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5 juillet 2018

Un modus vivendi trouvé entre les États-Unis et le gouvernement équatorien de Lenín Moreno

Après la décennie sans dialogue de l’ère Correa – l’ancien président de gauche aujourd’hui poursuivi par la justice –, la position pro-étasunienne de Lenín Moreno tente de construire des ponts avec Washington sur une base d’intérêts commerciaux, sécuritaires et migratoires.

Photo : La Vanguardia

Dans le souci d’arrêter l’érosion de l’influence économique et politique de son pays dans la région, Mike Pence est arrivé mercredi 27 juin à Quito pour rencontrer le président équatorien. Le déplacement du vice-président des États-Unis d’Amérique, après sa visite au Brésil, a fait partie de sa tournée latino-américaine centrée sur la situation politique vénézuélienne comme conséquence de la récente réélection de Nicolás Maduro.

C’est justement cette question-là qui a dû se trouver au centre des pourparlers entre Lenín Moreno et Mike Pence. En ce sens, l’émissaire de Washington souhaitait visiblement voir en quoi ses partenaires d’Amérique latine peuvent lui être utiles pour régler l’épineuse question concernant l’héritier politique d’Hugo Chávez. Rappelons que le Venezuela, un pays immergé dans le chaos depuis plusieurs années, est considéré comme une menace pour les intérêts des États-Unis, et que Donald Trump avait manifesté, en septembre dernier, qu’il n’excluait pas un plan d’intervention militaire de la nation bolivarienne (nous y reviendrons plus bas avec une autre célèbre intervention étasunienne au service de la liberté).

Cependant, Lenín Moreno a su mettre de l’eau dans les intentions de Mike Pence. Le vice-président de Donald Trump comptait sur le soutien des dirigeants latino-américains pour resserrer le blocus continental afin d’augmenter la pression contre Maduro. Or le président équatorien s’est montré conciliant envers le Venezuela, pays où la démocratie a été le plus en danger ces dernières années, et avec lequel l’Équateur a entretenu «une relation de complicité» pendant la dernière décennie. Au lieu d’accentuer l’isolationnisme, Moreno a proposé la réalisation d’une nouvelle consultation populaire sous la supervision d’observateurs internationaux.

En ce qui concerne l’avenir de son pays, contrairement à la décennie passée, Moreno considère désormais l’Oncle Sam comme un partenaire privilégié, conscient de la nécessité d’entreprendre rapidement les réformes économiques et sociales qu’il juge indispensables. Ainsi la visite de Mike Pence a engagé une dynamique de relance des relations bilatérales s’orientant autour de cinq objectifs principaux : la lutte contre le «fléau» de la corruption ; la reprise des relations commerciales ; l’accueil des immigrés vénézuéliens qui ont quitté leur pays en crise ; le renseignement sur le transfert «inusuel» d’argent lié au blanchissement et au narcotrafic ; les droits d’environ deux millions de ressortissants qui composent la communauté équatorienne aux États-Unis.

«Nous sommes certains que par le dialogue, sincère, direct, en pressentant les intérêts de l’Équateur, nous trouverons des solutions. L’Équateur serait prêt à activer ce mécanisme d’ici la fin de 2018 et les États-Unis sont d’accord» a déclaré José Valencia, le ministre équatorien des Affaires étrangères et de la Mobilité humaine.

La présence de l’administration Trump sur le sol équatorien – une main tendue susceptible d’être interprétée comme une griffe impérialiste pour certains – peut choquer le lecteur non averti. C’est la raison pour laquelle il n’est pas inutile de mentionner que ce que l’on appelle de façon équivoque «expansionnisme américain» trouve ses racines loin dans le temps (annexion de la Floride en 1819, du Texas en 1845, la guerre avec le Mexique en 1846-1848 se terminant par l’annexion de la Californie), le tout couronné par l’idée de la Manifest Destiny : «il appartient aux États-Unis d’occuper tout le continent américain».

En Équateur, premier exportateur mondial de cacao au début du XXe siècle, une partie des plantations fut transformée en plantations de bananes lors de l’arrivée des compagnies étasuniennes, et en particulier de l’United Fruit Company, omniprésente en Amérique centrale. Ainsi, avec la complicité des oligarchies locales, les États-Unis donnèrent naissance à des économies issues du travail de la terre sans contribuer au développement industriel, d’où le très péjoratif terme «pays bananiers». À partir des années 1960, l’interventionnisme tentaculaire s’est développé dans toute la région par crainte de l’influence de la révolution cubaine.

Mais à présent, au-delà des craintes, bien que les émissaires de Washington suscitent encore des réactions violentes en Amérique latine, il est nécessaire de croire à un changement des mentalités. Car pour le Nord tout-puissant, un appauvrissement des économies locales entraîne inévitablement de nouvelles vagues d’immigration clandestine, et s’il ne parvient pas à collaborer avec les pays du Sud pour rétablir une justice sociale durable, il devra composer avec des événements comparables à ceux qui secouent aujourd’hui l’Europe et le nombrilisme de ses dirigeants.

Pour conclure, un extrait de l’entretient entre André Maurois et Bruce Catton[1], en 1962, offre matière à réflexion :

A. Maurois : J’ai quelquefois l’impression que vous, Américains[2], vous tenez pour responsables de la moralité du monde entier.
B. Catton : Oui, c’est peut-être regrettable, mais c’est comme ça. […] Nous pensions faire notre devoir en considérant l’Amérique du Sud comme une région où nous pourrions rendre des services. […] Tout ce problème de «responsabilité morale» est obscur. Prenez le cas de notre première intervention à Cuba : la guerre hispano-américaine de 1898. Je suis certain que l’immense majorité des Américains a accepté cette guerre comme un moyen de frapper un grand coup pour la liberté. Nous croyions briser les chaînes des Cubains. Évidemment, nous ouvrions en même temps un nouveau marché pour nos exportateurs. Bref, nous agissions comme l’aurait fait un pays impérialiste, mais avec l’impression de n’agir que pour des raisons morales. Je suppose que c’est un peu difficile à comprendre.

Eduardo UGOLINI

[1] Historien très connu dans les années 1960, autorité éminente sur tout ce qui concerne l’Amérique. Il a obtenu le prix Pulitzer et le National Book Award.

[2] Maurois commet ici un vice du langage discriminatoire, très répandu encore aujourd’hui, qui consiste à utiliser ce patronyme générique pour désigner uniquement les citoyens étasuniens. Il faut lire en filigrane une outra façon de perpétuer l’impérialisme au nom de la liberté, et en détriment de l’identité particulière de chaque pays qui apporte une richesse inhérente à la diversité culturelle du continent.

Portrait d’Andrés Manuel López Obrador, le nouveau président du Mexique

Dimanche 1er juillet, Andrés Manuel López Obrador, surnommé «AMLO», a remporté la présidentielle de la deuxième puissance économique d’Amérique latine, avec plus de 53% des voix. À partir du 1er décembre, il devra donc tenir ses engagements, qui ont suscité une vague d’espoir dans le pays, pouvant se résumer au triptyque : lutte contre la corruption, baisse de la violence et réduction de la pauvreté. Voici son portrait.

Photo : AMLO / ABC News

Nesho ou AMLO ? Andrés Manuel López Obrador, bien avant d’entrer dans le monde politique, était plus connu sous le nom de Nesho. «Nesho», pour ses copains et ses voisins de la petite localité de Tepetitán, dans l’État de Tabasco au sud-ouest du Mexique, où il est né le 13 novembre 1953. Si en croit la presse, ses amis ont fait la fête à l’annonce de sa victoire dans la nuit du 1er juillet. Cette enfance, rétrospectivement, peut être qualifiée comme celle d’un chef. Selon ses proches de Tepetipán, Nesho avait un tempérament de gagnant. Enfant de parents modestes et d’une mère très croyante, il voulait sa revanche sur la vie. Une vie tirée par les deux bouts. Avec ses six frères et sœurs, une vie à l’écart de tout, loin de la capitale. Une vie baignant dans les idéaux démocratiques et sociaux de la révolution mexicaine.

Le petit Nesho a bataillé dur pour réussir à l’école. Puis il est devenu boursier et est entré à l’Université nationale autonome du Mexique, la prestigieuse université publique de la cité de Mexico. Licencié en sciences politiques et en administration publique, il se lance dans une double vie, militante et professionnelle. Revenu dans son État d’origine, il en dirige l’Institut indigéniste. Selon les témoignages du peuple autochtone chontal, il fait plus que remplir des papiers dans son bureau ; il partage le quotidien et les travaux des indiens. «Il était, dit un témoin de l’époque, comme un père pour nous.»

Parallèlement, il entre au Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) où il tente d’appliquer au jour le jour les valeurs affichées. La prise de conscience d’un écart, d’un grand écart entre principes et réalité, le conduit progressivement à rompre, pour ailleurs tenter de réaliser les valeurs des révolutionnaires et de Lázaro Cárdenas. Il accompagne en 1988 l’aventure politique de Cuauhtémoc Cárdenas, leader du courant démocratique du PRI. Il le suit avec d’autres en 1989 pour fonder un nouveau parti, celui de la révolution démocratique (PRD). Il paye de sa personne physiquement pour défendre les acquis de la Révolution, abandonnés selon lui par le PRI. Il est blessé au cours d’affrontements de protestations. Sa photo, chemise ensanglantée, fait le tour du Mexique. Ses qualités d’orateur font le reste. Avec bien sûr sa volonté d’être au premier rang, celui des continuateurs du chemin tracé par Benito Juárez et les révolutionnaires. Il prend la tête du PRD, devient maire de Mexico. Un maire qui marque les esprits, qui réunit la presse et ses collaborateurs à 6h du matin, et qui refuse de voyager à l’étranger et rejette tout contact avec les responsables politiques étrangers, fussent-ils progressistes et démocrates. Priorité au mieux vivre des Mexicains.

Il restera dans les mémoires comme le maire qui a doté les anciens d’une pension municipale. Candidat aux présidentielles en 2006 puis en 2012, il se heurte à la perversion d’une culture politique tolérante envers la fraude. Il a refusé de baisser les bras. Il entreprend de visiter le pays du nord au sud et d’est en ouest pour défendre avant tout la démocratie, la souveraineté du pays et l’impérieuse obligation de construire une patrie collective appartenant à tous (riches et pauvres, religieux et non croyants…). Cette obstination, ce travail de ratissage, sa volonté de faire Mexique ont fini par bousculer les pesanteurs que l’on croyait les plus difficiles à faire bouger. Il s’était fixé une ambition : «Ensemble nous ferons l’histoire.» Sa victoire, a-t-il déclaré, est une quatrième rupture révolutionnaire, après celles de l’indépendance, de la réforme de Juárez, et celle de la Révolution.

Ce discours intégrateur, patriotique et démocratique a peu de chose à voir avec d’autres, clairement de gauche ou du moins se présentant comme tel, au Brésil ou au Venezuela. Il n’a du reste rencontré pendant sa campagne électorale que trois responsables internationaux : deux responsables de la gauche modérée latino-américaine, la Chilienne Michelle Bachelet, l’Équatorien Lenín Moreno, et le leader d’un parti ayant fait le pari d’une récupération de la souveraineté nationale, le Britannique Jeremy Corbyn. AMLO est revendiqué par beaucoup, de Madrid à Paris. Mais Nesho n’a pas fini d’en déconcerter plus d’un. Sa priorité n’est pas la révolution mondiale, mais le bien-être des Mexicains.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Comment évolue la crise politique au Nicaragua ? Reprise des négociations

La crise se poursuit au Nicaragua. Les négociations restent très difficiles entre l’opposition et le gouvernement, et le pays s’enfonce dans une spirale de violence, avec une recrudescence des combats de rue entre milices paramilitaires et opposants au régime de Daniel Ortega.

Photo : Marcha de las flores/T13

L’opposition nicaraguayenne a appelé à une grève générale le jeudi 14 juin, afin de faire pression sur le gouvernement du président Daniel Ortega, pour qu’il reprenne le dialogue, et mette fin aux violences qui ont fait 220 morts en deux mois de protestations. «Ce sera une grève civique et pacifique qui touchera tout le pays et toutes les activités économiques, à l’exception des services vitaux et de base», avait indiqué dans un communiqué l’Alliance citoyenne pour la justice et la démocratie, qui regroupe des étudiants, des chefs d’entreprise et des représentants de la société civile.

Reprise du dialogue le 15 juin

Cette grève a effectivement poussé Ortega à la reprise du dialogue, le 15 juin. Contre toute attente, un accord surprise y a été conclu entre le gouvernement et l’opposition, en autorisant des observateurs des droits de l’homme à venir enquêter sur les violences perpétrées depuis deux mois. En échange, les représentants de l’opposition avaient accepté une demande clef du pouvoir du président Daniel Ortega : un plan visant à lever les blocages qui entravent les routes pour empêcher les forces anti-émeutes de passer. 

Suspension du dialogue le 16 juin

Mais le 16 juin, huit personnes ont été tuées à Managua. Six des nouvelles victimes étaient des membres d’une même famille dont le domicile a été incendié par un groupe d’hommes encagoulés, accusé par l’opposition d’être soutenu par la police, qui ont lancé un cocktail Molotov. Une femme et un enfant ont survécu au sinistre mais ont été grièvement blessés en se jetant dans le vide depuis un balcon. Le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Luis Almagro, a dénoncé sur Twitter un «crime contre l’humanité qui ne peut rester impuni». Ce drame a été condamné aussi bien par l’opposition que par le gouvernement, qui s’en sont rejetés mutuellement la responsabilité au moment où leurs représentants renouaient les fils d’un fragile dialogue.

Les deux parties ont suspendu leurs discussions le soir même, en annonçant qu’elles les reprendraient le lundi 18 juin. Elles devaient alors examiner une proposition formulée par l’Église catholique –qui joue dans cette crise le rôle de médiateur– prévoyant d’organiser des élections générales anticipées en mars 2019, soit deux ans avant l’échéance prévue, mais également une réforme constitutionnelle qui entrerait en vigueur dès cette année et empêcherait le chef de l’État de briguer un nouveau mandat. Ce dernier s’est dit prêt à s’orienter vers une démocratisation du pays, mais n’a pas dit s’il consentirait à écourter son mandat, valable théoriquement jusqu’en janvier 2022. «Nous réitérons notre volonté totale d’écouter toutes les propositions entrant dans un cadre institutionnel et constitutionnel», a-t-il seulement commenté.

Reprise des négociations le 18 juin, interrompues le soir même

Encore une fois, la Conférence épiscopale du Nicaragua a suspendu le soir du 18 juin le dialogue, exigeant que le gouvernement tienne ses engagements et invite les organisations internationales de défense des droits de l’homme dans le pays. «Quand le gouvernement nous enverra une copie de ces invitations et que les organisations internationales nous enverront leur réception», les groupes de travail et la session plénière seront appelés à reprendre, ont déclaré les évêques. Le non-respect de cet accord a contraint l’Alliance citoyenne pour la justice et la démocratie, de l’opposition, à quitter la table des négociations, où les questions électorales, de justice et de sécurité devaient être abordées.

Mais les jours se suivent et se ressemblent au Nicaragua où les autorités continuent de durement réprimer les protestataires et, le 19 juin, c’est la ville de Masaya, l’épicentre en quelque sorte de cette contestation, qui a subi une forte répression. D’après l’Association nicaraguayenne pro-droits de l’homme, une ONG locale, plusieurs personnes auraient succombé à des tirs et de nombreux manifestants auraient également été blessés.

Reprise du dialogue le 25 juin

Enfin, après plusieurs jours d’incertitudes, les représentants de l’Union européenne, du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) et de la Commission inter-américaine des droits de l’homme (CIDH) ont confirmé, le mercredi 20 juin, qu’ils avaient été conviés à enquêter sur la situation nicaraguayenne. Ainsi, malgré un climat de violence, le dialogue national instauré entre l’opposition et le gouvernement du président Daniel Ortega a repris lundi 25 juin. La Commission inter-américaine des droits de l’homme (CIDH) est arrivée dimanche 24 juin à la capitale Managua, ainsi que des fonctionnaires du HCDH pour enquêter sur ces violences, après que de nouvelles confrontations aient eu lieu le 23 juin, dans la capitale notamment, où des attaques menées conjointement par la police, les unités anti-émeutes et des paramilitaires ont fait huit morts, dont un enfant de 14 mois qui a reçu une balle en pleine tête, selon le Centre nicaraguayen des droits de l’homme (CENIDH). Le lendemain a été un peu plus calme, malgré quelques attaques et des manifestations antigouvernementales dans le nord du pays.

Les évêques attendent de Daniel Ortega une réponse rapide sur la tenue d’élections anticipées qui devraient avoir lieu en mars 2019 au lieu de fin 2021, car ils estiment qu’elle est essentielle à la poursuite du dialogue national, et les opposants au gouvernement espèrent que cette présence internationale incitera le président Ortega, qui est au pouvoir depuis 2007, après une première période de 1979 à 1990, à mettre un frein, si ce n’est un terme, à la répression et à la violence.

Une «Marche des fleurs» a réuni le samedi 30 juin des milliers de Nicaraguayens à Managua, réclamant justice pour les victimes mineures de la répression. Par ailleurs, le Parlement du Nicaragua a autorisé la venue dans le pays de militaires de plusieurs pays de juillet à décembre, ce qui suscite des critiques de l’opposition. Il s’agit officiellement d’exercices de lutte antidrogue et d’aide humanitaire ?…

L’économie du Nicaragua pâtit lourdement de la crise politique

Le tourisme dans le pays le plus pauvre d’Amérique centrale souffre intensément de la paralysie du pays depuis deux mois et demi. La fermeture de nombreux commerces prive déjà d’emploi quelque 200.000 personnes et, sans sortie rapide de la crise, «1,3 million de Nicaraguayens risquent de tomber dans la pauvreté», soit un habitant sur cinq, s’inquiète la Fondation nicaraguayenne pour le développement (Funides). Si la crise se prolonge, l’ardoise pour le pays pourrait dépasser les 900 millions de dollars, selon la Fondation. 

Catherine TRAULLÉ

Le Fonds monétaire international porte une nouvelle fois secours à l’économie argentine

Le lundi 25 juin, l’Argentine a vécu une journée digne des films apocalyptiques. Les rues se sont retrouvées désertes, les magasins fermés. Aucun avion, taxi ou bus n’a circulé. Ce phénomène est le résultat d’une grève générale organisée par les syndicats contre l’accord réalisé entre le gouvernement argentin et le Fond monétaire international (FMI).

Photo : Radio Reloj 

Le gouvernement du président Mauricio Macri fait face à une grave crise économique en Argentine depuis ces trois derniers mois. Cette crise est la conséquence de l’augmentation du revenu de la dette américaine et de la fuite des capitaux de la part des investisseurs. En Amérique latine, plusieurs monnaies ont ainsi été dévaluées ces derniers mois. Néanmoins, c’est en Argentine que l’inflation est la plus importante de la région, avec une augmentation de 27% en un an, en raison de sa dépendance aux financements extérieurs. Seul le Venezuela, en proie à de grandes instabilités sociales et politiques en raison des mouvements contestataires face au pouvoir de Nicolás Maduro, connaît une inflation supérieure.

Le gouvernement de M. Macri a dû faire appel au FMI pour tenter de sauver l’économie du pays. Le 7 juin, un accord a été signé entre les deux parties pour assurer le prêt d’un total de 50 milliards de dollars au pays, réparti sur 36 mois. Cette somme correspond à l’équivalent de 10% du PIB argentin. En contrepartie, l’Argentine s’engage à réduire son déficit fiscal à zéro d’ici 2020. En conséquence de ce choix, l’État va devoir interrompre les travaux publics, limiter les investissements pour les régions et réduire sa présence dans l’économie nationale.

Le Centre d’études et de connaissances sur l’opinion publique (CEOP) a publié le résultat d’une enquête qui montre que 77% des Argentins perçoivent l’action du FMI comme néfaste pour le pays. Cette défiance de l’opinion publique s’explique par des tensions historiques entre le Fonds monétaire international et l’Argentine. C’est pour cette raison que la Confédération générale des travailleurs (CGT) a appelé à la grève générale.

La grève est aussi motivée par le passé trouble des relations entre l’Argentine et l’institution internationale. Le pays avait déjà fait un prêt au FMI dans les années 1950, mais c’est en 2001 que le FMI laisse un profond traumatisme dans la mémoire des Argentins. Durant le mandat du président Fernando de la Rúa, l’Argentine connaît la pire crise économique de son histoire. Le pays doit déclarer l’insolvabilité de sa dette de 144 milliards de dollars, ce qui a donné aux Argentins une image extrêmement négative du FMI. La dette a été acquittée en 2006, sous la présidence de Néstor Kirchner qui en a profité pour rompre les relations du pays avec le FMI.

Ce n’est donc pas sans fondements que le peuple argentin s’inquiète de ce nouvel accord entre l’institution internationale et le gouvernement. Ce nouveau prêt de 50 milliards de dollars est tout simplement le prêt le plus important jamais demandé par le pays, avec la crainte de nouvelles conséquences désastreuses.

Avec la grève générale, les syndicats demandent avant tout des négociations pour le réajustement des salaires de cette année pour suivre l’inflation actuelle (27%), et non celle qui a été estimée par le gouvernement (15%). Ce dernier n’a pour le moment donné aucun signe montrant qu’il était prêt à accepter des négociations avec les syndicats.

Le président Macri, qui a déjà annoncé son intention de se porter candidat aux prochaines élections présidentielles en 2019, voit sa popularité tomber drastiquement. En 2017, le président avait une cote de popularité de 58% contre 38% cette année. Si son gouvernement n’arrive pas à établir un accord avec les syndicats, ses intentions d’être réélu pour un second mandat semblent vouées à l’échec, mettant en péril son plan économique pour le pays.

Beatriz RAVAGNANI

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