L’écrivain mexicain Eduardo Antonio Parra publie son dernier roman « El Edén » aux éditions Zulma

Dans son dernier roman, Eduardo Antonio Parra nous plonge dans la violence à El Eden, une ville ravagée par le trafic de drogue, en adoptant le point de vue de deux témoins. Même si cet endroit de fiction est situé au nord du Mexique, il pourrait se trouver dans d’autres régions des pays latino-américains.

Photo : Zulma éditions

Cet écrivain mexicain, lauréat des prix Juan Rulfo et Antonin Artaud, publie son deuxième livre avec Zulma. La maison éditoriale française nous présente la traduction El Edén (2021) par François-Michel Durazzo de l’original Laberinto, après Limites de la nuit (2011), traduction de Los límites de la noche par François Gaudry. Dans cet ouvrage, Eduardo Antonio Parra offre un roman noir dans lequel, bien qu’il soit soutenu par une structure narrative complexe, la lecture est agile et fluide, avec de fortes doses de suspense.

Au nord du Mexique, sur la frontière, la ville El Edén imaginée par l’écrivain devient un endroit où la violence arrive progressivement et s’immisce dans les entrailles de la communauté, perturbant leur quotidien qui se déroulait dans la tranquillité et la sécurité. En une nuit, deux bandes rivales de narcotrafiquants ont anéanti El Edén. Des dizaines de tueurs à gages meurent, mais il y a aussi beaucoup de victimes parmi les habitants d’une ville où l’autorité brille par son absence. Dans cette agitation des incendies et des barrages de pick-up, Darío cherche son petit frère qui est de l’autre côté de la ville.

Après cet événement, Darío et son ancien prof de lettres se croisent dans un bar de Monterrey. Les neuf dernières années, ils sont tous les deux détruits, alcooliques et n’ont nulle part où aller. Leur situation est parallèle à celle d’El Edén. Dans la pénombre de cet endroit, ils se souviennent de la violence d’une nuit au cours de laquelle leur ville a été détruite. D’une manière émouvante, ils revivent toute cette angoisse, toute cette peur, et ils en subissent aussi les conséquences. Même si cette histoire est marquée par la violence et la mort, il y a aussi une importante présence de l’amour, de la sexualité et de l’érotisme.

Dans ce roman, comme beaucoup d’autres, Eduardo Antonio Parra a succombé à l’éclat narratif des histoires nées de la violence criminelle dans le nord du Mexique. Néanmoins, comme peu d’autres, il a su agir littérairement, sans se limiter à n’être qu’un porte-parole ou qu’un dénonciateur. « L’enfer est là, même si vous l’évitez, il vous affectera fortement. Oui, il y a des conséquences assez graves. Mon idée n’était pas d’écrire un simple roman des narcos, mais de voir ce qui arrive aux gens ordinaires. Je pense que c’est là que vous pouvez prendre la température de l’état émotionnel du pays », dit l’écrivain.

Ce roman est donc une profonde exploration de la physique d’un peuple qui fait face à une réalité qui ne laisse pas de place pour l’espoir. La terreur s’allonge dans le temps et les victimes ne trouvent aucune lueur de lumière au bout du tunnel. À ses personnages, il ne leur reste que l’alcool. « Tout le monde doit trouver un moyen, car nous savons qu’il n’y a pas d’issue et nous ne savons pas où elle se trouve », affirme l’écrivain.

Pour lui, en effet, « Il serait irréel, invraisemblable » qu’un jour la police ou l’armée fasse justice, il n’y a pas d’option. La seule issue est de fuir, mais ceux qui fuient ne font qu’arriver à d’autres endroits qui traversent une situation similaire. Alors, il s’agit d’un cercle vicieux qui frise l’absurde dans lequel les personnages du roman sont pris au piège. En même temps, ce cercle constitue une allégorie illustrant ce qui est cette réalité sociale, selon Parra, du point de vue des personnes qui la vivent.

Jhon Sebastian RAMOS HIDALGO

El Edén d’Eduardo Antonio Parra, traduit de l’espagnol (Mexique) par François-Michel Durazzo, éditions Zulma, 336 p., 21,80 euros.