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juin 2015

Le journal « Libération » publie une interview d’Edgar Morin

À bientôt 94 ans, le sociologue et philosophe Edgar Morin est toujours aussi engagé. De la lutte contre l’évasion fiscale à la montée de la conscience écologiste, il revient sur ses combats. Et prône une civilisation du « bien vivre » et il nous invité « à continuer à prêcher dans le désert et, à un moment, il y aura une étincelle, et peut-être un feu qui se propagera ». Il vient de publier aux éditions du Seuil son dernier livre qui raconte l »aventure de son œuvre majeur La Méthode.

Il revient du Maroc, où il passe quinze jours par mois. Poignée de main chaleureuse, regard pétillant, Edgar Morin nous accueille dans son appartement. On cherche en vain le siège de bureau dérobé en février dans une agence de HSBC à Bayonne par l’association Bizi pour dénoncer l’évasion fiscale massive pratiquée par cette banque. Le sociologue et philosophe a fait du recel de chaise en avril, au nez de la police et avec l’aide de complices (le philosophe Patrick Viveret, l’essayiste Susan George, le sociologue Alain Caillé et l’ex-banquier Claude Alphandéry). Devenu dangereux malfaiteur à 93 ans, Edgar Morin est plus engagé que jamais. Il vient de publier l’Aventure de la Méthode aux éditions du Seuil.

Où est passée la chaise de HSBC ?

Elle est partie ! J’ai dû quitter Paris, alors je l’ai laissée chez Alain Caillé. En prenant huit chaises à HSBC, qui a contribué à une évasion de 2,5 milliards d’euros rien que pour la France, Bizi voulait secouer les autorités fiscales et l’opinion. Ils ont eu l’idée de les confier à quelques personnes, dont moi-même. Cela m’a paru salubre. Au moment où l’on parle tant de restreindre les dépenses, où les difficultés s’aggravent pour les démunis, il m’a semblé très utile d’alerter sur cette source d’argent qui peut servir à la nation. Dans le climat actuel d’apathie, on pensait que ça réveillerait un peu les citoyens. Malheureusement, on ne les a guère secoués, car très rares sont les médias qui se sont intéressés à ce petit événement. Pourtant, l’évasion fiscale est un phénomène énorme. Elle symbolise l’hégémonie de la finance, une sangsue dont chaque pays souffre à sa façon. Et l’emprise que ce pouvoir exerce sur les gouvernements, qui n’ont plus de pensée politique. Elle entretient ce dogme du néolibéralisme, de la dérégulation qui empêche toute politique salvatrice.

 C’est-à-dire ?

Beaucoup de choses doivent décroître : la surconsommation de produits inutiles, l’agriculture et l’élevage industrialisés. À l’inverse, il doit y avoir une croissance de ce que j’appelle l’économie écologisée. L’écologie est la nouvelle frontière. Des études montrent que la France pourrait être autonome à partir d’énergies propres, ce serait possible et rentable, d’abord pour la santé publique. Mais nous savons l’importance d’un lobby comme celui d’Areva, qui, malgré sa faillite, continue à peser. Ensuite, il faudrait dépolluer les villes et les «déstresser», si j’ose dire, en régulant la circulation automobile et en multipliant les transports publics. Et il faut valoriser l’agroécologie et une agriculture fermière, qui bénéficient de la science moderne. L’État devrait se lancer dans de telles entreprises en s’inspirant du volontarisme du New Deal de Roosevelt. Alors on dit «oui, mais il y a la dette». Mais l’Équateur, dépouillé par le néolibéralisme, a bien réussi à la reconsidérer.

 L’argent de l’évasion fiscale pourrait-il financer la transition écologique ?

Oui, mais aussi une véritable transition de civilisation. Aujourd’hui, à travers la puissance financière, c’est celle du calcul qui s’impose. PIB, sondages, statistiques… On ne voit plus les êtres humains, on ne voit que des chiffres, c’est anonyme, barbare. On accélère tout au nom de la compétitivité. Ce qui conduit au licenciement ou au burn-out. Ce qui nous sauve, face à la pression de ce monde glacé et contraire à nos rythmes profonds, ce sont nos petites oasis d’amitié, de famille, d’amour. On aspire toujours à un peu de poésie dans la vie. Il faut une civilisation du «bien vivre» où cela puisse s’exprimer.

 Las, la «civilisation» actuelle a de plus en plus d’emprise…

Parce qu’elle tient le système éducatif ! On nous apprend à séparer les choses et à ne pas voir la globalité. La civilisation occidentale a ignoré que nous faisons partie de la nature, de l’univers. Dans la Bible, Dieu a créé l’homme à son image. Pour Descartes, mais aussi pour Marx, l’homme est le seul sujet conscient et doit maîtriser la nature. On a vécu dans cette idée jusqu’à la conscience écologique des années 70. Il faut faire régresser cette civilisation dominante, viriloïde.

 Ceci explique que si peu d’intellectuels s’intéressent à la crise écologique…

Je crois, oui. Il y a des exceptions. Il y a eu Serge Moscovici, René Dumont, André Gorz… Mais on était très isolés et on l’est encore. Et, fait extraordinaire, notre pensée n’a pas du tout fécondé les partis écologistes en France. Maintenant, vous avez cette mobilisation pour la Conférence de Paris sur le climat, dont Nicolas Hulot a pris le drapeau. C’est nécessaire, mais je doute du résultat.

 N’est-ce pas pourtant l’enjeu clé du XXIe siècle, qui conditionne les autres ?

Mais bien sûr. Nous sommes des somnambules. Cela me rappelle ce que j’ai vécu adolescent, dans les années 30. La montée vers la guerre s’est faite dans l’inconscience la plus totale. Et à Vichy, non seulement on ne s’est pas réveillés, mais on est devenus encore plus abrutis. Aujourd’hui, il y a le cynisme des obsédés du profit. Mais il y a surtout un aveuglement. Ceux qui mènent la course effrénée à l’argent sont possédés par celui-ci. Je définis l’homme comme «homo sapiens demens».

 De quand date votre éveil à l’écologie ?

En Californie, en 1969, j’ai lu un article intitulé «La mort de l’océan», d’Ehrlich, qui m’a frappé. J’y ai connu des biologistes voués à l’écologie. J’ai eu la chance d’être un des premiers informés. Et quand il y a eu un élan avec le rapport Meadows publié par le Club de Rome en 1972, j’ai écrit et parlé. Je suis resté alerté sur le danger, mais aussi sur le fait que, pour y répondre, il faut changer notre mode de vie, ce qui ne doit pas consister en un appauvrissement. Si vous choisissez d’une façon sélective des produits de qualité, vous êtes mieux que si vous surconsommez des produits insipides.

 En 1993, dans Terre-Patrie, vous avez appelé à une «prise de conscience de la communauté de destin terrestre». Où en est-on ?

Aux préliminaires d’un commencement, à la préhistoire de l’esprit humain. Mais on peut refouler le pouvoir de l’argent. Regardez, aujourd’hui se développent les Amap, les contacts directs avec les producteurs. Et si on abandonne les produits à obsolescence programmée, ces frigidaires qui durent huit ans, si on forme les consommateurs, le pouvoir des grandes surfaces diminuera. C’est cela, la voie. Ce sera progressif, voyez comment se sont passés les changements dans l’histoire. Prenons le christianisme. Au début, c’est un phénomène invisible dans l’Empire romain. Puis il crée ses réseaux grâce à Paul et cette déviance devient tendance. Il a fallu trois siècles d’incubation.

 Nous n’avons pas trois siècles…

J’aime beaucoup cette phrase de Friedrich Hölderlin : «Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve.» Ça sera le suicide ou le réflexe vital. On va frôler l’abîme. Je ne veux pas faire de catastrophisme, mais on voit bien que tout s’aggrave. Des incendies s’allument partout. On risque l’affrontement entre l’Occident et le monde islamique. On doit changer de voie. Pour la première fois, on sent qu’on fait partie d’une aventure commune, à cause des périls causés par la mondialisation. Cette conscience commune nous permettra peut-être de réagir. Si elle se développe.

 Avons-nous des chances d’y parvenir ?

Pour le moment, pas beaucoup. Sciences, technique et économie, toutes incontrôlées, nous propulsent dans la course effrénée d’un vaisseau sans pilote. L’humanité risque de régresser terriblement, comme dans le dernier Mad Max, que j’ai trouvé très intéressant. Elle est fragilisée parce qu’elle risque de subir des guerres nucléaires, les États, grâce aux avancées informatiques et biologiques, ont les moyens de contrôler les esprits que n’avaient pas les empires totalitaires du XXe siècle. Et plus l’homme est puissant par la technique, plus il est fragile devant le malheur. Le pays le plus scientifique, les États-Unis, est le plus religieux de tout l’Occident. C’est là qu’est né le transhumanisme, qui promet l’immortalité, nouveau mythe, illusion.

Vous dites pourtant que «l’improbable n’est pas l’impossible».

Dans l’Antiquité, Athènes était une bourgade qui a été attaquée par l’énorme Empire perse. Contre toute attente, elle l’a refoulé. En 1941, avec la première défaite allemande aux portes de Moscou et l’attaque de Pearl Harbor qui décide les États-Unis à entrer en guerre, le probable – la victoire allemande – a cessé de l’être, et l’improbable a commencé à devenir probable. L’avenir, c’est l’imprévu plus que le prévu. C’est pourquoi je continue à garder un peu d’espoir. Je vois tous ces petits mouvements de renouveau, de civilisation, dispersés dans le monde entier. L’espoir, c’est qu’ils se rassemblent et aient enfin une pensée commune.

 Le «vrai» changement ne peut-il venir que des citoyens ?

Actuellement, oui, mais cela peut venir d’un dirigeant éclairé. Le pape François en est un. Il régénère un esprit de bonté, le souci des miséreux. Malgré ses échecs, Mikhaïl Gorbatchev a eu conscience qu’il fallait sortir du système totalitaire, l’ouverture est venue d’en haut à partir d’un besoin de la base.

 Comment faire pour que nous soyons plus nombreux à nous réveiller ?

On ne peut pas télécommander la prise de conscience. Il faut continuer à prêcher dans le désert et, à un moment, il y aura une étincelle, et peut-être un feu qui se propagera.

 Recueilli par
Coralie SCHAUB
Journal Libération – 20 juin 2015

L’aventure de La Méthode suivi de Pour une rationalité ouverte par Edgar Morin aux édition du Seuil, 167 p., 18 euros – SITE

Un brésilien et un chilien

Une seconde mère (Que horas ela volta ?)

Le mercredi 24 juin 2015 sort dans les salles Une seconde mère. Ce quatrième film brésilien de Anna Muylaert, née en 1964, a gagné de nombreux prix que ce soit à Sundance, Berlin, Valenciennes ou Paris.

Depuis une bonne dizaine d’années, Val, travaille avec dévouement comme employée de maison au domicile d’une famille aisée de São Paulo. Elle dispose d’une petite chambre, mais son territoire, c’est la cuisine qui jouxte la salle à manger. C’est elle qui s’occupe de nourrir toute la famille, d’entretenir le linge, de faire les courses, de briquer la maison… Elle est aux premières loges pour connaître les petits secrets de la famille. Le couple a un enfant unique qui vient de passer le bac et qui va passer un concours d’entrée dans une école d’architecture. Depuis qu’elle est à leur service, Val s’est vu déléguer la fonction maternelle par des parents trop occupés. C’est d’autant plus facile, que Val a laissé, loin, au pays, une petite Jessica qu’elle n’a pas revue depuis dix ans, pour pouvoir s’occuper de l’enfant des autres. Mais voilà que celle-ci annonce sa venue pour poursuivre des études à São Paulo et débarque avec ses livres pour préparer un concours ne laissant pas vraiment le temps à sa mère de s’organiser. L’irruption de cette jeune femme va bouleverser le quotidien de cette maisonnée.

Ce n’est pas la première fois que le cinéma latino s’intéresse aux “nanas” qui vivent dans les bonnes familles. On se rappelle en particulier du film chilien de Sebastián Silva en 2009 avec Catalina Saavedra (qui joue dans le film chilien Le retour de Fabiola qui sort également ce 24 juin). Ici l’interprétation de Val par Regina Casé est vraiment remarquable. Comédienne de théâtre, on l’avait vue dans quelques films comme Cinema falado de Caetano Veloso en 1986 et Eu tu eles (La vie peu ordinaire de Dona Linhares) d’Andrucha Waddington en 2001. Elle est également très célèbre à la télévision.

Tourné en un mois, le film montre admirablement et de manière souvent drôle, la cohabitation des riches et des pauvres dans ce petit univers et la confrontation des générations. Le film, déclare la réalisatrice, traite de deux générations de femmes aux origines humbles qui viennent chacune du nord-est du pays. Le personnage principal, Val, est une domestique qui respecte les normes anciennes et les coutumes séparatistes, acceptant de fait d’être traitée comme “une citoyenne de seconde classe” selon les propres termes de sa fille. Jessica, sa fille, est curieuse, déterminée, volontaire, et elle réclame son dû, ses droits en tant que citoyenne. Et comme elle dit : “Je ne me considère pas meilleure ou pire que les autres”. SITE

Le retour de Fabiola (La Jubilada)

Après avoir quitté son village pour vivre à Santiago où elle était devenue actrice du cinéma porno, Fabiola décide d’abandonner le milieu du X et de revenir à trente ans dans la maison familiale, où son père vit avec sa sœur aînée Georgina. Si Georgina n’apprécie guère de voir l’organisation de son foyer perturbée, Fabiola s’aperçoit surtout que son passé la poursuit…

Il s’agit d’un premier film réalisé en 2011 par Jairo Boisier, qui en a écrit aussi le scénario. Il l’a tourné en plans-séquences pour montrer l’immobilité de ce village où il ne se passe pas grand chose. Pour cela il a voulu garder une certaine distance avec ses personnages. “Je voulais, dit le réalisateur, que le spectateur accompagne plutôt Fabiola, qu’il ne regarde qu’à travers ses yeux afin qu’il ne soit pas dans la subjectivité psychologique du personnage.” Du coup, le film est très lent, privilégiant des couleurs hivernales (nous sommes au pied des Andes). Il y a de beaux moments entre Fabiola et son père autour de la découverte de l’ordinateur, et vers la fin la belle scène au cimetière avec sa sœur, interprétée par la toujours juste Catalina Saavedra. Cette chronique douce-amère est filmée avec délicatesse et mérite que l’on aille à la rencontre de cette jeune femme un peu prodige ! SITE ALLOCINE

Alain LIATARD

Sorties le 24 juin au moment de la fête du Cinéma. Profitez du tarif à 4 euros les 28, 29 et 30 juin.

Des films latinos au palmarès

Ce fut une belle édition qui s’est déroulée à Annecy du 15 au 21 juin, riche en avant-premières et en personnalités ! Toute l’équipe étatsunienne de Pixar dont on peut voir sur les écrans Vice-Versa de Peter Docter est venue présenter ses prochains films. Signalons la venue de Richard Williams pour montrer son chef d’œuvre inachevé, Le voleur et le cordonnier (1992) d’après un conte des Mille et une nuits.

Avec une fréquentation record – 8 250 accrédités sur l’ensemble de l’événement – près de 500 films projetés et 83 pays représentés, ce 39e Festival international du film d’animation d’Annecy a braqué les projecteurs sur des thèmes d’actualité tels que l’immigration, l’exil ou encore la défense des droits de l’homme, tout en faisant la part belle à la poésie.

Cette année était consacrée aux femmes de l’animation et tous les jurys étaient féminins.

Le grand prix, le Cristal du long métrage, a été attribué au film français Avril et le monde truqué réalisé par Franck Ekinci et Christian Desmares d’après l’univers de Tardi. L’histoire se déroule en 1941. Le monde est radicalement différent de celui écrit par L’Histoire habituelle. Napoléon V règne sur la France où disparaissent mystérieusement les savants. Privé de technologie moderne, le monde est gouverné par le charbon et la vapeur. Une jeune fille, Avril, partira à la recherche de ses parents, scientifiques disparus, avec Darwin, son chat parlant, et Julius, un jeune gredin. Ce trio devra affronter dangers et mystères afin de découvrir qui enlève les savants et pourquoi.

Le Cristal du court métrage est allé à Konstantin Bronzit (Russie) pour Nous ne pouvons pas vivre sans Cosmos, comédie sur deux amis cosmonautes qui veulent aller dans l’espace.

La Colombie présentait deux films de long métrage : Desterrada (Bannie) de Diego Guerra raconte l’histoire de jeunes gens pris au piège dans un conflit armé. Mais la vie et l’espoir doivent continuer même en temps de crise et de violence. Pour décrire cette atmosphère horrible le réalisateur a choisi un graphisme très soigné.

En compétition, Sabogal de Juan José Lozano et Sergio Meíja nous raconte l’histoire d’un avocat des droits de l’homme qui enquête sur des crimes commis depuis l’assassinat d’un journaliste en 1999. En prenant la défense de la famille du journaliste, Sabogal commence alors un long voyage à travers un procès qui lui permettra d’entrevoir des connexions sordides entre trafiquants de drogue, chefs paramilitaires et fonctionnaires corrompus. Le film combine diverses techniques graphiques avec des images d’archives pour rappeler que l’histoire du film est ancrée dans l’histoire récente et douloureuse de la Colombie.

Le prix de la presse a été décerné au film brésilien Guida de Rosana Urbes. Depuis 30 ans, Guida qui est archiviste au tribunal, va enfin décider de suivre des cours de dessin d’après modèle vivant. Avec beaucoup d’humour et en 11 minutes la réalisatrice qui est aussi dessinatrice et illustratrice de livres va accompagner son personnage.

Le Festival est aussi un vaste marché mondial. Le Marché international du film d’animation enregistre une hausse des accréditations de plus de 10 % : 63 pays étaient représentés par 555 sociétés exposantes et 364 acheteurs, distributeurs et investisseurs ont fait leur marché à Annecy. Pour l’Amérique latine, le Mexique, le Chili, la Colombie et le Brésil renforcent leur présence et confirment la dynamique des éditions précédentes.

Pour l’Asie, c’est la Chine qui arrive en tête des délégations, suivie par l’Inde. Pour l’Europe, l’Espagne – pays à l’honneur de cette édition – est représentée par un nombre d’accrédités jamais égalé à Annecy (plus de 200 professionnels). La participation France est également à la hausse avec + 7 %. Le Festival d’Annecy fut un grand succès et montre le développement mondial du cinéma d’animation, avec des sujets de plus en plus adultes.

Alain LIATARD

 Accéder au site du festival d’Annecy

Patricio Pazmiño, nouveau juge de la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH)

15 juin – MEXIQUE – La Cour suprême de justice, dans une décision historique, a avalisé le mariage homosexuel pleinement assimilé à ceux des hétérosexuels. La mesure du haut tribunal, accueillie froidement par les forces politiques, met fin à la division légale autour de cette question et considère inconstitutionnelle toute norme qui établit que le but du mariage est la procréation ou qu’il le définit comme l’union entre un homme et une femme. Cette doctrine suppose dans la pratique sa légalisation et place le Mexique dans l’orbite de l’Argentine, du Brésil ou de l’Uruguay.

15 juin – AMÉRIQUE LATINE – Au cours des quinze dernières années, les pays d’Amérique latine et des Caraïbes ont fait de grands efforts pour accroître les niveaux d’approvisionnement en eau et son assainissement. Cela est dû au Fonds espagnol de coopération qui a permis que l’accès aux sources d’eau potable passe de 85% en 1990 à 94% en 2012.

15 juin – GUATEMALA – Le pays ne doit ni retarder ni avancer ses élections du 6 septembre prochain malgré la crise politique actuelle, alors que la population réclame la démission du président Otto Perez Molina, accusé de corruption. Tel est le message unique envoyé de Washington, où les membres de l’Organisation des États américains (OEA) ont adopté une résolution soutenant la date d’élection fixée.

15 juin – COLOMBIE – Le pape François a proposé au président Juan Manuel Santos sa médiation dans le processus de paix en Colombie. Le président colombien, en audience privée au Vatican, a répondu : “Je suis venu demander de l’aide”. Jorge Mario Bergoglio, dont on connaît déjà les efforts diplomatiques aux États-Unis, à Cuba et au Moyen-Orient, s’est immédiatement montré “disposé à jouer le rôle qui est nécessaire” pour mettre fin “au plus vieux conflit d’Amérique latine”.

15 juin – MEXIQUE – Bien qu’il ait perdu 11 sièges (de 214, il est passé à 203), le PRI a obtenu de renforcer la coalition avec laquelle il contrôle la Chambre de Députés de 500 sièges. L’alliance de la formation gouvernementale avec le Parti Vert Écologiste du Mexique et la Nouvelle Alliance lui donne 260 sièges, neuf de plus que dans la législature passée. Ce renforcement est dû à la forte progression des verts qui sont passés de 27 à 47 sièges. L’augmentation est d’une telle envergure que la seule alliance avec le PRI donne le contrôle de 50% de la Chambre, ce qui, vu le conflit qui approche avec les enseignants à cause de la réforme éducative, permettrait aux stratèges gouvernementaux de se passer de la dizaine de députés de Nouvelle Alliance, une formation de type corporatif qui représente les intérêts des enseignants.

16 juin – ARGENTINE – La compagnie argentine YPF (opérateur historique, récemment renationalisé) et Chevron ont signé un accord pour développer le domaine de Vaca Muerta dans la province patagonienne de Neuquén, pour l’exploitation de gaz et de pétrole de schiste. L’arrivée sur ce site qui a suscité des rêves de grandeur des Argentins est marquée par les incendies qui sortent de chaque puits. C’est l’excès de gaz, de mauvaise qualité, qui ne peut être vendu et qu’il est interdit de rejeter dans l’air que l’on brûle. Cette zone est un désert percé de trous avec 400 puits par fracturation hydraulique, la plus grande exploitation du monde en dehors des USA. L’Argentine, grâce à Vaca Muerta, est la deuxième réserve mondiale de gaz de schiste après les États-Unis, et le quatrième en pétrole non conventionnel.

16 juin – COLOMBIE – Le président Juan Manuel Santos a déclaré que “le temps est compté” et qu’il ne peut pas être tenu pour acquis un “accord définitif”. Il a insisté sur la nécessité d’accélérer le processus de paix avec les FARC.

16 juin – BRÉSIL – L’artiste brésilien Roberto Carlos a été choisi comme Personnalité de l’année par l’Académie latine d’Enregistrement et pour recevoir le prix lors d’un événement préalable au gala des Grammy Latino, a déclaré l’organisation. “ Parler de Brésil, c’est parler de Roberto Carlos”, a dit Gabriel Abaroa, le président de l’académie.

16 juin – ARGENTINE – Le gouvernement de la présidente Cristina Fernández de Kirchner est apparu sur la chaîne nationale (émission obligatoire) pour annoncer une augmentation de 30% de l’allocation universelle par enfant et d’autres aides que perçoivent 7,7 millions d’Argentins. La hausse est rétroactive depuis le 1 juin. C’est pourquoi des millions de ménages auront cette augmentation en pleine campagne électorale, en parallèle avec l’augmentation des dépenses publiques, qui creuse le déficit après des années d’excédent – quelques analystes prévoient que cette année il atteindra 5%-. L’Argentine pour la première fois a augmenté à nouveau son endettement, bien qu’il soit encore très faible.

16 juin – ÉQUATEUR – Après une semaine de manifestations quotidiennes à travers le pays contre deux projets de loi pour augmenter les impôts sur les successions et la plus-value immobilière, le président Rafael Correa s’est adressé depuis le balcon présidentiel aux centaines de sympathisants convoqués par son parti. Il les a remerciés pour leur soutien et a annoncé qu’il maintiendrait les projets : “Toute accumulation de richesse excessive est injuste, c’est immoral et nous nous battons contre cela. Ces gens et leurs guides ne défendent pas les pauvres (…) Ils défendent leurs poches”. Mais à neuf heures du soir, le président a de nouveau parlé, vêtu de son écharpe présidentielle, image inhabituelle et contre toute attente, il a annoncé qu’il allait retirer “temporairement” les projets, et utilisé la visite du pape du 8 juillet prochain comme alibi pour justifier sa décision.

16 juin – NICARAGUA – Avec Petrocaribe et l’ALBA, le président Hugo Chávez a convenu avec le président Daniel Ortega une généreuse convention étatique de collaboration pétrolière qui permet au pays de payer 50 % du pétrole à 90 jours, et les 50 % qui restent se transforment en un crédit concessionnaire d’une durée de 25 ans. Le Venezuela a décidé que le débiteur du crédit était l’organisme privé Alba Caruna, une coopérative contrôlée en dernier ressort par le président Daniel Ortega et de ses proches. En conséquence, pendant les huit dernières années, le détournement d’argent a fait que plus de 3 000 millions sont partis vers des canaux privés. Pour le canal, la situation est encore pire en termes d’opacité et de manque de transparence. Il y a deux ans, le parlement a donné au mystérieux homme d’affaires chinois Wang Jing une concession du canal, sans passer par un appel d’offres. Le détournement de millions des pétrodollars vénézuéliens et l’opacité de la concession du canal sape la crédibilité du gouvernement du président Daniel Ortega.

16 juin – MEXIQUE – Après que le sénat mexicain a approuvé la loi anti-corruption, José Luis Beato, président des chefs d’entreprise de la ville de Mexico, a déclaré dans une interview que tous les employeurs de la capitale ont déjà payé un cadeau à un fonctionnaire ou ont utilisé parfois quelqu’un qu’ils connaissent dans le gouvernement pour accélérer les démarches de leur affaire. Son affirmation selon laquelle “tous les chefs d’entreprise de la capitale avaient recouru à des pots-de-vin” a soulevé un dense nuage de poussières. Le maire de la ville Miguel Ángel Mancera, lui a publiquement demandé que s’il savait quelque chose qu’il le dénonce.

16 juin – ÉQUATEUR – L’Équatorien Patricio Pazmiño [photo] a été élu juge de la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH). Une décision qui inquiète des experts et des organisations de la société civile qui voient dans ce fait un succès dans les efforts proclamés du président Rafael Correa, pour transformer et même mettre un terme à la structure d’un système interaméricain de droits de l’homme gênant pour beaucoup d’États. Quito le nie, bien qu’il reconnaisse qu’il persistera dans ses tentatives de changer le système “depuis l’intérieur”.

16 juin – AMÉRIQUE LATINE – Les candidats élus de la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH). Pour la Cour interaméricaine : Patricio Pazmiño (Équateur), Eugenio Raúl Zaffaroni (Argentine), Elizabeth Odio (Costa Rica), Eduardo Vio (Chili) ; Pour la Commission : Esmeralda Arosemena (Panama), Francisco Eguiguren (Pérou), Enrique Gil (Colombie), Margarette May (Jamaïque).

17 juin – MEXIQUE – Margarita Zavala, l’épouse de l’ancien président Felipe Calderón (2006-2012), est candidate à la présidence du Mexique en tant que candidate du PAN, la force de droite hégémonique. Elle a fait le saut sans être députée ni contrôler son parti, mais armée d’une ambition claire: atteindre la résidence de Los Pions.

17 juin – AMÉRIQUE LATINE – Les déchets restent un défi pour les villes d’Amérique latine. Une étude récente de la Banque interaméricaine de développement (BID) met l’accent sur la collecte “haut niveau de couverture” du service de récolte de déchets urbains, qui atteint 89,9 % et qui “reflète la priorité que lui a donné la région”. Toutefois, seulement 45,4% des habitants bénéficient d’une prestation quotidienne, 53% la reçoivent entre deux et cinq fois par semaine et 1,8%, seulement une fois. Moins de la moitié des déchets sont traités correctement; seul cinq villes ont des plans de gestion des déchets.

17 juin – COLOMBIE – Quatre soldats colombiens ont été tués et quatre autres, dont un sergent, ont été blessés dans une zone rurale d’El Aguán Caqueta, au sud de la Colombie. Les soldats sont tombés dans une zone minée par les FARC, comme l’a confirmé l’armée.

18 juin – VENEZUELA – Une délégation de sénateurs brésiliens est venue à Caracas pour dénoncer le harcèlement des militants par le gouvernement chaviste ; cette visite fait suite à une série de voyages d’hommes politiques d’autres pays, y compris l’ex-dirigeant espagnol Felipe González et de l’ex-président colombien Andrés Pastrana. Aucun n’a réussi à voir le leader de l’opposition emprisonné Leopoldo López, le but de toutes ces missions. Cependant, pour l’opposition vénézuélienne il a été le personnage clef pour lequel ces personnalités visitent le pays et peuvent influencer la perception qui existe à l’extérieur sur le gouvernement et le traitement des prisonniers politiques.

18 juin – BRÉSIL – La visite du président de l’Assemblée nationale vénézuelien Diosdado Cabello au Brésil montre que, pour les Vénézuéliens, le rôle que joue le géant latino-américain dans leur crise politique et économique interne est cruciale. Diosdado Cabello s’est réuni avec l’ex-président Lula da Silva, lui qui au temps de Chávez jouait un rôle de médiateur et de consultant et a rencontré la présidente Dilma Rousseff, bien qu’apparemment, une visite n’ait pas été décidée préalablement. Le Brésil a joué un rôle important et discret dans le rapprochement entre les États-Unis et Cuba, et il est probable que quelque chose de semblable se produise avec le Venezuela. Outre ses bureaux diplomatiques, le Brésil est un de ses principaux partenaires commerciaux du Venezuela, qui lui achète 5 milliards par an d’aliments, de médicaments et autres produits.

19 juin – BRÉSIL – Les présidents des deux plus grandes entreprises de construction du Brésil, Odebrecht et Andrade Gutierrez, ont été arrêtés dans le cadre de l’opération anti-corruption Lava Jato, enquête sur les pots-de-vin et de détournement de l’argent de la compagnie pétrolière d’État Petrobras. Marcelo Odebrecht et Otavio Marques de Azevedo sont en détention, accusés de corruption d’anciens directeurs de Petrobras en utilisant des comptes en Suisse, au Panama et dans la Principauté de Monaco.

19 juin – ARGENTINE – Un neveu du pape, José Ignacio Bergoglio et sa femme, ont subi une agression violente à la porte de leur maison dans la banlieue de Buenos Aires, dans la ville d’Ituzaingó. Les voleurs ont forcé le neveu du pape de se coucher sur le sol sous la menace d’un pistolet pointé sur sa tête tandis qu’un autre a menacé sa femme pour cambrioler leur maison. Ils ont finalement pu se réfugier dans une pièce jusqu’à ce que les policiers arrivent et que les voleurs prennent la fuite.

19 juin – MEXIQUE – La décision historique de la Cour Suprême de Justice de la Nation d’approuver le mariage homosexuel et de leur donner les pleins droits a suscité la colère des évêques. Dans une déclaration publique calculée, la conférence des évêques rappelle la notion de procréation dans le mariage et rejette devant les juges le pouvoir de se prononcer sur de nouvelles formes de mariage.

19 juin – COLOMBIE – Le Parti de l’Alliance Verte, qui ne fait pas partie du gouvernement de coalition, a proposé que les Colombiens décident par les urnes s’il faut retarder les pourparlers. L’idée est que, dans les prochaines élections des maires et des gouverneurs qui se tiendront le 25 octobre, la question suivante: soit posée : “Votez pour que les négociations entre le gouvernement et les FARC se terminent avant le 9 Avril 2016”. Ils auraient à répondre par un oui ou un non. La date est symbolique parce que c’est celle de la Journée nationale des victimes.

19 juin – MEXIQUE – Au moins 10 personnes ont été assassinées au cours d’une fusillade dans la commune mexicaine de Villa de García, où a été choisi récemment le nouveau gouverneur de l’État du nord de Nuevo León, Jaime Rodríguez Calderón, El Bronco. Villa de García est à peine à 40 kilomètres de la capitale, Monterrey, le cœur industriel du pays. Autour de deux heures de l’après-midi, un groupe d’hommes armés a fait irruption dans un magasin de bières, en ouvrant le feu contre les travailleurs, selon le Conseil de la Sécurité du Nuevo León (CSNL).

20 juin – VENEZUELA – Après 27 jours de grève de la faim pour exiger la libération des prisonniers politiques, le chef de l’opposition vénézuélienne Leopoldo López a interrompu sa grève à la suite de l’intervention de sa conjointe. Lilian Tintori a en effet déclaré que l’état de santé de son mari était délicat et a demandé au gouvernement de permettre à son médecin de famille de l’examiner. Mais celui-ci n’a pas eu l’autorisation d’entrer dans la prison.

20 juin – MEXIQUE – Dans les deux États d’Oaxaca et du Michoacán où les enseignants rejettent toujours l’une des mesures clés de la réforme de l’éducation, le ministère de l’éducation publique (SEP) a décidé de suspendre l’évaluation des enseignants.

21 juin – ARGENTINE – L’actuelle présidente Cristina Fernández de Kirchner ne sera inscrite sur aucune liste pour les élections d’octobre. En revanche son fils, Máximo Kirchner, sera le numéro un au congrès à Santa Cruz, la province dans laquelle Kirchner a commencé sa montée en puissance tout en conservant son hôtel, une entreprise en pleine croissance. Quant à son fidèle Daniel Scioli, elle l’a accepté comme éventuel successeur parce qu’il est le préféré dans les sondages. Elle compte aussi remplir le congrès avec ses hommes et les femmes les plus fidèles pour continuer sans elle au pouvoir.

 Guy MANSUY

Le deuxième sommet Union européenne-Communauté des états latino-américains et des Caraïbes (UE-CELAC)

Le deuxième sommet Union Européenne-Communauté des États latino-américains et des Caraïbes (UE-CELAC) s’est tenu à Bruxelles, les 10 et 11 juin 2015, et a réuni les 28 États de l’Union européenne, et 33 États d’Amérique latine. L’enlisement économique européen contraste avec une situation économique bien meilleure, non seulement du Mexique et du Brésil, mais également de pays dits “intermédiaires”, comme le Pérou ou la Colombie.

Pour preuve, le mouvement migratoire entre les deux continents s’est progressivement inversé depuis 2008. L’Organisation Internationale des Migrations (OIM) estime qu’en 2012 181 166 européens ont émigré en Amérique Latine et dans les Caraïbes, contre 119 000 latino-américains qui ont migré vers l’Europe, soit environ 35% de moins. Les émigrants européens viennent, pour 85% d’entre eux, d’Espagne (22 fois plus qu’en 2008, début de la crise économique), mais aussi du Portugal, d’Italie, de France et d’Allemagne. Parmi eux il y a des latino- américains qui avaient migré en Europe, obtenu une double nationalité, et rentrent chez eux, mais ils sont loin d’être majoritaires. Les destinations principales sont le Brésil, l’Équateur, l’Argentine, la Bolivie et la Colombie.

Ce thème des migrations a été largement évoqué au cours du sommet, et l’UE et la CELAC se sont engagés à promouvoir et à renforcer la coopération technique et l’échange d’informations sur les flux et les politiques migratoires, à coopérer dans les domaines de la santé et de l’éducation, à lutter contre le trafic et la traite des personnes, et de façon globale à respecter les droits de tous les migrants.

L’Europe et l’Amérique Latine ont toujours eu une relation étroite, entre autres grâce à de nombreux échanges commerciaux : exportation de produits agricoles et de ressources naturelles vers l’Europe, importation de produits industriels de l’Europe et des États-Unis. Sans oublier les aides financières régulières (48 millions d’euros en 2014), et ponctuelles (Haïti).

La situation socioéconomique de l’Amérique latine a bien changé depuis 20 ans : la période “bénie” de forte croissance internationale, et l’arrivée de la consommation chinoise, ont permis à nombre de pays du continent sud-américain de réduire leur endettement et de gagner en indépendance économique. Leur croissance économique est stable et les positionne parmi les puissances commerciales internationales les plus influentes. Bien que l’Amérique Latine reste fortement inégalitaire au plan socio-économique, l’émergence de gouvernements de gauche (Venezuela, Bolivie, Brésil, Équateur, Argentine, Uruguay et Chili, par exemple) permet de réduire notablement les indices de pauvreté et d’exclusion sociale.

Actuellement l’Union Européenne n’est plus que le troisième partenaire commercial, après les États-Unis et la Chine. Mais L’UE a bien l’intention de maintenir sa présence et son “soft power”, au travers de la mise à jour, ou de la création, d’accords politiques, commerciaux, environnementaux et éthiques (respect des droits de l’Homme) avec les pays de CELAC et les pays fondateurs de Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay).

Une coopération multilatérale transatlantique est en effet nécessaire. Par exemple sous la forme d’une entente stratégique entre Brésil, Mexique, Allemagne, France et Italie, et des dialogues et des groupes de travail avec les pays “intermédiaires”, tout en maintenant l’aide au développement des pays les plus nécessiteux, comme la Bolivie et les États d’Amérique Centrale.

Ce sommet UE-CELAC, où sont représentés près d’un tiers des pays de l’ONU, et la moitié des participants au G20 peut être un lieu de débats sur les défis internationaux actuels, comme la crise financière, le changement climatique, ou le trafic de drogue, afin d’adopter des solutions de lutte communes. À noter, dans la déclaration de Bruxelles qui clôture le Sommet, que, sans être nommés, les États-Unis sont accusés de violation du droit international au Venezuela, pour les sanctions qu’ils appliquent, et que la fin effective de l’embargo contre Cuba est attendue au plus vite. Enfin, en marge du Sommet UE-CELAC, l’UE a signé un accord supprimant l’obligation de visa pour les courts séjours des ressortissants péruviens et colombiens dans l’espace Schengen.

Catherine TRAULLÉ

Le Cubain Leonardo Padura remporte le prix Princesse des Asturies de littérature

8 juin – VENEZUELA – L’ancien premier ministre espagnol Felipe González est déjà à Caracas pour participer à la défense des chefs de l’opposition vénézuélienne prisonniers Leopoldo López et Antonio Ledezma. Son premier arrêt au Venezuela a été la résidence de la famille López, où il a rencontré pendant plus de quatre heures l’équipe des avocats de la défense. En partant, il a déclaré: « le Venezuela avait besoin de beaucoup de dialogue », mais a salué le « bon geste » du président Nicolás Maduro en montrant son intention de convoquer des élections cette année. L’ancien président socialiste, déclaré persona non grata par le gouvernement de Nicolás Maduro, n’a eu aucun problème lors de l’entrée au Venezuela, de Bogota, sans doute parce cette visite a attiré l’attention internationale. Felipe González a demandé la permission de visiter le leader de l’opposition mais le gouvernement vénézuélien lui a refusé l’entrée dans la prison. Puis il a quitté Caracas où il n’est resté que 48 heures.

8 juin – ARGENTINE – Depuis que Jorge Mario Bergoglio a été élu pape il y a deux ans, la présidente Cristina Fernández lui a rendu visite cinq fois au Vatican. La dernière visite a duré pendant une heure et 45 minutes, un record pour ce type d’événement.

8 juin – PARAGUAY – L’infrastructure est un des grands défis auquel fait face le Paraguay depuis que le président Horacio Cartes est arrivé au gouvernement en août 2013. L’objectif de l’exécutif est clair : il faut investir dans la construction d’infrastructures 3,5% du PIB, 14 400 millions € d’investissement pour développer des routes, moderniser l’aéroport d’Asunción ou développer des aqueducs sur la rivière Paraná. Le Paraguay offre de nombreuses occasions d’investir dans l’agro-industrie, les infrastructures et le transport. Cette année, pour la première fois, la compagnie nationale de pétrole a fait des bénéfices.

8 juin – BRÉSIL – Bien qu’il ait besoin d’immigrants, le Brésil est un pays extrêmement fermé. Avec environ 200 millions d’habitants, les étrangers ne représentent que 0,3 % de la population, un nombre historiquement insignifiant. La moyenne mondiale est dans 3 %. Aussi le Brésil est en train d’étudier comment attirer des immigrants et une nouvelle loi vise à mettre fin à une norme dépassée et restrictive envers les étrangers pour attirer une main-d’œuvre qualifiée.

8 juin – MEXIQUE – Si Jaime Rodríguez, Le Bronco, a ébranlé les fondements de l’État de Nuevo Léon, le coup sur la table à Guadalajara n’a pas été moindre. Le journaliste de 42 ans Enrique Alfaro, le candidat à la mairie du Movimiento Ciudadano, a remporté la deuxième plus grande ville au Mexique en brisant le bipartisme traditionnel du PRI et du PAN, les seuls à l’avoir dirigée jusqu’ à l’émergence d’Enrique Alfaro.Celui-ci a réussi un résultat écrasant avec: 51 % des suffrages contre 24 % au PRI, qui gouvernait la ville.

8 juin – PANAMA – La Cour suprême de Justice a approuvé le procès de l’ex-président Ricardo Martinelli, à l’abri à Miami, pour l’une des affaires les plus controversés de son administration 2009-2014: écoutes téléphoniques ou espionnage d’amis et d’ennemis, mais également de journalistes, d’opposants, de syndicalistes et d’indigènes, jusqu’à ses partenaires et ses collaborateurs.

9 juin – ARGENTINE – Les syndicats des transports argentins ont atteint leur but : ils ont paralysé le pays avec une grève que ses membres ont suivie à 100 %, selon eux. Le syndicat a organisé des barrages dans les grandes villes, en particulier à Buenos Aires, en causant d’énormes bouchons en périphérie, le centre restant pratiquement vide, comme un jour férié. Il n’y avait pas de trains, pas de métro, pas de bus, pas d’avions. Avec une inflation de 30 %, ils réclament des augmentations salariales supérieures aux 27 % fixés par le gouvernement, soit 35 %. La grève, en pleine campagne électorale, a un contenu politique clair contre le gouvernement de Cristina Fernández de Kirchner mais représente aussi un avertissement, selon les syndicalistes eux-mêmes, pour le prochain responsable de l’exécutif en décembre.

9 juin – MEXIQUE – Le gouvernement reprend l’évaluation des enseignants qu’elle avait arrêtée, il y a dix jours, pour assurer avoir la paix avant les élections. La lutte interminable entre le gouvernement et un syndicat enseignant autour de la mise en œuvre d’un système d’évaluation des professeurs maintient en attente le projet de régénération de l’éducation publique mexicaine, la moins bien classée dans la liste des 34 pays de l’Organisation pour la Coopération et le Développement Économiques (OCDE).

9 juin – ÉQUATEUR – Des centaines de personnes ont manifesté à Quito contre le président Rafael Correa dont elles demandent le départ. La protestation a été causée par le rejet de la taxe annoncée récemment par le président, en particulier l’impôt sur les successions. Convoqués par les réseaux sociaux à 17 h, les manifestants se sont trouvés face à des partisans du gouvernement arrivés une heure avant. Un contingent de 250 policiers se tenait pour maintenir l’ordre public au milieu des parties proférant des insultes. Lors de son intervention, le président Rafael Correa avait conclu « Chers Équatoriens, d’abord les pauvres, d’abord un pays plus équitable, ne pas avoir peur, avoir la foi ».

9 juin – MEXIQUE – Le pays a enregistré en mai le taux d’inflation le plus faible de son histoire. Le rythme de la hausse des prix a baissé de 0,5 point par rapport au mois précédent, jusqu’à 2, 88 % en variation annuelle, sous l’œil attentif de la Banque du Mexique et elle est au plus bas depuis qu’on a commencé à l’enregistrer en 1970.

9 juin – CHILI – La présidente Michelle Bachelet est passé par Paris avant de se rendre à Bruxelles pour au sommet UE-Celac. À Paris, elle compte sur les investissements étrangers pour se diversifier. Elle a déjà engagé le nouveau terminal de l’aéroport international de Santiago pour ADP, Vinci et son partenaire italien Astaldi; la modernisation du métro de la capitale chilienne pour Alstom; la participation à l’interconnexion des réseaux électriques du nord et du centre du pays pour Engie; la construction d’un gigantesque réservoir de gaz naturel liquéfié (GNL) pour Total. La France est aujourd’hui le deuxième fournisseur européen du Chili et ses entreprises s’en félicitent.  » On pourrait faire beaucoup plus », a toutefois estimé Michelle Bachelet.

9 juin – BRÉSIL – Pour encourager l’économie brésilienne, la présidente Dilma Rousseff a décidé de lancer un plan pour les grandes infrastructures à travers le pays qui se traduira par un investissement de près de 200 000 millions de reales (plus 57 000 millions d’euros). Le plan prévoit de construire plus de 2 000 kilomètres de routes, de voies ferrées, d’aéroports et de ports.

9 juin – PÉROU – En 2009, les procureurs enquêtaient pour des allégations de blanchiment d’argent de la part de Nadine Heredia, l’épouse du président Ollanta Humala. Le Ministère public enquêtait sur des transferts à ses comptes de 220 525 dollars réalisés entre 2005 et 2009 par des entreprises vénézuéliennes et des sociétés liées à Martín Belaunde, en prison aujourd’hui et ex-assesseur de son mari le président. Sans terminer l’enquête, l’organisme a clos l’affaire. Un juge a accepté un habeas corpus déposé par Nadine Heredia et a ordonné au procureur, qui a rouvert l’enquête à la fin du mois de janvier, de s’abstenir de poursuivre l’investigation.

10 juin – CUBA – L’écrivain Leonardo Padura [photo] a remporté le prix Princesse des Asturies de littérature : « Ce prix est un triomphe de la littérature cubaine ». Il est le créateur de la célèbre saga du détective Mario Conde.

10 juin – GUATEMALA – La Cour suprême de justice a accepté à l’unanimité le traitement d’une plainte pour corruption contre le président Otto Pérez Molina. Le président est accusé, entre autres crimes, de manquement au devoir et d’enrichissement sans cause. La Cour va maintenant examiner si elle retire l’immunité qui jusqu’à présent a empêché toute poursuite contre lui. En accord avec la loi, ce sera le Congrès (unicaméral) qui devra déterminer, avec un vote favorable de 105 des 158 députés, si les accusations ont le soutien nécessaire pour le priver de son immunité et de le soumettre à un procès.

10 juin – MEXIQUE – Le parti d’Andrés Manuel López Obrador, MORENA (Mouvement de régénération nationale), obtient 16 sièges à l’Assemblée et renforce son triomphe dans la capitale où il prive de la majorité le PRD au Congrès de Mexico. Avec 14 sièges le PRD perd le contrôle qu’il détenait dans l’Assemblée du District fédéral de 26 législateurs. Le PAN, le parti de la droite, en compte cinq et le PRI et son allié, le Parti Vert, aura trois députés.

10 juin – COLOMBIE – Les guérilleros du front 48 des FARC ont reçu un rejet généralisé en Colombie pour avoir contraint de verser environ 200 000 gallons de pétrole brut aux conducteurs qui les transportaient dans 23 semi-remorques dans la rivière Putumayo, près la frontière avec Équateur.

10 juin – PARAGUAY – Un peu plus grand que l’Allemagne, mais avec 7 millions d’habitants, le pays pousse son économie. Après avoir obtenu la plus forte croissance en Amérique latine après le Panama, le pays a l’intention de se concentrer sur un processus de développement pour atteindre toute la population. Le défi social représente l’un de ses principaux objectifs car le pays a toujours le cinquième plus grand pourcentage de pauvres de la région, avec 40,7 %, selon la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC).

10 juin – MEXIQUE – Après des mois de crise, la Pemex, société pétrolière étatique, a annoncé la découverte de quatre grands champs sur la côte de Tabasco. Cette découverte est la plus grande en cinq ans et va augmenter la production de 8,5 %.

10-11 juin – Sommet UE-CELAC – D’un côté, trente-trois nations regroupées dans la Communauté des États latino-américains et des Caraïbes (Celac), de l’autre, vingt-huit pays membres de l’Union européenne (UE), le sommet UE-Celac s’est tenu à Bruxelles. Si les sujets brûlants ont fait l’objet de longues discussions, à l’image de la situation au Venezuela et à Cuba (dont les président étaient absents), ou encore de l’aide au développement, c’est finalement le climat qui semble avoir occupé le plus les 61 dirigeants réunis à Bruxelles. Le sommet de Bruxelles a salué la normalisation des relations de l’UE et des États-Unis avec Cuba et les négociations de paix de la Colombie, sans s’appesantir sur les sujets qui fâchent, comme le Venezuela.

11 juin – BRESIL – Le consortium dirigé par l’homme d’affaires brésilien David Neeleman, propriétaire de la compagnie Azul, sera le nouveau propriétaire de la TAP Portugal, la dernière compagnie aérienne européenne qui était encore 100 % publique.

12 juin – COLOMBIE – Le ministère de la Défense de la Colombie a attribué aux FARC l’assassinat d’un colonel et d’un patrouilleur de la police nationale dans le département de Nariño, sud-ouest du pays. Les guérilleros, membres présumés du front 48, ont activé une charge explosive dans le tronçon de la route au passage des agents, de retour d’un conseil de sécurité. Le directeur de la police, le général Rodolfo Palomino a déclaré que les deux sont morts sur le coup.

13 juin – CHILI – Concha y Toro est le quatrième vendeur de vin de l’Amérique latine et du monde. Le vin Casillero del Diablo est l’un des plus célèbres dans le monde et depuis 2010 il est apparu en tant que sponsor sur les maillots du Manchester United club. Mais avant même ce succès de la publicité lié au monde du football, ce vin chilien était déjà l’un des plus largement distribué et apprécié dans le monde, cette multinationale avec présente dans 146 pays.

13 juin – VENEZUELA – Les États-Unis et le Venezuela continuent leur dialogue discret dans le calme. Des hauts fonctionnaires ont tenu une autre réunion en Haïti en regardant toujours discrètement un rapprochement malgré la crise bilatérale approfondie après la décision américaine de sanctionner en mars les hauts fonctionnaires vénézuéliens et de déclarer le Venezuela une « menace » pour la sécurité nationale. La réunion a rassemblé le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Delcy Rodríguez, et le président de l’Assemblée nationale, Diosdado Cabello et côté nord-américain par le ministre du Département d’État Thomas Shannon. Un porte-parole du département d’État US a confirmé la réunion, mais a refusé de donner des détails sur son contenu.

14 juin – COLOMBIE – L’armée colombienne a tué un des leaders de l’Armée de libération nationale (ELN), José Amín Hernández Manrique, alias Marquitos, au cours d’une opération militaire dans le département d’Antioquia (nord-ouest). Marquitos était considéré comme le chef du front Dario Martínez et membre de la direction nationale de l’ELN. Il était lié à l’extorsion de fonds et à l’industrie minière illégale.

15 juin – RÉPUBLIQUE DOMINICAINE – L’ancien archevêque polonais Josef Wesolowski sera jugé pour pédophilie au Vatican le 11 juillet. Le prêtre, 66 ans, est accusé d’abus sexuels envers des mineurs et de rémunérer ces relations avec eux à l’époque où il était le nonce du Vatican en République dominicaine, entre 2008 et 2013. Le procès canonique contre Josef Wesolowski est le premier pour pédophilie au Vatican.

Guy MANSUY

Un nouveau directeur rue Saint-Guillaume

Les membres du conseil de gestion de l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (IHEAL) viennent d’élire, directeur pour une durée de cinq ans, l’historien Olivier Compagnon ; il remplace sur ce poste le géographe Sébastien Velut. Olivier Compagnon enseigne l’histoire contemporaine de l’Amérique latine à l’IHEAL depuis 2003, d’abord en qualité de maître de conférences puis de professeur des universités (2013). Membre du Centre de recherche et de documentation sur les Amériques (CREDA – unité mixte de recherche du Centre national de la recherche scientifique-CNRS et de l’université de la Sorbonne nouvelle Paris 3) il est responsable, avec le sociologue David Dumoulin, de l’axe structurant de ce laboratoire intitulé “Les Amériques en perspective connectée”.

Depuis son arrivée à l’Institut il a été professeur invité à l’université de Californie à Berkeley, à l’université de São Paulo, à l’université Externado de Bogotá ou encore à l’université de Salamanque. Il a dirigé les Cahiers des Amériques latines de 2006 à 2014 et les Éditions de l’IHEAL de 2006 à 2013. La reconnaissance de ses pairs dépasse les frontières, actuellement membre de l’Editorial Board du Journal of War and Culture Studies (Londres), il a également été nommé au conseil scientifique de plusieurs revues de sciences humaines et sociales en Argentine et au Brésil.

Dans le cadre de sa thèse de doctorat, son travail a d’abord porté sur la genèse de la culture politique démocrate-chrétienne (Jacques Maritain et l’Amérique du Sud. Le modèle malgré lui, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion) et s’est intéressé plus généralement aux circulations culturelles entre l’Europe et l’Amérique latine au XXe siècle. Plus récemment, il a consacré ses travaux à l’impact de la Première Guerre mondiale en Amérique latine et a notamment publié L’adieu à l’Europe. L’Amérique latine et la Grande Guerre (Argentine et Brésil, 1914-1939), Paris, Fayard, coll. “L’épreuve de l’histoire”, 2013 (Prix de l’Académie française 2014 ; traduit en portugais: O Adeus à Europa. A América Latina e a Grande Guerra (Argentina e Brasil, 1914-1939), Rio de Janeiro, Editora Rocco, 2014 ; traduit en espagnol: América Latina y la Gran Guerra. El adiós a Europa (Argentina y Brasil, 1914-1939), Buenos Aires, Critica, 2014).

Il est également l’auteur de l’article consacré à l’Amérique latine dans la Cambridge History of First World War dirigée par Jay Winter (Cambridge, Cambridge University Press, 2014, vol. 1). Il a, par ailleurs, codirigé, avec Sandrine Revet et Julien Rebotier, Le Venezuela au-delà du mythe. Chávez, la démocratie, le changement social (Paris, Éditions de l’Atelier, 2009) et, avec Sophie Baby et Eduardo González Calleja, Violencia y transiciones políticas a finales del siglo XX. Europa del Sur – América latina (Madrid, Casa de Velázquez, 2009). Son dernier article paru a pour titre : “En marge de la guerre ? Les Amériques latines”, in Alya Aglan & Robert Frank (dir.), 1937-1947. La guerre-monde, Paris, Gallimard, coll. Folio, vol. 1, 2015, p. 565-598. (Pour une bibliographie plus complète et un curriculum plus détaillé se reporter aux adresses elcrtoniques suivantes Academia et Annuaire)

Son mandat de directeur sera notamment consacré à la préparation du déménagement de l’IHEAL – Bibliothèque Pierre-Monbeig comprise – vers la Cité des humanités et sciences sociales d’Aubervilliers (campus Condorcet), au développement des relations internationales vers l’Amérique du Nord et à l’ouverture de l’IHEAL sur la société civile au travers de l’organisation de conférences régulières sur le mode des universités populaires.

Mona HUERTA

SITE IHEAL

Alcides Lanza promu meilleur compositeur ibéro-américain

Alcides Lanza, compositeur argentin, est le nouveau lauréat du Prix Tomás Luis de Victoria XIII , Prix de la Société générale des auteurs d’espagne (SGAE) de la musique ibéro-américaine. Retour sur un parcours musical exemplaire.

Le prestigieux Prix Tomás Luis de Victoria a distingué depuis sa création plusieurs grands compositeurs latino-américains : les Cubains Harold Gramatge en 1996 et Leo Brouwer en 2010, le Péruvien Celso Garrido- Lecca en 2000, le Vénézuélien Alfredo del Monaco en 2002, le Mexicain Mario Lavista en 2013, les Argentins Gerardo Gandini en 2008 et Alcides Lanza en 2015. Le 28 mai 2015 le Prix Tomás Luis de Victoria décerné par la Fondation SGAE (Société Générale des Auteurs d’Espagne) à l’Académie royale des Beaux-Arts à Madrid, a couronné l’œuvre et le travail ininterrompu de recherche, de rénovation et d’enseignement d’Alcides Lanza, une des plus grandes figures de la musique contemporaine.

À 86 ans, le maître en pleine forme, a dirigé lui-même une œuvre du concert exceptionnel qui a suivi la remise du Prix. Un des pionniers avec Celso Garrido-Lecca en matière de musique électronique, multimédia, Alcides Lanza n’a cessé dans sa démarche d’explorer et d’expérimenter de nouveaux procédés scientifiques et techniques de composition. Rénovateur de la musique contemporaine il a contribué largement à sa diffusion sur le plan international en conjuguant dans son parcours la recherche, la composition, l’enseignement, des concerts et des conférences. Né en 1929 à Rosario en Argentine il se consacre depuis ses plus jeunes années à la musique : le piano et la composition. Dès le départ ses références sont hétérogènes. Le Centre Latino-américain de Hautes Études Musicales (CLAEM) fondé en 1961 à Buenos Aires par Alberto Ginastera a été fondamental pour la formation d’Alcides Lanza et d’autres compositeurs de sa génération qui ont pu y suivre des enseignements de musiciens de l’avant-garde aussi prestigieux que Messiaen, Maderna, Xenakis, Loriod, Dallapiccola, De Pablo. Le CLAEM avait pour objectif de permettre aux compositeurs latino-américains de se familiariser avec les esthétiques et les techniques nouvelles. Il est un moteur puissant du développement de ces nouvelles esthétiques et de la composition électronique.

Grâce à la bourse de la Fondation Guggenheim, Alcides Lanza va poursuivre ses études entre 1965 – 70 en Amérique avec Vladimir Ussachevsky au Columbia Princeton Electronic Music Center à New York où il peut accéder pour ses recherches aux puissants moyens technologiques. Il y compose une partie importante de ses œuvres majeures pour orchestre électronique, piano et sons électroniques, instruments à vent, percussions et pour la voix. Dans ses compositions il développe un style personnel original se caractérisant par un très large registre chromatique déployé dans l’espace de façon quasi picturale et sculpturale. Son style marque profondément les esthétiques musicales contemporaines. Il est invité à enseigner dans plusieurs Centres Universitaires entre autres au New York City Community College. En 1971 Alcides Lanza est nommé professeur de composition à la Faculté de Musique de l’Université McGill de Montréal puis à la Deutsche Akademischen Austauschdienst à Berlin. Depuis 1974 il est directeur des Études Électroniques à l’Université McGill de Montréal et aujourd’hui directeur émérite de EMS au Canada. Les œuvres d’Alcides Lanza au programme du concert donné à Madrid le 28 mai avec maestro lui-même aux manettes de la console électroacoustique pour la pièce vôo pour voix et musique électroacoustique, offraient un aperçu de l’originalité et de la richesse de l’univers sonore de sa création.

 Irène Sadowska Guillon

Fondation SGAE

 

Déclaration conjointe du président de la République française et du président de la République du Costa Rica

Le président de la République française, M. François Hollande et le président de la République du Costa Rica, M. Luis Guillermo Solis, se sont réunis à l’occasion de la visite en France qu’a effectué le Chef de l’État costaricien du 4 au 5 juin 2015.

Les deux Chefs d’État ont réaffirmé les principes et objectifs communs qui caractérisent les deux nations. La promotion des droits humains, de l’État de droit, de la démocratie et de la paix et la solution pacifique des conflits les unissent dans un effort commun au niveau bilatéral et multilatéral. A quelques jours de la tenue du Sommet entre l’Union européenne et la Communauté des états latino-américains et caribéens (CELAC), les 10 et 11 juin à Bruxelles, ils ont également rappelé leur attachement aux relations qu’entretiennent l’Union européenne et l’Amérique latine. Le président Hollande a félicité le Costa Rica qui, en exerçant la présidence de la CELAC jusqu’en janvier, a contribué efficacement à la préparation du sommet. Ce rendez-vous de haut niveau est le signe du renforcement du dialogue bi-régional et représente une occasion d’aborder des questions fondamentales telles que le développement durable et le changement climatique.

Les deux Chefs d’État ont souligné leur ambition commune de parvenir à un accord juridiquement universel, contraignant et durable, ainsi que leur engagement à présenter des contributions nationales ambitieuses dans la perspective de la prochaine Conférence des Parties (COP 21) sur le changement climatique qui aura lieu à Paris en décembre de cette année. Le Président Hollande a par ailleurs salué l’objectif du Costa Rica d’atteindre la neutralité carbone pour 2021.

Les deux Présidents ont évoqué leur engagement commun et leurs actions en faveur de l’abolition universelle de la peine de mort. Ils ont également rappelé leur objectif partagé d’encadrer le recours au droit de véto au Conseil de sécurité des Nations unies, en cas d’atrocités de masse. Ils ont par ailleurs réaffirmé leur engagement à promouvoir partout dans le monde la liberté d’expression et son corollaire, la liberté de la presse, qui doivent être universellement respectées. La France et le Costa Rica continueront à travailler de concert, notamment dans les enceintes multilatérales, pour contribuer à la protection de ces droits fondamentaux.

Les deux Chefs d’État se sont félicités de l’adhésion du Costa Rica, en tant que membre observateur, à l’Organisation internationale de la francophonie, lors du Sommet de Dakar en novembre 2014. Ce rapprochement se fonde sur le partage des valeurs défendues par la francophonie et sur l’usage de la langue française, enseignée à titre obligatoire dans le 1er cycle de l’enseignement secondaire au Costa Rica. Le président Hollande a félicité le président Solis, après sa participation en tant qu’invité d’honneur au forum OCDE- Amérique latine, pour l’engagement du processus d’adhésion du Costa Rica à l’OCDE et lui a renouvelé le soutien de la France.

Les deux dirigeants ont décidé de poursuivre leurs efforts en vue d’intensifier les échanges économiques bilatéraux, en s’appuyant sur l’Accord d’association entre l’Amérique centrale et l’Union européenne. Le Président Hollande a souligné la disponibilité des entreprises françaises à y participer dans une optique de développement territorial durable. Plusieurs thèmes d’intérêt partagé ont été soulignés, tels que les transports urbains, l’eau et l’assainissement, les énergies renouvelables, les véhicules électriques, le tourisme et la sécurité. Les deux présidents se sont félicités de la coopération en matière de sécurité maritime et ont exprimé leur souhait de renforcer la coopération entre les administrations et les entreprises des deux pays en matière de sécurité intérieure.

Les deux présidents se sont réjouis du dynamisme de la coopération universitaire, scientifique et linguistique qui est aujourd’hui un axe majeur de la relation bilatérale. Les deux chefs d’État sont convenus de poursuivre le renforcement de cette coopération avec le lancement d’un nouveau programme de formation de techniciens supérieurs. Afin d’accompagner la progression de la mobilité étudiante, la France et le Costa Rica souhaitent également relancer les négociations en vue d’aboutir à un accord de reconnaissance mutuelle des diplômes et des périodes d’études.

Les deux dirigeants ont décidé de renforcer le français au Costa Rica, par le programme de mobilité d’appui académique des assistants de langue française au Ministère de l’éducation publique, les sections bilingues français-espagnol dans l’enseignement public costaricien, un Programme de français avancé dans le secondaire et l’appui à la formation continue. Il est très important pour les deux pays de développer les certifications internationales en français en primaire et secondaire et de promouvoir la célébration de la francophonie.

Les deux présidents se sont félicités de la contribution du lycée franco-costaricien au système éducatif du Costa Rica. Le président Hollande, dans la perspective du 50ème anniversaire du lycée en 2018, a proposé au président Solis un effort commun en vue de sa modernisation. Le président Solis a invité le président Hollande à visiter le Costa Rica lorsque son agenda le lui permettrait.

Le service de presse de l’Élysée

Le nouveau roman de Lorenzo Lunar : “Coupable vous êtes”

Une ville cubaine, Santa Clara, une journée qui commence par la découverte d’un cadavre et qui finira par celle des coupables : tout semble classique dans la structure, avec en particulier l’unité de lieu et de temps, mais heureusement rien ne l’est dans ce qui est décrit. Il y a bien sûr l’enquête, mais aussi et surtout la vie quotidienne dans une zone à la fois banale et assez particulière d’une agglomération ignorée des médias mais qui est un bon miroir des réalités cubaines.

Peu de gens vont regretter celui qu’on a retrouvé au petit matin, un ancien professeur d’éducation physique, ancien danseur devenu, en quittant sa ville natale de Santa Clara proxénète et amateur de jeunes gens. Pourquoi était-il revenu ? Pourquoi l’a-t-on tué à coups de marteau de cordonnier, quand on sait que l’unique réparateur de chaussures du quartier est lui-même un ancien délinquant ? Léo Martín, le policier de La vie est un tango, est chargé de l’enquête qui le conduit dans le milieu des jineteras, ces filles ou ces femmes qui, pour améliorer leur ordinaire, particulièrement modeste dans cette période spéciale, se prostituent aussi bien avec les touristes de passage qu’avec les proches du pouvoir. Coupable vous êtes nous offre avant tout une savoureuse galerie de personnages féminins qui ne manquent ni de caractère ni de vocabulaire, elles ont souffert, pour elles rien n’est facile, elles se sont endurcies au contact des violences subies, mais pour la plupart, l’humour est une façon de survivre. L’humour et le réalisme.

Le réalisme (si le mot signifie quelque chose de nos jours) est partout dans ce roman : chaque page se situe au niveau de la réalité quotidienne : ce qu’on peut manger et ce à quoi on n’a pas accès, le nombre et la modernité des appareils ménagers présents dans une cuisine, donnent une idée précise du niveau social du locataire du lieu. On pénètre dans des logements modestes, on rencontre des petites gens, qu’on ne croise que rarement dans la littérature récente, on découvre des moments de vie, comme par exemple cette histoire d’amour inattendue et très belle entre une jinetera et un jeune homme timide, qualifié d’“esprit faible” et mis à la porte par sa famille parce qu’il ne lui rapporte rien. L’enquête avance entre deux descriptions très justes de lieux de vie sans luxe et deux récits de vies chaotiques. Lorenzo Lunar le cache bien, mais il éprouve une vraie tendresse pour la plupart de ses personnages, surtout pour ceux qui sont le plus cassés par la vie. Dans l’épilogue, Leo Martín jure qu’il va quitter la police. Nous espérons bien qu’il ne tiendra pas sa promesse et qu’il nous offrira d’autres tranches de vie aussi réussies que celle-ci !

 Christian ROINAT

Coupable vous êtes, de Lorenzo Lunar traduit de l’espagnol (Cuba) par Morgane Le Roy, éditions Asphalte, 144 p., 16 €.
Lorenzo Lunar en espagnol : La vida es un tango et Usted es la culpable, éditions Almuzara, Córdoba / Dónde estás, corazón, éditions Arcopress, Córdoba.
 Lorenzo Lunar en français : La vie est un tango, éditions Asphalte.

 

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