Big Brother Brasil, les questions raciales au Brésil au service de la Rede Globo ?

À l’image de « Secret Story » en France, une émission confine plusieurs participants dans une maison remplie de caméras. Le but pour eux est d’éviter de se faire éliminer et de remporter le dernier vote de l’audience et ainsi gagner 1,5 million de réais. Au-delà du divertissement, ce programme génère de forts débats sur des questions raciales et sociales dans l’opinion publique. 

Photo : Tele Globo

Tous les soirs à 22h30, le Brésil a rendez-vous avec l’émission de télé-réalité Big Brother Brasil. Avec 40 millions de téléspectateurs par jour en moyenne, le programme de Rede Globo n’a jamais été aussi populaire. Néanmoins, ces records sont à mettre en lien avec l’actuel confinement. Malgré tout, il est cocasse de constater que dans ce contexte, le programme le plus regardé par la nation brésilienne est une télé-réalité où des influenceurs sont confinés ensemble. L’autre particularité de cette édition, c’est qu’elle a permis, entre autres, de lancer un débat sur les questions raciales et sociales au Brésil sur les réseaux sociaux. 

La société civile qui se manifeste 

C’est après l’une des soirées dans la maison que Lucas Penteanoun jeune poète noir de São Paulo, a décidé de quitter l’aventure après plusieurs disputes avec d’autres participants sur des questions identitaires. Les motivations du jeune étaient alors de « fuir cet endroit rempli d’oppresseurs ». Autre fait marquant, Carol Conka, rappeuse célèbre brésilienne participant à l’émission, s’est fait éliminer avec 99,17 % des voix du public. La participante avait suscité ce fort taux de rejet à la suite de plusieurs prises de parole contre les habitants du Nordeste et sur sa vision d’être noir au Brésil remplie de préjugés. 

Dans les deux cas, la société s’est emparée de ses smartphones et a exprimé son opinion quant à ces événements. Des experts des questions raciales au Brésil furent aussi appelés à se manifester. Entre publications sur les réseaux sociaux et débats sur les talk-shows, l’élimination record de Carol Conka a eu l’effet d’un raz-de-marée au Brésil. Raz-de-marée qui généra aussi énormément d’engouement autour du programme phare de la Rede Globo. Pour Serge Katembra, journaliste pour le média The Intercept Brasil, ceci n’a rien d’une coïncidence. La Rede Globo sait faire du buzz et nous le démontre encore une fois. Pour lui, ce nouveau paradigme est lié au Star System. 

Le Star System au service de l’audience et non de l’équité raciale 

Aujourd’hui on rêve de ces stars pareilles à nous. On les idolâtre non plus parce qu’elles ont du talent mais pour le fait qu’elles nous ressemblent. À l’image de Kim Kardashian, l’icône de la télé-réalité nord-américaine, ces stars sont filmées dans leur quotidien. Mais est-ce que ça en fait pour autant des experts de la question raciale ? Est-ce qu’ils ne pourraient pas remettre en cause des années de luttes avec des propos parfois maladroits ? Ont-ils la légitimité de parler de ces questions complexes ? À entendre la Globo, oui. Mais la question est bien trop conflictuelle et derrière ses objectifs mercantiles, la chaîne de production médiatique n’a pas de temps à perdre avec ces questionnements. 

Ce problème est-il propre à la télé-réalité ? Au Brésil, alors que 3 000 personnes meurent chaque jour en moyenne, les idées antiscience n’ont jamais été aussi populaires. À l’ère de la post-vérité, les opinions s’entrechoquent et les scientifiques sont peu à peu écartés du débat public. Les influenceurs-stars de Big Brother Brasil ne dérogent pas à cette règle. En plus d’être pour la plupart issus de milieux aisés, ils sont de plus en plus amenés à partager leurs visions du monde aux médias. Alors, les sujets évoqués demeurent survolés et des réflexions profondes sur les problèmes structurels profonds de la société brésilienne n’atteignent pas le grand public. 

Étienne FAIVRE