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août 2014

Les faits d’actualité du 18 au 24 août 2014

17 août – ARGENTINE – Une délégation commerciale se rend à Moscou pour signer des accords d’exportation afin d’accroître les échanges entre les deux pays en raison de l’embargo russe sur de nombreux produits alimentaires occidentaux. L’Argentine veut exploiter la situation dans les domaines de l’agriculture et de l’élevage. Le président du Centre pour l’industrie laitière argentine, Miguel Paulon, estime que les exportations de produits laitiers « pourraient signifier une augmentation de 20% dans les exportations totales de secteur laitier argentin. »

18 août – GUATEMALA – Des irrégularités dans la sélection des nouveaux juges menace l’indépendance judiciaire du pays. En mai, un nouveau Procureur Général a été choisi par un processus critiqué et soupçonné d’irrégularités. En juin, a commencé l’élection des 13 membres de la Cour Suprême de Justice et des 90 juges de la Cour d’appel et de leurs suppléants.  La Constitution du Guatemala indique que le processus de sélection des juges doit être effectué à travers la création d’une Commission de Postulation dont la fonction est d’élaborer une courte liste de pré-candidats qui en dernier ressort seront choisis par le Congrès de la République. Cette commission, composée des doyens d’Universités, des autorités judiciaires et des représentants du Barreau, devrait en théorie être indépendante des intérêts politiques et des groupes de pouvoir. Cela s’est rarement produit mais la Commission a établi une courte liste faisant l’objet de négociations et de possible corruption dénoncées par les ONG dont la Comisión Internacional contra la Impunidad en Guatemala (CICIG) et la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH).

18 août – AMÉRIQUE LATINE – Selon le classement de l’Université de Shanghai Jiao Tong, recensant les meilleures universités du monde, les Universités de São Paulo et de Buenos Aires sont les meilleures d’Amérique latine. Une classification qui mesure les réalisations scientifiques et dans laquelle on retrouve parmi les 500 meilleures institutions  six au Brésil, deux au Chili, une en Argentine et une au Mexique. Les trois meilleures en Amérique latine sont celles de São Paulo (USP), de Buenos Aires (UBA) et de l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM), les trois d’état. L’USP est comprise entre la 101 e et la 150 e  position (rang non précisé exactement), l’UBA est entre les 151e et 200e et l’UNAM, entre la 201e et la 300e.

18 août – PÉROU – Selon une étude de la Banque mondiale, seulement deux Péruviens sur dix ont un compte en banque. Alors  que l’économie péruvienne a l’une des croissances les plus rapides dans la région,  ses consommateurs ont un nombre de comptes en banque faible même si celui-ci tend à augmenter. Selon le rapport, de nombreux Péruviens n’ont pas une forte culture de l’épargne dans une institution financière formelle, alors que dans les pays voisins comme le Venezuela et le Chili, par exemple, les consommateurs sont quatre sur dix à être exclus du système bancaire et au Brésil la proportion est de cinq sur dix.

18 août – CHILI –  Ricardo Izurieta Caffarena est décédé d’une leucémie à Santiago à l’âge de 71 ans. Le général avait remplacé Augusto Pinochet à la tête des forces armées chiliennes lorsque le dictateur entra au Sénat en 1998.  Pendant son mandat, il a joué un rôle dans certains des épisodes clés de la transition vers la démocratie et l’arrestation du dictateur chilien à Londres.

18 août – VENEZUELA – Les ministres du gouvernement vénézuélien ont présenté leur démission au président Nicolas Maduro pour « avoir la liberté quant aux décisions qu’il veut bien prendre sur la réorganisation du Gouvernement », a annoncé dans une intervention télévisée le vice-président Jorge Arreaza. Presque simultanément, le président a remercié ses ministres par Twitter pour « le geste » qui, dit-il, lui permettra de faire « les changements nécessaires ». Il s’agit de la deuxième restructuration du gouvernement, en proie à une intense crise économique, la montée de la criminalité et le désordre public, en seulement 16 mois au pouvoir.

18 août – PANAMAAu moins neuf personnes sont mortes, deux sont portées disparues et plus de 500 sont isolées par de fortes pluies qui ont provoqué l’inondation d’une rivière et de graves inondations dans la province de Chiriqui Panama ouest, près de la frontière avec le Costa Rica, faisant des dommages considérables aux infrastructures routières et agricoles. Le gouvernement du Panama a déclaré l’état d’urgence.

18 août – SALVADORLe pape François a affirmé qu’il n’y avait plus d’obstacle à une rapide béatification de Mgr Oscar Romero, l’archevêque de San Salvador assassiné en 1980 par un commando d’extrême droite. Les secteurs conservateurs du Vatican ont longtemps bloqué le dossier introduit en 1994. Ils le considéraient comme trop proche de la théologie de la libération, le courant progressiste prônant l’« option préférentielle pour les pauvres «  qui a connu un grand essor en Amérique latine à partir de la fin des années 1960.

18 août – BOLIVIE-BRÉSIL – La compagnie pétrolière brésilienne Petrobras signe un accord avec la Bolivie pour solder sa dette et acheter plus de gaz. Les compagnies pétrolières de la Bolivie et du Brésil ont signé dans la ville bolivienne de Santa Cruz, sous l’œil vigilant du président Evo Morales, un nouvel avenant à la convention d’achat de gaz naturel et à la conciliation des comptes et a ouvert une nouvelle phase de négociations afin de renouveler l’actuel accord d’approvisionnement de ce combustible, qui expire en 2019.

19 août – ÉQUATEUR – Le nouveau siège du Secrétariat général de l’Union des nations sud-américaines (Unasur) à Quito veut servir à renforcer un organisme régional qui est né en 2008 et intègre 12 pays, tout en entretenant la fierté de l’Équateur. Le président de l’Équateur, Rafael Correa, a fait valoir à la télévision que « le bâtiment est la fierté de Quito » et que la ville va devenir « la capitale du latin ». Le secrétaire général de l’Unasur, Ernesto Samper, ancien président de la Colombie a déclaré aux médias locaux qu’il espère « Quito [soit] à l’Unasur ce que Washington est à l’OEA« .

19 août – VENEZUELA – Il est avec le Honduras, le pays avec le taux d’homicides le plus élevé dans le monde. Selon des estimations d’ONG – que les autorités officielles reprochent d’être exagérées -, en 2013 ont été commis 24 000 meurtres dans le pays. Caracas, la capitale, est le territoire le plus violent. Ce dernier mois la ville a vécu dans un cauchemar. Des corps démembrés et des personnes pendues ont été trouvés avec une alarmante fréquence en pleine voie publique. Selon la presse locale, seulement à Caracas, 14 cas de démembrement ont jusqu’à présent été signalés cette année. Ce type de crimes accrédite l’idée qu’un individu psychopathe pourrait être l’auteur, ou qu’un règlement de comptes entre bandes criminelles a atteint un nouveau degré de barbarie.

20 août – ARGENTINE – La présidente de l’Argentine, Cristina Kirchner, a proposé aux créanciers qui ont accepté les restructurations de la dette du pays de 2005 et 2010 (les  » holdouts « ) d’être remboursés non plus à New York, mais à Buenos Aires. Cette mesure permettrait de résoudre le problème posé par la décision du juge new-yorkais Thomas Griesa en juin –d’interdire à l’Argentine de rembourser les holdouts tant qu’elle ne verserait pas d’abord les 1,33 milliard de dollars (1 milliard d’euros) que lui réclament deux fonds spéculatifs, NML et Aurelius. En application de cette ordonnance, le dernier versement aux holdouts, de 539 millions de dollars, a été bloqué à New York, provoquant le défaut technique du pays, le 31 juillet. En versant cette somme sur son territoire, l’Argentine contournerait le problème et sortirait du défaut de paiement. Mais le conflit avec les fonds vautours n’est pas réglé pour autant.

20 août – MEXIQUE – Le pétrole déversé – plus de 40 000 millions de mètres cubes – à partir d’un pipeline souterrain de Petróleos Mexicanos (Pemex) a contaminé le fleuve San Juan dans l’état mexicain de Nuevo León (nord) et a affecté 23 kilomètres de son lit dans une région agricole particulièrement productive.

20 août – AMÉRIQUE LATINE« L’économie orange » émerge fortement en Amérique latine. Cette notion fait référence à l’ensemble des activités visant à transformer les idées créatives en produits et services à forte valeur ajoutée. L’ensemble génère plus de 177 000 millions de dollars annuellement pour l’Amérique latine et emploie plus de 10 millions de personnes, dont de nombreux jeunes.  Il est possible de vérifier l’analyse de l’information statistique mise au point par des observatoires des politiques et industries culturelles, telles que l’ Observatoire des industries créatives à Buenos Aires, les efforts multilatéraux au droit d’auteur que l’ Observatoire ibéro-américain du droit d’auteur ( ODIR) , et à l’ordre public plus spécialisé que l’ Observatoire des politiques culturelles au Chili et l’ Observatoire de la culture et de l’économie à Bogota.

20 août – ARGENTINE – La juge María Romilda Servini de Cubría [Photo], déjà en charge des crimes de la dictature franquiste, a ordonné à un médecin qui a travaillé 74 ans dans la police de Buenos Aires de ne pas quitter le pays pour son implication présumée dans le vol du petit-fils de la présidente des Grands-mères de la Plaza de Mayo, Estela Barnes de Carlotto. Le nom du dr Julio Sacher est écrit sur le certificat de naissance pour avoir assisté en tant que professionnel dans la ville de Olavarria (308 km sud-ouest de Buenos Aires) à la naissance de celui qui était alors appelé Ignacio Hourban, le désormais identifié comme Ignacio Montoya Guido Carlotto.

20 août – BRÉSIL – Le dernier rapport de Human Rights Watch qui dénonce la pratique de la torture au Brésil par la police et le personnel pénitentiaire, consacre une section à l’épineuse question de l’impunité, considérée par de nombreux spécialistes de la violence comme l’une des raisons de la présence de la corruption et du crime dans les rangs de la police brésilienne. « Human Rights Watch a examiné les données officielles qui suggèrent que l’impunité est la norme dans les cas de graves violations commises par la police et les gardiens de prison. La justice militaire a traité au moins 4 000 des enquêtes sur les cas de blessures corporelles entre janvier 2011 et juillet 2013, seulement 53 policiers ont été condamnés au cours de cette période « , dit le texte. Selon le politologue João Trajan, coordinateur du Laboratoire de la violence de l’Université d’État de Rio de Janeiro (UERJ),  » les partisans des droits humains et de la primauté du droit sont en train de perdre la bataille « .

20 août – PÉROU – L’avocat Diego García-Sayán, l’ex-président de la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) et juge actuel de ce tribunal, est le candidat du Pérou pour diriger l’Organisation des États américains (OEA). Le chancelier, Gonzalo Gutiérrez, était chargé d’annoncer la nomination de l’avocat, pressentie dans les milieux politiques depuis des mois. Diego García-Sayán est la troisième personne qui postule pour succéder à Jose Miguel Insulza à l’OEA en mai 2015, après que l’Uruguay a annoncé la candidature du ministre des Affaires étrangères Luis Almagro et le Guatemala l’ancien vice-président Eduardo Stein.

20 août – GUATEMALA – Cinq officiers de l’armée du Guatemala, dont le chef d’état-major de la Défense, le général Rudy Ruiz Ortiz, sont décédés dans le crash encore inexpliqué de l’hélicoptère qui les transportait. L’engin était un 206 Guatemalateca Air Force Bell (de FAG). L’accident s’est produit dans la ville de Nentón (Huehuetenango, dans le nord, à la frontière avec le Mexique), une zone d’accès difficile.

20 août – BRÉSILL’intronisation de Marina Silva comme candidate du Parti socialiste (PSB) pour remplacer Eduardo Campos, mort le 13 août dans un accident d’avion, vient bousculer la campagne électorale et menace la présidente sortante, Dilma Rousseff, dont le scénario de la réélection était pourtant écrit depuis des mois. Un sondage Datafolha publié par la Folha de Sao Paulo donnait 21 % des intentions de vote à Marina Silva, plaçant l’ancienne ministre de l’environnement de l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva à la deuxième place, devant le candidat du Parti social-démocrate (PSDB) Aécio Neves (20 %). Surtout, l’enquête indique qu’en cas de second tour l’égérie du mouvement écologiste dépasserait d’une courte tête la présidente-candidate du Parti des travailleurs (PT) avec 47 % contre 43 %, un écart égal à la marge d’erreur.

21 août – CHILI – Le pays réagit avec colère à la nouvelle carte présentée par le Pérou. Les cartes officielles publiées par le gouvernement péruvien dans le cadre de la mise en œuvre de la décision de janvier de la Cour internationale de Justice (CIJ), a suscité une vive réaction de la part des autorités chiliennes, qui considèrent que l’administration du président Ollanta Humala insiste sur une demande qui n’est pas supportée par les accords existants: « Le gouvernement du Chili fait une réserve expresse en ce qui concerne la représentation de la frontière terrestre entre les deux pays », a déclaré le chancelier chilien Heraldo Muñoz, après avoir connu la nouvelle carte de démarcation.

21 août – ARGENTINELa conversion de la dette que voulait entreprendre la présidente de l’Argentine, Cristina Fernández de Kirchner, pour contourner le blocage judiciaire des États-Unis a été décrite comme « illégale » par la justice de New York. Toutefois, le juge Thomas Griesa évite de déclarer le pays sud-américain en infraction.

22 août – COLOMBIE – Un groupe de militaires colombiens s’est ajouté aux négociations de paix avec les FARC à La Havane. Cette étape a été considérée comme historique avec la nomination d’une sous-commission technique qui aura pour fonction d’examiner avec la guérilla sa démobilisation et la cessation définitive de ses activités.  En outre, jamais auparavant les militaires ne s’étaient assis avec ceux qu’ils ont combattu pendant plus de 50 années. L’annonce a été vivement critiquée par l’opposition, menée par le sénateur Álvaro Uribe, qu’il a qualifiée d’ « abus de pouvoir« .

23 août – AMÉRIQUE CENTRALE – La sécheresse prolongée a exacerbé l’insécurité alimentaire en Amérique centrale. Environ deux millions de Centre-Américains résidant dans le « couloir de la sécheresse », bande qui traverse le Guatemala, El Salvador, le Honduras et le Nicaragua sont menacés de perdre leurs cultures et donc, leur seule source de nourriture, reconnaît le directeur pour l’Amérique latine et les Caraïbes du Programme alimentaire mondial , Miguel Barreto (PMA). Le PMA met en garde contre le risque d’une crise humanitaire dans la région

23 août – CHILIUn séisme de magnitude 6,4 sur l’échelle de Richter a été ressenti dans le centre du Chili, à 18h33 heure locale, provoquant des coupures de courant et des communications, en particulier la téléphonie mobile. Selon les informations du Bureau national d’urgence, l’épicentre du séisme se trouvait à 37 kilomètres au nord de Valparaíso, à 100 kilomètres de Santiago confrontée à une forte intempérie.

 Guy MANSUY

Les étudiants de nouveau dans la rue « pour une éducation gratuite et de qualité pour tous »

Plusieurs dizaines de milliers d’étudiants du secondaire et universitaires protestent dans la rue contre les ambigüités de la réforme de l’Éducation promise par la présidente Bachelet.

Depuis 2006, pendant le premier mandat de Michelle Bachelet, et surtout 2011 sous la présidence de Sebastián Piñera, les étudiants du secondaire et universitaires réclament une réforme en profondeur du système éducatif chilien. Dans le modèle actuel, créé sous la dictature du général Pinochet, les établissements scolaires sont considérés comme des entreprises privées et gérés comme telles par des actionnaires qui engagent de véritables directeurs commerciaux pour gérer « l’entreprise »!

Les établissements d’enseignement sont divisés en trois catégories : les collèges publics, les collèges subventionnés, c’est-à-dire privés, faisant payer les parents et recevant quand même des subventions de l’État au prorata du  nombre d’élèves, et les établissements privés (sans subventions). Le système faisant croire aux parents que plus ils paient cher, meilleure est l’éducation, les collèges subventionnés sont  préférés aux écoles publiques qui ont de plus en plus de difficulté à survivre. L’éducation supérieure est hors de prix : certaines universités exigent des parents jusqu’à 1000 dollars par mois dans le privé et 800 dollars dans le public. Ce modèle est extrêmement inégalitaire car l’accès à l’éducation dépend ainsi uniquement du pouvoir financier des parents. Un panneau porté par une étudiante dans la marche regrettait que « Cinq ans d’études signifiaient vingt ans de dettes… »

Les promesses de Michelle Bachelet

La campagne de la candidate Bachelet était basée sur trois promesses principales : une réforme en profondeur du système éducatif, une réforme du système des impôts pour trouver les finances nécessaires et la mise sur pied d’une assemblée constituante pour l’élaboration d’une nouvelle constitution.  La réforme du système éducatif  devrait « mettre fin au lucre (1), établir la gratuité des études et en terminer avec la ‘sélection’ des élèves dans les collèges » (les élèves sont interviewés soi-disant pour définir leur niveau scolaire, en réalité pour juger du pouvoir financier des parents).

Une fois élue, la présidente Bachelet charge son ministre de l’Éducation, Nicolas Eyzaguirre, d’élaborer la réforme. Mais Eyzaguirre est un économiste, un ancien ministre des Finances et ex directeur d’un département du Fonds monétaire international. Pas étonnant que son projet de  réforme ne plaise pas aux premiers concernés, les étudiants et leurs familles, qui estiment que la réforme laisse trop de place aux secteurs favorables au lucre et se sentent obligés à descendre dans la rue pour exiger que le gouvernement écoute leurs propositions. Selon les représentants des organisations étudiantes, soutenus par des organisations parentales et des secteurs du corps enseignant, « Cette réforme se fait entre quatre murs, dans le dos des citoyens, sans la participation des acteurs de l’Éducation… Elle n’éliminera ni le lucre ni le marché éducatif… Ce projet de loi du gouvernement n’est pas une réforme mais un simple aménagement du système actuel… »

Le lobby des actionnaires

Bien sûr, les partisans du modèle néolibéral sont montés au créneau. Pour l’ancien candidat présidentiel de la droite, le sénateur Andrés Allamand, la réforme « est teintée d’idéologie car elle cherche un contrôle de l’État sur le système éducatif. Elle est attentatoire à la liberté de choix des parents… » Pour ce secteur, les actionnaires ont le droit de gérer leur collège comme bon leur semble même si cela signifie qu’un propriétaire puisse vendre son établissement, élèves compris, ou le fermer et mettre 400 étudiants à la rue comme cela s’est passé récemment. Pour éviter que ce genre de situation ne se renouvelle, la réforme prévoit un « interventor » qui serait désigné par le gouvernement pour continuer à faire fonctionner un établissement éducatif si son propriétaire décidait de le fermer, et permettre ainsi aux élèves inscrits de continuer leurs études. Une preuve de plus pour les étudiants que la réforme n’abolira pas le lucre…

Plan de participation citoyenne

En partie en réponse aux manifestations, le ministre de l’Éducation a mis sur pied une table de dialogue appelée Plan de participation citoyenne « ouvert aux organisations et aux institutions impliquées dans les divers secteurs du monde éducatif… » Les organisations étudiantes sont divisées : certaines acceptent d’y participer car « ne pas y aller serait laisser la place aux conservateurs favorables au lucre dans l’éducation« , d’autres refusent car « le gouvernement est ambigu dans ses déclarations sur le lucre ». Il est clair que la réforme du système éducatif deviendra rapidement un problème politique d’envergure et que les manifestations risquent bien de se poursuivre…

 Jac FORTON

 (1) Lucre : profit, argent recherché avec avidité (dictionnaire Larousse en ligne)

Antonio Skármeta obtient le Prix national de Littérature au Chili.

Le jury officiel du Prix national de littérature 2014, présidé par le ministre de l’Éducation Nicolás Eyzaguirre, a décerné le principal prix des lettres du Chili à l’écrivain Antonio Skármeta. Les autres auteurs candidats étaient Poli Delano, Germán Marín, Jorge Guzmán et Pedro Lemebel. Ce dernier était le candidat le plus populaire de la calle letrada (« la rue lettrée ») ou de la cuneta iletrada (« le trottoir illettré »), comme le dit le même Lemebel. Antonio Skármeta est venu en France en 2008 invité par le festival Belles Latinas.

Intellectuel de gauche, ancien membre du MAPU (Movimiento de Acción Popular Unitaria), partisan de Salvador Allende, pendant les années de l’Unité populaire, Antonio Skármeta doit quitter le pays après le coup d’État de 1973. Son exil, commencé en Argentine se déroule surtout à Berlin-Ouest, jusqu’en 1989. Il revient au Chili en 1990, après le retour de la démocratie.

En Allemagne il a reçu, en 1975, la bourse du Programme des Arts de l’Académie grâce à laquelle il a pu écrire son premier roman Soñé que la nieve ardía. À partir de 1979,  il a travaillé pendant trois ans en tant que professeur dans l’Académie de cinéma et télévision de Berlin. En Allemagne, il a écrit en 1985 Ardiente paciencia. Cette œuvre a connu un grand succès et a été traduite dans une trentaine de langues, adaptée au cinéma et au théâtre. Le  compositeur mexicain Daniel Catán a créé un opéra inspiré de ce livre présenté à l’opéra de Los Angeles sous le titre Il Postino, avec Plácido Domingo dans le rôle de Pablo Neruda. Il a obtenu pour La Noce du poète  le Prix Médicis étranger, en 2001 et de son livre Une ardente patience a été tiré le film Le Facteur avec Philippe Noiret en 1994.

Auteur de scénarios pour le cinéma et la télévision, il obtient le Grand Prix du festival de Biarritz, en septembre 1983, pour Ardente patience (réalisateur et scénariste). Ardent défenseur des droits de l’homme et de la justice sociale, il est nommé ambassadeur du Chili à Berlin, au retour de la démocratie au Chili, de 2000 à 2003. Il a reçu le Prix du livre de jeunesse sur la tolérance, décerné par L’UNESCO, en 2002, grâce à l’album de littérature de jeunesse La rédaction, puis le Prix Planeta pour El baile de la Victoria en 2003. Il a été décoré Chevalier des Arts et Lettres par le Ministère de la Culture en France. Réalisateur de cinéma il a filmé des documentaires et des long métrages pour lesquels il a obtenu des prix dans les festivals de Huelva, Bordeaux et Biarritz.

 Olga BARRY

  • Parmi ses œuvres en français : Un père lointain  (Grasset, 2010) /  Neruda par Skarmeta  (Grasset, 2006) / La Fille et le Trombone  (Grasset, 2006) / Le ballet de la victoire  (Grasset, 2005) /Une ardente patience (Le Seuil, 1996) /Le livre dont a été tiré le film Le facteur (Il Postino), réalisé par le Britannique Michael Radford (1996). /La noce du poète, (Grasset, 2001). /T’es pas mort, (Le Seuil, 1982) /Le cycliste de San Christobal, (Le Seuil, 1984). /Beaux enfants, vous perdez la plus belle rose (Gallimard)…

« Hérétiques » du Cubain Leonardo Padura

Leonardo Padura, l’écrivain cubain, après le chef d’œuvre L’homme qui aimait les chiens  revient avec un nouveau roman Hérétiques où il réussit, avec Hérétiques, aux éd. Métailié, à nous surprendre et une fois encore à nous séduire sans réserves. En septembre Leonardo Padura sera en France pour présenter son livre : à Strasbourg le 17, à Lyon le 18, à Besançon le 19, à Ivry-sur-Seine le 21, du 22 au 24 à Paris, le 25 à Toulouse, le 26 à Auch et le 27 à Pau.

Après le chef d’œuvre qu’est L’homme qui aimait les chiens, paru il y a quatre ans, Leonardo Padura revient en force avec ce nouveau roman dans lequel on retrouve avec plaisir Mario Conde, le détective un peu blasé des premiers polars. Mais cette fois Conde n’est pas vraiment au centre de l’action, il n’est qu’un des éléments moteurs car, en réalité, Padura nous offre non pas un mais trois romans en un, deux enquêtes du détective et, au centre, un somptueux roman historique. Tout se rejoint à la fin, porté par le sujet commun aux trois parties mais aussi à l’ensemble de l’œuvre de Leonardo Padura : une certaine marginalité, forcément salutaire et la quête de la liberté. Ce n’est pas par hasard que Don Quichotte soit cité à plusieurs reprises.

Qu’est-ce que toute forme d’hérésie, sinon une volonté ou une nécessité d’échapper à une ligne religieuse imposée par des dogmes dont les raisons originelles sont de plus en plus obscures à mesure que passent les siècles. Et cela s’applique aussi à une ligne politique dont les principes ont été dévoyés par le temps et par les hommes. Cela s’applique encore aux conceptions morales dont on a de plus en plus de mal à leur trouver une signification. On trouve ces trois types de « déviances » dans cet immense roman qui avant tout est un roman, avec ses mystères, ses rebondissements, ses personnages savoureux et cet humour à la fois mordant et plein d’humanité propre à Leonardo Padura. On y découvre par exemple l’univers des emos (attention : les prendre pour des freaks ou des gothiques, malgré les apparentes ressemblances serait une véritable hérésie !), on y retrouve non seulement l’ex policier, fétiche et double de l’auteur, et ses amis de toujours, mais on s’échappe aussi de cette Havane misérable et belle qui nous est familière pour un grand saut dans l’espace et le temps.

Au centre du roman, le Livre d’Elías qui, entre parenthèses peut se lire indépendamment du reste, fait revivre Amsterdam au milieu du XVIIe siècle, à l’époque où Rembrandt, au sommet de son art, commence sa descente aux enfers, tenaillé par le manque d’argent et par un manque de reconnaissance : depuis qu’il s’écarte des canons officiels il est peu à peu marginalisé. Ce Livre d’Elías, modèle de roman historique, est à lui seul une merveille : Amsterdam, la vraie, pas celle des images toutes faites, vit littéralement sous nos yeux, avec ses beautés et ses misères : l’atelier de Rembrandt et aussi son mauvais caractère, les canaux et aussi les égouts : comment évacuer toutes les sortes d’ordures dans une ville baignant dans des eaux stagnantes ? Il est tellement tentant d’embellir le passé, surtout dans les romans, que cette volonté de vérité est à saluer. Amsterdam, avec son climat à l’opposé de celui de La Havane, est une ville qui sait accueillir, les Juifs entre autres, mais qui sait aussi châtier celui qui s’écarte des normes. Tout cela est vivant, prend les couleurs austères de la peinture flamande, et cette ambiance un peu glaçante n’empêche pas les passions de s’exprimer sous les traits de personnages qui sont, comme toujours chez Padura, des êtres humains attachants sans jamais être mièvres.

Les deux parties qui encadrent le Livre d’Elías, le Livre de Daniel et le Livre de Judith, nous l’avons dit, sont deux missions au cours desquelles Mario Conde ne se contente pas de mener l’enquête. On retrouve l’homme avec quelques années de plus sur le dos, constatant en souriant avec un rien d’amertume, les dégâts causés par le passage du temps, mais restant bon mangeur, bon buveur et toujours amoureux de Tamara. Comme Amsterdam dans la partie centrale, La Havane est une ville de contrastes, décadente et bouillonnante de vie sous toutes ses formes. Quant aux enquêtes, l’une est centrée sur des tableaux anciens, un en particulier, qui a beaucoup voyagé et qui continue de le faire, avec un million de dollars, peut-être plus, à la clé, l’autre est centrée sur un monde futuriste proche de celui du film Blade runner, passé, présent, futur, tout va décidément par trois dans ce roman.

Leonardo Padura nous décevra-t-il un jour ? Après le chef d’œuvre qu’est L’homme qui aimait les chiens, il réussit, avec Hérétiques, à nous surprendre et une fois encore à nous séduire sans réserves.

Christian ROINAT

 

Hérétiques, de Leonardo Padura, traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas, aux éditions Métailié, 620 p., 24 €.
Leonardo Padura en espagnol : toute son œuvre est publiée chez Tusquets et en français chez Anne-Marie Métailié.

Les éditions Asphalte nous proposent « Depuis que la samba est samba » de Pablo Lins

On connaît Paulo Lins pour son roman La Cité de Dieu, adapté au cinéma. Depuis la sortie du roman, il y a déjà 17 ans, il s’est consacré à d’autres activités et n’a rien publié. Il a pourtant travaillé pendant quatorze ans sur un sujet qui lui tenait à cœur, quatorze ans pour écrire ce qu’il voulait être le grand roman sur la naissance de la samba. Mission accomplie : il nous propose aujourd’hui Depuis que la samba est samba, solide documentaire et roman ébouriffant.

C’est bien de ça qu’il s’agit : on est constamment à cheval entre la découverte d’une époque, décrite avec énormément de justesse et les rebondissements d’une complexe histoire d’amour entre trois personnages hauts en couleurs.

On est dans les années 20 à Rio, dans la Zone, quartier, comme le dit son nom, des bars louches, des proxénètes et des malandros, mais aussi des cordonniers, des petits fonctionnaires et des employés de banque. Là est en train de naître un rythme neuf, la samba. Rien encore n’est codifié, il y a tout juste deux ou trois hommes, peu recommandables vus de l’extérieur, qui imaginent des vers sur des tempos nouveaux qui ne plaisent pas aux « vieux ». Ils ont des casiers judiciaires impressionnants, ces créateurs, ils vivent pour cette musique naissante, et, à l’occasion, ils ne détestent pas de poignarder à droite ou de castagner à gauche, parfois jusqu’à tuer. Quant à la police, elle est le plus souvent trop heureuse de cogner elle-même, surtout si les bandas sont exclusivement composées de Noirs, mais le plus souvent elle ne fait qu’appliquer, avec zèle c’est vrai, les diverses interdictions à l’encontre de cette musique qui dérange, nul ne sait pourquoi.

Les précurseurs se nomment Alvés, la vedette de la chanson qui s’intéresse à ce courant émergeant, Ismael Silva, le premier à mettre des paroles, Bide et Brancura. Ce n’est pas un monde idéal qui nous est offert, les problèmes d’argent (de droits d’auteur, dirait-on aujourd’hui) sont montrés très crûment, les uns étant exploités par d’autres, l’industrie du disque naissante n’étant pas innocente ni désintéressée du tout. Le jour où la vedette la plus populaire prend (c’est bien le terme) une samba au modeste compositeur qui n’est encore qu’un modeste cordonnier, il lui fait un tel honneur qu’il n’est même pas question d’argent entre eux ! Et puis il y a la diffusion, la radio, nouveau moyen de se faire connaître par des milliers de gens en même temps, véritable révolution dont Alvés ou Brancura savent déjà l’importance. Paulo Lins nous montre tout ce bouillonnement dans un style qui le reproduit : son texte lui aussi bouillonne, les personnages, timides ou truculents se côtoient, s’évitent, s’aiment ou se combattent sans aucune baisse de régime.

Il  faut dire que l’autre côté de ce roman, c’est une histoire d’amour impossible (ou presque) d’amour et de rivalité. La plus belle fille du quartier, Valdirène, unanimement considérée comme la plus belle des prostituées de la ville, hésite entre ses deux prétendants, un Blanc et un Noir, un malandro et un employé de banque dont le passé n’est pas forcément reluisant, tous deux d’une sensualité dont la jeune femme peut difficilement se passer. Mais rivaliser en amour dans ce quartier veut dire aussi risquer sa vie : un rival est forcément un ennemi mortel, même si on le côtoie chaque jour. Le seul bémol à mettre à ce livre trépidant est la lourdeur de la plupart des scènes d’amour.

Au moment où se termine l’immense publicité faite au Brésil, à l’occasion de la Coupe du monde, quoi de meilleur que de se plonger délicieusement dans cette fresque pleine de couleurs sur la naissance d’un art qui, près d’un siècle plus tard est loin d’être mort.

Paulo Lins : Depuis que la samba est samba, traduit du portugais (Brésil) par Paula Salnot, éd. Asphalte, 287 p., 22 €. En librairie le 4 septembre.

 Christian ROINAT

Paulo Lins en brésilien : Desde que o samba é samba, Planeta / Cidade de Deus, Companhia das Letras.
Paulo Lins en français : La Cité de Dieu, Gallimard et Folio.

Les faits de l’actualité du 11 au 17 août 2014

11 août – PARAGUAYL’unique industrie productrice de canne à sucre coopérative, avec son usine de sucre biologique et la commercialisation de ses produits, vient de démarrer avec un effectif de 172 salariés et 1 750 propriétaires; tous et chacun d’eux sont des membres de la coopérative Manduvirá. Après deux décennies qu’un groupe de producteurs de canne a commencé à rêver d’avoir sa propre usine, ce qui semblait alors une utopie, celle-ci est devenue une réalité. Malgré les obstacles, la coopérative, impliquée dans le commerce équitable, a obtenu le label Fairtrade Labelling Organisations (FLO). La coopérative Manduvirá est plus qu’une fabrique de sucre, c’est une révolution douce qui produit aussi de la justice sociale. « C’est notre essence, bien que nous sommes en concurrence sur un marché injuste » termine Andrés González, gérant de Manduvirá en posant son regard sur une carte sur le mur de son bureau.

11 août – AMÉRIQUE LATINE – La région doit prendre soin de l’eau pour étancher sa soif de besoin d’énergie. On estime qu’elle va augmenter de 550% sa production d’électricité au cours des 35 prochaines années et pourtant la sécheresse est l’ennemi silencieux de l’Amérique latine. Ce sont les derniers chiffres déclarés par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) que d’ici 2035, la consommation mondiale d’énergie devrait croître de 35% et la consommation d’eau par le secteur de l’électricité va augmenter de 85%, en particulier dans les pays en développement, la preuve de l’interdépendance entre les deux.

11 août – AMÉRIQUE LATINE – La vitesse de plusieurs gouvernements latino-américains pour s’offrir comme partenaire commercial à la Russie n’a pas été très bien ressentie à Bruxelles. La Commission européenne transmettra aux représentants « un groupe de pays » du continent américain son désaccord avec la réaction rapide après les sanctions russes contre les produits agricoles de l’UE, les USA, l’Australie, le Canada et la Norvège et les convoquera à « reconsidérer » ses contrats en puissance avec un partenaire « non fiable » comme Moscou, comme l’ont confirmé des sources communautaires. Avec ce mouvement, l’UE cherche à donner un avertissement pour un mouvement qu’ils ne considèrent pas loyal, bien que les Vingt-huit ne prétendent pas troubler leurs bonnes relations diplomatiques et commerciales avec des pays comme le Brésil ou l’Argentine.

11 août – COLOMBIELe président Juan Manuel Santos a promis pour son deuxième mandat, la paix, l’équité et l’éducation pour la Colombie. Il a présenté la composition de son nouveau gouvernement, qui a reconduit neuf ministres sur un total de 16 portefeuilles dont  » 11 ne sont pas de Bogotá, ce qui montre l’importance des régions » a-t-il dit.

11 août – NICARAGUA – A cause de la pire sécheresse en 32 ans qui sévit dans la moitié du pays et qui a causé des pertes de récoltes et de 2500 bovins, le gouvernement de Daniel Ortega propose de manger des iguanes d’élevage contre les pénuries alimentaires.

11 août – COLOMBIE – Le plus haut dirigeant des FARC ne croit pas que le processus de paix se terminera cette année parce qu’il a déclaré que la discussion sur le sujet, très épineux, des six millions de victimes du conflit, qui va commencer à La Havane incessamment, sera prolongée de plusieurs mois alors que le président Juan Manuel Santos veut clore le processus en 2014.

11 août – SALVADOR – Les autorités ont confirmé que le juge Tito Nicolás García, président de l’une des chambres en matière pénale de la région orientale, a non seulement été assassiné; mais sa femme Teresa Navarrete a aussi été tuée à ses côtés, tous deux étaient âgés de plus de 75 ans. Ces assassinats mettent en lumière la violence au Salvador. Selon les autorités, les circonstances sont diffuses : le juge a été étranglé, tandis que sa conjointe a subi de multiples blessures faites avec des couteaux et des poignards. Le crime coïncide avec le début d’un déploiement policier dans les quartiers pour essayer d’enlever aux bandes -gangs ou maras – leur pouvoir territorial.

12 août – ÉQUATEUR – Un séisme de magnitude 5,1 sur l’échelle de Richter et au moins deux répliques de moindre intensité a secoué Quito et a causé quatre décès dans la ville. Les efforts de sauvetage sont concentrés sur la colline de Catequilla, où huit travailleurs dans une mine sont toujours recherchés.

13 août – BRÉSIL – Il était le plus jeune des principaux candidats à l’élection présidentielle du 5 octobre et se présentait comme une alternative aux deux partis qui gouvernent le Brésil depuis vingt ans, le Parti de la social-démocratie (PSDB) et le Parti des travailleurs (PT). Eduardo Campos, 49 ans, président du Parti socialiste brésilien (PSB) et placé en troisième position des intentions de vote dans les sondages, est mort dans le crash de son avion de campagne dans une zone résidentielle de Santos, une ville du littoral de l’État de São Paulo ; avec lui ont été tuées six autres personnes. Petit-fils de Miguel Arraes, ancien gouverneur du Pernambouc (nord-est), Eduardo Campos fut successivement élu député, puis nommé ministre des sciences du gouvernement de l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva, avec qui il était resté ami. Élu à son tour gouverneur du Pernambouc, il est réélu, en 2010, au premier tour, avec 82,8 % des voix. Deux ans plus tard, le PSB enregistre la plus forte poussée électorale des municipales. « L’ensemble du Brésil est en deuil, aujourd’hui, nous avons perdu un grand Brésilien. Nous avons perdu un camarade« , a déploré la présidente Dilma Rousseff après avoir décrété un deuil national de trois jours.

13 août – BRÉSIL – Cette année et pour la première fois, c’est un Franco-Brésilien de 35 ans, Artur Avila, directeur de recherche au CNRS, à l’Institut de mathématiques de Jussieu-Paris rive gauche, qui vient d’être distingué de la médaille Fields délivrée à Séoul (Corée du sud) par l’Union mathématique internationale pour ses recherches sur les systèmes dynamiques. Mais aussi une grande première sur la planète mathématique qu’une femme s’invite parmi les quatre lauréats de l’une des récompenses scientifiques les plus réputées, la médaille Fields, considérée comme le Nobel de la discipline : Maryam Mirzakhani, 37 ans, Iranienne et professeur à Stanford aux États-Unis, a été primée lors du 27e congrès international quadriennal des mathématiques, devant près de 5 000 participants. Elle partage cet honneur avec le Franco-Brésilien Artur Avila, mais aussi avec le Canado-Américain Manjul Bhargava et l’Autrichien Martin Hairer.

14 août – VENEZUELA – Maria Gabriela Chávez Colmenares, fille de l’ancien président Hugo Chávez, sera la nouvelle ambassadrice en alternance du Venezuela à l’ONU. Contrairement à sa sœur Rosa Virginia, qui a un diplôme en relations internationales, la désormais ambassadeur « Gaby », 34 ans, n’a pas de formation formelle ou de l’expérience dans la pratique de la diplomatie professionnelle, même si elle a été témoin de première main de la « diplomatie présidentielle « de son père. Cette nomination à un bureau à l’étranger coïncide avec les rumeurs de l’intérieur du chavisme sur l’identification de la fille de Chávez comme un « Maduro de remplacement potentiel dans la conduite de la révolution bolivarienne« .

14 août – MEXIQUE – Les attaques contre les journalistes femmes ont augmenté de plus de 20% au Mexique. Entre 2012 et 2013, l’Association Communication et information des femmes (CIMAC) a enregistré 86 cas. Dans ce qui peut être considéré comme un acte critique des gouvernements mexicains, l’association CIMAC a fait connaître les résultats du second rapport « Impunité. Violence contre des femmes journalistes« . Selon le rapport, 56% des journalistes violés dans les deux dernières années ont été des femmes journalistes et 15,1% des photographes. Sur 10 travailleuses 6 étaient dans la presse écrite, deux dans les médias numériques et une à la télévision. 50% d’entre elles couvraient le champ politique et dans 23% des enquêtes sur la corruption. Dans 64% des plaintes l’agresseur est identifié comme un agent public et aucune des affaires portées devant l’autorité en 2012 n’a été résolue.

14 août – AMÉRIQUE LATINE – La région a pris les mesures décisives pour condamner le crime de disparitions forcées. C’est la Cour interaméricaine des droits de l’homme, le premier tribunal international en 1988 qui a caractérisé les disparitions forcées en les qualifiant d’infraction de lèse-humanité et en les rendant imprescriptibles. Cette approche a été un ingrédient important dans le dialogue jurisprudentiel régional, en le traduisant dans un droit national puissant dans la plupart des pays, qui auparavant prescrivait les disparitions et interrompait les recherches. Beaucoup de choses ont changé avec ce nouveau droit.

14 août – GUATEMALA – Selon l’organisation humanitaire Groupe d’appui mutuel (GAM), durant le 1er semestre de cette année, 700 personnes ont été tuées par des gangs engagés dans le chantage à l’extorsion de fonds. Le GAM a même préparé un tableau où les professions des victimes sont collectées, ce qui permet de classer, qui sont les professions les plus dangereuses dans ce pays d’Amérique centrale. Les plus touchés sont les commerçants, suivis par les agriculteurs, ceux qui traitent de l’argent liquide. Dans la liste, pour la même raison, il faut ajouter les conducteurs de motos-taxis et du service collectif de passagers. Les dégâts de cette pratique commencent à affecter sérieusement l’économie du pays, dans la mesure où elle décourage l’investissement.

15 août – AMÉRIQUE CENTRALELes pays d’Amérique centrale sont les régions d’origine, de transit et de destination de la traite des êtres humains, le paradis tranquille de l’esclavage sexuel. Le Bureau de Nations Unies contre la Drogue et l’Infraction (ONUDD) pour le Mexique et Amérique Centrale décrit ce négoce comme une équation simple : le crime organisé transnational investit peu de millions de dollars dans la traite régionale avec des fins d’exploitation sexuelle en Amérique Centrale, le Mexique, les États-Unis et le Canada et gagne des milliers de millions de dollars. La situation est particulièrement grave au Costa Rica, avec la triple condition d’être pays d’origine, de transit et de destination.

17 août – COLOMBIE – Pour la première fois les victimes de la Colombie prennent la parole sur leur drame dans des dialogues avec les membres des FARC de  La Havane à Cuba. 12 représentants des victimes de la violence ont participé à la réunion qui a examiné l’histoire dans un pays qui a enduré pendant 50 ans, une guerre qui a tué plus de six millions de victimes. Pendant 10 minutes, chacun de ces 12 victimes a pu dire aux représentants de la guérilla et du gouvernement ce qu’il ressentait et ce qu’il attend de négociations de paix qui se déroulent à La Havane. La session a commencé par une minute de silence durant laquelle des victimes et des négociateurs, debout dans un cercle, se tenaient la main. « C’est la rencontre la plus importante et transcendantale de toute ma vie« , a admis le seul survivant des Turbay victimes des FARC, dans une comparution après la rencontre, qui a duré plus de 10 heures. Il a aussi compté que, dans une suspension de séance, Luciano Marin, Iván Márquez, numéro deux du FARC, lui a demandé pardon. « Il s’est approché avec des sentiments de sincérité. Ce n’a pas été un pardon mécanique, ça a été un pardon de cœur« , selon lui. Il a raconté qu’Iván Márquez lui a dit que le meurtre de sa famille a été « une erreur« .

Guy MANSUY

Après 36 ans une Grand-mère de la Place de Mai retrouve son petit-fils

Laura Carlotto, fille de Estela Carlotto, présidente des Grand-mères de la Place de Mai, est exécutée par la dictature argentine en 1977 peu après avoir donné naissance à un garçon. 36 ans plus tard, « Guido » est retrouvé grâce à son ADN. Explications.

On estime à plus de 30 000 les personnes assassinées ou « faites disparaître » par la dictature argentine (1976-1983). Parmi elles, plus de 500 femmes enceintes au moment de leur détention ont été gardées en vie jusqu’à la naissance de leur bébé. Elles étaient ensuite assassinées et le bébé donné ou vendu en adoption, souvent à des militaires ou des policiers.

En novembre 1977, Laura Carlotto (23 ans) enceinte de deux mois et son compagnon Walmir Montoya, membres des Montoneros, une organisation de résistance à la dictature, sont arrêtés et détenus au centre de torture de La Cacha dans la ville de La Plata. Une co-détenue libérée informe les parents de Laura qu’elle a donné naissance à un garçon appelé Guido en l’honneur de son père, et que les militaires lui ont enlevé le bébé cinq heures après sa naissance en lui disant qu’ils allaient le remettre à ses parents. Les parents de Laura pensent qu’elle sera bientôt libérée mais c’est le silence. Et aucune nouvelle du bébé…

Le 25 août 1978, les Carlotto sont convoqués au commissariat de police pour identifier un cadavre : c’est Laura. Selon la police, elle et son compagnon Walmir Montoya auraient été tués lors d’un affrontement armé avec des militaires et abattus en plein combat. Ils l’enterrent deux jours plus tard au cimetière de La Plata. En 1999, ils font exhumer le corps pour qu’il soit autopsié. Laura a en fait été mitraillée à bout portant et achevée d’une balle dans la tête. L’autopsie permet également de déterminer qu’elle a bien été enceinte.

Son compagnon et père de Guido a lui été exécuté le 27 décembre 1977. Son corps fut enterré comme NN (identification inconnue) dans le cimetière de Berazategui. En 2006, la fosse est ouverte sur ordre de la justice fédérale. L’autopsie montre 16 impacts de balle à courte distance. Comme Laura, il a été fusillé ; l’affrontement avec des militaires était un mensonge de l’armée. Sa famille le fait incinérer à Santa Cruz en Patagonie d’où il était originaire. Auparavant, la justice lui prend un échantillon d’ADN.

« Qui d’entre vous cherche sa fille enceinte lors de sa disparition ? »

En 1977, en pleine dictature, l’association Madres de la Plaza de Mayo (Mères de la Place de Mai) commence à exiger du gouvernement militaire qu’il dise ce qui est advenu à leurs enfants disparus, en marchant autour de la Place de Mai à Buenos Aires. Lors d’une de ces rondes, une femme s’en écarte et crie « Qui cherche à retrouver ses petits-enfants ou dont la fille ou la belle-fille disparue était enceinte ? » Une dizaine de femmes la rejoignent. C’est le début de L’Association Abuelas de Plaza de Mayo (Grands-mères de la Place de Mai), créée le 22 octobre 1977. On ne saura que bien plus tard qu’au moins 500 enfants ont été donnés ou vendus à des proches de la dictature. Après la disparition de sa fille Laura, Estela Carlotto rejoint l’association Abuelas dont elle devient vite la présidente. Elle va consacrer sa vie à essayer de répondre à la question  » Où sont les 500 bébés volés, où est le bébé Guido ? »

Des institutions pour retrouver les bébés volés

Dès 1983, lors du retour de la démocratie, l’exigence populaire de savoir où sont passés les disparus est à la source de la création de plusieurs institutions : en 1983, la CONADEP, Commission nationale sur la disparition de personnes doit déterminer ce qui est arrivé aux disparus. En 1984, les Abuelas invitent Clyde Snow, un anthropologue légiste états-unien, pour les aider à identifier les restes humains découverts dans des fosses communes ; il crée l’Équipe argentine d’anthropologie légiste (l’EAAF, qui identifiera des dizaines de corps). La Commission nationale pour le droit à l’identité (Conadi) est créée en 1992 pour « rechercher, identifier et localiser les enfants disparus ». En 1987, une Banque de données génétiques est mise sur pied mais c’est surtout après 2009 que des milliers de familles dont un membre a disparu durant la dictature remettent leurs empreintes génétiques à cette banque spéciale. Ainsi, chaque fois qu’une personne a des doutes sur son origine et qu’elle s’adresse aux Abuelas, la banque compare leur ADN à ses dossiers.

Au début des années 2000, Abuelas produit une affiche qui demande aux gens :  » Vos sabés quién sos ? Sais-tu qui tu es ? Si tu as des doutes sur ta naissance, viens nous voir… » De nombreuses personnes contactent l’association et découvrent à 25-30 ans qu’ils sont enfants de parents disparus. Au 31 juillet 2014, 113 des 500 nietos (petits-enfants) avaient ainsi été identifiés comme « apropiados », « appropriés » par les militaires qui avaient assassiné leurs parents.

Comment Guido est-il devenu Ignacio ?

En 1977, en pleine dictature, Clemente Hurban et Juana Rodriguez sont d’humbles travailleurs agricoles au service de Francisco Aguilar, un grand propriétaire terrien dans la campagne proche de la ville de Olavarria, province de Buenos Aires. Juana ne pouvant avoir de bébé, le patron lui en « trouve » un à condition de ne pas poser de question. Ils l’appellent Ignacio. On sait aujourd’hui que les dignitaires de l’époque étaient souvent proches des militaires, surtout dans le campo. Est-ce le cas d’Aguilar ? L’enquête devra le déterminer. Elevé dans le campo, Ignacio est passionné de musique. Il devient un musicien assez connu et professeur de musique. En 2014, à 36 ans, sa vie est bouleversée. En mars 2014, Francisco Aguilar, el patrón de ses parents, meurt. Le 2 juin, à l’occasion de son anniversaire, Clemente et Juana Hurban révèlent à Ignacio qu’il est leur fils adoptif.

A la même époque, Céleste, son épouse est accostée par une voisine qui lui dit « Ignacio sait-il qu’il n’est pas l’enfant des gens qui l’ont élevé ? » Ignacio révèlera plus tard qu’il s’en doutait depuis un moment car il ne se trouvait aucune ressemblance physique avec ses « parents » et qu’il sentait « que quelque chose résonnait dans sa tête… » Il n’hésite plus, va voir les Abuelas et donne son ADN à la banque de données génétiques. Il est bien le fils de Laura Carlotto et de Walmir Montoya, le petit-fils de la propre présidente des Abuelas, Estella Carlotto.

 « Cela vaut la peine de lutter ! »

Le 8 août 2014, Ignacio (il préfère garder ce nom pour le moment) rencontre les Carlotto, soit sa vraie grand-mère Estela, sa tante, ses oncles et ses treize cousins ! La famille est reçue par la présidente argentine Cristina Fernández. Sous le coup de l’émotion (les deux présidentes sont très proches), Cristina Fernández lance « Cela vaut la peine de lutter ! » Au cours de la conférence de presse donnée la veille, Ignacio se montre tranquille : « J’ai eu une enfance heureuse et une vie heureuse, et maintenant cette famille… Il faut me donner le temps d’assimiler cette nouvelle situation… Ce n’est pas facile… » En quittant la salle, il salue sa grand-mère : « A bientôt Mémé ! »

Ignacio/Guido devra peu à peu connaître sa vraie famille, tant les Carlotto (nombreux) que les Montoya (un oncle et deux cousins). On ne sait rien pour le moment sur comment il va gérer ses relations avec ses parents adoptifs. Il leur a demandé de se cacher pour ne pas subir les assauts d’une presse avide de scoops…

L’enquête

Il est clair que les parents adoptifs d’Ignacio n’ont rien à voir avec la dictature. En 1998, la juge Maria Servini de Cubria a ouvert un dossier sur le centre de torture de La Cacha mais le peu d’informations ne permettaient pas à l’enquête d’avancer. Les nouvelles données sur Laura et Walmir permettront de répondre à plusieurs questions : qui a donné le bébé à Aguilar qui habite à 350 km de l’hôpital militaire où Guido est né ? Qui a tué Laura et Walmir ? Que se passait-il à La Cacha ? Qui en étaient les responsables ?

La juge Servini a demandé au registre civil le certificat de naissance d’Ignacio. Elle convoquera ensuite le médecin qui l’a signée. Ce sera peut-être le premier lien avec les militaires. Les parents adoptifs devront également expliquer les circonstances de l’adoption illégale. Et Ignacio, le nieto 114, devra lui aussi témoigner devant la juge.

Jac FORTON

Les États généraux du documentaire de Lussas

Manifestation non compétitive, les 26 e États généraux du documentaire se déroulent dans une petite commune conviviale de l’Ardèche, Lussas (1 000 habitants) du 17 au 24 août.

La ligne éditoriale est profondément marquée par trois axes de programmation : les séminaires et ateliers développent, sur plusieurs séances, une réflexion théorique sur le cinéma ;  les rencontres professionnelles proposent des temps privilégiés d’échange entre les différentes catégories professionnelles, destinés à s’informer, se mobiliser et à engager une réflexion commune à tous les secteurs de la profession autour des perspectives économiques et de diffusion du documentaire ;  les programmations « Films » permettent de découvrir ou revisiter des œuvres documentaires exceptionnelles, des filmographies ou l’évolution du documentaire d’un pays. Le regard sur la production francophone européenne de l’année avec la sélection « Expériences du regard » met en avant des œuvres récentes et peu diffusées, les Histoire de doc , cette année l’Italie, renforcent la dimension de formation à travers la programmation d’œuvres de référence ou de patrimoine, les Fragments d’une œuvre proposent des rétrospectives d’auteurs confirmés ou la découverte de la filmographie de jeunes auteurs, les Route du doc proposent de faire le point sur l’évolution du documentaire, aux Pays-Bas. Et les séances plein air du soir n’oublient pas les films à caractère plus événementiel…

L’association organisatrice, Ardèche Images comprend aussi – la Maison du doc, créée en 1994. Sa base de données compte plus de 33 000 titres et son Club du doc rassemble plus de 15 000 films.

L’École documentaire propose, en collaboration avec l’Université, des formations à la réalisation et à la production documentaire et organise des Rencontres professionnelles destinées à faciliter la mise en production de premières œuvres. La première résidence d’écriture a vu le jour en 1997.

Africadoc développe en Afrique subsaharienne un programme de formations (Master de réalisation, résidences d’écriture) et organise le Louma, le rendez-vous annuel du documentaire de création africain. Très bien organisés pour les spécialistes, les États Généraux sont aussi, pour les néophytes, une réflexion sur ce qu’est, ce que peut ou doit être le documentaire.

Alain LIATARD

Site du festival

 

Deux films latinos de plus durant l’été 2014

Deux films paraissent durant l’été : Au premier Regard du brésilien Daniel Ribero, sorti le 27 juillet et un autre film brésilien Reaching for the moon de Bruno Barreto qui sortira le 27 août.

Au premier Regard est un film sur la jeunesse de São Paulo. Leonardo, 15 ans aveugle de naissance, hyper protégé par sa mère et conduit chaque jour au lycée par son amie d’enfance, Giovanna, aspire à plus d’indépendance, et voudrait même continuer ses études à l’étranger. Quand arrive dans sa classe un nouvel élève, Gabriel, il est troublé, abandonne sa vie d’enfance, et s’éveille à l’amour et à la sexualité.

Il s’agit d’un premier film sensible de Daniel Ribero qui reprend son court-métrage multi-primé Eu não quero voltar sozinho (Je ne veux pas rentrer tout seul).« Ce qui compte pour Léonardo, dit-il, n’est pas d’être gay, mais de faire l’expérience du premier amour, du premier désir et toutes les nouvelles expériences qu’on fait à l’adolescence. On pense toujours au regard comme élément primordial de la relation, surtout dans la communauté homosexuelle où le fait de regarder et d’être regardé est essentiel. Le film parle de l’importance du regard mais aussi du fait que l’attirance et la sensibilité peuvent également provenir des autres sens, du toucher, de l’odorat… Cela dit, je ne pense pas que le fait qu’il soit aveugle influence tant que cela Leonardo. Cela influence plus l’histoire que le personnage. Pour Leonardo, le fait d’être aveugle n’est pas vraiment un problème. Tout comme sa sexualité. C’était important pour moi de faire ressentir cette insouciance. Il est né non-voyant, il a l’habitude et ne s’apitoie pas sur son sort. Ce qui le désole, c’est la façon dont certaines personnes réagissent autour de lui. Je pense que beaucoup d’handicapés ressentent la même chose : ils ne veulent pas être traités différemment, ils veulent juste sembler à la fois normaux et singuliers comme tout un chacun (…) J’ai beaucoup travaillé sur les sons qui proviennent à Leonardo de son point de vue, par exemple dans la scène où il veut quitter l’école tout seul et que ses camarades jouent autour de lui. C’est intéressant esthétiquement pour un réalisateur de pouvoir jouer avec ces éléments. Le son n’est pas toujours apprécié à sa juste valeur, alors c’était très excitant de le mettre en avant dans mon film. Le fait que Leonardo soit aveugle m’a obligé à être plus attentif à tout cela, j’en suis très heureux. Et peut-être serai-je plus attentif dans le futur, lorsque je ferai des films avec des «voyants », à tout ce qui fait partie du cinéma et n’est pas purement visuel. »

Quant à Reaching for the moon (Flores Raras en portugais) , il raconte dans les années 50 et 60, durant 15 ans, la relation à Rio de Janeiro années 1950, les relations de la poétesse américaine Elizabeth Bishop, prix Pulitzer en 1956 et de l’impétueuse architecte Lota de Macedo Soares qui lui redonna goût à la vie et l’aida à surmonter son alcoolisme.

L’un des poèmes d’Elizabeth Bishop qui a particulièrement inspiré Bruno Barreto s’appelle One Art.

« Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître ; / tant de choses semblent si pleines de l’envie / d’être perdues que leur perte n’est pas un désastre. (…) / Même en te perdant (la voix qui plaisante, un geste / que j’aime) je n’aurai pas menti. A l’évidence, oui, / dans l’art de perdre il n’est pas trop dur d’être maître / même si il y a là comme (écris-le !) comme un désastre ».

Bruno Barreto débute sa carrière en 1973, mais c’est avec le film Dona Flor et ses deux maris (1977) qu’il remporte un succès international. Ses derniers films connus en France sont Quatre jours en septembre (1997), la résistance d’un séminariste et d’un journaliste durant la dictature militaire et Rio ligne 174 (2008) sur Marisa qui veut retrouver son fils qui lui avait été enlevé.

Signalons que Birdman, de Alejandro González Iñarritu sera le film d’ouverture de la Mostra de Venise, dont le jury sera présidé par le compositeur français de musique de films, Alexandre Desplat. Pour le voir en France, il faudra attendre jusqu’en janvier 2015.

 Alain LIATARD

Les faits de l’actualité du 3 au 11 août 2014

3 août – AMÉRIQUE CENTRALE – La tragédie de dizaines de milliers d’enfants d’Amérique centrale qui ont franchi les frontières des États-Unis pour échapper à la violence et à la pauvreté dans leurs pays, a déclenché un débat passionné sur la migration. « Le débat doit inclure une stratégie de coopération internationale dans laquelle l’Amérique Centrale est plus qu’une manœuvre dans la guerre contre les drogues et le trafic de drogues » déclare Óscar Arias Sánchez, prix Nobel de la paix 1987 et ancien président du Costa Rica de 1986 à 1990, et de 2006 à 2010.

4 août – AMÉRIQUE LATINE – « Les riches d’Amérique latine ont déménagé leur argent à l’extérieur » dit l’économiste nord-américain, qui, en 2010 a conduit pour l’organisation « Tax Justice Network » (réseau de justice fiscale) une recherche sur l’argent qui est dissimulé dans des paradis fiscaux depuis plusieurs pays du continent, d’où sont déviés deux billions de dollars, plus que leur dette externe. Conseiller junior de cette organisation et du Centre sur l’Investissement Soutenable de l’Université de la Colombie, il est arrivé à Buenos Aires pour continuer sa recherche sur la fuite de capitaux de pays en développement de la part des riches par l’intermédiaire des paradis fiscaux.

4 août – AMÉRIQUE LATINE-CARAIBES – La Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), organisme des Nations Unies, met en garde contre une détérioration de la consommation privée et de l’investissement.Dans une conférence de presse à Santiago du Chili, siège de la CEPALC, sa secrétaire générale, la mexicaine Alicia Bárcena, a réduit pour la deuxième fois les prévisions de l’année, cette fois à 2,2%.

4 août – NICARAGUA – Suspendu en 1984 « a divinis » sans ménagement par l’ancien pape Jean-Paul II, le pape actuel François a ordonné de lever la punition du prêtre et ancien ministre des Affaires étrangères du Nicaragua, Miguel d’Escoto, après la prise du pouvoir par les sandinistes du Front sandiniste de libération nationale (FSLN). C’est à dire, que celui-ci peut reprendre, à 81 ans, sa charge pastorale, en particulier, la célébration de la messe et de la confession des fidèles. Bien qu’ancien général des jésuites il ait vécue dans sa propre congrégation, grande pourvoyeuse d’adeptes de la théologique et la pastorale de la libération en Amérique latine, et que certains de ses prêtres aient alors souffert de la persécution brutale de la dictature militaire – enlèvements, torture et même la mort -, on savait que le pape François n’est pas très proches d’eux, mais que maintenant il fait des pas évidents pour vouloir les réhabiliter ou, au moins, de se libérer des exécrations passées ou des excommunications.

5 août – BRÉSIL – La possibilité d’une panne d’électricité passait comme un fantôme dans tout le Brésil lors de la récente Coupe du Monde. Heureusement, il n’y avait pas de coupures, mais la menace est toujours là parce que depuis 2011, le pays connaît une grave sécheresse qui a provoqué la réduction du niveau des réservoirs qui alimentent les centrales hydroélectriques. Alors le gouvernement, avec les experts sur les questions énergétiques, n’a pas cessé d’insister qu’il serait important de diversifier les investissements dans la production, par exemple, de parcs d’éoliennes et de solaires, pour que le pays ne soit plus tributaire de la production hydroélectrique. Dans le plus grand pays d’Amérique latine, le vent ne représentait que 1,6% de la capacité installée de production d’électricité en 2012 (comparativement à 66% de l’hydroélectricité), selon la Société de recherche énergétique (EPE).

6 août – ARGENTINE – Après 36 années de recherche, Estela de Carlotto [photo], la présidente des Grand-mères de la Plaza de Mayo, a rencontré Guido, son petit-fils enlevé en 1977 pendant la dictature militaire (1976-1983). Laura, fille d’Estela et mère de Guido, et son partenaire appartenaient à l’organisation de guérilla Los Montoneros, et, alors qu’elle était enceinte, le couple a été arrêté par les militaires. Guido de Carlotto est né le 26 juin 1978 à l’hôpital militaire de Buenos Aires. Sa mère lui a été laissée seulement cinq heures et a été tuée 2 mois plus tard. Il a été appelé jusqu’à aujourd’hui Ignacio H’ourban, le nom que lui ont donné ses parents adoptifs. Ignacio, qui avait des doutes, s’est présenté spontanément devant la Commission nationale pour le droit à l’identité, pour apprendre que, grâce aux tests ADN, il était à 99 % le petit-fils d’Estela de Carlotto.

6 août – COLOMBIE – Dans le cadre des négociations de paix engagées depuis bientôt deux ans, le gouvernement de Juan Manuel Santos et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont accepté d’écouter la voix de tous ceux qui ont payé le prix de l’interminable confrontation. Ils sont plus de six millions, essentiellement des civils.  » Jamais un processus de paix n’a accordé une telle place aux victimes, affirme Fabrizio Hochschild, coordonnateur résidant des Nations unies. C’est une première, en Colombie et dans le monde. « Une délégation de soixante représentants des organisations de victimes est attendue le 16 août à La Havane où se tiennent les pourparlers de paix. Marleny Orjuela, qui dirige une organisation d’ex-otages des FARC a fait le voyage à Cali pour assister au grand  » Forum des victimes « , organisé sous l’égide de l’ONU et de l’Université nationale. Les deux institutions, aidées par la Conférence épiscopale, doivent élaborer la liste des organisations qui partiront à La Havane.

7 août – COLOMBIE – Dans un jugement clef pour le processus de paix que le Gouvernement colombien négocie avec la guérilla du FARC depuis 20 mois à La Havane, la Coupe Constitutionnelle a donné son approbation – par six voix pour et trois contre -, pour que les guérillas qui déposeront les armes, puissent prendre part à l’activité politique, mais exclue ceux qui ont commis des crimes contre l’humanité et génocide. Ce jugement répond à la demande d’inconstitutionnalité qu’a déposée l’ancien ministre adjoint de la Défense et membre du Uribe, Rafael Guarín, contre la réforme connue comme Marco para la Paz.

7 août – ARGENTINE – L’Argentine est déterminé à résister au jugement définitif de la justice des États-Unis qui ont ordonné de payer les fonds vautours, et d’autres créanciers qui ont rejeté la restructuration de la dette en 2005 et 2010, et qui ont laissé des obligations impayées depuis l’effondrement de ce pays d’Amérique du Sud en 2001. Huit jours après qu’il ne pouvait pas payer une échéance du passif refinancé, vu le blocus judiciaire qui l’oblige à créditer d’abord les fonds vautour, le Gouvernement de Cristina Fernández a entamé les démarches pour faire appel au jugement devant le Tribunal International de Haye, comme a confirmé l’organisme.

7 août – VENEZUELA – Le vice-président vénézuélien pour la zone économique, Rafael Ramírez, a confirmé l’intérêt du gouvernement de Caracas à vendre l’un de ses principaux atouts internationaux: Citgo Petroleum Corporation, l’un des plus grands raffineurs et distributeurs de carburant aux États- Unis pour lever des fonds. « Quand nous aurons une proposition qui est nécessaire à nos intérêts, nous sortirons de Citgo » a dit également à Caracas le président de la compagnie pétrolière d’Etat PDVSA et ministre de l’Énergie et du Pétrole, Rafael Ramírez, qui a réagi à l’information qui circule depuis la fin de juillet sur une vente imminente de Citgo.

7 août – CHILI – Un problème inattendu et complexe a traversé les priorités du gouvernement de Michelle Bachelet, qui n’a rien à voir avec son programme de réforme: la résurgence des attentats à la bombe à Santiago, attribués à des groupes antisystème. Un total de 26 attaques à la bombe a été enregistré seulement cette année. Dans ce contexte, le ministre de l’Intérieur, Rodrigo Peñailillo a participé à un sommet sur la sécurité au Sénat qui a duré environ 10 heures et dans lequel les principales autorités du système judiciaire et pénal sont intervenues. Le gouvernement a profité de l’occasion pour annoncer une refonte complète du système national de renseignement dans le but de le moderniser face aux menaces telles que le terrorisme, le crime organisé et le trafic de la drogue. Trente groupes anarchistes ont reconnu la moitié des faits.

7 août – NICARAGUA – La police nationale du Nicaragua a présenté les auteurs présumés du massacre de sandinistes du 19 Juillet, où cinq personnes ont été tuées et 19 autres blessées. Lors d’une conférence de presse tenue sous haute sécurité, le chef de la police, Aminta Granera a dit que treize personnes ont été inculpées dont l’un d’eux, José Dávila Ricardo Cortez, 61 ans, est lié au cartel mexicain Los Zetas et un en fuite.

7 août – COLOMBIE – Quatre ans seront-ils suffisants pour mener la Colombie sur le chemin de la paix ? Le président réélu, Juan Manuel Santos (centre droit), qui a été investi pour un second mandat, en semble convaincu.  » Personne ne pourra freiner une Colombie en paix « , a déclaré le chef de l’État au cours de son discours au ton résolument optimiste. Mais le processus de paix engagé avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) est confronté à des défis de taille, à commencer par l’opposition virulente d’Álvaro Uribe, l’ex-président devenu sénateur, honni à gauche et a refusé d’assister à la prestation de serment de Juan Manuel Santos et tenté de lui ravir la vedette, en réitérant devant les caméras ses accusations de fraude électorale. Álvaro Uribe continue de prôner la voie militaire pour venir à bout des FARC et accuse son successeur de brader le pays au  » castro-chavisme « .

9 août – BRÉSIL – La Russie cherche de la viande au Brésil après le refus de l’UE et des USA de leur vendre des produits alimentaires. Les entreprises brésiliennes exportatrices de viande ont reçu l’autorisation du Gouvernement russe pour vendre leurs produits dans ce pays, une mesure nouvelle qui suppose une importante injection pour l’économie brésilienne. L’habilitation d’un total de 89 compagnies, qui pourront aussi commercialiser des produits lactés, a été officialisée le jour même où le président Vladimir Poutine a annoncé le refus de l’importation d’aliments des Etats-Unis et de quelques pays de l’Europe. Le refus est une réponse aux sanctions de ces pays face à la Russie comme réaction à la crise ukrainienne.

9 août – VENEZUELA – Le pays annonce la fermeture de nuit de sa frontière avec la Colombie. Le Gouvernement de Nicolás Maduro justifie la mesure comme une autre tentative pour arrêter la  » contrebande de sortie » de biens de consommation tels que le carburant et la nourriture vers la Colombie conformément aux actions concertées avec le pays voisin.

11 août – BOLIVIE-ARGENTINE – Le gouvernement de la Bolivie a annoncé que son pays a expulsé vers l’Argentine, l’argentin Horacio Jorge Paez Senestrari, ex-militaire de 68 ans, condamné en Argentine pour des crimes contre l’humanité commis pendant la dictature en Argentine (1976-1983) et en fuite depuis 2011. Le ministre bolivien de l’Intérieur, Jorge Perez Paez, s’est déplacé à la ville frontalière de Yacuiba à remettre aux autorités de ce pays, selon un communiqué de son ministère. Contre l’ancien capitaine il existait un « notification rouge » d’Interpol depuis de 2011.

Guy MANSY

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