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20 octobre 2018

Résultat du premier tour de l’élection brésilienne : Bolsonaro contre Haddad au second tour

Deodato Ramalho, avocat et président du Parti des travailleurs (PT) à Fortaleza, nous livre son analyse à la suite du premier tour des élections brésiliennes qui a eu lieu le 7 octobre. Militant engagé au PT depuis 1987, il participe activement à cette campagne électorale historique pour le Brésil. Le deuxième tour aura lieu le 28 octobre prochain.

Photo : O Sul

L’élection présidentielle brésilienne, dont le premier tour a eu lieu le 7 octobre dernier, est apparue extrêmement polarisée, fortement influencée par le poids des grands médias nationaux, qui ont une fois de plus entraîné la radicalisation des discours les plus conservateurs de la société brésilienne. L’élection de 2018 a en réalité fait l’objet d’une lutte acharnée depuis quatre ans. Le premier point d’orgue s’est produit avec la destitution de la présidente de l’époque, Dilma Roussef (Parti des Travailleurs, PT), et le deuxième épisode est en train de se dérouler depuis les 45 derniers jours de l’élection présidentielle. Les médias, très partisans, ont largement contribué dans leurs JT quotidiens à la diabolisation du PT et de son leader Luiz Inácio Lula da Silva. Cette diabolisation a ainsi alimenté «l’antipétisme» et devait servir initialement à faciliter la candidature de centre-droite de Geraldo Alckmin (Parti de la sociale démocratie brésilienne, PSDB). Dans un premier temps, le charisme de l’ancien président Lula suffisait à contrecarrer ces manœuvres venues des sphères politiques, médiatiques et judiciaires, maintenant ainsi le Parti des travailleurs en lice pour la cinquième fois consécutive à l’élection présidentielle.

Au début de cette campagne, la candidature du député d’extrême-droite Jair Bolsonaro a été négligée, à la fois pour ses propositions quelque peu exotiques et pour la faiblesse structurelle de sa formation politique. Sa candidature, facilitée par la mise à l’écart du favori des sondages Lula, a profité ensuite du profond désarroi de l’électorat et a fini par occuper tout l’espace politique, auparavant réservé au centre et en particulier au PSDB. L’intense diabolisation et la criminalisation des politiques par les médias -et plus spécifiquement par Rede Globo (principal média au Brésil)- a ouvert un espace énorme aux discours extrémistes, faisant apparaître le candidat d’extrême droite comme le seul capable d’incarner une alternative crédible au PT. Alors que l’antipétisme séduisait traditionnellement plutôt les élites économiques de la société, ce mouvement a peu à peu gagné les classes moyennes. Il a même conquis les classes les plus pauvres de la société, qui font face à un taux de criminalité élevé et qui ont été séduites par la promesse d’un retour immédiat de l’ordre public en recourant à des méthodes fortes, promesses accompagnées de discours virulents à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme.

Grâce à ce discours populiste réactionnaire, défendant la famille traditionnelle, promettant une lutte sans merci à la criminalité et prônant une économie de marché totalement libéralisée, la campagne de l’extrême droite n’a eu de cesse de se renforcer, malgré le faible niveau intellectuel de son candidat, qui n’a même pas été capable au cours de cette campagne de prononcer ne serait-ce qu’un seul discours raisonnable quant à la compréhension des problèmes nationaux. En ce sens, le candidat d’extrême droite a vu paradoxalement sa campagne largement facilitée par l’attaque au couteau qu’il a subie de la part d’un individu présentant des troubles mentaux et qui n’a pas supporté le discours sexiste, raciste et homophobe du candidat. Cette agression est à mettre en perspective avec le signe de ralliement des militants de Bolsonaro qui consiste à imiter de la main la forme d’un pistolet pour promouvoir la libéralisation du port d’armes.

Avec la candidature de Fernando Haddad, ancien préfet de São Paulo, économiste, avocat, philosophe et professeur à l’université, qui a remplacé à la dernière minute la candidature invalidée de Lula par le Tribunal supérieur électoral à la suite d’une série de recours qui se sont prolongés jusqu’au 10 septembre, la campagne pétiste s’est surtout concentrée pour convaincre les électeurs pro-Lula. Les sondages indiquaient en effet un soutien de près de 39% des électeurs et une possible victoire dès le premier tour. Le transfert de votes Lula/Haddad a dans un premier temps dépassé toutes les attentes mais a ensuite été le centre de toutes les attaques, non seulement de la part du bord conservateur, par l’intermédiaire d’une forte présence sur les réseaux sociaux assortie d’une batterie de fake news, mais aussi de la part du candidat de centre droite Geraldo Alckmin (PSDB), adversaire traditionnel du PT, et même de la part des candidats de centre gauche, comme les anciens alliés du PT Ciro Gomes (PDT) et Marina Silva (Parti écologiste).  

La virulente campagne antipétiste a ainsi puisé sa force dans le discours traditionnel conservateur hérité de la guerre froide, d’un anticommunisme primaire, décuplé cette année par l’usage des réseaux sociaux et par la profusion de fake news qui ont exploité le registre anticommuniste et des questions d’ordre moral et religieux.

Il est certain que cette campagne présidentielle a été la plus idéologisée de l’histoire brésilienne. Elle a d’ailleurs occulté les questions traditionnelles sur la lutte des classes ou sur les infrastructures nationales au profit d’une confrontation gauche-droite où les valeurs démocratiques ont été mises à l’épreuve : de grands médias se sont avérés clairement partisans, une justice sélective a divulgué à une semaine de l’élection la délation récompensée d’un ancien ministre de Lula et Dilma, accusé de faits de corruption, provoquant un écho médiatique énorme sans le moindre espace pour contredire les faits. La délation, qui avait en fait eu lieu en avril 2018, a ensuite été rejetée par le ministère public fédéral pour manque de preuves. Cette délation avait d’ailleurs été remise sur le devant de la scène par le juge Sergio Moro dont la juridiction particulièrement partiale a déjà été dénoncée par de grands juristes nationaux et internationaux.

La forte polarisation politique a placé au centre du débat les discours violents de Bolsonaro et de ses partisans lors des manifestations publiques, qui ont très souvent fait référence à l’usage des armes, leitmotiv de cette campagne. Cette polarisation s’illustre bien par les forts taux de rejet vis-à-vis de l’ensemble des candidats. Les favoris des intentions de vote, par l’effet de polarisation, présentaient également les plus forts taux de rejet.

La veille de l’élection, les enquêtes d’opinion ont mis en évidence une augmentation soudaine de 6 points en faveur de Bolsonaro (passant de 28% à 34%) et une perte de 1 point pour Haddad (de 22% à 21%), faisant planer le spectre d’une victoire de l’extrême droite dès le premier tour grâce à la recrudescence des campagnes de Gomes (centre gauche) et Alckmin (centre droit) contre celle de Haddad. La stratégie des candidats centristes était de convaincre les électeurs qu’ils étaient les seuls capables de vaincre les extrêmes au second tour. Malgré la forte influence des enquêtes d’opinion exercée habituellement dans les élections brésiliennes et malgré l’appel au vote utile, les deux candidats du centre n’ont pas pu empêcher le scénario qui semblait inéluctable depuis le début : un second tour entre Bolsonaro et Haddad.

Le Brésil compte le troisième électorat au monde avec 147 millions d’électeurs. Avec 107 millions de votes valides (alors que le vote est obligatoire), le résultat du premier tour fait apparaître un grand équilibre entre les forces politiques. Bolsonaro obtient 46% des votes tandis que l’ensemble des candidatures classées à gauche recueillent 43%.

La stratégie adoptée par Alckmin et par Gomes pour récupérer les «votes utiles» n’a finalement pas porté ses fruits. Dans le cas d’Alckmin, elle se montre même désastreuse car le «vote utile» se retourne contre lui avec la fuite de son électorat le plus conservateur et antipétiste vers le candidat d’extrême droite, d’après les projections pour le second tour réalisées le 10 octobre 2018.  

Fortaleza, 8 octobre 2018.

Deodato RAMALHO,
Avocat et président 
du Parti des travailleurs de Fortaleza (Ceara)
Traduit par Gabriel VALLEJO

L’écrivain colombien Roberto Burgos Cantor est décédé ce mardi à Bogotá

L’écrivain originaire de la ville de Carthagène des Indes et lauréat du Prix national de littérature 2018 de Colombie, Roberto Burgos Cantor, est décédé ce mardi à Bogotá à l’âge de 70 ans, à la suite de ce qui semblerait être des complications cardiaques. Selon les premières informations données par sa famille, l’écrivain est mort à la clinique de Marly, dans la capitale du pays, après un arrêt cardiaque alors qu’il se trouvait chez lui, où il résidait depuis quelques temps.

Photo : Semana

Burgos Cantor est né à Carthagène des Indes en 1948. Il a dédié une grande partie de sa vie à la littérature, bien qu’il était avocat de profession. Il écrivait à ses débuts des chroniques de contes et des revues dans plusieurs journaux jusqu’en 1981, date de publication de son premier recueil de contes : Lo Amador. Il a publié cinq autres recueils de contes comme De gozos y desvelos, Quiero es cantar, Juego de niños, Una siempre es la misma et El secreto de Alicia.

Il a également publié Señas particulares, considéré comme un livre de témoignage sur une époque, et six romans : El patio de los vientos perdidos, El vuelo de la paloma, Pavana del ángel, La ceiba de la memoria, Ese silencio, El médico del emperador y su hermano et Ver lo que veo. 

Il a reçu le prix littéraire Casa de las Américas 2009 et il a été finaliste du Prix Rómulo Gallegos 2010 pour son œuvre La ceiba de la memoria. Il a également gagné le Prix Jorge Gaitán Durán octroyé par les Beaux-Arts de Cúcuta. Sa reconnaissance la plus récente est le Prix national de littérature 2018 attribué par le ministère de la Culture, qui s’octroie au genre littéraire du roman, pour son livre Ver lo que veo, qui raconte par des monologues l’histoire d’un quartier en marge de la région des Caraïbes vu par ses habitants.

Selon le jury, composé de l’écrivain mexicain Álvaro Enrigue et des Colombiens Luis Fayad et Liliana Ramírez, l’œuvre de Burgos Cantor est le résultat d’un auteur accompli et d’une vive imagination. «C’est un roman très littéraire. Construit sur une structure complexe, alternant monologues de narration à la troisième personne, dans une progression d’images visuelles composées d’un langage à la fois personnel et universel» a remarqué le jury. «L’histoire de la Colombie écrite sur le ton d’une juste mélodie. L’harmonie de ses phrases, l’art du sens et de la sonorité, la forme et la fable unies en un objet qui appartient à la meilleure littérature» s’est exprimé Burgos Cantor, quand le prix fût attribué en juin.

En ce qui concerne l’honneur de recevoir ce Prix, Burgos a souligné que celui-ci procurait une certaine satisfaction, tant sur un point de vue personnel que littéraire. «D’un point de vue personnel c’est stimulant, c’est un soutient qui est de l’ordre de la sensibilité intime de l’auteur ; et de l’ordre du social, surtout quand il s’agit d’un concours dans lequel interviennent des jurys importants et de qualité, recevoir ce Prix met un point final au travail fourni pour donner une certaine reconnaissance au livre, pour encourager sa lecture, surtout dans un pays où le hasard, la loterie ou la nouveauté, jouent un rôle déterminant.»

Plusieurs personnalités du pays se sont prononcées sur le décès de l’écrivain colombien. L’une d’elle étant le gouverneur de Bolivie, Dumek Turbay, qui a écrit : «Nous déplorons le décès de l’écrivain Roberto Burgos Cantor, un maître de la littérature des Caraïbes. Que la lecture éternelle de ses merveilleuses œuvres soit la meilleure manière de le faire vivre à nos côtés. Qu’il repose en paix et nos sincères condoléances à ses proches.»

Le directeur général de Colciencias, Diego Hernández, a également envoyé un message de condoléances à la famille de l’écrivain : «Prenant part à la douleur de son épouse Dorita Bernal et de sa famille.» Le ministère de la Culture en personne a également déploré la mort de l’écrivain colombien, qui a été décrit comme «l’un des plus remarquables auteurs de littérature de ce pays».

D’après El País colombiano
Traduit par Cécile PILGRAM

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