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décembre 2014

Semaine 52 : Evo Morales réclame encore l’accès au Pacifique

19 décembre – MEXIQUE – Raúl Salinas le frère du président mexicain Carlos Salinas de Gortari (1988-1994) a été définitivement innocenté du crime de détournement de fonds après un procès qui a duré 19 ans. Raúl Salinas, 67 ans, a été surnommé M. 10 % parce que c’est la tranche qu’il encaissait sur chaque transaction qui passait dans son environnement. Le ministère public mexicain soupçonne qu’une partie de l’enrichissement rapide de Raúl Salinas provenait aussi d’un lot secret de la Présidence de son frère. Selon le journal Reforma, entre persiflage et indignation, a ouvert son édition : « Raúl Salinas est innocent!« .

20 décembre – COLOMBIE – Les Farc ont commencé la trêve unilatérale et indéfinie promise. La décision a été prise par le Secrétariat, la plus haute instance dirigeante, et a été lancée même si le président, Juan Manuel Santos, n’a pas accepté la condition qu’une organisation internationale en vérifie la conformité. Pour le gouvernement, ceci doit seulement se produire vers la fin des dialogues de paix, en envisageant « une éventuelle cessation bilatérale et définitive« . Il a été une source de polémique à tel point que les Farc ont mis en garde que la halle-au-feu serait levée si l’un de leurs fronts était attaqué. Juan Manuel Santos a ratifié l’ordre que les forces armées continuent leurs opérations militaires dans tout le pays.

21 décembre – CUBA – Le gouvernement américain aborde les cubano-américains les plus intransigeants de Miami, qui crient contre la « trahison » du président Barack Obama à normaliser les relations avec Cuba pour expliquer cette normalisation. Trois membres de gouvernement, clé dans ce processus, ont fait appel à la communauté pour l’appeler à la raison : « Il est temps d’arrêter de regarder en arrière et commencer à bouger dans les intérêts des Cubains qui aiment la liberté comme aux États-Unis » ont souligné les secrétaires d’État, John Kerry; du commerce, Penny Pritzker, et du Trésor, Jacob Lew.

21 décembre – PANAMÁ – Un quart de siècle – le 20 décembre 1989 – après un attentat qui a marqué le début de l’opération Just Cause pour renverser le général Manuel Antonio Noriega, réclamé par un tribunal de Miami pour trafic de drogues, Panamá ouvre une commission de la vérité sur l’invasion. Dans une annonce surprise à l’occasion de la commémoration du 25e anniversaire de l’invasion, le président panaméen, Juan Carlos Varela, a annoncé qu’il créera une commission spéciale pour faire des recherches sur « tout ce qui concerne » les morts et disparus pendant l’opération. La commission sera dirigée par la vice-présidente et chancelière panaméenne, Isabel Saint Malo de Alvarado, et comptera la participation de l’église catholique et de la société civile. Les chiffres officiels des victimes sont inconnus alors qu’il y a des versions d’ONG que chiffrent les morts entre 2 000 et 7 000.

22 décembre – MEXIQUE – Le pays a appuyé la participation de la police dans des homicides d’immigrants. En août 2010, 72 migrants d’Amérique centrale ont été tués dans la ville de San Fernando, située dans l’état du nord de Tamaulipas. En avril 2011, les autorités ont trouvé 193 autres cadavres dans des fosses communes. Dans les deux cas, le crime organisé a été accusé du massacre. La zone près de la frontière avec les États-Unis, est devenue territoire interdit pour des centaines de milliers de personnes déplacées en essayant d’atteindre le sol américain. Quatre années après ces événements, le Ministère public mexicain (PGR) a reconnu pour la première fois qu’il a existé une complicité des forces de sécurité. Selon les informations fournies 10 décembre dernier par National Security Archive – un institut de recherche de l’Université de George Washington -, les agents municipaux de San Fernando ont reçu pour ce travail des paiements du cartel de Los Zetas, l’une des plus sanglantes organisations criminelles dans le pays qui opère dans la région.

22 décembre – AMERIQUE LATINE – Le Venezuela et la Bolivie, avec l’appui du Nicaragua, « ont miné » – selon les termes de diplomates – l’image d’unité que l’OEA voulait donner en approuvant une simple déclaration d’appui au début du processus de normalisation des relations entrepris par les États-Unis et du Cuba. Durant dix heures, ces pays ont retardé la déclaration de la réunion avec la demande que le texte devrait inclure une référence à la poursuite de l’embargo imposé par les États-Unis à l’île depuis plus d’un demi-siècle.

22 décembre – NICARAGUA – Le président du Nicaragua, Daniel Ortega, a inauguré officiellement les travaux du grand canal, un mégaprojet attribué pour 100 ans à la société chinoise HKND et d’une valeur de 50 000 millions dollars, qui est conçu pour rivaliser avec le canal du Panama, en pleine expansion. La crainte principale est liée au préjudice subi par le lac Nicaragua, plus de 8 000 kilomètres carrés.Une étude d’impact sur l’environnement présenté à la fin septembre par le Centre Humboldt assuré que le projet pourrait causer des dommages irréparables à l’écosystème.Le canal est condamné par le Grupo Cocibolca, une organisation de scientifiques, d’intellectuels et de militants écologistes. Jusqu’à présent 15 manifestations ont eu lieu dans lesquelles des milliers d’agriculteurs ont exprimé leur opposition.La résistance paysanne à la chaîne est sans précédent au Nicaragua.

23 décembre – PARAGUAY – Il y a 112 000 personnes indigènes au Paraguay et 75% vivent dans l’extrême pauvreté les obligeant à migrer, même si une grande partie de la terre utilisée pour la culture leur appartient. L’anthropologue paraguayen René Alfonso affirme catégoriquement: « La déforestation et l’expansion de la monoculture du soja portent les peuples à leur disparition. Nous sommes devant un ethnocide des peuples autochtones. ». Les indiens Guaranis, quand ils arrivent à Asunción, doivent faire face à la pénurie d’emplois, de logement et au racisme de la majorité de la société.

23 décembre – BOLIVIE – Le pays andin, gouverné par le président Evo Morales [photo] qui vient à nouveau d’être choisi par les urnes, a continué son litige avec le Chili par l’accès au Pacifique. Un pays soucieux d’atteindre enfin le rêve centenaire de retourner à la mer. Les Boliviens espèrent qu’en 2015 se concrétise la demande pour la cause maritime à Haye, ainsi que la visite du Pape Francisco.

24 décembre – BRÉSIL – Après avoir déchaîné la fureur de la gauche pour avoir nommé il y a quelques semaines un technicien de filiation libérale en tant que ministre des Finances, la présidente Dilma Rousseff, ne gagnera pas en popularité après avoir annoncé les noms de 13 des 39 ministres de son nouveau gouvernement, d’un maximum de six partis différents. Les 13 noms annoncés, certains d’eux très controversés, sont tombés comme une douche froide et interrogent sur le style de gouverner de Dilma Rousseff vu la croisé des chemins où se trouve aujourd’hui la gouvernance du Parti des Travailleurs (PT).

25 décembre – COLOMBIE – Les guérilleros des FARC ont annoncé dans un communiqué la libération dans les prochains jours d’un soldat qui a été enlevé par un de ses fronts rebelles dans le nord du département de Cauca, dans le sud de la Colombie, quelques heures seulement avant l’heure du début de la trêve. Le soldat a été enlevé dans une embuscade dans lequel cinq soldats sont morts ainsi que cinq blessés.

25 décembre – COSTA RICA – Leurs habitants disent avoir la plus grande biodiversité par kilomètre carré, il est interdit de chercher du pétrole et de développer l’industrie minière à ciel ouvert et il applique aussi une loi récente promue par des groupes de citoyens qui a déclaré illégal de chasser à des fins sportives ou lucratives. En outre, 90 % de son énergie consommable est produit avec des sources renouvelables et la majorité de la population voudrait continuer à éviter la consommation de pétrole, parce qu’il existe une conscience généralisée de l’effet de la pollution sur le changement climatique. Il veuille, mais ne le fait pas. Ceci est le Costa Rica, un petit pays qui a obtenu de récupérer une couverture boisée jusqu’à atteindre 52,4 % de son territoire avec des politiques de paiement pour maintenir la forêt et qui a su exporter son image de défenseur de l’environnement au point d’être placé comme modèle pour son avancée dans des politiques environnementales dans les forums internationaux, comme à la conférence récente de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CMNUCC), effectuée en décembre à Lima, au Pérou.

26 décembre – MEXIQUE – Les parents des 43 étudiants kidnappés ont marché une nouvelle fois par la capitale mexicaine avec des milliers de personnes pour exiger de la justice après que trois mois du massacre se soient accomplis dans le Guerrero. « Pour nous, la nuit du 26 septembre n’est pas terminée »

28 décembre – MEXIQUE – Hipólito Mora, l’un des fondateurs des groupes d’auto-défense du Michoacán, à l’ouest du Mexique, s’est rendu volontairement à la police avec 26 autres membres de son contingent de civils soulevé en armes depuis l’année dernière contre les attaques du crime organisé. Avec ce mouvement, cet agriculteur de citrons devenu une autorité officieuse, cherche à montrer sa disposition à collaborer avec la recherche de la justice pour le décès de 11 personnes il y a deux semaines dans une confrontation entre deux factions rivales au sein des auto-défenses elles-mêmes. Un de ces décédés dans la bagarre était le fils ainé de 33 années de Mora.

Guy MANSUY

Le dégel USA-Cuba : des intérêts économiques réciproques bien compris ?

La « normalisation » que les États-Unis (EU) recherchent avec Cuba n’a pour seules raisons que des intérêts économiques en faveur des entreprises états-uniennes et une tentative de reprise en main de leurs intérêts géostratégiques en Amérique latine. Pour Cuba, il s’agit là d’un espoir de la fin de l’embargo tout en maintenant son modèle socialiste.

Quoi qu’on en pense, l’appel simultané des présidents états-unien et cubain à la normalisation des relations entre les deux pays, n’est pas vraiment une surprise. On se rappelle l’agitation des milieux politiques lorsque Barack Obama et Raúl Castro se sont serrés la main lors de l’hommage à Nelson Mandela le 10 décembre 2013. Et le Monde Diplomatique des mois de juin et novembre 2014 annonçait « Dégel sous les tropiques, la défense de l’embargo n’est plus un atout électoral aux États-Unis » (1). La normalisation des relations bilatérales entre les deux pays n’a rien à voir avec des raisons d’ordre moral devant les dommages provoqués ou avec une reconnaissance de l’illégalité de l’embargo en droit international, mais tout à voir avec les intérêts économiques et géostratégiques des deux pays.

L’embargo

Il fut instauré en février 1962 par John Kennedy, renforcé en 1963 et 1964, puis en 1992 et 1996, un rien assoupli par Obama en 2009 malgré ses promesses de candidat de 2008 promettant « un nouveau traitement avec Cuba » qui n’a pas eu lieu… Selon des chiffres disponibles à l’ONU, le préjudice pour Cuba en dommages économiques se chiffrerait à 104 milliards de dollars. L’embargo pénalise les activités de la banque, la finance, les assurances, le pétrole, les infrastructures, les produits chimiques, les transports, les chantiers navals, l’agriculture et la pêche, l’électronique et l’informatique, la santé. La vente de tabac, de produits de la mer, du sucre, du rhum est entravée… (2). On peut se demander ce qu’il adviendrait de la Belgique ou de la Suisse si ces deux pays avaient été victimes des mêmes restrictions économiques…

Le Monde Diplomatique (3) rappelle que les États-Unis interdisent, par exemple, l’importation de machines contenant du nickel cubain ou du chocolat suisse fait à partir de cacao cubain ! Plus grave, ils interdisent par quiconque l’exportation vers Cuba de toute machine comprenant la moindre pièce produite aux EU (y compris le matériel destiné aux hôpitaux). Ils ont également saisi en 2011, la contribution destinée à Cuba du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme (soit 4,2 millions de $). On se souvient que la banque française BNP Paribas a dû payer une amende de 8,9 milliards $ pour des opérations bancaires réalisées avec Cuba. Les EU ont ainsi imposé leurs lois anti-cubaines au reste du monde pendant 50 ans ! Avec une exception pour le business US bien sûr : l’amendement Nethercut autorise certaines exportations agricoles US vers Cuba que celle-ci doit payer comptant.

Les raisons économiques pour un changement

Les vraies raisons du changement d’attitude de Washington sont à chercher dans la reconnaissance par le gouvernement que la prolongation de l’embargo et le refus de négocier avec Cuba ont en fait lésé les entreprises états-uniennes qui perdent du terrain sur le plan des échanges économiques. Les termes utilisés par les autorités états-uniennes sont clairs. Barack Obama : « L’embargo est un échec… Les intérêts des EU ne sont pas servis par un effondrement de Cuba ». Bien d’accord avec lui, un groupe de 50 hommes d’affaires importants ont demandé qu’il utilise ses prérogatives pour introduire des changements dans les relations avec Cuba. John Kerry, secrétaire d’État : « Notre politique n’a pas isolé Cuba, elle a isolé les EU ».

Car en février 2014, l’Union Européenne (UE) a ouvert des négociations avec l’île pour signer un accord de coopération politique et économique. L’UE est le premier investisseur étranger à Cuba et son deuxième partenaire économique. En visite récente à Cuba,Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères français, a déclaré qu’il était venu à La Havane pour « promouvoir des alliances entre des entreprises de nos deux pays et soutenir les sociétés françaises qui veulent développer des projets ou s’installer à Cuba ». Il faut savoir que plus de 60 grosses entreprises françaises travaillent déjà à Cuba dont Pernod-Ricard, Accor, Nouvelles Frontières, FRAM, Bouygues, Alcatel-Lucent, Total Alstom, Air France… (3) Bientôt, les compagnies US pourront ouvrir des comptes dans des banques cubaines et les visiteurs US utiliser leur carte de crédit que les Cubains refusaient parce que les banques US refusaient de les payer. Mieux encore pour le business : les entreprises de télécommunication pourront vendre leurs équipements et construire des infrastructures. Quant aux touristes US, non seulement ils ne devront plus passer par le Canada ou le Mexique pour se rendre à Cuba, mais ils pourront rapporter chez eux des produits cubains jusqu’à une valeur de 400 dollars, y compris 100 de cigares et 100 de rhum !

Les intérêts économiques de Cuba ne sont pas moindres. Le gouvernement vient d’instaurer une nouvelle loi sur les investissements étrangers pour faciliter les échanges avec ses principaux partenaires régionaux (Venezuela, Brésil, Argentine, Bolivie, Équateur). Cette loi pourra très bien s’étendre à d’autres pays dont les EU. Raúl Castro : « Malgré les difficultés, (il faut) actualiser notre modèle économique pour construire un socialisme prospère et durable ». Il a cependant cadré la portée des accords à venir : le rapprochement avec les EU « n’implique pas un renoncement au modèle socialiste… Nous n’avons jamais demandé aux EU de changer leur système politique, nous exigerons le respect du nôtre ». Il y aura don… « continuité et renforcement du socialisme pour un meilleur fonctionnement de l’économie avec une ouverture contrôlée vers les marchés », une position déjà mise en action depuis peu. Cuba dépend beaucoup des transferts financiers des émigrants cubains aux EU vers leurs familles à Cuba (2,5 milliards de dollars). Ces sommes permettent d’ouvrir des petits commerces. Puisque dorénavant, les migrants pourront envoyer 1 200 $ au lieu de 500 $, c’est autant d’argent investi qui devrait mener à une amélioration des conditions de vie des Cubains.

Intérêts géostratégiques

Hillary Clinton : « À la fin de mon mandat (de secrétaire d’État), j’ai demandé au président Obama de reconsidérer notre embargo contre Cuba. Il faisait obstacle à nos propres projets avec le reste de l’Amérique Latine ». L’indifférence des présidents US et la création de blocs politiques et économiques en Amérique latine ont laissé les EU sur la touche. Ils espèrent qu’une reprise des relations avec Cuba améliorera les relations avec le reste de l’Amérique latine, une manière de reprendre pied sur le sous-continent… Pour Cuba, c’est un succès : les EU ont finalement pris acte que leurs tentatives d’isolement de l’île est un échec. Comme le fait remarquer l’analyste Edgardo Mocca dans un journal argentin, « Cuba n’est plus isolée, ni politiquement ni idéologiquement ni économiquement » (4). Les EU sont en effet les seuls à voter contre Cuba aux Nations unies. Pour la 22e année consécutive, l’Assemblée générale des NU a exigé début 2014 l’arrêt de l’embargo par 188 voix pour, 2 voix contre (EU et Israël) et 2 abstentions. Cependant, confirmant notre opinion que le « dégel » du point de vue US est uniquement d’intérêt stratégique, le lendemain de l’annonce du rétablissement des relatons avec Cuba, Obama signait un décret organisant des sanctions contre les membres du gouvernement vénézuélien ! La guerre froide n’est pas vraiment terminée…

La fin de l’embargo dépend du Congrès 

Les problèmes pour Obama ne font que commencer : à partir de janvier 2015, le Congrès sera contrôlé par les Républicains, pour le moment très opposé à l’initiative de dégel. Le sénateur d’origine cubaine Marco Rubio a dit clairement qu’il était « indigné » par cette « trahison » et qu’il « ferait tout son possible pour que cette initiative soit un échec ». Il a bien sûr reçu le soutien des organisations anti-castristes de Miami. Mais si auparavant les migrants cubains étaient bien accueillis par les autorités des EU alors que ceux d’Amérique centrale étaient pourchassés, ce n’est plus le cas. Le soutien à l’embargo perd définitivement du terrain et les congressistes qui veulent se faire élire devront prendre cette évolution en considération.

Une manière de préparer les élections de 2016 ?

L’idée d’Obama d’attaquer le dossier Cuba un an et demi avant les élections présidentielles de 2016 est peut-être un moyen de donner aux Républicains le temps de comprendre que renouer le business avec Cuba sera bénéfique aux intérêts états-uniens. Car Européens et Chinois n’ont pas attendu, eux, pour faire des affaires avec Cuba, très demandeuse : ils sont leurs deuxième et troisième partenaires commerciaux après l’Amérique latine ! Il s’agit d’éviter que les relations EU-Cuba soient au centre des débats entre les deux candidats présidentiels. La candidate du Parti démocrate sera vraisemblablement Hillary Clinton qui soutient Obama dans sa démarche. Le Parti Républicain n’a pas encore de candidat précis mais les deux favoris aux élections primaires pour le moment sont Jeb Bush (frère de Georges W. Bush) et Marco Rubio, tous deux ex-gouverneurs de l’État de Floride où résident la majorité des Cubains anti-castristes et viscéralement opposés à tout rapprochement entre les deux pays. Mais les temps ont changé : nombres de Cubains des deuxième et troisième générations n’ont plus la hargne de leurs ainés envers Cuba. De plus, Obama a régularisé la situation de millions d’Hispanos jusqu’alors clandestins, qui pourront voter en 2016. Les enquêtes montrent que 56 % de la population US et 62 % des citoyens d’origine hispano sont favorables au rapprochement.

Clinton est convaincue d’obtenir les voix de la majorité de ces nouveaux citoyens. De plus, le lobby anti-castriste n’a plus le même impact… Le Parti démocrate peut très bien l’emporter même en Floride… Le « Todos somos americanos » d’Obama, une pâle copie du “Nous sommes tous des Berlinois” de Kennedy devant le mur de Berlin, est sensé amadouer les Hispanos des EU et les Latino-américains. Les Cubains ne sont pas dupes. Le gouvernement cubain pose clairement le cadre des négociations à venir : nous voulons « tenir avec le gouvernement des EU un dialogue respectueux basé sur l’égalité souveraine pour traiter les thèmes les plus divers de façon réciproque sans préjudice à l’indépendance nationale et l’autodétermination de nos peuples ».

Guantanamo

C’est un véritable caillou dans les souliers du président. Malgré ses promesses de 2008, il n’a pas fermé la prison. Les Cubains espéraient qu’il la ferme et rende à l’île sa souveraineté sur les terres occupées par cette base militaire. Obama ne sait que faire des 60 prisonniers qui, c’est maintenant évident, n’ont rien à voir avec le terrorisme. Obama avait demandé aux pays latino-américains d’en accueillir ; l’Uruguay a accepté d’en recevoir six. Obama exigeait qu’ils soient obligés de rester au moins deux ans en Uruguay mais le président José Mujica a répondu que, puisqu’aucune charges n’ont été retenues contre eux, il n’accueillera que des hommes libres avec le statut de réfugié garanti par l’ACNUR (Agence des Nations unies pour les réfugiés) : « Le premier jour où ils décident de s’en aller, ils seront libres de le faire ». Fermer Guantanamo demandera un vrai courage politique !

Pourquoi le Pape et le Canada ?

Le fait que le Pape soit d’origine argentine n’est qu’une des raisons pour son action d’intermédiaire. Il faut se rappeler que 24 % de la population états-unienne est catholique. De même, de très nombreux Cubains sont catholiques pouvant pratiquer leur culte sans problème. Le Pape fut très bien accueilli par les frères Castro lors de sa visite à Cuba et plébiscité par les croyants cubains. Cet ensemble de circonstances plus le dynamisme d’un Pape plus proche des peuples que son prédécesseur ont permis qu’il soit accepté comme intermédiaire par les deux parties. Le fait que le Canada n’a jamais vraiment rompu ses relations diplomatiques avec Cuba, que l’Église catholique est très présente au Canada et que ce pays est un ami inconditionnel des États-Unis explique que l’offre du Canada de mettre sur pied un site de rencontre discret en coordination avec le Vatican pour les négociations secrètes ait également été bien reçu par les deux parties.

Signes de bonne volonté

Pour se convaincre mutuellement de leur bonne foi dans cette reprise de contact, les deux pays ont échangé des prisonniers importants pour chacune des parties. Autre signe positif, l’annonce de possibles réouvertures d’ambassades dans les capitales respectives. Et tant qu’on y est, pourquoi pas une visite présidentielle réciproque, une possibilité apparemment tout-à-fait acceptable pour le porte-parole de la Maison Blanche… et pour Raúl Castro. On dit que même Fidel Castro approuve les événements, garantie d’un sérieux cubain. La balle, en terminer avec l’embargo, est dans le camp du Congrès des États-Unis. Ce n’est pas gagné…

Jac FORTON

(1)   Dégel sous les tropiques, signé Patrick Howlett-Martin, le Monde Diplomatique de novembre 2014.
(2) Voir un article sur l’embargo dans le Bulletin n° 45 de juillet 2013 du CETIM (Centre Europe Tiers Monde), Genève.
(3) Cuba, États-Unis, les choses bougent, sous la plume d’Ignácio Ramonet, directeur de Mémoire des luttes, et publié par eux et le Monde Diplomatique de juillet 2014.
(4) Un article intitulé Cuba et le changement d’époque, dans Página 12 en ligne du 21 décembre 2014.

Actualités de la semaine 51

14 décembre – HAÏTI – Confronté à la multiplication des manifestations des formations de l’opposition et lâché par le président Michel Martelly, le premier ministre haïtien Laurent Lamothe a démissionné. Ce sacrifice risque de ne pas suffire à désamorcer la crise. Ces derniers jours de violents affrontements ont opposé des manifestants à la police et aux casques bleus protégeant le palais présidentiel.

14 décembre – CUBA – Le XIIIe Sommet de l’Alliance bolivarienne pour les peuples (ALBA), tenue à La Havane pour commémorer le dixième anniversaire de l’organisme, a été marquée par la nostalgie. Dans sa déclaration finale en 40 points, le sommet a souligné les expressions de solidarité avec le gouvernement vénézuélien de Nicolas Maduro et a condamné les Etats-Unis, dont les législateurs ont décrété des sanctions financières contre les responsables civils et militaires du régime vénézuélien. Ce dixième anniversaire s’est achevé sans accords substantiels

15 décembre – BRESIL – Les femmes représentent 51 % de la population et ont une présidente, mais n’occupent 10% du Parlement. Pourtant une loi de 1997 exige que tous les groupes politiques aient 30% de leurs candidats soient des femmes, et un projet de loi du Sénat porte ce quota à 50 %. Mais il est déjà difficile de répondre à ces pourcentages.Et encore plus compliqué, d’être élu.

15 décembre – COLOMBIE – Le mandat de la Mission d’appui au processus de paix en Colombie de l’OEA (MAPP-OEA) a été prorogé pour trois ans. En outre, le texte ajoute la notion de « flexibilité » dans l’intention expresse d’inclure, si nécessaire, « les négociations en cours avec la guérilla des FARC et de l’ELN et un éventuel accord de paix avec les guérilleros « .

15 décembre – ARGENTINE – Le journaliste argentin Jorge Lanata, à travers une série d’entretiens et de caméras cachées, a réussi à obtenir des témoignages sur la façon dont des personnes liés à Lazaro Baez, ami personnel de Nestor et Cristina Kirchner, sur le transfert en 2013 de plus de 50 millions d’euros en espèces, par avion privé de la province de Santa Cruz à une petite société financière à Buenos Aires, puis qui disparaissent vers des fonds vautours. Un juge de l’État du Nevada a dans ses mains des informations clés sur la « Route de l’argent K« .  Pour promouvoir la transparence et aller au fond de cette recherche, le Centre pour le journalisme d’investigation dans les Amériques (CIMA) en collaboration avec Jorge Lanata, a présenté une demande d’intervention devant la justice du Nevada. Le juge a autorisé la commande d’intervention et permettra aux avocats d’examiner les documents confidentiels de Jorge Lanata à la recherche de preuves sur la Route de l’Argent K. L’année 2015 promet d’être intéressante en Argentine, non seulement à cause des élections présidentielles, mais aussi par les développements judiciaires qui auront lieu dans le pays et à l’étranger.

16 décembre – HAÏTI – Christophe Colomb a perdu dans l’ile La Española (aujourd’hui Haïti) un de ses trois navires après leur arrivée dans le Nouveau Monde: le navire Santa Maria, s’est échoué sur un banc de sable. Les 39 hommes de l’expédition qui ont fait naufrage dans la nuit de Noël de 1492 sont restés dans ces côtes et ont construit avec une partie des restes du navire le fort de La Natividad, rasé  peu de temps après. 522 années plus tard, l’archéologue sous-marin Barry Clifford qui a trouvé dans des eaux des Caraïbes l’épave et les restes du bateau fait appel à l’aide de l’Université de Huelva pour tester si les restes trouvés sont ceux du navire de Christophe Colomb.

16 décembre – MEXIQUE – Au moins onze personnes ont été tuées dans une fusillade dans le Michoacán, dans l’ouest du Mexique, selon le gouvernement du Mexique. Parmi les tués, Manuel le fils d’Hippolyte Mora, l’un des fondateurs de l’auto-défense et maintenant chef de la police dans la communauté rurale de La Ruana, de 10 000 habitants. Depuis les membres de ce groupe de 3000 personnes, créé en mai par le gouvernement d’Enrique Peña Nieto pour rendre légaux ces groupes de civils en armes pour lutter contre le crime organisé, ont bloqué plusieurs routes dans l’Etat pour exiger la protection des autorités fédérales après les épisodes de violence des dernières semaines.

16 décembre – ETATS-UNIS-CUBA – L’entrepreneur américain Alan Gross qui a passé les cinq dernières années de sa vie en prison à Cuba a été échangé contre trois espions cubains. Les trois cubains du groupe que Cuba appelaient ses « cinq héros » purgeaient des peines de prison aux États-Unis, ont également été libérés en même temps que Alan Gross et ont regagné Cuba. L’échange de prisonniers supprime le dernier obstacle entre Cuba et les États-Unis.

16 décembre – COLOMBIE – La Chambre des représentants de la Colombie a approuvé une nouvelle loi fiscale de 72 éléments qui doivent être confirmés par le président Juan Manuel Santos pour l’entrée en vigueur à partir de janvier 2015. Le gouvernement défend les hausses d’impôt pour poursuivre les investissements sociaux et pour soutenir la croissance économique qui au troisième trimestre a été de 4,2 %.

17 décembre – ETATS-UNIS-CUBA – Après s’être défiés pendant un demi-siècle, les États-Unis et Cuba ont annoncé, dans un geste historique, leur volonté de normaliser leurs relations diplomatiques. Le président Barack Obama a eu le courage de reconnaître publiquement que la politique suivie depuis plus d’un demi-siècle par les Etats-Unis à l’égard du régime cubain, « l’isolement « , n’avait pas porté ses fruits (« Cuba est toujours dirigé par les Castro et le Parti communiste arrivé au pouvoir il y a un demi-siècle ») et que le temps était venu « d’une nouvelle approche ». « Todos somos americanos » (« Nous sommes tous des Américains »), a lancé en espagnol Barack Obama  aux Cubains. Raúl Castro [photo] lui a répondu « Nous devons apprendre l’art de coexister de manière civilisée avec nos différences« . Raúl Castro a également remercié la médiation du pape Francisco et le gouvernement du Canada dans les négociations diplomatiques entre les deux pays.

17 décembre – COLOMBIE – La guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) a décrété un cessez-le-feu illimité, un geste sans précédent, tout en mettant la pression sur le gouvernement, qui a toujours refusé un armistice. Depuis La Havane, où ont démarré il y a deux ans des pourparlers, la délégation des FARC a annoncé, « l’interruption des hostilités pour une durée indéterminée ». La plus ancienne rébellion latino-américaine qui compte encore 8 000 combattants, n’avait observé que des cessez-le-feu temporaires à Noël.

17 décembre – ÉQUATEUR – Le pays a relevé le défi de convertir les déchets dans un outil de transformation sociale à travers le recyclage. Pendant des décennies, le pays a eu un tel niveau de la collecte des déchets produits par ses citoyens que beaucoup finissent dans les ravins et sur les berges des rivières. La seule sélection et la réutilisation était celui qu’a fait les familles défavorisées qui sont venus derrière les camions à récupérer des objets de valeur pour la revente. Pour survivre. Selon les données de l’ONG espagnole Alliance pour la solidarité (APS), dans les villes 49% des déchets sont recueillis, tandis que dans les zones rurales la gestion est pratiquement inexistante. L’Indien Ramiro Padilla, étroitement liés à la Pachamama (Terre Mère) a mis en place une société de gestion des déchets, qui gère EMMAI (Entreprise associative de nettoyage intégré) et dont le modèle de gestion est en cours de duplication par le gouvernement équatorien dans d’autres régions.

17 décembre – MERCOSUR – La joie pour la normalisation des relations entre Cuba et les États-Unis après 54 années de l’embargo américain contre le pays des Caraïbes a dominé le sommet du Mercosur, qui s’est tenu à Paraná (Argentine). Le sommet a reconnu l’impact sur la région de la chute du prix du pétrole et d’autres matières premières. Les présidents Cristina Fernández, Nicolas Maduro et Evo Morales ont signalé des intérêts politiques derrière la baisse du pétrole et ont critiqué les sanctions possibles des Etats-Unis contre le Venezuela. Le président vénézuélien Nicolas Maduro a reconnu le « courage politique » de Barack Obama

18 décembre – ARGENTINE – Le Groupe de travail sur la corruption de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié un rapport qui soulève leurs « doutes » au sujet de l’engagement de l’exécutif argentin sur la lutte contre la corruption international. Le document note que l’Argentine manque « gravement » aux principaux articles de la Convention anti-corruption et l’appelle à prendre « des mesures urgentes » pour aborder les questions de « grande préoccupation » relatives à la corruption. Les pots de vin des entreprises étrangères aux fonctionnaires argentins génèrent souvent les gros titres dans la presse locale. Mais il est rare que les nouvelles se traduisent par des condamnations. L’OCDE a critiqué l’ingérence du gouvernement dans les activités des juges

18 décembre – MEXIQUE – La tension dans le Michoacán qui a fait 11 victimes, est due à une bagarre entre des factions rivales de paramilitaires. Aussi le gouvernement a décidé de limiter les pouvoirs des paramilitaires légalisés. Le commissaire pour la sécurité et le développement intégral de Michoacán, Alfredo Castillo, a annoncé un accord en neuf points avec les 2 groupes d’autodéfenses (CUA) pour qu’ils poursuivent l’opération de sécurité au Michoacán pour mettre fin à l’escalade de la violence causée par les trafiquants de drogue, les dirigeants des Templiers.

18 décembre – ETATS-UNIS-CUBA – La normalisation avec Cuba se heurte à des résistances au Congrès et d’anti-castristes de Miami. Les dirigeants républicains et certains démocrates accusent le président Barack Obama d’une reddition unilatérale devant les frères Castro, qui contrôlent Cuba depuis plus d’un demi-siècle. Le Congrès peut freiner la levée complète de l’embargo commercial, mais la marge d’empêcher la restauration des relations est étroite.

18 décembre – BOLIVIE – Les dernières déclarations du président bolivien, Evo Morales, – comme celles du président uruguayen José Mujica – ont agacé le président mexicain Enrique Peña Nieto. Dans un acte avec la police de son pays, le président bolivien  a dit que la Colombie et le Mexique ont des « problèmes profonds » avec le trafic de drogue en raison du modèle « inefficace » de leur libre marché, ce qui soumet le gouvernement à « l’empire nord-américain« . Evo Morales faisait allusion à la disparition de 43 professeurs stagiaires, un événement qui a choqué le pays. Il a ajouté: « Il semble que la criminalité est en haut de l’état. » La réponse du gouvernement mexicain a été rapide. Le ministère des Affaires étrangères a envoyé une note diplomatique au ministère des affaires étrangères bolivien dans laquelle il a exprimé sa « surprise et préoccupation » par les déclarations d’Evo Morales.

19 décembre – COLOMBIE – Quelques heures avant la trêve unilatérale indéterminée promise, les guérilleros des FARC colombiennes ont mené plusieurs attaques dans différentes parties du pays.Cinq soldats ont été tués à Santander de Quilichao, dans le département de Cauca (sud du pays), dans une embuscade du sixième front des FARC.Sept soldats ont été blessés, dont trois grièvement.

Guy MANSUY

Actualités de la semaine n°50

5 décembre – PÉROU – Un vent d’inquiétude souffle sur les milliers de bateaux de pêche qui peuplent le littoral péruvien. Premier producteur de farine de poisson au monde, le Pérou n’a pas encore autorisé de seconde saison de pêche d’anchois, matière première pour cette farine destinée à l’aquaculture et à l’aviculture.  » Il n’y a pas assez d’anchois dans les eaux péruviennes en ce moment « , a reconnu le ministre de la production, Piero Ghezzi, en novembre. La biomasse des anchois, généralement évaluée à 10 millions de tonnes, a chuté à 1,45 million, selon l’Institut de la mer du Pérou (Imarpe), qui recommande que le gouvernement interdise la pêche à l’anchois « jusqu’à ce que la reconstitution des stocks soit prouvée ». Un coup dur pour le secteur, qui emploie 121 000 personnes et constitue la principale activité d’une bonne partie du littoral.

8 décembre – PÉROU – Selon le classement publié à Lima (Pérou), en marge des négociations climatiques, par le cercle de réflexion Germanwatch et le réseau d’ONG Climate Action Network-Europe, dans la lutte contre le réchauffement climatique, le Danemark est le pays le plus performant, devant la Suède et le Royaume-Uni. Quant aux négociations, épaulé par ses voisins latino-américains, le ministre de l’environnement péruvien, Manuel Pulgar Vidal, qui préside la conférence, a semble-t-il conquis l’ensemble des négociateurs. Pourtant les organisations non gouvernementales ont dénoncé le manque d’avancées substantielles sur les grands enjeux de la négociation. Beaucoup, cependant semblent hésiter sur la stratégie à adopter pour mettre la pression sur les gouvernements. A un an de l’échéance, il leur faut savoir gérer le temps.

8-9 décembre – MEXIQUE – Les dirigeants des 22 pays latino-américains, de l’Espagne et du Portugal se sont retrouvés pour le XXIVe Sommet ibéro-américain qui s’est ouvert à Veracruz dans l’est du Mexique avec un ordre du jour minimum. Les participants se sont centrés sur l’éducation, la culture et l’innovation et ont évité les sujets critiques liés à la situation que rencontre le Mexique, en particulier le sort de ses 43 disparus. Si les présidents de Colombie, du Chili, du Pérou, de l’Équateur et de l’Uruguay, ainsi que les principaux dirigeants d’Amérique centrale, sont présents cette année, la présidente argentine Cristina Fernández de Kirchner est absente, pour raisons de santé, et son homologue brésilien Dilma Rousseff également, pour cause d’agenda. Parmi ceux qui finalement ne sont abstenus de venir on note le vénézuélien Nicolas Maduro, le bolivien Evo Morales, le nicaraguayen Daniel Ortega et le cubain Raúl Castro.

9 décembre – VENEZUELA – Après 10 mois de discussions, la nouvelle majorité républicaine au Sénat nord-américain a approuvé un projet de loi qui interdit l’entrée dans le pays et de bloquer les actifs de cinquante vénézuéliens hauts placés identifiés comme responsables de la répression des manifestations contre le gouvernement de Nicolas Maduro.

9 décembre – MEXIQUE – Le président nord-américain Barack Obama a déclaré que le Mexique a offert sa collaboration pour enquêter sur la disparition et l’assassinat probable de 43 stagiaires dans l’État de Guerrero, et l’une des régions les plus pauvres du pays. Barack Obama a mis à disposition de son homologue, Enrique Peña Nieto, l’expérience dans les questions judiciaires de son pays pour tenter de résoudre un cas qui a mis en évidence l’infiltration du trafic de drogues dans la police et à ces trafiquants de prendre le contrôle de régions entières du Mexique.

10 décembre – BRÉSIL – La Commission nationale pour la Vérité (CNV) a publié un rapport de 1200 pages élaboré sur près de trois ans par une équipe d’experts. Ce rapport, recense, montre et témoigne des pires crimes commis pendant la dictature brésilienne de 1964 à 1985. Le rapport comptabilise 434 tués ou disparus et donne les noms de 377 fonctionnaires, y compris des chefs d’État, de la police, des médecins et des soldats accusés de crimes contre les droits humains, dont 191 sont encore en vie. Le principal sujet de controverse, qui divise aussi bien l’opinion publique que la Commission nationale elle-même, porte sur la loi d’amnistie, adoptée à la fin du régime militaire, en 1979. Fruit des compromis qui ont favorisé le retour à la démocratie, cette amnistie bénéficiait à la fois aux opposants et aux agents de l’État impliqués dans la répression.

10 décembre – COLOMBIE – La Cour interaméricaine des droits de l’homme a déclaré coupable la Colombie pour la disparition de 10 personnes, pour l’exécution extrajudiciaire d’un juge et pour les détentions, tortures et traitements cruels de quatre autres personnes. La sentence juge les événements des 6 et 7 novembre 1985, pendant et après la prise de contrôle du Palais de Justice de Bogota par un commando de la guérilla colombienne Mouvement 19 avril (M19) et la récupération du bâtiment par l’armée et la police. La Cour a prouvé qu’il y avait un plan pour faire disparaître des suspects dans l’intervention chaotique de 1985.

10 décembre – CUBA – Comme tous les 10 décembre, la police cubaine a détenu temporairement une centaine de dissidents qui ont participé à diverses manifestations dans sept provinces de l’île pour commémorer la Journée internationale des droits de l’homme.

10 décembre – MEXIQUE – Lors de la cérémonie du Prix Nobel de la Paix à Oslo un jeune homme portant un drapeau du Mexique a interrompu la cérémonie. Reconnu comme Adam Salas Cortés, 21 ans, est un étudiant à la Faculté des sciences politiques de l’Université autonome du Mexique (UNAM), qui a demandé l’asile politique en Norvège il y a quelques jours « Il s’intéresse à la situation politique au Mexique et a demandé l’asile mardi », a déclaré après l’incident John Fredriksen, le porte-parole de la police d’Oslo.

11 décembre – HAÏTI – A quelques semaines de la commémoration du cinquième anniversaire du tremblement de terre le plus dévastateur de l’histoire récente, Haïti a publié sa première évaluation de la pauvreté : entre 2000 et 2012, l’extrême pauvreté a chuté de 31% à 24% et le taux de scolarisation est passé de 78% à 90%. Toutefois, le niveau élevé de vulnérabilité menace ces améliorations.

11 décembre – BRESIL – Le Bureau du procureur général a signalé 35 personnes pour corruption, formant une organisation criminelle et le blanchiment d’argent dans le cadre de l’affaire Petrobras. L’accusation inculpe 35 personnes pour le cas Petrobras. Sur les 35 accusés, 22 appartiennent au secteur de la construction: l’OEA, Camargo Corrêa, UTC, Mendes Junior, Engevix Engenharia et Galvão. L’Accusation demande également aux six entreprises une somme forfaitaire de 1 000 milliards de reais (380 millions de dollars) pour l’argent détourné dans des pots de vin.

11 décembre – MEXIQUE – Des millions de pèlerins venus de tout le pays se réunissent dans la Basilique de Guadalupe pour commémorer l’apparition de l’image de la Vierge il y a 483 ans. Cette basilique est la deuxième église catholique la plus visitée dans le monde, après Saint-Pierre de Rome.

12 décembre – CUBA – Lors d’une visite à Miami, le cœur historique de l’anti castrisme, la vice-présidente et ministre panaméenne des Relations Extérieures, Isabel Saint Malo de Alvarado, [photo] a lâché une bombe politique : le président du Cuba, Raúl Castro, a accepté l’invitation que Panama lui a remise ce mois-ci pour qu’il assiste au VIIe Sommet des Amériques, qui aura lieu au mois d’avril prochain sur le sol panaméen. L’événement pourrait passer à l’histoire comme le premier forum interaméricain dans lequel Barack Obama et Raúl Castro se rencontreraient. L’annonce s’est produite deux jours après que le secrétaire d’État des Etats-Unis, John Kerry a affirmé à Washington que, plus que penser qui iraient au Sommet, le plus important sera le sujet de fond du débat entre les chefs d’État.

14 décembre – PÉROU – Les délégués des 196 pays présents au sommet climatique mondial de Lima sont parvenus à un consensus à la dernière minute sur un document commun non contraignant, après 13 jours de paralysie. La conférence de Lima était le dernier arrêt sur le chemin vers le sommet des sommets sur le changement climatique : Paris 2015. L’objectif est de remplacer l’inefficace Protocole de Kyoto, en vigueur depuis 2005, qui oblige seulement à réduire les émissions des pays développés. « Les négociations climatiques ont manqué au moment de donner des résultats. « Les négociations sur le climat n’ont pas réussi à produire des résultats (…) Les gouvernements ont lamentablement échoué à trouver un accord pour réduire les émissions d’ici 2020 », a déclaré le leader de la Iniciativa global de Clima y Energía de WWF, Samantha Smith. «Les décisions prises à Lima n’excluent pas la possibilité d’un accord à Paris, mais font peu pour améliorer les chances de succès », a salué Oxfam.

 Guy MANSUY

Actualités de la semaine dernière

Le théâtre des nostalgies

Laurent Cantet, le réalisateur de Entre les murs, Palme d’or à Cannes en 2008, a réalisé un film inattendu sur Cuba, en espagnol, avec des acteurs autochtones : « Retour à Ithaque », actuellement sur les écrans français.

Il s’agit de l’adaptation d’un roman de l’écrivain cubain Leonardo Padura (Le Palmier et l’Étoile, éd. Métailié). Le film emprunte aux codes du théâtre : un huis clos à ciel ouvert sur une terrasse surplombant le Malecón de la Havane, sans ruptures de temps, ni de lieu. Une bande d’amis sexagénaires s’y retrouvent à l’occasion du retour d’un des leurs, Amadeo : Tania, l’ophtalmologiste abandonnée par ses enfants partis à l’étranger, Rafa, un peintre séché dans son inspiration, Aldo, un ingénieur recyclé dans la récupération de batteries usagées, Eddy, l’homme d’affaires qui s’est arrangé avec le système pour « bien vivre ». Le retour de l’ami Amadeo, écrivain exilé en Espagne, se fait dans son île natale après 16 ans de précarité, d’errances et de difficultés à écrire.

Retour et souffrances définissent ce que l’on appelle la nostalgie selon l’étymologie grecque. Elle fait revenir Amadeo à Cuba. Mais ici, elle habite aussi ceux qui y sont restés. Entre mille tracas exposés, on tente de cerner de quoi est faite cette nostalgie, dans ses composantes intimes et politiques. Chaque langue et chaque culture a ses mots pour la dire dans une palette sémantique pleine de nuances. Ici, dans le confinement de la terrasse, s’entrechoquent les histoires et l’Histoire telle qu’elles font les vies, les pauvres vies et les vies pauvres.

La possibilité de quitter l’île de Cuba, désormais sans risques, a transformé la nature de la nostalgie. On parle sans cesse dans ce film de l’inspiration créatrice et des occasions perdues. Ulysse / Amadeo est un écrivain entravé par la nostalgie. La terrasse se transforme en scène et déploie le théâtre des nostalgies, « le mal du pays » prend une dimension plus ample et devient, outre la douleur de son absence, ses maux, le désir de son passé, du premier amour, de l’amour déçu, de la « crédulité heureuse » disparue. Comme Ulysse, grand aventurier, les sexagénaires du film joué par de magnifiques artistes ont été les acteurs exaltés de la révolution cubaine et deviennent de grands nostalgiques. Reste l’amitié.

Maurice NAHORY

Scandale au Parlement chilien : un député obtient une minute de silence pour Pinochet !

Le 10 décembre dernier, un député demande et obtient une minute de silence pour « l’anniversaire du décès du général Pinochet ». Réactions furieuses des autres députés.

Ignacio Urrutia est membre du parti UDI (Union démocratique indépendante), un parti formé par Jaime Guzman, l’idéologue de Pinochet, et créé pour représenter le ‘oui’ à Pinochet lors du plébiscite d’octobre 1988. Pinochet le perd ce qui l’oblige à organiser des élections qu’il perd aussi. C’est la fin de 17 années de dictature (1973-1990).

Pinochet est décédé le 10 décembre 2006. Malgré trois inculpations et plusieurs procédures engagées contre lui par le juge Juan Guzman à Santiago pour crimes contre l’humanité et enrichissement illicite, il avait toujours réussi à éviter la condamnation. Ses avocats avaient joué la montre en utilisant tous les recours et les arguties légales possibles pour repousser l’ouverture d’un procès avant que le dictateur ne meure. Ils ont réussi…

Ces événements font l’objet du film « Le juge et le général » réalisé par les journalistes états-unienne Elisabeth Farnsworth et chilien Patricio Lanfranco, dont le DVD est disponible en France (1).

Le 10 décembre 2014, le député Ignacio Urrutia demande au président de séance « une minute de silence en commémoration de la mort du sénateur Pinochet ». La coutume de la Chambre des députés veut que toute demande d’une minute de silence soit reçue. Le président de la Chambre, Aldo Cornejo, annonce qu’il est obligé d’accepter. Aussitôt, tous les députés de la majorité et plusieurs membres des bancs de droite, se lèvent et quittent la salle. La minute de silence se fera devant une petite poignée de 11 députés UDI et 109 sièges vides.

Pour justifier sa demande, Urrutia « rappelle que la Chambre avait bien fait une minute de silence lors de la mort du président Hugo Chavez » du Venezuela. Fier de son coup d’éclat, Urrutia insiste : « Si on ne veut pas rendre un hommage à mon général Pinochet, très bien, mais alors il ne faudra pas non plus rendre hommage à Fidel Castro ou à Salvador Allende ni personne qui a été dictateur ou assassin dans le monde… »

Réponse cinglante du député Lautaro Carmona : « La UDI oublie un petit détail : Hugo Chavez a été élu plusieurs fois sans objection des observateurs internationaux. C’est très différent de quelqu’un qui prend le pouvoir par un coup d’État sanglant, organise un terrorisme d’État et ferme tant la Chambre des députés que le Sénat pendant 17 ans ». Carmona annonce qu’il va déposer un projet pour que les minutes de silence suivent des normes à discuter par les parlementaires. Pour Mireya García, vice-présidente de l’AFDD, Association des familles des détenus disparus, « rendre hommage à un dictateur est impensable et grossier. Ce qui s’est passé à la Chambre est un manque de respect aux victimes du Chili et du monde » (2).

Cette ‘équivalence’ entre Pinochet et Allende  est une constante de la droite chilienne qui, sans elle, même si elle est grotesque, n’aurait plus aucun argument pour justifier le coup d’État. Ceci a lieu alors que la revue Cambio21 (3) publie des documents prouvant que la grande justification de la droite pour le coup d’État, le ‘Plan Z’, n’avait jamais existé. Selon ce Plan, « le président Allende allait organiser une insurrection armée afin d’imposer un régime marxiste par les armes ». Le 22 septembre 1973, 11 jours après le coup d’État, le secrétaire de la Junte militaire, le colonel Pedro Ewing, déclarait devant la presse que, avec l’aide de navires cubains qui avaient apporté des armes maintenant cachés dans des tunnels sous le Parc O’Higgins (Parc Cousiño à l’époque), « Allende allait inviter les hauts-gradés des Forces armées et des Carabiniers (la police) à un repas au Palais de La Moneda pour les faire assassiner, puis qu’il projetait « d’arrêter ou tuer s’ils résistaient, 10.000 militaires et leurs familles le 19 septembre à l’occasion du défilé militaire » qui suivait les célébrations de la fête nationale de la veille. Le coup d’État avait permis d’éviter ce massacre… En 1999, la CIA reconnaissait que ce Plan Z  n’était que propagande pinochétiste et qu’il n’avait jamais existé ! Le pinochétisme fait encore semblant d’y croire…

Dire que cet « hommage » à un dictateur s’est passé un 10 décembre, Jour international des Droits humains !

Jac FORTON

(1) Ce DVD est disponible à Maison Latina de Grenoble, à commander sur www.maisonlatina.fr (84 mins, 12 €)
(2) Citée dans Cambio21 du 12 décembre 2014.
(3) Site de la revue : www.cambio21.cl

 

 

 

 

 

Le 24e Sommet Ibéroaméricain : Changer ou disparaître

Réunis au Mexique, les chefs de 22 gouvernements cherchent à relancer cette institution en perte de vitesse. Un programme d’action ambitieux basé sur l’inclusion sociale par l’éducation, la culture et l’innovation. Plusieurs absents de taille…

Il s’agissait de resserrer les liens entre les 22 pays membres, soit les pays latino-américains plus l’Espagne, le Portugal et l’Andorre. Ce « sommet de la rénovation », réuni les 8 et 9 décembre au Centre de Conventions du World Trade Centre de Boca del Rio à Vera Cruz au Mexique, a convenu d’un programme d’action basé sur le développement de l’éducation et de la culture ainsi que d’une incitation à l’innovation comme moteurs d’une meilleure intégration des pays membres.  Il s’agit « de combattre la pauvreté et l’inégalité en recherchant un modèle de développement en équité ». Ces sommets avaient un peu perdu d’importance devant l’action plus efficace d’autres instances inter-américaines telles que l’UNASUR out la CELAC (1)

Il y avait cependant quelques grands absents : les présidents du Venezuela, Nicaragua, Cuba, Brésil, Argentine, Bolivie et El Salvador, qui participaient à d’autres rencontres internationales. Par contre, un invité de marque, le nouveau roi Felipe (Philippe) VI d’Espagne dans sa première représentation de l’Espagne. On se souvient que son père, le roi Juan Carlos, avait lancé un retentissant « Ferme-la » au président Chavez du Venezuela, qui n’avait pas exactement rehaussé le prestige de l’Espagne lors du sommet précédent.

Pour la secrétaire-générale de la réunion, la costaricaine Rebeca Grynspan, « Ce qui est fondamental ici, ce n’est pas la compétition mais la complémentarité ». Un des objectifs principaux du sommet est de le repenser « en construisant le futur » et en s’attaquant aux problèmes régionaux. Résultat : une douzaine de « communications spéciales » sur des thèmes d’actualité tels que le soutien du sommet à l’Argentine dans son conflit avec des fonds vautours, l’opposition au blocus US contre Cuba, le soutien aux négociations de paix entre les FARC et le gouvernement en Colombie

Pour relancer la pertinence de ce type de sommet, il a aussi organisé des réunions des ministres de l’éducation, de la santé, des relations extérieures, de la réorganisation de l’État, de la culture, des problèmes de genre et de la coopération. Bref, une ambitieuse remise en route d’une institution dévalorisée. Une autre décision importante est de bi-annualiser les rencontres, la prochaine étant donc prévue pour 2016 en Colombie.

Jac FORTON

(1) UNASUR : Union des Nations d’Amérique du Sud. CELAC : Communautés des nations latinoaméricaines et caraïbes.

 

 

 

 

 

 

Laurent Cantet à Cuba

Entretien avec le réalisateur pour son dernier film Retour à Ithaque, sorti le 3 décembre dernier

Laurent Cantet a une filmographie très brillante puisqu’on lui doit en 2000, Ressources humaines, César du premier film, L’emploi du temps, lion de l’année à Venise en 2001, Vers le sud sélectionné à Venise en 2006, Entre les murs, palme d’or au Festival de Cannes 2008, Foxfire, Confessions d’un gang de filles, prix d’interprétation féminine au Festival de San Sébastián 2012. Retour à Ithaque a été sélectionné à Venise et a obtenu le grand prix (abrazo du meilleur film) au Festival de Biarritz.
 Il a tourné en France, au Canada et ce dernier film, à Cuba.
 Il a adopté un style théâtral puisque tout se passe en une nuit sur un seul lieu, une terrasse de La Havane, proche de la mer d’un côté et avec vue sur des cours d’immeubles de l’autre. Le film est une réflexion sur l’histoire de Cuba, les illusions et les désillusions des protagonistes à l’occasion du retour de l’un d’eux après seize ans d’absence. Un film à voir absolument. Il est en salles depuis le 3 décembre.
 Voici un extrait de notre rencontre avec Laurent Cantet durant le dernier Festival de Biarritz.

Pourquoi avoir tourné « Retour à Ithaque » à Cuba ?

Parce que c’est un pays que j’ai appris à connaître, que j’aime énormément. J’y ai rencontré des gens que j’aime beaucoup, qui ont plein de choses à m’apprendre. C’est un pays qui reste après pas mal d’années une énigme : il y a des choses que je comprends, puis je réalise qu’il y en a plein d’autres qui m’échappent. Quand je crois avoir compris quelque chose, je réalise que j’ai mal compris. Il y a quelque chose de très très intéressant à regarder. Et puis il y a eu la rencontre avec un auteur pour lequel j’avais énormément d’admiration, Leonardo Padura, dont j’avais lu tous les livres et qui m’avait servi presque de guide dans Cuba, que j’avais rencontré lors du tournage de 7 jours à La Havane, il y a trois ou quatre ans. J’avais fait un court métrage dans ce film constitué de 7 courts métrages. Je lui avais demandé que l’on écrive ensemble l’histoire d’un exilé qui revient au pays et qui confronte sa propre vie, sa propre existence à celle de ses amis qu’il retrouve après seize ans et qui va permettre de faire un point sur la société cubaine d’aujourd’hui. On avait commencé à écrire et très vite on a compris que quinze minutes ce n’était pas suffisant. Alors on a laissé de côté l’histoire. Moi j’ai écrit un autre scénario pour 7 jours à La Havane et dès que l’on a pu, on s’est retrouvé, on a construit ensemble l’histoire, on l’a mise en forme. Leonardo écrivait, et je reconstruisais les choses, puis on l’a tourné assez rapidement parce que l’on a pensé que c’était un film qu’il fallait faire vite parce que Cuba est en train de changer en ce moment, qu’il y avait de la part des acteurs aussi une grande demande vis-à-vis de ce film, que ce film était aussi l’histoire de leur vie et qu’ils avaient très envie de le faire. Et voilà !

– Ce sont tous des acteurs du cinéma cubain ?

– Ce sont des acteurs assez connus à part l’un d’entre eux, et qui participent à tous les grands films cubains. Jorge Perugorría est même la star du cinéma cubain puisque c’est lui qui jouait, il y a vingt ans, dans Fraise et chocolat, qu’il lui a donné une renommée d’une part à Cuba, mais aussi en Espagne et dans toute l’Amérique latine, et ce qui m’intéressait c’est que tous ces acteurs se connaissaient déjà entre eux car certains ont fait leurs études ensemble, sont allés au conservatoire ensemble. La petite bande que j’avais envie de filmer, ces amis qui se retrouvent, étaient réellement pour certains, amis dans la vie. Je pense que l’on sent à l’écran cette complicité, cette tendresse.

-Vous aviez dès le départ l’idée d’un lieu plutôt clos ?

– Pour moi c’était important de donner la possibilité au spectateur de se concentrer le plus possible sur le discours, sur ces histoires que ces gens avaient à nous raconter et puis aussi filmer les visages parce que toute l’émotion que me transmettaient ces visages était presque aussi importante que tout ce que l’on nous raconte. Plutôt que faire un film qui, vu par un étranger aurait pu être presque touristique sur La Havane, j’ai préféré choisir de le tourner comme un huis clos, sauf que ce huis clos se déroule à ciel ouvert dans un décor qui en plus est très représentatif de La Havane. D’un côté il y a le trou noir de la mer pendant la nuit, cet espèce d’inconnu, cette invitation aussi vers un ailleurs que l’on ne connaît pas, et puis de l’autre côté la ville avec ses toits qui sont des lieux de vie pour beaucoup de gens, un endroit où l’on se retrouve entre copains lorsque l’on est jeune, un endroit où l’on va jouer quand on est gamin, un endroit où on va tuer un cochon dans un coin, où on va élever des pigeons voyageurs… C’est vraiment un huis clos dans lequel on invite finalement l’île. »

 Alain LIATARD

L’intégralité de l’entretien paraîtra dans le prochain numéro de la Revue Espaces Latinos de décembre-février 2015.
Cette semaine aussi vient de sortir sur une toute petite combinaison, le dernier film du Brésilien Karim Aïnouz, Praia do futuro sur les relations amoureuses entre Donato et un Allemand en vacances qu’il suivra jusqu’à Berlin. Quelques années plus tard le frère de Donato cherchera à le rejoindre en Allemagne. Il s’agit d’un film très dur et sans complaisance qui montre que l’homosexualité n’est pas facile à vivre.

Actualités de la semaine n°49

29 novembre – MEXIQUE – Un juge fédéral a libéré les onze personnes arrêtées lors des troubles du Zócalo après la marche du 20 novembre en mémoire des étudiants d’Ayotzinapa. Le magistrat a estimé que le Procureur général (PGR) n’a pas fourni de preuves suffisantes pour étayer les allégations de complot, d’émeute et de tentative d’assassinat portées contre les huit hommes et les trois femmes arrêtés. Le tribunal a également notifié sa décision au consul du Chili, qui avait été proche de l’affaire après l’arrestation de Laurence Maxwell, un citoyen chilien qui vit au Mexique pour un doctorat en littérature à l’Université nationale.

30 novembre – COLOMBIE – Deux semaines après sa capture, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont relâché le général Rubén Alzate. Une mission humanitaire a récupéré l’officier supérieur, ainsi qu’un caporal et une conseillère de l’armée, enlevés dans la province du Chocó, sur la côte Pacifique. Ce dénouement  » contribue à retrouver le climat propice pour continuer les négociations » de paix, s’est félicité le président colombien, Juan Manuel Santos, qui exigeait ces libérations pour renouer les pourparlers avec la guérilla, à Cuba.

30 novembre – BRÉSIL – Un nouveau scandale concerne le financement des formations politiques du pays : la corruption. Le parquet général de la République vient d’inculper et de faire incarcérer une quinzaine de patrons et hauts cadres appartenant au secteur des BTP et, pour deux d’entre eux, de la compagnie pétrolière nationale, Petrobras, une entreprise contrôlée par l’État fédéral. On les accuse d’avoir formé un cartel destiné à se partager les marchés publics, à surfacturer Petrobras, l’une des premières sociétés mondiales dans les hydrocarbures, et à reverser des commissions aux principaux partis, dont le PT, afin de financer les campagnes électorales La justice soupçonne des entreprises d’avoir détourné 3  milliards d’euros en dix ans. Une centaine de députés, sénateurs et gouverneurs pourraient être compromis par le scandale Petrobras-BTP, qui tétanise la majorité présidentielle et complique singulièrement les débuts du second mandat de Dilma Rousseff.

1 décembre – COLOMBIE – Le général libéré Rubén Darío Alzate par les FARC a annoncé sa retraite de l’armée. Il reconnaît qu’aucun des protocoles de sécurité n’avaient été appliqués dans une zone de conflit, ce qui a incité à son enlèvement. Il dit s’être rendu dans le département du Chocó, l’un des plus pauvres du pays, pour visiter le village de Las Mercedes, où il a été enlevé par les FARC. Il faisait avancer un projet pilote visant à apporter l’électricité à plus de 230 communautés. L’officier a reconnu qu’il a décidé d’y aller en civil et sans armes pour « construire la confiance » avec la communauté. « Je dois admettre que mon empressement à servir et aimer ce village du Chocó, m’a poussé à ne pas appliquer les procédures de sécurité recommandées« , a-t-il déclaré visiblement ébranlé.

2 décembre – PÉROU – La ville de Lima a déjà commencé à être le cœur de l’environnement du monde. Des milliers de personnes se réuniront au cours des 12 prochains jours dans la capitale péruvienne avec l’idée que le temps de parvenir à un accord mondial pour lutter contre le changement climatique est épuisé. Mariana Panuncio, directrice de changement climatique WWF en Amérique latine, explique l’importance de l’appel COP20, vingtième Conférence des Parties organisée par l’ONU, en prévision de l’accord final qui doit être conclu à Paris l’année prochaine.

2 décembre – ONU – Depuis janvier 2011 l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme a documenté 106 cas de harcèlement contre 282 personnes du droit à la terre et 19 ONG à travers le monde. Seulement au Mexique, entre 2009 et 2012, le Centre mexicain du droit de l’environnement (CEMDA) rassemble plus de 50 attaques, y compris des meurtres, dans 17 États. La plupart ont été liées à des projets miniers (15) et forestiers (15), mais aussi des projets de tourisme (3) immobilier (2), hydraulique (7) et de l’infrastructure pour le trafic (5). 95% des attaques contre les défenseurs du droit à la terre restent impunies.

2 décembre – COSTA RICA – Les zones les plus peuplées du centre du Costa Rica sont devenus au cours des trois derniers mois un champ de bataille où les bandes de narcotrafiquants se battent pour le pouvoir. La violence a suscité toutes les craintes de la population dans un pays sans armée. Les autorités policières admettent l’augmentation des meurtres, saupoudrés de quelques hauts degrés de cruauté : vers le milieu de novembre étaient enregistrés officiellement 375 homicides, un chiffre qui menace de dépasser celui de 2013, macabre, avec 411. Le Costa Rica avait réussi à stabiliser ces deux dernières années le taux d’homicides de moins de neuf pour 100.000 habitants, mais la spirale actuelle tend à dépasser ces chiffres toutefois inférieurs à ceux dont souffrent des pays comme le Guatemala, le Salvador et le Honduras.

2 décembre – MEXIQUE – Le cancer est maintenant la troisième cause de décès au Mexique et selon le Ministère de la Santé du pays, chaque année 128 000 nouveaux cas sont détectés. Les statistiques nationales montrent que chez les hommes adultes le cancer le plus récurrent est celui qui affecte les organes digestifs (23,9%), suivis par les tumeurs des organes génitaux, essentiellement de la prostate (12,2%) et des organes hématopoïétiques (moelle osseuse, la rate et le thymus, 9,8%); chez les femmes le plus commun est le cancer du sein (29,6%), suivi par le col et de l’utérus (16,7%) et des organes digestifs (14,3%). Les chiffres de létalité, cependant, ne sont pas corrélés à l’incident.

3 décembre – COLOMBIE – Le gouvernement colombien et les FARC ont décidé de reprendre les pourparlers de paix à Cuba, suspendus 17 jours après la crise déclenchée par l’enlèvement du général Rubén Darío Alzate et deux accompagnateurs par un groupe armé des FARC. Dans une déclaration conjointe, les parties ont convenu que la prochaine phase de négociations aura lieu entre les 10 et 17 décembre, où la priorité sera d’avancer sur la façon de réduire l’intensité du conflit armé. Bien qu’une des règles de ce processus de paix soit qu’elle est négociée au milieu du conflit, les deux parties ont convenu qu’il est temps de passer à la désescalade des actions offensives comme un geste de paix. « Le but est de faire avancer la question de la désescalade du conflit afin de parvenir à un accord dès que possible sur cette affaire« , a indiqué le communiqué.

3 décembre – URUGUAY – De nombreux Uruguayens ont ces jours-ci le sentiment étrange d’être de retour en 2005. Le président élu, Tabaré Vázquez, a annoncé un nouveau cabinet dans lequel 9 sur 13 ministres l’ont accompagné dans son premier mandat, lorsque le Frente Ámplio est devenu la première formation de gauche à accéder au pouvoir en Uruguay. Ils ont un âge moyen de plus de 60 ans. Ils avaient entrepris à l’époque d’importantes réformes structurelles et sociales. Ainsi, la priorité sera la modernisation des infrastructures, la réforme de l’éducation et de la mise en œuvre d’un réseau de politiques de soutien à l’incorporation du travail des femmes, des handicapés et des personnes âgées.

3 décembre – AMÉRIQUE LATINE – Transparency International a publié la liste des pays qui sont perçus comme les plus corrompus des 175 pays analysés. Les notes attribuées vont de 0 (très corrompu) à 100 (très clair). Les 20 pays d’Amérique latine se classent entre la 21e position et la 161e. Voici ce classement : Chili [ 21e, 73 points], Uruguay [ 21e, 73 points], Porto Rico [ 31e, 63 points], Costa Rica [ 47e, 54 points], Cuba [ 63e, 46 points], AL [ moyenne, 45 points], Brésil [ 69e, 43 points], Salvador [ 80e, 39 points], Pérou [ 85e, 38 points], Colombie [ 94e, 37 points], Panama [ 94e, 37 points], Bolivie [ 103e, 35 points], Mexique [ 103e, 35 points], Argentine [ 104e, 34 points], Equateur [ 110e, 33 points], Guatemala [ 115e, 32 points], République dominicaine [ 115e, 32 points], Honduras [ 126e, 29 points], Nicaragua [ 133e, 28 points], Paraguay [ 150e, 24 points], Venezuela [ 161e, 19 points].

3 décembre – AMAZONIE – L’Amazonie est l’un des facteurs clés qui régissent le climat de la région et est gravement menacée par les activités humaines. Sans la forêt amazonienne, la pluie ne tomberait plus à Buenos Aires. En effet, vous pourriez être surpris d’apprendre que les 19% de la pluie qui tombe chaque année dans le bassin de La Plata ont leur origine dans l’humidité générée par la forêt amazonienne et éjectée vers le sud. En un demi-siècle elle a été déboisée de près de 20% (probablement plus d’un million de kilomètres carrés de forêt, affectant aussi des rivières et d’autres écosystèmes) : seulement au Brésil on a coupé 2 000 arbres par minute pendant 40 ans. Aujourd’hui, des milliers de fonctionnaires de près de 200 pays négocient un nouvel accord pour mettre les freins sur le changement climatique et d’obtenir la volonté politique nécessaire.

4 décembre – PANAMA – Le ministère des Affaires étrangères du Panama a livré un premier paquet d’invitations à Cuba, au Mexique, à l’Argentine, à l’Équateur, au Salvador, à la République dominicaine, au Honduras, au Paraguay, au Costa Rica, à la Bolivie et au Guatemala pour leurs chefs d’État et de Gouvernement pour assister au VIIe Sommet les Amériques, qui se tiendra en avril 2015. Le Ministère a indiqué que « dans les prochains jours le reste des invitations seront formalisées », par la signature du président du Panama Juan Carlos Varela qui affirme que « nous vous assurons que pour le peuple et le Gouvernement de la République du Panama, la présence de tous les dirigeants du continent américain dans cet important conclave hémisphérique serait un honneur et une garantie de succès« . Depuis la création en 1994 des Sommets des Amériques, ce forum politique de dimension continentale, c’est la première fois que Cuba sera invité après son exclusion en 1962 de l’Organisation des États américains (OEA).

4 décembre – MEXIQUE – La Ville de Pomona, une ville de l’est de Los Angeles avec 70% de Latinos a voté à l’unanimité une résolution appelant à une enquête internationale sur les disparitions des 43 élèves-maîtres d’Ayotzinapa. Des manifestants sont descendus dans les rues de 43 villes dans des petites manifestations organisées via Internet. A Los Angeles, malgré la pluie, une centaine de personnes se sont rassemblées devant les bureaux du gouvernement fédéral, dans le centre de la ville, où les cris de « Vivants ils les ont pris, vivants nous les voulons » ont été entendus ; ils ont accusé le gouvernement mexicain d’être responsable du massacre.

5 décembre – UNASUR – L’Union des nations sud-américaines (Unasur), fondée en 2008, a ouvert son siège permanent dans la capitale équatorienne, Quito. L’Unasur rassemble 12 pays – Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Équateur, Guyana, Paraguay, Pérou, Surinam, Uruguay et Venezuela – et son secrétaire général est l’ancien président colombien Ernesto Samper.

6 décembre – MEXIQUE – Les experts argentins ont identifié l’un des 43 professeurs stagiaires dans les restes trouvés dans une rivière et une décharge de Cocula (État de Guerrero), le lieu où les tueurs à gages ont déclaré avoir assassiné et incinéré les garçons. L’annonce a été faite dans des réseaux sociaux de l’école d’enseignants ruraux où étudiaient les jeunes et plus tard les faits ont été confirmés par Felipe de la Cruz, le porte-parole des parents. Les restes du corps appartenaient à Alexander Mora Venancio [photo], âgé de 19 ans. L’identification des restes, en théorie, devait durer deux mois. Les autorités mexicaines ont envoyé leurs découvertes à un laboratoire à Innsbruck, en Autriche. Ce centre est spécialisé dans les tests médico-légaux d’ADN, avec obligation de donner une réponse dans les 60 jours.

7 décembre – URUGUAY – Six détenus de la base américaine de Guantanamo, à Cuba, sont arrivés en Uruguay à bord d’un avion sanitaire. Les détenus considérés comme représentant un risque faible restent hospitalisés à Montevideo. Le plus grand transfert de prisonniers de la base cubaine depuis 2009 et la première en Amérique du Sud survient plusieurs mois de retard après que le président de l’Uruguay, José Mujica, ait annoncé qu’il attendrait l’issue des élections et l’approbation du président nouvellement élu pour effectuer l’opération. Le nouveau président Tabaré Vàsquez a donné le feu vert alors que l’opposition de centre-droit était contre. L’ancien président José Mujica a averti à la télévision publique uruguayenne que les six hommes ont le statut de réfugié.

7 décembre – CUBA – Pour la première fois Cuba a accrédité un journal indépendant dans un acte officiel. Le Festival International du Nouveau Cinéma latino-américain, à La Havane, a admis le journal numérique 14ymedio.com, fondé et dirigé par la bloggeuse Yoani Sánchez. Pour la presse indépendante cubaine naissante, c’est une victoire modeste dans sa lutte pour le droit d’exister dans l’île, où tous les média appartiennent à l’État. Depuis sa création, le 21 mai de cette année, le journal numérique 14ymedio.com, installé au 14e étage d’un bâtiment de La Havane, était officiellement illégal et plusieurs de ses collaborateurs ont été intimidés par la Sécurité de l’État.

Guy MANSUY

« Norte » du Bolivien Edmundo Paz Soldán

Norte est le premier roman traduit en France d’un romancier bolivien, Edmundo Paz Soldán né en 1967. Il est traducteur et enseignant dans une université nord-américaine. Il a déjà publié en espagnol une dizaine de romans et autant de recueils de nouvelles et obtenu plusieurs prix importants. Dans Norte, il nous parle non pas de son pays d’origine, mais du Mexique et des États-Unis et de la difficile adaptation des chicanos à certains moments du XXe siècle. Voilà une nouvelle voix hispano-américaine qu’il est grand temps de découvrir en France.

Trois récits, trois époques, trois angles différents, mais un sujet, l’exil et ses conséquences sur les personnes, qu’elles aient quitté volontairement ou non le pays où elles sont nées. Jesús est un tueur en série qui sévit entre 1984 et 1999. Martín Ramírez, à présent considéré comme un des artistes majeurs de l’art brut, a produit des œuvres tourmentées et obsessionnelles entre 1931 et 1963. Enfin, plus près de nous, Michelle, étudiante dans une université vit une passion chaotique avec Fabián, un de ses professeurs. Il faut ajouter que les deux premiers personnages ne sont pas nés de l’imagination du romancier, mais qu’ils ont bien existé, le tueur sous un autre nom.

Ce que nous montre Edmundo Paz Soldán, ce sont des êtres déséquilibrés et dont l’exil, voulu ou subi, accentue encore davantage le malaise. Sans vouloir à aucun moment jouer le rôle d’avocat, il décrit chez Jesús encore adolescent la montée irrépressible d’une violence irréfléchie dont l’origine est probablement son amour excessif pour sa sœur. Chez Martín, ce sont les ravages de la schizophrénie qui se traduisent par ces dessins que la critique finira par juger géniaux et chez Michelle et Fabián c’est l’impossibilité absolue de trouver une stabilité sentimentale, écartelés qu’ils sont entre leurs origines et ce que leur offre le pays d’adoption. Le déséquilibre de chacun d’eux ne peut en aucun cas trouver de remède dans ce pays, officiellement accueillant mais qui ne réussit pas à les accepter.

Cette description de personnes en souffrance nous conduit aux confins de la folie, avec les explosions de violence aveugle, sans limites de Jesús d’un côté, et aussi cette banale dépression que chaque lecteur peut partager avec Michelle. Edmundo Paz Soldán évoque de façon à la fois subtile et profonde le sort des exilés et leurs rapports si difficiles avec les « vrais » Américains, qui le sont peut-être depuis à peine une génération mais qui, eux, se sentent parfaitement intégrés.

On peut regretter le déséquilibre entre les trois récits, celui autour de Jesús ayant été privilégié, ce qui provoque une certaine impression d’inachevé pour les deux autres, mais l’unité du roman est réelle et les impressions qui naissent de cette lecture sont si fortes qu’on reste sous ce véritable choc que nous donne ce roman.

Christian ROINAT

 Norte de Edmundo Paz Soldán,  traduit de l’espagnol (Bolivie) par Robert Amutio, ed. Gallimard, 338 p. , 26 €.
Edmundo Paz Soldán en espagnol : Río fugitivo , Libros del Asteroide/ Sueños digitales / La materia del deseo / El delirio de Turing / Palacio quemado / Los vivos y los muertos / Iris, Alfaguara / Norte, Literatura Random House.
En français, sur l’œuvre d’Edmundo Paz Soldán : Tradition et modernité dans l’œuvre de Edmundo Paz Soldán, ouvrage collectif, Presses de l’Université d’Angers, 2010.
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