VIENT DE PARAITRE

Michel Laub


« Journal de la chute » du Brésilien Michel Laub

Journal de la chute, premier roman e l’écrivain brésilien Michel Laub traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellecen aux éditions Buchet-Chastelne peut que surprendre un lecteur européen, même habitué à la littérature latino-américaine.

Il raconte l’enfance et l’adolescence du narrateur, juif brésilien vivant à Porto Alegre dans les années 1970, descendant d’un rescapé d’Auschwitz. Le narrateur, qui a une quarantaine d’années, est dépressif, il a l’impression d’avoir tout raté, à commencer par ses trois mariages et il cherche à faire partager son malaise existentiel à son lecteur. Ce roman est un long monologue apparemment organisé (chaque paragraphe est soigneusement numéroté), mais cet ordre n’est qu’apparent : les titres des « chapitres » ne correspondent que très indirectement avec le contenu, le texte est plutôt chaotique, avec des retours en arrière ou des explications de faits qui au préalable nous avaient échappé.

Et, surtout, il y a le poids des souvenirs, pas seulement de ceux du narrateur : le grand-père, qui a survécu aux camps nazis, s’obstine à tourner la page, à ne plus se souvenir, ce qui n’est pas la même chose qu’oublier, ce qui, paradoxalement, oblige ses descendants à le faire et à récupérer une part de cette culpabilité propre à ceux qui ont échappé à une mort dramatique et partagée. Aussi, pour le narrateur, la référence littéraire est-elle Primo Levi : Auschwitz devient pour l’adolescent une obsession morbide, que Michel Laub décrit parfaitement. Les conséquences psychologiques d’une telle tragédie historique sont-elles réservées à ses victimes directes, peuvent-elles se partager sur deux, voire trois générations, voilà une des questions posées par ce récit. Mais le leitmotiv qui revient sans cesse, cyclique et désabusé, c’est de savoir si l’expérience humaine est viable ou au contraire vouée au néant. On l’aura compris, Journal de la chute n’est pas d’une lecture confortable. C’est un roman qui forcément dérange parce qu’il pose des questions universelles.

Christian ROINAT

Michel Laub : Journal de la chute, traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec, Buchet-Chastel, 193 p., 18 €.

Michel Laub en portugais : Diário da queda, Companhia das letras, 2011

 
 

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