Films latino-américains

Cinéma du Réel à Paris


Deux films latinos participent au festival Cinéma du Réel de Paris à partir du 23 mars

Le festival Cinéma du Réel aura lieu du 23 mars au 1er avril à Paris. Organisé par la bibliothèque publique d’information au sein du Centre Pompidou, cet évènement se présente comme le rendez-vous incontournable du cinéma documentaire international. Depuis 1979, le festival a contribué à révéler de nombreux réalisateurs sur la scène internationale : d’Anand Patwardhan à Dieudo Hamadi, en passant par Gianfranco Rosi et Claire Simon. L’occasion pour ses spectateurs d’embarquer pour un voyage au sein du réel, un voyage qui, bien sûr, nous promet quelques escales en Amérique latine.

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Pour cette 40e édition, le festival conserve les grandes sections de sa programmation : une compétition française, une compétition internationale, et une compétition internationale de courts métrages. Cette année, Cinéma du Réel s’intéresse à la révolution et lui accorde sa propre section autour du thème « Pour un autre 68 ». Mai 68 est en effet un événement majeur de l’histoire, très largement connu et officiellement canonisé par des livres, des films, ou encore des festivals. Cinéma du Réel a donc décidé d’élargir ce corpus et de voir 68 comme une énergie de création davantage que comme un anniversaire à fêter rituellement : un kairos de l’histoire qui a irrigué le monde bien au-delà de l’Europe et du cinéma militant classique. Il nous faudra donc sortir de l’eurocentrisme, de l’idéologie et de la nostalgie, pour trouver dans la différence des perspectives et l’hybridation des langages les clefs d’une lecture non-orthodoxe d’un phénomène complexe et irréductible.

Ce voyage nous mènera inévitablement vers le Mexique et l’Amérique du Sud, l’occasion pour les spectateurs de réaliser qu’un soulèvement social est souvent porteur de révolutions artistiques. Ainsi, dans cette programmation, le cinéma expérimental se mêle aux ciné-tracts, les films d’artiste aux films de fiction, les performances théâtrales aux essais filmiques, les films-guérilla aux ciné-poèmes. Dans la catégorie « Pour un autre 68 », on retrouve notamment le court métrage du Brésilien João Silvério Trevisan, Contestação : un film-guérilla produit entre septembre et octobre 1969, pendant la dictature militaire au Brésil. On retrouvera aussi le documentaire El grito, du Mexicain Leobardo López Arretche : un documentaire clandestin qui suit au jour le jour les conflits qui éclatèrent au Mexique en 1968, entre d’un côté des étudiants manifestant contre un gouvernement corrompu, et de l’autre la police et l’armée. Ce documentaire demeure l’un des rares documents visuels retraçant l’ensemble des évènements ayant conduit au massacre d’étudiants à Tlatelolco. Dans la même catégorie, on trouve le documentaire de la Cubaine Sara Gómez, Mi aporte, qui illustre les difficultés rencontrées par les femmes pour s’intégrer sur le plan économique et atteindre l’égalité avec les hommes dans un pays en pleine révolution.

Dans la catégorie « Compétition internationale », les spectateurs auront la chance de découvrir le documentaire franco-mexicain de Pedro González Rubio, Antigona. Le réalisateur y suit l’aventure théâtrale d’un groupe d’étudiants qui monte Antigone de Sophocle, en pleine période de manifestations pour dénoncer les meurtres en masse d’étudiants qui ont fait éclater au grand jour la corruption de l’État, le parallèle entre jeunesses antique et actuelle est à la fois puissant et finement amené. On trouve aussi le documentaire franco-uruguayen de Kristina Konrad, Unas preguntas. Il s’agit d’une sorte de micro-trottoir qui enregistre l’opinion de la population uruguayenne au moment du référendum obligatoire de 1986 : les citoyens étaient alors appelés à se prononcer sur le projet de loi garantissant l’amnistie pour les crimes commis par l’armée et la police pendant la dictature. Ce festival accorde aussi une grande place à la diffusion de courts métrages : on pourra ainsi découvrir Jeny303, de la Colombienne Laura Huertas Millán ; le documentaire argentin, Las fuerzas, de Paola Buontempo ; ou encore Olhe bem as montanhas de la réalisatrice brésilienne, Ana Vaz. Cinéma du Réel apparaît comme une initiation à la réalité, un voyage vers le réel, vers d’autres sociétés, une ode à la découverte et à l’expérience.

Marion GONNET
D’après Cinéma du Réel

 
 

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