres

Torres fut l’épouse de l’ancien président Álvaro Colom (2008 -2012). Celui-ci ne pouvant se présenter pour un second mandat (la Constitution l’interdit), et son épouse non plus (membre de la famille du président), ils avaient divorcé pour que Torres puisse briguer le poste aux élections de 2011. Mais c’est Otto Molina qui l’emporta. La sœur, une fille et une nièce de Torres ont eu des problèmes avec la justice pour fraude fiscale ou lien avec le narcotrafic… Le parti UNE de Sandra Torres est considéré de centre-centre droit. Sa méthode de campagne électorale fut de visiter les municipalités : moins de grands meetings, mais plus proche de la population. Le problème fut que si de nombreux maires lui ont déclaré leur soutien, les administrés, eux, ayant perdu toute confiance dans les politiciens, votèrent en masse pour le comédien !

Jimmy Morales 

Le candidat Morales eut l’habileté de se placer aux côtés des citoyens en déclarant :Je fais partie des mécontents de ce système et je m’engage fermement au côté de la clameur populaire pour commencer à faire les choses autrement… Cette clameur veut une réforme de la Loi électorale et des Partis politiques et exige des changements ”. Il a aussi promis de “donner leur indépendance aux pouvoirs et aux institutions nationales, bref d’éradiquer la culture de corruption et d’impunité au Guatemala. Morales n’a aucune expérience politique ni de véritable parti organisé pour le soutenir, ainsi que peu de députés au Congrès. Il faudra qu’il s’allie avec un ou d’autres partis et son choix sera un signe de son orientation politique. Le côté plus sombre du nouveau président est que son parti fut créé en 2008 par des vétérans militaires de la guerre civile et qu’il est soutenu par le général José Luis Ayuso, ancien président de l’Association des vétérans et militaires du Guatemala (AVEMILGUA), un groupe d’anciens militaires d’extrême droite. On sait aussi que Morales est un conservateur très religieux, proche des évangéliques. Après sa victoire au premier tour, il avait déclaré que “certains diront que c’est la chance, d’autres que c’est providentiel ; je préfère penser que Dieu nous a aidé et nous a béni.

Jac FORTON

À la rencontre… de la réalisatrice chilienne Pamela Varela

Tous les deux mois, le cinéma l’Archipel à Paris propose de rencontrer un réalisateur le temps d’une soirée. Le 3 novembre prochain, ce sera au tour de Pamela Varela de venir présenter son premier long-métrage El viaje de Ana, encore inédit en salle.

Chilienne, Pamela Varela a poursuivi en France des études scientifiques et cinématographiques. Elle a collaboré autant avec des artistes plasticiens qu’avec des réalisateurs de fiction (Mathieu Amalric, Arnaud Desplechin ou Lech Kowalski). Alternant documentaires, installations vidéo et fictions, son travail aborde la question de l’identité, la construction de soi et du rapport à la mémoire personnelle ou familiale.

Avec El viaje de Ana, les spectateurs seront invités à entreprendre un voyage entre la France et le Chili sur les traces d’un poète méconnu. Ce film raconte l’histoire de Ana, une jeune peintre et vidéaste française, qui développe une obsession pour le poète chilien Francisco Contreras et sa veuve, Andréa de Alphonse. Elle part pour le Chili sur les traces d’Andréa, qui a consacré sa vie à faire reconnaître le talent de son mari. Entre la réalité de ses rencontres et sa perception du personnage d’Andréa, son destin va basculer. L’itinéraire d’Ana nous emmène à la croisée des genres, où la frontière entre la fiction et le documentaire a rarement été aussi poreuse et stimulante.

À l’issue de la projection, la cinéaste et l’actrice qui incarne Ana, Astrid Adverbe, dialogueront avec Marc-Antoine Vaugeois (rédacteur à Format Court).

Bande-annonce du film El viaje de Ana
L’événement sur facebook
Page facebook À la rencontre
Le programme annuel des rencontres

Chronos de la semaine du 11 au 17 octobre 2015

11 octobre – AMÉRIQUE LATINE – La réunion annuelle du Fonds monétaire international (FMI) a mis l’accent sur l’Amérique latine c’est elle qui a le plus souffert du ralentissement de la Chine, ce qui constitue une nouvelle variable dans l’économie mondiale. Depuis son bureau de Lima, le chef du FMI pour l’Amérique latine, Alejandro Werner (Mexique), qui est économiste, s’est penché sur les défis de la région dans un contexte extérieur beaucoup plus complexe.

11 octobre – MEXIQUE – À Ecatepec, une municipalité de l’État de Mexico, le nombre de femmes tuées rappelle la plus grande tragédie pour le l’assassinat de femmes du pays : un adolescent avec deux amis a reconnu avoir tué sadiquement plus de 15 adolescentes. Elles n’avaient pas plus de 16 ans. Dans l’État de Mexico, en neuf ans, 2 318 femmes ont été tuées selon l’Observatoire national citoyen du Féminicide (OCNF).

11 octobre – AMÉRIQUE LATINE – Dans cette région – avec un accès à Internet de 50,1 % -, l’utilisation des réseaux sociaux est la plus intense du monde. La proportion d’utilisateurs qui a un compte sur ces plates-formes, en proportion du pourcentage des personnes qui ont accès à Internet est de 78 % supérieure à celle qui est enregistrée dans des régions industrialisées comme l’Amérique du Nord (64 %) et l’Europe occidentale (54 %), qui ont une plus grande pénétration d’Internet (83 % et 73 %, respectivement), selon un rapport de la Commission économique des Nations Unies pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), récemment publié

11 octobre – ARGENTINE – Le pays investit dans la technologie pour mener l’agriculture mondiale. La société de biotechnologie Bioceres au sud de Rosario est la première entreprise de son genre en Amérique latine à être cotée à Wall Street. Elle créé des semences résistantes à la sécheresse et à la salinité, elle a breveté 50 inventions et fait partie de l’Argentine qui investit 0,65 % du PIB en recherche et développement (R & D), un niveau dépassé seulement par le Brésil en Amérique latine. L’opposition dégage deux aspects de l’économie de la présidente : la généralisation des prestations sociales et “la réévaluation de la science, sans un grand résultat encore”.

11 octobre – GUATEMALA – Basilio Juracán, maire de Concepción (à l’ouest de la capitale), a été sauvagement assassiné par une foule de voisins qui accusait le dirigeant d’une fusillade contre le véhicule d’un rival politique, Lorenzo Sequec, dans laquelle sont morts deux adolescents de 17 et 16 ans, qui voyageaient dans le véhicule attaqué. Ce rival dénonçait le maire assassiné pour des affaires troubles dans son administration et demandait que des recherches soient faites.

12 octobre – HONDURAS – La Banco Continental SA, société hondurienne est devenue la semaine dernière la première institution bancaire à entrer sur le listing des États-Unis des entreprises dont les arrangements financiers de “blanchiment” au profit du trafic de drogues, a été fermée par le gouvernement du Honduras. Le président du Honduras, Juan Orlando Hernández, a déclaré qu’“il existe un problème entre Banco Continental et la justice américaine, exclusivement.”

12 octobre – MEXIQUE – Le pays est devenu un allié des États-Unis en matière de migration. Il a expulsé l’an passé plus d’immigrants que son voisin du nord, 107 814 (quelques 2 000 par semaine), contre 70 448 selon le Migration Policy Institute, beaucoup de Guatémaltèques, d’Honduriens et de Salvadoriens. Les détentions ont augmenté de 25 % depuis qu’a été activé l’année passée le Plan Frontière Sud, une mesure gouvernementale qui a garanti davantage de déportations. Les déportations des adolescents et des enfants qui traversent seuls le pays ont quintuplé en un an.

13 octobre – PÉROU – Pendant des décennies, la société péruvienne a été divisée par l’exploitation minière. Actuellement, selon le médiateur de la République du Pérou, il y a 70 conflits sociaux actifs contre les mines au Pérou. Là où certains voient des progrès, d’autres voient l’agonie de la Pachamama, la terre mère des Incas, des Quechuas, des Aymaras, le concept enraciné de la Nature, mère et protectrice. “Nous voulons nos montagnes, nos vallées, nos rivières… C’est cela la véritable richesse de l’homme”, assure Elizabeth Cunya, qui combat avec ses compagnons pour préserver la zone de l’industrie minière. Les Indiens ne sont pas totalement contre la mine : des mines oui, mais pas en tout lieu et à tout prix.

13 octobre – AMÉRIQUE LATINE – Le taux élevé d’accidents de la route en Amérique latine, où le taux de mortalité est le quadruple de l’Europe, a attiré l’attention de l’ONU. L’agence dénonce les fabricants qui vendent dans la région les mêmes modèles qu’en Europe et aux États-Unis, mais avec des performances de sécurité moindres. Elle a commencé à alerter les gouvernements pour renforcer les normes de sécurité.

14 octobre – MEXIQUE – Les prisons du pays ont plus de 5 000 mineurs, selon le ministère de l’Intérieur. Le recrutement de mineurs comme tueurs par les mafias de narcotrafiquants est monnaie courante. La police municipale de Tijuana, en Basse Californie, au nord-ouest du Mexique, a arrêté un garçon de 14 ans muni d’un revolver de calibre 40 qui venait de tuer un homme après avoir rencontré un inconnu qui lui avait offert 31 000 pesos – 1 800 dollars – pour qu’il fasse un “petit travail”, selon le Bureau de la sécurité publique municipale de Tijuana.

14 octobre – MEXIQUE – Le candidat à la présidentielle de gauche en 2018 Andrés Manuel López Obrador a offert en cadeau une médaille de Fray Bartolomé de las Casas et une lettre au pape François dans une audience générale au Vatican. Andrés López Obrador, qui s’est déclaré publiquement catholique, a publié quatre photos de sa brève rencontre avec le pape François sur les réseaux sociaux.

14 octobre – COLOMBIE – Le juge Iván Velásquez a révélé des scandales dans plusieurs pays d’Amérique latine. En Colombie, il a découvert un nid de vipères para-politiques, un scandale qui a atteint le cercle proche d’Uribe et conduit à la prison vingt politiciens et hommes d’affaires. Actuellement, en tant que chef de la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (CICIG), il a non seulement mis derrière les barreaux le président Otto Pérez Molina et sa vice-présidente, mais a montré comment un instrument bureaucratique d’un bureau à l’ONU, apparemment en torpeur, peut se coordonner localement avec les procureurs pour faire tomber les puissances supérieures et faire penser qu’il y a un espoir pour que la corruption soit combattue.

15 octobre – CHILI – L’une des principales promesses de campagne de la socialiste Michelle Bachelet pour obtenir une seconde fois la présidence du Chili en mars 2014 était de proposer une nouvelle constitution. La présidente a délégué cette responsabilité au parlement afin de définir les mécanismes pour modifier la constitution du Chili écrite sous le régime d’Augusto Pinochet en 1980. Après des mois d’intenses débats, la présidente a informé des détails du processus lors d’une intervention télévisée. La principale surprise de l’annonce est qu’il y aura une nouvelle constitution avant mars 2018, c’est-à-dire à la fin du mandat de Michelle Bachelet.

15 octobre – ARGENTINE – L’assassinat de la militante transsexuelle Diana Sacayán [photo], qui a été trouvée morte dans son appartement à Buenos Aires, a choqué une grande partie du pays. C’est le troisième meurtre d’un transgenre en seulement un mois. La présidente Cristina Fernández de Kirchner a demandé que les forces de sécurité fédérales et la police métropolitaine enquêtent sur ce “crime odieux”. Le motif de l’assassinat de la leader du Mouvement anti-discrimination de libération (MAL) et de l’Association internationale des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) âgée de 40 ans, est inconnu.

15 octobre – CHILI – Marco Enríquez-Ominami, qui vise la présidence pour la troisième fois, a été cité à comparaître par le Ministère public comme témoin dans une des principales affaires de financement illégal de la politique qui ont secoué le Chili en 2015. Selon les sondages, le chef du Parti progressiste du Chili (PRO), sera le prochain président de la République du Chili.

15 octobre – AMÉRIQUE LATINE – La Banque mondiale a fixé un délai de 15 ans pour mettre fin au fléau de la lutte contre l’extrême pauvreté en Amérique latine et dans les Caraïbes. Il sera difficile à tenir, mais pas impossible, disent les experts. La Banque mondiale a renouvelé cet engagement lors de sa réunion annuelle, qui s’est terminée la semaine dernière à Lima, avant que l’ONU célèbre la Journée Internationale pour l’Éradication de la Pauvreté, le 17 octobre.

15 octobre – VENEZUELA – À la demande du ministère public, l’ex-candidat présidentiel Manuel Rosales a été arrêté à son arrivée à Maracaibo au Venezuela, et sera détenu dans la même cellule qu’un autre adversaire emblématique du régime, l’ancien maire Daniel Ceballos. La détention d’un autre opposant embrouille le prochain processus électoral.

15 octobre – CHILI-ÉQUATEUR – La visite de la présidente du Chili, Michelle Bachelet, et de 15 de ses ministres à Quito avec le président Rafael Correa a scellé la coopération des deux pays dans le secteur minier, de l’éducation, de la sécurité et de la justice. Selon la Chambre de commerce Chili-Équateur, le commerce entre les deux pays a augmenté de 14 % par an depuis les années quatre-vingt-dix. Les exportations du Chili vers l’Équateur sont principalement concentrées dans le secteur industriel, avec 83 % des livraisons. L’Équateur a toujours été le principal fournisseur de pétrole du Chili.

15 octobre – MEXIQUE – Un effondrement de la mine Villa de la Paz, qui extrait du cuivre, de l’argent et du zinc dans la ville de Charcas (à 560 kilomètres au nord de la capitale du Mexique) a provoqué l’effondrement de deux niveaux de la fosse. Au moins 60 mineurs travaillaient dans la mine lors de l’incident. Le communiqué diffusé par la mairie assure que les administrateurs de la mine l’ont informé que les travaux dans la mine continuaient “sous de strictes mesures de sécurité”.

16 octobre – VENEZUELA – Le président Nicolás Maduro a annoncé une augmentation du salaire minimum de 30 % pour lutter contre l’inflation qui, il assure, avoisine les 80 %, une montée dont sont responsables les chefs d’entreprise du secteur privé qui font “une guerre économique” à leur gouvernement. Selon les économistes et les porte-parole de l’opposition, l’inflation cette année dépasse 150 %.

17 octobre – ARGENTINE – Un tremblement de terre de 5,9 degrés sur l’échelle de Richter a frappé El Galpón, un village dans la province de Salta, au nord-ouest de l’Argentine. Une vieille femme de 94 ans, confinée dans son lit, est morte dans l’effondrement de sa maison. Dix autres personnes ont été blessées par la chute de logements anciens.

17 octobre – COLOMBIE – Le gouvernement et les FARC ont annoncé un accord pour commencer à trouver les disparus depuis plus de 50 ans au cours du conflit armé. Les deux parties vont donc créer une unité spéciale pour fournir des informations sur plus de 25 000 disparus pendant le conflit, selon le Centre national pour la mémoire historique. Cette unité sera assistée, le cas échéant, de la Croix-Rouge internationale.

Guy MANSUY

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