Amérique latine - Cinéma

Bientôt en salle


« La Familia » et « Les Bonnes Manières » : deux films latinos en salle à partir du 21 mars

Riche semaine pour le cinéma latino qui voit arriver sur les écrans La Familia du Vénézuelien Gustavo Rondón Córdova, un film sur les rapports entre un père et son fils autour de la question de la violence, ainsi que Les Bonnes Manières, un ovni du cinéma brésilien réalisé par Marco Dutro et Juliana Rojas, qui mêle réalisme et fantastique.

Photo : extrait de La Familia

La Familia de Gustavo Rondón Córdova, raconte l’histoire de Pedro, 12 ans, qui erre avec ses amis dans les rues violentes d’une banlieue ouvrière de Caracas. Quand il blesse gravement un garçon du quartier lors d’un jeu de confrontation, son père, Andrés, le force à prendre la fuite avec lui pour se cacher. Andrés découvre alors son incapacité à contrôler son fils adolescent, mais cette nouvelle situation rapprochera le père et son fils. Cette année, les histoires d’enfants abandonnés à eux-mêmes – thème récurrent du cinéma latino – cèdent le pas aux relations père-fils, comme l’indique d’ailleurs une section de la 34e édition du festival des Reflets du cinéma ibérique et latino-américain de Villeurbanne (14-28 mars), intitulée « De père à fils ».

« Avant le tournage, explique le réalisateur Gustavo Rondón Córdova, Giovanny García, le père, et Reggie Reyes, Pedro, ne se connaissaient pas vraiment, ils avaient fait des tests ensemble mais sans plus. C’est une chose que je souhaitais. Nous tournions en effet dans l’ordre chronologique et je voulais qu’il se passe dans le film ce qui se passe aussi en dehors du film. Il y avait beaucoup de distance entre eux au début, aussi bien dans la vraie vie que dans celles de leurs personnages. Reggie Reyes est un enfant très timide, j’ai donc utilisé cela durant le tournage pour les faire se rapprocher. »

« Je voulais que ma ville, Caracas, soit le personnage principal de cette histoire. J’ai tout fait pour injecter de la vérité à l’image, et trouver de la beauté dans cette triste réalité. Bien sûr, Caracas est une ville très dangereuse et certains endroits de la ville le sont particulièrement, mais nous étions très bien préparés et nous avions un service de protection à nos côtés. » Les enfants des milieux populaires sont livrés à eux-mêmes et trouvent dans la rue ce qui leur manque chez eux. Le film a été tourné fin 2015 et il n’est pas du tout certain qu’il aurait pu l’être quelques mois auparavant.

En voyant le film, on pense aux productions du néoréalisme italien, et au Voleur de bicyclette en particulier. Comme le film italien, il ne s’agit pas d’un un film politique, mais il montre une société qui a échoué. Les grands ensembles, les autoroutes qui traversent le centre-ville dressent le portrait d’une ville qui étouffe, suite à la démesure politique de ses dirigeants qui ont oublié l’humain et n’ont pas envisagé l’avenir. C’est peut-être aussi pour cela que le titre du film est générique : La Familia.

Gustavo Rondón Córdova (Caracas, 1977) a étudié la Communication Sociale à l’Université Centrale du Venezuela et s’est spécialisé en cinéma au sein du Programme Académique de Réalisation à la Film and TV School of the Academy of Performing Arts de Prague (FAMU), en République Tchèque. Entre 2003 et 2012, il a écrit, réalisé et monté cinq courts-métrages sélectionnés dans des festivals (Berlin, Biarritz, Toulouse, La Havane). La Familia, présenté à la Semaine de la critique à Cannes en 2017, est son premier long métrage. Le film essaie, avec chaleur, de montrer comment deux êtres laissent la violence derrière eux et réapprennent à se connaître. Sortie le 21 mars.

Les Bonnes Manières (As Boas Maneiras) est un film étonnant réalisé par les Brésiliens Marco Dutro et Juliana Rojas. Clara, une infirmière solitaire de la banlieue de São Paulo, est engagée par la riche et mystérieuse Ana comme la nounou de son enfant à naître. Alors que les deux femmes se rapprochent petit à petit, la future mère est prise de crises de somnambulisme… On se croit dans un scénario classique, mais le film est classé dans la catégorie film fantastique… Ana aurait-elle des hallucinations ?

En réalité, très vite, la beauté des images nocturnes nous interpelle et nous apprenons rapidement qu’Ana se lève la nuit pour manger de la viande, beaucoup de viande. Il n’y a d’ailleurs que cela dans le frigo. Avec ses décors intérieurs superbes et remarquablement filmés, nous voyons grandir dans la seconde partie du film un enfant sauvage. Comme l’avait fait remarquer le critique du journal Le Monde au festival de Locarno l’été dernier, « ces contrastes si forts sont réunis en une parfaite cohérence stylistique. Tout semble couler de source dans Les Bonnes Manières : la sensibilité qui domine est celle de l’intimisme, qu’il s’agisse des relations entre la mère et l’enfant ou de celles qui unissent les femmes. Car entre Clara et Ana, c’est aussi de sentiments et d’amour physique qu’il va être question ».

Le film joue constamment entre réalisme et fantastique, ce qui était déjà le cas de Trabalhar cansa (2011), le film qui nous avait fait découvrir alors Marco Dutro et Juliana Rojas. Ils savent détourner les codes propres à des genres très marqués du cinéma populaire pour dépeindre une situation sociale. « Nous sommes avant tout guidés, expliquent-ils, par les personnages et leurs émotions : ce sont eux qui établissent la dimension fantastique dans laquelle ils glissent peu à peu. Tout est une question d’équilibre entre les thématiques sociales qui nous intéressent et leur inscription dans un univers codifié. Pourquoi le genre ? Parce que la peur, la violence, la mort, les tabous y sont inhérents. C’est en soi subversif. »

Plus que le fantastique, c’est la façon dont les auteurs dépassent un genre pour nous faire entrer dans leur monde imaginaire qui est à l’œuvre. C’est également une métaphore qui exalte les différences ; un film audacieux, très curieux, qui mélange les thèmes, passionnant du début à la fin, mais également d’une remarquable intelligence qui révèle, si on veut bien les lire, les paradoxes de la société brésilienne. À voir à partir du 21 mars.

Alain LIATARD

 
 

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