La voix d'une femme

En salle le 9 mai 2018


«Los adioses», un film biographique sur l’auteure mexicaine Rosario Castellanos

Rosario Castellanos est encore une étudiante introvertie lorsqu’elle se lance dans l’écriture et rencontre Ricardo Guerra. Cette relation devient très vite tourmentée et tumultueuse. Alors qu’elle est en passe d’être reconnue comme l’une des plus grandes plumes de la littérature mexicaine, l’homme qu’elle aime devient son rival. C’est en restant fidèle à ses choix de femme, de mère et de poétesse que Rosario combattra une société dirigée par les hommes et fera entendre la voix des femmes.

Photo : extrait de Los adioses

Le film mélange deux époques, la jeunesse de Rosario à l’Université et sa rencontre avec Ricardo Guerra, puis leurs retrouvailles dans les années cinquante, leur mariage jusqu’au divorce et leur opposition continuelle. Le film montre la lutte entre son amour pour Guerra, professeur de philosophie, qui ne peut accepter les qualités de Rosario et qui apparaît tout au long du film très macho, et sa propre pensée et capacité littéraire, qu’elle essaie de libérer.

Rosario Castellanos (1925 – 1974) a profondément marqué la vie intellectuelle mexicaine. Née dans une famille de propriétaires terriens du Chiapas, elle s’intéressa dès l’enfance au sort des Indiens dont elle découvrait les conditions de vie. Après des études de philosophie et d’art, elle mena une carrière universitaire tout en publiant des poèmes (Trayectoria del polvo), des nouvelles (Ciudad Real) et deux romans fondamentaux, Balún Canán (1957) traduit sous le titre Les étoiles d’herbe et Oficio de tinieblas (Le Christ des ténèbres), véritable prémonition, trente ans auparavant, de la révolution zapatiste de 1994. Son engagement en faveur des Indiens et de la condition féminine, son humanisme sincère, son courage, son immense talent de poète et de narratrice la placent au niveau des grandes figures de la pensée mexicaine, Octavio Paz ou Elena Poniatovska. En 1971, elle devient également ambassadrice du Mexique en Israël. Rosario Castellanos meurt en 1974 dans un accident domestique.

Le film est bon, évidemment surtout d’un point de vue psychologique et par la manière dont il traite le féminisme. Sa construction évite l’ennui (sans les retours présent-passé, ce serait le risque). Le principal regret que l’on pourrait avoir est qu’il n’y est pas question du rapport de Rosario avec les Indiens, qu’elle a découverts dans son enfance, quand ses parents ont fui México — trop violente — pour le Chiapas, et qu’elle a défendus personnellement et littérairement avec un immense talent.

Quelques mots sur la réalisatrice, Natalia Beristain, née à Mexico en 1981. Elle sort diplômée du Centro de Capacitación Cinematográfica avec les félicitations du jury en 2008. En 2012, elle réalise un premier long métrage, No quiero dormir sola, présenté dans plus de trente festivals et primé lors de la Semaine de la Critique du Festival de Venise. Rosario Castellanos est son second long métrage. Pour incarner le couple (adulte), elle a choisi deux interprètes de grande qualité, Karina Gidi et Daniel Giménez Cacho.

Alain LIATARD
et Christian ROINAT

Par ailleurs, le Festival de Cannes commence le mardi 8 mai prochain. Everybody Knows (Todos Lo Saben) d’Asghar Farhadi ouvrira la compétition. Tourné en espagnol et interprété par Penélope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darín, le film sort en salle le même jour. Un film s’ajoute à la sélection Un Certain Regard : il s’agit de Muere, monstruo, muere (Meurs, monstre, meurs) de l’Argentin Alejandro Fadel : drame suite à la découverte des corps de trois femmes décapitées dans la neige. On lui doit aussi Salvajes, présenté à la Semaine de la Critique en 2013. Par ailleurs, un hommage sera rendu au cinéaste brésilien Carlos Diegues avec son film Le grand cirque mystique (d’après un spectacle créé par Chico Buarque et Edu Lobo en 1983). Nous vous tiendrons au courant de la réception des films latinos.

 
 

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