Cinéma mexicain

Un film récompensé


Alfonso Cuarón et le Mexique, vainqueurs des Oscars 2019 avec le film Roma

Les petites statuettes hollywoodiennes ont été distribuées ce 24 février à Los Angeles, au cours de la 91e cérémonie des Oscars. Aux côtés des films Bohemian Rhapsody et Green Book : Sur les routes du Sud,le drame Roma, réalisé par Alfonso Cuarón, repart parmi les grands vainqueurs de cette soirée. Avec notamment l’Oscar du meilleur réalisateur, le Mexicain rafle plusieurs récompenses pour un film retour aux sources et à sa terre natale.

Photo : Los Angeles Times

Après avoir décroché le Lion d’or à La Mostra de Venise en 2018, le film, co-produit par le Mexique et les États-Unis, a conquis les Américains. Nommé dans dix catégories, Roma repart finalement avec trois statuettes : meilleur film en langue étrangère, meilleur réalisateur et meilleure photographie.

Alfonso Cuarón avait déjà décroché six Oscars avec Gravity, dont celui du meilleur réalisateur en 2014, mais ici, c’est avec un film beaucoup plus singulier et sortant du paysage cinématographique habitué aux Oscars qu’il s’est démarqué. Roma est en effet un film tourné en langue espagnole et misteco, et en noir et blanc. Notons aussi qu’il est diffusé sur Netflix, et que la plate-forme est habituellement boudée des grandes cérémonies : raison pour laquelle Roma n’a pas figuré sur la liste des films sélectionnés à Cannes en 2018.

C’est un film qui rend hommage aux femmes mexicaines, et notamment aux femmes indigènes, à travers le portrait de Cléo, la domestique, interprétée par l’actrice d’origine indigène (mixtèque) Yalitza Aparicio, qui tenait ici son premier rôle de cinéma. Cette dernière a été nommée dans la catégorie meilleure actrice, alors que Marina de Tavira a quant à elle été nommée pour la statuette de meilleure actrice secondaire.

Après s’être fait remettre son prix de meilleur réalisateur des mains de son collègue et ami Guillermo del Toro, Alfonso Cuarón a d’ailleurs déclaré : «Je veux remercier l’Académie d’avoir récompensé un film centré sur une femme indigène. L’une des 70 millions de travailleuses domestiques, sans droits du travail, un personnage qui a été historiquement relégué en arrière-plan au cinéma. En tant qu’artistes, notre travail est de regarder où les autres ne le font pas. Cette responsabilité est devenue beaucoup plus importante en des temps où on nous encourage à regarder ailleurs.[1]»

Le film porte le nom d’un quartier de Mexico, celui de l’enfance de Cuarón. Il dépeint, dans un magnifique noir et blanc, la société mexicaine des années 1970. À travers l’histoire d’une famille de classe moyenne et le portrait de Cléo, il nous fait voir le pays et l’époque de son enfance. Un récit presque autobiographique, dans un décor qu’il souhaitait restituer dans tous ses détails.

Remerciant son directeur de la photographie, Emmanuel «Chivo» Lubezki, à la remise du prix de la meilleure photographie, il rend hommage à des grands noms du cinéma tels Lubitsch et Wilder : «Si ce film a été créé à partir de mes propres souvenirs, il a été conçu à travers la mémoire de ces grands maîtres que le cinéma nous a donné

Si Cuarón a longuement remercié son pays, il a aussi voulu donner une portée plus universelle à son prix. Le réalisateur a ainsi déclaré, à la remise de son prix pour le meilleur film en langue étrangère : «Lorsqu’on lui avait posé une question à propos de la Nouvelle Vague, Claude Chabrol a dit : « Il n’y a pas de vague, il y a seulement l’océan. » Et je pense que les nommés ce soir ont prouvé qu’on fait tous parti du même océan. Je veux remercier ma famille, et le Mexique, d’être la plage d’où vient ce film.»

Cécile SPANU


[1] Toutes les citations sont extraites de la cérémonie des Oscars et traduite par l’autrice de l’article.

 
 

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