COLOMBIE

Élections législatives


Premières élections depuis l’accord de paix avec les FARC : résultats et analyses

Les images historiques en Colombie montrant des ex-guérilleros en train de participer au scrutin pour les élections législatives annoncent un possible revirement politique. Dimanche 11 mars dernier, 36 millions de Colombiens étaient appelés aux urnes afin d’élire 172 députés pour la Chambre des représentants et 108 pour le Sénat.

Photo : Iván Duque/Cambio 16

La droite a remporté les trois premières positions pour les sièges du Sénat : Centro Democrático, Cambio Radical et le parti Conservador ont obtenu respectivement 19, 16 et 15 sièges. Pour la Chambre des représentants, Partido Liberal, Centro Democrático et Cambio Radical ont obtenu respectivement 35, 32 et 30 sièges. Par ailleurs, les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), formées par les ex-guérilleros, ont obtenu des résultats trop faibles qui révèlent leur manque de popularité chez les électeurs.

Il s’agissait des premières élections depuis l’accord de paix avec les militants des FARC et nombreux ex-guérilleros sont allés voter pour la première fois. La journée s’est déroulée sans incident. À cette occasion, l’ELN (Armée de libération nationale) a déclaré une trêve temporaire dès le 9 mars pour contribuer à cette ambiance de tranquillité.

Comme dans beaucoup d’autres pays, le taux d’abstention reste très élevé en Colombie : 51 %, malgré une baisse d’environ 10 % par rapport aux élections précédentes. Le mécontentement de la population envers leurs représentants pourrait en être la cause. On note un très haut niveau de corruption (achats de votes) et des condamnations de personnalité politiques pour avoir entretenu des liens avec des groupes armés paramilitaires. Le terme « parapolitique » qui désigne précisément ces liens entre hommes politiques et organisations paramilitaires a d’ailleurs été largement utilisé par les médias depuis la présidence d’Uribe (2002-2010). Ces circonstances pourraient expliquer le ras-le-bol des citoyens et leur déconnexion vis-à-vis des pratiques liées aux démarches démocratiques.

Des consultations interpartis ont eu lieu en parallèle des législatives. Ce sont des regroupements réunissant différents partis (avec des idées et des projets en commun) qui se mettent d’accord pour mettre en place une consultation. Chaque parti s’engage alors à soutenir pour les élections présidentielles le candidat remportant la victoire. À gauche, Gustavo Petro a gagné face à Carlos Caicero dans la consultation « Inclusion sociale pour la paix ». À droite, Iván Duque a remporté la « Grande consultation pour la Colombie », face à Marta Lucía Ramírez et Alejandro Ordóñez.

Par ailleurs, l’un des enjeux importants des élections était l’avenir de l’accord de paix signé en 2016. Grâce à cet accord, de nombreux ex-guérilleros ont accepté d’aller voter pour la première fois. Ils ont également la possibilité d’être présents dans les institutions démocratiques. En effet, l’accord leur assure cinq sièges à la Chambre et cinq au Sénat. Néanmoins, des lois importantes, nécessaires à la mise en œuvre de cet accord de paix, sont encore à voter ; celle du système de justice spéciale par exemple. Pour l’instant, avec la victoire du Centro Democrático, c’est la droite qui gagne, c’est-à-dire les partisans les plus radicalement opposés à l’accord. Il faudra donc attendre les présidentielles pour avancer sur cette question.

Les élections présidentielles, qui auront lieu prochainement le 27 mai et — s’il y a un deuxième tour — le 17 juin, désigneront le successeur de l’actuel président, Juan Manuel Santos. Parmi les candidats, on retrouve : Germán Vargas Lleras (Mejor Vargas Lleras), Gustavo Petro (Colombia Humana), Humberto de La Calle (Partido Liberal), Iván Duque (Centro Democrático), Juan Carlos Pinzón (Ante Todo Colombia), Piedad Córdoba (Poder Ciudadano), Sergio Fajardo (Coalición Colombia) et Viviane Morales (Somos Región Colombia). Les FARC ne se présentent pas aux présidentielles. Leur seul candidat, Rodrigo Londoño, s’est vu obligé d’abandonner la course aux présidentielles en raison de problèmes de santé. Logiquement, chaque candidat souhaiterait devenir le futur président de la Colombie. Cependant, étant donné qu’ils sont huit, mais par la force des choses, certains d’entre eux devront chercher des alliances.

De son côté, la droite semble être bien organisée et unie pour s’opposer au processus de paix. Normalement le candidat Duque devrait pouvoir compter avec le soutien du parti Conservador et d’autres partis de centre droite. À gauche cependant, les partis sont beaucoup plus divisés et la situation change notoirement. Malgré son succès aux législatives dimanche dernier, Petro est un leader qui reste très contesté, accusé en effet de représenter l’idéologie chaviste. À l’heure actuelle, à cause de sa position antiestablishment, il aurait vraiment du mal à trouver des partenaires. Manquant de soutiens, cet isolement pourrait donc rendre assez difficile sa candidature pour la présidence. De la même façon, le candidat Duque, parfois aussi contesté que Petro, occupe une position très polarisée.

Néanmoins, comme l’affirme Abel Veiga, dans le journal El Tiempo, la Colombie a besoin de cet accord de paix, entre autres, pour faire face aux problèmes du pays. Cruel dilemme, qui reflète ainsi un défi « aussi bien collectif que titanesque ». Dans les semaines à venir, il faudra donc prêter attention aux différentes manœuvres des candidats et prendre en compte les stratégies mises en place pour remporter cette présidence en mai prochain.

Mario PÉREZ MORALES

 
 

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