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décembre 2013

Amérique du Sud: trois présidentes amies

Élue à la présidence du Chili le 15 décembre, Michelle Bachelet rejoint le club des femmes au pouvoir dans la région, formé jusqu’ici par l’Argentine Cristina Fernandez de Kirchner et la Brésilienne Dilma Roussef. Trois femmes qui se connaissent, et qui savent dépasser leurs différences. Suite sur RFI>>

Les faits du 9 au 16 décembre 2013

8 DÉC – BRÉSIL Au Brésil 50,7% de la population est noire. Or, les représentants politiques noirs ne représentent que 6 à 9% de cette population. Le député de l’État de Bahia et membre du parti des travailleurs (PT), Luiz Alberto [photo], a exprimé sa volonté d’établir des quotas favorables aux noirs pour des postes dans la haute fonction publique. Dans l’État de Bahia même, où près de 80% de la population est noire ou métisse, seuls 4 représentants sur 39 sont noirs. L’idée défendue par Luiz Alberto est controversée et a été remise en cause –  même au sein de son propre parti – par des politiciens qui estiment que l’établissement de quotas est contraire aux principes de la démocratie. Le gouverneur de São Paulo, Geraldo Alckmin et membre du parti d’opposition PSDB, a pris  l’initiative  d’annoncer une réserve de 35% des places pour des fonctionnaires noirs. Il faut savoir que gouvernement de São Paulo en compte 570 000 alors  même que le gouvernement fédéral brésilien emploie plus de deux millions de fonctionnaires.

9 DÉC – AMÉRIQUE CENTRALE – Une vaste opération de contrebande d’êtres humains originaires de la Corne de l’Afrique – Érythrée, Somalie et Ethiopie – et du sud et du centre de l’Asie, – Chine, Bangladesh, Népal et Inde, –  a été dirigée par des « réseaux criminels transnationaux« . L’Amérique Centrale a été utilisée comme plate-forme pour le transfert illicite de ces personnes vers  le Mexique, les Etats Unis et le Canada. La révélation de cette opération  est contenue dans un « rapport de situation » sur « Le trafic de drogue et des menaces du crime organisé au Costa Rica, » réalisé par l’Organisation des enquêtes judiciaires (OIJ).

9 DÉC – ARGENTINE – Une dizaine de provinces argentines sont ébranlées par des pillages de boutiques et de supermarchés. Ces pillages ont causé la mort de quatre personnes. De telles explosions de violence sont facilitées par les grèves de policiers qui réclament des augmentations salariales. Ces grèves ont lieu en particulier dans les principales provinces du pays telles que Buenos Aires, Cordoba et Santa Fe. L’inflation dépasse actuellement les 25 % en Argentine.

10 DÉC – NICARAGUA – Lors d’un débat parlementaire, les députés dominés par la majorité sandiniste du FSLN,  ont approuvé en première lecture – 64 votes favorables  – la modification de la Constitution, qui garantit la perpétuation du pouvoir du  président Daniel Ortega. A l’extérieur du Parlement, des dizaines d’opposants au régime ont protesté contre ces législateurs en ayant recours à des termes injurieux.

10 DÉC – URUGUAY – Le projet de loi de réglementation de la production, la distribution et de la vente de marijuana, qui a été approuvé in extremis le 31 Juillet à la Chambre des représentants, a passé sa dernière formalité au Sénat avec 16 voix pour – tous les sénateurs Frente Amplio – et 13 contre. Suite à une discussion de 13 heures, le résultat a été accueilli par des applaudissements dans la galerie du Sénat ainsi que par des cris de « Uruguay, Uruguay » lancés par les milliers de militants qui attendaient le résultat à l’extérieur. L’État délivrera des licences pour cultiver et vendre dans les pharmacies. L’adoption du texte a eu lieu alors que sont mises en œuvre de nouvelles méthodes de lutte contre le trafic de drogue en Amérique Latine

10 DÉC – CUBA – Le régime cubain a empêché ses opposants de manifester à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme. A La Havane, le siège du forum Estado de SATS a été encerclé et une vingtaine de personnes ont été interpellées. Des dizaines de Dames en blanc, des groupes d’épouses et des proches d’anciens prisonniers politiques ont été arrêtés à La Havane, ainsi que dans plusieurs autres villes de province.

10 DÉC – SALVADOR – Le président du Salvador, Mauricio Funes, a dénoncé, dans une interview à la presse, l’enrichissement de l’oligarchie salvadorienne qui manipule l’argent public et administre le pays «comme une vache à traire et sort le lait à l’endroit où c’est possible». Des opérations bancaires suspectes impliquant l’ancien président salvadorien Francisco Flores (1999-2004) auraient été découvertes aux Etats Unis et concerneraient la gestion d’une subvention d’un montant de 10 millions de dollars.

11 DÉC – MEXIQUE – La Chambre des députés du Mexique a adopté la réforme énergétique qui met fin à 75 ans de monopole de l’Etat sur les ressources énergétiques. Le projet – déjà adopté par le Sénat –  a été approuvé à la Chambre des députés à 354 voix contre 134, après un débat tendu, marqué par les accusations de « privatisation » émanant des partis de gauche (Parti de la révolution démocratique (PRD) et  Parti travailliste (PT) ) . La réforme est le fruit d’un accord entre le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) du président Enrique Pena Nieto et du Parti action nationale (PAN).L’ouverture des industries du pétrole et du gaz à des capitaux privés reste un sujet sensible pour la gauche, dans un pays encore marqué par la nationalisation des ressources pétrolières et l’expulsion des compagnies pétrolières étrangères (1938).

13 DÉC – COLOMBIE –  À Bogota, des dizaines de milliers de personnes ont participé à une grande marche contre le limogeage du maire, Gustavo Petro, un symbole pour la gauche. A 53 ans, cet ancien guérillero reconverti à la politique, a été démis de ses fonctions et déclaré inéligible pendant quinze ans par décision du procureur général Alejandro Ordóñez. Il est accusé d’avoir violé les principes de la concurrence en retirant la concession de la collecte d’ordures à des entreprises privées. La décision du procureur général de Colombie, a suscité la controverse. Ses positions concernant le mariage homosexuel, la question de l’avortement mais aussi son opposition au processus de paix avec les FARC  font de lui une figure conservatrice par excellence.

15 DÉC – CHILI – La socialiste Michelle Bachelet a remporté haut la main le second tour de l’élection présidentielle au Chili, dimanche 15 décembre, avec 62,1 % des suffrages. Elle a devancé sa rivale de droite, Evelyn Matthei, de plus de vingt points (37,8 %). Le vote n’étant plus obligatoire, l’abstention a atteint les 59 %,  un chiffre record depuis le retour de la démocratie en 1990. Ceci témoigne clairement de la  désaffection à l’égard des partis politiques. L’ancienne présidente de 2006 revient au pouvoir avec une coalition élargie aux communistes, La nouvelle majorité se devra de réduire l’écart social dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la participation de la main-d’œuvre féminine. Elle s’emploiera  aussi à modifier la Constitution de 1980.

Guy MANSUY

Michelle Bachelet, présidente du Chili pour la deuxième fois

La socialiste Michelle Bachelet, 62 ans, médecin de formation et première femme élue à la tête d’un pays sud-américain en 2006, est élue pour la deuxième fois président du Chili.

Michelle Bachelet a baigné dans un climat de ferveur, particulièrement palpable lors de son dernier meeting de par une foule d’inconditionnels de tous horizons, en particulier venant des secteurs les plus défavorisés de la population.

Appuyée par une large coalition, la « Nouvelle majorité », regroupant communistes, démocrates-chrétiens et divers courants socialistes, Michelle Bachelet est consciente des expectatives d’un pays, différent de celui qu’elle a quitté à la fin de son premier mandat en 2010 pour exercer les fonctions de directrice exécutive de l’ONU Femmes.

Mme Bachelet, a promis de mettre en marche dans les 100 jours après son élection les réformes qu’elle n’avait pas lancées lors de son premier mandat. Ce programme ambitieux est basé notamment sur une révision de la Constitution héritée de la dictature, une réforme fiscale envisageant une augmentation de l’impôt des sociétés de l’ordre de quelque 8 milliards de dollars (3 % du PIB) destinés entre autres à une refondation du système éducatif pour instaurer une éducation publique de qualité, l’amélioration du réseau de la santé et des services publics.

Mais la capacité de manoeuvre du nouveau gouvernement et l’ampleur des réformes promises, dont une réforme de la loi sur l’avortement, interdit sous toutes ses formes dans ce pays aux moeurs très conservateurs, dépendront du vote du Congrès où il faudra négocier même si la coallition que la soutienne a obtenu una majorité relative lors du premier tour de novembre dernier. Cependant, la candidate socialiste a oeuvré ces dernières semaines à réduire les attentes, reitérant dans son discours de clôture que « la tâche ne sera pas facile ».

« Quatre ans, c’est peu de temps », a-t-elle dit. « Nous pourrons mener à bien certains changements, pour d’autres, nous arriverons à les mettre en marche, pour entrer une fois pour toutes dans ce nouveau chemin, qui sans aucun doute excédera un mandat présidentiel ».

Cette retenue pourtant pourrait lui coûter cher au sein d’une partie de sa base électorale, particulièrement chez les protestataires qui ont appuyé sa candidature. D’ores et déja les nouveaux leaders du mouvement étudiant, qui a mobilisé depuis 2011 plus de 40 manifestations parmi les plus massives depuis le retour de la démocratie en 1990, ont évoqué une « relation avec Bachelet essentiellement basée sur la méfiance ».

Sa biographie

Michelle Bachelet est née le 29 septembre 1951 à Santiago, Chili. Son baccalauréat en poche en 1969, elle débute ses études de médecine à l’Université du Chili. Son père, le général Alberto Bachelet, fut jeté en prison par la dictature de Pinochet et y a laissé sa vie en 1974. Michelle Bachelet et sa mère Angela Jeria, furent aussi victimes d’emprisonnement et libérées en 1975, elles ont dû se réfugier en Australie. Michelle Bachelet continuera ses études de médecine en Allemagne. Elle retournera au Chili en 1979 et finira de se spécialiser en pédiatrie et en santé publique en 1986. Elle s’oriente vers des études stratégiques militaires au Chili, puis aux États-Unis en 1997 et obtient dans son pays natal un diplôme de l’Académie de Guerre de l’Armée chilienne en 1998. Michelle Bachelet est divorcée et mère de trois enfants.

Vers les années 1970, Michelle Bachelet entre au parti socialiste et devient membre du bureau vers la fin des années 1990. Fervente militante pour la restauration de la démocratie au Chili au milieu des années 1980, elle s’engage également pour la protection et l’aide aux gens victimes de la période dictatoriale du Général Pinochet.

Poussée par son cursus, Michelle Bachelet entame sa carrière au début des années 1990 d’une part dans le secteur public, au sein du Ministère de la Santé et d’autre part dans des organisations d’actions humanitaires comme l’OMS, la GTZ, l’OPS (Organisation Panaméricaine de la Santé). Après son poste de conseillère au sein du Cabinet du secrétaire d’État à la Santé en 1997, elle obtient le poste de conseillère au sein du ministère de la Défense en 1998. Ministre de la Santé en 2000, elle devient ministre de la Défense en 2002, un portefeuille ministériel jamais tenu par une femme au Chili et en Amérique latine.

Appuyée par le président Ricardo Lagos encore en exercice en 2004 et forte de sa notoriété politique, Michelle Bachelet vise et brigue le poste de président du Chili le 11 mars 2006, et ce, jusqu’en 2010. Pendant son mandat présidentiel, elle a formé un gouvernement de tendance gauche tout en étant consciente de son appartenance à la Concertation pour la Démocratie. Elle a fait une grande réforme des retraites. Sur le plan économique, Michelle Bachelet a misé sur la croissance. Dès son entrée, elle nomme dix femmes ministres dans son gouvernement.

En septembre 2010, Michelle Bachelet est nommée à la tête de l’ONU Femmes parmi les 26 candidates en lice. Cette branche de l’ONU sera axée sur les droits et l’autonomisation des femmes. Depuis son apparition sur le devant de la scène politique, Michelle Bachelet fait la rencontre de femmes puissantes et célèbres surtout sur le plan politique comme Angela Merkel, Hillary Clinton, Ségolène Royal.

Olga BARRY
D’après l’AFP et Au féminin.com

El limpiador d’Adrián Saba

El limpiador est le premier film du jeune péruvien Adrián Saba, 23 ans. Nous voyons peu de films venant du Pérou et celui-ci lorgne du coté de la science-fiction au départ. À la suite d’une épidémie à Lima, un nettoyeur recueille un enfant devenu orphelin. C’est la relation entre ces deux personnages dans un contexte particulier qui devient le sujet du film.

« Pour mon premier long-métrage, j’avais envie de créer un monde qui subirait une épidémie mystérieuse et mortelle. Une épidémie impossible à enrayer mais qui ne soit pas l’axe principal du film. Elle serait plutôt le contexte qui permettrait à l’histoire de se dérouler.

Je crois que nous vivons dans une époque où l’éventualité d’une épidémie n’est pas insensée et j’imagine que nous le devons au mauvais traitement que nous infligeons à la planète et à notre usage de la technologie et de la science.

Parfois, j’ai le sentiment que la nature tend à rééquilibrer les choses. Et bien qu’elles semblent ennemies, la vie et la mort vont de pair et se répartissent équitablement leurs espaces quand elles en ont besoin.

À Lima, il y a dix millions d’habitants et cela m’intéressait beaucoup de trouver un autre point de vue. Je voulais observer cette ville, vide, et voir ce que cela signifiait pour les personnages. Du point de vue esthétique, ce concept m’attirait aussi beaucoup. J’aimais bien l’idée de trouver une certaine poésie dans la solitude.

Mon père est acteur et metteur en scène et ma mère est également actrice pour le théâtre et le cinéma au Pérou. J’ai hérité de leur passion. Comme il n’y avait pas d’école de cinéma au Pérou, je suis parti pendant quatre ans à New York pour étudier le cinéma, grâce à une bourse. Partir du Pérou m’a permis de découvrir le monde, cela a été très bénéfique. À la fin de mes études, j’ai réalisé un court-métrage, El río, basé sur le conte de Julio Cortázar. Le fait que ce film soit sélectionné dans plusieurs festivals m’a aidé à convaincre le producteur de réaliser El limpiador.”

Au festival de Biarritz l’an passé, Adrián Saba nous avait précisé que le film avait pu se faire en moins d’un an et que le montage s’était effectué à New-York dans le minuscule appartement du monteur, copain de promotion du réalisateur, à l’Université d’Hofstra de New-York.

Voilà un jeune cinéaste très prometteur !

Alain LIATARD

 

Les petits-chiliens, Eduardo Plaza Oñate

La chronique d’un quartier pauvre, à la lisière de Santiago du Chili à la fin des années 60. Du déjà vu, pourrait-on penser. Et pourtant Eduardo Plaza Oñate réussit à donner une vision à la fois externe, presque froide et sensible de la vie quotidienne dans une période qui marquera non seulement les gens ordinaires, mais un pays tout entier.

Les petits-chiliens, c’est la chronique d’une misère assumée avec une certaine noblesse : être pauvre n’est pas une tare, cela peut se vivre la tête haute, c’est ce que fait la famille de Pedro, le jeune garçon autour duquel tourne le récit, c’est aussi ce que font chaque jour les voisins, égaux dans les difficultés, égaux dans cette conception de la dignité.

Il n’est pas facile d’être un adolescent gay dans un tel environnement. Pedro sent naître en lui des attirances qui ne plaisent pas à ses parents, qui font de lui la cible d’allusions, puis de moqueries et qui le désorientent profondément. On règle généralement ce genre de « problème » par un séjour imposé, plus ou moins prolongé, dans un hôpital psychiatrique. C’est ce qui arrive aux jumeaux efféminés qui habitent la maison voisine et qui deviennent peu à peu une espèce de référence pour Pedro qui les voit heureux malgré tout : une autre façon de vivre semble possible.

Mais la « libération » de Pedro, la révélation progressive de sa nature profonde ne se fait pas que par rapport au sexe. Grâce à Miguel, son frère aîné, et aux jumeaux eux-mêmes, il découvre la valeur de l’engagement politique. Dans le feu de l’action, il ne se rend pas compte bien sûr que la période est historique. Ce n’est que peu à peu qu’il prend conscience de tout ce qui fera de lui un adulte : ce qu’il est vraiment, ce qu’il pense vraiment, ce pour quoi il est capable d’un courage, d’une virilité dont il se croyait exclu. Il aura l’occasion d’assister à la victoire de Salvador Allende et l’orgueil de se sentir parmi les premiers vainqueurs : son apprentissage est parvenu à son terme. Malheureusement, l’histoire ne s’arrête pas là…

Peu à peu la légèreté tempérée du début fait place à une certaine gravité, puis à une véritable profondeur, c’est une des qualités de ce livre, qui parvient à surprendre le lecteur jusqu’à son épilogue. Quand l’histoire du pays rejoint celle, individuelle, des personnages et que drame national et drame personnel ne font plus qu’un, on sait que Eduardo Plaza Oñate a atteint son but.

Christian ROINAT

 Les petits-chiliens, chronique d’un rêve, Eduardo Plaza Oñate, L’Harmattan, 226p., 20,50 €.

Une nette victoire dans les urnes et des réformes très attendues

Comme prévu, une victoire confortable. Plusieurs questions se posent : pourquoi une abstention record ? Pourquoi cet effondrement de la droite ? Les promesses de réformes structurelles pourront-elles être tenues ?

Avec 62 % des voix,  Michelle Bachelet et la Nouvelle majorité (Nueva Mayoría, centre gauche) remportent une victoire éclatante contre Evelyn Matthei de l’Alliance pour le changement (droite, 38 %), qui “n’attendait aucun miracle”. Ce second tour des élections présidentielles comporte plusieurs symboles. D’abord, dans un pays conservateur et assez machiste, les deux adversaires sont des femmes, ce qui ne s’était jamais produit au Chili, ni même peut-être en Amérique latine. Ensuite, elles sont toutes les deux filles de généraux de la Force aérienne. Mais pendant que le père de l’une, le général Alberto Bachelet, était torturé à mort dans les sous-sols de l’Académie de guerre aérienne, le père de l’autre, le général Fernando Matthei, était le directeur de cette même académie et tournait  le dos au premier. Pire, il est devenu membre de la junte militaire du dictateur. La victoire de Bachelet sur Matthei est aussi une revanche de l’histoire du Chili récent.

Plusieurs facteurs expliquent l’effondrement de la droite. Celle-ci est formée de deux partis : Rénovation nationale (RN), une droite modérée, et Union démocratique indépendante (UDI), viscéralement pinochétiste. Piñera appartient au premier, Matthei au second.

Lors des primaires internes, les deux principaux protagonistes, Laurence Golborne et Pablo Longueira,  se sont à chaque fois retirés après avoir été nommés, laissant Evelyn Matthei avec la charge de défendre le secteur, presque par défaut. Peut-être sentaient-ils souffler les vents contraires, le mandat du président Piñera se terminant sur un constat d’appauvrissement des classes moyennes et pauvres. En élisant Sebastián Piñera, un homme d’affaires prospère, les Chiliens, déjà écœurés par la corruption et le clientélisme de la Concertation au pouvoir depuis la fin de la dictature, pensaient installer un président qui allait gérer le pays comme ses entreprises : efficacement. La déception fut grande, Piñera ne faisant qu’augmenter la brèche entre riches et pauvres.

De son côté, la candidate Evelyn Matthei  a non seulement plusieurs fois défendu “le gouvernement militaire” de Pinochet, mais dans son programme, déclarait vouloir “la continuité du modèle à succès au Chili”, s’opposer à la réforme éducative proposée par sa rivale car “ce  serait une atteinte à la liberté dans l’éducation  et menacerait d’enterrer le modèle chilien”.

Un programme en trois axes

Pour gagner les élections, la Concertation de centre gauche comprit qu’elle devait se recomposer. L’intégration du Parti communiste et de ses alliés lui permit de se transformer en Nouvelle majorité (NM) avec un programme légèrement plus à gauche et surtout qui reprenait en partie les revendications de la rue depuis 2006 : des réformes en profondeur du système éducatif et de la fiscalité (“pour un pays plus juste”) et la possibilité d’appeler à la formation d’une Assemblée constituante (AC).

La promesse la plus importante de Bachelet est sans conteste celle d’envoyer “durant les cent premiers jours” de son mandat, un projet de loi visant “à supprimer le profit dans tout le système éducatif”. Pour beaucoup de Chiliens, les énormes  inégalités de la société proviennent en grande partie d’un système éducatif basé non pas sur le droit à l’éducation mais sur le droit d’enseigner, c’est-à-dire de faire commerce avec des établissements éducatifs (en un mois, trois écoles ont été fermées du jour au lendemain pour être vendues par leurs propriétaires).

En 2006 (en plein premier mandat de Michelle Bachelet !), puis en 2011 et 2012, les étudiants universitaires et ceux du secondaire, soutenus par des associations de parents et des syndicats ouvriers, étaient descendus dans la rue pour revendiquer une éducation gratuite et de qualité. Ils avaient été durement réprimés par la police… Avec le temps, les revendications avaient évolué : les manifestants réclamaient un changement de Constitution qu’ils considéraient “comme la base du système néolibéral qui transformait éducation et santé en négoces…”

L’autre réforme proposée par la Nouvelle majorité concerne la fiscalité : faire payer aux grandes entreprises des impôts en rapport avec  leurs profits. Cela ne sembla pas inquiéter outre mesure le patronat local, plusieurs barons reconnaissant ouvertement “avoir participé aux frais de la campagne électorale” de Bachelet. L’appel à une Assemblée constituante (AC) est plus délicat. Il s’agit d’élaborer une nouvelle Constitution  plus démocratique que l’actuelle, imposée par Pinochet en 1981, même si plusieurs fois amendée.

Les partisans d’une AC avaient appelé à “marquer AC sur le bulletin de vote”. Ils ont eu la satisfaction de voir les 8% de bulletins marqués lors du premier tour passer à plus de 10 % lors du second tour. Bien que reprise par le programme de Bachelet, on ne sent pas vraiment chez elle de volonté prononcée pour cette proposition dont la candidate a déjà fait savoir que son évolution “ se ferait dans le cadre institutionnel”, c’est-à-dire en respect de… la Constitution de Pinochet.

Pourquoi cette abstention massive ?

60 % des électeurs sont restés chez eux ! On peut avancer deux explications. D’abord, la gagnante était connue d’avance. La débandade des partis de droite et  la création de la Nouvelle majorité ont donné à celle-ci une forte avance sur la coalition de droite.  Beaucoup d’électeurs ont pensé que les jeux étaient déjà faits et ont préféré aller se promener.

Il est à noter que Bachelet a reçu moins de vote cette année que son prédécesseur de droite il y a quatre ans !

Ensuite, de nombreux électeurs ont estimé que le modèle politique ne permet de toute façon pas de pouvoir réaliser les promesses. Le système électoral inscrit dans la Constitution par les juristes de Pinochet, rend toute modification importante  quasi impossible. En effet, pour obtenir des modifications de la Constitution, la loi exige des quorums irréalisables de par le système binominal inventé par les juristes du dictateur. Car avec 35 % des voix, une coalition peut obtenir autant de députés que l’autre coalition avec ses 65 % ! Les deux coalitions comptent ainsi à peu près le même nombre d’élus au Sénat et à la  Chambre des députés. Obtenir  l’accord de 75 % du Congrès approche alors d’une mission impossible. Donc les promesses de Bachelet ne mènent nulle part, ont pensé ces électeurs, et à quoi bon aller voter ?

L’arrivée du PC dans la coalition gouvernementale et l’apparition de nouveaux leaders politiques, jeunes, déterminés, issus des luttes sociales, vont-elles donner un nouvel essor, si pas un nouvel espoir, à un contexte politique plutôt désabusé ? La nouvelle présidente sait qu’elle doit remplir ses promesses car la génération actuelle exprime des revendications claires, n’a plus peur de la police et est toujours prête à reprendre la rue.

Jac FORTON

Michelle Bachelet remporte la présidentielle chilienne

Au Chili, la socialiste Michelle Bachelet a remporté ce dimanche 15 décembre l’élection présidentielle face à la conservatrice Evelyn Matthei, au terme d’un vote sans grand suspense. La gagnante doit désormais relever le défi de mettre en place les vastes réformes qu’elle a promises pendant sa campagne. Suite sur RFI>>

Coupe pleine ! Les désastres économiques et sociaux des grands événements sportifs

Vient de paraître un ouvrage collectif. « Voilà un livre qui tombe à pic à deux mois de l’ouverture des JO de Sotchi (…) Le grand mérite de la La Coupe est pleine ! est de lever le voile sur les pratiques du CIO et de la FIFA » (Jerôme Béguin, Gauche Hebdo, n°45, 9 novembre 2013)

Destructions de quartiers, expulsions, expropriations, opérations foncières, rythme et cadences infernales imposées aux travailleurs du bâtiment, juridiction d’exception, délimitation de zones d’exclusion commerciales, explosion des dépenses et des dettes, corruption… tout cela au nom du sport et de la compétition ? Cela suffit ! Pourquoi si peu de leçons sont tirées de l’organisation de ces grands événements sportifs ? Qui en sont les véritables profiteurs ? Pourquoi est-ce nécessaire de les analyser à travers une grille de lecture critique de la mondialisation néolibérale ?

A la lumière des expériences en Afrique du Sud, au Brésil, en Chine, en Argentine et en Angleterre, ce livre montre en quoi les gouvernements des pays du Sud, en particulier, devraient remettre en question les promesses faites par les grandes institutions sportives et les regarder à la lumière des conséquences économique, sociale et environnementale résultant dans différents pays hôtes.Ce livre comporte des chapitres sur l’Argentine (Mondial de 1978), et le Brésil (Mondial 2014 et JO 2016), ce qui devrait être utile aux personnes intéressées par l’Amérique latine.

Jac FORTON

Pour toute commande, s’adresser à Jac Foton
PubliCetim n° 38,  144 pages, 2013 – Prix 10 € + 3 € pour la poste = 13 € -ISBN  978-2-88053-098-3

 

Raúl Castro : « Mandela un exemple pour les Latino-américains »

Le président cubain, Raúl Castro, dans son hommage à Nelson Mandela, a souligné à quel point celui-ci était « un exemple extraordinaire pour l’Amérique latine et les Caraïbes » qui, à son avis, « progressent vers l’unité et l’intégration ».  « L’Humanité ne pourra pas affronter ses défis gigantesques ni son existence même sans une convergence des efforts de toutes les nations », à l’image de celle préconisée par Mandela, a dit Castro lors de la cérémonie religieuse officielle qui s’est déroulée dans le stade FNB de Johannesburg. Mandela a été le « symbole suprême »  de la « lutte révolutionnaire »  et un « prophète de l’unité et de la réconciliation », qui a su diriger son peuple « dans la bataille contre l’apartheid et sur le chemin conduisant à une nouvelle nation », a-t-il ajouté.

Grâce à lui, l’Afrique du Sud « a surmonté l’esclavage et la ségrégation raciale » a-t-il assuré. Selon Castro, « Cuba a du sang  africain » parce qu’elle aussi a lutté « pour la liberté et la fin de l’esclavage », raison pour laquelle « le peuple cubain occupe une place à part dans le cœur des peuples d’Afrique ». Castro a fait un geste sans précédent avant le début de la cérémonie religieuse, quand il a serré la main du président des États-Unis, Barack Obama.

Une centaine de chefs d’Etat et de gouvernement – parmi eux Obama et Castro – ont participé à l’office religieux en hommage à Mandela, décédé jeudi dernier. Outre qu’il se trouve dans l’ancien ghetto noir de Soweto, où Mandela vécut plusieurs années, le stade a été le cadre, en 1990, de l’un des premiers discours prononcés, après sa sortie de prison, par celui qui avait été le prisonnier politique le plus célèbre du monde. Près de cent écrans ont retransmis la cérémonie dans les lieux publics, à travers tout le pays, et dans trois autres stades de Johannesburg.

(Agence EFE)
Traduit par Nicole ROCHAIX

« Le métier de survivre » de l’Argentin Marcelo Damiani

Roman ou nouvelles ? Unité ou multiplicité ? Classique ou moderne ? Le métier de survivre, de l’Argentin Marcelo Damiani, veut être tout cela sans parvenir à vraiment être convaincant.

Sept personnages. Sept histoires avec des personnages qu’on retrouve d’une nouvelle à l’autre. Des ambiances différentes malgré leur point commun : tout se passe dans les milieux intellectuels branchés d’une île qui n’est pas nommée ni située. On parle, on pense, on commente, on se jalouse ou on se méfie de l’autre, mais on se fréquente et on mène une vie sociale qu’on est au fond heureux de partager. On sent nettement certaines influences croisées, de Sartre à Nabokov et pour le lecteur, qui se sent tout de même un peu en dehors de cet univers clos (insulaire), il y a de très bons moments, des événements inattendus, des personnages intéressants, et aussi des passages un peu longs pendant lesquels rien ne semble avancer, en dehors des discussions « philosophiques » qui ne révolutionneront pas la pensée moderne.

Marcelo Damiani, né à Córdoba, en Argentine, en 1969, enseigne la philosophie à Buenos Aires et publie romans et nouvelles qui ont un certain écho et sont bien accueillis dans ce milieu qu’il met en scène ici. Le métier de survivre est un livre qui laissera probablement indifférent le « grand public » et qui plaira sûrement à ceux qui ressemblent à ses personnages.

Christian ROINAT

 Le métier de survivre, de Marcelo Damiani ,  raduit de l’espagnol (Argentine) par Delphine Valentin, éd. La Dernière goutte, S(trasbourg), 158 p., 16 €.

 

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