Équateur

Autour de WikiLeaks


L’espoir de Julien Assange repose sur la Commission interaméricaine des droits de l’homme

Par le biais du ministère de la Mobilité humaine, l’Équateur a annoncé que la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) lui avait demandé des informations sur les conditions d’asile du fondateur de WikiLeaks. Les avocats de M. Assange ont réclamé des mesures conservatoires à la suite de «l’existence d’un risque potentiel» pour la santé de leur client.

Photo : El Universo

Depuis sept ans, Julian Assange est devenu le serpent de mer de l’Équateur, un pays qui cherche par tous les moyens à se débarrasser de son encombrant hôte, logé dans l’ambassade équatorienne située à Londres. Le président équatorien s’est prononcé dans ce sens en décembre 2018 : «Les conditions sont réunies pour que Monsieur Assange prenne la décision de sortir [de l’ambassade] dans une quasi- liberté.» Lenín Moreno a voulu aussi rassurer les acolytes d’Assange en déclarant à la presse que le Royaume-Uni avait écarté l’extradition du lanceur d’alerte, en indiquant officiellement à Quito «que la Constitution de Grande-Bretagne n’autorise pas l’extradition d’une personne vers un pays où sa vie est en danger».

Toutefois, malgré cette annonce, le fondateur de WikiLeaks redoute une extradition vers les États-Unis pour la publication de centaines de milliers de documents diplomatiques et de secrets militaires sur les guerres en Irak et en Afghanistan. Ses craintes sont bien fondées, surtout depuis que l’administration Trump avait affirmé, en avril 2017, que l’arrestation du lanceur d’alerte australien était une «priorité». C’est pourquoi M. Assange ne veut pas abandonner son refuge londonien : selon la procédure judiciaire, il risque d’être arrêté par la police anglaise au motif qu’il n’a pas respecté en 2012 les conditions de sa liberté sous caution.

Mais une nouvelle étape vient d’être franchie dans cette histoire où se mêlent les soupçons d’espionnage, de trahison, d’agressions sexuelles et de manque d’éthique journalistique. À la suite du «protocole spécial relatif aux visites, aux communications et aux soins médicaux» imposés à Assange, ses avocats ont fait appel à la Commission interaméricaine des droits de l’homme, car ces mesures draconiennes sont susceptibles d’aggraver encore plus les conditions déjà précaires dans lesquelles semble s’enfoncer inéluctablement l’exilé.

Ces nouvelles mesures d’«imposition unilatérale» selon Carlos Poveda, l’un des avocats d’Assange en Équateur, visent à affaiblir l’asile avec des restrictions «plus sévères que celles d’une prison commune». Ainsi, en octobre dernier, l’Australien estimait que cette situation «aboutirait inéluctablement à des problèmes de santé, à [son] hospitalisation, à [sa] mort ou encore à un prétexte politique afin [qu’il soit remis] illégalement aux autorités britanniques puis aux États-Unis où [il] risque une possible condamnation à perpétuité».

De son côté, le directeur de la CIA, Mike Pompeo, avait qualifié WikiLeaks «de service de renseignement non étatique hostile», après la publication d’outils d’espionnage utilisé par la Central Intelligence Agency étasunienne, et a accusé Assange d’être «soutenu par des acteurs étatiques comme la Russie». Ce lien avec la Russie a été mis en lumière par Robert Mueller, le procureur spécial des États-Unis qui mène une enquête sur la possible ingérence de l’administration Poutine dans les élections de 2016 remportées par Donald Trump. Mueller s’est intéressé aux activités de M. Assange depuis que celui-ci avait accepté une surprenante offre de Russia Today.

Cette chaîne de télévision internationale, financée par l’État russe, avait proposé à Assange de devenir présentateur d’une émission politique hebdomadaire. C’est ainsi que, pendant trois mois, il a eu l’occasion d’interviewer le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, le néoconservateur étasunien David Horowitz, et le président équatorien Rafael Correa, parmi une vingtaine d’autres personnalités.

Rappelons qu’Assange se trouvait à cette époque, soit en 2012, assigné à résidence à Londres, avec couvre-feu et port d’un bracelet électronique. C’est alors que Rafael Correa lui a permis de se réfugier dans l’ambassade de son pays pour échapper à l’extradition vers la Suède, où la justice voulait l’interpeller à la suite de deux plaintes pour abus sexuels. Mais l’Australien est sorti de cette affaire le 19 mai 2017, lorsque le parquet suédois annonçait l’abandon des poursuites pour viol.

En attendant la suite, il est clair que cette affaire a ouvert la voie à une nouvelle façon d’informer. La création de Distributed Denial of Secrets en est un bel exemple. Surnommé DDoSecrets (en référence à un type d’attaque informatique, Distributed Denial of Service Attack), ce site a été mis en ligne en décembre 2018 par «un collectif pro-transparence», dont le but est de «faciliter la libre diffusion de données d’intérêt public», parmi lesquelles certains documents que WikiLeaks avait refusé de diffuser. Bien que les références à l’organisation de Julian Assange soient évidentes, DDoSecrets apparaît au premier regard comme une alternative qui prétend agir «comme simple relais des informations» déjà disponibles en ligne mais «de difficile accès pour des non-experts», selon la page d’accueil du site.

Ainsi, le vendredi 25 janvier, DDoSecrets a mis en ligne une quantité importante de documents d’origine russe, y compris de «messages et fichiers de politiciens, journalistes, oligarques, figures religieuses et nationalistes/terroristes», a fait savoir le collectif sur Twitter. D’autres fichiers concernent des documents dérobés au ministère du Commerce chinois, des données piratées sur des sites comme LinkedIn, ou encore les «Macronleaks».

Eduardo UGOLINI

 
 

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