CINEMA

The Revenant et Aurora


Deux films à l’affiche cette semaine, avec le très attendu “The Revenant”

Ce 24 février sortent sur les écrans deux films latino-américains, presqu’aux antipodes, entre la super-production d’Alejandro González Iñárritu The Revenant attendu pour les Oscars et Aurora le troisième film de Rodrigo Sepúlveda sur le thème de la maternité.

The Revenant, coproduit, coécrit et réalisé par le cinéaste mexicain Alejandro González Iñárritu, est adapté du roman Le Revenant de Michael Punke. Son film précédent Birdman avait raflé de nombreux Oscars l’an passé. Il est fort possible que celui-ci en reçoive encore lors de la cérémonie des Oscars de dimanche 28 février, puisqu’il est nommé 12 fois. Ce serait la première fois que Leonardo DiCaprio recevrait la célèbre statuette.

Au début du 19e siècle, en Louisiane, un bateau de trappeurs est attaqué par les indiens dans une scène magnifique filmée en plan-séquence au plus près des personnages. Quelques uns arrivent à s’en sortir, en particulier Hugh Glass, magnifiquement joué par Leonardo DiCaprio, et son fils métis Hawk. Puis, dans la forêt, le trappeur se fait attaquer par un grizzly. Le combat est tellement réaliste que les auteurs des images de synthèse sont nommés aux Oscars. Sale et amoché, bavant et éructant, Leonardo DiCaprio, laissé pour mort, rampe dans la neige pour se venger d’un autre trappeur, joué par Tom Hardy, qui a tué son fils et l’a abandonné, personnage par ailleurs très intéressant.

La prestation de Leonardo DiCaprio est éblouissante, l’acteur est parfait dans sa maîtrise du rôle. On est loin de l’interprétation de Robert Redford dans le magnifique Jeremiah Johnson de Sydney Pollack, réalisé  en 1972. Mais c’était une autre époque du cinéma. Enfin signalons que ce superbe spectacle a été tourné au Canada et en Patagonie, à la lumière du jour, juste avant la nuit.

Aurora, film chilien de Rodrigo Sepúlveda

 

Sofía, enseignante, vivant dans la ville polluée de Ventana sur la côte chilienne, est en plein processus d’adoption lorsqu’elle lit dans le journal la découverte d’une nouveau-née, retrouvée morte dans une décharge. Elle devient obsédée par le destin du nourrisson qui, légalement, est dépourvu de tout droit, nom et sépulture. Elle va entamer une lutte juridique qui aura une profonde incidence sur sa vie.

“Le film s’inspire d’une histoire vraie, dit le réalisateur Rodrigo Sepúlveda, celle de Bernarda Gallardo que j’ai lue dans un quotidien local. Bernarda avait déjà trouvé le premier bébé et tentait d’obtenir le droit de lui donner une sépulture. Peu de temps après, tous les média chiliens se sont emparés de ce fait-divers et il a eu un écho national (…) On se souvient tous de ces centaines de femmes qui cherchaient leurs fils et leurs maris disparus sous la dictature. Dans de très rares cas, elles ont pu les retrouver. Et, parfois, elles n’ont pu enterrer que leurs ossements. L’histoire de Bernarda, son combat contre le système, m’a rappelé celui de ces mères, de ces épouses. Je la vois comme une Antigone des temps modernes qui lutte pour un désir très humain : celui de donner à un mort une fin décente. Elle voulait changer la législation chilienne, qu’on puisse enterrer un bébé même si personne n’avait la preuve qu’il ait respiré au moment de sa naissance. Elle était convaincue qu’un film pouvait y contribuer” (1)

Rodrigo Sepúlveda est né à Santiago en 1959. Il travaille à la télévision. Son premier film Un ladrón y su mujer (2000) était basé sur un conte de Manuel Rojas. Il a écrit et réalisé Padre Nuestro en 2006, une histoire basée sur la mort de son père. Aurora est son troisième film de cinéma. Le film est assez lent, tourné dans un paysage industriel. Mais le film nous amène à nous interroger sur cet acte extrême d’une femme qui veut adopter un enfant mort,  l’avortement étant toujours illégal au Chili.

Pour terminer, laissons la parole à Amparo Noguera, qui est remarquable dans le rôle de Sofía. Elle est une comédienne chilienne très célèbre de théâtre, cinéma et télévision. Elle a interprété également des rôles d’une grande force dramatique dans plusieurs films, comme par exemple dans Dias de campo (Raul Ruiz), Tony Manero, Post Mortem et No (Pablo Larraín). “Mon rôle dans ce film est beau et complexe. Il est fondé sur la vraie vie d’une femme qui s’est battue pour enterrer les corps de nourrissons qui ont été abandonnés dans des lieux marginaux comme, par exemple, des dépotoirs de la ville. Ce personnage était pour moi plein de contradictions et de questionnements : comment une femme peut-elle s’obstiner à inhumer un bébé mort ? Cela me semblait obscur et étrange, mais le défi était de trouver un sens à tout ça. Dans le film, une réplique dit : “Ce qui est humain n’est pas le fait de naître, mais d’être enterré”. Cette phrase résume très bien une partie récente et douloureuse de l’histoire de notre pays, où il y a encore des corps à retrouver. Elle parle aussi de la banalisation quotidienne de la mort : lire dans un journal qu’un nourrisson est trouvé mort, tourner la page et continuer… Pour moi, s’arrêter sur cette page est un excès de bon sens. Le film parle de ça, de la lucidité et de la profonde beauté de ce genre de gestes ». (2)

Alain LIATARD

(1) et (2). Citations extraites du dossier de presse et du blog du festival Cinélatino de Toulouse. Voir Allociné
 
 

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