Documentaire engagé

En salle le 20 juin


«Jericó, le vol infini des jours», un documentaire de la Colombienne Catalina Mesa

La réalisatrice, Catalina Mesa, est allée à la rencontre de femmes dans le petit village de Jericó, situé dans l’Antioquia en Colombie, pas très loin de Medellín. D’âges et de conditions sociales différentes, les huit portraits de femmes du film documentaire Jericó, le vol infini des jours évoquent les joies et les peines de leurs existences, tour à tour nostalgiques, pudiques ou impudiques. Leurs histoires se dévoilent ainsi que leurs espaces intérieurs, leur humour et leur sagesse, leurs prières et leur rapport au sacré.

Photo : Jericó, le vol infini des jours

Jericó est un feu d’artifice coloré de paroles, de musique, d’humanité et de féminité. Dès le début du documentaire, ce qui frappe, c’est la beauté des lieux, ces maisons colorées surplombées par une statue du Christ au sommet de la colline. Puis on va rentrer à l’intérieur et faire d’autres découvertes. Non seulement les extérieurs sont beaux, mais les intérieurs révèlent ces femmes et leurs préoccupations. Elles sont âgées et, pour la plupart, très croyantes.

Catalina connaissait ce village et y était déjà allée, puisque c’était celui de sa grand-tante. Pour les besoins du film, elle a loué une maison qu’elle a occupé trois mois. «Il était différent des autres parce que toutes les communautés religieuses, venues d’Europe, s’y étaient installées. De sorte que l’éducation des enfants y était meilleure que dans les villages voisins. C’est pour cette raison qu’on appelle Jericó, « l’Athènes du sud-ouest d’Antioquia« . Quand je suis arrivée dans le petit centre historique, j’ai découvert tous les poètes locaux. Comme c’est un village qui a été fondé en 1851 –ce qui est relativement récent–, on regarde toujours vers l’avenir, sans se retourner sur le passé. Que ce village, perché dans les montagnes, ait gardé toutes ses archives est extraordinaire. J’ai commencé à lire plus de 300 poèmes. Les vers que l’on peut lire en exergue du film sont de Oliva Sossa de Jaramillo : « Mon noble Jericó est beau, enclavé dans la montagne, le mont touche l’infini… » J’ai choisi cette strophe car elle fait écho à d’autres poèmes évoquant la montagne touchant le ciel. C’est une réalité que l’on ressent à Jericó.»

Ces femmes abordent peu les problèmes politiques, mais on apprend que l’ALN a tué le fils de l’une d’elles et qu’un poulet s’appelle Mafioso ! Cependant, le film se termine avec une lueur d’espoir, grâce à la fête des cerfs-volants qui vont peut-être toucher le ciel.

Enfin, il faut ajouter la qualité de la musique : ce sont des chansons que ces femmes écoutaient. S’ajoutent des morceaux interprétés par la pianiste Teresita Gómez. «Elle a mis à l’honneur des compositeurs colombiens de la fin du 19e siècle et du 20e siècle. Cela correspondait parfaitement à l’époque et à la génération que je souhaitais mettre en valeur. Le travail autour de la musique était presque ethnographique. Un morceau cubain a néanmoins été intégré comme s’il était Colombien car il s’inscrivait profondément dans mon histoire familiale», précise Catalina Mesa. Il est rare que l’on prenne autant de plaisir, mais c’est le cas pour ce documentaire primé en particulier au festival Cinelatino de Toulouse par le jury et le public.

Alain LIATARD

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