L’Argentine à l’honneur durant le festival Belles Latinas à Lyon

Le mercredi 27 mai, la librairie L’œil Cacodylate invitait l’autrice Laura Alcoba, d’origine argentine, qui présentait son nouveau roman : Minuit À bord. Enquête Romanesque. Ce roman-enquête publié en 2026 raconte ses recherches sur Benjamin Fondane, un poète disparu pendant la Seconde Guerre mondiale. Fascinée par son destin, elle enquête sur un film qu’il a réalisé en Argentine dans les années 1930 et qui a mystérieusement disparu. À travers cette quête, le roman fait revivre la vie du poète, de sa famille et de son époque, marquée par la montée des totalitarismes en Europe. Entre réflexion historique et recherche personnelle, Laura Alcoba propose un récit sensible sur la mémoire, l’exil et la transmission du passé.

De plus, au cours de cette rencontre, l’autrice est revenue sur son premier livre : Manèges: Petite histoire argentine. Paru en 2007, ce récit de mémoire est largement inspiré son enfance en Argentine pendant la dictature militaire des années 1970. La narratrice, une petite fille de 7 ans, vit dans la clandestinité avec sa mère, tandis que son père est emprisonné pour ses activités politiques. Nous vivons alors le récit à travers la mémoire de l’esprit et du corps de cette jeune protagoniste : ce livre émouvant retrace cette période sombre à travers le regard d’une enfant. Il montre notamment comment la jeune fille parvient à maintenir le lien avec son père malgré la censure, en partageant avec lui la lecture d’un même livre qu’ils commentent à distance.  

Dans ce cadre, Laura Alcoba nous rappelle que la littérature a pour objet de mettre des mots sur un sentiment collectif, difficilement exprimable : elle permet d’opérer une forme de catharsis, c’est-à-dire une forme de dépassement de l’événement traumatique, en s’y confrontant de cette manière. Le lecteur peut se projeter dans l’histoire, et ce davantage par exemple qu’avec le témoignage, qui est figé dans l’espace et le temps. 

Le mercredi 3 juin s’est tenue la présentation d’un ouvrage consacré à l’histoire du centre de détention et de torture de l’ESMA sous la dictature militaire argentine (1976-1983). À partir de témoignages et d’archives, ce livre met en lumière la manière dont l’État a organisé les enlèvements, la torture, les disparitions forcées et les assassinats dans le cadre d’un système de terrorisme d’État. Il aborde également les enjeux de mémoire et de justice liés à ces crimes contre l’humanité. L’objectif de ce livre est notamment de sensibiliser les jeunes générations afin que de tels événements ne se reproduisent jamais. Cet ouvrage rappelle l’importance du travail de mémoire à tous les niveaux de la société. Bouleversant mais essentiel, cet ouvrage apparaît comme un livre nécessaire.

La présentation a été enrichie par un dialogue avec d’anciens exilés argentins, Alberto Epstein, Sara et Giamba Giambastiani, qui ont apporté un éclairage précieux grâce à leurs témoignages personnels. Les échanges étaient animés par Néstor Ponce, écrivain et professeur émérite de littérature et de civilisation hispano-américaine à l’Université Rennes 2. La soirée s’est poursuivie par un concert de la chanteuse et flûtiste Diana Baroni, accompagnée de Joël Defrance. Cette conférence marque la clôture du festival Belles Latinas.